DES PHENOMENES CHIMIQUES
pige.
OlirQUAKTB QUATRIEME ENTRETIEN.
Définition de la Chimie. Domaine dei affinités. Corpi simplet
et composés • %
Analyse de i*air atmosphérique. Découverte de Vazote et de
Voxigène ^
Analyse de Teau. Découverte de Vhydrogène g
Eau oxigénée ••.«... 10
Analyse du charbon. Découverte du carbone it
Description de Tappareil pneumato* chimique ...... 15
Description du gazomètre . • 15
Cinquante ciNQUiinE entretien.
Propriétés de Toxigène.
Forme gazeuse. Dégagement de calorique • a^
Formation et énumération des» acides ......... af
Des acides carbonique, sulfureux et spIFurique, nîtreux et nitrique, phosphoreux et phosphorique, acétique, Ouorique 37
Des acides muriatiques • ^
Propriétés générales des acides ...... ..•••Ai
Des oxides en général et des degrés d*oxi dation • « • • . 45
Des oxides métalliques; de fer, d*arsénic» de manganèse, de plomb 46 Des oxides non métalliques; d*bydrogène, de carbone, d*azote,
de phosphore . « ? ^9
Cinquante sixième bhtbëtien.
Propriétés de Thydrogène.
Forme gazeuse « inflammabilité et ses degrés • t • • r • • 5S Détonnation, dégagement de lumière •••••.?«• 55
Propriétés du carbone.
Le carbone est toujours combiné .•.f..*. ...^^
pag.
Gaz oxide de carbone, gax bydrogènet carbonit, diamant,
noir de Fum^e ••••58
Substance! végétales •.••••«••••••.•60
Proprie'téi de Tazote.
Forme gazeuse, irrespirabilitë ••••••65
Combinaisons de Tasote avec Toxigene (>{
Des substances non décomposées.
"Du Phosphore. Son inflammation rapide, son inflammation lente 65 Sa vapeur non élastique, Nouvelle forme de substances • . • 69
Son oxidation' dans Teau • • 73
Seè combinaisons avec iliydrogène et avec les métaux • • • 75 Du Soufre. Ses propriétés 'pbysiqnes, son insolubilité dans les
liquides • yo
Hydrogène sulfuré; nVst pas un acide • ^o
Sulfures métalliques: de fer (volcan en miniature) de mercure • 32
Cinquante skptièbu sntabsun.
Du bore. Son origine. Sa découverte. Ses combinaisons • • 89 De F Iode. Se% propriétés physiques. ^9 combinaisons. Stê
acides go
Considérations sur la nature de ce nouvel oxigène • • • . 93
Des métaux.
Leur utilité, leur affinité pour roxigène, leur énumération et
classiHcation .•••••...•.••«.•94.
Leur oxidaiiorl dans Peau «•••••••97
Pesanteur spécifique, ductilté, élasticité, fusibilité • • • • . 100 Alliages ••,••••,.• 105
Cinquante huitième bstcretien.
liei terres et des alkçLlU.
Leur énumération et propriétés particulières à chacun d'eux • ^ 107 Hypothèse sur leur composition: L'azote principe alkalifiant • .116
Décomposiiion des alkalis découverte par Davy •118
Hypothèse générale fondée suf cette décomposition • . • • lai Opinion 4e Tauteur • ••••... 123
CiNQUANTB NEUVlilIE BNTRBTIBaik
Des Sels, ou compositions binaires de substances composées. Classification et propriétés générales •»••,..... 127 Combinaison de$ seU avec ia chaleur, les substances oxidables,
avec d'autres sels •••.•.•f«.«... 155 ffomençlature générale de la Chimie ••••••• y • 149
Soixantième entretiev.
Principes généraux de la Chimie. Dft Paffîoité physique considérée comme force mécanique • . 149
page.
Relations de VaSnhé physique et de Tattraction de sur face • . 156
Matières colorantes 159
Théorie mathëmatique des proportions chimiques.
Proportions des afiSnitës chimiques fondées sur la saturation,
de Richter ..••••••• i$S
Masse chimique de BerthoIIet 165
Combinaison des gax en proportions simples des volumes, de Gay Lussac •••••• 168
SoiXAlfTB VNl£MB BHTRBTUN.
Suite de la théorie mathématique des proportions chimiques. Combinaison de Toxigène arec les radicaux en proportions
simples de poids, de Bersélins i^i
Système de-Dalton sur la pesanteur spécifique des atomes . 174
Loi de Berzélius sur les sels 176
Les combinaisons produites par Taffiaité physique ne suivent
1 pas ces lois ••• lyo
Théorie du changement de forme iga
Des conditions nécessaires pour former des acides ou des oxides 191
SOIXAMTB DBUXliMB BKTllBTUlf.
Constitution de Tatmosphère ou JBudiométrie.
Eudiomètres pour le gax oxigène, 4 deutoxide d'azote, à phosphore, à gaz hydrogène .•.•• . loa
Comparaison des eudiomètres k phosphore et à gaz hydrogène . an
Vapeur d'eau contenue dans Tatmosphère ai4
Acide carbonique contenu dans l'atmosphère ...••.• 116 Des miasmes et des fumigations de Morveau . . • « '• . aa|
Soixante tboisibmb bxitrbtun.
Lois de l'absorption des gaz par l'eau • • . • 22g
Absorption des gaz par le charbon et d*autres corps solides • aig Vertu antiseptique du charbon ..••,....•• • aja Principes de l'évaporation et de la condensation des vapeurs dans
Tair « . é •«.««.. . 336
Hypothèse de l'évaporation par le calorique seul .... a^g Des hygromètres, à corde de boyau, 4 cheveu, 4 haleine, A soie a4t
Sot^ANTB QUATRIÀMB BMTABTimf.
Objections contre la théorie de l'évaporation par le calorique seul 349 Hypothèse de Le Roi ••••4***.«..« 2Sy
Système de Saus&ure ..*«•••,• 357
Système de De Luc ..••«•••«•••.. a5g Système de l'auteur. Vapeur physique, vapeur chimique, vapeur vésiculaire ••«•.. a6o
OOIXANTB ClXQUIEMfi BNTAETIUN.
Procès de l'inUammatioti.
Inflammations simples. La chaleur produit les inflammations . iSs Inflammation des substances composées d'oxigène, d'hydrogène et
carbone , 271
Inflammations spontanées é.é..., 276
Théorie des poudres fulmmantea et de la poudre 4 canon • « . %yg
Soixante sixiemb BifTRBTunr.
Description de la lampe de sureié, de Davy . • 289
La lampe sans flamme, de Davy 292
Le souflet chimique de Newmann avec le mécanisme de Tauteur 296
Considération sur le dégagement de la lumière par Tinflamma-
tion. Les flammes ne sont lumineuse! qu*en tant qu^elles
contiennent des corps solides sublimés • . . • • • 305
Soixante septiâkb entastuw.
De la fermentation.
Préliminaires sur la végétation .511
De la fermentation sucrée 519
De la fermentation vineuse et de la distillation ...... 324
Soixante huitième brtaetien* De la fermentation acide 339
De la fermentation panée « * 343
De la fermentation putride. Sur la génération 345
Rapports entre les procès de la fermentation putride et le procès
vital 3S6
Soixante neuvième entbbTibn.
Description du procès de la digestion «... 364
Discussion sur ce procès considéré comme purement chimique 36g
Des sécrétions.
Historique sur les opinions antérieures 373
Sécrétions mécaniques •«..«•# 376
Sécrétions physico - chimiques 377
SoIXANTB DIXUkMB BNTBBTIBN.
De la respiration.
Mécanique de la respiration ••<.«.« 3g3
Chimie de la respiration «.•.... 390
Production de la chaleur animale et de son équillibre . . . 394 Respiration par la pesa <•.««..•«.... 39G
De la cristallisation.
Végétation métalliques, dcndrites, cristaux pluroacés . . . < 4^^ Congélation de Veau pure, de Teau saiée, des métaux s . . 403 Cristallisation compacte des sels ..... , i * » i é 409
Vn errata se tfouve à la fin du pùlumé.
^kÊmimi
Cinquante quatrième entretien^
JVlr. de P. Nous arons terminé nos entretiens sur les phénomènes de la lumière par une considération géné« raie des effets de l'affinité physique. Cela nous conduit tout naturellement aux phénomènes de la Chimie que je vais mettre à Tordre du jour, si Madame de h. veut bien m'e le permjBttre.
Mde. de L. Pourquoi m'y opposerois-je? Il me semble que c'est bien à vous à fixer Tordre des matiè* res des quelles vous voulez bien nous instruire,
Jl/r. de P. Je crains, madame, que la multitude de mots y que vous avez nomméis barbares et dont je serai obligé de me servir, ne vous décourage.
Mde, de L, Je croirois me rendre bien ridicule si quelques sons étrangers à mon oreille pouvoient me causer de Téloignement pour aucune partie de Tétude de la Nature. Je pense au contraire que, si je puis seulement conprendre ces .mots , ils feront sur moi Teffet d'un nouveau morceau de Musique.
Mr. de P. Au moins d'une Musique pour Tesprit; car ces mots, qui vous -sont encore étrangers, forment une nomenclature bien ordonnée qui offre un tableau complet du système entier de la Chimie.
Mr* de L, Au risque de m'attirer de nouveau le
'^ mm
titre de méchant je vous prie, Monsieur de P., de nous donner une définition de la Chimie*
Mr. de P. Cette définition m'embarassera moins que celle du mouvement. La Chimie est cette partie des sciences naturelles qui a la composition et la décomposition des corps pour objet, qui nous instruit des lois qui président à la combinaison des substances hétérogènes.^ Bref, c'est le vrai théâtre de TaiEnité , surtout de TaiSnité chimique, de cette affinité qui, en combinant des corps de propriétés hétérogènes, semble en changer la nature et nous offre l'étonnante variété des productions du règne animal, végétal et minéral et dé tant d'autres corps que l'on ne range sous aucun de ces trois règnes.
Mr, de R. Il me semble que vous avez attribué * peu près les mêmes merveilles à l'affinité physique et j'avoue que je ne puis encore distinguer le domaine de ces deux affinités.
Mr. de P. Aussi leur domaine, c'est à dire la matière sur la quelle elles agissent, est-il le même. L'une et l'autre des deux affinités agit partout ; mais leur manière d'agir est bien différente. L'affinité physique est le principe du mouvement des molécules de la matière et par conséquent la première source des phénomènes chimiques; car sans nouvôment il n'y a point de phénomène. C'est elle qui mêle les substances hétérogènes, en rapproche les molécules et produit le contact dé celles qui étoient éloignées les unes des autres. Ce n'est qu'alors que l'affinité chimique peut s'en emparer et les combiner pour produire des substances nouvelles, dont le nombre et la variété surpassé toute imagination.
CINQfUANTB QUATRIElfB SNTRBtlEiri 3
Le Comte C* C'est un champ immense et celui peut* être qui a été le plus cultivé.
Mr. de P. Cette immensité' a bien le droit d'e/Frayer le plus patient auditoire. Aussi n'ai-fe pas l'idée de vous faire parcourir ce champ dans toutes ses par* ties , de vous conduire dans le labyrinthe de tous les détails que nous en connoissons; je me restreindrai aux notions principales qui nous fournissent des aperçus généraux sur la marche de la Nature dans ce genre d'opérations.
Zje Comte C. Ce sera un tableau en grand ^ue j'ai désiré depuis longtems, ne sachant comment ranger le peu de connoissances chimiques que {e me suis acquises, surtout depuis qu'il a paru tant de choses nouvelles sûr le théâtre de cette science.
Mr. de P. Puisque nous allons nous occuper de la connposition et décomposition des corps, il est naturel que nous cherchions d'abord à connoitre les substances simples dont la combinaison forme les matières composées. La Chimie compte aujourd'hui environ 46 corps simples, et bien qu'elle ne prétende pas à toute rigueur qufe ces corps ne sont pas composés 9 cependant {e préfère établir en ceci une distinction. Car si la Nature, comme nous devons le croire, compose toute la matière de quelques substances simples , il est naturel de chercher ces substances dans les masses de matière qui sont le plus généralement répandues, c. à. d. dans l'air , dans l'eau et dans les matières organisées et de considérer comnde corps simples les substances qui sont essentielles à ces matières» Toutes les autres^ que
la Nature ne nous offre qu'en petite quantité, me paroissent avoir un caractère de simplicité moins décidé, et je suis porté à les' désigner par le nom de corps non décomposées y réservant le nom de corps simples pour les premières. *
Mr. de R, Est-on sur d'avoir découvert des substances absolument simples ?
Mr, de P. Non ; car nous ne nous procurons les substances simples que par voye de décomposition , et la décomposition suppose une autre substance qui s'allie à un des principes du corps composé. Si donc nous ne connoissons pas la troisième substance nécessaire à cet eJBFet, nous ne pouvons pas décomposer le corps donné , sans cependant pouvoir affirmer que ce corps sôit simple. Nous avons en outre les impondérables , le calorique et les luminiques , qui se fourrent partout et entrent dans la composition de tous les corps. CommençoTns nos recherches par celle des corps que nous nommons simples dans le sens que nous avons fixé.
Uair atmosphérique j que les Anciens et les Chimistes iriodernes avant l'époque de Lavoisier regardoient comme une substance simple, est un corps composé qui se décompose dans cent procès divers, dont je ne vous alléguerai qu'un seul qui suffira pour fixer vos idées là -dessus. On verse une petite portion de mercure dans un vase plein d'air atmosphérique pur et desséché et l'on chauffe ce merc^re presque jusqu'à son degré d'ébullition. Petit à petit on voit se former sur la sui'face du mercure de petites taches rouges qui augmentent en grosseur et encombre. On continue
Topération plusieurs fours de suite jusqu'à ce que la , formation de cette matière rouge cesse entièrement. Après quoi on laisse refroidir Tappareil. Le résultat est que Tair renfermé a diniiiïué très sensiblement de t volume et de poids, et que le mercure^ la matière rouge y comprise, a gagné en poids précisément autant que Tair a perdu. Cette augmentation de poids est causée par la format^ion de la matière rouge, le reste du mercure n'ayant subi aucun changement. La diminution de volume que l'air a essuyée équivaut à 2A pour cent du tout, et les 78 p. c. qui restent ne peuvent plus servir ni à la respiration ni à la combustion. > Un animal qu'on y plonge y meurt subitement et une allumette s'y'éteint à l'instant où elle y entre.
Nous concluons de là que l'air ordinaire est com- • posé de deux gaz, dont l'un étouffe les animaux et arrête la combustion et l'autre est le principe de la res* piratioD et de la combustion,
ii/r, de L. Cette conclusion me paroit bazardée. Car il seroit possible que le mercure eut enlevé une partie de l'air et rendu le reste irrespirable sans qu'on fut en droit d'admettre une pareille composition de l'air,
Mr. dfe P. Aussi Lavoisier a -t-il fourni la preuve inverse comme Newton dans sa théorie de la décomposition de là lumière, Il a rassemblé les petites portions de matière ronge de la première expérience et a soumi cette matière à la chaleur rouge dans un appareil propre à recueillir le gaz qui pourroit se dégager de cette opération. Il s'est en effet dégagé un gaz d'un volume égal à celui du'déchet delà première
expérience et du même poids, et cette opération a changé la matière rouge en mercure ordinaire. Ainsi la majtJère rouge étoit composée de mercure et de ce nouveau gaz. Mais quelles* sont les qualités de ce gaz? Lavoisier en a pris deux portions avecles quelles il a fait deux expériences brillantes. Il a placé dans la première un petit animal qui y a.vécu fort gaiment et environ quatre fois aussi longtems qu'il n'eut vécu dans une égale portion d'air ordinaire. Pour la seconde-expérience il a partagé le reste dq gaz dans plusieurs flacons et y a enioncé des corps allumés qui y ont tous brûlé avec une vivacité jusqu'alors inconnue. Le souffre par ex; qui, allumé a la flamme d'une bougie, a peine à brûler <]ans Tair ordinaire, s*enflamme dans ce gjaz avec violence et produit une flamme considérable très blanche. Un charbon, dqnt on n'a allumé qu'un très petit coin et qui s'éteindroit dans l'air en moins d'une demie minute , $'enflamme dans ce gaz et répand une luqiière vive. Mais le plus be^u phénomène de cegeqre est l'inflammation d'un ressort de montre.
Mr. de L. D'un ressort de montre? Mais ce ressort n'est r il pas d'acier, et l'acier peutril brûler?
Mr. ^e p. Oui, madame. Il sufl^t pour cela d'acr crocher un brin d'anradou à Tun des ses bouts; d'allumer l'amadou à une bougie et de Ténfoncer avec le rassort dan$ le gaz. Ce brin d'amadou s'enflamme à l'instant e^ la chaleur produite par cette inflammation suffit pour allumer le ressort, qui alors brûle de luimême jusqu'à spn dernier bout si l'on a assez de gaz. Et quelle inflammation est-ce! Il se forme au centre de ce superbe procès un bouton éblouissant de lumière
qui lance de toutes parts des étincelles brillantes. Ces ' étincelles sillonnent Tintérieur de la bouteille comme des éclairs et la lumière qui se dégage dans ce phénomène est aussi vive que celle du soleil ; l'oeil ne peut en soutenir l'aspect.
Mr. de i?. Voilà des preuves qui , au pied de la lettre, sautent aux yeux! ê
Mr. de P. Assurément , et J'y ajoute la troisième, qui consiste à mêler ce g£|z avec le premier dans les proportions de 2a à 789 ce qui produit un gaz en tout semblable à Pair commun, soit à l'égard de la respirabilité , soit à l'égard de l'inflammation, soit à l'égard des sons. Lavoisier a nommé le gaz si ëminem« ment propre aux inflammations et à la respiration gaz Qxigène^ l'autre, qui n'est propre à aucun de ces deux procès chimiques, gaz azote, ç. à. d. mortel à la vie. Nous verrons par la suite qu'il existe des gaz encore bien plus iportèls que celui-là.
Zte jeune de L. Si le gaz oxigène est si favorable à la vie qu'un animal y vit quatre fois aussi longtems que dans l'air commun, pourquoi ne se procure -t- on pas de ce g^z pour prolonger la vie? Les. riches au moins, qui je crois ne meurent pas si volontiers que les pauvres, devroient s^en servir.
Mr. de G. Croyez -vous que la Nature se laisse ainsi forcer, quQ la Providence nous permette d'em* piéter sur se^f droits, d'annuller ses arrêts éternels? ^ . Mr. de P. On n'a pas eu précisément cette idée ; cependant on a cru trouver dans le gaz oxigène un remède souverain contre l'étisie; mais le résultat a été que les malades en sont morts plus vite, parceque ce
gaz, précisément parce qu'il augmente très coDsi4é-* rablement l'activité du poumon , Tuse tout aussi éneiv giquemeat; Tétisie est la maladie d'un poumon déjà usé* Mais cherchons de nouvelles substances simples et décomposons Veau à cet effet.
Prenons un tuyau de fer ou de porcellaine glacée, mettons y de la limaille de fer (je préfère un faisceau de fils de fer) et plaçons le horizontalement dans un fourneau où on puisse le chauffer jusqu'à rougir. Les deux bouts du tuyau dépassent le fourneau. A l'un des deux on adapte une cornue (un vase quelconque avec un bout de tuyau à sa partie supérieure qui entre dans le tuyau de fer) qui contient de l'eau distillée qu*on fait bouillir. A Tautre bout on adapte un autre tuyau qui passe dans un appareil propre à recevoir des gaz. Le tout ainsi disposé, le tuyau de fer ayant acquis la chaleur rouge jusques dans son intérieur et Peau étant en état d'ébullition, il est clair que la vapeur passera de la cornue dans le tuyau et se mettra en contact avec le fer rouge. C'est à ce point de ce contact que se fait la décompotion de l'eau. Il se dégage un gaz en très grande quantité pendant toute la durée de l'expérience, et le fer subit un changement que l'on observe le mieux lorsqu'on a employé du fil de fer; le métal est devenu cassant et en outre il se change en lamelles qui sont de vraies lamelles cristallines. Le fer a augpienté de poids par cette opération et si l'on ajoute ce surplus au poids du gaz dégagé, la somme se trouve fSg^le au poids de l'eau vaporisée'que l'on a fait passer.
Mr. de V. Ce gaz nç seroit-il pas de l'eau en' yapeur?
CINQUANTE QUATRIEBiE CN'IÇRETIEN. 9
Mr. de P» Nous' allons nous en assurer» Faisont passer quelques bulles de ce gaz au, travers de l'eau d'une cuvette, tenant un morceau de papier allumé là où les bulles arriveront dans Tair ; ces bulles s'enflamment à l'instant. ^Ce gaz est le gaz inflammable, à qui Lavoisier a donné le nom Ae gaz hydrogène^ parce qu'il est un des deux principes de l'eau. L'autre principe est le gaz oxigène, qui après l'opération se trouve com« biné avec le fer et en a augmenté le poids. Ainsi l'eau est un coipposé d'hydrogène et d'oxigène, dans la proportion de 2 à 1 si on les mesure au, volume, dans celle de ii'^-Q p. c. d'h^dVogène et 88^ p- c. d'oxigène si on mesure ces gaz au'poids.
Mde. de L. Il me paroit inconcevable que l'eau, dont on se sert pour éteindre les incendies, soit composée d'une matière inflammable ; c'est, ce me semble, fetter de l'huile sur du feu.
Mr^ de P, L'eau est de l'hydrogène déjà brûlé et yoilà pourquoi il né s'allume plus.
Mde, de L. Mais le charbon est du bois déjà brulé, et cependant il brûle encore fort bien.
Mr. de P. Pardon > madame. Le charbon est une partie non encore brûlée du bois, et le bois bruIé, c'est de l'acide carbonique, de l'eau et de la cendre, toutes choses qui ne s'allument pas. Mais permettez moi de-remettre à un autre tems l'explication ultérieure de cet objet important, pour vous annoncer qu'on peut faire de l'eau avec du gaz hydrogène et du gaz oxigène. Il suffit pour cela d'avoir dans un réservoir du gaz hydrogène qu'on fait écouler par un tuyau trè3 étroit dans l'atmosphère et d'allumer çefile|;degaz, qui
lO CINQUANTE QUATRIEME ENTRETIEN.
^ continuera de brûler comnle une bougie tant que le gaz s'ëchappera. Si Ton renverse un vase de verre et d'étroite ouverture sur la flanidne du gaz hydrogène, Feau formée d'abord en vapeurs, se condense sur les parois du vase. IiiiQ gaz hydrogène se combine dans cette combustion aveô Toxigène de Tair. commun. Pour faire cette expérience avec exactitude on allume ce filet de gaz hydrogène dans un ballon rempli de gaz oxigène ; les volumes des gaz sont mesurés avant et après l'opération et on constate par là les proportions alléguées de ces dçux ganz nécessaires pour former, de Teaji.
he jeune de L, Puisjdonc que nous savons faire de Teau, nous devons croire que la Nature a fait Teau des mers, des lacs et des fleuves de la même manière. Mon raisonnement est -il juste?
Mr, de P. Je ne déciderai sûrement pas là -dessus, n'ayant pas été du conseil delà Création. Mais ce que j'ose bien affirmer c'est que, aujourd'hui, lors qu'il se forme de l'eau dans les procès chimiques de la nature et de l'art, les données sont sûrement de l'hydrogène et de Toxigène dans la propprtioii citée. Mais on a voit faussement conclu de là que l'eau, ne se forùiant que dans cette proportion de ces deux principes, elle ne poiivoit exister que sous cette proportion. Le célèbre chimiste françois Thénard vient de nous apprendre le contraire* Il a prouvé que l'on peut, par une opération, à la vérité longue e|: difficile , combiner à dç l'eau toute faite une seconde portion de gaz oxigène égale à deuiç pers de celle qui entre dans la ^ composition primordiale; et je ne doute pas qu'on ne
découvre bientôt le mojen de combiner également à Teau toute faite une nouvelle portion d*hydrogène.
L*eau se décompose par un grand nombre de substances. Je ne citerai que le charbon qui, traire précisément comme la limaille ou le fil de fer dans l'expérience précéilentc^ enlève à l'eau son oxigène. Cette combinaison produit du gaz acide carbonique qui s'échappe avec l'hydrogène de l'eau devenu libre. On décompose encore l'eau au moyen du fer, sans employer la chaleur rouge. Il suffit de mêler à l'eau quelque peu
d'acide sulfurique. Cet acide augmente l'affinité chi^ mique du fer pour l'oxigène et produit ainsi la décomposition de l'eau par le fçr avec une grande rapidité.
Considérons à présent les substances organiques. Leur analyse a prouvé que toutes, à l'exception des acides et des os, sont combustibles et qu'exposées à la chaleur rouge sans le contact de Tair, elles fournissent plusieurs gaz et une substance très connue sous le nom de charbon, qui contient en grande' quantité la quatrième substance simple, le carbone. Voyons comment on analyse le charbon.
Le charbon végétal ordinaire, exposé à l'air, contient beaucoup d'humidité qu-on ne peut pas considérer comme partie constituante du charbon. On l'en dépouille en l'exposant pendant plusieurs minutes à la chaleur rouge jusqu^à ce qu'il cesse de produire de la flamme. Cette opération ne se borne pas à volatiliser l'eau contenue dans le charbon; mais en décompose les dernières particules dont l'affinité pour le charbon ne cède pas d'abord à l'action de la chaleur rouge, comme je viens de vous l'observer. Ainsi nous pou-
vons considérer le charbon ainsi préparé comme du charbon pur. L^immortèl Lavoisier, le père de la Chimie d'aujourd'hui, considéroit,', à la cendre près, le charbon pur comme une substance simple qu'il a dé-* signée sous le nom de carbone. Mail il se trompoit à cet égard. Le charbon le plus purifié contient en outre de l'hydrogène, dont la présence se prouve dé* cidément par l'expérience suivante que nous devons au célèbre Physicien hollandois van Marum :
Qn prend de l'oxide rouge de mercure , le même qu'on obtient par la décomposition de l'air, et du charbon pur, tous deux parfaitement secs, et on les expose ensemble à la chaleur rouge. Le charbon enlève à Toxide rouge son oxigène avec lequel il forme de Tacide carbonique et le mercure reparoit sous sa forme naturelle. Mais en même tems il se forme une petite quantité d'eau qui se dépose sur la surface froide de la cornue dans la quelle l'opération a lieu.
Mr. de R. Et cette production d'eau prouve évidemment qu'il existoit de Thydrogène dans le char^bon.
Mr. de P. Mais ce n'est pas tout: L'acide carbonique produit par cette opération contient encore de l'eau, qu'on décompose facilement par l'étincelle électrique, en sorte que. le gaz hydrogène se dégage et peut être mesuré. Le résultat de plusieurs expériences de ce genre est que Ton doit considérer le charbon végétal pur comme composé d'environ 68 parties de carbone et i partie d'hydrogène.
