Gewre CHARANCON. CURCULIO. (Linné
CaracrÈres : Coléoptères tétramérés; à antennes brisées et en masse, portées sur un bec; & corps et élytres courts, obtus,
et à cuisses non renflées.
Ce nom, qu'on écrit aussi en français, tantôt Charancon, et tantôt Charençon et Charenson, a toujours son étymologie ignorée. 11 n’en est pas de même du mot latin qu'on trouve dans Plaute, qui en à donné le titre à une de ses comédies, mais que J quelques très-anciens manuscrits ont transmis sous la dénomination de Gurgulo,
parce que, dit Varron, l’insecte est telle-
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ment goulu ou vorace qu'il semble tout gosier, et on trouve dans Virgile ces vers des Géorgiques (lb. [, vers 185):
RTS Populatque ingentem farris acervum Curculio.
On appliquait ce nom à la Calandre du blé et de toutes les graines des céréales. Mais, comme nous l'avons dit, en traitant de la famille des Rhinocères, il a été donné à un si grand nombre d'insectes qu’on a été obligé de le subdiviser à l'infini. Fabricius, Olivier, Geoffroy, Latreille, Clairville etSchoenherr, pour ne parler que des auteurs principaux, en ont formé près de quarante genres, comme on le voit dans l'ouvrage de M. Jacquelin du Val qui, dans ses genres des Coléoptères d'Europe seulement, en a fait connaître et figuré cent quarante-six, sous le titre de Curculionides.
Dans l'état où nous avons trouvé cette partie de l’entomologie, et avant le grand travail de Schcenherr, le genre Charançon, pour nous, ne comprendra que les espèces dont les antennes sont insérées près de l'extrémité libre de la trompe ou du bec, formé par le prolongement de la face ou du front qui les recoit dans une sorte de rainure ou de gouttière. Ces antennes sont composées de onze articles, dont le premier est fort long et les trois derniers sont courts et rapprochés, pour former une petite masse, l’avant-dernier article des tarses étant dilaté et bilobé.
Le corps des Charançons est arrondi, ové, et plus ou moins allongé ; lesélytres bombes, souvent soudés entre eux et sans écusson à la base interne, embrassent l'abdomen; les pattes sont fortes, avec Îes cuisses gonflées on en fuseau, plus grosses à la région moyenne.
Ainsi réduit par ces caractères, il ne comprend plus que des espèces qui se nourrissent seulement de feuilles. On ne connaît pas bien leurs larves, quoique la plupart vivent en société dans les mêmes lieux. Ils sont très-lents dans leurs mouvements et peuvent se passer longtemps de nourriture. Lorsqu'on les saisit, ils tombent dans une sorte de paralysie volontaire dont ne les tirent pas même les épingles qui peuvent traverser leur corps. Cet état est très-probablement dû à la ruse qu'ils emploient pour se soustraire au bec des oiseaux.
On a partagé ce genre en deux grandes sections, suivant : 1° que les cuisses sont simples; 2° qu'elles sont dentelées.
La première section a été subdivisée d’après la différence très-marquée que présentent les élytres qui, tantôt sont recouverts d’écailles brillantes, colorées et métalliques, tantôt, au contraire, sont privés de ces couleurs; on a fait même de ces derniers un genre particulier sous le nom de Calandre.
C'est à la première division qu'appartiennent, nous pouvons le dire, les plus belles espèces d'insectes dont quelquesunes sont tellement brillantes qu’on les a enchässées pour les monter dans de petits bijoux en colliers et en bagues.
Tels sont les:
1. Charancon royal. Curculio regalis. Le fond du corps est noir, mais il est couvert de petites écailles vertes ou d’un bleu tendre, comme métalliques ; le dessous est d’un vert doré comme gresillé ; les élytres, d’un même vert doré, portent trois lignes sinueuses en travers d’un or rougeâtre et poli.
Il se trouve au Pérou et au Brésil ; il n’a guère qu’un centimètre au plus de long.
2, Charançon impérial. C. imperialis. Corps à fond noir, recouvert d’écailles d'un vert doré brillant, avec des points enfoncés ; deux lignes noires sur la
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tête et sur le corselet ; élytres striés, bossus en dehors vers la base, et pointus à leur autre extrémité.
Il acquiert le double de la taille de lespèce précédente; il est moins élégant ; ses pattes sont velues. On le rapporte de Cayenne ou du Brésil; aussi le trouve-t-on dans toutes les collections d'insectes. Parmi les espèces de France nous citerons :
3. Charançon vert. C. viridis. IL est verdàtre, avec le bord des élytres et du corselet jaune. Il est petit; on le trouve sur les feuilles du tremble et du peuplier.
