IM
1867 30 1872 175 1877 115 1883 75 Soit, en 20 ans, 1710 «/« ^od 85 1/2 •/• <■« morenne annuelle).
dont en général d'ailleurs, la société ne peut que se féliciter s"il est vrai que la source des profits se trouve daos la satisractioo ta plus parraite possible du besoin social.
On a souvent Tait remarquer que les hommes qui avaient réalisé dans l'industrie les fortunes les plus considérables étaient précisément ceux dont l'œuvre avait été la plus utile au point de vue social. Bessemer, en rendant l'acier plus résistant, par un nouveau mode de fabrication, eu a répandu l'usage. Nobet en rendant moins dangereux le maniement de la nitro-glycérine a permis la réalisation de travaux jusque-là impossibles. Gordon Benett, en lançant le New-York Herald a servi le développement intellectuel de son pays.
§ 3. — L'un des faits qui avaient le plus frappé A. Smilh en cette matière des profits, avait été la baisse du taux des profits (ceux-ci étanl toujours comparés au capital engagé). Des faits certains l'accusaient en effet ()). Kn 1374 le taux habituel du profit élail compté à 20 0/0, l'intérêt à 10 0/0. L'acl 37 d'Edouard III qui assimile au point de vue du revenu les marchands et bourgeois possédant un capital de 1000 livres sterliiigs avecles propriétaires terriens retirant 200 livres sterlings par an prouve bien que le taux ordinaire du profil dans les villes commerciales du royaume était de 20 0/0.
()) Cf. ClilTe Leslie, Essays on potUical Econotny, 2' édil., p. 2*6.
Ce chiffre paraissail à A. Smitb supérieur à ce qu'il pouvait observer à son époque. Il lui fallut donc chercher les causes de celte baisse du taux des profils. Il en attribue les variations à l'étal croissant ou décroissant de la richesse de la société. A mesure que les capitaux se multiplient dans un pays, le profitqu'on peut en faire en les employant diminue nécessairement (1). La raison en est dans la concurrence que se font les entrepreneurs entre eux. Quand les capitaux de beaucoup de riches commerçants sont versés dans un même genre de commerce, leur concurrence mutuelle tend naturellement à en faire baisser les profits, et quand les capitaux se sont pareillement grossis dans les différents commerces établis dans la société, la même concurrence doit produire le même effet sur tous (2).
Si, dans les colonies et dans les pays neufs, le taux des profits est plus élevé qu'en Angleterre, il en faut chercher l'explication dans la rareté des capitaux (3).
Il est vrai qu'Adam Smith reconnaît que l'acquisition d'un nouveau territoire ou de quelques nouvelles branches d'industrie peut quelquefois élever le taux des profils ; les capitaux du pays ne suffisant pas à la quantité des affaires que ces nouvelles acquisitions offrent aux possesseurs de ces capitaux, on les applique
(I] Uj. II, cb. IV, p. 443, édit. On (a)I6W., liv., I, ch. IX, p. 120.
(3) Ibid., p. 124.
alors seulement aux branches particulières qui donnent le plus gros profit.
La diminution de la masse des capitaux d'un pays agit dans le même sens que la hausse des proBt!:.
Cette doctrine ne tarda pas à rencontrer des objections et c'est West qui le premier formula une réponse, généralement reproduite depuis : l'accroissement des capitaux et la concurrence qui en résulte, dit-il, abaisse les profits obtenus dans une industrie particulière, en réduisant te prix du produit obtenu, mais l'accroissemeut de la concurrence ne peut abaisser tous les prix, puisque le prix est seulement un rapport d'échange des produits et que tous les produits ne peuvent pas s'abaisser les uns par rapport aux autres (1).
Il fallait donc trouver une nouvelle explication de la baisse du taux des profits. L'école de Ricardo va la rattacher h la thèse de la diminution de productivité de l'agriculture.
La tentative, préparée dans l'Essai sur tinfluence du bas prix des grains sur tes profits du capital (1), est reprise dans le chapitre VI des Principes.
