‹ Enseignement primaire élémentaire: méthode de langue française (volume 2)Chapitre 304 sur 373 · GRAMMAIRE : EMPLOIS DE L'IMPARFAIT · texte numérisé non relu

GRAMMAIRE : EMPLOIS DE L'IMPARFAIT

J'avais une dizaine d'années quand j'ai vu passer le premier vélocipède; c'était dans une petite ville des Vosges. Chaque fois qu'il arrivait une de ces nouvelles macliines, les gens sortaient des maisons. C'est qu'ils avaient vraiment un aspect baroque, ces vélocipèdes aujourd'hui prc'liisloriques. Ils étaient /a//.s d'une immense roue sur laquelle l'homme était juché, et d'une très petite qui avait l'air d'un nain courant après un géant. Et les jambes tricotaient, tricotaient; elles s'allongeaient, se recroquevillaient : il leur fallait bien suivre chaque tour de roue. Malgré tout, le vélocipède avait de l'avenir; il la prouvé depuis.

Dans ce petit récit, l'imparfait marque d'abord, comme nous l'avons dit, une action qui se passe en morne temps qu'une autre : /avais une dizaine d'années indique quel était mon âge au moment où j'ai vu ce que je raconte. Celte indication d'une action, d'un temps passé, peut être très sommaire, ou même manquer : // était une fois... Il était un petit navire...

L'imparfait a d'autres emplois. La proposition : c'était dans une petite ville marque une circonstance du récit. Les gens sortaient des maisons exprime une action qui se répétait. Plus bas l'imparfait donne l'explication d'un fait passé : les jambes tricotaient : il leur fallait bien suivre..

L'imparfait de l'indicatif s'emploie :

1" dans les récits, pour rapporter des événements qui se sont accomplis en même temps, ou les circonstances qui ont accompagné un fait principal;

S" dans les descriptions, pour signaler toutes les particularités qui se produisaient ou duraient au moment où se passait l'action :

La nuit tombait, des étoiles apparaissaient, nous étions silencieux.

3" pour indiquer une action qui se répétait dans le passé, une habitude : Il venait me voir chaque dimanche.

4" pour donner une explication, faire une observation à propos d'un fait qu'on rapporte au passé :

Je l'ai consolé : il pleurait à chaudes larmes.

5" pour rapporter des actions qui se succèdent, immédiatement ou non, dans le passé : Je l'appelai, une minute après il entrait.

Ex. 1085. 'f Indiquez les diverses valeurs des imparfaits de ce texte :

L'ancien régime.

II se trouvait des hommes qui, à la sueur de leur front, soignaient cette terre dont d'autres hommes semblaient s'acharner à tarir les bienfaits. Le gibier féodal, les vagabonds et les gens de guerre venaient trop souvent enlever la dernière espérance du laboureur, lui ravir le fruit du travail de toute une année. On sait quelles immenses forêts couvraient le territoire de notre France ;

les campagnes, dans le voisinage de ces forêts, étaient ravagées par des bandes de bètes sauvages. L'article 137 de l'Ordonnance d'Orléans défendait au paysan de tuer ces bêtes, même lorsqu'elles entraient sur son bien; il n'avait que la permission de les écarter avec des pierres, sans les blesser.

Ex. 1086. "^ Conjuguez à l'imparfait de l'indicatif :

Chanter et être applaudi.

Sortir chaque soir, se promener pendant une heure et rentrer dispos.

Langue française. — Troisième livre.

1087. RÉCITATION: Après la bataille.

Mon père, ce héros au sourire si doux, Suivi d'un seul housard qu'il aimait entre tous Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille, Parcourait à cheval, le soir d'une bataille, F>e champ couvert de morts sur qui tombait' la nuit. Il lui sembla, dans l'ombre, entendre un faible bruit : C'était un Espagnol de l'armée en déroute Qui se traînait sanglant sur le bord de la route, Râlant, brisé, livide, et mort plus qu'à moitié, Et qui disait : « A boire, à boire par pitié! » Mon père, ému, tendit à son housard fidèle Une gourde de rhum qui pendait à sa selle, Et dit : « Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé. » Tout à coup, au moment où le housard baissé Se penchait vers lui, l'homme, une espèce de Maure, Saisit un pistolet qu'il étreignait encore, •

Et vise au front mon père en criant : « Caramba! » Le coup passa si près que le chapeau tomba. Et que le cheval fit un écart en arrière, w Donne-lui tout de même à boire », dit mon père.

