Gewre BRUCHE. BRUCHUS. (Linné
CaracrÈres : Coléoptères tétramérés; à pénultième article des tarses bilobé; à antennes grossissant insensiblement, portées sur un prolongement du front large, plat et tres-court ;
corps ovale, plat et courbé, comme bossu.
Ce nom a été emprunté des Grecs par Linné: Beÿyos était un insecte qui mangeait les graines, du verbe Bpixo, Je ronge. C’est en effet dans les semences
des végétaux que ces insectes se développent, particulièrement dans celles des plantes légumineuses, comme les pois, les lentilles, les haricots, la vesce et dans les fruits des mimoses, cacaoyers, etc.
Geoffroy avait reconnu nécessaire l’établissement de ce genre, mais malheureusement il l’a nommé Mylabre, nom que Fabricius a ensuite appliqué à une division des Méloës de Linné; par suite, remarquant que, d’après son étymologie, ce nom pouvait très-bien s'appliquer à d’autres insectes rongeurs, il l’a transporté, en désignant ainsi un petit genre voisin des Vrillettes, qui est notre Ptinus. Il est arrivé de là que les Bruches de Geoffroy ont repris ce nom de Ptine et queses Mylabres sont justement ceux dont nous allons parler. Au reste, sous le nom de Bruchites, conservé comme devant former un groupe, on leur a adjoint les genres Spermophage et Urodon.
De Geer avait remarqué que ce genre semblait être intermédiaire aux Chrysomèles par les élytres. En effet, le museau ou le bec est peu avancé; les antennes sont droites et un pen
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en chapelet, et les cuisses postérieures sont souvent grosses et dentelées conime dans les Sagres, quoique ces insectes ne sautent pas.
Les larves ressemblent à celles des Charançons qu'on
trouve dans les noiïsettes et que l’on connaît bien. Leur corps
est mou, blanc ou jaunâtre; les anneaux en sont courts, rapprochés au nombre de douze peu distincts; la tête seule
est cornée, garnie de fortes mandibules écailleuses. L'œuf
déposé par la mère dans la gousse ou la capsule qui contient le fruit, et souvent dans la petite semence encore molle, ne tarde pas à éclore. À peine née, la larve s’introduit par un trou excessivement petit dans l’intérieur du cotylédon; elle le détruit presque en entier, et ce qu'il y a de très-singulier, c’est que beaucoup de ces graines conservent encore la propriété de germer. C’est dans l'hiver qu’on trouve cette larve dans les pois séchés. Au premier printemps, après avoir acquis toute leur croissance, elles sont changées en nymphes ; elles ont, au reste, pris la précaution de se pratiquer une issue, une sorte de porte à charnière, pour pouvoir sortir de cette cavité lorsqu'elles auront subi leur métamorphose, parce qu'à cette époque leurs dents ou leurs mächoires ne sont pas assez tranchantes pour entamer la peau de la semence toujours fort solide dans les lentilles, les pois, les vesces, les haricots. Cette issue est très-curieuse à étudier. L'insecte paraît avoir pratiqué en dedans un sillon presque circulaire, excepté dans un seul point, qui suffit pour retenir le tégument à sa place. Lorsqu'on y fait bien attention, on peut remarquer au dehors la présence de la nymphe sous une convexité peu saillante. Lorsque les membres de la Bruche ont pris assez de consistance, le simple effort qu'elle
COLÉOPTÈRES TÉTRAMÉRES. RHINOCÈRES. G. BRUCHE. D47
fait du dedans au dehors suffit pour soulever l’épiderme et lai procurer une sortie; c’est une sorte de trappe qui, s'étant soulevée, se rabaisse, comme par ressort, lorsque l’insecte a quitté son berceau, mais au moindre frottement elle se réduit en poussière et laisse à découvert le ravage et la destruction opérés par ce petit animal.
On ne croirait pas que les Bruches, qu'on trouve ordinaïrement sur les fleurs, aient cette manière de vivre, si l’on n'avait bien observé leurs larves. Il est très-important de les détruire, et cela devient nécessaire pour obvier au grand détriment des cultivateurs et des consommateurs pour les lentilles et les haricots. Ces insectes sont, en effet, pour la France un fléau pour l’agriculture dans certaines années. Dans ce but, on fait passer la graine qu'on ne destine pas aux semailles dans un four dont la chaleur peut être portée à 40 et même 42 degrés du thermomètre de Réaumur. Il paraît, si l’on s’en rapporte à ce qu'a écrit de Geer, que les lentilles n’en sont pas attaquées dans le Nord. On sait qu'il observait très-bien et qu'il en connaissait les mœurs; cependant il n'a jamais pu s’en procurer de vivants en Hollande.
Il est facile de distinguer ce genre, d’abord de tous ceux dont les antennes se terminent en une petite masse, et c’est le cas du plus grand nombre, comme on le voit dans le tableau synoptique qui précède, puis des Brentes, qui ont le museau plus long que le corselet, et des Anthribes, dont la tête est sessile.
1. Bruche des pois. Bruchus pisi. Brun, avec des taches d’un duvet sale, et une autre, blanche, en croix, sur abdomen, avec deux points noirs mats.
C’est l’espèce la plus commune à Paris. Geoffroy, qui l’a fait représenter
pl. 1v, fig. 9, l’a nommée le Mylabre à croix blanche. Elle se trouve, dit-on,
en Pensylvanie et dans la partie nord de l'Amérique. Les jambes et les tarses
548 ENTOMOLOGIE ANALY1IQUE.
des pattes antérieures sont roux, ainsi que la base des antennes, On voit sur le corselet, à la place de lécusson , une petite tache blanche ou brunâtre ; les élytres sont comme tronqués en arrière, et les cuisses postérieures renflées.
. Bruche marginelle. B. marginellus. Noir; une tache blanche à la pointe du ventre ; ses élytres sont gris, avec trois taches noires sur leurs bords, souvent réunies.
Elle est de moitié moins volumineuse que la précédente. On ne sait pas dans quelle graine se développe sa larve.
3. Bruche deux-points. B. bipunctatus. Cendré, à élytres bruns, marqués d’un point noir à la base.
4. Bruche du ciste. B. cisti. Entièrement d’un noir lisse brillant. C’est une très-petite espèce, ainsi que la suivante.
MA
. Bruche velue. B. villosus. Semblable au précédent pour la taïlle ; noire, avec un duvet cendré, sans taches.
On trouve ces dernières espèces, ainsi que les autres, sur les fleurs et sur les plantes en fauchant avec des nasses ou des filets de toile.
N ya beaucoup d’autres espèces qu’on a rapportées des Indes, de la Chine et de l'Amérique. Quelques-unes sont quatre fois plus grandes que celles du pois.