GRAMMAIRE : LE SINGULIER POUR LE PLURIEL
m A la halle, aujourd'hui, le poisson élail cher, la pomme de terre
5^ nouvelle vient de faire son apparition, mais le fruit est encore rare :
5 l la cerise a valu jusqu'à 1 franc la livre. Des marchands anglais ont
X I tout raflé en bloc. C'est drôle comme le riche est avide de manger les
^ ^ choses hors de leur saison! L'Anglais surtout est friand de primeurs.
5 Dans ce texle, on pourrait mettre au pluriel tous les noms sujets : les
s pommes de terre nouvelles viennent de faire leur apparition, mais les
5 fruits sont encore rares... Le sens ne changerait presque pas : il est
z l évident que ce n'est pas une seule pomme de terre qui se trouvait à la
9 s halle* mais des sacs entiers. Le singulier peut s'employer parce que la
pomme de terre, le fruit sont considérés comme des matières; on
n'envisage piis les unités, qui sont nombreuses, mais l'ensemble.
De même, on dira aussi bien : le blé est mûr que : les blés sont mûrs.
Dans la dernière phrase, le riche est avide... l'Anglais est friand...
le singulier sert à désigner toute la classe des riches, toute la nation des
Anglais. C'est une sorte de coUeclif, qu'on emploie souvent pour désigner
toute une espèce d'êtres : l'écrevisse se plaît dans les ruisseaux étroits.
On emploie le singulier au lieu du pluriel pour désigner plusieurs choses que l'on considère comme une matière : l'abricot manque sur le marché, la sardine devient rare.
On emploie aussi le singulier au lieu du pluriel pour nommer toute une espèce d'hommes ou d'animaux : l'Allemand aime la bière, le nègre est susceptible d'instruction, le tigre est commun en Indo-Chine.
Ex. 438. 'f Copiez les propositions ^ [Ex. 439.] 'f Essayez de mettre au où un nom singulier est employé pour i pluriel ce qui peut être mis à ce genre un nom pluriel : | sans changer le sens :
Un bois redouté. \ La grande industrie,
La forêt de Sillé est un sauvage taillis, | Dans la grande industrie, l'ouvrier un chaos d'arbres et de bruyères, de | n'est qu'un rouage d'une immense roches et d'ajoncs, tout peuplé de bêtes \ machine.
fauves et hanté longtemps de terreurs. | A la scierie, il rei^oil la pièce de bois C'est la retraite où gitait naguère le déjà sciée de longueur i)nr un voisin; faux saunier, où se terra plus tard le \ il la présente à la raboteuse, j»uis la chouan. Par les chaudes soirées de ï passe à un autre et ne s'inquiète plus juillet, la solitude de ce lieu est étrange | de ce qu'elle devient, et remplit l'àme du voyageur de toutes \ Comme il fait toujours la même les épouvantes du silence. Mais à chose, il devient 1res habile, sa |)rol'automne, quand souflle la bise, la | duction augmente, et le prix de revient forêt s'anime et prend une parole. Le | du produit baisse d'autant. Mais, en chêne frissonne, le bouleau se tord, et î revanche, l'intérêt que le travailleur tous ces murmures s'unissent à la > portait au travail qu'il menait d'un plainte du vent qui passe. > bout à l'autre a presque complète-
Gilbert-Augustin Thierry. } ment disparu.