Victor Hugo.

Ex. tOSS.'f Dans ce récit, distinguez î des actions passées de ceux qui expriles imparfaits qui servent à rapporter \ ment des particularités descriptives.

1089. COMPOSITION FRANÇAISE : Discuter une opinion.

Louis et son grand-père se promènent sur la route. Passant à toute vitesse, une automobile les force à se garer. Le grand-père murmure, évoque le passé : « De mon temps, dit-iU c'était bien mieux ; il n'y avait pas de ces machines rapides, puantes, qui soulèvent des nuages de poussière. Sur les routes, cheminaient seulement des chariots lents et paisibles, et les bonnes diligences passaient au trot de leurs bêtes, dans le bruit joyeux des grelots. — Oui, répond Louis; mais elles n'étaient pas confortables, elles n'allaient pas vite; les voyageurs perdaient en route beaucoup de temps. — Sans doute, dit grand-père; mais les automobiles sont dangereuses pour leurs conducteurs et pour les piétons. »

CONSEIL : Il faut s'exercer à soutenir, par de bonnes raisons, les opinions qu'on s'est formées. On doit écouter avec attention les objections des autres, et tâcher d'y répondre avec politesse. Surtout il faut se rendre de bonne grâce à l'évidence.

Ex. 1090. y Un examen. i Ex. 1091. «^ Influence de la LunS.

PLAN < PLAN

Deux aspirants, l'un admis, l'autre \ Georges discute avec son oncle au

refusé, apprécient leur examen. | sujet de la mauvaise influence que ce

Épreuves faciles suivant le premier, } dernier attribue à la Lune :

trop difficiles d'après l'autre. \ Les gelées de printemps et la lune

Temps accordé pour les compositions, > rousse,

manière d'interroger des examina- | Avantages d'observer les phases de

eurs, etc. { la Lune pour les travaux agricoles...

234 Méthode Brunot-Bony.

1092. GRAMMAIRE : PASSÉ ANTÉRIEUR et PLUS-QUE-PARFAIT

La plupart des sciences n'ont trouvé leur méthode définitive qu'au > XIX" siècle, mais elles avaient commencé à se former bien des mil- l tiers d'années auparavant. Sitôt qu'un homme des cavernes eut fait bouillir un peu d'eau, il exista une physique rudimentaire, et après { qu'un autre de ces ancêtres lointains eut roulé un quartier de roclie | j sur un tronc d'arbre, une mécanique primitive fut créée.

Les sciences ont commencé des milliers d'années avant le xix'= siècle, ([ui est passé. On exprime donc une action passée bien avant un autre passé; on met le verbe au plus-que-parfait : avaient commencé.

Dans ce temps composé, on trouve l'imparfait de l'indicatif de l'auxiliaire avoir : /avais... ils avaient, et le participe passé de commencer.

Dans la phrase suivante, on dit qu'une physique rudimentaire exista sitôt qu'un homme eut fait bouillir un peu d'eau, les deux actions ont été consécutives, l'une a eu lieu immédiatement avant l'autre : eut fait est au passé antérieur. Ce temps est composé du passé simple de l'auxiliaire avoir : j'eus, il eut... et d'un participe passé.

