‹ Enoch Arden;Chapitre 1 sur 33 · ALFRED TENNYSON · texte numérisé non relu

ALFRED TENNYSON

De longues lignes de roc brisé1 ont laissé une ouverture, et dans l'ouverture se trouvent de l'écume et du sable jaune; au delà, on aperçoit des toits rouges, groupés autour d'un quai étroit2; puis une église qui tombe en ruines; plus haut, une longue rue qui monte vers un moulin à la haute tour; derrière lui, dans le ciel, s'élève une dune grise avec des tertres danois; et un bois de noisetiers verdoyants, que fréquentent à l'automne les chercheurs de noix, pousse 3 dans un bas-fond en forme de coupe de la dune.

Ici sur cette plage, il y a cent ans 4, trois enfants de trois maisons, Annie Lee, la plus jolie petite fille du port, Philippe Ray, le fils unique du meunier, et Enoch Arden, pauvre orphelin dont le père, un rude matelot, avait péri l'hiver dans un naufrage5, jouaient parmi les décombres et les débris du rivage, les durs rouleaux de cordage, les filets de pêche basanés, les ancres aux pattes rouillées, les vaisseaux mis à sec; ils bâtissaient leurs châteaux de sable 6 pour les voir

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