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Enseignement de la botanique en Allemagne

Ces quelques pages concernent une question qui fait l’objet de nos constantes préoccupations. Nous les avons écrites, au courant de la plume, en nous abandonnant aux sentiments de notre conviction. Nous y exprimons nos pensées avec franchise et , nous a-t-on dit , avec une certaine énergie. Cependant, si notre plume nous a bien servi; personne ne pourra se méprendre sur nos intentions. Nous espérons trouver chez tous nos collègues autant de bienveillance que nous éprouvons de reconnaissance pour nos anciens professeurs.

Nous avons livré notre écrit à l’impression afin de pouvoir le communiquer à des amis et à des confrères qui s’intéressent ainsi que nous, h l’avenir des sciences en Belgique et à la prospérité des Universités, et aussi afin de stimuler l’ardeur et la confiance des jeunes savants.

Edouard Morren.

Tonies les personnes qui ont étudié la question de l’enseignement des sciences en Belgique, question maintes lois posée par le gouvernement et qui n’a jamais été résolue par les chambres, s’accordent toutes à reconnaître que des améliorations sont nécessaires. On pourrait croire quelquefois que l’esprit scientifique n’anime pas assez notre jeunesse studieuse. Sans méconnaître que les tendances professionnelles et utilitaires exercent chez nous comme partout leur influence, nous croyons plutôt que ces aspirations sont étouffées faute de pouvoir se produire. 11 n’y a pas assez de positions pour les jeunes savants; il n’y a pas de stage pour le professorat, nulle transition ne relie l’étudiant, le docteur même, au professeur; les jeunes gens de talent qui, entraînés par leur amour de la science, veulent consacrer leur vie aux études, ne trouvent pas de positions en rapport avec leur jeunesse et leurs aspirations. Aussi l’enseignement supérieur se rccrulc-t-il péniblement sans sortir de notre nationalité.

11 serait facile de repousser les reproches qu’on s’est laissé aller à adresser aux Belges et de montrer que pour porter remède au mal il suffirait au gouvernement d’augmenter un peu le nombre des chaires scientifiques dans scs universités et surtout de créer, en faveur des jeunes docteurs , quelques positions secondaires autour des professeurs en titre.

On proclame ici comme en France et ailleurs, la valeur scientifique de l’Allemagne. En effet, le nombre des savants y est considérable; l’esprit scientifique y est ardent, vivace; les universités sont bien loin, en général, d’être embarrassées pour recruter les rangs de leur personnel enseignant. On nous cite, avec raison, leur organi • sation, comme un modèle à suivre chez nous. Nous ne viendrons pas redire après les études approfondies de MM. Loomans et Banning dont nous partageons les opinions générales (0, quelles sont l’origine

(1) 1{ apport sur l’enseignement supérieur en Prusse , par M. C». Loomans. — A un (il es des Univers, de Belgique, 2e série, t. I. 1861.

Rapport sur l'organisation et l’enseignement de V Université de Berlin, par M. Km. Banning. — Ann. des Universités de Belgique , 2r série, t. If. 1864.

et l’organisation des universités allemandes, nous invoquons toutefois ces rapports lumineux comme l’introduction nécessaire pour la lecture de notre écrit.

Nous sommes heureux de reconnaître que le gouvernement, justement préoccupé de cette importante question, a beaucoup fait pour encourager l’esprit scientifique. Les tentatives et les essais pour pourvoir au recrutement du corps professoral supérieur n’ont pas manqué. Institution des agrégés, création du doctorat spécial et en ce moment même des chaires universitaires ouvertes à tous les docteurs qui voudront v donner un cours nouveau. Nous craignons fort que cette dernière mesure si libérale ne reste aussi stérile que les précédentes pour des raisons qu’il est inutile d’indiquer ici. En tenant compte de l’état des choses tel qu’il existe et de notre esprit national, nous croyons qu’il faudrait chercher à grouper autour des universités un grand nombre de jeunes savants en créant pour eux des emplois de préparateurs, conservateurs, répétiteurs etc., et en leur permettant, sans préjudice des autres et sous certaines conditions, de prendre part à l’enseignement.