Dans tous les lieux et dans tous les temps, les profits dépendent de la quantité de travail nécessaire pour assurer la subsistance du travailleur sur la terre ou avec le capital qui ne rapporte pas de renie. Or avec les
(1) Application of capital, p. 20. Sur cette question, V. Cannan, Uistoryoftke tkeory of production and distribution, p. 278 et s.
(2) Cr. Cannan, Joe. tit.
progrès de la civilisation, et par suite de Taccroissement de la population, les hommes sont forcés de mettre en culture des terres de moins en moins fertiles. Le prix des denrées agricoles haussera donc, puisque ce sont les produits récoltes sur les terres les moins fertiles mises en culture qui fixenlle prix du produit. Cette clierlédes denrées agricoles fera iiausser les salaires. Et comme les profils sont en raison inverse des salaires, la hausse des salaires aura pour conséquence la baisse des profits.
Od pourrait imaginer que le cas du fermier est un peu différent, puisqu'il retire toujours un prix croissant de ses produits. Mais cet accroissement du prix des produits est précisément contrebalancé parla rente ou par les salaires additionnels, et Ricardo entreprend de le démontrer par un exemple arithmétique.
Cette théorie repose sur cette idée, aujourd'hui discréditée, que le prix des denrées agricoles est fixé par le coût de production de ces denrées sur la terre la moins fertile. S'il est vrai, comme nous l'avons démontré que, au lieu d'être les coûts de production qui règlent la valeur des choses, c'est au contraire la valeur des choses, leur utilité finale sociale, qui détermine les frais qu'on peut consacrer à leur production, on arrive à cette conclusion : que ce n'est pas la mise en culture de terres moins fertiles qui fait hausser le prix des denrées, mais que c'est bien au contraire ta hausse du prix des choses qui détermine la mise en culture de terres dorénavant rémunératrices.
204 TROtSlÈME PARTIE. — CHAPITRE 11
La seconde proposition sur laquelle s'appuie Ricardo vise l'antagonisme des profits et des salaires. Et nous devons nous arrêter un instant sur cette alTirmation, souvent reprise depuis, et qui est basée tout entière sur une confusion dans le sens du mot taux de protit, que nous avons déjà signalée.
La proposition que le taux de profit baisse, quandles salaires haussent, peut signifier en effet trois choses différentes :
1° Etant donné que le produit d'une industrie se divise en profits et salaires, la part relative des profita dans ce produit est d'autant plus faible que la part relative des salaires est plus forte. Il y a là un truisme, et si vraiment c'est cela que Ricardo a voulu dire, il était inutile de recourir à des explications aussi compliquées. Toutes les fois qu'une chose doit se diviser entre deux copartageants, la part de l'un augmente quand la part de l'autre baisse. Mais il peut alors se faire que le produit total à diviser augmente ; nous sommes amené à la seconde interprétation.
2' Si l'on vise le total absolu des produits reçus à titre de profit, il devient complètement faux de dire qu'une hausse des salaires entraîne une baisse des profits, car tous deux peuvent augmenter en même temps si le produit total à partager augmente. Ou encore si les autres frais de production viennent à diminuer. Ricardo, par parti-pris, met hors de discussion tous les frais de production autre que les salaires. Mais par là,
il se mel hors de la réalité elle-même : une réduction dans les impôts par exemple, ou une augmentation d'un tarif prolecteur dédouanes peuvent venir accroître les profits sans diminuer le moins du monde les salaires.
3* Si enfin on entend par taux des profits la relation entre le chiffre des profits et le total du capital engagé, alors la proposition que le taux des profits est en sens inverse du taux des salaires n'a plus aucun sens. Ou si elle 60 a un, ce ne peut être qu'une erreur : car c'est ici le cas de faire intervenir l'élément de temps qui change complètement la question.
Supposons, pour reprendre l'exemple cité par Mac Leod (1) que le capital engagé soit de 100 et le profit de 20.
Si ce profit est fait en une année, le taux de profit est évidemment de 20 0/0 par an.
