CHAPITRE III
Les documents bactériologiques dont nous disposons et qui constituent la substance de ce chapitre ne sont pas une étude bactériologique complète des différents cas de fièvre continue (fièvre typhoïde, fièvres paratyphoïdes, embarras gastrique fébrile) qui ont pu être observés dans les formations sanitaires du Corps d'armée. Un certain nombre de points intéressants ont dû être laissés de côté, notamment l'enquête étiologique dans les infections paratyphoïdiques. D'autre part, dans un assez grand nombre de circonstances,
les recherches bactériologiques ont été interrompues
au laboratoire par suite des nombreux déplacements
nécessilés par les opérations mulitaires. Tels qu'ils sont cependant et malgré leur insuffisance, les résullats que nous apportons contribuent à éclairer par des démonstrations tangibles l'important problème de l'immunisation antityphoïdique. Après beaucoup d’auleurs qui, au cours de la guerre actuelle, ont déjà publié d’impressionnantes statistiques, nous appor-
terons notre contribution à la preuve de l'efficacité
du vaccin éberthien lorsque nous montrerons la raréfaction et la quasi-disparition de la fièvre typhoïde
Hate
éberthienne dans le Corps d'armée à la suite de la vaccination antityphoïdique. Cette preuve est d’ailleurs faite depuis longtemps. Les résultats décisifs donnés par le vaccin de M. le professeur Vincent en France et au Maroc, témoignaient déjà avant la guerre de la haute valeur de l’immunisation antityphoïdique. Un autre problème, jadis d'ordre spéculatif, mais passé lui aussi depuis la guerre dans le domaine de la pratique, est celui des relations d’immunité réciproque entre les infections typhoïdiques et paratyphoïdiques. Nous pouvons en juger aujourd’hui à la lumière des faits déjà publiés et que nos résultats ne feront que corroborer.
L'on se demandait, depuis que l’on connaît les infections paratyphoïdes, si des infections cliniquement si voisines de la fièvre typhoïde éberthienne ne conféraient pas l’immunité contre cette dernière affection et réciproquement.
C’est une question à laquelle seule l’expérimentaton pouvait répondre. A la vérité, quelques observations fort intéressantes avaient démontré que les deux maladies pouvaient se succéder chez le même individu à des intervalles plus ou moins longs (observations de Lévy et Gathgens, Roussel, Chevrel, etc.); on avait également vu survenir des infections paratyphoïdes chez des sujets vaccinés contre la fièvre typhoïde (Roussel).
Mais ces faits n’emportaient pas la conviction, parce. que leur petit nombre en restreignait l'importance et la portée. Ne sait-on pas que la fièvre typhoïde à bacille d'Eberth peut évoluer deux fois chez le même individu
AM Er
(Remlinger, Barjon et Lesieur, Sacquépée). Rien d'étonnant à ce qu’une infection qui, dans certains cas, ne vaccine pas contre elle-même par suite de défaillances inconnues du processus d’immunité, ne vaccine pas non plus contre des infections voisines. Et tant que ces cas restaient exceptionnels, ils ne constituaient que des faits extrêmement curieux, mais des faits d’attente quant à leur interprétation. L’expérimentation seule était en mesure de trancher la question. Or, jusqu'à la guerre, l’'expérimentation in anima vili, était restée hésitante et même contradictoire. Les uns avaient réussi des vaccinations réciproques typho-paratyphoïdiques chez le cobaye et chez le rat, d’autres avaient échoué.
Il s’en faut, d’ailleurs, qu’en biologie on puisse toujours conclure de l’animal à l'homme, et sans doute la question serait restée longtemps sans solution précise si la guerre n’avait justement fourni les éléments d’une vaste expérimentation in anima nobili. Des masses d'hommes de tous âges et de toutes conditions, soumis aux pénibles exercices de la guerre, jetés du jour au lendemain dans une existence si différente de leur vie habituelle, la plupart du temps, malgré les plus sages prévisions, placés dans des conditions d'hygiène défectueuse, étaient les victimes désignées des maladies épidémiques tant de fois observées dans les précédentes guerres, et par dessus tout des maladies typhoïdiques.
Ce qui devait se produire, suivant les expériences des temps passés, ne tarda pas à se réaliser; après les premières phases si dures et si mouvementées du début de la guerre, dès le mois d’octobre 1914, on vit se déclarer un grand nombre de cas de fièvre continue.
M Re
Contre cette extension rapide, il fallait un moyen de résistance aussi rapide que puissant, nous avons montré dans le précédent chapitre combien la vaccination antityphoïde fut efficacement agissante pendant le séjour en Artois. Mais, à la suite du déplacement du Corps d'armée et après l'occupation d’un secteur nouveau où les cantonnements laissaient beaucoup à désirer au point de vue hygiène et où les chances de contamination sont de ce fait plus nombreuses, nous avons vu se relever dans des proportions prodigieuses (308 cas au lieu de 30, puis 1.200 et 1.500) la morbidité pee dique.
