‹ Enqu sur le serpent de la Martinique [vip fer de lance, bothrops lancetc.]Chapitre 68 sur 93 · CATAS · texte numérisé non relu

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muscles vertébraux en un grand nombre de petits tendons qui en font pour ainsi dire autant de muscles particuliers qu'il y a de tendons, explique comment le serpent peut remuer les diverses parties du tronc isolément les unes des autres. Ainsi, lorsqu'il veut changer de place, il commence par appuyer la partie antérieure de son corps sur la terre au moyen des côtes, ensuite il soulève la partie moyenne en attirant la partie postérieure ; sa progression consiste en une série de mouvements brisés. Or, il faut pour exécuter ces divers mouvements que les muscles qui correspondent à une série de vertèbres soient contractés, tandis que d’autres sont relàchés; de là une chaîne d’arcs successifs qui se tendent et se détendent et exécutent des sinuosités latérales : tout est disposé pour la reptation.

Les écailles mises en mouvement par leurs muscles latéraux et constricteurs font l’effet des jambes et servent à former les pas de l’animal.

Quant aux muscles costaux, il est évident que chez le serpent ils servent autant à la progression qu’à la respiration, qui chez les mammifères est leur fonction principale. Je crois que c’est une erreur de faire de la queue le pivot de la reptation. Cette queue est trop faible et ses muscles trop peu développés pour fournir un point d’appui et d’impulsion à la totalité du corps, encore moins le serpent se peut-il ériger perpendiculairement en s'appuyant sur la queue. Tout au plus peut-il redresser le tiers antérieur de son corps, tout le reste reposant sur le sol. La progression à lieu par des mouvements latéraux. C’est en ce sens que les articulations vertébrales se prêtent au glissement des unes sur les autres. Elles ne se meuvent point de haut en bas. | |

Un fait particulier, qui m’a été signalé par M. le pharmacien Peyraud, et que je consigne ici, c’est que le serpent se love toujours dans le même sens, en se tournant de droite à gauche. L’attenution de M. Peyraud à été appelée sur ce fait par la difficulté qu’il éprouvait à lover en sens inverse les serpents qu’il voulait conserver dans les bocaux d’alcool. Il est impossible, m’a-t-il dit, de placer le serpent de gauche à droite. Je ne trouve dans les os, dans les articulations, dans les muscles du serpent, rien qui explique cette particularité. Serait-ce un effet de l'habitude que l’animal a de se lover toujours d’un

même côté, de même que chez l'homme on remarque que le nez est tourné du côté de la main avec laquelle l'individu a l'habitude de se moucher.

Quelques personnes, en effet, m'ont assuré que le serpent se délovait et s’élançait toujours d’un même côté, dans le sens de la concavité de son enroulement, qu’il ne pouvait se déjeter par la convexité. C'est pourquoi elles donnent le conseil, lorsqu'on l'attaque, de se placer du côté où il ne lui est pas possible de se détourner. Je ne sais jusqu’à quel point cette observation est fondée. |

L’est une observation très-ancienne que la vipère, saisie par la queue et tenuedroite comme un bâton, la tête en bas, ne peut se replier pour mordre celui qui la tient de cette sorte. « Ainsi « prinses par la queue, dit un vieil auteur, elles ne se peuvent « redoubler pour mordre, comme ferait un autre serpent « Commun, à cause que les apophyses des vertèbres de leur « dos se produisent les unes sur les autres. Ge qui empêche « leur reduplication supine pour se guinder en haut. » C'est un tour que les jongleurs du pays font avec les fers de lance. M. Barillet m’a assuré l’avoir souvent exécuté. Il suffit que la face inférieure ou ventrale de l’animal soit toujours tournée du côté de la personne qui le tient. Cette précaution est, dit-on, nécessaire. Au serpent ainsi suspendu par la queue, il est évident que cette queue ne peut servir de point d'appui.

La chair musculaire du serpent se compose de fibres charnues et de fibres tendineuses ; elle est généralement pâle comme celle des muscles de la vie organique chez l’homme ; elle rougit dans l’alcool, ce qui permet de la mieux étudier.

On dit généralement ici que la chair du serpent est bonne à manger, et que certains nègres la recherchent. Le P. Labat rapporte que faisant une battue de nègres marrons, il trouva dans un ajoupa au milieu des bois, un cour rempli de troncons d'a nguilles, qu’ ’il reconnut pour être du serpent salé, Plusieurs personnes m'ont raconté que le chef de l'une des grandes familles de ce pays, un des plus illustres magistrats de notre histoire coloniale, M. de ###, se faisait un malin plaisir de servir à sa riche table du serpent, qu'on ne S ’attendait guère à trouver là, caché non sous des fleurs, mais sous des sauces. Les convives n'étaient avertis de la nature du plat qu ‘après qu ‘ils en avaient mangé. La tradition ajoute

ts ue

que presque toujours le mets était trouyé excellent. Partant de certaïnes histoires qu’on trouve dans presque “toute S es m tières médicales, sur l'efficacité de la chair des vipères ‘contre la lèpre, j'avais déterminé le jeune infortuné, À atteint d'un ‘éléphantiasis des Grecs, et à bout de tous les remèdes, à ‘se nourrir pendant quelque : temps ‘de la chair ‘du à Serpent. - — ‘Que ne fait faire le désir de: recouvrer la santé? — ce eune “homme, pendant près de six mOÏs, mangea plus de cent ser- ’pents à ‘toutes sauces ; il en déjeunait et il en dinait. Malheureusement il ne fut pas récompensé de sa persévérance: il ne guérit pas. Interrogé plusieurs fois par moi sur le goût

u’il trouvait à cette chair, il répondit qu’elle n'était pas désagréable, qu'elle se ‘rapproChaït de la chair du poisson.

“En Europe, ‘la’ chair dés vipères était autrefois employée ‘dans un grand nombre de préparations ‘pharmaceutiques. M. de Castelnau raconte que la chair des'serpents à sonnéttes est réCherchée en Amérique, et Bartram, qu’ ayant tué ‘un de ces reptiles dont il fit cadeau au gouverneur d’une ville de la Caroline, celui-ci en fit préparer un ragoût qui fut très-prisé

‘par Ses convives, mais pour lequel lui Bartram, qui était dans le secret, éprouva ‘üne grande répugnance. Ces faits' ‘cessent ‘d'étonrièr, depuis les belles expériences de M. REnauît d'AI- ‘fort, Qui'a démontré qu'il n’y avait aucun danger pour l'homme

manger la viande Cuite provenant d'animaux atteints de ladies virulentes, ni de se nourrir du lait qu ‘ils foûrnissent. Ces‘dérniérs faits Sont même plus étonnants: Car dans les maladies Virulénites, le’poison éSt disséminé dais les éhäirs, tandis que Uäns le sérpent il'est isolé dans ‘un appareil ‘particülier.

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