Nous craignons de nous laisser entraîner trop loin. Notre but en prenant la plume a été simplement de faire connaître, par quelques exemples, et par des faits que nous avons été recueillir sur les lieux, l’état actuel de l’enseignement de la botanique en Allemagne.

11 y a en Prusse 7 universités, à Berlin, Bonn, Breslau, Greiswald, Halle, Ivonigsberg et Munster; en Autriche 4, savoir à Gralz, Inspruck, Prague, Vienne; 5 en Bavière, à Erlangcn, Munich et Wurzbourg; \ en Hanovre, à Goettingue; 1 en Saxe, à Leipzig; 1 en Wurtemberg, à Tubingue; 2 dans le grand-duché de Baden, à Fribourg et à Heidelberg; \ dans le grand-duché de Hesse-Darmstadt, à Giessen; 1 dans le grand-duché de Mecklembourg-Schwerin , à Rostock ; I dans le grandduché de Saxc-Wcimar-Eisenach, à Iéna ; i dans l’électorat de Hesse, à Marbourg; 1 dans le Holstein, à Kiel. Soit 24 universités en Allemagne.

La Suisse en compte 5, à Bàlc, Berne et Zurich.

La Hollande 5, à Groningue, à Leyde, à Utrecht.

La Belgique 4, à Bruxelles, Gand, Liège et Louvain (1).

Or, tandis que dans chacune de nos quatre universités de Belgique il n’existe qu’qn seul professeur de botanique, lequel est obligé de renfermer tout son enseignement dans un seul cours , chaque université allemande possède au moins deux, en général trois et souvent un plus grand nombre de botanistes. Chacun professe plusieurs cours, de sorte que ceux-ci s’élèvent parfois jusqu’à 15 ou 20.

(I) Remarquons qu’il existe en Allemagne, comme dans la plupart des Etats, des jardins botaniques importants en dehors des universités, par exemple à Carlsruhe, à Dresde, à Hanovre, à Sluttgardt, etc.

Les diverses branches de la science si vaste de l’étude des végétaux, occupent dans les programmes allemands la place qui leur est due. Nous citerons par exemple : la botanique médicale, la cryptogamie, la géographie des plantes, l’anatomie végétale, etc.

La situation faite chez nous à la botanique n’est pas en rapport avec son importance. Tandis que les deux autres règnes de la nature, le règne inorganique et le règne animal, occupent un grand nombre de chaires, il n’en est donné qu’une seule pour le règne végétal tout entier, à tous ses degrés et sous tous ses aspects.

En Allemagne il existe à peu près pour chaque branche et en particulier pour la botanique des professeurs ordinaires, des professeurs extraordinaires et des agrégés. Chacun ouvre plusieurs cours et il jouit quant à leur choix d’une grande liberté. De là une véritable émulation. Le principe de la concurrence est largement admis. Le même cours est parfois donné deux fois et même trois fois et à la même heure. Chaque professeur titulaire doit, outre son cours proprement dit, en donner au moins un autre. Il choisit pour cela des sujets de prédilection, qu’il a particulièrement approfondi et trouve ainsi le moyen de faire de véritables disciples. 11 ouvre donc des cours privés et même des cours particuliers pour lesquels on prend des inscriptions isolées. Le cours est-il bon, les auditeurs s’empressent et le professeur est sous tous les rapports rémunéré de ses peines. Il varie d’ailleurs ces cours suivant qu’il étend lui-même ses études.

Les élèves de leur côté jouissent de la même liberté : ils peuvent s’inscrire à tel ou tel cours à leur gré, et il leur suffît, lorsqu’ils se présentent à l’examen, de justifier leur assiduité à l’un ou l’autre cours des branches qu’ils ont dû étudier.

Nous laisserons parler les faits : c’est notre seul but aujourd’hui, chacun pouvant tirer les conséquences naturelles qui découlent de la connaissance des programmes allemands, en ce qui concerne renseignement de la botanique.

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