Mr. de T. Permettez moi. Monsieur de P., de vous interrompre ppur vous adresser une prière.
CINQUANTE QUATRIEME ENTRETIEN* l3
Mr. de L, Qui touchera sûrement la Mécanique.
Mr. de T. Tout juste. Mr. de P. nous a décrit plusieurs opérations chimiques où il se forme des gaz qu'on rassemble , mesure, sépare, décompose etc. Je désirerois connoitre les appareils dans les quels ces opérations se font ; car j'avoue que sans cela je ne vois pas clair dans ces procès.
. Mr. de P. Vous avez bien raison et j'aurois du peut-être commencer notre Chimie par la description de ces appareils. Pour réparer cette faute je vais vous en décrire deux qui vous donneront une idée de la plu« part des autres, V appareil pneumato^ chimique et le gazomètre.
Le premier est fort simple, abdf (flg. I.) est la coupe, d'une cuvette qui porte à un d^ses bouts une tablette hi sur la quelle on peut placer des cloches, des tubes ou des bouteilles. Cette tablette a un ou plusieurs trous z qui forment comme le sommet d'un cône creux vzu fixé sous la tablette. On remplit la cuvette d'eau jusqu'à la hauteur co, de sorte que 1» tablette en soit couverte jusqu'à un demi pouce ou un pouce de hauteur. Voilà l'appareil tout prêt à recevoir, à transvaser , à mesurer des gaz. . On prend à cet effet une cloche h os ru sur le côté de la quelle on a tracé une échelle hns dont les degrés correspondent à des volumes égaux de la cloche, par exemple à des pouces cubes« On enfonce cette cloche dans l'eau de la cuvette en sorte qu'elle se remplisse en laissant échapper tout l'air qu'elle contenoit; puis on la redresse «t la place debout sur la tablette en sorte qu'elle reste pleine d'eau et que Tun des trous de la tablette se trouve recouvert
l4 CINQUANTE QUATRIEME ENTRETIEN.
par la cloche. Supposons à présent c[ue nous ayons à dégager un gaz, par e)c. du ^az hydrogène, par l'action de Tacide sulphurigue délayé d'eau sur de la limaille de zink; nous prendrons une cornue de verre à col recourbé mgpqe dans la quelle nous introduirons les ingrédiens nécessaires au moyen de l'ouverture y que l'on refermera d'abord après. Les matières en ]k étant en activité et ayant produit assez de gaz pour chasser Tair atmosphérique de l'intérieur, on place la cornue de sorte que son bec e se trouve sous le petit cône vzx. Alors le gaz continuant à se dégager, monte par Touyarture 2 dans la cloche et fait que l'eau de la cloche descend petit à petit dans la cuvette. On peut substituer à la cloche un tube, une bouteille ou tout autre vase dont on place l'ouverture sur le trou z, et à la cornue un vase quelconque où se trouve un gaz déjà fait ^ qu'on veut transvaser. L'opération finie, la bauteur de l'eau qui est restée datos la cloche indique à l'échelle la quantité de gaz que l'on a dégagé. Mais pour ne pas se tromper dans cette mesure il faut plonger la cloche dans l'eau jusqu'à ce que l'eau de la cloche arrive au niveau de celle de la cuvette, afin que le gaz ait précisément la même élasticité^ iEjue Tair extérieur; et le baromètre indiquant la pression de l'atmosphère^ on a la densité et le vojume du gaz renfermé dans la cloche, parconséquent sa vraie quantité.
Souvent le Chimiste ne peut pas employer de l'eau pour transvaser ftés gaz, l'eau en absorbant plusieurs. Pouf' ces cas là il a un appareil, construit sur les mêines principes mais sur de moindres dimensions > dans le quel il se sert de mercute fiu lieu d'eau.
CINQUANTE QUATRIÂME ENTRETIBir. l5
* La cloche graduée dont nous venons de parler , ou un tube quelconque partagé en portions de volumes égaux par une division, est déjà un gazomètre, c. a. d. un instrument qui mesure les volumes des gaz. Mais Lavoisier, l'inventeur du gazomètre par excellence^ nomme Gazomètre un soufflet qui fournit continuellement et uniformément .un courant de gaz et qui mesure la quantité du gaz écoulé.
Le Comte C. Nous donnerez - vous la description du Gazomètre de Lavoisier?
Mr. de P. Non , monsieur le Comte. On a fait quelques reproches fondés à cette première invention, dont le moindre est que cet appareil est très coûteux. Plusieurs Physiciens, sur tout van Marum, ont inventé d'autres mécanismes pour atteindre le but de Lavoisier et ont plus ou moins réussi. Je vais avoir l'honneur de vous décrire celui que mon fils a inventé, par ce que, toute prévention à part, il réunit à un plus haut degré que les autres l'exactitude à la facilité de la manipulation et à la modicité dp prix. Veuillez considérer le dessin (Fig. a et 3) que je vous présente tout fait, cet appareil ne pouvant guères se dessiner à la main.
A est un vase de ferblanc cylindrique ou carré qui contient un peu plus d'un pied cube. C est un yase seipblable et de même volume. £ est un ballon de verre posé^ur un trépied. De Tautre coté sont les vases D et B en tout seiï)blablés et égaux aux vases C et A. . Les vases C et D sont des réservoirs qiii contiennent les gâz qu'on veut faire passer dans le ballon £ pour agir chimiquement les uns sut les autres. Ces réservoirs sont gradués en pouces cubes que réchelle
l6 CINRUANTE QUATRIEME ÊNTRTIEN.
zw indique. Mais cette échelle ne serviroit à rien si on lappliquoit immédiatement au réservoir, puisque les parois ne sont pas transparentes. C'est pourquoi on a adapté un tube de verre scellé par chaque bout à un tuyau recourbé de laiton dont l'un communique par le fond supérieur, l'autre par le fond inférieur avec l'intérieur du réservoir ; de sorte que, si l'on verse une quantité quelconque d'eau dans le réservoir, cette eau se tiendra dans le tube au même niveau que dans le vase, quelle que soit l'élasticité du gaz qui remplit le reste du réservoir, q est un robinet qui communique au moyen d'un tuyau élastique avec le robinet r, en sorte qu'au moyen de ces deux robinets on peut établir ou couper la communication entre le réservoir et le ballon. Si les gaz qu^on veut faire passer des réservoirs dans le ballon doivent être secs , on substituue aux tuyaux élastiques deux gros tubes de yerre remplis de chaux on d'alkali caustique, ou du muriate de chaux. Les gaz en passant par ces tuyaux déposent leur humidité dans ces matières.
Mais le réservoir est naturellement plein d'air atmosphérique. Pour le remplir de gaz voici le moyen le plus simple et le plus sur. Le tuyau qr s'enlève et Ton visse à sa place un autre tuyau élastique plus long, dont l'autre bout se visse au haut d'une cloche qui'contlent déjà le gaz qu'on veut faire passer dans lerréser* voir. Cette cloche est placée sur la tablette de l'appareil pneumatique qui doit avoir assez' de profondeur pour qu'on puisse enfoncer la cloche entière et débout dansi l'eau. Cela étant préparé, on remplit d'eau le ré-* servoir entier et ferme bien exactement l'ouverture
CïNQUAIÏTE QUATniElVtB ÈfH'ïlETiEir* i'f
Qui ai ieriri à tet emplissâge. Aprésént enfoncez là cloche dans l'appareil pneumatique et ouvres les robinets du long tnyan, en sorte qu'il y ait communication de la cloche au rëserroir. Le gaz ne pourra pas en* cote passer 4 quoi qu'il soit pressé par la colonne d'eaii de^la cuvette^ parceqne l'eau du réservoir n'a f)âis d'issue. Mais il passera à l'instant dès que Vou* ôùtrfiréaj le robinet y qui se trouve au fond du résefroif^ ce qui {>eriiiet à Teau de céder sa place au gaf^^ sans le forcer de la pénétrer^ et avec avantageréiativement à là pureté du gaz, parce que toutga^ forcé de traiverser une masse d'eau devient impur par Tair atmosphérique contenu dans Ve^xxi Le réservoir étant plein de gaz {usques près du fcnd,^ on ferme les robinets jr et q et l'on âte le long tujau élastique^
Le ballon doit de règle être également rempli d'un gâz particulier, et l'op^'raition peut sfe faire d'une manière analogue en plaçant le long tuyau élastique sur le robinet r et un syphon sur le robinet • qui sert à soutirer l'eau^ Mais comme très souvei^it les parois du ballon ne doivent pas être humides, il faut éviter Teau, Alors on se sert de la poiinpe pneumatique^ comme notis avons tu autre fois^
Mté de T. Voilà vcti appareil qui prouve Timpôr* tance et l'utilité de la mécanique des fluides!
Mr. de I^,, J'attendois cette remarque de l'àmi zélé de lat Mécanique^
Mr. de P. Remarque qui se confirmera de nou* remi et d'une manière à la quelle personne de mes ifi« mables' auditeurs ne s'att«ind.
Je suppose le» iréservoirs et le ballon remplis de»
l8 CINQUANTE QUATRIEME ENTRETIEN.
gaz qu'ils doivent contenir; il $'dgit à présent de faire passer du gaz de chaque réservoir dans le ballon avec une vitesse uniforme déterminée, qui est dé règle très lente. C'est à quoi doit nous servir l'eau qui se trouve dans les réservoirs A et B. Cette eau peut s'écouler par le robinet In dans le tuj^au no qui se recourbe à sa partie inférieure pour entrer dans le réservoir C ou D. Cette eau s'accumulera, en raison de la quantité que le robinet fournit, dans ce tuyau jusqu'à une certaine hauteur k et comprimera le gaz du iéser« voir avec une force égale à la différence de hauteur de k au niveau tx de l'eau dans le réservoir. Si le gaz doit s'écouler par le robinet q avec une vitesse constante, il est clair que cette différence de niveau kt doit également être constante; ce qui ne peut avoir lieu que dans la supposition que Técoulenient de l'eau par le robinet In fournisse d'instant en instant une égale quantité d*eau.
Mr. de T. Ce problème doit être difficile à résoudre.
Mr. de P, D'abord il faut pouvoir déterminer avec beaucoup d'exactitude la grandeur de l'ouverture d'écoulement, qui dépend de la position qu^on donne à la ce 6 du robinet. Pour cet effet cette clé a une aiguille 6r qui marque cette position sur un cadran ma partagé en demi degrés et, pour obtenir plus de justesse, l'aiguille porte un vernier qui partage chaque demi degré en^o parties égales, en sorte qu'on ne peut pas se iromper de -^ de degré. Mais l'eau du réservoir A s'écoulant petit à petit , son niveau l'i' s'abaisse et fgurnic une pression toujours diminuée à l'orifice 'du
CUNQUANTE QUATRIEME ENTRETIEN. IQ
robinet, pression qui doit être parfaitement comtante si la quai^thè de Técoulement doit Têtreé
Mr. dt T. Voilà la vraie difficulté^ et je prévois qu'il faudra verser continuellement de .l'eau dans le rë-* servoir précisément autaiitqu'il s'en écoule*
Mr, de P. Ce travail^ qui d'ailleurs ne peut nuU lement se faire avec une parfaite exactitude^^ est inu* tile* Le réservoir A n'a aucune communication directe avec Tair que par le robinet In, l'ouverture e . par la quelle on emplit ce réservoir d'eau étant fermée à vis pendant tout le temsde l'expérience*
Mr. de T. Alors l'écoulement cessera dès que l'air contenu au dessus du niveau t't' de l'eau sera dilaté au point que la différence de son élasticité à celle de l'air extérieur soit égale à la pression de l'eau depuis t't' fusqu^à la clé du robinet, puisqu'alors l'élasticité de de l'air enfermé et la pression de Teau feront exactement équillibre à la pression de l'air extérieur.
Mr, de P, Fort juste. Il s'agit donc de donner à l'air intérieur un surplus d'élasticité pour produire l'écoulement de Teau ; et cela se fait au moyen d'un tuyau de métal cd ouvert par les deux boUts, dont l'inférieur plonge dans l'eau jusqu'à une certaine distance au dessus de l'orifice n du robinet. L'air extérieur a donc accès à l'intérieur du réservoir A. Mais pour qu'il s'y introduise réellement, il faut qu'il ait sur l'élasticité de l'air enfermé un excès de force égal à la pression que l'eau exerce sur l'orifice inférieur d du tuyau ^ c. à. d, qu'il surmonte le poids d'une colonne d'eau de la hau* teur t''d- Ainsi dès que l'air enfermé a perdu par l'écoulement de l'eau une portion de son élasticité égale
au poids d'une colonne d'eau de la hauteur t'M, Taîr extérieur entre dans le réservoir au travers du tuyau en forme de bulles et redonne à Tair audesus de t't' prëci* sèment autant d'élasticité qu'il en perd par la continuation l'écoulement. Ce qui fait que la portion entière d'eau depuis son niveau jusqu'à l'orifice d du tuyau ne /resse point sur l'orifice du robinet mais est portée par la pression de l'air extérieur, en sorte que l'écoulement ne se fait qu'en vertu de la pression de la partie inférieure de l'eau dont la hauteur est la distance verticale de Torifice d à l'orifice n.
Mr. de T. J'admire réellement cette idée ingénieus. Ainsi le tuyau étant à sa place , l'eau s'écoule toujours avec U même vitesse, et Teau contenue au dessus de l'orifice d n'est qu'un réservoir qui n'a aucune ilifluence sur cette vitesse.
Mr. de P. Et comme on fait passer ce tuyau au travers d'une boite à cuirs qiii ne laisse aucun accès à l'air extérieur , on peut monter ou descendre le tuyau cd à volouté, et une échelle ab placée tout près de lui indique en pouces, en lignes et fractions de ligne l'élévation de l'orifice d au dessus de celui du robiuet. '
Mr. de T, Ce mécanisme si simple fournit tout ce qu'on peut désirer, une vitesse d'écoulement constante et qu'on détermine à volontés.
Mr. de P. Pardon, monsieur de T. Le Physicien doit savoir encore plusieurs choses en sus. Ce mécanisme ne nous apprend pas encore quelle élasticité le gaz a dans les réservoirs C et D et dan^ le ballon, élasticité que le Physicien doit connoitre exactement pour
CINQUANTE QUATRUSMB ENTRETIEN» 21
calculer la vraie quantité de ses gaz avant et après^ sou-« souvent pendant l'opération.
Mr. de T. Il me semble que cette élasticité est mesurée par la hauteur kt de Teau dans le tuyau no au dessus du niveau tt de Teau dans le réservoi^r C*
JUr. de P. Cela seroit si les gaz qu'on Fait passer dans le ballon ne subissoient à leur réunion aucun chan^^ ^ment qui altère leur élasticité. Mais comme de règle ils s'absoi:bent mutuellement plus ou moins^ le poids de la colonne d'eau kt doit produire un écoulement continuel qui absorbe une partie de la force de pression de la part de cette colonne d'eau kt* Ainsi pour obtenir une mesure exacte de l'élasticité du gaz dans le réservoir il faut avoir un instrument à part dont l'effet soit indépendant de l'écoulement. Passons au réservoir D où je vous ai dessiné cet ijustrument en z, instrument qui n'est autre chose qu'un tube de verre à trois branches dont la première est vissée sur le réservoir de sorte que la gaz passeroit le long de ce tuyau recourbé et se per* droit dans l'air s'il n'étoit arrêté. Pour l'arrêter on verse avant l'opération de l'eau dans la troisième branche qui, passe dans la seconde et s'y met de niveau à moitié de la hauteur. On adapte entre ces deux branches une échelle de laiton partagée^ en pouces et en lignes, de sorte que cette échelle sert à mesurer la différence de la hauteur de l'eau dans ces deux branches dès qu'elle a lieu, et cette différence s'établit aussitôt que le gaz du réservoir subit la moindre compression, ce gaz qui tend à s'échapper par le tube recourbé pressant l^eau de la branche du milieu et la forçant de monter dans l'autre
aa CINQUANTE QUATRIEME ENTRETIEN.
branche, {usqu'à ce que la différence de niveau fasse équillibre au surplus d^élastiôité que le gaz obtient.
Mr, de T*. Je conçois cela.
Mr. de P. Le Physicien doit en outre connoitre la température de ses ga^ avant, pendant et après Terpérience; car la température influe sur le volume et le volume est Télément principal de la mesure de la quantité du gaz. Pour cet effet on fait passer dans le réser* voir la boule d'un thermomètre p, dont le tube et Téchelle sont à Textérieur pour l'observation.
Mde, de L, Le Physicien est très exigeant. Le gazomètre me paroit n'avoir pas moins à faire que la machine à feu.
Mr. de P. Le gazomètre est -en effet un appareil compliqué. Mais en revanche, madame, dès que vous avez compris son mécanisme, je puis vous dispenser de la description de la plupart des autres appareils chimiques. Il ne me reste plus que de vous dire comment le Physicien se sert du gazomètre pour la composition de Teau. Supposez le ballon £ plein de gaz oxygène que Ton peut renouveller sans cesse par l'appareil dessiné à gauche , et le réservoir D plein de gaz hydro* gène. Ce gaz arrive dans le ballon par le tube de métal vu, dont le bout recourbé u se termine en un bou-^ ton qui a une ouverture très étroite, afin que le gaz hyc)rogène n'arrive que lentement, et ne se mêle qu'en très petites portions à l'hydrogène pour ne pas produire d'explosion lorsqu'on l'allume. Et voici une dif* ficulté à vaincre, celle d'allumer ce gaz au moment où il commence à s'écouler; car on ne peut pas introduire un papier allumé dans le ballon fermé de toute part.
CINQUANRE QUATRIEME ENTRETIEN.
One étincelle électrique produit cet effet, au moyen d'une verge de métal xw, qui, scellée dans un tube de verre it pour f isoler, reçoit l'étincelle et la fait passer de son bout w au bout u du tube uv. C'est à ce passage de Vétincelle que s'opère l'inflammation du gaz et cette inflammation continue aussi longtems que le gaz hydrogène coule et que le ballon contient assez d'oxigène, que Ton renouvelle par le tube élastique qr, ce gaz se trouvant en abondance dans le réservoir C.
Retournons à présent à nos substances simples.
Mde. de £. . J'en serai charmée, car la description^ du gazomètre m*a un peu fatiguée.
Mr. de P. Cela me rappelle qu'il est tems de ter» miner notre entretien»
Cinquante cinquième entretien..
A^l^• de P. Nous avons appris à connoitre quatre sub- &t9Qces simples qui sopt Toxigèae, Tazote, Thydrogène et le carbone. Etudions à présent leurs propriétés principales, pour pouvoir à la suite juger des résultats de leurs combinaisons dont la variété eifrayeroit si nous n'étions parvenus à les réduire à des points de vue généraux. Commençons par Toxigène qui joue le plus grand rôle dans les opérations de la Nature et de l'Art. L'oxigène n'existe dans toute sa pureté qu'en forme de gaz; car pour lui faire prendre une autre forme il faut l'unir p^r affinité chimique à une autre substance. Cette propriété de l'oxigène est de la plus grande importance et c'est avec raison que Ton a cherché à en découvrir la cause, qui est probablement le calorique; car daps toutes les combinaisons du gaz oxigène avec les autres substances il se dégage une portion très considérable de chaleur. Telle est celle qui est proiduite par l'inflammation de toutes les substances inflampiables. On pourroit à la vérité imaginer que cette grande qi^antité de calorique qui se dégage par inflamination provient des autres substances tout aussi bien que de Toxigène. Mais comme les autres combinai-^
COiQUANTB Ci:?*v>UIJBMB ENTaSTUSlC» ^5
aons , où il n'entre point d'oxigène , ne produisent que peu ou poiqt dé chaleur^ cette opinion est tout -à- fait invraisemblable. Ainsi nous considérons le gaz oxigène coitime une substance liée chimiquement à une très grande quantité de calorique qui se dégage en tout ou en partie lorsque le gaz devient ou^concret ou liquide par sa réunion avec une autre substance. Ce principe est fertile en conséquences qui jettent beaucoup d» jour sur une grande quantité de phénomèns chimiques^ dont la première est que c'est au calorique que Voxi'^ gène doit sa forme gazeuse.
Le Comte C J'avoue que je ne vois pas l'importance de cette thèse.
Mr. de P.. Je conçois cela ; car au tems où vous et moi avons appris la Chimie on ne songeoit pas à cela dans les cours qu'on, nous donnoit aux Universités.
Mais la Chimie seroit bien, imparfaite, j'ose dire dans Tenfance, si elle n'étoit pas en état de rendre compte des dégagemens et des absorptions de chaleur effectuées par, les a£5nit:és, et.réciproqueipent de l'ini}uence du calorique dans les procès, chimiques.
L'oxigène combiné par rai&nité chimique nous li-r vre deux, genres de substances très, distinctes les. unes des autres, les acides et les oxides.
U a déjà été question dans noS; entretiens de plu* sieurs acides comme d*ageps de la plus grande importance. La substance qui s'unit à ^ox4gè^e dans leur formation a le nom générique de hase ou radical et c'est tantôt une substance simple, tantôt une substance non décomposée^ tttatot une substance cony)Osée. Nou«
CINQUANTE CINQUUÎME ENTRETIEN,
connoissons environ quarante acides dont le plus grand nombre appartient aux règnes animal et végétaL Les acides à base simple sont :
Acide . Radical
carboni(|ue • • • carbone*
nitrique •••.•)
} azote, nitreux •..••)
Nous ne connoissons proprement pas encore d'acide
dont la base soit l'hydrogène» Les acides à base non
décomposée sont s
JRadicai
Acide
sulfurique « •
sulfureux • •
phosphorique
phosphoreux
borique • •
arsénique •
chromique.
molybdique
colombique
tungustique
I soufre.
( phosphore,
bore.
arsenic
chrome
molybdène
colombium
métaux.
tungustene
Les radicaux de ces cinq derniers acides sont des métaux et appartiennent, par conséquent, de même que le bore, au règne minéral. Le phosphore est un pro«* duit du règne animal, qui nous fournit en outre encore sept à huit acides dont le radical est composé d'hydrogène, de carbone et d'azote. Le règne végétal nous fournit à peu près dixhuit acides dont le radical est composé d'hydrogène et de carbone.
Le Comte C. Où placez- vous l'acide carbonique?
3Ir. de P. Vraiment je ne sais trop ; car d'un côté
CINQUANTE CINQUIEM ENTRETIEN. 27
la Chimie le produit par la combustion des substances yégétâies et animales et d'un autre côté nous le trouvons tout formé dans un minéral très répandu sur la surface du globe, la pierre calcaire. Ainsi cet acide appartient proprement à tous les règnes de la nature. Enfin nons ayons encore deux acides , mais a bases inconnues : Ta* cide muriarique, et Tacide fluorique.
Le jeune de L. D'où rient qu'on ne connoit pas encore ces radicaux?
Mr. de P. Par ce que nous n'avons pas encore pu décomposer ces acides, tous les réagents connus n'y suffisant pas. Nous n'en avons trouva encore aucun qui enlève Toxigène au radical ou le radical à Toxigènc de ces acides.
Parmi le grand nombre des acides il en est quelquesuns qui jouent un rôle principal dans les procès chimiques. Permettez moi de vous les faire connoitre de plus près.
.Commençons par V acide carbonique. Sa forme naturelle est celle de gaz qu'il n'échange contre une au- ^tre forme qu'en se réunissant à un autre corps ; et ce qu'il y a de singulier, c'est quç cet acide, composé de carbone et d'oxigène, a précisément le même volume que le gaz oxigène qui a servi à sa formation. Il suit de là que sa densité ou pesanteur spécifique doit être plus grande que celle du gaz oxigène ; elle excède de plus de moitié celle de l'air atmosphérique. Il est composé de 72f parties d'oxigène et 2k7f de carbone. Nous le trouvons tout formé dans la pierre calcaire qui est composée d'environ 55 parties de chaux pure, de 3? parties diacide carbonique et de 8 parties d'eau. Ainsi
28 CiN<^UAKTB CINQUIÈME ENTRETIBN^ '
TOUS voyez que la Nature a produit Pacide carbonique en quaotité prodigieuse, et nom l'en séparons par la chaleur rouge ou par un autre acide qui a une plus grande aâînitë avec la chaux. C'est ce dernier procédé dont on se sert ordinairement pour se procurer de l'a* cide carbonique; on verse de l'acide sulfurique dé«» layé d*eau sur de la pierre calcaire ordinaire, du mar-» bre ou de la craie» Le mélange se met en efierves-* cence et l'acide carbonique se dégage en forme de gaz qu'on fait passer au moyen de l'appareil pneumato-chimique dans un vase quelconque. Mais nous formons aussi cet acide par la combustion des substances végé^ ;ales et surtout du charbon. Il se produit en outre sans l'aide de la chaleur rouge par toutes les espèces de fermentation et par la respiration. Le procès de la vé-^ gëtation le compose et le décompose.
Mr. de R. Ainsi Tair que nous avons respiré se change en acide • arbonique.
itfr. de P* En partie, et comme ce gaz est irres« pirable vous voyez pourquoi nous sommes obligés de renouv-eller l'air de nos chambres si nous ne voulons pas être étouffés.
Mr. de G. Et voilà la première ligne de l'Emile de J. J. Rousseau : Vlialéine de Vfiomme est mortelle à t homme confirmée par la Chimie! Malheureusement elle ne Test que trop souvent par la Morale. >
Mr. de R. Heureusement elle n'est pas moinssou» vent réfutée.
Mr. de P. Remettons cette discussion à un autre moment pour nous occuper de deux acides qui ont le soufre pour radical.
. CINQUANTE CINQUléniB ENTRETIEN; âo
Mr. de T. Je m'étois dëja étonné de voir dans la liste des acides deux substances de ce genre à même base. Comment cela se fait - il ?
Mr. de P» En rariant les proportions de Toxigène à la base. La Chimie nous a appris qu'il y a pour certains radicaux deux proportions sous les quelles Toxigène se réunit au radical. L'acide qui contient le moins d'oxigène se termine en eux et celui <[ui en contient le plus se termine en ique. Ainsi Vacide sulfureux est corn* posé de 52 parties de soufre et de 48 parties d'oxigène, tandis que T acide sulfurique est composé de 42 parties de soufre et de 58 parties d'oxigène. L'acide sulfurique se combine avec un très grand nombre de sub-» stances, telles que les alkalis, la plupart des métaux et des terres ; il décompose la plupart des sels et presque toutes les substances animales et végétales*' Son usage est si étendu qu'autre fois on le nommoit lé glaive chi<>' mique*
L'azote nous livre également' deux acides aux quels il sert de radical , Vacide nitreux et t acide nitrique. Lf premier contient 66 parties d'oxigène sur 34 d'azote et le second de 'Jo\ parties d'oxigène sur agf d'azote. L'acide nitreux a toujours la forme de vapeur et une couleur orange très rongedtre. Son odeur est très forte et désagréable^ et il est très dangereux de le respirer ; il a souvent abrégé les jours de plus d'un Chi-^ miste; tout animal qu'on y plonge y meurt à l'instant^ L'acide nifrique est liquide et sans Couleur. Il décompose sur le champ les substances organiques et est parconséquent, de même que l'acide nitreux^ un des plus volents poisons. L'oxigène qu'il contient de plus que
30 CINQUANTE CINQXniAIE ENTRETIEN»
Tâcide nitreux s'en dégage facilement, même, ainsi que nous l'ayons v.u, par Tacdon de la lumière, et sert souvent à être combiné à d'autres substances.