4. Charançon du tamarise. C. tamarisci. D’un vert brillant; les élytres nuancés de vert, de cendré, de rouge et de noir.
C'est un très-joli insecte, mais il n’a guère que 3 millimètres de longueur. On le trouve dans le midi de la France. Il est très-commun sur le tamarise des Indes que l’on cultive dans nos jardins d'agrément.
Les espèces de Charançons dont les cuisses ne sont pas dentelées et dont le corps et les élytres ne sont pas recouverts d’écailles à reflet métallique ont été désignées comme formant un sous-genre sous le nom de Calandres. Ces insectes attaquent surtout les semences des céréales et des palmiers. Ce nom de Calandre doit s’écrire ainsi et non Calendre , qu’on trouve dans quelques ouvrages, car les Latins ont ainsi appelé Calandrus le Charançon du blé. Ces insectes se nourrissent, sous leurs deux états, des semences monocotylédonées, le seigle, le riz, les dattes, les cocos, et sont très-connus par les ravages qu'ils produisent. Les plus grandes espèces se trouvent en Afrique, aux Indes et en Amérique ; parmi celles-ci, nous citerons les deux suivantes :
3. Charançon palmiste: C. palmarum. Noir, à élytres cannelés ; trompe presque droite. C’est un des plus gros du genre ; il est souvent rapporté de PAmérique. Sa larve vit en société dans le tronc même des palmiers, et les naturels recherchent sa larve qu'ils recueillent comme une friandise. Les Romains connaissaient aussi cette larve; ils lui trouvaient une saveur si délicieuse, qu’on la nourrissait avec de la farine. (Pline, liv. XVII, cap. 24.) C’est ce que Geoffroy a reconnu, mais Linné attribue cette particularité à la larve du Cossus.
6. Charançon à crible. C. cribrarius. Noir, à corselet et élytres d'un rouge violet, parsemés de points noirs.
Il a été rapporté de Philadelphie.
Parmi les espèces que l’on trouve communément en France et qui nous intéressent beaucoup, quoiqu’elles soient beaucoup plus petites, nous citerons :
1. Charançon du blé. C. granarius. Brun foncé ou ferruginenx ; à corselet pointillé de la longueur des élytres.
C’est l'espèce malheureusement la plus connue dans ce genre en raison des dégâts qu’elle produit dans les greniers où le blé est déposé. Chaque larve pénètre dans un grain par une ouverture imperceptible, et elle s’y creuse peu à peu une demeure qui s’élargit à mesure que son corps grossit. Cette larve est blanche, molle, allongée, et ressemble à celle qu'on trouve dans les noisettes, mais cette dernière est six fois plus grosse. Lorsqu'elle a mangé assez pour se changer en nymphe, elle y reste sous cette forme pendant huit ou dix jours, suivant la température du lieu , et quand elle a pris assez de solidité, l’insecte parfait perfore l'enveloppe du grain ; il paraît au dehors pour y chercher une femelle qu'il féconde. Celle-ci pond sur les grains qui sont à sa portée et perpétue ainsi sa race. De Geer a calculé qu'une seule paire de Calandres du blé peut produire dans une année, par une suite de générations successives, 23,642 individus. Les cultivateurs et les économistes ont traité avec succès des moyens qui réussissent à détruire ces insectes.
8. Charançon du riz. C. oryzæ. D'un brun noirâtre ; corselet pointillé ; élytres à deux points ferrugineux.
Cette espèce a beaucoup de rapports avec la précédente. Elle vit dans le riz; mais elle préfère les grains dont l'enveloppe paléacée n’a point été détachée du grain. On la rencontre souvent dans les sacs de riz ou dans les barils qui arrivent du Levant. On ne Pa point encore observée dans le riz de la Caroline.
Parmi les espèces qui ont les cuisses dentelées et qui sont aptères , nous indiquerons :
9. Charancon de la livèche. C. liqustici. D’un gris cendré, souvent couvert de terre, avec une crête ou ligne saillante au devant de la trompe. Corselet arrondi chagriné , à élytres soudés sans ailes.
C’est un des insectes que l’on observe le plus communément au premier printemps dans les terrains sablonneux. 11 dévore les sommités des plantes qui sortent de terre, et il fait surtout de grands ravages dans les plants
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d’asperges, aux environs de Paris, dans les vignes et même dans les espaliers.
9. Charançon picipède. C. pivipes. Noir; corselet à points enfoncés, à élytres striés.
C'est une assez grosse espèce, qui atteint plus d’un demi-centimètre de longueur. Son ventre est surtout très-gros.