LECTURE-DICTÉE : Une histoire de contrebandiers
Dix-huit contrebandiers, chargés chacun d'un sac de poudre, passaient par un couloir de rochers. Le dernier en rang s'aperçut que son sac s'allégeait sensiblement, et il était déjà tout disposé à s'en féliciter lorsqu'il vint à se douter ingénieusement que l'allégement avait peut-être lieu aux dépens de la charge. Ce n'était que trop vrai; une longue traînée de poudre se voyait sur la trace qu'il avait suivie. C'était une perte, mais surtout c'était un indice qui pouvait trahir la marche de la troupe. Il cria : halte, et, à ce cri, les dix-sept autres s'assirent en même temps sur leur sac, pour boire un coup d'eau-de-vie et s'essuyer le front.
Pendant ce temps, l'autre, l'ingénieux, rebroussait jusqu'à l'origine de sa traînée de poudre. Il y atteignit au bout de deux heures de marche, et il y mit le feu avec sa pipe : c'était pour détruire l'indice. Deux minutes après, il entendit une détonation superbe. C'étaient les dix-sept sacs qui, i-ejoints par la traînée, sautaient en l'air, y compris les dix-sept pères de famille assis dessus.
R. ToPFFER. Nouielles genevohes.
Ex. 27S. "f Copiez les verbes qui \ Ex. 276. °if Dans les verbes : pas-
ont la forme pronominale, et indiquez \ saient, avait suivie, cria, entendit, sau-
s'ils ont le sens actif, le sens passif \ taient, indiquez si l'on trouve ta valeur
ou le sens réfléchi. \ subjective ou la valeur objective.
54 Méthode Brunot-Bony.
277. REVISION : Rapports du sujet, du verbe, de l'objet et de l'attribut. Une proposition exprimant un état ou une action qui n'a d'effet que sur le sujet, a une valeur subjective :
La neige tombe, Vhiver arrive.
Une proposition qui exprime une action faite par le sujet et dont l'effet porte sur un objet, a une valeur objective :
Le boulet perce la muraille, les balles criblent le carré. 1° Propositions subjectives : Si la proposition attribue un état, une manière d'être au sujet, le verbe sert à unir à ce sujet le mot ou le groupe de mots qui forme l'attribut :
La pluie est diluvienne, la rivière devient trouble. Si la proposition exprime un état que subit le sujet, et qui résulte d'une action faite par un agent distinct du sujet, le verbe exprime cette action à la voix passive :
La poussière est soulevée par le vent.
Si la proposition exprime une action faite par le sujet, le verbe exprime cette action à la voix active :
Le cheval trotte, la voilure roule.
2'' Propositions objectives : Dans ces propositions, le verbe est toujours à la voix active. Si l'objet du verbe est exprimé par un complément direct, le verbe est dit transitif : Le soldat vise la cible. Si l'objet du verbe est exprimé par un complément indirect, le verbe est dit intransitif : Le terrain sert à la manœuvre.
Remarque. — Un verbe accompagné d'un pronom complément de la théine personne que son sujet, a la forme pronominale : Je me repens de ma faute.
Sous cette forme, le verbe peut avoir : Un sens passif : la maison se bâtit vile.
Un sens actif: le liçjre s'attaque à l'homme.
Un sens réfléchi : je me baigne, le conscrit se rhabille. Un sens réciproque : les fripons se dupent l'un l'autre.
Ex. 278. °l? Copiez une proposi- S soldat, et faire le coup de feu contre
tion altribuliue, une proposition \ les ennemis.
active avec un verbe transitif et une \ Au combat de Buzenval, quand il
proposition à verbe inlransilif. \ reçut l'ordre de battre en retraite,
Mort-de Henri Regnault. '1 ne put s'y résigner : il resta en
Quand éclata la guerre franco- arrière de ses camarades pour tirer
allemarjde, Henri Regnault était encore une dernière cartouche. Ses
déjà célèbre. Il avait rapporté, d'un camarades l'attendirent en vain;
séjour au Maroc, des tableaux qui \ Regnault ne devait pas les rejoindre.
avaient eu grand succès. Mais la | Uavid-Sauvageot. Monsieur Prévost.
France avait fait appel à tous ses | Ex. 279. 'f Indiquez les quali-
enfants : aussitôt Regnault avait < ficatifs qui conviennent à chacun
laissé sa palette et ses pinceaux, \ des verbes de l'exercice précé-
pour prendre le fusil et le sac du \ dent.
S80. ANALYSE : Recherche des termes essentiels d'une proposition.
Une proposition a des termes essentiels, que nous avons seuls étudiés jusqu'ici; ces termes essentiels se rattachent les uns aux autres par des rapports. On ne comprend vraiment le sens d'une proposition que si Ton aperçoit clairement ces rapports; il serait fâcheux, par exemple, de confondre la proposition de forme attributive : à Vinstitut Pasteur, les préparateurs sont expérimentés, avec la proposition de forme passive : à rinsiilut Pasteur, les vaccins sont expérimentés.
Rechercher ces termes essentiels et les rapports qui les unissent, cela s'appelle analyser la proposition.
On se pose les questions suivantes :
Y a-t-il un sujet, quel est-il? — Y a-t-il un verbe et quel est-il? — Ce verbe est-il accompagné d'un attribut du sujet?