Le Phosphore donne également lieu à deux acides, le phosphoreux et le phosphorique. Dans le premier la proportion de l'oxigène au phosphore est 5^1 à 4?! ; dans le second 6of à 39i-« L'acide phosphoreux se compose avec la plus grande facilité quoique lentement ; ir sufHt de présenter le phosphore à l'air sur une tasse et de le recouvrir d'une cloche de verre qui a une ouverture en bas et une en haut pour renouveller l'air. Le phosphore se combine avec l'oxigène de l'atmosphère et cela d'autant plus vite que Pair est plus humide. ^L'adde découle du phosphore dans la tasse en forme de liquide très transparent et incolore mais visqueux. En cet état il est joint avec de l'eau qu'il a tirée de Vw: humide. On l'en dégage en partie en le chauffant légèrement. Si l'on augmente la chaleur jusqu'à 200 degrés C. alors l'acide se change en acide phosphorique.
^ Le Comte C. D'où lui vient le surplus d'oxigène
qu'il acquiert par cette augmentation de tempéra!:ure?
Mr. de P. De la décomposition de l'eau qui cède
' au phosphore son oxigène ; car cette opération dégage du gaz hydrogène. Si l'on continue d'augmenter la chaleur jusqu^â la chaleur rouge, l'acide £nit par se vitriHer ; ce qui nous offre le phénomène surprenant d'une substance vitrifiée tirée du règne animal. Au reste l'a- . cide phosphorique se fait aisément d'une manière bien plus simple. Prenez un morceau de phosphore, placez le sur une assiète recouverte d'une grande cloche pleine d'air ou de gaz oxigène sec, et allumez le, soit au moyen
CINQUANTE CINQUi'iMB ENTRETIEN* 5«
d'un fer rouge soit par un verre ardent. Son inflamma** tien produira une quantité de flocons très blancs qui se tapisseront sur l'assiète et les parois intérieures de la cloche. Ces flocons sont l'acide phosphorique, qui par conséquent a la forme concrète dans son état naturel. Si on Texpose à Tair humide il devient liquide en atti« rant Thumidité.
Mde. de L. Comment ferai-fe, monsieur de P., pour retenir toutes ces proportions de l'oxigène à la base dans les acides? Avouez que cela n'est pas facile.
itff, de P. Vous voudrez bien, madame, accep« ter cette listé que j'ai à la main et que Je me suis faite pour venir à l'aide de ma mémoire qui, comme la vôtre , ne se soucie nullement de se charger de tant de nombres*
Le Comte C Et madame de L. vondra bien nous permettre à^nous autres d'en prendre copie.
Mr. de P. Passons à présent aux acides a radical double que nous trouvons dans le règne végétal. Nous connoissons la proportion de leurs principes beaucoup moins que celle des autres; nous n'avons l'analyse que de six à sept de ces acides et encore les résultats des aiia«* Ijses des plus célèbres Chimistes de nos jours varientils considérablement. Prenons l'acide acétique, le vinaigre destitué d'eau, pour exemple; en voici les proportions d'après Berzelius, Chimiste suédois et d'après Gay-Lussac , Chimiste frànçois :
Berzelius, Oay-Lussac»
Oxigène * * . * . a3 • * • • 44 Carbone • * * . • 3i . • • • 3i Hydrogène . . . . 4^ • • • * 6
3a CINQUÀKTE CINQUIEME ENTRETIEN*
J'avoue que fe ne ôoimoispas la Èovtrce de cette énorme dîjBFérence^ n'ayant pas examina la méthode dont ces .deux-grands Chimistes se sont servi. EUe se trouvera apparemment dans une erreur de calcul , ces analyses étant très compliquées" et ne fournissant qu'indirecte-» ment les résultats ; car noué ne pouvons pas douter de l'exactitude des expériences.
Uacide^ acétique est le vinaigre^ que tout le monde connoit, que* nous produisons pour les usages de la cuisine et de la Médecine, que la Nature offre dans kl sève de tous les végétaux, dans la sueur, dans Va^ rine, même dans le lait^ dans les produits de la fermentation et de la putréfaction. Bref ^ il paroit qu'il ne se fait aucune décomposition dans les matières végétales et animales sans qu' il se. compose de cet acide. Mais le vinaigre commun n'est pas de l'acide pur ; il est délayé d*eau et on Pen purge par la simple distillationé Au reste ce qu'on nomme vinaigre distillé n'est pas encore entièrement pufgé d'eau. Le vinaigre radical se produit par la distillation d'une solution de cuivre dans le vinaigre, nommée acétate de cuivre. En distiU lant de nouveau le vinaigre radical on obtient l'acide acétique dans sa plus grande pureté en forme cristalline^ Les autres acides végétaux peuvent être considérés comme des modifications de l'acide acétique; ces mo<« difications sont déjà très nombreuses et de temsen tema on en découvre de nouvelles ^ et elles ont toutes la forme cristalline.
Dispensez moi ^ madame et messieurs^ devouspar-» 1er des acides du règne animal qui n'ont d'intérêt que pour le Chimiste de profession ; vous préférerez sure*
CINQUANTE GlNQUléftlfi tOSttiÈTîESi §5
ment connoitre ce que Toli sait des acides à base jn«^ connue»
Alci de L. Ce sera apparemment petx de chose* Mr. de Pi Pardon, madame; car précisément tes efforts qu'on a- faits pour découvrir leur radical nous ont fait connoitre ces acides peut-être mieux que les autres* Commençons par l'acide fluorique^ que la Na^ ture ne nous offre que combiné avec la chaux et plus rarement avec l'alumine^ dont on le sépare au moyen de l'acide sulfurique qui s'empare de la chaux et laisse échapper l'acide fluorique en forme de vapeurs qui en se condensant produisent un liquide sans couléfur. Cet acide se distingue de tous les autres par la propriété exclusive qu'il a de dissoudre à froid la silice, et par conséquent le verre^ ce qui fait que l'on ne peut Contenir cet acide dans des vases de verre; on en employé de plomb* Il est extrêmement corrosif ^ plus que tous les autres acides ; il a une odeur très piquante et désagréa^ ble; il désorganise la peau et la chair très promptement et avec une douleur cuisante^ Il résiste au froid qui fait geler le mercure et bout à une basse température^ peutêtre de ^4 degrés R< Mis en contact avec l'air il se vaporise et produit par Sâ réunion avec la vapeur de l'air une fumée blanche. Sa propriété de dissoudre le verre fait qu'on l'employé pour graver sut* verre comme on grave sur cuivre avec l'acide nitrique ou Teau forte.
A présent j madame^ Je vous demanderai toute votre attention pour vous parler de V acide mitridtique qui^ à force d'avoir été soumis à l'examen des Chimistes^ est àe^ëim pouf eux-mêmes une énigme^ Mcé de ti* Cela est plaisant/
Mr. de P, Et vrai. Entrons en matière. Notre sel commun est un compose de soude et d'acide muriatique. On dégage cet acide en forme gazeuse en ver- . sant de Pacide sulfurique sur le sel et en chauffant le mélange. Pour Tusage ordinaire on le combine avec de Teau qui l'absorbe avec avidité. Aucune température ne fait effet sur lui ; il ne change ni d'état ni de propriétés. Mis en contact avec l'air il ne fait que s'emparer des via peurs d'eau avec les q'uelles il forme comme l'acide précédent une fumée blanche.
Prenons une portion d'acide muriatique liquide concentré, c. à. d. contenant le moins d'eau possible, et jettons y environ \ en poids de peroxide de manganèse pulvérisé. Cette nouvelle substance est un composé de manganèse et d*oxigène qui abandonne facilement une partie de son oxigène. En soumettant ce mélange à une légère chaleur il se dégage un gaz jaune-verdâtre dont l'odeur et la saveur sont fortes et désagréables et très distinctes de celles de Tacide muriatique, et le peroxide de manganèse a perdu une partie de son oxigène, en le cédant à l'acide muriatique. Voilà pourquoi on nomme ce nouveau gaz acide muriatique oxigéné. Il se comporte à tous égards comme les autres acides avec cette différence néanmoins qu'au lieu de rougir simplement la teinture de tournesol , il la détruit de même que toutes les autres couleurs tirées du règne végétal. Cette propriété l'a fait employer pour le blanchissage, " invention due au célèbre Berthollet. On trempe d'àbord pour cet effet les Hls et les tissus de chanvre, de lin ou de coton , dans l'eau pendant quelques jours et on les lescive dans une lescive ordinaire; ensuite on les
CINQUANTE ClNQUIEAiE EKTlŒTIENi §5
plongé dans l'âcIde muriatique oxigénë; on répète ces deux dernières opérations plusieurs fois* Enfin on plonge les matières à blanchir dans de l'acide sulfurique délaye dans près de mille fois son poids d'eau. Pour aiFoiblir Todeur qui seroit nuisible aux blanchisseurs on jette une quantité de craie dans Tacide muriatique oxi-^ gêné. Vous connoissez, madame, le blanchissage ordinaire et vous jugerez par l'exposé de cette nouvelle méthode que l'acide mnriatique Oxigéné fait ici l'effet des raysons solaires.
Me. de L. Et je n'oublie pas que cette iden,tité d'eflFetsest une des preuves de l'existence du luminique*
Mr, de P. Et cette réminiscence fait preuve de l'intérêt qne vous avez prêté à nos entretiens sur la lumière^ Je compte d'autant plus sûrement sur celui que TOUS accorderez à l'acide muriatique oxigéné lorsque j'aurai l'honneur de vous dire que cet acide est souverainement propre à désinfecter l'air corrompu par les liiiasmes, matières encore incofinues produites par la putréfaction , les maladies putrides et même la respiration ordinaire, qui infectent l'air des hôpitaux, des vaisseaux et des prisons. Nous devons cette grande décou-
verte au célèbre Guy ton -Mor veau.
L'acide muriatique oxigéné a encore la propriété étonnante d'enflammer plusieurs métaux ^it à la température ordinaire^ soit à une température plus élevée, tels que Tarsénic, l'antimoine, le zink, le cuivre, le mercure^ l'étain etc^ Vous savez en outre ^ qu'un mélange de cet acide avec du gaz hydrogène s*enflamme dès qu'il est frappé des raysons solaires. Enfin cet acide dissout tous les métaux sans exception, et se distingue
36 CINQUANTE CINÇ)UiÈmE ENTRETIEN»
encore des autres acides en ce qu'il est le seul qui dissolve l'or et le jplatine.
L'acide muriatique oxigëné peut s'allier a une^nou- ' velle portion d'oxigène, et se nommé alors acide mu-viatique suroxîgéné. Sur loo parties de ce nouvel acide il y a 8^ parties d'acide muriatique oxigëné et ig parties d'oxigène. Cet acide a également la forme de gaz, de couleur vert- faune très foncé et a également une odeur particulière* Une chaleur douce est suffisante pour le décomposer, c. à. d. en séparer l'oxigène ensus, ce qui paroit d'abord par l'augmentation de volume de 5 à 6. Il petd, cette portion d'oxigène par toutes les substances inflammables. L'hydrogène , le phosphore, le souffre, l'antimoine, le fer, le cuivre même, s'y en- Ramment spontanément.
En résumant tout, ce que nous venons d'apprendre sur l'acide muriatique et ses composés il paroit évident que nous avons trois acides à même base inconnue qui ne se distinguent Tun de l'autre que par différentes proportions d'oxigène» £h bien! toute cette théorie en . apparence si simple et si bien combinée ^ si analogue à tout ce que nbus savons sur les acides, le célèbre Davy , à qui la Chimie et les Arts doivent tant de découvertes importantes , l'a attaquée et espère l'avoir renversée.
Me. di L. Comment cela est^îX possible? Il existe à ce qu'il me semble tant d'harmonie entre les faits et la théorie que je ne conçois pas de quel côté celle-ci est attaquable*
Le Comte C J'ai quelque» notions historiques sur cette question devenue si fameuse ; mais je n'ai pas eu
CINQUANTE CINQUIEME ENTRETIBN. Sy
Toccasion de l'étudier et je suis très eippressë de savoir à quoi je dois m'en tenir»
Mr. de P, Je ferai de mon mieux pour vous mettre à même, de juger quel parti Ton doit prendre, quoique cet objet soit un des plus délicats de la Chimie,
Gay - Lussac et Thénard sont les premiers, qui, ' fondés sur quelques expériences , ont annoncé qu'on pou voit expliquer tous les phénomènes de l'acide muriatique oxigéné en admettant que cette substance est un corps simple, non un composé, comme l'on avoit cru jusqu'alors. Cependant ils ne se décidèrent pas contre l'opinion reçue. Davy, plus hardi et fondé sur de nombreuses expériences nouvelles, affirma positivement que ce que l'on'nommoit jusqu'alors acide muriatique oxigéné n'est pas du tout un acide, mais une substance simple, II la nomme Chlorint^ nom grec qui se rapporte à sa couleur. Par contre l'acide muriatique non, ^géné e%t dans la théorie de Davy un acide composé de Chlorine et d'hydrogène. Enfin l'acide muriatique suroxigéné est composé de Chlorine et d'oxigène, et'ce grand Chimiste le nomme Euchhrine.
Davy proteste d'abord contre toutes les expériences faites avec l'acide muriatique oxigéné (Chlorine) dont on n'a pas sofgneusement éloigné toute vapeur d'eau, et prouve que la Chlorine bien desséchée n'affecte que difficilement les substauces colorées , et commence par rougir la teinture de tournesol avant de la blanchir, ce qui n'a pas lieu avec la Chlorine humide; il prouve en général que les soi -disantes décompositions de l'acide muriatique oxigéné n'ont pas lieu sans vapeur d'eau. Fondé sur ces premières expériences il exige qu'on ne
regarde comme vraie Chloriqe que celle qui est entier rement purgée d*eau. Quelques autres attaques indir<> rectes du sj^ème reçu, comme par ex: qye la Chlorine dissout' le mercure sur le quel. TEuchlorine n'a pas de prise , n'ont pas de poid^. Son système repose principalement sur les deux faits suivants qui sppt hors de doute:
Deux volutnes égaux de Chlorine (acide muriatique oxigéné) et de gaz hydrogène, tous deux parfaitement secs, produisent de l'acide muriatique ^ec, sans aucune * particule d'eau.
. Kalium (le métal qui se combine le plus facilement avec l'oxigène et les acides) chauffé dans l'acide muriatique parfaitement sec , produit up sel et dégage du gas; hydrogène.
Davy prétend avoir prouvé par là synthètiquement et analytiquement que Taciae muriatique est composé de Chlorine et d'hydrogène, et dit: Si la Chlorine étoit un acide, son oxigène se combineroit d^ns la première expérience avec le gaz hydrogène el formeroit de l'eau. Au lieu de cela il se forme Tacide muriatique. Ainsi la Chlorine est un principe acidifiant et l'acide muriatique un acide don( le radical est l'hydrogène. £)ans la se?^ ponde expérience on voit l'acide muriatique décomposé par le Kal um qui enlève le principe acidifiant et met l'hydrogène en liberté.
D'un autre côté les partisans de l'ancien système disent: Nous composons l'acide muriatique oxigéné d'açide muriatique ordiqaire et d'oxigène que nous enlé- VQiijf à l'oxide de manganèse ou à l'acide nitrique, et nqus sommes en état de décomposer l'acide muriatique
CIKQUANTJP CINQUIEME ENTRETIEN. 39
oxigéné non seulement par rinflammation des métaux, mais aussi par Thydrogène en loi enlevant son oxigène pour former de l'eau*. Il suffit pour cela de mettre en contact cet acide avec de l'ammoniaque (substance composée d'azote et d'hydrogène) l'un et l'autre parfaitement secs. Les produits sont Tacide muriatique, de Tazote et de l'eau»
Le Comte C. Ainsi yoilà les faits opposés aui^ faits, les preuves aux preuves.
Mr. de L. Par quel tour de force déciderez- vo/is la chose, monsieur le Physicien? Vous tirerez- vous aussi bien d'affaire que pour la théorie du choc des fluides?
Mr. de P. Non. Tout ce que je sais sur cet objet ne me met pas ei^ état de réfuter Davy. JNéan moins je ne regarde ses expériences que comme des difficultés, comme un noeud gordien dont il garotte l'ancien système sans pouvoir l'étrangler. Quant à moi je reste attaché à ce système par les raisons suivantes:
L' oxigène est dans tous les autres acides, dont la base est connue, le principe acidifiant. LaChlorine est selon Davy le second principe acidifiant et cela pour Thydrogène seul , tandis qu'elle donne de l'oxigène aux métaux qu'elle enflamme» Cela me ps^roit contradictoire. Bien plus : Davy , quoiqu'il ait donné à Tacide muriatique suroxigéné le nom d'Euchlorine , n'a pas prouvé qu'il n'est pas un acide; tous les faits au contraire prouvent qu'il est un vrai acide. Ainsi le second principe adidiUiint produit un acide en s'unissant à Toxigène, et fait parconséquent ici l'office de radical ; et Toilà la Chlorine devenue un être hermaphrodite, en
^0 . PfKIiUAirr^ CINQUIÈME ENT^TIElf.
ipême tems radical et principe acidifiant, c'est à dire cloué de^deux propriétés opposées l'une à l'autre; conçoive cela qui pourra! Quant à moi fe ne puis me déf cider à renverser la belle théorie de Lavoisier si bien établie par plus de trente analogies que nous offre la fprrii^tion des acides , et cela en faveur d'une seule substance qui nous offre quelques énigmes à deviner^
Ep6a il est ^in mode de conciliation que je ne puis passer sous silence. Considérons l'acide muria^tique o^géné (la chlorine) comme le premier de ces acides à base inoonnuei celui qui a le moins d'oxigène, et nommons le, conformément à la nomenclature adoptée pour les autres acides, acide muriateux; Tacide muriatiqu^ suroxigéné sera tacide mwriatique et c^ que nous avons nommé jusqu'à présent acide muriatiquesera une combinaison de l'acide muriateux avec de l'hydrogène* Qu'en pensez- vous, monsieur le CpmteP
Le Comte C. J'adopte volontiers ce système qui me paroit lever les difficultés en ce que sans contredire à Tancieq système, il rend compte de l'hydrogène que Davy a découvert dans l'acide muriatique de ce système. ., JUr^ de P. Le célèbre Chimiste françois Thénard a adopté à peu- près la même idée ; seulement il ne l'a pas exprimée dans la nomenclature ordinaire des autres acides ; il a conservé les noms d'acides muriatique oxigéné et sur-oxigéné et nomme l'anciea acide muriatique acide hydro-muriatiqi^f
J'ai eu l'honneur de vous livrer, madame, la description de plusieurs acides et de leurs propriétés» Je ne^pourrois que vous ennuïer sans fruit si je voulois pousser ces détails plus loin ; permettez moi d'ajouter
CINQXJAKTB CINQUIEME ENTRETIEN. ^1
encore quelques considérations gën^rales. La première est que les acides sont composés d'ozigène comme pria* dpe acidifiant et 'd^un radical , tantôt simple, tantôt composé et que la plupart des radicaux sont inflammables, Tazote faisant seuls exception. La seconde est que plusieurs radicaux simples et non décomposés se combinent avec Toxigène sous deux propor-p tions fixes pour former deux acides. La troisième est que les radicaux composés d^ carbone et d'hydrogène, ou de c:arbone, d'hydrogène et d'azote se combinent avec Toxigène sous un très grand nombre de propor* lions que nous ne connoissons sûrement pas encore toutes et qui dépendent des proportions des parties constituantes du radical. La quatrième est que les acides peuvent se combiner ensen^ble, les uns par Taffinité chimique, les autres par l'affinité physique. Dans le premier cas il y a décomposition de l'un des deux acides combinés, et c'est le cas cù l'on a un acide au maximum d'oxigène et l'autre au minimum , et alors les acides changent d'état; celui ^ui étoit au maximum ar« rive au minimum et celui qui étoit au minimum arrive au maximum. -Cependant on a observé que l'acide ni- , treux cède son oxigèqe à l'acide phosphoreux et se dér compose par là entièrement. Le second cas a lieu en-»» tre lès acides qui ont la même forme, c. à. d. qui sont ou liquides oagazeux. Ainsi Tacide sulfurique et l'acide nitrique se mêlent en vertu de: l'affinité physique, de même l'acide carbonique avec l'acide muriatique. Mais parcontreles acides liquide^ expulsent de leur sphère les ' acides gazeux. I^a cinquième observation est que le^; aiddes en forme de gaz sont absolument irrespirables et
42 [cinquante GlNQUn&ME ENTRETIEN.
impropre^ à entretenir la combustion^ L'acide muriateux fait seul exception en ce que, quoique irrespi* rable, il enflamme spontanément plusieurs métaux; Tacide muriatique ne produit cet e£Pet que lorsqu'il a perdu l'oxigène qu'il a en sus de l'acide muriateux par le métal même qu'on offre à l'inflammation et qui lui enlèv^e cette portion d'oxigène avant de s'en-; flammer.
Mr. de T. Permettez moi de faire une objection contre cette thèse. Il me semble que même les acides liquides produisent des inflammations spontanées, témoin celle des huiles essentielles par un mélange d'acide sulfurique et nitreux. .
Mr. de P. Les acides nommés ne font autre chose dans cette expérience que d'échauffer l'huile presque ji|squ*à l'incandescence et d'augmenter par là leur affinité pour Toxigène de Tair qui seul produit l'inflamma- ' ûon, qui n'a pas lieu dans le vide.
Enfin tous les acides ont la propriété de s'unir fortement avec l'eau ; ils s'en emparent avec avidité partout où ils la trouvent. C'est à cette propriété, que l'acide sulfuriqne possède au degré ^ le plus éminent, qu'on doit la qualité dessicative que cet acide a témoignée dans l'expérience du froid artificiel. En enlevant rapidement k l'air de la cloche toute l'humidité qu'elle contient elle occasionne une vaporisation aussi rapide de l'eau, vaporisation à la quelle on doit lé froid produit dans cette expérience. Mais pour que l'acide sulfurifque fasse cet effet il faut qu'il soit lui-même très desséché, ce qu'on nomme' concentré. Cette propriété des f^cides fait que peux qui sont à l'état de gaz deviennent
CINQUANTE CINQUIEME BNTEEXIEN. 43
liquides par le contact de Pair a qui ils enlèvent son humiditë. C'est elle aussi qui fait que les acides fon^ dent la glace ji toutes les températures au dessous de zéro et produisent le froid artlùciel. ,
Veuillez, madame, vous contenter de cet aperça général sur les acides. Les détails des propriétés particulières de ces substances si importantes se trouvent consignés dans les ouvrages propres sur la Chimie.
Mde. de £r. Je vous suis reconnoissante de ce que vous voulez bien vous restreindre à cet abrégé; car je crois que, quelque intéressants que puissent être les détails , ma mémoire n^y sufHroit pas.
Mr, de P. Cest le cas de tout le monde et notamment te mien ; car comme je ne m'occupe pas journellement de ces détails, ils m'échappent bientôt. Il n'y a que le Chimiste de profession qui soit constamment a leur courant. Passons donc à la seconde combinaison de Toxigène avec d'autres substances , aux oxides.
L'oxide est une combinaison d'un corps avec Toxigène, différente de celle que nous avons apprise à connoitre sous le nom d'acide, et la première diffîérence consiste en ce que presque tous les radicaux des acides peuvent former des oxides en se combinant avec l'oxigêne, mais pas tous les radicaux des oxides former des acides. Cette diffiérence n'est peut-être pas essentielle, mais elle existe pour l'état actuel de nos connoissances.
Mr. de R. Ainsi il y a encoure plus d'oxides que diacides.
Mr. de P. La Qiimie d'aujourd'hui eh compte plus de 60; car presque toutes les sybstaiiLces qui ne sont
44 ciNQUAira:^ cinquième entretien.
pas déjades oxides ou des acides peuvent devenir des oxides. ^ II. y a très peu d'exceprions et elles sont mêm^ si problématiques que la plupart des Chimistes |ie les statuent pas.
Mde. de L,' Ainsi il faudroit admettre que Toxigène se combine à peu près avec tous les corps.
Mr. de P. Oui, éiadame, avec tous les corps simples et non composés et avec tous les corps compo- ^é^ gui ne sont pas encore combinés avec lui. *
Mr. de L.* Ainsi l'oxigène est l'agent non seule* ipent le plps puissant mais aussi le plus universel de la nature. Cette idëç est grande et me plait. A présent j'entrevois de l'unité dans les phénomènes de la Chin^ie. L'oxigène es( comme le Api de la nature ; il domine toutes les autres substances, les transforme, les compose et les sépare, et permet; seulement à quelques unes de s'alliei: entre elles à leur manière, comme pour leur laisser le plaisir de faire quelque cl^ose,
Mr. de P. IS^ous devons cette grande idée à l'immortel Lavôisier, et Davy lui a donné par une importante découverte Tuniversalité dont elle jouit à présent. Mais n'oubliez pas, n^on Général, dans ce rare enthousiasme que vous témoignez pour l'oxigène, que les impondérables ont, leur bonne part aux merveilles que ce Roi des substances produit et que sans eux il n'auroit ni force ni actio^. Le calorique est rame qui lui donne la vie et l'activité.
Mr. de R. Et l'affinité physique est une divinité qui règle les opérations de cette âme et de ce corps.
Mr. de Q. Si nous continuons ces tirades oratoif es nous n'arriverons pas«aujourd'hui aux oxides.
CINQUANTE CIKQUiéMB ENTRETIEN. 45
Mde de L. Je a' en doute pas puisque mon cher ihari lui-même a pris feu pour l'oxigène* ^ Donneznoui donc les oxides^ monsieur de P.
Mr^ de P, Les oxides ont des propriétés si vari* ées que l'on ne peut en assigner que deux qui soient communes à tous , celle d'être composés en partie d'o* xigène et celle de ne pas rougir la teinture de tour*» nesoh
Les uns ne sont susceptibles que d'un degré d'oxi« dation 9 d'autres de deux et quelques uns de trois. Les oxides à même base qui contiennent le moins d'oxigène se nommenl-protoxides y Cé à. d. premiers oxides; ceux qui en contiennent davantage se nomment deutoxides^ c. à» d. seconds oxides ; ceux qui en contiennent encore davantage se nomment tritoxidee^ c« à« dé ttoisièmei oxides; et pour augmenter le nombre de ces noms in^ utiles (car on pourroit se servir des noms de premiers^ seconds, troisièmes oxides) on nomme peroxidea les oxides qui ont le plus d'oxigènCi
mdei de L. Pourquoi a-t-on imaginé ces m^ts?
