COMPOSITION FRANÇAISE : Uexptession des sensations
Chateaubriand, pour donner une idée de la campagne romaine, telle que ses yeux la voient, ne se contente pas des mots qui se rapportent proprement aux sensations perçues par les yeux. Ceux-ci lui fournissent les idées de lignes, de plans, de contours, lui font apercevoir les vapeurs, les ombres, les teintes. Mais pour exprimer comment sont, par exemple, les contours, il les qualifie de suaves; or, suave se dit proprement d'une musique, d'un parfum. Il parle plus loin d'ombres lourdes : les ombres n'ont pas de poids. La teinte générale lui semble harmonieuse : l'harmonie n'existe, à vrai dire, qu'entre les sons.
Ainsi il transporte à des choses qu'il voit des mots qui sont, au sens propre, destinés à exprimer les observations de l'ouie, du toucher, etc. Cela se fait fréquemment; nous disons : unecouleurcha.ude, une voix claiie, une parole {roide, un parfum léger, une teinte fade, une couleur criart/e, une bise aigre, etc.
CONSEIL : Les mots qui se rapportent aux sensations fournies par un sens s'appliquent très souvent, par ûgure, à des sensations d'un ordre durèrent. Ne négligez pas cette ressource du vocabulaire; mais gardez-vous de la bizarrerie.
Ex. 700. °^ Indiquez les mots expri- i devint fort gris, le vent tomba, tout
niant des sensations qui ont été s devint morne. C'est alors, (ju'en même
employés par figure : temps de tous les points, et du bois et
Le départ des hirondelles. de la ville, d'infinies légions d'hiron-
Le ciel était heau le malin, mais belles vinrent se condenser sur
avec un vent qui soufflait. Mes pins se l'église, avec mille voix, mille cris, des
lamentaient, et de mon cèdre ému débats, des discussions. Michelet.
sortait une basse et profonde voix. [Ex. 701.] «f Décrivez un ruisseau
Peu à peu, le temps se voila, le ciel \ que vous avez trouvé agréable.
148 Méthode Brunot-Bony.
702. GRAMMAIRE : PRÉSENTS A RADICAUX ALLONGÉS • Addition d'une consonne. . .
L'enfant naît , c'est à peine \ Enfants, vous naissez, c'est à
pendant quelques jours s'il vit. // | peine pendant quelques jours si
dort et ne croit guère. Bientôt \ vous vivez. Vous dormez et ne
quand on sent le temps bien favo- \ croissez guère. Bientôt quand
rable, il sort ; grave événement que \ nous sentons le temps favorable,
la mère écrit à ses amies. Toute \ vous sortez : grave événement que
la journée elle suit les moindres I nous écrivons à /20s amies. Toute
mouvements du petit être; s'il repose j la journée nous suivons vos mou-
el se tait un moment dans son ber- \ vements, et si vous vous taisez un ceau, vite elle coud du linge et des moment dans votre berceau, vite
vêtements, qu'elle se -plaiit, si pauvre \ nous cousons du linge et des
qu'elle soit, à rendre aussi doux et ] vêtements, que nous nous plaisons
aussi cfiauds que possible. \ à rendre aussi doux que possible.
Dans les verbes en caraclères gras, on trouve deux radicaux; mais, contrairement à ce qui a lieu dans les verbes précédents (Voir page 14G), l'un des radicaux appartient aux personnes du singulier, l'autre est commun à toutes les personnes du pluriel.
Dans ce deuxième radical reparaît une consonne siniple ou double qui a disparu au singulier et qu'on retrouve dans des mots de la même famille : il naî t. vous naiss ez (naiss ance)
il plai /, ils plais ent (plais ir)
Dans certains verbes au présent, le radical du' pluriel est plus long que celui du singulier. Il y a trois cas :
I. — Au pluriel, le radical du singulier est augmenté d'une consonne qui n'existe pas à l'infinitif:
y écris ... n. écrivons ... ils écrivent (inf. écrire) ie plais ... V. plaisez ... ils plaisent (inf. plaire) je tais, je lis, je suffis et les verbes en uis, avec infinitif en uire, ont, comme je plais, le radical du pluriel en s :
je lis ... v. lisez ... — je conduis ... n. conduisons 11 en est de même pourye dis et je fais, mais ces verbes ont les formes irrégulières : vous dites ... vous faites, ils font.
II. — Au pluriel, le radical du singulier est augmenté d'une consonne qui existe aussi à l'infinitif :
je bous ... n. bouillons, v. ùouille: (inf. bouillir) tu dors ... v. dorm. ez, ils dorm. ent (inf. dorm ir) je mens, je pars, je me repens, je sens, je sors, ont au radical du pluriel le t de l'infînilif : n. partons, v. sortez, ils mentent... je suis, je vis ont un v : n. suivons (inf. suivre).
III. — Au pluriel, le radical du singulier est augmenté d'une ou de plusieurs consonnes autres que celle de l'infinitif:
je nais, il naît, n. naissons, v. naissez .. (inf. naître) je connais, je crois, et autres verbes où l'infinitif est en aitre ou oitre, se conjuguent comme je nais.
je couds ... il coud, n. cousons, v. cousez (inf. coudre) je mouds ... il moud, v. moulez, ils moulent (inf. moudre)
Langue française. — Troisième livre. 14*1