‹ Entomologie analytiqueChapitre 36 sur 204 · PREMIÈRE FAMILLE : LES CRÉOPHAGES · texte numérisé non relu

PREMIÈRE FAMILLE : LES CRÉOPHAGES

Tel est le nom sous lequel nous avons inscrit cette première famille des Insectes Coléoptères pentamérés, ou à cinq articles à tous les tarses, dont les élytres sont durs et recouvrent le ventre; leurs antennes sont en soie ou en fil, composées de onze articles non dentés; leur corps est, le plus souvent, allongé, un peu déprimé, rarement arrondi; les tarses simples, à derniers articles quelquefois bilobés, mais jamais aplatis ou en nageoires. Leur principal caractère naturel dépend de la structure de la bouche dont les mâchoires supérieures sont fortes, se croisent plus ou moins l’une sur l’autre et sont pointues.

Nous leur avons appliqué ce nom de CRÉOPHAGES, correspondant à celui de Carnassiers, en le composant des deux termes grecs, xpéxe, chair vivante, et de péyos, Mangeur, xpe6payes, Carnarius, carne victitans, ce mot désignant d’une manière expresse les mœurs des Insectes de cette famille qui, étant agiles sous leurs états de larves et de perfection, font leur nourriture principale dé petits animaux qu’ils dévorent tout vivants.

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Cette famille, telle que nous l’avions divisée dans la Zoologie analytique, correspond aux deux autres que Latreille et la plupart des auteurs ont également partagée sous le nom collectif de Carnassiers terrestres qu’on a généralement subdivisés en deux familles dont les noms ont été tirés des deux genres principaux avec le titre des familles de Cicindélètes et de Carabiques, auxquelles on a joint les Carnassiers aquatiques sous la dénomination d'Hydrocanthares ou Dytiscides, dont nous-même avions composé la famille des Nectopodes ou Rémitarses, d’après la forme et les usages de leurs pattes ou de leurs tarses, qui sont propres à l’action de nager, ayant les pieds en rames.

Entre les particularités que nous avons indiquées, les Créophages offrent des palpes composés de trois où quatre articles bien distincts; des pattes grèles et longues dont les hanches postérieures sont élargies et portent, dans leur articulation avec la cuisse ou le fémur, un appendice rotulien que l’on désigne sous le nom de trochanter ; en outre, la plupart des mâles ont leurs tarses antérieurs dilatés ou élargis, avec une entaille ou une échancrure aux jambes antérieures.

La tête de ces Créophages offre aussi une particularité très-notable dont nous avons reconnu qu'on pouvait utilement tirer parti pour la classification, ainsi que de l’observation facile à faire de la proportion relative des yeux et du prothorax, considéré par la plupart des auteurs comme formant seul le corselet qui est plus ou moins étroit que les elytres.

Les Créophages proviennent de larves allongées, molles, composées de douze anneaux ou articulations, sans y compter la tête, qui est fort développée, écailleuse, et dont la

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forme plus ou moins élargie, allongée ou étroite en travers, varie beaucoup, ainsi que les mandibules qui sont cependant généralement fortes, arquées et pointues, avec des barbillons ou des palpes très-mobiles. Ils ont six pattes dont l'étendue diffère suivant les habitudes propres à certains genres.

Celles des Chrysalides ou plutôt des Nymphes que l’on à pu observer, étaient contenues dans des cavités dont chacune avait été pratiquée sous le terrain par la larve qui l'avait consolidée probablement au moyen d’une bave pour en agglutiner tous les matériaux. C’est là que l’insecte subit sa dernière mue et qu'il prend la forme qu’il doit conserver ; mais il y est alors dans un état de mollesse extrême : son corps a diminué de volume, il est dans une sorte de contraction, recouvert cependant d’un épiderme transparent sous lequel il prend peu à peu de la solidité et de la coloration, avant de sortir de sa coque pour jouir de toutes ses facultés, pouvant se nourrir de nouveau après avoir pris les formes sous lesquelles il doit propager sa race.

Il est facile, par l’analyse que nous avons présentée sous la forme d’un tableau synoptique dans les généralités sur l’ordre des Coléoptères pentamérés (voir page 248), de séparer cette famille, dite des Créophages, des huit autres qui ont aussi leurs tarses composés de cinq articles. Ainsi, parce que leurs élytres sont durs et assez longs pour couvrir la plus grande étendue du ventre, ils diffèrent d'une part des Apalytres ou Mollipennes,comme des Téléphores, dont les élytres sont mous et flexibles, et des Brachélytres, comme les Staphylins chez lesquels les élytres durs ne sont pas assez longs pour recouvrir l'abdomen, puisque les deux tiers, à peu près, restent constamment à découvert.

A l’aide d’une seconde observation, il est facile de remarquer que les antennes ne sont pas plus grosses vers leur extrémité, ou dans certaines portions de leur longueur, comme on peut les observer dans les quatre familles que nous avons appelées Stéréocères, Hélocères, Pétalocères et Priocères.

En troisième observation , on voit que parmi les trois familles dont les antennes sont en fil ou en soie, les unes, tels que celle des Nectopodes ou Rémitarses ont les pattes comprimées et ciliées, propres à faciliter la natation et que dans les autres, comme les Taupins et les Buprestes, réunis dans la famille des Sternoxes, les antennes sont dentelées et la poitrine bombée avec un sternum saillant en dessous.

Quatrièmement enfin, que dans les Térédyles ou Percebois, tels que les Vrillettes, qui ont aussi les antennes en fil, le corps est à peu près cylindrique ou arrondi circulairement.

J1 nous reste donc à déterminer maintenant comment ce crand sous-ordre ou cette tribu, dans laquelle on a réuni aujourd’hui plus de deux mille espèces, distribuées en plus de cent genres, peut être étudiée d’une manière à donner une idée des principales coupes. À cet effet nous allons présenter un tableau analytique qui facilitera les recherches, et un moyen de classification des genres principaux ou de ceux qu'il nous a été permis d'étudier comparativement.

Nous pourrons observer d’abord une différence notable dans la forme et les proportions relatives du prothorax, résion que l’on a considérée dans tous les Coléoptères comme formant à elle seule ce qu'on avait appelé le corselet, parce qu'elle est placée immédiatement après la tête et au devant des élytres, et parce qu’elle donne attache à la première paire

COLÉOPTÈRES PENTAMÉRÉS CRÉOPHAGES. 263 de pattes ; or, ce corselet présente cette particularité, qu'étant dans certains genres plus étroit que les élytres, 1l est aussi fort souvent plus long que large, et parce que les yeux sont alors globuleux et augmentent ainsi le diamètre transversal de cette partie. C’est d'après cette conformation que dans ces derniers temps on a établi parmi les Créophages une sous-famille, une tribu distincte que la plupart des auteurs ont considérée isolément, en la désignant par le nom de lun des genres le plus connu, qu'ils ont appelé les Cicindélètes. Ceux-ci ont été caractérisés parce qu'ils ont au bout des mâchoires, un onglet qui s'articule avec ces organes par sa base.

Une seconde tribu, qui a également emprunté son nom d'un autre genre principal, a été nommée la famille des Carabiques. Ceux-là ont les mächoires terminées simplement en pointe ou par un crochet, qui n'offre pas d’articulation ou qui n’est pas mobile.

Nous jugeons inutile de reproduire la distribution systématique des genres d’après cet arrangement indiqué dans le tableau synoptique de cette famille, dont nous suivrons la série distribuée selon les numéros qui indiquent l'ordre dans lequel nous nous proposons de faire connaître l'histoire de chacun de ces genres.

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