Mn de Pé Par ce qu'on gagne une syllabe à leur
usajge et puis par ce qu'on aime à parler grec en Chimie*
Les oxides se partagent en deux classes , celle des
oxides métalliques et celle des oxides non métalliqueSé
Les oxides métalliques sont solides et cassants, 'in*^ odores, à l'exception d'un seul, insipides à l'exception de sept, blancs ou colorés et. la couleur change ordi^ nairement lorsque l'oxide passe d'un degré d'oxidation à un autre* La plupart ramènent au bleu la teinture de de tournesol rougie en s'emparant de l'acide qui l'a rou* gie. Ceux qui ont une saveur verdissent la teinture de
46 CINQUANTE CINQUIEME ENTRSTIEN.
violette OU rougissent celle du curcuma. Enfin tous les ozides métalliques sont solubles dans tous les acides. Permettez moi de vous parler de quelques uns de ces oxides, soit pour fixer davantage vos idées , soit à cause de l'importance de ces oxides dans la vie commune et les arts. Commençons par les oxides de fer.
L^ protoxide de fer est blanc, composé de 80 parties de fer et de 20 parties d'oxigène. Il agit foiblement sur Taimant. Il n'est connu que depuis quelques années et n'est encore d'aucun usage. Le deutoxide de fer est noir, composé de yaj de fer et de zj\ d'oxigène. Il agit moins sur l'aimant que le protoxide. Le trîtoxide de fer est rouge, composé de 6&f de fer et de 33| d'oxigène* Il n'agit point sur l'aimant. Presque tout le fer que la Nature produit est sous la forme de deutoxide ou de tritoxide; le fer en forme métallique se trouve rarement. Les deux oxides se trouvent parcontre presque partout. La plupart des mines de fer sont du deutdxide. Le tritoxide entre dans la composition de presque toutes les !pierres et de Targile, à qui il donne sa couleur; tous les minéraux plus ou moins rouges doivent leur couleur à cet oxide , et la plupart des pierres noires ou noirâtres doivent la leur au deutoxide^ La décomposition de l'eau par le fer produit du deutoxide de fer qui se forme en petites feuilles cristallines très minces et la plupart de figure rhomboidalç. Le fer oxi-i désousl'eau^ de même que tout ce qu'on nomme rouillé de fer est tantôt du deutoxide tantôt du tritoxide^ Aucun des oxides de fer^ de même que leurs solutions dans les acides^ n'est vénéneux, tandis que la plupart
autres oxides métalliques le sont«
CINQUANTE CINQUIEME ENRSTÏEK. 4^ '
Mde. de L, Propriété pour la quelle nous devons bien de la reconnoissence à la Providence ; car comme nous employons le fer presque partout et que le fer se rouille (pardon, monsieur de P.) s'o^de si facilement, nous nous trouverions entour<% de tous côtés de poisons, si les oxide^ de fer étoient vénéneux.
Mr. de P. Le métal nommé arsenic a deux oxides qui sont tous deux vénéneux , le second au plus haut degré» Le protoxide d arsenic est noir, composé de 92 parties d'arsenic et de 8 parties d'oxigène. Ent Téchauffant foibleinent en présence du gaz oxigène ou de l'air atmosphérique il attire de l'oxigène et devient par IS deutoxide d arsenic sous la proportion de Tarsénic à l'oxigène de 73 à 27. Cet oxide est blanc en forme de poudre ou d'aiguilles cristallines. Exposé a la chaleur rouge il se volatilise et répand une odeur d'ail qui se manifeste toujours, en quelque petite quantité que cet acide soit mêlé à d'autres substances; ce qui fournit un moyen sûr de reconnoitre les empoisonnemens causés par cet oxide. Malgré sa qualité de venin on s'en sert dans la verrerie, la peinture et la Médecine, mais partout avec de grandes précautions. Le deutoxide ne se décompose pas par la chaleur, mais se désoxide entièrement par le f^r qui s'oxide en lui enlevant son oxiw gène. Cette propriété du fer fait qu'on Ta proposé comme un contrepoison contre l'arsenic oxîdé^
Le manganèse offre quatre oxides. Le protoxide de manganèse est verd, composé de 87 parties de manganèse et de 13^ parties d'oxigène. On se le procure tout simplement en fettant du manganèse métallique dans de l'eau distillée qu'il décoinpose en s'en appropriant
48 GINQÀJn:£ CIKQUIEMB £MTR£T1£N«
Voidgèneé Le deutoxide de manganèse est blanc^ com^ posé de 78 parties de métal et de 22 parties d'oxigène. Le tritoxide de manganèse est brun -marron^ composa de 70 parties de métal et 30 parties d'oxigèneé Le pe^ roxide de m^anganèse est brun noirâtre, composé de 64 parties de m^tal et de 36 partie d'oxigèneé C'est le seul qu'on trouve dans la nature et le seul en usage* On s'en sert en Physique et en Chimie pour obtenir dtt gaz oxigène; il sufEt pour cela de le chauffer jusqu'au rouge et alors, en perdant une partie de son oxigène, il se change en tritoxide. On l'employé en verrerie pour fondre la silice et faire du verre au quel il donne une légère teinte rouge qu'on peut hausser jusqu'au rouge violet en augmentant la portion du peroxide.
On connoit trois oxides de plomb. Leprùtbxide de plomb est jaune ^ connu dans le commerce sous Icv nom de litharge et de massicot, a 9.3 parties de plomb et 7 parties d'oxigène« Le deutoxide de plomb est rouge jaunâtre, cpnnu sous le nom de minium, a 90 parties de plomb et 10 parties d'oxigène. Le tritoxide de plomb est de couleur puce et a 86f parties de plomb et i3f d'oxigène* Cet oxide est sans usage* Par con«» tre on emploie le deutoxide dans la fabrication du verre blanc ou cristal et de la poterie commune; le prot oxide demême. Celui-ci, dissout dans l'acide acétique, pro* duit le sel de Saturne dont on fait usage en Médecine et dans les manufactures de toiles peintes^ et uni à Tacide carbonique il fournit la céruse ou blanc de plomb que l'on emploie si souvent à faire des emplâtres, des onguents et à la peinture* Les oxides de pldmb et leurs solutions dans les acides sont des poisons violents*
CINQUANTE CINQUIEME £NTR£Tt£ir« 49
Oh ne connoit que deux oxides de mercure J tnais ils sont d'autant plus remarquables, en ce qu'ils aban* donnent leur oxigène à presque tous les corps combustibles, et qu'on les en prive, le premier par une chaleur bien moindre que rouge et le second par la plus foible chaleur rouge, he protoxide de mercure est gris noir et n'a que 3f d'oxigène sur gGf de mercure. Le deutoxide de mercure est rouge, composé de 92^ parties de mercure et dey* parties d'oxigène, et le même que nous avons appris à connoitre lorsquMI étoit question de la décomposition de l'air. Ces deux oxides, dissouts dans l'acide hydro-muriateux, produisent deux sels blancs dont le premier, connu sous les noms de mercure doux, calomel, précipité blanc etc. est l'antidote des maladies syphillitiques, ainsi que le second connu sous le nom de sublimé corrosif, qui est un des plus terribles poisons et sert en outre à ronger les excroissances charnues des playes.
Mde. de L. Vous allez, monsieur de P., nous)etter dans la Médecine avec vos oxides qui servent à tant de maladies.
Mr. de P. Ne craignez pas ce malheur, madame; et pour vous rassurer je vais passer aux oxides non métalliques en vous donnant ma parole qu'il n'y sera nullement question ni de maladies ni de playes. Noms ne connoissons que cinq oxides non méfalliques, dont les bases sont l'hydrogène, lé caibone, l'azote et le phospore« ^^-
Mr, de G. Eti voilà quatre. Quel sera le cin* quième?
Mr. de P. L'azote nous en offre deux et voilà le
compte fait. Uoxide d'hydrogène n'est pas autre chose que Teau.
Mde. de L. Vraiment je ne savois pas que quand je bois un verre d*eau c'est de Toxide d'hydrogène que j'avale. N'y a-t-il pas un peu de pédanterie à donner uq nom si savant à une chose si ordinaire?
Mt* de P. Aussi le Chimiste s'en sert -il rarement.
Mde. de L, Ainsi il est à peu près inutile.
Mr. de P. Pardon, madame; pour ceci Je n'ose être de votre avis. La nomenclature de la Chimie veut et doit donner à chaque corps composé un nom qui indique les substances dont il se compose, et vous ne voudrez pas faire ui^e exception pour l'eau qui est un dissolvant presque universel et qui se mêle comme Tair atmosphérique dans presque toutes les opérations de la Chimie. J'ai déjà eu l'honneur de vous nommer la proportion des principes de l'eau et comme vous n'avez sûrement pas oublié ce qui en a été dit dans nos entretiens précédents, il est inutile de parler de ses qualités physiques.
Uoxide de carbone est un gaz sans couleur et sans odeur ni saveur , composé de 43 parties de carbone et de 5? parties d'oxigène. Le volume du gaz oxigène qui entre dans cette composition fait précisément la moitié du volume de l'oxide. Cet oxide est un gaz inflammable, le second dont nous faisons la connoissance, et son inflammation produit l'acide carbonique. Aussi est-ce en décomposant l'acide carbonique qu'on obtient l'oxide de carbone. Cet oxide est lui-même très difficile à décomposer; deux métaux seuls ^ ceux qui ont
CINQUANTE QUATRI£MB fiNTRETtSN'tf 5^
la plus grande affinité avec roxigène^ en viennent à bout.
Le protoxide d'azote est un gaz sans couleur et sans odeur; il a une saveur un peu sucrée et est composé de 64 parties d'azote et de 36 d'oxigène en poids et des d'azote et de i d'oxigène eu volume* II contient, comme vous voyez, beaucoup plus d'oxigène que l'air atmosphérique et cependant il est irrespirable. Le célèbre Oavy a le premier osé le respirer et observé qu'il agit sur le système nerveux et sur les muscles à peu près comme les liqueurs fortes. D'autres Chimistes Pont trouvé tout simplement asphyxiant. La propriété de ce gaz d*ètre irrespirable ne vous surprendra pas puisque vous savez que l'acide nitreux, qui contient en<^ core beaucoup plus d*oxigène, l'est également. Mais ce qui doit vous étonner c'est que ce gaz favorise l'inflammation très énergiquement, beaucoup plus que l'air at« mosphérique et presque autant que le gaz oxigène. Une allumette qui n'a qu'un brin de charbon ardent à un de %e% bouts s'y enflamme à l'instant et y^brule vivement. 11 en est de même d'autres combustibles. Plusieurs métaux, surtout le fer et le zink le décomposent en lui enlevant son oxigène à Taixie de la chaleur rouge, qui seule suffit même à cette décomposition.
LéC Comte C, Voilà ce que je ne conçois pas.
Gomment la chaleur peut-elle seule décomposer un gaz qui n'est composé que de deux substances? Avec quoi l'oxigène se combine- 1- il?
Mr^ de P. Avec l'azote même dans une proportion plus forte ; ce qui produit le deutoxide d'azote avec un reste de gaz azote simple. Ce nouvel oxide est
un gaz sans couleur. On ignore s'il a de la saveur et de Todeur par ce que dès qu'il se trouve en contact avec J'air atmosphérique il lui enlève son oxigène et se transforme en acide nitreux qui, comme vous savez, est doué d'une saveur et d'une odeur très fortes. Le deutoxide d'azote est composé de volumes égaux d'azote et d'oxigène ou de 53f parties d'azote et de 46j parties d'oxigène en poids. Il est irrespirable comme le protoxide mais en dépit de sa grande prépondérance d'oxigène, il n'a pas comme lui la propriété de favoriser l'inflammation; au contraire tous les corps enflammés s'y éteignent subitement comme dans le gaz azote pur. Enfin Voxide de phosphore nous offre un oxide non gazeux, mais solide et de couleur blanche; il est insipide mais a l'odeur de phosphore. On le forme en mettant un petit bâton de phosphore dans un flacon ouvert plein d'eau ; Toxide se forme à la surface du phosphore et y tient assez fortement. On l'enlève en le raclant avec un couteau. On empêche sa formation en interceptant l'air atmosphérique de la surface de l'eau. Au reste cet oxide n'est blanc qu'autant qu'il se forme dans l'obscurité. A la lumière il prend une couleur d'orange et ne tient plus si fojctement au phosphore.
Cinquante sixième entretien.
jVln de P. J'espère, madame, que vous êtes plus que satisfaite de la quantité d'acides et d'oxides que j'ai eu rhonneur de vous nommer hier.
Mde. de L, Assurément et plut au Ciel que je les eusse tous retenus !
Mr. de P. Ainsi permettez moi de passer de cet examen des propriétés de l'oxigène à celle des autres substances simples , et prenons d'abord Vhydrogène.
Cette substance n'existe dans toute sa pureté qu'en forme de gaz et c'est le plus léger de tous. Pour lui faire perdre cette forme il faut le combiner à une autre substance et nous en ayons le plus bel exemple dans la formation de Teau. Il ne me paroit pas douteux que, combiné avec l'oxigène sous d'autres proportions , il ne puisse former un acide, mais cet acide n'est pas encore connu; peut^-être est-ce l'acide muriateux.
Le caractère principal de Thydrogène est l'inflammabilité* Nous avons déjà observé que quand on le fait écouler dans l'air par un tube très étroit on peut Tenflammer avec une bougie allumée, et, j*ose affirmer contre l'opinion d'un çrand Chimiste, par tout corps chauffé au rouge, tel que le fer, le verre, le charbon etc.,
en sorte qu'on n'a pas besoin de fl<amme pour produire cette inflamm£|tion qui dure ensuite aussi longtems que récoulementdugaz; car la chaleur produite par la première inflammation allume le gaz qui succède. Cette opération décompose Tairataiosphr^rique en lui enlevant son oxigène; le produit est de l'èau. Si Ton enferme deux portions égales d'air atmosphérique et de gaz hydrogène dans une vessie et qu*on allume ce mélange à son issue par un tube d'une ou plusieurs lignes de diamètre, alors l'inflammation se communique à Tinté* rieur, produit une inflammation subite qui se fait avec détonnation. La vessie se déchire avec véhémence et .des vases très solides n'y résistent pas. Dans ce mélange nous avons aa parties d'oxigène, 78 d'azote et 100 d'hydrogène en volume. Cette proportion de l'hydrogène à l'oxigène n'est pas tout-a-fait celle qui est ne-» cessaire à la formation de l'eau, et nous pouvons en conclure avec sûreté qu'il ne se combine que 44 parties d'hydrogène et que les 56 autres échappent a la combi* naison. Si l'on employé ces demc gaz précisément dans la proportion en volume de a à i de l'hydrogène a To-* xigène pur, alors les deux gaz se combinent entièrement et l'esçplosion est beaucoup plus violente. En général plus on s'éloigne de cette proportion soit par un défaut, soit par un surplus d'oxigène, moins l'explosion est forte et Humboldt a prouvé que quand on atteint la proportion de 16 à i soit de l'hydrogène à l'oxigène soit de Toxigène à l'hydrogène , l'inflammation n'a plus lieu* '
Le Comte C. J'^avoue que je ne vois pas pourquoi; car il me semble que dans toutç proportion un vo-
lume d'oxigène devroit toujours se combiner à deux volumes d'hydrogène sans se soucier du reste.
Mr. de P. Vous avez parfaitemei^t raison et fe ne doute pas que cela n'ait Heu pour les atomes de ces gaz qui touchent immédiatement la flamme de la bougie; mais cette inflammation est si petite que nous ne la distinguons pas et si foible qu'elle ne peut pas enflammer les parties voisines qui sont délajées dans le surplus de l'un ou l'autre gaz, la chaleur produite par cette petite inflammation ne suffisant pas à élever la température des couches voisines du mélange jusqu'à la chaleur rouge. L'on a cru longtems que toute inflammation d'une portion d'oxigène et d'hydrogène, quelque grande qu'elle fut, est subite, instantanée et voilà pourquoi il paroissoit difficile à expliquer pour quelle raison ces deux gaz dans la proportion de i à 16 ou de 16 à I ne s'enflamment pas. Mais Grothufs , Chimiste cour* landois, a prouvé que l'inflammation de ces gaz dans une proportion désavantageuse est lente, exige un tems assignable pour se consommer dans un tube d'une certaine longueur.
Mr. de T. Permettez moi, monsieur de P. une réflexion et une question. La combinaison de Toxigène et de Thydrogène forme de l'eau qui est bien 7000 fois plus dense que ce mélange. Ainsi les gaz se condensent très fort dans cette opération et il doit se former un vide considérable. D'où vient donc que cette infiammation fait éclater les vases qui renferment les gaz? l'explosion suppose une force qui agit de l'intérieur à l'extérieur.
Mr. de P. Cette remarque puisée dans la Méca-^
nique est très juste et la difficulté se lève en considérant que Tinflammation des gaz produit une très grande chaleur qui non seulement vaporise l'eau formée, mais dilate cette vapeur à un très haut degré, JNous verrons à la suite que cette chaleur est supérieure a celle qui fond le platine, et il n'est pas difficile de prouver qu'elle doit produire une élasticité égale à au moins 65 fois le poids de l'atmosphère, force énorme qui s'évalue à plus de j44ooo Livres de france par pied carré de surface.
Mr. de f^. Vous parle?, messieurs, beaucoup delà chaleur qui se produit ou se dégage dans le procès de l'inflammation et vous paroissez oublier la lumière qui s'en' dégage également. Moi, pauvre viellard isolé, je ra^'intêresse à savoir d'où vient la lumière de nos bougies qui me procure le plaisir de passer mes soirées à la lecture.
Mr, de P, Vous me forcez, monsieur de V., à vous donner une théorie qui seroit bien combattue si un Physicien françois nous écoutoit.
MndeL. Ainsi de la controverse! Voyons. Donnez nous d'abord l'opinion contraire à la vôtre.
Mr, de P. Les Physiciens françois prétendent que la source de la lumière qui se dégage dans les inflammations est dans l'oxigène. Et ils ont sûrement raison dans leur système; car comme la lumière n'est selon eux qu'aune modification du calorique et comme le calorique qui se dégage par l'inflammation réside dans l'oxigène, il faut bien attribuer également à Toxigène le phénomène de la lumière dégagé. Mais nous, qui avons constitué les luminiques comme substances distinctes du calorique, nous n'avons aucune raison d'attribuer à
Toxigène le mérite d*éclairerles soirées de monsieur de V. Moi , j'assigne ce mérite aux combustibles en général et dans la Formation de Teau à Phydrogène. Nous ayons pour cela précisément les mêmes raisons que sous avons d'assigner à Toxigène le mérite de nous chauffer pendant Thyver. Et en outre j'ai une expé« rience qui prouve directement que la lumière dans l'inflammation ne provient pas de l'oxigène/ La voici ir Chargez une lampe d'argand avec de l'esprit de vin et allumez la sans la cheminée de verre. Elle fournira une lumière verdâtre comme lorsqu'on allume de l'esprit de vin dans une tasse. Placez à présent la cheminée de verre sur la flamme et vous verrez avecétonnement que la lumière est quatre fois plus foible qu'auparavant quoique à présent il se consume beaucoup plus d'oxigène, et ce qui est bien remarquable c'est qu'il se produit en même tems incomparablement plus de chaleur* Si le dégagement de lumière dans les inflammations provenoit de l'oxigène, si le luminique étoit, de même que le calorique, combiné à ce gaz, il est clair qvie nous devrions avoir plus de lumière dans le second cas que dans le premier. Nous reviendrons dans quelques jours sur cette matière lorsque nous ferons de l'inflammation un objet particulier de nos recherches.
Nous n'avons pas encore produit de carbone pur; ainsi nous ne pouvons pas lui assigner sa forme naturelle. Il est toujours combiné avec de l'oxigène ou avec de l'hydrogène ou avec l'un et l'autre ou avec l'un et l'autre et de l'azote. Nous connoissons la première de ' ces combinaisons dans Voxide de carbone. Le cliarbon nous a déjà offert une combinaison de beaucoup de c^r-y
bone et de très peu d'hydrogène , et nous avons en outre plusieurs gaz composés de ces deux substances sous diverses proportions, dont on en a examiné particulièrement deux, t hydrogène percarboné et V hydrogène protocarboné. Le premier de ces deux gaz a été découvert par une société de Chimistes hollandois qui Tont nommé gaz oléfiant par ce que, combiné avec Tacide mu- ^iateux, il forme une substance huileuse, inflammable. Il est composé de Ô6 parties de carbone et de 14 d'hydrogène. L'hydrogène protocarboné n'a que 33 parties de carbone sur 67 d'hydrogène. Ce gaz, qui brûle avec une flamme blanche et bleue, se dégage lorsqu'on réduit le bois en charbon dans un vase clos« On l'emploie aujourd'hui à éclairer de grands epaces et mênie les rues. L'appareil à cet usage se nommé thermolampe. II est composée de deux poêles enfermés l'un dans l'autre. L'intérieur contient le bois qu'on veut charboner et a à sa partie supérieure un tuyau qui traverse le poêle extérieur et aboutit dans l'air. L'espace entre l'intérieur et l'extérieur sert à placer du bois ou du charbon qu'on allume et dont la chaleur, en pénétrant dans le poêle intérieur, charbone le bois qu'il contient en volatilisant plusieurs produits dont le principal est l'hydrogène protocaiboné qui s'échappe par le tuyau adapté à sa partie supérieure. On prolonge ce tuyau , souvent en plusieurs branches, jusqu'aux lieux qu'on veut éclairer. Son oriËce est plus ou moins grande ou se termine en plusieurs pointes placées de sorte que les flammes forment diverses ligures. Cette invention due à la Chimie est devenue d'une très grande utilité. Le charbon de terre traité de la même manière produit
une flamnrie dont la lumière a beaucoup plus d'intensité que celle du meilleur bois.
La Nature produit dans les marais un gaz nommé hydrogène carboné des niarais qui contient encore moins de carbone que le protoxide. Il n'a que 217 parties de carbone sur 73 d'oxigène. Mais il contient en outre 13 à 14 pour cent d'azote. C'est un produit de la putréfaction non seulement de matières végétales comme on. croit, mais aussi de quantité de petits animaux aqua<tiques et d'insectes ; ce qu'indique la portion notable d'a* zote qu'il contient et qui ne peut provenir de la décomposition de^ plantes. On se le procure en renversant dans le marais une bouteille avec un entonnoir pleins d'eau, et en remuant au dessous de Tentonnoir le fond du marais qui lâche les bulles de ce gas qu'on reçoit ainsi dans la bouteille comme l'on feroit dans lappareil pneumato- chimique.
Le diainant
Mde, de L. Comment, monsieur de P.? J'espère que vous ne voudrez pas faire du diamant une composition de carbone. Ce seroit bien rabaisser le prix de cette pierre précieuse.
Mr> de P, D'abord, madame, j'ai honneur de vous observer que le diamant n'est4>as une pierre, comme on l'a cru autre fois; et puis je prends la liberté de vous rapeller que Newton a prédit Tinflammabilité du Diamant. Ce fossile si remarquable est en effet un combustible qu'on fait brûler facilement dans le gazoxigène en Téchaufiant ou moyen du verre ardent, Guy*» ton<-Morveau nous a livré la première analyse du diamant. £n le brûlant il n'a trouvé pour produit que de
6o CINQUÀNRE SIXIEME ENTRETIEN.
Facide carbonique sans aucun autre résidu et conclu que le diamant ëtoit du carbone pur; mais il n'avoit pas songé à analyser cet acide. Comme ce célèbre Chimiste avoit observé une petite flamme rougeâtre (observation que Davy a répétée) fen avois d'abord conclu par analogie et annoncé que le diamant contient une petite portion d'hydrogène. Berthollet a prouvé cette existence de l'hydrogène dans le diamant en analysant Tacide carbonique qu'on produit par la combustion du diamant; car il y trouva de Teau, qui ne pourroit s'y trouver si ce superbe cristal ne contenoit de rhydrogène. Ainsi le diamant est de l'hydrogène carboné ou du carbone hydrogéné, proprement du charbon cristallisé, et pas autre chose. Davy a cru que le diamant et le charbon se distinguent encore par la pesaateur spécifique, mais il ne savoit alors pas encore que celle du charbon égale celle du diamant, comme je crois vous l'avoir annoncé dans un de nos entretiens précédents.
Mn de S, On doit donc considérer le diamant comme un produit du règne végétal , et Ton peut dire qu'il croit dans nos forêts.
Mr. de P. Dommage que la Nature se soit réservé le secret de sa fabrication; les diamants seroient à bon marché. Mais.passonsà une autre substance carbonique. Nous avons dans le noir de fumée une composition de carbone qui n'est très probablement combiné qu'avec de Toxigène et qui ^st parconséquent un oxide de carbone en forme solide. Je ne sache pas qu'il ait été analysé. On le regarde communément comme du carbone pur; inais nous trouverons à Isi suite des raisons
CINQUANTE SIXIEME ENTRETIEN. 6l
d'admettre que c'est un oxide. La fumée et les difFërentes espèces de suie mériteroient bien un examen exact.
JLe Comte C. Vous nous avez mis au fait des combinaisons simples de Toxigèneavec l'hydrogène et avec le carbone, et du carbone avec l'hydrogène. Mais que fait- on des compositions d'oxigène, d'hydrogène et de carbone que la Rature nous offre dans les matières végétales , lorsque ce ne sont pas des acides ?
Mr. de P» Je ne sais trop. Ce qu'il y a de probable c'est que ce sont des oxides; mais nous ne sommes pas en état de ks clàssifier par ce que dès que nous ayons ces trois substances réunies dans un corps il y a sombre de combinaisons possibles. Prenons le sucre pour exemple. Les analyses les plus récentes le composent d'environ 5of parties d'oxigène, 4^1 de carbone et de 7 d'hydrogène. Il est possible que Toxigène et l'hydrogène soient combinés ensemble pour former de l'eau ; car leur proportion est presque celle de la formation de l'eau et il ne reste qu'un très petit surplus d'hydrogène. Ainsi le sucre pourroit être considéré comme un composé d'eau et de carbone avec une très petite portion d'hydrogène. Mais il est possible qu'une partie de carbone soit combiné avec l'oxigène de manière à produire de l'acide carbonique, et alors on con** sidèreroit le sucre comme un composé d'acide carbo^ nique, d'hydrogène et de t>arbone. Il est possible enfin- que l'oxigène soit partagé entre l'hydrogène et le carbone de manière à ne composer ni de l'eau ni de l'acide carbonique; et dans cette hypothèise le sucre
6a CINQUAMTB dlXUBMB ENTR£TI£N«
seroit un composé d'oxides d'hydrogène et de carbone^ le premier dans d'autres proportions que l'eau.
