‹ Enseignement primaire élémentaire: méthode de langue française (volume 2)Chapitre 312 sur 373 · GRAMMAIRE: PLU S-QU E-P A RF A IT DU SUBJONCTIF · texte numérisé non relu

GRAMMAIRE: PLU S-QU E-P A RF A IT DU SUBJONCTIF

Avec quelle douceur il faisait chanter son violon! L'on ne voyait plus l'archel qui frottait sur les cordes ni le bras qui le maniait. Il semblait que l'instrument eût pris un souffle et une âme, que sa voix fût devenue une voix d'fiomme qui pleurait.

En entendant cette musique, les auditeurs ont une illusion. Aussi ne la rapporte-t-on pas comme une chose réelle; on ne dit pas : l'instrument avait pris un souffle, sa voix était devenue...; ce serait le plus-queparfait de l'indicatif. On dit qu'// semblait en être ainsi. Pour marquer qu'il ne s'agit pas d'une chose positive, on met les verbes des propositions subordonnées au temps correspondant du subjonctif : eût pris... fût devenue. C'est le plus-que-parfait du subjonctif.

Comme on le voit, ce temps est formé d'un participe passé précédé de l'imparfait du subjonctif d'avoir ou d'être.

Le subjonctif a un deuxième passé composé, que l'on nomme plus que-parfait.

On le forme en ajoutant le participe passé du verbe conjugué à l'imparfait du subjonctif du verbe avoir ou être.

que j que tu qu' il que n.

que

eusse écouté.., ...que je fusse sorti

eusses écouté que tu fusses sorti

eût écouté qu' il fût sorti

eussions écouté que n. fussions sortis

eussiez écouté que v. fussiez sortis

= qu' ils eussent écouté qu' ils fussent sortis

Ce temps est fort peu employé aujourd'hui comme subjonctif. (Nous verrons plus loin qu'il a un autre usage.) On le rencontre surtout après une principale négative :

Je ne savais pas qu'il eût accepté, ... qu'il y fût arrivé.

Ex. 1 165. "f Copiez ce texte en soulignant les verbes au plus-qu»-parfait du subjonctif :

Influence du chant.

Nos pères étaient plus malheureux que nous; ils chantaient pourtant. Les moissonneurs harassés entonnaient un vieux refrain, et il leur semblait soudain que la chaleur eût diminué. Dans sa cave humide, le tisserand chantait, et son cœur était réjoui, comme si un rayon de soleil se fût glissé entre les murs. A la veillée, les (lieuses débitaient leurs « ehansons de toile » et les heures passaient plus légères. Les pauvres voyageurs, les pèlerins dévidaient leurs complaintes au long des routes; et ils atteignaient le gite, surpris que le chemin eût été si court.

[Ex. 1166.] "f Écrivez au plus-queparfait du subjonctif les verbes entre parenthèses :

L'esprit critique.

Les livres et les journaux véridicjues méritent notre confiance. Mais il ne faut pas imiter les bons lecteurs d'autrefois, chez qui il semblait que cette confiance (devenir) une superstition et (aveugler) le bon sens. Ils croyaient toutes les billevesées de leur journal, tous les racontars, toutes les réclames; il n'était pas jusqu'au romanfeuilleton qui ne les passionnât, comme s'il (s'agir) d'aventures aulhenti(]ues.

11 semblait qu'une sottise imprimée (cesser) à leurs yeux d'être une soltise, qu'un mensonge typographie (devenir) une vérité.

Langue française. — Troisième livre. 251

1167, LECTURE: Coucber de soleil.

Le soleil" n'avait plus ses rayons ; ils étaient tombés de sa face, et, noyant leur lumière dans l'eau, semblaient flotter sur elle. Il descendait en tirant à lui du ciel la teinte rose qu'il y avait mise, et à mesure qu'ils dégradaient ensemble, le bleu pâle de l'ombre s'avançait et se répandait sur toute la voûte. Bientôt il toucha les flots, rogna dessus son disque d'or, s'y enfonça jusqu'au milieu. On le vit un instant coupé en deux moitiés par la ligne de l'horizon, l'une dessus sans bouger, l'autre en dessous qui tremblotait et s'allongeait; puis il disparut complètement, et quand, à la place où il avait sombré, son reflet n'ondula plus, il sembla qu'une tristesse tout à coup était survenue sur la mer.

G. Flaubert. Par les Champs et les Grèves, K. Fasqucllc, édit.

Ex. 1168. "f 1. Q«e nomme-t-on i Que siprnifle !e verbe rfe^rarfer appliqué

rayons du soleil? — 2. Indiquez des ^ à la couleur? — 5. Qu'est-ce que irem-

synonymes de face, dé teinte, de bouger. \ bloler? — 6. Employez le plus-que-par-

— 3. Qu'est-ce qu'un disque? — 4. l fait du subjonctif dans le dernier verbe.

1169. COMPOSITION FRANÇAISE: L'barmoBie du style.

Si vous lisez tout haut la description qui précède, vous constatez (jue chaque phrase y est, non seulement claire, mais aussi heureusement construite; elle a une sorte de beauté musicale que l'on nomme barmonie.

Lisez ensuite la phrase suivante : »

On voyait revenir des champs les travailleurs isolés ou par groupes, leurs outils sur l'épaule, taciturnes; les couples de bœufs, les moutons au piétinement menu et pressé, comme un bruit de grêle, et les oies.

Celte phrase aussi est claire, correcte; mais elle n'est pas harmonieuse, elle boite. Des membres y sont trop courts, surtout celui de la fin : et les oies; d'autres sont plus longs que ceux qui les suivent. Pour donner de l'harmonie à cette phrase il faut changer la disposition des compléments, construire plus habilement les propositions; par exemple, écrire :

On voyait revenir des champs, leurs outils sur l'épaule, isolés ou par groupes, les travailleurs taciturnes, les oies, les couples de bœufs...

CCMSEEL : En relisant ce qu'on a écrit, l'oreille et le goût indiquent les passages qui manquent d'harmonie. Il faut les retoucher pour équilibrer les membres de phrase, pour donner au style une allure aisée; mais on ne doit jamais à l'harmonie sacriûer le sens et la clarté.

Ex. 1170. °i? Copiez dans une des > large terrain d'un brun vigoureux, de LECTiRES de votre livre un passage s grandes lignes de verdure. Un vieiïl&rd qui vous semble harmonieux. s dont les vêtements n'annon<.-aient pas

EX. 1171. f Dans le texte suivant, ^^ ™isère, dans le hautdu champ gra-

placez les mots en italique de façon "^'^^"^' P'^^f**'^ ^« ^,»^''^""« ^^ f^"»« ^ , , 1 vu ■ j ; • 5 antique, traînée par deux bœufs tran-

a rendre au style l harmonie quon lui \ ne •; / . .

a enlevée :

quilles. En silence, lentement, sans efforts inutiles , le vieux laboureur Scène de labourage. i travaillait. Mais son sillon était aussi

Sur la lisière d'un champ (|ue des < vite creusé que celui de son (Ils, qui paysans étaient en train de préparer \ menait quatre bœufs moins robustes, pour la semaille prochaine, Je marc/ja/s. l dans une veine de terre plus forte et Le paysage était vaste et encadrait ce | plus pierreuse, à quelque distance.

Méthode Brunot-Bony.

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