S'il est fait en un mois, il est de 240 0/0 par an.
S'il est fait en une semaine, il est de 1040 0/0.
S'il est fait en un jour, il est de 7300 0/0.
On voit dès lors que, suivant que le profit est obtenu en un mois ou en un jour, l'entrepreneur sera en état d'élever considérablement les salaires, tout en conservant par devers lui des profits plus élevés.
L'antagonisme des profits et des salaires, sous quelque forme qu'on le présente est donc impuissant à ex-
(I) Prtncip/es, cli. XII, p. 41.
pliquer la baisse du (aux des profits, d'autant plus que l'ordre historique établi par Ricardo pour conclure à une hausse des salaires nominaux est très contestable.
C'est également sur le terrain historique que se placera Marx pour MOUS donner une nouvelle explication de la baisse du taux des profits.
On se souvient que dans sa doctrine, le capital circulant, celui qui est employé h acheter la force de travail, est seul productif de plus-value. Or l'observation historique nous révèle la tendance toujours croissante des capitalistes à remplacer le capital circulant par le capital fixe, l'ouvrier par la machine. La proportion de la plus-value au capital total employé, c'est-à-dire le taux de prolit, a dès lors une tendance constante à la baisse (I). Mais s'il en est ainsi, c'est parce qu'une même quantité de travail vif est capable de transformer en valeur une masse de plus en plus grandede moyens de travail, c'est-à-dire que la force de travail se développe de plus en plus. « La tendance progressive du taux deprofît à baissereatdonc seulement une manifestation particulière du système de production capitaliste ; elle indique le développement progressif de la force sociale de production du travail. »
Mais, puisque la rédu<;tion du taux de profit est défavorable au capilalisle, commentadmettre que les capitalistes adoptent précisément le système de produc-
(t) Cf. Koiitlai, III, p. IWL. Cr. Labriola. la teona del mtore di C. UarXtp. aSi et a.
tion qui aboutit k ce résultal(l)? Il est inadmissible que les capitalistes se condamneul ainsi d'eux-mêmes à la ruine, en rendant inévitable la réduction du taux de profit. L'explication de Marx est ici fort ingénieuse. Le rapport entre la partie variable el la partie constan(e du Capital, autrement dit la composition organique du capital, n'est pas modifié d'im seul coup et au même moment par tous les capitalisles. C'est sous l'inflnence d'une circonstance particulière que l'un d'entre eux introduira une amélioration technique. Il en résultera que la part de travail vif comprise dans un exemplaire de la marchandise en question diminuera, et ainsi diminue la valeur de cette marchandise. Le capitaliste pourra dès lors la vendre sur le marché à un prix supérieur à sa valeur, et inférieur au prix courant de cette marchandise tel qu'il est fixé par la production plus désavantageuse de ses concurrents (2). Ce capitaliste fera donc un bénéfice extra : et ses concurrents, alléchés par ce gain , adopteront le même mode de production. C'est seulement quand ce mode de production sera devenu d'un emploi commun que le taux du profit s'abaissera d'une façon générale- Mais alors pourquoi les capitalisles, s'apercevant de ta pente sur laquelle ils glissent, ne reviennent-ils pas & l'ancien mode de produclion ? Parce que cela équivaudrait h relever les prix, ce qui restreindrait la con-
(1) Cf. Loria, Nuova Antologia.lS lebbraio 189S. Labriola, loc. cit.
(2) Cf. Uari, I, p. 196, trad. R07.
sommation : et le capitaliste a plus d'intérêt à vendre plus d'exemplaires avec un profit moindre.
Ici éclate l'erreurde Marx qui est de supposer un besoin social toujours invariable et les prix toujours fixés, en dehors de la considération de ce besoin, soit eo raison du travail, soit en raison des coûts de production (suivant qu'il s'agit du 1" ou du 3» vol. duCapilal). Mais bien des causes autres que des variations dans le coût de production peuvent modifier la valeur des produits et dès lors le taux des profils : ce seront tous les cbangements dans le goût ou les besoins des consommateurs.