LêB Comte C Mais nous ne connoissons aucun au-> tre oxide d'hydrogène que l'eau; au moins vous ne nous en avez pas nommé d'autre.
Mr. de P. Assurément, et moi-même fai écrit il y a vingt ans un traité sur Tinflammation où je considère les substances inflammables qui contiennent de l'oxigène comme des combinaisons d'eau, d'hydrogène et de carbone, c. à. d. comm^ de l'eau modifiée par Tune de ces deux substances ou toutes deux. Mais il ne suit pas de l'impossibilité où nous avons été très longtems de produire d'autres oxides 'd'hydrogène, que la Nature ne le puisse pas non plus. La découverte de Thénard qu'on peut combiner à l'eau une portion considérable d'oxigène en sus ^ combinaison qui nous fournit un peroxide d'hydrogène, prouve déjà le contraire.
Le Comte C. Permettez moi encore un doute sur la seconde hypothèse. Si l'oxigène, dans le sucre et les autres substances végétales, formoit de l'acide carbonique, l'analyse le découvriroit.
Mr. de P. Pas si facilement; par ce que dans nos analyses l'acide carbonique se peut décomposer par l'action de l'hydrogène et surtout de la chaleur; j'ajouterai qu'un Chimiste de nos jours (si je ne me trompe Théodore de Saussure) a cru trouver de l'acide carbonique dans le sucre et je doute qu'il ait été complettement réfuté. En général gardons nous de former des hypothèses sur l'impossibilité où nous sommes de composer on d'analyser certaines substances. La Nature en sait plus long que tous nos plus grands Chimistes ensemble»
Mde. de Tj^ J'espère que personne de nous n'en doute ; mais cela ne diminue pas la reconnoissance que j'éprouve pour les connoissances nombreuses que ces Savans immortels nous fournissent; car j'imagine que les travaux chimiques exigent une bien grande sagacité et une grande persévérance.
Mr. de P. Assurément, madame, et j'ajoute à cet éloge des Chimistes que leurs travaux sont souvent nui** sibles à leur santé et même quelque fois mortels ; plu« sieurs d'entre eux y ont perdu la vie, subitement ou lentement. Nous devons les révérer comme des mar-.» tyrs de l'étude de la Nature. — Mais passons de cette digression à l'examen de Tazote.
Uazote n'est pur qu'à l'état de gaz et il ne perd pas facilement sa forme gazeuse, toutes ses combinaisons simples avec Poxigène ne le forçant pas de perdre cette forme. Il est irrespirable; car lorsqu'on place un petit animal sous une cloche pleine de gaz azote, il lombp en asphyxie presque sur le champ. Si on Ten retire d'abord après ou si l'on introduit sous la cloche un peu d'oxigène, il revit et reprend en peu de tems %e% forces premières. Malgré cette propriété mortelle aux animaux le gaz azote est comme vous savez, un des principes contituants de notre atmosphère dans la grande proportion de 78 sur cent parties d'air. On se procure ce gaz pour les expériences en enlevant à l'air commua et pur son oxigène» ce qui se fait le plus facilement au moyen du phosphore que nous allons bientôt apprendre à connoitre. Aucun autre gaz n'a la propriété de se combiner avec Toxigène sous autant de proportions que l'azote* D'abord on trouve ces deux gaz ensemble dans
l'atmosphère, mais pas en combinaison; ce n'est qu'ua mélange qui peut exister sous quelle proportion que Ton veut. Puis ils se combinent sous les moindres proportions d'oxigène dans le protoxide d'azote, en proportions toujours croissantes mais toujours fixes dans le deutoxide d'azote, dans Tacide nitreux et dans l'acide nitrique. On obtient toutes ces combinaisons en décomposant l'acide nitrique par un métal, tel que le fer ou le cuivre; ces métaux s^oxident et laissent échapper l'acide nitreux qu'on décompose de nouveau par les mêmes métaux pour obtenir le deutoxide d'azote qu'on d«'compose en suite d'une manière analogue pour obtenir le protoxide. Au reste cette dernière décomposition ne se fait que difficilement. On obtient le protoxide d'azote en exposant à une chaleur modérée un mélange d'acide nitrique avec de l'amoniaque. Le protoxide se change en azote pur en le mêlant avec du gaz hydrogène dans la proportion de 3 à 2 et en allumant ce mélange. L'ôxigène du protoxide et l'hydrogène ajouté forment de l'eau et il reste des cinq portions de gaz mêlés deux portions de gaz azote piir.
La synthèse nous fournit réciproquement l'acide nitreux ou nitrique comme un composé d*azote et d'oxigène lorsqu'on fait passer un courant d'étincelles électriques au travers de l'air atmosphérique ou d'un mélange de io parties de gaz azote et de 36 parties d'oxigène. On l'obtient également en allumant une portion d'hydrogène dans ce mélange.
Enfin l'azote a en petite quantité la propriété de favoriser la combinaison de l'ôxigène avec les substances combustibles. On sait par ex: que le phosphore
CliîQÙAK*rE SIXIEME ENTAETIÈÏ^. 05
luit et brille dans le gaz oxigène mêlé à quelques parties de gaz a^ote à une température momdre que dans l'oxigène absolumelit pur.
Après vous avoir fait Ténumération des substances simples et de leurs propriétés principales, permettez moi de passer à l'examen des corps qu'on n'a pas encore pu décomposer, mais que nous avons moins de raison de regarder comme simples que les précédentSé
Mde, de L, Y en a-t-il beaucoup?
Mr, de P. Non, madame; il n'y en qu'une cinquantaine.
Mde, de L. Bon Dieu! Une cinquantaine de nouveaux corps. Où trouverai-je la place nécessaire pour les loger dans ma mémoire?
Mr. de R. Vraiment ce nombre m'effraie également.
Mi\ de P. Rassurez vous. Je vous permettrai d'eii' oublier les deux tiers et l'autre tiers a des propriétés si remarquables que vous ne voudrez ni ne pourrez les oublier.
Mde. de L. Votre promesse n'est -elle pas illusoire ?
Mr. de P. Non, madame, et je vais comiméncer par un de ces corps que vous n'oublierez sûrement pas, par le phosphore. J'ai déjà eu l'occasion de vous dé^ peindre le phosphore comme un corps que Voh fond en forr.ïe de bâton d'environ deu^* lignes dé diamètre^ dé couleur de cire blanche mais plus transparent que là cire. II est inflammable au plus haut degré, et cela dé deux manières^ par l'inflammation lente et par Tinflam-»
65 CINQANTE SIXIEME ENTRETIEN.
mation subite. Pour opërer la première il suffit de p)a* cer le phosphore dans Tair à une température d'environ 5 degrés R. au dessus de zéro. Si cela se fait dans Tobscurité le phosphore paroit luisant et se consume très lentement en produisant Tacide phosphoreux liquide par sa combinaison avec Toxigcme et l'humidité de Tair. Plus la température augmente, plus cette opération gagne en vitesse et en énergie. A la température de 3^ degrés l'inflammation subite a lieu; elle s'exécute avec violence et un grand dégagement de lumière, qui devient presque insupportable à la vue lorsque l'opération se fait dans le gaz oxigène, comme j'ai eu l'honneur de vous le dire quand il fut question des propriétés du gaz oxigène. Le produit de cette inflammation est l'acide phosphorique en flocons blancs.
ConsiHëroûs déplus près l'inflammation lente qui est la plus importante des deux. Plaçons à l'entrée d'un tube de verre d'environ un pouce de diamètre, de deux à trois pieds de longueur et fermé à son bout inférieur, un bâton de phosphore en contact avec l'air. Si c'est de jour on voit une fumée grise se former à la surface du phosphore et couler le long du tube jusqu'au fond où elle se rassemble et se condense. C'est l'acide phos« phoreux liquide qui se forme par la combinaison du phosphore avec l'oxigène et s'empare de l'humidité de l'air. Si l'on expose le phosphore à cette combinaison dans un air parfaitement sec^ alors cette fumée est invisible, par ce que l'acide phosphoreux, ne trouvant pas d'eau à la quelle il puisse s'unir, reste sec. L'humidité favorise l'acidiflcation du phosphore, qui dé- €om£0*e le même volumo d'air atmosphérique trois
dtNQUÂRlTB SntlÂMS ENlttETtEUr^ 67
fois plus vite lorsque Tair est parfaitement humide que lorsqu'il est parfaitement seCé
Le Comte C. Il paroit que la présence de l'eau h* Torise bien des opérations chimiques. Cest le cns de la décomposition des oxides par la lumière dans les belles expériences de madame Fulhame«
Mr, de P. Ce principe est généralement Vrai et nous verrons même à la suite iqu'il y a des acides qui' n'ont aucune prise sur les métaux lors qu'ils sont tout à fait dépourvus d'eau , quoique liquides ou gazeux«
lée Comte C Quelle peut être la cause de cet effet de l'eau ? Ce fluide seroit-il décomposé dans toutes ces opérations ?
Mfé de P4 C'est la marotte de quelques Chimistes de voir décomposition d'eau partout où il se trouve de l'eau* Pour moi fe suis persuadé que nous devons sou-
vent cet effet de Teau soit à sa qualité de liquide soit à sa qualité de dissolvant. J'aurai l'occasion devons en citer encore aujourd'hui un exemple frappant. Retour-* nons au phosphore.
Placez un bAton de ^phosphore dans une phiole pleine d'air commun, humide ou sec^ fermez la phiole hermé<« tiquement et portez la dans une chambre obscure a la température moyenne. Vous verre2i le phosphore briller de lumière à sa surface^ en sorte qu'on peut lire une écriture ordinaire proche de la phiole^ Pe« tit à petit, Toxigène de l'air diminuant par Tacidation du phosphore , la lumière devient plus foible, et cela est bien natureL Mais ce qui est surprenant, c'est que la lueur du phosphore occupe un plus grand^espace autour du bâton. Son diamètre augmente jusqu'au tri-»
68 CINQUAOTE SIXIEME .ENTRETIEN.
pie de celui du bâton. Enfin, l'oxigène étant tout à fait consumé, la lueur s'éteint. Comment expliquer ce phénomène?
Mr. de H. Quant à moi j'y pl^rdrois mon latin.
Mr. de L. C'est votre fait, monsieur le Comte; car j'imagine qu'il y a ici un tour de politique delà part du phosphore. V . ••
Le Comte C. Il y paroit presque , puis qu'il étend sa lueur à mesure qu'elle perd en force. Le diplomate fait souvent sonner la puissance de son Souverain d'au«tant plus haut qu'elle est intérieurment plus affoiblie.
Mr. de JR. Le marchand en fait de même quant à son crédit. Mais ces belles comparaisons ne nous mènent pas au but. Aions recours à monsieur de P.
Mr. de P. Le phosphore cherche au loin ce qu'il ne trouve plus à sa proximité. Voilà le noeud de l'énigme. Lorsqu'il a dépouillé l'air qui l'environne immédiatement d'une partie de son oxigène, ce qui reste, qui est'un peu plus léger que Tair atmosphérique et à qui la combustion du phosphore a donné quelques degrés de chaleur de plus, s'élève et fait place à de l'air non encore décomposé qui apporte tout son oxigène dans le procès de cette combustion lente.
Mr. de G. Il me semble, mon cher, que votre explication explique le contraire de ce que vous voulez nous expliquer et est par conséquent une très mauvaise explication.
Mr. de P. {très rapidement,) Mon explication explique pourquoi le phosphore brille d'un éclat sensiblement égal pendant un certain tems et est parconséquent une bonne explication, puisqu'elle acplique
CINQUANTE SIXlésiB £NTEETI£N« 69
ce qu'elle doit^vous expliquer avant d'expliquer ce que TOUS voulez qu'elle explique. Après un certain tems, lorsque tout l'air reofermé dans la phiole a perdu une partie de son oxigène, la lueur doit s'affoiblir. Mais pourquoi s'étend-elle dans un plus grand espace? — Ce n'est point à la surface du phosphore même que se fait la combustion; ce n'est point cette surface qui luit, mais une vapeur de phosphore qui se déijage du bâton par l'action du calorique. Aussi longtems que cette vapeur de phosphore trouve au moment de sou dégagement as* sez d'oxigè^e, elle s'allume très près du bâton.
Le jeune deL. Et lorsqu'elle n'en trouve plus assez elle va le chercher au loin. Voilà l'énigme expli-* quée,
Mr. de P. Fort bien ; mais il faut savoir comment cela se fait.
*Le jeune de L. Par le déplacement des parties de l'air occasionné par la chaleur que la combustion du phosphore développe.
Mr. de P. A présent nous voilà au fait; car votre explication est simple et suffisante et par conséquent la vraie. Mais j'ai encore une observation importante à ajouter, c'est que cette vapeur de phosphore est bien différente des vapeurs ordinaires; elle n'a aucune élasticité.
Mde de L. Comment peut -il exister une vapeur sans élasticité?
Mr. de P. Commençons par prouver le fait. Prenons deux tubes de baromètre égaux et remplissons les bien exactement de mercure qu'on ne fait pas bouillir et renversons les tous deux dans le même bain de mer»
cure. Les deux colonnes de mercure se trouveront précisément au même niveau et le vide de Torricelli ne sera pas parfait mais contiendra un peu d*air dont Të- Insticité sera égale, comme vous savez défa, à une colonne de mercure d'une ligne et demie de hauteur. A présent prenez un Mton de phosphore de 5 à Clignes de longueur et un bâton de cire précisément de même volume et faites monter Tun dans un des deux baromètres et l'autVe dans l'autre. Le mercure s'abaissera dans les deu:^ baromètres d'environ 3 lignes, par ce que ces deux biltons ont ammené dans le vide une petite portion de Tair contenu dans le mercure. Un instant après on voit monter le mercure du baromètre où se trouve le plios- ]>hore de^^de ligne, tandis que l'autre baromètrereste à la même hauteur. Celte ascension du baromètre h phosphore provient de ce que le phosphore a enlevé l'oxigène à l'air contenu dans le vide, et le calcul prouve que cette absorption correspond précisément à une portion d'air égale à celle qui se trouve dans l'autre ba» romètre. Ainsi la pfésence du phosphore qui reste dans le gaz azote n'augmente pas Tél^sticité de ce qaz, quoiqu'il soit bien sur que le phosphore s'y vaporise d'autant plqs aisément qu'il n'est soumis qu'à une petite pression d'environ 3|- lignes de mercure. J'ai fait plus : j'ai fait passer ces deux baromètres en. cet état par tou-r tes lés températures de â degrés R. au dessus de zéro jusqu'à i6 et la différence des hauteurs des deuxbaro- Tnètres a été constamment la même, ce qui seroit impoMible si la vapeur du phosphore étoit élastique.
J'ai ajouté à cette expérience déjà décisive une au-* Xté d'un genre différent, J'ai pris un gros tube de verre,
CIKQUAKTB SIXIEME ENTRETIEN. 7I
d'environ x poace de diamètre, de trente pouces de longueur et gradué très exactement en volumes égaux de sorte qu'on pouvoit observer facilement et sûrement Y^^ du volume. J'ai rempli ce tube de gaz hydrogène parfaitement pur au moyen de l'appareil pneumato-chi* mique à ^mercure en sorte qu'il restoit encore un peu de mercure dans le tube; f ai introduit un bâton de phosphore dans ce gaz, et observé à l'instant la hauteur du mercure dans le tube, de même que celle d'un baromètre et d'un thermomètre, pour avoir une mesure exacte de l'élasticité du gaz hydrogène. Cela étant fait j'ai fermé hermétiquement le bout ouvert du tube sous le mercure et placé le tube horizontalement faisant passer successivement le bâton de phosphore d'un bout du tube à l'autre pour accélérer l'évaporation. Vingt quatre heures après j'ai replacé le tube dans le bain de mercure , je l'y ai ouvert et observé la hauteur du mercure dans le tube. Elle ne s'est pas trouvée la même que le jour précédent. Mais après avoir observé de nouveau le baromètre et le thermomètre et calculé les deux corrections à faire, il s'est trouvé que le gaz avoit précisément la même élasticité que le jour précédent.
JUr. de J7, Mais êtes- vous sur que le phosphore se soit vaporisé dans cet espace hermétiquement clos ' et dans le gaz hydrogène?
Mr. de P. Assurément sans quoi l'expérience ne feroit pas preuve, et voici la manière dout je m'y suis pris pour m'en assurer. J'ai porté le tube fermé dans 1 la chambre obscure où je l'ai placé dans une situation un peu inclinée et je l'ai ouvert ; le phosphore est tombé à l'instant et l'inclinaison du tube a donné occasion
yfi CINRUANTE SIXIEME ENTRTIEIT*
à Tair atmosphérique d'entrer dans le tube en en chassant Thy drogène. A ce passage des deux gaz on voyoit le phosphore volatilisé s'allumer, c, à. d. répandre une lueur qui montoit dans le tube avec Tair atmosphérique.
Mr. de iZ. Cette preuve est évidente,
Mr. de P. Et j'ose en vertu de ces deux expériences affirmer que le phosphore qui se volatilise dans des gaz irrespirables n'a point d'élasticité^ et voilà une nouvelle forme sous la quelle les substances s'offrent au Chimiste et au Physicien; nous voulons la nommer forme volatile pour la distinguer de la forme de vapeur doût le caractère essentiel est l!élasticité, et comme nous ne pouvons supposer que le phosphore dans cet état soit fluide, nous devons admettre que la volatilisation dissémine le phosphore en parties concrètes d'une finesse extrême qui témoignent peut-être de l'affinité pour les gaz irrespirables, puis qu'elles se répandent d'ellesmêmes dans ces ga^. II est vraisemblable que le souffre, la fumée de charbon et quelques oxides, tels que celui de zink ettl'arsénic, qui se volatilisent également, se trouvent dans le même état. Nous n'avons point encore d'expériences directes qui confirment cette opi^ nion«
Passons à Toxidation du phosphore dans l'eau. Elle nous fournira un résultat également très intéressant dans les deux expériences suivantes :
Plaçons une cliDche renversée et pleine d'eaù dis*tillée sur une assiète. La cloche a à la circonférence de son ouverture trois protubérances qui forment trois petits pieds qui portent la cloche. Un peu d'eau dans Tassiète ferme la cloche par en bas, en sorte que Tair sour
CaXQUANTE SIXIÈME ENTRETIEN. 75
tient Teau de la cloche. On introduit un bâton de phos* phore sous la cloche et laisse Tappareil dans cet état pendant plusieurs jours et plusieurs semaines, couvert d'un cloche de métal qui arrête l'influence de la lumière* Le phosphore s'oxide, la croûte blanche se forme et il ne se dégage pas la moindre bulle de gaz. ^
Coupez un morceau de phosphore en deux et mettez en une moitié dans de l'eau distillée exposée à l'air et l'autre moitié dans une petite phiole pleinQ d'eai; distillée et refroidie après qu'on a expulse Tair en la faisant bouillir pendant un quart d'heure. On ferme la phiole hermétiquement et laisse cestecond appareil également privé de lumière pendant quelques semaines. Le phosphore placé dans l'eau exposée à l'air s'oxide, , mais celui qui est soustrait à l'action de l'air sur l'eau ne subit aucune chajtigement.
' Mde. de L. Vous allez nous prouver que c'est l'air qui oxide le phosphore en dépit de l'eau qui se trouve «ntre deux.
Mr. de P. On a cra longtems que le phosphore s'oxide dans l'eau aux dépends de l'eau même, en lui enlevant son oxigène ; mais vous avez deviné juste. C'est l'air atmosphérique et non pas Peau qui produit l'oxidation; car si c'étoit l'eau, nous verrions dans le premier appareil le gaz hydrogène s'échapper et se loger dans la région supérieure de la cloche pleine d'eau. Mah on n'y découvre pas la moindre petite bulle de ce gaz, tandis que la d^soxidation de. l'eau qui auroit di^ avûir lieu poiïr oxider le phosphore ea eut produit plu» ^leur^ pouces cubes.
Mde. de L. Mais çon^ment )>ir ^tmo$phéri(|i;|e^ %\
c'est lui qui oxide le phosphore comme votre seconde expérience le prouve, peut r il exercer cette action sur le phosphore dont il est séparé par l'eau?
Mr. de L. Avez -vous, madame, déjà oublié la marche chimique des substances , la grande magicienne qui fait tout dans la Chimie? Je parie qu'elle va bâtir un pont pour ammener Tair atmosphérique près du phosphore.
Mr. de P. Tout juste, et je prie monsieur le Comte de faire ici à ma place l'ofEce de souverain Pontife.
Mde. de L. Depuis quand les pontifes font -ils des ponts ?
Mr. deV, Cela n'a plus lieu aujourd'hui; mais chez les Romains les Sacrificateurs étoient [en même tems les directeurs des ponts et chaussées et c'est de là qu'ils avoient le nom de pontifes. On croyoit alors que les prêtres, lorsqu'ils ne vaquoient pas aux devoirs du sacerdoce, pouvoient employer leur tems à des choses
utiles.
Mr. de G. £h ! mon ami ! Je connois des pays où Ton fait faire aux ministres^ du culte protestant la noble fonction de crieurs publics. On entend publier de la chaire que tel paysan a perdu au cochon ou une oie, que tel autre sera fouetté et marqué à la porte de l'église, qu'un soldat a déserté etc., apparemment pour honorer le sacerdoce et l'office divin,
Mr. de P. Voyez, madame, ce que c'est que de vouloir savoir l'étimologîe des mots. Cela ammène des satyres contre certains gouvernemens, et qui pis est, des satyres vraies. Hâtez vous y monsieur le Comte,
de fermer la bouche à notre ami G. par l'explication qpd je rous ai prie de nous donner.
Le Comte C. Je crains de m'en tirer mal. Voyons: L'eau a une affinité physique pour Tair, ce qui fait que de règle elle en est imprégnée. Gela est sur. Ainsi le phosphore mis dans Feau se trouve déjà en contact avec dugazoxigène; il doit donc se combiner avec lui. Dès que la première couche d'eau est destituée d'oxigène atmosphérique, elle s*en fournit des couches voisines^ celles-ci des suivantes et ainsi de suite jusqu'à la sur* face libre de l'eau qui lève ses recrues dans l'air même. Ainsi il s'établit de l'air atmosphérique une marche chimique du gaz oxigène au travers de l'eau, en vertu de l'aOïniié physique de l'eau pour le gaz oxigène.
Le jeune de L. Voilà le pont bien établi et je vous salue, monsieur le Gomte, Souverain pontife de notre société.
Le Comte C, Non, mon cher; nous autres ne som« mes que les enfans de choeur et voilà (e/z montrant monsieur de P.) notre souverain pontife.
Mr, de P. Je vous suis obligé, monsieur le Comte, delà bonté que vous avez de llattlsr ma passion pour les titres. En revanche je vais vous dire quelque chose que vous savez déjà dès longtems , que le phosphore se combine par affinité chimique à l'hydrogène pour former un gaz inflammable par excellence, qui s'allume au contact de l'oxigène sans avoir besoin pour cela de ilamme ou d'étincelle électrique ou de chaleur plus qu'ordinaire. Car si l'on prend nne cuvette pleine d'eau et qu'on y plonge le goulot ouvert d'uti flacon ^lein de ce gaz, ea iocliodQt un peu le flacon pour^en faire sortir guel^ues
bulles, alors chaque bulle qui monte à la surface de Teau s'eoH^mme d'elle-même au contact de Tatmos^» phère et produit une vapeur en forme d'anneau ou de guirlande.
Mde. de L. Cette expérience doit être bien jolie,
Mr. de P. Oui, madame, à la mauvaise odeur près qu'elle occasionne. Ce gaz est Vhydrogène phosphore. On le nomme aussi perphosphorë par ce qu'il y a une autre combinaison d'hydrogène et de phosphore qui contient moins de phosphore et qu'on nomme protophosphore, mais qui ne s'allume pas spontanément dans l'aîr Jou le gaz oxigène. On ne connoit pas encore la proportion des principes du gaz hydrogène phosphore. Mais ce que l'on sait c'est que lorsqu'on lui enlève son phosphore, alors l'hydrogène prend un volume de moitié plus grand, en sorte que 100 parties en volume de ce gaz contiennent i5o parties en volume de gaz hydrogène; ce qui prouve que la combinaison du phosphore avec le gaz hydrogène condense ce gaz considérablement. Au reste on n'obtient pas le gaz hydrogène phosphore en mettant tout simplement du phosphore en contact avec du gaz hydrogène comme dans une de nos expériences précédentes. Car alors le contact de l'air ne fait qu'allumer le phosphore et n'agit point sur l'hydrogène, tandis que, lorsqu'on a du gaz hydrogène phosphore, Thydrogène s'enflamme avec le phosphore.
J/r, de T^ D'oii vient cette différence?
Mr. de P. De ce que l'hydrogène phosphore con-.. tient asse^ de phosphore pour que son inflammation piroduise I9 chaleur nécessaire pour allumer l'hydrogène.
CïSqVAJXTE SIXIEME ENRETIBN. 77
Pour produire le gaz hydrogène phosphore on prend de la chaux vive qu'on humecte d'eau jusqu'à en faire une bouillie. assez épaisse; on j mêle de phosphore couptf en très petites parcelles et on chauffe ce mélange médiocrement dans une cornue â bec recourbé pour rece* voir par l'appareil pneumatique le gaz qui s'en échappe. L'action réunie du pjiosphore et dé la chaux décomposent l'eau de la boullie; il se dégage du gaz hydrogène qui, au moment de sa naissance et soutenu de l'action de la chaleur, s'empare d'une partie du phosphore, tandis que l'autre produit avec l'oxigène de l'eau une portion d'acide phosphorique qui se combine à l'instant avec la chaux. C'est au gaz hydrogène phosphore que nous devons probablement les feux -> follets qui se dëga-« gent des marais, la lueur du ver luisant, du scarabée à lanterne et d'autres insectes luisants , la lueur des pois«« sons qui commencent à pourir etc. Toutes ces lueurs ont reçu le nom de lueur phosphorique.
Le Phosphore se combine avec une vingtaine de métaux. Ces combinaisons, qu'on nomme phosp/iures métalliques, sont solides, inodores, cassantes, insipides et ont le brillant métallique. Le procédé le plus simple pour les faire est de mêler le métal en poudre ou en limaille à de l'acide phosphorique vitrifié enpar* ties égales et à ^7 de poudre de charbon. On chauffe ce mélange jusqu'à une température un peu au dessus de celle de la fusion. L'acide phosphorique se (iécom<» pose par l'action du charbon et le phosphore qui en ré^» suite s'unit au métal tandis que l'acide carbonique, que l'action du charbon sur l'acide phosphorique produit, s'échappe dans Tain
Le phosphore est soluble dans toutes les espèces d'huile et surtout dans les huiles essentielles, telles que celles de thérébentine^ d'oeillet etc. Ces huiles^ ainsi imprégnées de phosphore, servent à tracer des caractères sur du papier, ou sur une paroi, invisibles à la lumière ^ luisants dans robscutité, L'éther vitriolique sert encore mieux à ce jeu chimique.
