CHAPITRE III CONGRÈS INTERNATIONAL D’INSTITUTEURS AU HAVRE.—(Suite) L
Ceux des membres du congrès qui considéraient comme un progrès essentiel l’introduction de l’enseignement manuel de l'enfant dans l'école primaire, exposèrent ensuite leurs raisons. En voici le résumé :
Pour la plupart des partisans de cet enseignement, le travail manuel est une question d'éducation intégrale ; c'est une question pédagogique.
D'autres le considèrent comme un besoin de l’enfant qui a besoin || de travailler des doigts comme il travaille de l'esprit. À
Selon un grand nombre, le travail manuel doit devenir la base } de l’enseignement de l’école primaire, qui, tout en développant l'esprit par l'instruction générale, le cœur par l’enseignement moral, 4 doit développer le corps par la gymnastique et par le travail manuel. Ils ajoutaient que l’instituteur a non seulement le droit, mais le devoir de sonder l'esprit de ses élèves et d’éveiller leurs aptitudes naturelles.
M. Sluys, directeur de l’école normale de Bruxelles, déplore qu’en Belgique, comme en France, l'éducation intellectuelle occupe à peu près tout le temps que l'élève passe dans l’école. On néglige par ce système de développer une des facultés de l’homme : l’habileté ‘4: manuelle.
‘* L'enseignement actuel, ajoutait-il, étant purement intellectuel,
a pour effet de produire facilement des théoriciens ; il nous faut des hommes armés de théorie, mais qui soient en même temps pratiques dans les questions des travaux manuels.”
M. Sluys ne se dissimule pas la difficulté d'introduire cet enseignement dans l’école primaire. Il faudra du temps, bien des années, peut-être, avant qu'il y soit organisé complètement, Mais ce résultat n'est pas impossible à atteindre ; l’exemple de la Suède en est la meilleure preuve. En Suède, ‘dans une école d’abord, deux écoles, trois écoles, ensuite, on a introduit l’enseignement manuel ; quelques hommes ont préparé des instituteurs, en créant des cours temporaires ; une école normale spéciale a été créée à N'ääs, par M. Abrahamson, et la cause de l’enseignement manuel est actuellement gagnée dans ce pays. On est arrivé à ce résultat par l'initiative des |
instituteurs et des particuliers, car le gouvernement est très peu intervenu dans cette question. La Suède n’a que quatre millions d'habitants, et il y a actuellement huit cents écoles où le travail manuel est enseigné.”
Et dans ces écoles, la valeur scientifique et morale, loin de diminuer, s’est accrue, “parce que chaque fois qu’on introduit dans l'enseignement des connaissances nouvelles qui développent les facultés d'observation de l'individu et sa valeur technique, c’est au profit de toutes les branches sans exception et surtout de la moralité.”
L'enseignement du travail manuel a donc été introduit en Suède et sur une grande échelle.
En Italie, cette question a été discutée et adoptée par un congrès international d’instituteurs. Ces instituteurs comprenaient que quand on veut développer les facultés physiques du corps, il est une des parties de ce corps, la plus importante, la plus admirable : la main, qui a besoin d’être élevée, qui a besoin d’être exercée. Sans l'enseignement manuel dans l’école, que fait-on pour l'éducation de la main ? ‘ On lui enseigne, dit M. Romuldo Gray, instituteur à Milan, à tenir une plume ; mais, Messieurs, on n'écrit pas toute sa vie, les ouvriers auront très peu à écrire dans la vie; la main doit être exercée de bonne heure à manier un outil ; vos enfants sortent des écoles très mal préparés pour la vie; je dis que c'est une trahison envers l'enfant que de lui faire perdre du temps pour le lancer ensuite dans la vie sans être préparé.”
L'enseignement manuel doit être donné à l'enfant dès le début de son éducation dans l’école élémentaire, pour qu'il porte tous ses fruits. Là, en l'appropriant aux capacités intellectuelles des enfants, on obtient des résultats surprenants, parce que cette occupation leur plaît considérablement par les côtés intéressants qu’elle leur présente.
On a eu la preuve des bons résultats de l’enseignement manuel dans une exposition qui eut lieu à Besançon avant le Congrès. M. Desmoulins, conseiller municipal de Paris, en parle ainsi: “ À Besançon, des écoles avaient exposé leurs produits ; il y en avait de l’école maternelle qui est bien autre chose que l’école primaire : ce sont les plus élémentaires de nos classes élémentaires ; eh bien ! dans l'école maternelle, on a su accoutumer les mains des petits garçons, des petites filles, à des travaux textiles variés. Vous avez pu voir sous ce rapport, dans quelques expositions, des choses réellement merveilleuses, et ce sont les œuvres des petits enfants de quatre ou cinq ans.”
Tout en étant convaincus de la nécessité de l’enseignement manuel, plusieurs membres du congrès avaient l'air de redouter son introduction dans l'école primaire, par suite des difficultés de cet enseignement.
M. Chatelain, instituteur en Suisse, leur dit avec une grande vérité : “ Messieurs, il s’agit avant tout de nous prononcer sur une
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question de principe : le travail manuel est-il bon à introd uire dans l'école élémentaire ? Lorsque vous aurez affirmé d’une manière formelle votre volonté, vous trouverez vous-mêmes les moyens d'exécution.”
D'autres raisons, excellentes aussi, mais que nous ne pouvons pas citer, furent encore données. Puis le Congrès PassA AUX Voix,
La résolution qui lui était soumise était la suivante :
‘ Le congrès reconnaissant que le travail manuel doit faire partie intégrante d’un bon système d'éducation générale, puisqu'il contribue à développer l’activité, l'observation, la perception et l'instruction, émet le vœu qu'il soit introduié le plutôt possible dans les écoles primaires élémentaires.”
Cette résolution fut adoptée à une grande majorité aux applaudissements prolongés des membres.