Le passé antérieur de l'indicatif est formé du passé simple de l'auxiliaire avoir ou être, suivi du participe passé du verbe à conjuguer :

V personne : dès que j' eus achevé, ...nous eûmes compris 2* — : — tu eus fini, ...vous fûtes arrivés

3° — : — il fut venu, ...ils eurent aperçu. Le plus- que-parfait de l'indicatif est formé de l'imparfait de l'auxiliaire avoir ou être suivi du participe passé d'un autre verbe : j'avais causé ... tu étais tombé. ^^ -- ^

Ex. 1093. °lf Copiez les verbes au i jamais rien. Un jour, elle avait mangé

plus-que-parfait de l'indicatif et expli- S de tous les plats hormis d'un seul, dont

quez pourquoi ils sont à ce temps : | on avait oublié de lui donner et qu'elle

Perdus dans la forêt. l convoitait beaucoup. Pour faire répa-

Le petit Poucet croyait retrouver aisé- > rer cet oubli sans être accusée de

ment son chemin par le pain qu'il s désobéissance, elle lit, en avançant

avait semé partout où il avait passé; î son doigt, la revue de tous les plats,

mais il fut bien surpris lorsqu'il ne put i disant tout haut à mesure qu'elle les

en retrouver une seule miette; les | montrait : « J'ai mangé de ta, j'ai

oiseaux étaient venus qui avaient tout $ mangé de ça. » Mais elle affecta si

mangé. Voilà donc les enfants bien l visiblement de passer sans rien dire

af(1igés,car plus ils marchaient, plus ils l celui dont elle n'avait point mangé,

s'égaraientcts'enfonçaientdans la forêt. | que quehju'un, s'en apercevant, lui dit:

Ch. Perrault (1628-1703). | « Et de cela, en avez-vous mangé? —

[Ex. 1094.] "f Distinguez, dans ce Oh! non », reprit doucement la petite texte, les verbes qui marquent des gourmande, en baissant les yeux.

passés absolus de ceux qui marquent l D'après J.-J. Rousseau.

des passés relatifs : Ex. 1095. 'f Conjuguez le premier

Une ruse de petite tille, l verbe au passé antérieur et le second

Une petite fille de six ans mangeait | au passé simple :

avec ses parents; mais on lui avait | Dès que je (comprendre) mon pro-

rigoureusement défendu de demander | blême, je me (hâter) de le résoudre.

Langue française. — Troisième livre. 235

1096. VOCABULAIRE: Suffîxes ance, esse, ité, itude.

Les savants ne prélendenl pas à l'infaillibilité; de très grands parmi eux ont d'il et fait des sottises. Mais la science, produit de la collectivité, par l'exactitude de la méthode, l'honnêteté dans l'observation, la justesse dans le raisonnement, corrige les faiblesses des individualités. La puissance de Vesprit humain est sans limites : il éclaire le monde de sa splendeur.

L'infaillibilité est la qualité de celui qui est infaillible, une so//i5e est l'acte d'un sot, la faiblesse est l'état d'une personne faible, l'exactitude est la qualité d'une chose exacte. On voit que les suffixes ité, ise ou esse, itude, joints à un adjectif, forment des noms abstraits.

La p«/s.sance est l'état de celui qui est puissant. Le suffixe ance forme aussi des noms abstraits en s'unissant au radical d'un participe présent.

Ajouté au radical d'un participe présent ou d'un adjectif qualificatif, le suffixe ance forme des noms qui désignent l'action ou l'état correspondant à ce verbe ou à cet adjectif :

alliance, délivrance, résistance, souffrance. Ce suffixe prend quelquefois la forme savante ence : déférence, prudence, urgence.

Joints à un adjectif, les suffixes esse (quelquefois ise), ité (té, été), itude (tude), forment des noms exprimant la qualité, la manière d'être correspondant à cet adjectif :

justesse, franchise, natalité, dureté, exactitude.

Ex. 1097. "f Indiquez comment ont i [Ex. 1098-] "f Avec les mots sui-

été formés les mots suivants : | vants, formez des noms dérivés en esse

Acreté, collectivité, contenance, dé- l ou en ise ;

crépitude, faiblesse, fierté, grossièreté, l Balourd, bas, délicat, étroit, fainéant,

ingérence, phosphorescence, méchan- | fin, gourmand, hardi, large, maître,

ceté, naïveté, obligeance, responsabilité, | marchand, riche, rude, scélérat, tendre,

vaillance, versatilité, virtuosité. \ traître, vantard.

