GENRE VRILLETTE. ANOBIUM. (Fabricius
CaracrÈres : Coléoptères à cinq articles à tous les tarses, à corps arrondi, allongé; à élytres durs couvrant le ventre ; à antennes en fil simple; corselet de la largeur du ventre.
Ce genre est, en outre, reconnaissable par la particularité que présente la tête reçue et en Y ak partie cachée dans un corselet creusé en capuchon de la même largeur que le ventre, et les articles des antennes, dont les derniers vont en augmentant de longueur. Le nom de Vrillette avait été donné par Geolf-
froy, mais sous le nom linnéen de Byrrhus, confondu alors avec les Dermestes. Dans les diverses éditions du Systema Naluræ, ces noms ont fait naître de nouvelles difficultés, car ce nom de Byrrhus fut appliqué aux Cistèles de Geoffroy, et, comme pour augmenter la confusion, le nom de Cistèle fut appliqué à quelques espèces de Ténébrions; enfin les Vrillettes de Geoffroy furent rangées parmi les Bruches par Linné; mais il en changea le nom en les appelant Ptinus. De Geer réunit ensuite ces Ptines et ces Vrillettes sous le même nom de Vrillette en français, en leur laissant celui de Ptinus en latin. Dans cet état de difficultés, Fabricius proposa une autre dénomination pour ce genre : ce fut celle d’Ænobium.
Ce dernier nom, d’origine grecque; a été adopté par tous les entomologistes dans ces derniers temps. Il est destiné à faire connaître une des particularités qu'offrent ces insectes, que nous nous proposons de faire connaître avec quelques détails : c’est de feindre la mort au moindre danger et
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de rester dans la plus grande immobilité pendant des heures entières, afin que leurs mouvements ne trahissent pas leur existence, de sorte qu’ils ont en apparence la faculté de ressusciter ; de là leur nom de à4, sursum, derechef, de nouveau, et du verbe fo, je vis, je me revivifie. Quant au mot français Vrillette, c’est un diminutif de Vrille, instrument destiné à percer le bois et à y laisser un trou arrondi, comme le font les tarières. Il est dû à Geoffroy, ainsi qu'il le dit lui-même, à cause de la particularité suivante. On voit, dit-il, tous les jours les vieilles tables, dans les maisons, et les vieux meubles de bois, percés de trous ronds et, comme on les nomme, tout vermoulus. Si on aperçoit à l'orifice de ces petits trous un amas de poussière fine de bois, on peut conjecturer que la larve de l’insecte est dans ce trou. Si on tranche peu à peu ce bois par lames pour découvrir le fond de ce canal pratiqué par l’insecte, on trouvera la larve qui ressemble à un petit ver blanc, mou, à six pattes écailleuses avec deux fortes mâchoires, courbé du côté du ventre. C’est cette larve qui a déchiré le bois dont elle se nourrit et qu'elle rend ensuite par petits grains dont cette poussière est composée. D'autres espèces attaquent les arbres vivants dans les campagnes et dans nos jardins.
Le genre des Vrillettes présente, comme nous l'avons dit, une particularité de mœurs que nous avons exposée avec détails dans un Mémoire sur les moyens que ces insectes emploient pour leur conservation. La plupart des espèces sont d’une couleur terne ou brune; toutes, à ce qu’il paraît, cherchent à dissimuler leur existence par l'instinct qu’elles ont de se contracter, de tomber et de rester immobiles quand elles craignent le danger; de sorte que les
oiseaux ou les autres animaux qui voudraient en faire leur proie, ne trouvant qu’un corps sec, arrondi, inanimé, qui ressemble plutôt aux résidus des aliments de quelque autre animal qu’à un être vivant, ne cherchent pas à s’en nourrir. D'ailleurs, si on vient à les toucher, ces insectes, pénétrés sans doute d’une crainte salutaire, gardent le repos le plus absolu; ils tombent dans un état de catalepsie complète avec les membres fortement contractés. De Geer, et nousmême, avons plusieurs fois répété la cruelle expérience de les jeter dans l’eau, de les exposer à l’action de ja plus vive chaleur, de la lumière solaire réunie au foyer d’une loupe, sans pouvoir parvenir à leur faire donner le moindre signe de vie. Abandonnés à eux-mêmes et délivrés de la crainte par l’absence du mouvement, ces insectes se sont ensuite développés et, en étendant lentement et peu à peu leurs membres, ils s’en sont servis pour s'échapper par une course rapide, ou pour se confier à leurs ailes, afin de s’élancer dans l'atmosphère.