Pour nous, avant de nous prononcer sur les causes de la baisse du taux des profits nous chercherons à nous renseigner par les faits sur la réalité de cette baisse.
Une première observation utile, c'est qu'il est fort difïîcile de comparer les profils de nos entrepreneurs actuels avec ceux d'un ou deux siècles. D'une pari, en efTet, nous avons le témoignage de documents ou d'écrivains parlant de profits de 10 à 20 0/0 : mais il esta remarquer qu'à celte époque-là l'entrepreneur travaillait la plupart du temps de ses mains propres, ce qui, étant donné le peu d'importance de son établissement, réduisait dans une large mesure ses dépenses de production. El la différence est d'autant plus sensible de nos jours que les seuls exemples surlesquels nous puissions nous baser sont précisément ceux de sociétés par
actions, dans lesquelles renlrejireneur ne Joue k peu près aucun rôle actif, et se fait suppléer par des salariés pour tout ce qui concerne le côté travail. Cela, nous l'avons vu au chapitre précédent, ne change rien à la nature théorique de son revenu. Mais cela peut du moins en changer le montant, en augmentant les frais de production.
Une seconde observation c'est qu'en admettant qu'il y ait efrectivemciit une baisse du taux des protils, il n'est piis vraisemblable que celte baisse s'opère d'une façon continue et persistante. Elle doit se faire paracoup, par secousses et, il y a des périodes dans lesquelles le taux de profit remonte au-dessus de ce qu'il était dans la période précédente. Faut-il rappeler ici la période du second Empire avec son prodigieux développement industriel et commercial? Le même phénomène ne se reproduit-il pas en ce moment en Allemagne? Mais pour nous en tenir aux quelques chiffres qu'il est possible de rassembler sur cette question, il résulte d'une communication de M. Coste à la Société de statistique en 1896 (1) que le revenu total des 6 actions des grandes compagnies de chemins de fer qui étailen l8t>o de 298 francs, étailen 1891-95 de 102fr.50. Voilà donc une période de 30 ans dans laquelle on peut signaler un léger accroissement des profits dans une branche d'industrie.
(IJ V. Bulletin de la Soc. tic ilat. de Parti do juilLl-aoùl et décembre 180CclJuin tSBT.
210 TROISIÈHR PARTIE. — CSAPITRB II
Mais voici une statistique portaot sur l'ensemble de: industries autrichiennes, sauf les chemins de fer (1).
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Un autre calcul, également fait pour l'Autriche, indique que le revenu moyen des sociétés paractions autrichiennes qui était en 1878-81 de 5.59 0/0 est passé en 1 882-87 à 6 . 42 0/0 en 1888-92 à 7.89 0/0 en 1895 à 9.25 0/0
Pour la Belgique (2), l'ensemble des sociétés par actions, qui supportait en 1888 une perte de 4.1 0/0 du capital, réalise en 1884 un profit de 1 .4 0/0 et en 1895 de 4.7 0/0.
Voilà donc des exemples qui tendraient à démontrer une hausse plutôt qu'une baisse des profits. Et sans conclure de là à une lendance générale des profits à la hausse, on peuten tirer cet enseignement que la baisse du taux des profîts, si elle se réalise, est loin de le faire
(1) Conrad, HandiDcerlerbuch, I, p. 213, 2* édil. (â) Conrad, id., p. 244.
D.gitizedb/GoOglc
uaiformément dans toules les périodes et daos toutes les contrées.
En revanche il est un point de vue auquel on peut, semble-l-il, parler d'une baisse du taux des profils. C'est lorsqu'on considère le profit réalisé sur chaque exemplaire vendu. La tendance de l'industrie contemporaine semble bien être de faire de moindres profits sur chaque unité mais de les multiplier.
En voici deux exemples frappants concernant l'industrie des mines.
D'îiçrès \e Handworterbiich de Conradd.ll, p. 386), la relation des profits aux salaires dans le cercle des mines d'Hennegau, était la suivante :