1099. DICTÉE: Respect des droits de l'accusé.

Aristide poursuivait en justice un de ses ennemis. Après qu'il eut exposé ses griefs, les juges furent tellement irrités contre le criminel qu'ils voulaient le condamner sans l'entendre. Mais, sitôt qu'il se fut aperçu de ces dispositions, Aristide se leva de son siège, alla se jeter aux pieds des juges en même temps que l'accusé, et il les supplia de lui permettre de se déj'endre, comme l'ordonnaient les lois que la république avait de tout temps observées.

C'est par des actes d'une probité aussi délicate qu'Aristide avait mérité de ses concitoyens le beau surnom de « juste ».

D'après Amyot.

Ex. 1100. "f Copiez lez verbes qui s [Ex. 1101.]'^ Décomposez la deuxiè'

sont au passé antérieur ou au plus- l me phrase en propositions et dites à

que-parfait, et justifiez l'emploi de ces \ quoi se rattache chacune des subor-

temps 5 données qu'elle renferme.

236 Méthode Brunot-Bony.

1102. GRAMMAIRE : FUTUR DANS Lfi PASSÉ

Le mois dernier, on avait entendu dire qu'il y avait beaucoup de gibier. Les chasseurs de la ville comptaient qu'ils tueraient chacun cinq ou six pièces au moins. Varinot, le pharmacien, était sûr qu'il abattrait .s« douzaine de perdreaux. Il a fallu déchanter : « Je ne croyais guère, disait Varinot, un peu penaud, que nous allions revenir presque bredouille. Je pensais qu'avant dix heures J'aurais fait ma chasse. »

L'ouverture de la chasse est faite, est passée. Quand les chasseurs en parlaient le mois dernier et comptaient faire grand massacre, elle était à venir; ils en parlaient donc comme d'une chose future. Pour raconter aujourd'hui ce qui était futur il y a un mois, on emploie des futurs dans le passé: ils tueraient, // abattrait.

Plus bas, au lieu de : je ne croyais guère que nous reviendrions... Varinot dit : que nous allions revenir. Cette forme composée exprime aussi le futur dans le passé, mais un futur prochain.

Il dit enfin : je pensais qu'avant dix fteures /aurais fait ma chasse pour marquer qu'à cette heure-là, l'action future serait accomplie.

Pour exprimer qu'une action passée était à un certain moment future par rapport à une autre, on emploie le futur dans le passé : Le chasseur croyait qu'il tuerait beaucoup de gibier.

On forme ce futur en ajoutant au radical du futur absolu de l'indicatif les terminaisons de l'imparfait de l'indicatif : y abattrais je finirais j' aurais je s^^/'ais tu abattrais tu finirais tu aurais tu serais il abattrait il finirait il curait il .serait

nous abattrions n. finirions n. aurions n. .serions vous abattriez v. finiriez v. auriez v. seriez ils a/;a//r aient ils /?n/r aient ils auraient ils seraient Lorsqu'il s'agit d'une action future qui devait suivre de près l'action à laquelle on la rapporte, on l'exprime par un infinitif précédé de l'imparfait de l'indicatif du verbe aller, employé comme auxiliaire : J'ai cru que vous alliez manquer ee lièvre.

Si l'on veut marquer que l'action dont on parle devait être faite, accomplie à un moment donné, on emploie une forme composée du verbe auxiliaire avoir ou être au futur dans le passé et d'un participe passé :

Je pensais qu'avant midi /aurais tué au moins cinq perdreaux.

Ex. 1 103. °l? Indiquez les verbes qui j jours au plus tard. Elle serait d'ailleurs

sont au futur dans le passé et jus- | remarquable : elle garantirait des plus

liftez l'emploi de ce temps : | grands froids, et on pourrait en fourrer

La peau de l'ours. \ deux robes. Ils ne pensaient pas ({u'à

Dans l'une de ses fables, La Fontaine s la vue de l'ours, toute leur belle

raconte les mésaventures arrivées à l assurance tomberait et qu'ils revicn-

deux chasseurs. Ceux-ci vendirent à 1 draient couverts de ridicule,

un fourreur la peau d'un ours qu'ils |

tueraient bientôt. A les entendre, ils | [Ex. 1104.^'^ Ecrivez le récit pré-

se mettraient en quête le jour même \ cèdent, en supposant que les chas-

ot livreraient cette peau dans deux i scurs parlent an fourreur.

