Genre COCCINELLE. COCCINELLA. (Frisch
Vulgairement Bêtes à Dieu, Martins, Bêtes à la Vierge, Cheval de Dieu, Scarabée-tortue ou hémisphérique.
Caractères : Coléoptères trimérés; à corps bombé, hémis- Phérique, plat en dessous ; à corselet et élytres polis, lisses, rebordés ; antennes un peu en masse tronquée, n'étant guère plus longues que la tete, laquelle est recue dans une échancrure d’un corselet semi-lunatre.
Ce nom de Coccinelle, donné d’abord par Frisch et adopté par Linné et Geoffroy, paraît provenir du mot grec xéxxo, dont les Latins avaient fait coccus, la prétendue graine d’écarlate; le diminutif fut d'abord coccionella, puis coccinella, probablement à cause de la couleur
rouge brillante des élytres dans les espèces les plus communes de ce genre ou chez celles qui ont été observées les premières.
Ce genre est facile à reconnaître; il réunit des espèces très-nombreuses qui ont entre elles les plus grands rapports par la conformation générale et par les mœurs. La forme et la brièveté relative des antennes les distinguent des Eumorphes, Endomiques et Dasycères, qui ont aussi le corps bombé et arrondi, mais dont les antennes sont plus longues que la tête et Le corselet pris ensemble, avec le corps arrondi, mais en général plus allongé. Les habitudes et le genre de vie
sont d’ailleurs tout à fait différents, car les Coccinelles ne se nourrissent que de pucerons, qu’elles dévorent tout vivants; aussi les a-t-on appelés Æphidiphages, tandis que ceux dont nous venons de citer les noms de genres se rencontrent sous les écorces humides, les mousses et dans les champignons dont ils semblent appelés à tirer leur subsistance.
L'histoire des Coccinelles a été parfaitement étudiée et décrite par Réaumur dans le troisième volume de ses Mémotres, où il traite des vers mangeurs de pucerons. Nous ne pouvons mieux faire que d'en extraire les particularités les plus remarquables.
Nous avons déjà dit que ces petits Coléoptères étaient fort connus; ils sont particulièrement recherchés .par les enfants, à cause de leurs belles couleurs et du poli brillant de leurs élytres, dont la couleur est souvent d’une teinte rouge ou noire avec des points ou des taches diverses noires, rouges ou jaunes, disposées d’une manière symétrique et toujours agréable.
Les élytres sont convexes, parfaitement accolés par la suture médiane, ce qui rend leur corps très-glissant en dessus et difficile à saisir. Les pattes ne dépassent pas le bord des étuis, qui protégent ainsi le corps, comme le test des tortues. La plupart, lorsqu'on veut les prendre ou lorsqu'on leur fait quitter le plan sur lequel elles marchaient, retirent les pattes et les ramassent vers la partie moyenne de la poitrine, et en font tellement appliquer les articulations les unes contre les autres qu’elles paraissent absolument privées de ces parties. Souvent aussi, lorsqu'on les saisit, elles laissent exsuder ou suinter des parties latérales de leur corselet et
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de la jointure des membres une humeur jaunâtre, fétide, approchant de celle du cérumen des oreilles, dont elle a l'amertume et la couleur. Cette matière très-odorante est probablement un moyen de défense dont l'animal a été pourvu pour écarter, par le dégoût qu'il inspire, les oiseaux et les autres animaux qui chercheraient à s’en nourrir; car l’existence de ces insectes est précieuse et leur utilité dans l’économie de la nature n’est pas un problème pour les agriculteurs qui savent que la propagation de leur race les délivre d’une énorme quantité de pucerons parmi lesquels il est toujours facile d'observer des Coccinelles sous l’état de larves ou d'insectes parfaits.
