DE L’ODORAT
Les fosses nasales sont situées sur la ligne médiane, à l’extrémité du museau; elles sont doubles, ont une ouverture externe tournée en haut, garnie d’écailles particulières et une ouverture postérieure, ouverte dans la cavité buccale, à la voûte palatine vis-à-vis le point où s'ouvre le larynx; ayant au plus une ligne et demie de longueur chez les plus gros Fers de lance, de manière que lorsqu'une proie emplit la gueule et bouche le larynx, l’animal peut respirer par les narines. Les fosses nasales sont tapissées par une membrane muqueuse et présentent deux saillies qui peuvent passer pour des cornets. Les serpents n’ont point de sinus nasaux pour retenir les odeurs. Onne peut douter cependant qu’ils nesentent, car ils atteignent leur proie à travers les halliers, où la vue ne saurait pénétrer. Ils sont attirés par l’odeur des poulaillers. On peut les prendre pour ainsi dire à la ligne, en cachant un hamecon dans le corps d’un poulet mort. J'en ai cité un exemple dans la première partie. Depuis, j’ai lu que cette pratique était très-commune à Java et était le moyen employé à la destruction des serpents. Le fait suivant m’a été raconté par M. Asselin fils. Averti qu’un gros Fer de lance, vu à diverses reprises, se réfugiait dans un trou creusé dans le parois d’une falaise très-abrupte où l’on ne pouvait atteindre, M. Asselin voulut faire usage du piége de l’hameçon caché dans un poulet. Mais le serpent passa et repassa à côté du poulet sans s’en soucier, d’où M. A. conclut que le serpent ne sentait pas. On aurait pu conclure tout aussi justement, ce nous semble, qu’il ne voyait pas aussi, car le poulet était exposé à sa vue autant qu’à son odorat. N’est-il pas plus probable qu’il avait flairé le piége? L’étendue de la prudence humaine n’est pas toujours facile à mesurer, pourquoi serionsnous plus habiles à deviner l'instinct des animaux ?