Langue française. — Troisième livre.

1105. VOCABULAIRE: Les sentiments et les émotions.

Cœur, sensibililc, inclination, penchant, besoin, passion, sympathie, amour, amitié, affection, tendresse, charité, pitié, altruisme, égoïsme, haine, aversion, antipatliie, indifférence, tranquillité, calme, plaisir, bonheur, jouissance, joie, tristesse, déplaisir, contrariété, chagrin, douleur, inciuiétude, crainte, peur.

Sensible, indifférent, apathique, impassible, doux, tendre, cordial, dur, violent, bas, méprisable, élevé, enthousiaste, ardent.

Sentir, émouvoir, affecter, toucher, impressionner, frapper, captiver, éinousser, éprouver.

Ex. 1 106. 'f Dans les noms, indique:

ceux qui expriment de bons sentiments et ceux qui en désignent de mauvais.

[Ex. 1107.]°)? Indiquez les noms des sentiments qui correspondent aux adjectifs donnés et faites-les entrer dawi une phrase.

Ex. 1108. °1? Conjuguez le premier verbe donné à Vimparfail de Vindicatif et le second au futur dans le passé :

Je (sentir) que je (avoir) de la peine . à réussir.

Je (croire) que je (éprouver) plus de plaisir au jeu.

1109. COMPOSITION FRANÇAISE: Exprimer un sentiment.

En combattant un incendie, un pompier tombe d'un toit.

Ses camarades portent le blessé à la pharmacie voisine.

Pendant qu'on le panse, un agent écrit sur son calepin :

Mercredi 15 mai, 10 heures du malin, devant le numéro 36 de ta rue Gambetta, le pompier Martin est tombé pendant un incendie. Il a le bras droit fracturé. Une voiture arrivée ù /O" 25" l'a porté à l'hôpital.

Ces notes sont les éléments d'un procès- verbal; elles exposent avec précision les faits, et c'est tout. Mais les gens qui entourent le pompier n'ont pu garder cette froideur. La vue du sang, la pâleur du blessé, ses plaintes les ont émus; en racontant l'accident, ils mêleront au récit des faits l'expression de leur pitié.

CONSEIL ; Au récit des faits, il est souvent bon de mêler l'expression des émotions gaies ou tristes, des sentiments quelconques qu'ils ont éveillés en nous Mais il faut éviter que les sentiments n'étouffent l'exposé des faits et surtout qu'ils ne faussent les événements.

Ex. 1 1 10. "f Vn incendie.

iVlOHT DU LIEUT'-COLUNKI. r KOi PF, VAUX.

Rapport à une compagnie d'assu rances pour lui annoncer un incendie qui a détruit chez vous des écuries et uae grange pleine de récolte.

Date du sinistre. Comment le feu a pris. Détail des dégâts.

Récit fait à un parent au sujet du même événement.

Apparition des premières lueurs.

Effroi et affolement. Lutte contre le fléau. Dangers courus.

État des immeubles détruits-

238 Méthode Brunot-Bony,

1111. GRAMMAIRE : LES TEMPS RELATIFS i 9° Dans le futur. ± ^

Vous ne savez pas vos devoirs envers les malheureux. Allez vers eux. El si vous avez un cœur d'homme, quand vous aurez vu un de ces taudis sordides où sont entassés pêle-mêle parents et enfants, filles et garçons, quand vous ser.ez entrés en contact avec une de ces misères nées du chômage ou de la maladie, vous sentirez vos devoirs.