Le phosphore a, d'après^tout ce qui vient d'en être dit, beaucoup d'afiinité pour Toxigène. Aussi décom-* pose- 1- il plusieurs acides, tels que Tacide nitrique et 'nitreux, Tacide muriateux et muriatique etc.
Le phosphore se trouve tout fait dans Torganisation animale. Il est contenu en grande quantité dans les os de tous les animaux qui sont composes en très grande partie de phosphate de chaux, combinaison de chaux et d'acide pbosphorique dont on extrait le phosphore par un procédé assez compliqué. Il parbit décidé que le phosphore n'est pas une substance simple, puis-* «que l'action de la lumière en extrait une substance noirâtre qui eist vraisemblablement un composé de carbone. Si l'on considère l'origine animale et la grande inflammabilité du phosphore, on présumera qu'il est composé d'hydrogène, de carbone et d'azote; sa volatilité indique peut-être quelques parties d'oxigène.
La découverte du phosphore est due à un ancien Chimiste allemand nommé Kunkel. Depuis on a donné le nom de phosphore à d'autres substances bien diffé« ' rentes du phosphore, telles que le phosphore de Homberg, de Baudouin, de Bologne etc. Ce sont des composés 4'aeides minéraux et d'alcalis minéraux, de vraies dierres qui ont la propriété de luire dans Tobscurité.
CINQUANTE SIXIEME ENTRETIEN. 7g
J'ai été très prolixe sur le phosphore. Mais f espère que madame de L. voudra bien me le pardonner en fa« yeur des résultats importants que l'examen de cette substance nous a fournis. Je serai plus réservé aux ar* ticles suivants. /
Mde. de L, Je puis en tout cas vous assurer que f ai pris beaucoup d'intérêt à tout ce que vous nous avez dit sur le phosphore. Les phénomènes qu'il offre sont si frappants qu'on désireroit en apprendre davantage.
Mr* de P. Passons donc au soufre^ corps que nous mettrons sûrement au jiombre des plus importants si. nous considérons qu'il entre essentiellement dans la composition de la poudre à canon qui vès^e depuis trois siècles les destinées des Nations et des Rois.
Le soufre est connu de tout le monde. Il est inflammable à 120 degrés R., mais brule mal; sa flamme bleue se continue à peine dans l'air atmosphérique, ce qui prouve une foible affinité chimique pour le gaz oxigène. Chauffé dans des vases ouverts le souffre se fond * et se volatilise et produit l'acide sulfureux en se combi* nant avec l'oxigène de l'atmosphère. .Chauffé à une plus 'haute température que celle qu'il Tui faut pour se fondre, il s'épaissit et change sa couleur jaune en rouge plus on moins foncée. C'est en cet état que l'on s'en sert, pour faire des empreintes de pierres gravées* Enfin chauffé dans une cornue à la quelle on applique un matras le soufre se sublime et se dépose dans le matras en forme de poudre ou d'aiguilles très fines qu'on pulvé« lise. Le souffre en cet état est ce qu'on nomme fleur de soufre.
Le soufre est insoluble dans l'eau ^ l'esprit de vin»
80 CINQUANTE SDCiAmE ENTRETIEN,
Tether et les acides, en général dans toutes les substances qui contiennent beaucoup d'oxigène. Par contre il s'unit au carbone, à l'hydrogène, à l'azote, au phosphore, aux huiles, aux métaux et aux alkalis. Ces combinaisons se nomment sulfures , comme celles du phos-
phore phosphures.
Mr. de R. Voilà bien des combinaisons*
Mr. de P. Nous n'en examinerons qu'un petit nombre. Commençons par le sulfure d'hydrogèney nommé hydrogène sulfuré. Il existe sous la forme ga-ç zeuse, a presque deux fois la pessanteur spécUique de Tair et est peut «-être le plus mortel de tous les* gaz; sa propriété délétère s'annonce par une odeur insupportable d'oeufs pourris. Un chien meurt dans un mélange d'air atmosphérique et de ^^ de ce gaz en poids ou de en volume. Il est composé d'environ 94 parties
xooo
de soufre sur 6 parties en poids d'hydrogène, qui a le même volume que le sulfure. On le trouve combiné dans les eaux minérales dites sulfureuses avec de la potasse ou de la soude, et c'est son évaporation qui produit l'odeur désagrable de ces eaux. On se le procure par l'action de l'acide hydro-muriateux liquide $ur les sulfure^ de zink. et d'alkali.
Ce gaz est inflammable, mais ne s'allume pas spontanément comme l'hydrogène phosphore, ni à l'air ni dans le gaz oxigène pur. Il décompose l'air atmosphérique à la température ordinaire et produit de l'acrde sulfureux et de l'eau, au moyen del'oxigène qu'il lui enlevée Il a en outre deux propriétés très remarquables; il s'unit aux alkalis et rougit la teinture de tournesol^
CINQUANTE SIXIEME ENTRETtEl^. gî
propriétés qui lui ont valu l'honneur d'être rangé au nombre des acides.
Mde. de L. Au nombre des acides? Vous ai* je . bien Compris? *
il/r. de P. Oui, madame.
Mde. de L. Mais les acides contiennent de î'oxîgène et le sulfure en question ne contient que de l'hydrogène et du soufre.
Mr. de P. Oui, madame.
Mde. de L. Vous me tiiez avec votre laconiques oui, madame.
Mr. de P. Que puis-fe vous dire davantage? Il est très vrai, au moins c'est ma persuasion intime^ que Toxigène est un prin/^ipe essentiel des acides et que Ton admet que Thydrogène sulfuré ne contient pas un atome d'oxigène. Il est vrai en outre que les acides
sont rangés dans le système chimique sous la classé des corps brûlés et ce sulfure est un corps non brûlé, tout aussi bien que les sulfures métalliques. Que puis-fe dire si non que c'est une inconséquence à la quelle le^ Chimistes s'obstipent. II en est de mcme de tacide priissique, liquide très volatil, inflammable, composé de carbone^ d'hydrogène et d'azote, sans oxîgène^ Il agit sur la teinture de tournesol et les alkalis Comme l'hydrogène sulfuré. Cette faute commise par les Chimistes provient de ce qu'ils regardent la propriété de rougir la teinture de tournesol comme un caractère distinctif des acides. Mais si cette teinture dans son ^ état bleu n'est autre chose qu'une teinture primitivement rouge et rendue bleue par un alkali, comme le prétendent les meilleurs Chimistes de nos jours, vous voyez
$2 GINQUANRE SIXIÈME ENTRETIEN.
que ce caractère se réduiroit à enlever l'alkali à la teîn* ture bleue. Or rafHoité pour les alkalis n^est pas propre aux acides seulement; elle appartient encore aux terres et au soufre qui ne sont assurément pas des acides ; pourquoi n'appartiendroit-elle pas à un composé de soufre et d'hydrogène, ou d'hydrogène, de carbone et d'azote sans que ces combinaisons soient des acides?
Puisque nous avons nommé l'acide prussique je dois vous dire qu'un ipélange de ce soi-disant acide avec la potasse nous fournit le réagent le plu^ puissant pour découvrir les plus pcfcites quantités d'oxide de cuivre ou de fer dans une solution donnée. Le sulfure d'hydrogène seul sert au même but; on l'employé avec succès pour reconnoitre les vins frelatés.
Le Comte C N'est-ce pas au moyen de l'acide prussique qu'on fait le beau bleu de Prusse?
Mr* de P. On le combine à cet effet avec le deutoxide de fer qni se précipite avec une couleur verdâtre et devient bleu en absorbant l'oxigène de l'air. Le procédé qu'on suit dans les arts pour l'obtenir est compliqué. On y employé de règle du sang pour former l'acide prussique.
Tous les métaux se combinent avec le soufre et produisent des sulfures^ métoUiques. Ils sont solides, cassants, inodores et insipides, et presque tous sont cristallisés; quelques uns ont le brillant métallique, d'autres pas. Ils nou$ offrent presque toutes les couleurs, et c'est dans ce riche fond que les peintres puisent plusieurs couleurs minérales que les oxides ne leur fournissent pas. Les sulfures sont de .'règle plus fusibles que les métaux lorsque ceux-ci sont difficiles à fondre, et
QNQUiJfTB SIXIÂMB WTKBTtEtfé B3
le sont moins. quand ces métaux entrent facileitient en fusion. Il n'agissent point sur le gaz oxigène sec à une température moyenne* Mais si le gaz est humide, alors ils en attirent l'eau qu'ils décomposent. Cette décomposition produit de la chaleur qui augmente l'afiEnitédu sulfure pour le gaz oxigène, qui alors se combine arec le soufre, produit de l'acide sulfureux ou sulfurique qui attaque le métal, l'oxide et le dissout^ si c'est un métal sur le quel ces acides ont prise. Si au contraire le métal est inattaquaBle à ces acides , il se sépare du soufre en forme métallique. La même chose a lieu en chauffant le sulfure jusqu'à la chaleur rouge ou blanche. Si Ton fait cette opération dans des vases clos, ie soufre se sublime et c'est ainsi qu'on décompose plusieurs sulfures pour gagner le métal ou le soufre ou l'un et l'autre.
On compose les sulfures de la même manière, c. à. d. par la chaleur. On mêle pour cet effet le métal et le soufre tous deux pulvérisés et l'on chauffe le mélange dans un creuset jusqu'à la fusion du métal. Si le métal est très difficile à fondre on emploie son oxide avec un excédent de soufre. Alors une partie du soufre désozide le métal et se change en acide sulfureux ; le reste du soufre se combine avec le métal. La chaleur intérieure qui se dégage par la combinaison de To^igène de Foxideavec le soufre, se joint à la chaleur extérieure provenante du fourneau pour fondre te métal et est d'au- "Unt plus^efficace qu'elle attaque le métal dans tous ses points.
Mde. de L. Voilà de singuliers efïFets de la cha^^ leur ! Elle décompose et compose à elle seule les suU £ires« Gomment cela est-^il posi^ible?
84 GINQUAMTE SIXiâME ENTRETIEN»
Mr. de P. Elle produit l'un ou l'autre de ces effets selon les degrés sous les quels on l'employé ; poussée jusqu^â Tincandescence elle surmonte Taffinité du métal au soufre et sublime celui-ci; mais poussée seulement jusqu'au degré de fusion du métal elle donne la forme liquide aux deux substances et met l'aiEnité-physique en état de les réunir. Nous avons déjà eu les mêmes effets de la chaleur dans l'oxidation et la désoxidation du mercure.
Permettez moi, madame, de vous dire quelques mots sur deux sulfures particuliers, celui de fer et celui de mercure , et je passerai les autres sous silence par ce qu'ils n'intéressent guères que le Chimiste de profession. U existe deux sulfures de fer dans la Nature et l'Art peut ep composer encore d'autres sous diverses proportions.
Celui qu'on trouve le plus souvent (on peut dire presque par tout) est le persulfure, composé d'environ 46 parties de fer et S^ de soufre; il est gris- jaunâtre, a le brillant métallique et n'attire pas l'aimant. L'autre est composé de 65 parties de fer sur 37 de soufre, est jaune, brillant et soumis à l'action de l'aimant. Ce protosuifure est bien plus rare que le persulfure.
Une mélange tout simple de limaille de fer et de soufre pulvérisé donne lieu à un phénomène étonnant et bien fertile en conséquences.
On mêle dans un grand pot de terre environ 3o livres de chacune de ces deux substances avec assez d'eau pour en faire une pâte et l'on enfouît le pot sous terre à quelques pieds de profondeur, après l'avoir bien fermé. Au bout de quelques jours le mélange éclate/ dé-
CaNQUiJNTB SnuâBfB lai T HJbTlE y» 85
toone fortement, jette au loin la terre dont il ëtoit surchargé et s'allame. Nous devons cette belle expérience au Chimiste Lemery.
Mr. de R. C'est un volcan en miniature !
JUr. de P. Assurément et je vous prie de nous ex» pliquer dans nos principes chimiques comment cet effet peut avoir lieu.
Mr. de R. Je doute que je puisse m'en tirer.
Mr. de P. Prenez courage et considérez d'abord quelles substances.se trouvent dans ce procès.
Mr. de R. Du fer, du soufre et de Teau.
Mr. de P. Connoissez vous quelque action de Teau sur le fer?
Mr. de R. Le fer se rouille dans Teau. La rouille est un oxide de fer ; donc le fér s'oxide aux dépends de Feau et dégage du gaz hydrogène.
Mr. de P. Je vous passe cette conclusion , quoi-» qu'elle ne soit pas tout-à-fait juste; demain nous ver* rons pourquoi. Veuillez continuer.
Mr. de R. Mais vous m'accordez la décomposition de Teau.
Mr. de P. Assurément.
Mr. deR. Cette première décomposition, ou plutôt la première oxidation du fer , produit de la chaleur qui favorise de nouveau la décomposition de Teau ou Toxidation du fer. Cette nouvelle oxidation produit de nouvelle chaleur, qui à son tour produit une nouvelle oxidation plus rapide, et j'imagine que ces dégagemens de chaleur successifs peuvent aller jusqu'à la chaleur rouge, peut-être jusqu'à l'incandescence , d'autant plus que cette chaleur ne se perd pas facilement, le mélange
une température moyenne ; mais soutenu d'une chaleur supérieure, Toxigène de l'air le décompose, lui enlève le soufre pour former de l'acide sulfureux. Mais sans le contact de f'air, la chaleur, pourvu qu'elle n'aille pas tout- à- fait jusqu'au rouge, ne le décompose pas; elle ne fait que le sublimer et rehausser sa belle couleur. On trouve le cinnabre tout fait dans les mines , dont les plus importantes sont à Idria en Carniole, à Âlmaden e|i Espagne et au Pérou, C'est de lui qu'on exploite le mercure que la Nature ne nous livre pur nulle part.
Cinquante septième entretien.
JVlr. de P. J'ai eu l'honDeur, madame, de vous parler hier de -choses qui ne vous étoieut pas tout- à -fait inconnues. Aujourd'hui permettez jnoi de commencer notre entretien par deux substances qui probablement vous le sont entièrement. La première est le bore,
Mde, de L^ En efiet ce mot n'a jamais frappé mon oreille?
Mr. de P. Mais peut-être celui de borax, sel dont on se sert pour faciliter la fusion de la soudure qu'on ebploje à joindre deux pièces de métal, de même que dans la verrerie et dans quelques opérations chimiques. Eh bien! le borax est un sel cristallisé qui nous vient duTbibet, du Bengale, de la Chine, du Pérou, etc. où on le trouve en gros blocs dans des lacs d'eau salée. Ce sel est composé d'acide borique et de soude. L'acide lui -même, qu'on a été longtems sans pouvoir le ' décomposer, est composé d'oxigène et d'un radical paridculier à qui on a donné le nom de bore. Nous devons cette découverte aux travaux réunis des deux célèbres Chimistes (jay-Lussac et Thénard en i8og, découverte qui a Tavantage important de diminuer d'un le nombre très petit des acides à bases inconnues. Ce radical de
90 CQf QUAKTE SEPTIEME; ENTRETIEN.
Tacide borique est solide, de verd olive fonce, sans saveur et sans odeur, infusible à la plus haute température du fourneau chimique. Il se combine avec Toxi* gène pour former son acide, qui lui» même est solicfe ; mais ce n'est qu'à la température un peu au des« sous de la chaleur rouge que se fait la combinaison qui est une vraie inflammation; car il y a production de lumière et de chaleur. Le bore se combine seulement avec deux métaux,. le fer et le platine, et produit par là deux substances qu'on nomme borure de fer et borure de platine, par analogie aux sulfures, phosphures etc.
Mde, de L. Je vous avoire que le bore et les borures m'intéressent peu , quelque importante que soit leur existence pour la théorie chimique.
Mr, de P. J'en suis fâché, madame, vii les éloges bien mérités que j'ai eu souvent l'occasion de donner à > votre Logique qui se pi ait à tout ranger dans un ordre systématique. Mais je m*en console en me souvenant que le bon Homère dort quelque fois.
Mde, de L. (^un peu stupéfaite. ) Dois-fe me fâcher ou m'enorgueillir de cette comparaison?
Mr,deP. Le mieux sera, madame, de l'oublier et de prêter quelque intérêt à une nouvelle rabstance encore très énigmatique à qui on a donne le nom d^iode, nom qui vient du grec et signifie violet , par ce que cette substance, chauffée à quelques degrés au dessus de l'ébullition de Teau , se change en une vapeur de cette couleur. A la température ordinaire l'iode est solide, composé de lamelles qui ont l'éclat métallique, de couleur gris -bleuâtre foncé, à peu près comme le crayout II est très peu solublç dans l'eau et très fort
CnrQUAKTB SEPTIEBfB UNXKKTIBH* 9I
dans Talkohoi. Sa pesanteur spécifique est très remarquable; elle va k près de 5 fois celle de l'eau. Le gaz otigène n'a, dans son ëtat naturel et même soutenu de la chaleur , aucune prise sur Tiode. Il en est de même de Tazote. L'iode ne fait également aucun efiet sur le carbone* Par contre *il entre en combinaison avec le phosphore, l'hydrogène et presque tous les métaux et forme des iodures. Son action sur le phosphore est très marquante, elle produit un grand df'gagement de lumière et de chaleur et un phosphure d*iode ou iodure de phosphore. Si ces deux substances sont mêlées avec de l'eau, l'eau se décompose; il se forme du gaz hydrogène phosphore, de l'acide phosphoreux et une combinaison d'iode et d'hydrogène qui a les propriétés des acides , et se nommé acide hyflrîodique.
Le Comte C. Ce ijouvel acide m'étonne. Voilà le second acide que la Chimie nous fait connoitre dont la base est Thydrogène et le principe acidifiant autre chose que l'oxigène! Ou bien l'iode seroit-il de Toxigène sous une forme concrète?
Mr. de P. Je réponds à cela comme le chantre de MantouA: non nostrum inter vos tantas componere lites. Ce m'est pas à moi de décider une si grande question. Au contraire, je vais vous embarassei* doublement en vous disant que l'iode, la même substance 'qui acidifie l'hydrogène, peut se combiner avec l'oxigène dans plusieurs opérations où l'oxigène est au mo-^ ment de prendre la forme de gaz, et forme alors un nouvel acide nommé aeid^ idiodique^ dont l'iode est le radical et l'oxigène le principe acidifiant»
3/r. de R. Voilà une seconde Ghlorine toute faite !
Mr. de P. Et , à ce qu'assurent plusieurs Chimistes^ une nouvelle preuve pour l'hypothèsie de Davy.
Mr. de A. Ce pourroit être une analogie en fa* veur de cette hypothèse, non une preuve.
Mr. de P. Ce qui m'étonne dans ces phénomènes, c'est qu'il ne faut qu'une partie en poids d'hydrogène sur loo parties d'iode pour composer Tacide hydriodir que et une partie d'oxigène sur 20 parties d'iode pour former l'acide iodique. Aucun autre acide connu ne livre des proportions aussi petites.
Le Comte C. Que disent les Chimistes?
Mr. de P. Après avoir fait ce qu'ils ont pu pour» découvrir de l'oxigène dans l'iode sans y réussir, ils ont décrété que l'iode est une substance simple qui jouît en même tems de la propriété d'un radical et de celle du principe acidifiant.
Mde. de L. Mais quelle est votre opinion , monsieur de P.? Vous voyez que Tiode commence à m'intéressor.
Mr. de L. II a furé la mort aux hermaphrodites et je vous réponds qu'il ne laissera pas vivre celui-là.
Mr. de P. Fort juste. Au reste c'est s|ns animo*» site que je le fais. Récapitulons de sang froid dîe que nous savons^ à cet égard, Nous connoissons l'oxigène comme le principe acidifi.ant; plus de trente acides mettent cette thèse hors de doute. La Chlorine (notre acide muriateux) est selon Davy un second principe acidifiant, L'iode ^era le trosième, au que| nous devons ajouter lesoufie comme quatrième oxigène; carlacombinaison du soufre avec de l'hydrogène produit le soir- ^ disani; acide connu sous le nom d'hydrogène sulfuré.
CINQUA29TÈ SBPTIEBIB ENTRETIEN. g3
Ainsi nous aurions déjà quatre oxigènes; car oxigène yeut dire à la lettre principe acidifiant. Et s'il su£St d^iin composé d'hydrogène et d'une autre substance qui rougisse la teinture de tournesol , pour considérer cette autre substance comme principe acidifiant, le soidisant acide prnssique nous offrira un oxigène dans un mélange de carbone et d'azote *) d'où il suit que nous aurions un principe acidifiant non simple mais composé: ce qui est contraire à Tidée qu'on se fait d'un principe. N'est-il pas plus naturel de n'admettre qu'un principe acidifiant et de refetter ces soi-disants acides à qui l'on n'a donné ce titre que par ce qu'ils rougissent la teinture de tournesol et entrent en combinaison avec quelques oxides?
Le ComteC. .Mais que fera-t-on de ces soi-disants acides?
Mr. de P. Une classe particulière de substances à qui nos grands Chimistes donneront un nom particulier. Si j'osois me permettre d'en proposer un, jeproposerois celui (fidrique.
Je crois, madame, vous avoir entretenu assez longtems des épines que la Chimie rencontre dans le champ des faux acides. Permettez moi de passer aux métaux^
*) C*est ce qu^admettent en effet presque tous les Chimistes et surtout Gay-Lussac qui a nommé le soi-disant principe acidifiant de Tacide prussique cyanogène , nom grec qui signiBe producteur de la couleur bleue, par ce que ce soi-disant acide teint i*oxide de fer en bleu en produisant le bleu de Prusse. L^iilustre Vauquelin ▼lent d*ajouter a Tacide hydrocyanique Tacide cy unique, un vrai acide dont Toxigène est le principe acidiBant et le cyanogène le radical.
04 QXQUANTB âfiPTIEME ENTaBTI£N.
autre genre de substances que Ton n'a encore.pu ni composer ni dëcomposer quoique rAlchimie ne se soit pas donné peu de peine à cet égard.
Si nous en exceptons l'air que nous respirons , les végétaux qui nous nourrissent et la terre qui nous porte, je doute qu'il y ait une classe de corps qui exerce autant d'influence sur l'homme que les métaux. C'est un métal qui sillonne la terre pour la rendre fertile; c'est le même métal dont on forge le sabre et le fusil ; c'est un métal ,dont on fond les canons qui écrasent les armées et les forteresses^ le même dont on fond les cloches qui nous appellent au service du Dieu de paix et de miséricorde; c'est un métal dont se forment les utensiles de presque tous les ateliers ; ce sont trois métaux dont on fait la monnoie qui est l'unité pour tous les échanges, la base du commerce; ce sont enfin des métaux qui fournissent au peintre les plus solides couleurs et celles dont vos chambres , madame, sont enluminées avec tant de goût. £h bien ! malgré tous ces services, utiles ou pernicieux, que nous tirons des métaux, nous ne sommes pas encore en état de donner une définition précise du métal. Nous sommes obligés de nous en tenir à quelques propriétés communes à tous les corps que nous regardons comme appartenantes à ce genre.
Les métaux sont les plus opaques de tous les corps ; leur surface est très brillante et susceptible d'un beau poli. Plusieurs d'entre>^ux sont malléables et ductiles. Tous sont fusibles et presque tous se cristallisent en se refroidissant. Les métaux sont les meilleurs conducteurs de la chaleur et de l'électricité. Tous sont susceptibles de se coinbiner avec l'oxigènCi et la plupart
CiKQUAOTB «ÉPTiâMB BNTRBTIÉN* QS
en forme d'oxides et combines avec les acides , produi* sent des sels. Enfin tous les métaux, à Texception de deux, sont beaucoup plus pesants que l'eau.
Nous connoissons environ 3^ métaux. Je dis envi« ron, par ce que depuis une vingtaine d'années" leur nombre augmente sensiblement par de nouvelles décou« vertes. Voici ceux qui sont décidément connus: Le platine^, Tor, l'argent, le mercure, le cuivre, le fer, Tétain, le plomb, le zinc, Tarsénic, le cobalt, le bismuth, le manganèse, le molybdène, l'antimoine, le nickel, le chrome, le tungstène, le tellure, le titane, Turàne, lecolumbium, lecérium, Tosmium, le palladium., le rhodium, Tiridium, le potassium, le sodium, le barium, le strontium, le calcium.
Pour que ces trente deux noms ne soient pas, à l'exception des huit ou dix premiers , de simples sons sans signification pOur vous, fe vais madame, avoir Thonneur de vous partager les métaux en différents grouppes relativement à leur influence sur Toxigène. D'abord nous disjdnguons ceux qui absorbent le gaz oxigène en se combinant avec lui, de ceux qui ne l'absorbent pas, quelque soit la chaleur qu'on y emploie.
Mr. deL* Arrêtez, monsieur le Professeur. Vous venez de nous dire que tous les métaux se combinent avec Toxigène et à présent vous voulez faire une classe entière de métaux qui ne se combinent pas avec l'oxigène. ,
Mr. de G» Voilà, mon cher, votre logique en défaut.
Mr.deP, (souriant,) Qu'en pensez-vous, madame?
Mde. de L. Que vous vous tirerez d'affaire.
g6 CINQUANTE SEPTIEME ENTR^IBN.
Mr. de P. Jedésireroisfort, messieurs qui m'apostrophez si vivement, pouvoir charger madame de L. de vous faire la petite leçon que vous me forcez de vous donner, afin qu'elle vous paroisse moins amère. J'ai dit et dis encore que tous les métaux sont susceptibles de se combiner avec Poxigène , mais pas tous avec le gaz oxigène; car Poxigène n'a pas toujours la forme gazeuse; il a dérègle la forme liquide dans les acides et solide dans les oxides. Les métaux qui n'attaquent nullement le gaz oxigène , c. à. d. le platine , Tor , l'argent, le palladium, l'iridium et le rhodium, sont oxidabjes par quelques acides et témoignent par là de l'affinité pour l'oxigène liquide qu'ils rendent solide en se combinant avec lui. Et c'est un exemple frappant de l'importance des formes en Chimie, importance dont nous avons défa parlé dans la théorie de la chaleur.
Tous les autres métaux sont oxidables par le gaz oxigène ,. mais à différentes températures. Ils attirent pour la plupart le gaz oxigène à la plus haute température qu'on puisse leur donner et au dessous jusqu'à certains degrés. Qqelques autres, le mercure, le plomb, le nickel et Tosmium, ne l'attirent qu'à de moindres températures et leurs oxides se décomposent par la chaleur rouge.