Une autre particularité, c'est le moyen que ces insectes emploient pour se faire connaître entre eux, afin d’accomplir le grand acte de la procréation dans l’union des sexes. Nous voulons parler de la faculté qu'ont ces insectes de produire un bruit très-singulier de tapotement ou de tic-tac, mouvement de va-et-vient très-rapide, analogue à celui d’une pendule dont l’échappement ne serait pas suspendu par le balancier. C'est en frappant vivement la tête contre le bois et à l’intérieur, après s'y être fortement accroché avec les pattes, que l’insecte produit ce bruit; c’est même ce qu'il l’a fait nommer Sonicéphale par certains auteurs. Geoffroy avait soupçonné qu'il était le résultat d’un mouvement exécuté par
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cet insecte; mais nous nous en sommes convaincu plusieurs fois sur diverses espèces de ce genre dont quelques-unes même produisent cette action dans l'intérieur des arbres creux et en particulier dans le tronc des saules excavés. Ce n’est pas avec les mandibules que les Vrillettes déterminent ce bruit, comme l'avait cru atreille, mais bien avec le vertex ou le sommet de la tête, qui est consolidée fortement dans son articulation, reçue dans la cavité du prothorax creusé en forme de capuchon, le corselet lui-même s’appuyant sur l'abdomen et sur la base des élytres.
__ Ilest évident pour nous que ce mouvement est une sorte d'appel que fait l'un des sexes à l’autre et qu'il remplace le chant d'amour des oiseaux et la voix des mammifères. On voit, en effet, l’insecte le produire partout où il soupconne qu'il pourra être entendu de l'individu qui lui est nécessaire pour propager sa race.
Les métamorphoses des Vrillettes ont lieu dans les mines qu'elles ont pratiquées sous l’état de larve; mais celles-ci, à l'époque où elles doivent se métamorphoser en nymphes, se rapprochent des orifices de la galerie qui aboutit au dehors, afin que l'insecte parfait qui en proviendra puisse facilement briser la paroi de la coque que l’insecte s’est construite, dans le tissu de laquelle il à introduit une certaine portion de la poussière qui sert à la masquer.
Pour distinguer les Vrillettes qui appartiennt à cette famille des Térédyles, il faut, en les comparant avec les Tilles, reconnaître que ceux-Ci Ont les derniers articles des antennes un peu plus gros que ceux de la base, et que leur corselet est surtout plus étroit du côté des élytres. D'une autre part, comme les antennes des Mélasis et des Panaches
Año ENTOMOLOGIE ANALYTIQUE.
sont fortement dentelées ou pectinées, cette particularité est
très-notable. [Il en est de même pour les Lyméxylons, qui se
distinguent surtout par la longueur du corps et la grosseur des yeux. Enfin les Ptines ont le corselet étranglé vers les élytres, tandis que nous avons indiqué le contact le plus immédiat entre ces deux régions chez les Vrillettes.
Nous ferons connaître trois espèces principales rapportées
à ce genre.
1. Vrillelte entélée. Anobium pertinax. D'un brun foncé; élytres striés à points enfoncés ; corselet à quatre lignes élevées, deux en longueur et deux latérales, avec deux points jaunâtres à la base. C'est la Vrillette fauve de Geoffroy, p. 119, n° 3. De Geer a reconnu cette opiniâtreté qui lui a valu son nom. Fabricius dit que sa larve est attaquée par les Tilles qui s’en nourrissent.
2. Vrillelte marquetée. A. tesselatum. Brune; élytres lisses sans stries, à poils cendrés, qui lui donnent un aspect soyeux. C’est la Vrillette savoyarde de Geoffroy, n° 4.
3. Vrillette du pain. A. paniceum. C’est une très-petile espèce, qui se nourrit des matières féculentes des racines, qu’elle dévore chez les herboristes et dans les herbiers des botanistes. Probablement il y en a beaucoup d’espèces confondues. Elle détruit tous les restes de pain séchés, les biscuits, les pains azymes, même les pains à cacheter. Il y en a de rougeûtres, de brunes; en général elles sont de couleur sombre. On a peine à concevoir comment ces insectes parviennent à se propager dans des bocaux de verre et dans des boites métalliques de fer étamé, comme nous en avons souvent observé.
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