Vous ne savez pas maintenant vos devoirs, vous les sentirez plus tard; cela aura lieu dans le futur, après vos visites chez les pauvres. L'action de voir ces malheureux se fera donc dans le futur, mais elle précédera 2 \ l'action de sentir ses devoirs, qui en sera le résultat; elle lui sera antérieure, elle sera passée quand vous sentirez vos devoirs. Pour exprimer l'action de voir, j'emploie donc un futur, mais un futur spécial qui exprime à la fois que l'action est à venir relativement à maintenant, mais qu'elle est passée relativement à une autre action également future : quand vous aurez vu, quand vous serez entrés... C'est un passé dans le futur, ou futur antérieur.

Le temps qui exprime qu'une action sera passée quand aura lieu une autre action également à venir, est un futur antérieur. Ce temps est composé du futur de l'auxiliaire avoir ou être et du participe passé du verbe conjugué :

y aurai gagné j' aurai fini je serai venu

tu auras gagné... tu auras fini... tu seras venu...

ils auront gagné ils auront fini ils seront venus

z I Le futur antérieur prochain s'exprime quelquefois par le o>| passé : Attendez un instant: j'ai fini. 5

Remarque. — Il n'y a pas d'autres temps relatifs dans le futur. s

Le présent relatif s'exprime par le futur ordinaire :

Je partirai quand commencera Vautomne, <

11 en est de même pour le futur relatif :

On fera la vendange et après on s'occupera des labours. \

Mais, dans ce dernier cas, on peut retourner la phrase et mettre au I futur antérieur l'action future qui aura lieu la première : \

I On s'occupera des labours après qu'on aura fait la vendange. j

Ex. 1112.°^ Mettre ce texte au futur, i de la nuit ont fini, ceux du jour arri-

en prenant garde de bien employer les l vent; il en vient aussi par les airs.

futurs relatifs nécessaires : \ Puis ce sont les insectes qui font leur

La mort nourrit la vie. \ tâche. Les os se détachent, tombent

La héte fauve meurt à l'écart, soit j sur la terre. L'herbe pousse et les cache;

dans quelque épais fourré, soit dans le soleil, la pluie les elfrilenl, en font

quelque trou bien caché. Son corps se \ de'la poussière: et avant qu'une ou

décomi)oso, et ses premières émana- | deux années se soient écoulées, la bête,

tiens vont annoncer au loin à la foule | si grosse qu'elle soit, est rentrée tout

des intéressés qu'une proie est là. Les entière dans la sein de la nature, alfamés accourent, gros et petits, friands Georges Pouchet.

peut-être de viande plus fraîche, mais s Ex. IIIS. "1? Indiquez à quels temps

qui n'en ont pas trouvé. Quand ceux ; sont les verbes de /'exemple.

Langue française. — Troisième livre. 239

1114. RÉCITATION : Création des écoles normales.

Aussitôt que seront terminés à Paris ces cours de Tart d'enseigner les connaissances humaines, la jeunesse savante et philosophe qui aura reçu ces grandes leçons ira les répéter à son tour dans toutes les parties de la République ; elle ouvrira partout des écoles normales.

Cette source de lumière si pure, si abondante, puisqu'elle partira des premiers hommes de la République en tout genre, épanchée de réservoir en réservoir, se répandra d'espace en espace dans toute la France, sans rien perdre de la pureté de son cours. Aux Pyrénées et aux Alpes, l'art d'enseigner sera le même qu'à Paris, et cet art sera celui de la nature et du génie.

Les enfants nés dans les chaumières auront des précepteurs plus habiles que ceux qu'on pourrait rassembler à grands frais autour des enfants nés dans l'opulence. On ne verra plus, dans l'intelligence d'une grande nation, de très petits espaces cultivés avec un soin extrême, et de vastes déserts en friche. La raison humaine, cultivée partout avec une industrie également éclairée, produira partout les mêmes résultats, et ces résultats seront la création de l'entendement chex un peuple qui va devenir l'exemple et le modèle du monde.

Lakanal \1'762-1845). Diseours sur la Création des Écoles normales (1794).

Ex. 1115. 'f Copiez ce texte en i Maintenant que sont terminés ces exprimant que toutes les espérances \ cours..., la jeunesse savante et philode Vorateur sont réalisées : \ sophe qui a reçu ces grandes leçons...