Nous pouvons former deux autres grouppes de métaux relativement à leur influence sur l'eau, dont lepre^* mier contient ceux qui ne décomposent pas Teau , sous aucune température. Ces métaux sont au nombre de 33. Le second grouppe contient les neuf autres métaux qui tous décomposent l'r^'iu. Six d'entre eux la décomposent à la température ordinaire et sont le man-
CIKQUANTB SEPTIÂMB SlfTlUBTIEir* Q^
ganèse, le potassium, le sodium, le barium, le strontium et le kalium. Les trois autres ne la décomposent qu'à Taide de la chaleur rouge et sont le fer, le zink et Tétain.
Le Comte C J*avoue que fe ne conçois pas cette dernière division en deux grouppes ; car f'ai toufours cru que le fer, le zink, le plomb, le cuivre, Tëtàin et beaucoup d'autres décomposent Teau à la température ordinaire. Car ces métaux mis sons Teau se rouillent^ s'oxident et doivent par conséquent décomposer Teau en lui enlevant son oxigène pour s'oxider.
Mr. de P. C'étoit il y a dix ou quinze ans l'opinion reçue, à la quelle peut<*^être quelques Chimistes tiennent encore; mais Texperience a bien prouvé le contraire^ Nous avons ici précisén^ent le cas du phosphore, L*oxidation de ces métaux sous Teau se iait par Toxigène de Tatmosphère au quel l'eau sert comme de filtre chimique. Voici les preuves que fen éi fournies^ J'ai placé dans des vases de verre ouverts sous de l'eau distillée de petits cylindres bien polis de fer, de zink, de plomb ^ de laiton et de cuivre. J'ai ensuite place dans de petites bouteilles pleines d'eau distillée et bien purgée d'air 'cinq autres cylindres absolument semblables aux premiers, et bien fermé ces bouteilles. Au bout de trente fours les cinq premiers cylindres se 5onttrou« Tés oxidés plus ou moins ^ le fer le plus, tandis que les cinq autres n'étoient nullement oxidés. -^^ J'ai placé une plaque de fer poli sous une cloché pleitie d'eaii^ comme dans l'expérience du phosphores Elle s'y est oxidée sans qu'il se soit dégagé la moindre biilje de gaz hydrogène, et cependant il s'étoit formé tant d'o-
98 CINQUANTE SBPTiéME ENTRBTIEN*
xide que si-cette oxidation eut été due à la décomposition de Teau, il auroit dû se dégager un peu plus de 2 pouces cubes d'hydrogène.
Le Comte C. Ges expériences prouvent beaucoup, il est vrai. Mais comme vous nous avez dit que peutêtre Teau peut exister sous une moindre quantité d'oxi«gènede même que le célèbre Thénard a prouvé qu'elle peut exister sous une plus grande quantité, il seroit possible que la masse d'eau eut perdu une petite portion d'ùxigène suffisante pour oxider votre plaque de fer, sans dégager pour cela de Thydrogè^e.
Mn de P: Cette objection est très spécieuse.
Voyons si l'expérience ne la lèvera pas. J'ai placé un cylindre de fer sous du mercure dans un vase ouvert, et le cylindre s'est oxidé; dans un vasefern^é il n'y a pas eu d' oxidation. Le mercure est un métal et ne peut par conséquent fournir 4'âutre oxigène que celui de l'air atmosphérique qu'il filtre ici comme l'eau dansies au* très expériences»
Le Comte C Mais le 'mercure ne filtre «t- il pas aus^ de l'humidité — • pardonnez moi cette nouvelle objection. *-^ Il me semble que Texpërience eut dû se faire sous une cloche pleine d'air bien desséché.
Mr. de P. Je l'avoue; aussi je l'eusse répété de cette manière ii je n'a vois pas fait une autre expérience qui prouve directement que l'oxigène qui produit ces oxidations provient immédiatement de l'air. J'ai placé environ une once de limaille de ferl:)ien imprégnée d'eau dans un tube de ^ de pouce de diamètre,^ de 3 pieds de longueur et fermé par un bout; puis l'autre bout a été fermé her^iétiquement. Le tube étoit gradué très ex-
CiNQUAigTE SEPTIEME ENTRETIEN.' 99
actement pour mesurer l'absorption qui àuroit Heu. Au bout de quatre jours fai ouvert ce tube dans l'eau, qui s'est précipitéeânr le champ dans le tube pour remplir le vide causf' par Tabsorption. Corrections faites pour les yaristioQs du baromètre et du thermomètre Tabsorp^» tion s*est trouvée être un' peu plus de 21-} p. Cent de rait» renfermé dans le tube, et ce qui est resté de cet*ai^ ne contenoit qu'une quantité à peine sensible d'oxigènei
Ainsi le fer, qui à sec n'attire pas du tout le gaz oxigène a la température ordinaire^ a ehlevé dans cette expérience a l'air atmosphérique renfermé^ dans le tube tout Toxigène qu'il contenoit, et ce gaz oxigène a du passer à travers la mince couche d'eau qui couvroit la limaille. ;
Le Contre C. Cette preuve est sans réplique.
Le jeune de L. Je le crois également. Mais tout ceci me paroit plaisant. Monsieur de P. nous a donné tout-à-l'heûre la liste des métaux qui attirent le gazoxi^ gène à des températures au dessous de la chaleurrouge; cesont le mercure, le plomb, le nikel et l'osmium, si je ne me trompe. Ainsi le fer est du nombre de ceux qui ne se combinent avec le gaz oxigène qu'à la favejt de la chaieur rouge. Et cependent voilà le fer qui attire, même au travers de l'eau le gaz oxigène à la température ordinaire. Que penser de cette contradiction?
Mr. de P. Je me félicite, mon cher 4 de vous voir si bien entrer dans notre matière* Voici ma réponse: n j a longte^s qu'on a observé que les gaz agissent plus puissamment sur les corps lorsqu'il sont mêlés avec de l'eau ou seulement imprégnés d'humidité. Mais ce n'est pas l'eau comme telle qui produit cet effet puisque nous
lOO CINQJlNTE sbpitemb bntretien.
avons vu que le fers'oxide aussi dans le mercure comme dans Teau. C'est l'état de condensation du gaz qui est cause de ce phénomène car tout gaz absorbé par l'eau ou tout autre liquide s'y trouve dans un état de condensation bien supérieur à celui où il se trouve sons le poids seul de l'atmosphère. Et voilà une nouvelle preuve marquante de la grande importance des formes sous les quelles les substances se trouvent lorsqu'on veut les combiner.
Mde. de L, Tout ceci me prouve l'importance immense de la Physique pour la Chimie.
Mr. de P. Elle est si grande que j'ose dire que sans la Physique le laboratoire du Chimiste ne seroit; qu'une mauvaise cuisine. — Mais passons aux autres propriétés des métaux. D'abord leur pesanteur spécifique est très remarquable. C'est parmi les métaux qu'on trouve les corps plus pesants: Le platine battu a 22 fois le poids de l'eau et les autres métaux forment une suite qu'on peut regarder comme sans lacune et qui va jusqu'à la pesanteur spécifique 6. De la il se trouve une lacune jusqu'aux deux plus h'gers métaux, le sodium et le potassium qui sont un peu plus légers que l'eau. Au reste il est possible que cette lacune se remplisse par dix métaux dont on n'a pas encore trouvé la pesanteur spécifique par *ce qu'on ne peut s'en procurer que de très petites parcelles, et dont on sait seulement qu'ils sont plus pesants que l'eau.
On comprend sous le nom de ductilité la faculté de se réduire en lames sous le choc du marteau ou par la ^pression du laminoir et en fils par l'action de la filière. Au reste ces trois opérations, du marteau, du laminoir
CINQUANTE SEPTIBMS ENTRETIEN* lOI
€t delà filière, ne sont pas toutes également applicables à chaque métal ; les différences cependant ne sont pas très considérables. On ne compte que 16 métaux ductiles dont je vais avoir Ihonneur de vous 'nommer les dix premiers dans Tordre moyen du leur ductilité. L'or, l'argent, le platine, le cuivre, le fer, Tétain,, le plomb, le zink, le nickel, le palladium. Les six autres, le mercure, le rhodium, l'osmium, Tiridium, le potas* sium et le sodium n'ont point encore assez été examinés à cet égard pour fixer Tordre sous le quel ils se rangent. Les seize autres métaux sont cassants.
Mr.de R. Je m'étonne que le mercure, que lee Physiciens ont toujours sous la main et en si grande quantité, n'ait pas encore obtenu sonrang dans la classe des métaux ductiles.
Mr. de P. Les Physiciens sont bien contents de «avoir seulement quelemercuae est malléable; car on ne peut l'obtenir en forme de corps solide qu'à près de 32 degrés R. au dessous de la température de la congélation* de Teau. On n'a pu faire d'autres expériences sur sa ductilité qu'avec le marteau*
Les métaux se distinguent encore par leur dureté. Les métaux les plus durs sont le tuogstèoe et le palladiuifB, puis le manganèse, le fer, lejiikel, le platine, etc. L'étain et le plomb sont déjà très compressibles et le sodium et le potassium n'ont que la consistance de la cire. L'élasticité des métaux est précisément en raison de leur dureté; les plus durs ont la plus parfaite élasticité. Au reste on peut augmenter la dureté et Télasticité des métaux en les alliant à d'autres, même à de
moins durs. Tel est le métd des cloches qui est com-
103 CINQUANTE SEPTIÉMB lîNTRFnENr
posé de beaucoup de cuivre et d'un peu d'étaia; il est très dur, très élastique, même cassant, et par là sonore. D'autres substances mêlées aux métaux produisent des effets semblables; l'acier par ex: est un composé de fer et d'un peu de carbone, un carbure de fer. Trempé, c. à. d. chauCFé jusqu'au rouge et r<^froidi subitement (or^dinairement dans Teau froide) il acquiert la plus grande dureté et devient très cassant. Chauffe' ensuite et refroidi très lentement, l'acier acquiert une très grande ductilité et devient aussi pliant que Tétain ou le plomb. Enfin on produit la grande éla«>ticité des ressorts de montre en recuisant l'acier trempé, c. à. d. en le chauffant jusqu'à certains degrés. Tous ces phénomènes ne vous < paroitront pas étranges si voiis voulez bien, madame, vous r^ppeller ce qui a été dit sur les larmes de verre dans un de nos entretiens sur la chaleur. Tous les métaux sont fusibles. Il n'y à que quelques années que nous sommes en état de dire cela généralement , c. à. d. depuis l'invention d'une méthode de fusion en petit due à un Anglois nommé Newmann, que faurai l'honneur de vous faire connoitre par la suite. Les uns sont fusibles au dessous de la chaleur rouge , à la tête des quels se trouve le mercure qui ne perd sa liquidité qu'à 3if degrés R. au dessous de la congélation de l'eau. Viennent ensuite le potassium, le sodium^ Fétain, le bismuth, le plomb etc. D'autres ne sont fusibles qu'à la chaleur rouge ou à l'incandescence; tels sont l'argent, le cuivre, l'or, le cobalt, le fer, le platine etc. Ce dernier n^étal exige plus de 14000 degrés R. ou près de 18000 degrés Ç. pour sa fusion, tandis que le potassiiifn et le sodium fondent à une température
CINQUANTE SÉPTléMB ENTRETIEN* l63
encore au dessous de celle de l'eau bouillante. Tous fondent subitement dès qu'ils ont la température nécessaire. Le platine et le fer font seuls exception ; ils se rammollissent avant de fondre. Plusieurs métaux exposés â une température au dessus de celle de leur fusion se réduisent en vapeurs ; tels sont le mercure, l'ar« senic, le zink, le potassium. La plupart se volatilisent à ces hautes températures par l'action de Toxigène de Tair qui les oxide. Lorsqu'on a fondu un métal et qu'on le laisse se refroidir il se cristallise. Les formes qu'il affecte sont le cube et l'octaèdre. (L'octaèdre est une figure a huit faces triangulaires , un assemblage de deux pyramides à quatre faces, dont les bases se toù* chent). On s'assure de ces cristallisations en fondant les métaux, en les laissant se refroidir rapidement à peu près à moitié, en perçant la croûte qui se forme à. la surface et en décantant la partie liquide. Ce qui reste dans le creuset offre les cristaux formés à la surface intérieure. Le moire métallique est une cristallisation qu'on rend apparente par' un acide.
Les métaux s'unissent les uns aux autres en toutes proportions par l'affinité physique. On nomme ces mélanges alliag-es. Le mercure s'allie le plus facilement à la plupart des autres métauxet 'ses alliages se nomment amalgames; Pour former un alliage il fauf au moins que l'un des deux métaux soit en fusion de même que pour toutes les combinaisons que l'affinité physique doit opérer. La fusion des deux métaux favorise la formation des alliages et est nécessaire lorsque Tuii dé& deux métaux est très dur, par ce que la ténacité de ses 'parties s'oppose à l'action de l'affinité qui tend à lui cdm-
muniquer la fluidité de Tautre métal. Les alliages les plus difficiles à faire sont ceux de deux métaux dont Tun est très fusible et l'autre très peu, par ce que celuilà, en s'approchant de celui-ci rëduit en fusion, se vaporise ou se volatilise. Cependant Talliage réussit en plongeant de petits morceaux du métal aisément fusible dans ta fonte de Tautre métal. Les alliages ont tous une moindre ductilité que la ductilité moyenne des métaux dont ils soùt formés. Ils sont cassants lors que la proportion du mélange approche de Tégalité et il faut un surplus considérable de métal ductile sur un métal cassant pour faire un alliage ductile. Les alliages sont tous plus fusibles que le métal le moins fusible des deux. EnQn il y a presque autant d'alliages dont la densité est moindre que. la densité moyenne des métaux qui les constituent que de ceux dont la densité est plus grande que la moyenne.
' M de de L. Vos alliages, monsieur de P., nem'a* musent pas du tout.
Mr, de P. Je n'en doute nullement, madame»
Aussi ne vous en ai-je parlé que pour me mettre à Tabri du reproche que monsieur le Comte auroit pu me faire d'avoir omis tout- à -fait ce sujet. A présent, si je voulois vous introduire dans le vrai sanctuaire de la Chimie, je devrons vous faire passer en revue chacun des trente deux ipétaux, une cinquantaine d'oxides et cinq acides rnjétalliques avec les propriétés particulières à çhacuQd>ux: ce qui à-coup-sur vous ennuieroit également. Cq que ce sujet contient de vraiment intéressant n'est pas pour cela perdu ; nous trouverons l'occasion d'y revenir.
CINQUANTE SEPTIEME ENTRETIBy* 105
Les Anciens ne copnoissoient que sept métaux, au* tant que de planètes dans notre système solaire; ce sont ceux dont on fait encore aujourd'hui le plus grand usage, l'or, l'argent, le fer, le cuivre, le plomb, Tétain et le mercure. Le huitième, le zink, a été dé* couvert vers le milieu du i6e siècle par Paracelsus, le prince des Alchimistes, faiseurs d'or et de la pierre philosophale qui n'a pas empêché le grand Paracelsus de mourir des fruits de ses débauches à l'âge de 48 ans. Pendant les deux cents ans suivants on a découvert le bismuth, l'antimoine, Tarsénic et le cobalt. La dé* couverte du platine en 1741 a fait époque dans l'his* toire des métaux et depuis ou a découvert les vingt autres métaux, ce qui fait en nombre moyen un métal tous les trois ans, et à l'instant où nous parlons on en découvre peut-être de nouveaux *).
Le Comte C. Que fait -on de tous ces métaux. On en parle beaucoup; mais leur utilité ne me paroit pas. grande.
Mr. de P. A l'exception du platine, du zink, et du cobalt, les anciens connoissoient déjà presque tous les métaux employés dans les arts. Par contre la Chimie tire bien des lumières de la connoissance de quelques uns< des nouveaux métaux. Le potassium et le spdium par ex: sont de tous les corps cpnnus ceux qui ont le pliis d'afQ* nité pour l'oxigène et ont servi à décomposer plusieurs, substances que l'on étoit tenté de regarder comme siin-: pies. £t si quelque Chipiiste nous tronyoit un nouveau métal avec le quel on pût décomposer l'acide muriatique,
*) En effet noui avont depuis peu le C^admium, }e Veatium, le Wodanium.
Tacide fluoriqne, Tiode et le soufre, il est clair que la thëorie chimique y gagneroit beaucoup.
Le Comte C, Je vous suis reconnoissant de cette remarque sans la quelle j'altois dire qu'il sera bientôt aussi inglorieux de découvrir un nouveau métal que de trouver une nouvelle espèce de plantes.
ifcfr. de P. Pardon , monsieur le Comte ; la com- ^paraison, je crois, ne cadreroit pas tout-à-fait. Car les Chimistes n'ont pas la vanité de faire peindre à frais énormes leurs métaux, leurs oxides, leurs sels, comme les Botanistes font peindre graver et leurs plantes. Si cela continue il n'y aura bientôt plus que les têtes couronnées qui puissent apprendre la Botanique, et comme les Princes ont autre chose à faire, vous voyez que ce luxe, s'il continue, tuera cette partie de l'étude de la nature.
Le Comte C. Je\suis d'ajitant plus de votre avis là -.dessus que je regrette, par pitié pour ma bourse, de m'être embarqué dans plusieurs souscriptions de ce genre, et pour completter le ridicule de cette somptuosité dans les grands ouvrages de Botanique je vous nommerai un certain Kerner qui peint un ouvrage pour le quel il n'a que 6 souscripteurs et ces souscripteurs sont à la lettre des têtes couronnéjss,
Mr. de P, Je connois cet ouvrage dont chaque feuille e^t une folie, mais une folie admirable pour la justesse des formes et la vérité des couleurs. Terminons notre soirée par cette apostrophe à la Botanique et remettons à demain l'énumération des dernières subst^qces no^ décomposées,
Cinquante huitième entretien.
iVlr, de p. Je prévois et prédis, madame et messieurs, que notre soirée ne se terminera pas sans débats, les objets dont j'ai à vous entretenir ayant subi depuis quelques années une révolution qui n'est pas encore terminée et qui n'embarrasse pas peu la Chimie.
Mile, de L, J'espère, monsier de P., que vous finirez par nous mettre d'accord.
Mr, de P. J'en doute fort, madame. Car fe me garderai bien de m'ériger en arbitre dans des questions de Chimie que les plus grands Chimistes n'ont pas en*^ core éclaircies. Les terres et les alhalis sont une série: de substances qui jouent un grand rôle dans les pbéno^. mènes chimiques. Ces substances sont au nombre de douze, la silice, la magnésie , la zircone^ la fflucine^ V alumine y Y y tria y ï ammoniaque , ]a soude, \9 potasêe^ la chaux , la strontiane et la baryte. Les six premières sont les terres, les six dernières sont les alkalis. Toutes» ces substances, lorsqu'elles sont bien pures, sont inn colores et n'ont aucun effet sur le. gaz oxigène à une température moyenne, mais elles ont toutes de TeffitiiKé physique pour les acides , les unes pour tous les acides,, d'autres pour un seul on quelques uns. Nous décou?
yrons leur caractère principal en examinaùt comment elles se comportent avec l'eaii pure et avec quelques substances oxidables, telles que le phosphore, le soufre, les matières animales.
Nous connoissons, deux espèces d'action de ces substances sur Teau; la première consiste en ce que ces
corps (mais pas tous) sont solubles d^ns l'eau; la seconde en ce que ces corps (mais pas tous) se combinent avec Teaude manière à la rendre solide. Ces composés d'eau solidifiée et d'une de ces substances (parmi les quels on doit compter encore beaucoup d'oxides métalliques) se nomment hydrates. Les hydrates se décomposent par la chaleur rouge, Teau à cette température prenant ep vertu de son affinité pour le calorique ta forme de vapeur.
Plusieurs des corps que nous examinons se combinent à l'aide de la chaleur avec le phosphore et le soufre et produisent des composés qui OQt beaucoup plus d'affinité- avec le ga? oxigène que le soufre et le phosphore seuls. Ils décomposent par là l'eau et fournissent le gaz hydrogène phosphore en le gaz hydrogène sulfuré que vous connoissez déjà.
Ces mêmes corps décomposent les matières animales et favorisent la putréfaction, soit par la propriété que je viens de citer de se combiner avec le phosphore et le soufre, soit par celle de solidifier l'eau, soit qu'ils nient celle de se combiner avec des composés d'hydrogène et de carbone, quoiqu'ils ne puissent se combiner avec une de ces deuic substances seules. Cette propriété de décomposer les substances animales et d'en détruire l'organîsatiofi a été nommée causticités, Elle se perd
CINQUANTE HUITIJ&MS ENRETIEN. I09
dès que ces substances se combinent avec Tacide carbonique ou tout autre.
Parcourons rapidement les terres et les alkalis relativement aux propriétés que nous venons de décrire,
La silice est viçaisemblableuient la substance solide la plus répandue sur la surface de notre globe. Elle fiait au moins ^ du granit et presque la moitié de tous les' autres rochers. Elle n'a aucune action chimique sur Teau et sur les substances oxidables. Çlle n'a, à la température ordinaire et lorsqu'elle est bien pure, d'affinité que pour un seul acide, Tacide fluorique. A Taide de la chaleur rouge elle se combine avec plusieurs alkalis et gagne par la en fusibilité.
lia magnésie n'a aucune action sur l'eau et les.alka- Iis« Elle ne se combine pas avec le soufre ou le phosphore purs, mais avec les combinaisons de ces substances avec les alkalis. Elle est soluble dans tous le$ acides, Facide muria tique excepté.
La zircone est insoluble dans l'eau ; cependant elle se mêle à l'eau et forme par là une substance gélatineuse, ce qui peut-être est un commencement de solidification de l'eau. Elle n'a point d'affinité pour le phosphore, le soufre et les alkalis et ne décompose pas les matières animales. Elle est soluble dans quatre acides.
La ^/^c2/ze est insoluble dans l'eau; mais elle fotme avec l'eau une pâte qu'on ne peut décomposer que par la chaleur rouge« Il semble par conséquent qu'elle solidifie un peu d'eau« Elle n'a point d'affinité avec les matières oxidables , mais avec les alkalis par l'interven-
tion deTeau. Elle est soluble dans tous les acides, à l'exception de cinq.
U alumine est insoluble, dans Teau, mais solidifie Teau. Elle est soluble dans les alkalis imprégnés d'eau et dans tous les acides, Tacide carbonique excepté. Elle est sans action sur les substances oxidables.
h'Yttria ressemble beaucoup à la glucine à l'exception qu'elle n^est pas soluble dans les alkalis purs. Elle paroit avoir quelque affinité pour le soufre.
M de, de L. Les terres me paroissent avoir bien peu de propriétés. La silice surtout me paroit bien revêche. J'espère que les alkalis seront plus traitables.
Mr. de P. Ils le sont assurément, madame. D'abord ils sont tous solubles dans l'eau; ils se combinent tous avec tous les acides; tous solidifient l'eau ; tousse combinent avec le phosphore et le soufre; tous décomposent les matières animales; tous sont par conséquent caustiques. Permettez moi de vous les faire connoitre aussi succinctement que possible.
\! ammoniaque est un alkali que nous ne connoissons que sous la forme de gaz, et fait en cela exception à toutes les terres et à tous les autres alkalis dont la forme naturelle est la forme solide. Cette forme gazeuse est probablement ce qui fait que, quelque grande que soit l'affinité dugazammoniaque pour l'eau, cependant il ne solidifie pas l'eau d'une manière aussi dis« tinctô que les autres alkalis. Au reste lorsque l'eau a absorbé le maximum de gas ammoniac (ce qui va jus-* qu'à plus du tiers du poids de Teau) alors le niélange a perdu beaucoup' de sa transparence et de sa fluidité; il forme une espèce de gélatine blanche. Dans d'autres
solutions moins saturées Teau en surplus dissout coinplettemént Thydrate formé. Le gaz ammoniac est inflammable- dans le gaz oxigène et détonne violemment lorsqu'on le mêle à Tacide murïatique.
La soude, nommée aussi alkali minéral, parce qu'on l'extrait du sel marin ou de roche qui est composé (de soude et d'acide muriateux (on l'extrait également et avec plus d'avantage des plantes marines) est fusible beaucoup au dessous de la chaleur rouge qui le volatilise. Lorsqu'on verse de Teau goutte .à goutte sur cet alkali, l'eau &e solidifie avec un grand dégagement de chaleur qui provient du changement de forme que l'eau éprouve dans cette combinaison. La soude est très solublé dans Teau et attire fortement l'humidité de Tair. Lorsqu'on fait évaporer l'eau qui la tient en solution elle se cristallise. A l'aide de la chaleur fouge elle se combine avec environ trois fois son poid^ de silice et forme le verre. £lle est très caustique «et se combine avec le phosphore et le-soufre.
La potasse a toutes les propriétés de la soude et à un degré plus éminent^ excepté celle de fondre la si^ lice à l'aide de la chaleur, qui est moindre que celle de la soude. loo parties en poids de potasse se dissoivenc dans 75 parties d'eau.
La chaux a la propriété des trois alkalis que je viens de nommer^ les unes à un degré plus éminent, les autres à un moindre degré. Elle n'est que peu ^olùble dans l'eau* Une partie de chaux exige 680 parties d'eau froide et 5oo d'eau bouillante pour sa solution. Par* contre elle solidifie l'eau en plus grande quantité et avec plus de véhém)ence que la potasse et la soude. Lors
112 CmQUANTB 9UITIJBMB ENTRETIEN.
qu'on éteint la chaux pure avec peu d'eau à la fois, non seulement la chaleur qui en résulte va îuaqu'à Tincandescence, mais.il se forme en outre une petite flamme très visible dans l'obscurité, ce qui indique une décomposition d'eau à la faveur de cette grande chaleur.
Le Comte C\ Cela suppose qu'il se dégage du gaz hydrogène qui s'enflamme au contact de l'air. ^
Mr. de P. Précisément. La chaux a une grande affinité pour le phosphore, le soufre et l'hydrogène sulfuré et détruit rapidement les matières animales. Cependant elle a la propriété singulière d'enlever aux substances qui commencent à pourrir celles qui ont déjà succombé a la pourriture. La chaux se fond et se vitrifie à la chaleur rouge aidée de l'influence de la potasse ou de la soude, mais elle ne se combine pas avec eux par l'intermédiaire de l'eau ; au contraire Teau de chaux est décomposée par l'action d'un des trois alkalis précédents et la chaux se précipite. L'usage de la chaux est connu et vous savez, madame, que le soi-disant plâtre de vos chambres (car pn n'y emploie plus guères de vrai plâtre mais de bonne chaux) est un hydrate de chaux combiné avec de Tacide carbonique. Le vrai plâtre est une combinaison d'acide sulfurique avec la chaux, qu'on nomme sulfate de chaux. La cfaaux se combine avec tous les -acides.