Le verbe est-il à la voix passive? — Est-il accompagné d'un complément d'agent? — En ce cas, le sujet a-t-il un attribut?
Si le verbe est à la voix active, a-t-il un complément d'objet direct? Un complément d'objet indirect?
Le verbe est-il réfléchi? Réciproque?
y a-t-il, dans la proposition un attribut, direct ou indirect, se rapportant au complément d'objet?
L'analyse peut être poussée plus loin, comme nous le verrons; mais, faute de se reconnaître d'abord dans ces notions essentielles, on risquerait de tout confondre.
Ex. 281. "^ Indiquez les termes es- ? se sont illustrées, les mers de Chine
seniiels de chaque proposition : \ sont maintenant commandées par sa
Le Japon grandit; il est aujourd'hui | flotte, et sa victoire l'a rendu égal aux
très puissant.. Récemment il a battu la | grandes nations européennes. On peut
Russie sur terre et sur mer. Ses armées \ lui prédire un grand avenir.
282. COMPOSITION FRANÇAISE : Apprendre à voir des états successifs.
On me demande de raconter l'e-xpéiience, faite par le maître, dans laquelle j'ai vu un œuf entrer dans une carafe.
Cette e.\périence a été faite au moyen d'objets, qu'il est nécessaire de connaître : je les décrirai donc sommairement : la carafe, l'œuf cuit, dépouillé de sa coquille et plus gros que le goulot. Mais il s'agit surtout d'une action.
Elle a présenté plusieurs phases, je tâche de me rappeler avec précision la marche de l'expérience : l'air de la carafe dilaté par la chaleur, l'œuf posé sur le goulot, l'action de la pression de l'air, l'enfoncement lent de l'œuf aminci.
CONSEIL : Pour raconter un acte, il faut d'abord décrire sommairement l'agent qui l'exécute et les outils, les matières qu'il emploie. Il faut surtout suivre avec attention les phases de l'action et s'arrêter plus longuement sur la partie caractéristique.
Ex. 283. "f Les bulles de savon. i Ex. 284. "^ Le lavage des mains.
PLAN S PLAN
L'intention de Lucien. i Emile avec les mains sales.
Son matériel : le savon mêlé à l'eau, \ L'enfant au lavabo, le robinet, le
le chalumeau de paille. | savon.
Le gonflement des bulles, les mala- ? Les mains frottées, rincées, enfin
dresses, les succès. \ essuyées.
56 Méthode Brunot-Bony.
28S. REVISION : Rapports entre les diverses propositions.
Il ne faut jjus croire que des diiïérences profondes de nature séparent toutes les propositions que nous avons étudiées; au contraire, il arrive souvent qu'une idée peut se rendre de diverses façons. On peut dire, avec le même sens :
On travaille le fer à chaud (proposition objective à verbe actif).
Le fer se travaille à chaud (pr. subjective à verbe pronominal).
Le fer est travaillé à chaud (pr. subjective à verbe passif).
Kn particulier, un verbe n'est à peu près jamais enfermé dans une catégorie dont il ne peut sortir. Beaucoup n'avaient pas autrefois les mêmes formes ou les mêmes emplois qu'aujourd'hui, et il arrive souvent qu'un verbe a plusieurs constructions ou plusieurs emplois suivant le sens qu'il prend :
1" Un verbe pronominal peut passer à la forme active ordinaire : Le capital augmente ou s'augmente. Arrêtez ou arrêtez- vous ! 2" Un verbe transitif peut prendre la construction intransitive : a/der quelqu un ou à quelqu'un, r/'o/re cette histoire ou à cette histoire.
3° Il n'est pas toujours facile de distinguer un complément d'objet d'un autre complément :
Cet ouvrage trCa coûté de la peine (complément d'objet). Ce dé m'a coûté dix centimes (complément de prix).
La difficulté est surtout grande pour un complément d'objet indirect :
Je vise à la tête (complément d'objet? ou de but?)
4° Il y a une semblable difficulté pour distinguer un verbe pronominal d'un verbe réfléchi :
S'élever par son travail est un verbe réfléchi.
La dépense s'élève est un pronominal équivalant à monte.
5" Il n'y a pas même de différence essentielle et irréductible entre la plupart des verbes subjectifs et des verbes objectifs. Les premiei's peuvent presque tous être employés objectivement :
// court (subjectif). // court les rues (objectif).
// 11/7 (subjectif). // vit son œuvre (objectif).
La valeur du verbe dépend donc essentiellement du sens de la proposition ; c'est ce sens qu'il faut consulter avant tout.
Ex. 286. °l? Indiquez les diverses i Paris. Je me passe de richesse. Cet
valeurs du verl)e passer dans les l homme se passe toutes ses fantai-
propositions suivantes: \ sics. Je ne compte pas, je me passe.
Cet homme passe pour riche. La l Ex. 287. °if En construisant des
beauté passe avec Tùge. L'armée s propositions , indiquez les divers
passe la rivière. Je passe à un autre s emplois que l'on peut donner aux
exercice. L'événement se passe à { verbes: Couper, servir, tomber.
Langue française. — Troisième livre. 57