1116. COMPOSITION FRANÇAISE : Exprimer l'espérance ou la crainte.

Il gelé, la neige couvre le sol et crie sous les pieds. Les pauvres qui n'ont pas de feu sont transis dans leurs cabanes. Les écoliers ont froid aussi j pourtant ils sont joyeux pour la plupart. Si le temps continue, la mare sera prise jeudi, et il y aura de superbes glissades. Plusieurs fois le jour, ils consulteront le thermomètre de la mairie, et, s'il monte de quelques degrés, on sera dans l'inquiétude, on craindra de manquer une partie de plaisir.

Ainsi un même fait détermine chez les uns et chez les autres des sentiments divers. L'attente d'un événement à venir fait naître en nous, alternativement ou simultanément, la crainte, l'espérance.

CONSEIL : Les choses que nous attendons font le plus souvent naître en nous des sentiments divers : espérance, crainte, inquiétude. En parlant de ces événements futurs, il faut exprimer nos sentiments sincèrement et simplement, sans émotion trop vive au sujet de faits qui peuvent ne pas se réaliser.

Ex. 1117. "1^ Un nouveau magasin. t Ex. 1118. °f Une ambition

PLAN ) PLAN

Une mercière a loué un nouveau | Henri voudrait entrer à la fermemagasin plus vaste et par suite plus j école de Grignon. 11 doit acquérir pour coûteux. Elle fait à sa sœur le calcul î cela des connaissances assez spéciales, des frais supplémentaires à supporter; s subir un examen difûcile. elle lui exprime ses espérances de voir \ 11 conte tout cela à un ami, en son commerce s'étendre, et aussi ses s lui communiquant ses impressions : appréhensions à ce sujet. \ craintes et espérances.

240 Méthode Brunot-Bony.

1119. REVISION : Temps absolus et temps relatifs.

V octobre. — Vous me demandez des nouvelles des affaires. Elles ne sont pas mauvaises; toulefois elles se sont ralenties, maintenant que les cultivateurs voient qu'ils ne feront qu'une demi-récolte. En août, la pluie a commencé à tomber, ils ont cru que la betterave pourrait encore profiter; il n'était plus temps, la sécficresse avait été trop (jrande.

*=§=» A l'aide d'une figure, ou peuL établir l'ordre des événements de cette lettre. Le temps marche du passé vers l'avenir, suivant la ligne XY.

Août Septembre Octobre Novembre

/a p/uie a les cuk/i/âteurs i/s/èront.... cammtnç^ voient

Les cultivateurs voient... le l'^"' octobre, au moment où la leUre s'écrit; voient est au présent,

qu'ils feront une demi-récolte après ce moment, dans le futur; feront est au futur,

la pluie a commencé à tomber avant octobre, avant le présent; a commencé est au passé.

Le présent, le passé et le futur sont des temps absolus.

*=9=» La lettre rapporte aussi ce qu'on a cru quand la pluie a commencé.

Aà sécheresse On <? cm que k Présent ^ ^

avait^été éeUerave pouma/t

On a cru que la betterave pourrait encore profiter dans un temps qui allait suivre la pluie jusqu'en 0, qui est le présent; ce temps est passé au moment de la lettre : pourrait exprime un futur dans le passé.

Quand cette période, maintenant écoulée, se déi'oulait, il n'était plus temps pour la betterave de profiter : était exprime un présent dans le passé, ou imparfait.

Avant ce même temps passé, la sécheresse avait été trop forte, c'est un passé avant un autre passé, ou plus-que-parfait.

n'y a un temps marquant un passé immédiatement antérieur à un autre passé, ou passé antérieur : dès que j'eus uni, je partis.

Enfin il y a un passé antérieur à un futur, ou futur antérieur : quand la pluie aura cessé, nous nous mettrons en roule.

Ces derniers temps sont des temps relatifs.

