AVANT-PROPOS
la persévérance à suivre la route que je vais leur indiquer.
Si ce livre tombe , par hasard , entre les mains d'un savant étranger qui veuille diriger une éducation d'après ma méthode , je me contenterai de lui dire : faites apprendre un livre à votre élève*, lisez-le vous-même souvent, et vérifiez si l'élève comprend tout ce qu'il sait ; assurez-vous qu'il ne peut plus l'oublier; montrez-lui enfin à rapporter à son livre tout ce qu'il apprendra par lasuite : et vous ferez de l'Enseignement universel. Si ce peu de mots ne suffisent pas au savant, je crains qu'il ne me comprenne pas davantage en continuant la lecture ; car je ne dirai pas autre chose que ce que je viens de dire.
Sachez un livre, rapportez-y tous les autres : voilà ma méthode. Du reste, variez les exercices dont je parlerai , changez leur ordre : peu importe. Si vous apprenez un livre, et si vous y rattachez tous les autres, vous suivrez la méthode de l'Enseignement universel. Ce n'est pas seulement pour commencer
AVÀRT-PROIVOS, xj
par les rudimens que nous nous égarons , c'est parce que nous ne savons pas même les rudimens en sortant du collège. On n'est pas savant parce qu'on a appris ; on n'est savant que lorsqu'on a retenu. Je n'aurais rien à ajouter pour les savans : chacun d'eux imaginera facilement ce qu'il faut faire. Biais , ayant suivi une autre marche pour acquérir leurs connaissances , je ne crois pas qu'ils aient assez de confiance pour iittroduire un élève dans la nouvelle route. Presque tous ceux qui sont venus à Louvain pour conférer avec moi , m'ont parus étonnés de mon système ; mais je n'oserais pas me flatter d'en avoir convaincu un seul , quoique j'en aie persuadé plusieurs. D'autres ont été surpris de la négligence de mon langage 9 et je ne doute pas qu'on ne relève, dans cet écrit, des expressions familières qui m'échappent quelquefois. On croira peut-être apercevoir, dans cette remarque , la preuve de la fausseté de la méthode : comment croire , en effet 5 qu'un homme qui écrit avec si peu d'élégance va donner des leçonrs de style ?
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Je ne répondrai pas plus à cette objection qu'à toute autre. Si je travaille jamais à l'histoire de l'Enseignement uni»
versel , je tâcherai alors de soigner mon style. C'est une histoire plaisante , con> me le sont toutes les histoires où les petites passions sont en jeu. Aujourd'hui j'écris pour instruire , et non pour amuser ni pour émouvoir : j'écris pour les établissemens d'Enseignement universel. On y apprend que mon style ne fait rien à l'affaire 3 et que la rhétorique et la raison n'ont rien de commun. Je ne citerai aucuns faits : ceux qui les connaissent n'en ont pas besoin ; ceux qui les ignorent les connaîtront un jour ; ceux qui ne veulent pas voir ne verront jamais. Galilée prêtait complaisamment sa lunette à tout le monde : les uns y voyaient les satellites que le philosophe avait découverts ; les autres disaient , écrivaient et imprimaient qu'on ne voyait pas les satellites. C'était un fait pourtant. Demandez à ceux qui l'assurent aujourd'hui ; s'ils ont vu les satellites ? Ils vous répondront qu'ils n'ont point d'intérêt à le nier. Tout est dans tout.