Typhoïdique ? Non. En réalité, la fièvre typhoïde avait à peu près disparu, comme l'indiqueront les résultats des hémocultures faites par le laboratoire; mais si les hommes étaient vaccinés contre la fièvre typhoïde, 1ls ne l’étaient pas ou l’étaient insuffisamment contre la fièvre paratyphoïde. L'expérience in anima nobili avait été réalisée par la guerre. Une épidémie de fièvre. paratyphoïdique avait succédé à l'épidémie de fièvre typhoïde : même danger, même défense; mais, ainsi que nous le disions à la fin du second chapitre, nous n'avons pu assister à l'expérience complète, et pour intéressants et encourageants que soient les résultats de cette défense, nous ne pouvons les apporter qu'incomplets.
Nous ne tiendrons compte dans l'exposé des résultats oblenus au Laboratoire de bactériologie du Goes d'armée, que des hémocultures positives.
D'après les renseignements qui nous ont été fournis et nos propres constatations, la technique employée
PRES pour ces hémocultures est la suivante : ponction aseptique du pli du coude après ignipuncture préalable. Ensemencement immédiat de 3 à 4 centimètres cubes de sang dans un ou deux tubes contenant de la bile de bœuf diluée aux deux tiers de bouillon peptoné. Mise à l’étuve à 37 degrés.
Vérification au bout de dix-huit à vingt-quatre heures des tubes fertiles (bacilles mobiles ne prenant pas le Gram), puis identification des germes par la recherche
des principaux caractères de culture différentiels que nous résumons Ci-après :
Milieu Eberth Paratyph. À
Paratyph. B
Gélose gluco- Pas de modifi- Eclatement du Eclatement et
sée au rouge cation. milieu et vi- virage.
neutre. rage.
Lait tourne- Acidification Acidification Caméléonage. solé. légère. légère.
Gélose à l'a- Noircisse- Pas de noircis Noircissecétate de ment. sement. ment.
plomb. |
Cent soixante hémocultures ont donné des résultats positifs.
Ces résultats sont éminemment variables suivant que les malades avait ou non subi la vaccination antityphoïdique; ils sont variables aussi, selon le nombre d’ injections vaccinales qui avaient été pratiquées. Pour ces renseignements d'importance capitale, 1l a fallu, dans beaucoup de cas, s'en remettre aux dires des malades, les inscriptions n'ayant pas toujours été faites
Meg PRIT avec une extrême régularité sur les livrets (la fiche individuelle n'existait pas alors). Il y a donc, vraisemblablement, des faux vaccinés, mais nous croyons qu'ils constituent parminotre contingent une exception et que leur petit nombre ne risque pas de troubler le résultat d'ensemble de notre statistique.
Nous envisagerons successivement, dans l'ordre suivant, les résultats de ces hémocultures :
1° Sujets non vaccinés : 1) n'ayant reçu aucune injection de vaccin éberthien; 2) déclarant avoir eu antérieurement la fièvre typhoïde ; |
2° Sujets ayant reçu uneinjection de vaccin éberthien ;
3° Sujets ayant reçu deux injections de vaccin éberthien ;
4° Sujets ayant reçu trois injections de vaccin éberthien ;
5° Sujets ayant reçu quatre injections de vaccin éberthien ;
6° Sujets ayant reçu d'abord des injections de vaccin éberthien et ensuite des injections de vaccin paraty-
phoïdique.
Sujets non vaccinés.
1) Aucune injection vaccinale el pas de fièvre typhoïdée antérieure signalée.
SE
RESULTAT Nes RÉSULTAT DE L'HÉMOCULTURE j DE L'HÉMOCULTURE RE | SR Eberth. 602 Eberth.
æ 616 Paratyphique B.
— 633 Eberth.
— 837 Paratyphique A.
— 838 Eberth.
850 x Paratyphique B. 881 — Paratyphique A. 908 — Paratyphique B. 949 —
Eberth. 934 — = 996 Paratyphique A.
2) Sujets non vaccinés
parce que déclarant avoir eu antérieurement la fièvre typhoide.
DATE DE LA RÉSULTAT DE Nes DATE DE LA RÉSULTAT FIÈVRE TYPH. | L'HÉMOCULT. FIÈVRE TYPH.
8 ans avant. Eberth. 609 | Non fixée. | Paratyph. A.
Non fixée. Paratyph. B. || 787 — Paratyph. A.
30 ans avant. Paratyph. À.
SR Ne TN Re PUR Ce EE
20 Sujets ayant reçu une injection de vaccin éberthien.
DATE DE L’INJEC- TION VACCINALE
Décembre 1914.
Janvier 1915.
Juillet 1914.
Avril 1915.