Ex. 1120. 'f Indiquez le nom de s soup(.'ons de M"" Rivaud, qui était

chacun des temps de ce texte : s seule au magasin. Elle lui demanda

Sage précaution. ' ^^ '^ l'avait achetée. L'homme

Hier, pendant que M. Rivaud, ^pondit qu'on la lui avait donnée, horloger, prenait un bain, un « Kh bien, monsieur, revenez ce soir, homme de belle mine a sonné h dit la dame ;d ici là j'aurai vu mon la porte de son magasin. 11 avait \ mari, je vous donnerai réponse. « une montre à vendre et disait qu'il L'homme na jamais reparu, la donnerait pour 50 francs; elle [Ex. 1121.']'^ Rapportez comme

était en or, superbe. Cela éveilla les \ présents les faits qui précèdent.

Langue française. — Troisième livre. 241

1222. VOCABULAIRE : Préfixe Te, ré.

Lorsque deux amis d'enfance se retrouvent après une longue séparation, ils aiment à se rappeler le passé, à revivre leurs jeunes années. Il leur semble qu'en évoquant ces souvenirs, leur amitié se rajeunit et se resserre.

Hevivre, c'est vivre une seconde fois; en s'unissant au verbe vivre, le préfixe re forme un autre verhe qui marque la répétition de Faction exprimée par le verbe simple. Resserrer, c'est serrer davantage, le préfixe re éveille ici l'idée d'augmentation.

En se plaçant devant un verbe, le préfixe re l'orme un second verbe qui marque la répétition de l'action exprimée par le premier, quelquefois l'augmentation d'intensité :

rebâtir, recliarger^ recoudre, renouveler. Le préfixe re se réduit parfois à r (devant une voyelle) ou au contraire prend la forme plus sonore ré, ra :

rouvrir, réapparaître, rafraîchir.

Quelques verbes composés avec le préfixe re ont à peu près le même sens que le verbe simple :

emplir ou remplir, élamer ou rétamer.

Mais il faut éviter d'employer à tort et à travers les verbes commençant par re. On dit entrer pour une première fois, et rentrer pour une seconde.

Ex. 1123. 'f Indiquez comment ont i [Ex. 1124.] 'f Avec tes mots sui-

éié formés les verbes suivants et don- \ vanls suivis d'un suffixe et, s'il est

nez leur signification : \ nécessaire, précédés d'un préfixe, for-

Rabattre, raccommoder, raccourcir, mer des verbes commençant par le

racheter, radoucir, ranimer, réabonner, \ préfixe re :

réarmer, rebattre, reblanchir, reboiser, | But, corne, coutume, ferme, fin,

recercler, réchapper, reclouer, réfor- \ froid, gaillard, gorge, jour, long, maille,

mer, réorganiser, ressentir. | patrie, pièce.

1125. LECTURE-DICTÉE : Un tour de force de mauvais goût.

Un jour de Noël, le comte de Fuix donnait, selon l'usage, une grande fête à ses nombreux chevaliers et écuyers. Or il faisait très froid ce jour-là. Après le dîner, le comte s'en vint dans une galerie. Il y avait là une cheminée où l'on avait allumé un peu de feu. « Voici, dit-il à ses chevaliers, un bien petit feu pour un si grand froid. » Aussitôt l'un d'eux, nommé Ernault d'Espagne, ayant aperçu dans la cour quantité d'ânes chargés de bûches, descendit l'escalier. Il prit le plus grand de ces ânes avec sa charge de bois, le mit sur son épaule, puis, remontant l'escalier, il fendit la foule des chevaliers et alla jeter sur les chenets les bûches et l'âne, les pattes en l'air. Tout le monde rit beaucoup et s'émerveilla de sa vigueur. D'après Froissart (1327-I410).

Ex. 1126. "^ 1. Qu'était-ce qu'un i les verbes qui sont employés à un

chevalier, un écuyer? — 2. Que signi- I temps absolu, puis ceux qui sont à un

fie l'expression : fendre la foule? — | temps relatif. — 5. Quel sentiment

3. Quel est le sens du verbe s'émer- \ auriez-vous exprimé en voyant le che-

veiller? — 4. Écrivez avec leurs sujets | valier jeter l'âne sur le feu?

Méthode Brunot-Bony.

Page 1