SCÈNE PREMIÈRE
Boivin, puis le bossu.
Borvin, assis dans la salle, l’air ennuyé: Le courtier m'a dit de l’atten-
dre, et je l’attends. ..C’est vrai qu’il ne m’a pas dit qu’il reviendrait.. .J’ai bien envie de fumer une pipe en attendant, (Il prend sa pipe). Une pipe en écume de mer, hum! (Il l’examine), De l’écume de mer. Ce n’est pas étonnant qu’on sente le besoin de boire une gorgée après avoir fumé... le salin... le salin!... (Il prend son tabac) Du fine cut... du fine cut. Je n'ai pas été à l’école anglaise, moi, je le fume sans le comprendre. Si c'était du latin... le latin ça me connait, et ça connait Biron, un maître chantre tout comme moi. (Il porte le tabac à son nez). C'est bon à sentir, mais c’est, meilleur à fumer. Tirons une touche... Il n’y a pas de mal à fumer ici; on n’est pas dans l'église. (Il se lève et marche en regardant les murs). C'est un peu mieux que chez nous. (Il aperçoit un écriteau au-dessus de la porte du bureau). Tiens! un écriteau. . c’est peut-être une défense de fumer. Voyons. (I lit). Dieu...me.. .Voit. Dieu me voit. En voilà une nouvelle. Je voudrais bien te voir, moi aussi. (Il continue à marcher.) Et surtout te voir avec l'argent que j’ai donné pour les mines. Oh! le Yukon! les mines d’or, c’est loin et je crois que ça s'éloigne toujours. ..Je voudrais bien trouver un imbécile qui me rendrait mes
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déboursés, et prendrait mes espérances, crois que je suis le dernier. Il Y a Biron, mo la même sottise que moi; et il voudrait bie autre imbécile À sa place, Il est malendurant, lui, et s’il vient, notre vieux courtier va pleurnicher encore, quand même que Dieu le voit, et tout mettre sur le dos de son &arçon, qui doit arriver d’un jour À l’autre, et qui n'arrive. jamais. . Ma parole! je crois qu'il dort, le vieux courtier. Il dort comme un sourd qu'il est, (I écoute, se colle l'oreille sur la porte). T1 ronfle! Non seulement il dort, mais il ronfle! (1 fait un tour dans la salle). L'homme heureux! il prétend que la fortune nous vient en dormant, et il ! dort, et il ronfle. I] se Vante avec Ça d’avoir la bosse des affaires,
Malheureusement, je n ami Biron, qui a fait n, lui aussi, mettre un
-vous la mienne? Elle est À
Borvin: Allons! le Monsieur qui vend des bosses, là, montrez-vous
donc un peu, Vous devez être rond. . .en affaires. Le Bossu, montant «
Le Bossu: Je ne sais Pas qui pourrait m'en débarrasser. Borvix: Bah! si c’est un melon, ça ne sera pas long.
Le Bossu: Et si c’est une prune ?
Boivin: Une prune? rien qu’une Prune, ce paquet-là! Oh! la, la! je
serais curieux de voir le prunier qui donne une pareille prune.
Le Bossu: C'est un prunier du pôle nord. (Il chante).
C’est un morceau du pôle Que j’porte sur l'épaule, Je suis bien fatigué,
Mais j'arrive, allons! gai!
Borvix: C’est un petit morceau, mais c’est une grosse prune.
Le Bossu: Précisément. Une Prune qu’on mange à la glace. Si vousne me croyez pas, demandez à Cook et à Peary; ils en ont vu et mangé bien d’autres.
Borvin: A propos de Prune, je vais vous cl tour, ça passera le tem.
ici. (Il chante.)
Tu parles d’une prune, Quand je parle d’un m'lon, C’est peut-être la lune, C’est peut-être un ballon
hanter un couplet, à mon ps en attendant que le courtier Passe. ..par
[LeMay] ENTENDONS-NOUS 3
Que partout tu transportes D'un air si goguenard. .
Tes épaules sont fortes, Mor. ‘ r petit renard.
Tu puries d’une prune
Qui t’écrase le dos,
Je puis t'en montrer une D'un volume moins gros, Mais elle a ça d’étronge Qu'’ell’ peut t’faire un joyau, Pourvu que je la mange,
E* te donn’ le noyau.
Le Bossu: Merci bien, j'aimerais mieux la manger moi-même. Et [Te | &!
puis ce 1 oyau-là, c'est un grain de malice. Je n’en sème point, il en pousse assez partout,
Borvin: Allons! tu moralises, tu sti ematises, comme disent les orateurs:
n'importe, pas de bêtises, tu n'es pas sot, moi non plus, monte ici. Entendons-nous. Amusons-nous un peu avant que le courtier se réveille,
Le Bossu, se parlant à lui-même: Allons- ;; on peut s'amuser là comme
ici. (Il chante).
Vous m'appelez, est-ce pour rire?
Je suis ien sur mon piédestal.
D'ici, mon cher, j’vois partout luire Des yeux noirs et du blond rétal.
Je sais cependant condescendre,
Et je vous dis, sans plaisanter,
Que les uns sont faits pour descendre, Et puis les autres, pour monter.
Je monte alors... (Ils interrompt et fait signe au publie de lui ouvrir un chemin, puis il reprend':)
Je monte alors par cette re e...
Que j’passe ici, que j’passe là, J’arriverai sans aucun doute...
Regardez-moi bien, me voilà.
Boivix, l’examinant, chante:
C’est comme un fût de colonnade.… Oh! quel harmonieux contour!
Quelle charmante promenade
Ce serait d’en faire le tour!
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Quels bijoux propres à séduire Se cachent dans ce beau paquet ?
Comme les lampes le font luire!
Comme il te donne un air coquet!
Le Bossu: Assez, ausez! Je l'ai, je le garde. Comme il est un peu lourd, il m me tiens droit comme un 2 ?
Boivin: Oui, comme un Y,
Le Bossu: Un Y, jamais; un idéal! un i-dé-al!
Borvix! Ton nom? Quel est ton nom? J'ai hâte de te connaître,
Le Bossu: On se connait toujours assez tôt,
Boivin: Tout de même, dis-
Le Bossu: La gamme
Je le porte avec orgueil.
e tire en arrière, ce qui fait que je
moi ton nom,
..Je m'appelle La gamme, | BotviN: La gamme? en voilà un nom.
Le Bossu: Un nom prédestiné,
C'est la bosse de la musique que j'ai, (I chante), Ré, mi, fa, lar, do, (puis il éclate de rire), Borvix: Farceur de bossu, va;.., mais tu èn passes, des notes, Le Bossu: Bien, je vais vous dire que je n’aimerais pas à avoir le SUR Borvix:Le Si? «Pourquoi donc? Ù
Le Bossu: Parce que cela fe
rait si, do, .et j'en ai assez d'un.