Ces larves, comme toutes celles des Coléoptères, ont six pattes ; elles ressemblent à celles des Chrysomèles ; leur corps est allongé et mou, mais la plupart l’ont hérissé de petites pointes ou de tubercules, et leur extrémité postérieure se termine par une sorte de mamelon visqueux, dont l'animal se sert, comme d’une septième patte, pour s’accrocher, se suspendre ou s’arc-bouter dans quelques circonstances obligées. D'ailleurs les pattes de ces larves sont très-remarquables par leurs formes et l'usage auquel elles sont destinées. Elles sont, relativement à celles des insectes parfaits, beaucoup plus développées; elles peuvent, ce qui.est rare dans les Coléoptèeres, s'opposer les unes aux autres pour saisir les objets en même temps qu’elles les portent en avant vers la bouche, et c’est ainsi qu’elles enlèvent les pucerons, un à un, avec les tarses antérieurs pour les dévorer en entier et successivement, car ces Hémiptères paraissent être la seule nourriture de ces larves.
La métamorphose des Coccinelles présente aussi quelques
singularités qu'il est important de faire connaître. A l’époque où cette opération naturelle doit arriver, la larve s'accroche par la queue sur les feuilles ou sur les tiges des plantes, sur les écorces ou sur les pierres voisines; l'animal se gonfle, se raccourcit, sa peau se dessèche et reste sur la nymphe, dont les élytres écartés ne ressemblent pas mal à une fleur desséchée ou à certaines graines de quelque plante légumineuse avec lesquelles les naturalistes ont pu les confondre.
La nymphe ne conserve pas longtemps cette forme ; c’est le plus souvent au bout d'une quinzaine de jours que l’insecte parfait sort de son enveloppe, qui était d’une forme si bizarre. D'abord, la Coccinelle était très-molle et incolore; mais, en se desséchant, elle prend de la consistance et des couleurs vives et brillantes par le poli luisant et les taches variées et symétriques dont les élytres sont ornés, et qui ont fourni le plus grand nombre de leurs dénominations spécifiques, très-commodes pour faciliter la détermination d’après les adjectifs analogues par leur désinence qui avaient été proposés par Linné, mais qui, malheureusement, n'ont pas été régulièrement employés par les entomologistes lorsqu'ils ont décrit les espèces différentes de celles dont les caractères étaient établis avant leurs recherches ou leurs découvertes.
Les œufs des Coccinelles sont ordinairement colorés en jaune, d’une forme un peu allongée et d'une odeur désagréable. La femelle ne les dépose pas en tas, mais elle va successivement les placer, au nombre de deux ou trois, au milieu de certaines races de pucerons, et chacun, pour ainsi dire, dans une réunion d'individus appartenant à la même espèce.
Il paraîtrait que, dans quelques races, les individus mâles
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seraient fort différents des femelles pour la taille et pour les couleurs, car on trouve souvent accouplés des individus qui paraissent appartenir à des espèces tout à fait differentes, ou regardées et décrites comme telles. On ne s'est pas encore assuré par des observations suivies du résultat de cet accouplement, qu'on a regardé comme adulterin, et l’on ne sait pas s'il provient des individus hybrides de cette sorte de fécondation.
Le genre des Coccinelles est très-nombreux en espèces; Fabricius en avait décrit plus de cent soixante, et il n'est pas douteux qu'on ne puisse au moins en doubler le nombre. Iliger, dans son Recensement des insectes de Prusse (p. 415), a employé une division qui nous paraît assez commode. Nous aurions préféré celle de Linné, dont nous allons présenter un apercu, parce qu'elle aurait facilité considérablement par les dénominations le rapprochement et la comparaison des espèces ; mais, comme nous l'avons dit, les auteurs modernes n’ont pas adopté ce système, et ils ont ainsi fort embrouillé la nomenclature.
Voici à peu près les divisions et les noms employés par Linné, au moins pour quatre de ces divisions :
* Elytres rouges ou jaunes avec des points noirs (1. punctalæ). ‘ Élytres rouges ou jaunes à taches blanches (2. gultatæ). *** Élytres noirs à taches rouges (3. pustulatæ).
**** Élytres noirs à taches jaunes ou blanches (4. maculatæ).
N'ayant pas l'intention de faire connaître un grand nombre des espèces de ce genre, nous indiquerons seulement le nom de celles qui se trouvent le plus fréquemment aux environs de Paris, en y ajoutant quelques notes.