‹ Enseignement méthodique de la versification française avec des sujets d'exercises graduésChapitre 7 sur 62 · DES SYLLABES · texte numérisé non relu

DES SYLLABES

Une syllabe est à proprement parler la réunion d'une ou de plusieurs consonnes avec une ou plu*

sidurs vôyeHes ^ côiâme le, vous, pria : voilà le sens propre du mot syllabe ; mais par extensiph, ce mot est appliqué à une voyelle qui se rencontre seule. Ainsi, on dit que le moi haï a deux syllabes. Subdiviser un vers en toutes les syllabes qui le composent, s'appelle scander. • '^' ..

En scandant on compte tout^4es syllabes, bormis Ve final muet , en deux cas : ^

lo Quant il est suivi immMiatument d'une voyelle ou d'un h muet; â© quand il se éPouve àJa fin des vers. "

n faut avoir soin, en scandant les^ vers, de réta-* blir les syllabes muettes que là rapidité de la prononciation ne fait pas ressortir dans le langage familier. Exemple : tme petite ruse y scandez en prononçant d'une seule émission de voix , ce qui se trouve entre chaque barre (1) : un' \eu\pe\ tif I eu I ruse. \ Quand on récite des vers , il faut faire sentir cet ô, mais avec une grande légèreté, en prolongeant la vibratîbn de la consonne.

n faut laisser aussi divisées deux voyelles qui se suivent, quand elles ne forment pas une diphthongue, comme dans les mots : di-amant^ confi-ant.

Dans les imparfaits et les conditionnels, les trois

dernières lettres ent ne comptent pas dans la

mesure. Exemples : voulaient^ voudraient^ n'ont

que deux syllabes. Il en est de même au pluriel du

subjonctif dans les auxiliaires : qu'ils aient ^ qu'ils soient : ces mots sont des monosyllabes.

^1) Les lettres un' gardent le son «ne,* de même petit doit se prononcer petite.

Les mêmes lettres ent forment une syllabe au présent de l'indicatif et du subjonctif de certains verbes , ils paient^ ils emploient, ils avouent, ils prient.

DE l'E muet final.

Ve muet compte pour une syllabe à la fin dos mots comme dansjoi-e, impi-e, et lorsque cet e muet est suivi d'un s ijoi-^s, injou-es. Comme on ne saurait prononcer joie^eux sans faire confondre le substantif jotô avec l'adjectif ^oyet^â?, et que l'on ne pourrait dire, sans barbarisme, impieux ^ ces mots et d'autres semblables doivent être placés, au singulier, devant un mot commençant par une voyelle ou par un h muet : au pluriel, ces mots ne peuvent être admis qu'à la fin des vers, parce que là on ne tient jamais aucun compte de Ve muet.

C'est donc à tort que dans les romances et dans les cantiques, les copistes et par suite les graveurs placent Ye muet final d'une manière détachée, comme formant syllabe distincte; souvent même cet e absolument muet est logé sous une note tenue ou à eflet. Le chanteur ' trop docile suit cette fausse indication, en dépit des règles de la versification, et l'habitude fait silipporter les absurdités qui résultent de cette faute grossière. Ainsi , on entend chanter à plein gosier et avec une expression sentimentale : Morrie^eux qui rime avec en-

tiie'eUXfeiilièiift^ilà:^ grâce

à cette ihvèiition, parais^ deviéiit', poiiM'Oreille, pa/rèsseuco^ etc., etc.

On écarterait ces barbarismes affi'etuc et ces ridicules calemboui^s, en observant la règle de versification, c'est-à-dire, en ne rendant pas le vers faox par l'addition maladroite de de pied ^ de ce perpétuel eux.

Ce qu'il y a d'étrange , c'est que l'on sait fort bien évitét* cette faute dans le corps ^ dès vers, en soutenant le son qui prëcèdel'emUét finaLSil'on rencontre, par exemple, ce vers :■

Marie est élevée aux cieux personne ne chantera :

Maoîe-eux est âevée-eux aui cîeux^ mais oh dira fort bien ;

Mari' est élevé' aux cieux;

et si le musicien a mis deux ou trois notes à la seconde syllabe de Marier on fera entendre sur ces diverses notes lé son i seulétnent.

Pour ceux qui réfléchissent, la faute, en dépit de l'habitude, n'est pas moins vicieuse, ni moins ridir ouïe à la fin du vers qu'au début ou dans le milieu. Il est à souhaiter que ceux qui font graver ou exécuter des morceaux de chant, veillent à corriger un abus aussi contraire au bon sens et au bon goût qu'aux règles de la prosodie. . Ajoutons, en terminant, que là où l'on srarde les.

Traies traditions du bon langage, au Conse^-vatoire de cfumt et de déclamaiiàny on n'a jamais entendu dénaturer nos poètes dans te récit ni dans le chant, par la prononciation détachée de cet e appelé justement muet parce qu*il doit être toujours omis, ou dissimulé avec art et délicatesse.

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