La strontiane a les propriétés alcalines de la chaux mais à un degré supérieur. Une partie de strontiane est soluble dans 200 parties d'eau à la température ordinaire. Elle a encore plus d'affinité que la chaux pour les substances inflammables citées. Lors qu'on compose un sel de strontiane avec l'acide nitrique ou mu-
CINQUANTE HUITléMK ENTRETIEN^ li^
rîatique et qu'on dissout ce sel dans de Talkohol, alors la flamme de Talkohol allumé, au lieu d'être bleuâtre comme d'ordinaire, prend une ffelle et forte teinté rouge. Au moyen de cette jolie expérience on distin-^ gue facilement la strontiane de la chaux qui participer il est vrai, mais très foibJement, à cette propriété.
habaryte est encore plus alkaline que la strontiane^ Elle est soluble dans 20 parties d'eau froide et z d'eau bouillante. Elle a la plus grande affinité pour le phosphore, le soufre et les matières animales. Elle se com^ bine avec tous les acides avec violence et produit par là des sels qui la plupart sont des poisons, parce qu'elles ne perd pas sa causticité dans ces combinaisons.
Je dois ajouter que ces six alkalis ne se distinguent pas seulement par les différents degrés de force avec les quels ils agissent, mais encore en ce que tous les sels des trois premiers alkalis sont solubles dans Tean ) ceux des trois derniers insolubles, à l'exception de quatre de chaux, quatre de strontiane et deux de baryte; ce qui prouve que le peu de solubilité des trois derniers ^alkalis dans l'eau suit ces substances dans leurs combinaisons avec les acides.
Le Comte C D'où l'on peut conclure que les sels que fournissent les terres doivent être insolubles dans l'eau.
Mr. de P. Malheureusement je dois vous dohtrédire dans cette opinion ; nous avons peu de sels à basea terreuses , mais le plus grand nombre de ces sels est so^' lubie dans Teau. La nature semble se plaire à nous in<« terdire ces sortes d'inductions qui d'ailleurs paroissenf si naturelles^
Il4 CINQUANTE HUITIEME ENTRETIEN.
Le Comte C. Cela est fâcheux et rend Tëtude de la Chimie très peinible. Un bon Chimiste doit avoir une grande mémoire.*
Mr. de P. Qui vient d'être récemment surchargée de deux nouveaux alkalis, dont Tun nommé lithion, appartient au règne minéral et Tautre, nommé vauque^ Une, appartient au règne végétal et a la singulière propriété de ne pas brunir la teinture de curcuma.
Si nous jettons un coup d'oeil sur la série des terres et de leurs propriétés comparées à celle des alkalis, nous trouverons que les terres, dans Tordre suivant le quel nous les avons rangées , s'approchent petit à petit des alkalis à jaison de l'affinité chimique avec plus ou moins d'acides, et à raison d'une plus ou moins grande affinité physique et chimique pour l'eau et les substances oxidables.
Nous arrivons à présent à la grande question qui consiste à savoir si les terres et les alkalis sont des substances composées ou non* La Chimie a varié et varie encore sur ce point important.
Ije Comte C Cette question m'intéresse vivement.
Mr. de P. Je vous livrerai les faits principaux et vous userez, monsieur le Comte, conjointement avec les autres membres de notre société, du droit de vous ' décider , si bon vous semble.
lue gaz am^moniacy cet alkali en forme gazeuse, est une substance dont les principes chimiques sont connus depuis plus de 3o ans. Le célèbre Pristley les a découverts en le soumettant à l'action d'un courant soutenu d'étincelles électriques. Cette action de l'électricité paroit n'avoir aucun eiFet sur ce gaz si ce n'est qu'il en
CINQUANTE HUITiAmE ENTRETIENÎ il§
augmente le volume. Mais après que cette augmenta^ tioD a ce^sé on trouve deux gaz difiPt^reints, l'azote et Thydrogène dans la proportion de 8'f à iSi en poids ou de 1 : 3 en volume selon l'analyse de Berthollet. hù gaz ammoniac se décompose d'une manière bien simple en y ajoutant |- de gaz oxigène et en faisant passer une étincelle électrique au travers du mélange qui par là s'enfls^mme subitement et détonne avec violence. Après l'opération on trouve du gaz azote , de l'eau et un peu diacide nitrique.
Mr. de R. Je conçois la formation de Teau par l'hydrogène et Toxigène. Mais d'où vient Tacide ni-* trique ?
Mr. de P. Delà combinaison d'une petite portion de l'oxigène avec l'azote qui a ordinairement lieu lorsqu'on allume du gaz hydrogène avec de l'oxigène en présence du gaz azote.
Mde. de L. Ainsi voilà un nouveau gaz inflamma-* ble, et ce gaz est un alkali! Cela me surprend.
Mr. de Pé Ce gaz est tellement inflammable que lorsqu'on y ajoute le double en volume de gaz acide muriateux il s'enflamme spontanément^ sans le secours de l'étincelle électrique*
La composition du gaz ammoniac est plus diiScile que sa décomposition; cependant Austin y a réussi en humectant de Tétain avec de l'acide nitreux mêlé d'eau et en y ajoutant un peu de potasse; le gaz alkalin s'est dégagé y à la vérité en très petite quantité^ mais cepen<* dant assez pour être reconnu à son odeur piquante^ Dans cette opération l'acide nitreux et l'eau se décomposent par Taction du métal et fournissent l'azote et l'hydro^
Il6 CINQUANTE HUITléME ENTRETIEN.
gène, principes du gaz ainnioniac qui se combinent à l'instant' de leur dffgagement pour former cetâlkali que le surplus de Tacide et de l'eau du mélange absorbe à mesure qu'il se forme. La potasse ajoutée dégage le gaz de sa combinaison avec Feau et l'acide.
Mde. de L, Avouez, monsieur de P., que ce procès est bien compliqué.
Mr. de P. Je suis prêt, madame, à vous faire tous les aveux imaginables; mais pour celui-là, je ne le puis. Les Chimistes ont bien des procès beaucoup plus compliqués que celui-là et j'ose me faire un mérite à vosyeuxde vous en épargner les détails, espérant que, lorsque nous auronsterminé la partie chimique de nos entretiens, vous serez' à même de vous orienter dans ces labyrinthes. Mais je ne puis ni ne veux vous épargner une observation que m'oflfire le procès en question. L'hydrogène et l'ai^ote en forme de gaz ne se combinent jamais, ni d'euxmêmes, ni à l'aide de l'étincelle électrique ou de la chaleur rouge ; maisicila combinaison se fait au moment où ces substances se dégagent, l'une de l'eau, l'autre de * l'acide nitreux. La Chimie offre quantité de faits analogues qui prouvent de nouveau que les combinaisons ne se forment pas simplement en vertu de la proportion des substances, mais aussi en vertu de leurs formes.
Mais retournon3 aux alkalis. L'on a souvent tenté une décomposition semblable de la potasse et de la soude, mais en vain. Voici quelques uns des principaux faits qui se rapportent à ces travaux. Lorsqu^on verse dans de l'huile bouillante une solution de potasse OU' de soude, il se forme du gaz ammoniac, qui ne peut avoir tiré son azote que de l'alkali qu'oa a employé.
Lorsqu'on fait chauffer de la potasse avec du charbon ou du fer jusqu'à l'incandescence il se forme du gazam* moniac et du soi-disant acide prussique. L'azote que contiennent ces deux gaz inflammables ne peut égaler ment provenir que deia potasse. II est reconnu que le suc du raisin ne contient pas un atome de potasse^; et cependant la Fermentation de ce suc produit de la potasse. Or comme nous verrons par la suite que Tazote joue le premier rôle dans la fermentation qui produit le vin, on a du en conclure qu'il fait une partie constituante de la potasse.
Ces faits , ajoutes à ce que nous savons sur la composition du gaz ammoniac, ont produit l'hypothèse que l'azote entre dans la composition de tous les alkalis et même des terres à proportion de leur analogie avec les alkalis, et qu'il est le principe alkalifiant, comme l'oxigène est le principe acidifiant, hypothèse qui devoit déjà se déduire de la grande préponderence de Tazote dans le gaz ammoniac; car qu'est-ce qui transformera petite portion d'hydrogène en alkali si ce n'est la -portion plus que quadruple d'azote ? Cette hypothèse donne en outre un rôle actif a l'azote, qui sans cela se trouve par tout; dans la nature comme un sot qui n'a presque rien à faire.
Mr. de L, Cette hypothèse me plait ; car à présent voilà les trois jgaz simples occupés, l'oxîgène à composer les acides et les oxides^ l'hydrogène à composer l'eau, et l'azote à composer les alkalis, toyte^ compositions binaires que nous devons regarder comme la base de toutes les autres. ^
n6 CINQUAKRE HUITIÈMB ENTRETIEN.
ilf r. de R. Général ! vous voilà dans la Chimie et comme il faut. Je m'en étonne.
Mr. de L, Pourquoi cela? La Chimie crée et f aime les créations.
Mr. de P. Voyons à présent si la médaille que Je viens de vous frapper n'a pas un revers.
Mr. de L. Le revers des médailles ne vaut ordinairement rien; il ne sert qu'à remplir l'espace vide. Je m'en tiens à Ifi face principale.
Mr. de P. N'importe, Général! Je dois, et par de bonnes raisons, vous offrir ce revers; prêtez moi yotre £}ttention.
Depuis longtems on avoit reconnu quelques analogies entre les alkalis.et les oxides, et l'on soupçonnoit que les alkalis pourroient bien n'être que des oxides, quoique tous les efforts pour leur enlever l'oxigène présumé aient été infructueux. La pile de Volta, dont tout le monde a entendu parler, est devenue entre les mains de X)avy un instrument de décomposition pour les alkalis. Cet illustre Anglois, voyant que la pile décompose si facilement plusieurs oxides, l'a essayée sur les alkalis et a réussi. Ses expériences , qui datent de 1807, ont fait époque dans la Chimie.
Lorsqu'on applique les deux pôles d'une pile voltaïque très forte sur un morceau de potasse foiblement humectée d'eau, on aperçoit bientôt à l'un des pôles, le négatif, une très petite goutte d'une substance qui a l'air d'être du mercure. Petit-à-petit la masse augmente, mais très lentement et ce n'est qu'après 24 heures et plus qu'pn en obtient sufHsamment pour l'examiner. Cette nouvelle substance a des propriétés bien remar-
CINQUANTE HUITïèME ENTRETIEN. IIQ
quables. Elle a le brillant métallique , est molle plus que la cire , se pétrit facilement entre les doigts et est un peu plus légère que l'eau. Exposée à Pair elle se ternit sur le champ et prend la couleur d'un vieux mor- >ceau de plomb. Mise en contact avec un peu d'eau, elle surprend l'observateur par une inflammation subiteprovenante d'une décomposition de l'eau dont l'oxigène s'unit à cette substance et Thydrogène s'enflamme au contact de l'air; ce qui prouve que dans ce procès il y a dégagement de chaleur rouge. L'eau qui est restée après cette opération contient de la potasse ordinaire^ Cette grande affipité pour l'oxigène de l'eau fait qu'on ne peut conserver cette substa,pce que sous de l'huile de naphte pure, bien purgée d'humidité. Elle se fond à 58 degrés C. ef se volatilise à une haute température en forme de fumée verte. Mais cette opération doit se faire dans du gaz azote ; car si l'on chauffe légèrement cette substance dans de l'air ordinaire, elle s'allume d'elle-même en se combinant avec le gaz oxigène. Son affinité pour ce gaz est la plus forte de toutes ; aussi at-elle servi à désoxider plusieurs autres substances qui avoient résisté jusqu'alors. Davy déclara d'abord que cette nouvelle substance est un métal à qui il donna le nom de potassium et la potasse un oxide métallique. On disputa pendant quelque tems sur cette assertion de Davy , par ce qu'on croyoit devoir regarder la nouvelle substance comme une combinaison d'alkali et d'hydrogène el expliquer par là la décomposition subite de l'eau qu'elle opère, les alkalis ayant la propriété d'auge monter l'affinité des substances, oxidables pour l'oxigène. Mais lorsqu'on se fut bien assuré que le potas-
sium, combiné avec Toxigène pur, reproduit la potasse sans dégager d'hydrogène/ on s'est rangé à l'opinion de Davy. On a même deux oxides- de potassium ; le protoxide est composé de 83i de métal et de iG^d'oxigène; c'est la potasse ordinaire. Le deutoxide contient 63jde métal sur 36f d'oxigène et se distingue déjà de la potasse par sa couleur orange* Enfin le potassium se combine comme d'autres métaux avec le soufre, le phosphore, Thydrogène et même le carbone et produit du f^ulfure, du phosphore, de Thydrure et du carbure.
La soude spumise à la même décomposition fournit des résultats analogues et un nouveau métal le soz dium qui a les mémes^ affinités que le potassium , mais à un degré un peu moindre.
Un an après |a découverte de ces nouveaux métaux Gay-Lussac et Thénard nous ont appris à décomposer ces deux alkalis par le fer et la chaleur rouge dans un canon de fusil, procédé plus expéditif que celui de la pile voU^ïque et qui produit incomparablement plus de inétal.
Les autres alkalis, la baryte, la strontiane et la chaux pe se décomposent que par la pile et encore à Taide du mercure qui s'amalgame aux métaux qui en résultent et (iont il faut le séparer. Ce qui est cause qu'à raison de la très petite quantité de barium, strontium et calcium qu'on peut se procurer, on connoit très peu les proprié- %é^ de ces métaux.
Entin Ton a cru que l'on pouvoit réduire les terres par le mêfne procédé, et l'on avoit déjà annoncé et décrété le silicium, le magnésium, le zirconium, le ^lucinium, l'aluminium et Tytrium comme de nouveaux
CINQUANTE HUITIÊBIE ENTRBTIEK. 121
métaux, mais les premières exoëriences ne se sont pas constatées, et les suivantes faites par le Docteur anglois Clarke à l'aide du soufiet deNeumann, que f aurai Thon* neur de vous faire connoitre à la suite, sont également illusoires.
Ainsi voilà les alkalis transformés en oxides et le nombre des métaux auparavant connus augmenté de cinq. La plupart des Chimistes y ajoutent les métaux hypothétiques des t«rres que personne n'a encore pu extraire, afin 'de completter le nouveau système qui consiste à tout transformer en oxides.
Mr, de L. Comment peut-on admettre l'existence de métaux qu'on n'a pas encore produits?
Le Càmte C. J'avoue que je suis encore plus curieux de voir comment on y range Talkali volatil , le gaz ammoniac.
Mr. de L. Vous verrez que ce sera un petit tour de bâton comme celui qui ordonne de croire au sili* cium , au magnésium etc.
Mr. de P. Vous vous trompez. Général. Ce nouveau tour de bâton (pour me servir de votre expression) est bien plus fort que le premier. Des Chimistes, k qui rien ne coûte, nous assurent tout simplement que l'azote est un oxigène modifié et l'hydrogène un métal, quoique de nouveaux efforts pour trouver à l'azote les propriétés de l'oxigène ayent été infructueux. Davy, l'auteur du nouveau système, regarde l'azote et l'hydrogène; comme deux oxides déjà tout faits d'un seul et même métal qu'il nomme ammonium j dont l'un peut être le protoxide, l'autre le deuioxide, et l'ammoniac comme une combinaison de ces deux oxides. Le célè-
12a CINQUANTE HUITIEME ENTRETIEN.
bre Berzelins a adopte cette idëe et a même essayé de calculer les proportions d^ammonium et d*oxigène qui doiven^; former Tammoniac.
Mr* de L. Avouez qu'il ne faut pas moins que l'autorité de deux grands noms comme Davj et Berzelius pour faire passer de pareilles idée^. Que nous resterat-il de certain si la science se permet des sauts pareils?
Mr. de P, Ainsi dans le nouveau système nous n^avons plus d'alkalis ni de terres, plus d'hydrogèue et plus d'azote, mais de Toxigène et des métaux. Convenez, mon Général , que ce système se recommande par sa grande simplicité.
Mr. de L, Je vous avouerai même que je trouve plus que sublime la portion de gaz oxigène qui a du existér dans notre atpiosphère pour oxider tout la masse de rochers dont le globe terrestre est composé. Mais ce qui m'étonne^ c'est que dans le système on ait oublié le carbone, qui, à ce que j'imagine, pourroit également subir une transformation.
Le Comte C Je crois me souvenir qu'autre fois pn a pensé qu'il pourroit n'être qu'une modification de Thydrogène.
Mr. de L. Ainsi le carbone sera également un oxide, et le système est completté. De l'oxigène et des métaux: voilà MJniv^rs! La besogne ne me paroitiii longue ni diJEEcile^
Mr. de V. Permettez moi de corriger votre expression et de dire: des oxigènes et des métaux.
Le Comte C Dites nous, très révéré doyei^ de la Politique, de quel parti vous êtes, de celui deDavy ou ^ç celui de notre Général?
CINQUANTE HUITIÈME ENTRETIEK. . 1^5
Mr. de V. Veuillez commencer par vous déclarer TOUS -même. Je vous cède volontiers le pas.
l^Jde. de L. A quoi nous mèneront toutes ces dé* clarations? Mon mari fait des sarcasmes , la politique dresse des emb^'iches , monsieur de P. se tait et moi je ne comprends rien à la chose. Parlez, monsieur deP., pour nous mettre d'accord.
JMr. de P. La chose me paroit claire et vous le paroitra de même, madame, si vous voulez vous en tenir à ce qui est décidé par l'expérience, qui dit que cinq alkâlis (ceux qu'on nomme alkalis fixes, par ce qu'ils ne se vaporisent pas du tout ou seulement à de très hautes températures) sont des oxides métalliques. Les ' terres restent à mon avis en possession de leur état primitif et leur simplicité ou composition problématique.
Mr.deL, Que faites -vous de Tammopiac? Abandonnez -vous le système (jui fait dé T^zote le principe alkalifiant?
Mr. de JP. Ce système vous tient à coeur. Hé bien ! pour vous consoler du coup presque mortel que la grande découverte de Davy lui a porté, je veux vous avouer en confidence que c'est naoi qui l'ai imaginé il y a environs 18 ans.
Mr. de G. Ce coup presque iportel est, il me . semble, très mortel et Iç système alkalin ne s'eQ relèvera pas.
Mr, de P. Voyons ; mettons , avec la permission de Madame de L., notre dialectique en activité. Voici votre raisonnement réduit à sa plus simple forme: Les alkalis sont des oxides métalliques. Or les métaux ne
sont pas de Tazote. Donc Tazote n'est pas le principe alkalifiaot.
Mr. de G. D'accord.
Mr. de P. Vous avez donc à prouver la mineure de votre syllogisme; et avant de vous permettre cette preuve je vous demanderai où vous rangez le gaz ammoniac? Car, ou votre majeure comprend tous les alkalis ou bien elle n'est pas vraie. Décidez vous*
Mr. de G. Comment me décider sur ce point?
Les Chimistes le sont-ils?
Mr. de P, Ceux- mêmes qui admettent la décomposition (les terres comme en quelque sorte faite et compétent déjà leurs six bases au nombre des métaux décidément connus (et je vous nomme Thénard, sans contredit un des premiers Chimistes de nos jours) se refusent à l'hypothèse de Davy sur Tammoniac. Les suppositions qu'elle exige, fondées sur de si foibles analogies, leur répugnent. Ainsi l'azote conserve sa. propriété d'être le principe alkalifiant au moins pour l'ammoniac. Voyons à présent comment vous prouvez qu'il ne l'est pas pour les autres alkalis. — Par ce que chacun de ces alkalis est composé d'un nrétal et d'oxigène; et si votre raisonnemeot doit être concluant il faut que vous affirmiez que ces métaux ne contiennent pas d'azote. Le pourrez- vous ? •
Mr. de G. C'est à vous à prouver qu'ils en contiennent pour étayer le système alkalin.
Mr. de P. Si je fournissois la preuve, alors le système ne s^roit plus une hypothèse mais une vérité physique. Nous l'avons pour l'ammoniac, cette preuve; çUe manque encore pour les autres alkalis. Par contre
CINQUAKTB HUITIEME ENRETiKN. 125
quelle preuve a-t«on que les cinq nouveaux métaux ne coDtieiuietit pas d'azote? Savgns-nous s'ils sont^dçs substances simples ou composées? Savons-nous seule* ment ce que c'est qu'un m.étal? Nous avons des métaux, pfus léâ^ers et des métaux vingt fois plus pesants que r^u. Nous avons des métaux qui s'enflamment au con*
tact du gaz oxigène à quelques degrés au dessus de la tem«
pérature ordinaire et d'autres que la chaleur rouge et même l'incandescence ne met pas eti état de se combiner avec le gaz oxigène. Nous avons des métaux qui brûlent avec violence au contact de l'eau et d'autres qu'aucune température connue ne met en état d'en décomposer un atome. Qu'est-ce donc qu'un métal, surtout dans le nouveau système?
Le Comte C Pour moi je ne vois plus de métaux dans le nouveau système. Les métaux y sont tout ou rien.
Mr. de P. La seule définition qu'on puisse leur donner aujourd'hui est bien simple mai^sans caractère: Ce sont des matières plus ou moins oxidables ; ou bien : ils sont autre chose que l'oxigène, Or l'azote, si on lui permet encore d'exister, est une substance oxidable et pourquoi ne seroit-il pas un principe essentiel des cinq nouveaux métaux, d'autant plus que nous avons déjà . o))servé que , lorsqu'on extrait ces métaux à la manière de Gay-Lussac et Thénard par le fer et la chaleur rouge, il se forme de l'ammoniac et du soi-disant acide prussique? Seroit-il absurde d'admettre que ces métaux, d'ailleurs si semblables entre eux , sont des composés d'azote et d'hydrogène sôus des proportions peu différentes l'une de l'autre, que les alkalis fixes sont des oxides de ces
ia6 CINQUANTE HUITiÈmE ENTRETIEN.
substances oxidables et que^ rammoniac (substance inflammable) est un alkali non encore oxidë?
Le Comte C. Je trouve cet accommodement très acceptable y puis qu'il ne s'agi^ ici que de former une faypothè.^e qui ne contienne rien de contradictoire.
ISfIr. de P. En effet pourquoi disputer sur des mots? Nous ne saurons jamais ce que c'est qu'un métal que lorsque nous aurons décomposé les métaux.
Mde, de L. J'espère que ces autres messieurs adhéreront à Taccomodement pour terminer la dispute.
. Mr. de P. Etes - vous , madame , si ennemie de la controverse ?
Mde die L. J'avoue qu'elle sert souvent à éclaircir une matière mieux que le discours suivi. Mais l'air d'inimitié qu'elle a ne me plait pas. Je n'aime la dispute que quand elle est assaisonnée de gaieté.
Mr. de P. Eh bien ! Mettons fin à cet entretien sérieux et que la gaieté préside au reste de notre soirée.
Cinquante neuvième entretien.
JMLr. de P. Nous avons passé en revue toutes les substances que l'art n'a pu encore décomposer, et qui servent de base à cette foule de corps que nous savons être des combinaisons de deux ou de plusieurs autres. En même tems nous avons appris à connoitre la composition de plusieurs de ces corps et la manière de les décomposer. Ce travail, madame, vous a déjà donné une idée des opérations de la Chimie et je devrois à présent vous initier dans le secret de la nomenclature de cette science* Mais pour le faire complettement je dois au-» paravant vous faire faire la connoissance d'un genre de ' corps composés qui jouent un grand rôle dans la science et dans nomenclature^ Ce sont les selèy que nous ren-* controns par tout, dans les trois règnes de la nature^ dans les arts^ dans la Médecine et jusques dans nos cuisines.
Les sels, qui tiennent tous leur nom de notre sel ordinaire, le même que le sel marin ^ sont des combi-* naisons. d'un acide avec un oxide ou un alkali ou avec une terre et l'on nomne ces trois dernières substances hases salifiahles. Nous connoissons déjà plus de mille
128 CINQÀNTE NEVIEME ENTRETIEN.
sels et leur nombre doit s'accroître à mesure qu'on découvre de nouveaux acides, de nouveaux métaux et de
. nouveaux alkalis.
IMde. de L. J'espère, monsieur de P., que vous ne voudrez pas me faire faire la connoissance de' chacun de ces messieurs. 4»
Mr. de P. J'en serois bien en peine, madame; car moi-même je suis bien éloigné de les connitre tous. Mais vous me permettrez de vous les présenter en genres , comme les compagnies d'un régiment dont chacune aura une enseigne à elle. Cette enseigne est l'acide. Ainsi noua rangeons sous le même genre tous les sels qui ont le même €icide; mais nous nous permettrons de diviser chaque genre en trois grpuppes , qui sont les sels métalliques, les sels alkalins et les sels terreux, et nous comprenons sous sels métalliques tous ceux dont l'oxide a pour base un pxide de métal quelconque à l'exception des cinq nouveaux métaux de Davy*
Mais ces divisions, fondées sur les espèces de substances qui composent les sels, ne sont pas les seules que nous aions à considérer. Vous vou^ souvenez que dans nos premiers entretiens sur l'afiSnité chimique il a été observé que les substances peuvent se combiner sous de telles proportions que ces substances perdent leurs
^qualités distinctives et que leur combinaison en obtienne de nouvelles. ^ Lorsque ces combinaisons sont des sels on les nomme sels neutres. Mais il en est plusieurs qui ne peuvent se combiner sous ces proportions. Pour les unes il faut uasurplus d'acide et on les nfommoit autre fois sels acides y aujourd^hui sur -sels. Pour les autres il faut un surcroit de la base saliliable et on les
CiNQUANTB NEUVIEME IJK ll'R J J'r iK Jii i2^
nomme sous-sels. Les premiers rougissent la teinture de tournesol^ les derniers brunissent celle de curcuina i les sels neutres ne font ni Tun ni Tautre.
Le Comte C. Je me 'suis toujours étonné qu'il y ait des sels avec excès d'acide et avec excès de base. Il me semble qu'on po^froit enlever cet excès par une base ou un acide.
Mr. de P. Cela tient à un point très délicat que la Chimie n'a pas encore pu éclaircir tout à fait. Je suis tenté de croire avec le célèbre Berzelius qu'un sel peut être neutre quoi qu'il change la couleur du tournesol ou du curcuma. Car qu'est-ce qu'un sel neutre? C'est celui où les deux substances qui le composent se saturent mutuellement. Or il n'y a pas de raison d'admettre qu'il soit impossible qu'une matière colorante se combine avec l'acide ou la base, fans pour cela décfomposer le sel , à raison de la foibl^ affinité des matières colorantes pour les acides et les alkalis.
Mr. de R. Mais nous avons considéré jusqu'à pré-»sent l'indifférence des combinaisons neutres pour les matières colorantes comme le caractère de la neutrali^^ sation.
Mt. de P. Et c'est en quoi nous avons ei\ tort, ce caractère étant accidentel; car la plupart des sous -sels dont la base n'est pas un alkali né brunissent pas le çurcuma^r
Mr. de Bi Que faire doric?
Mr. de P. Bannir de la Chimfë les rionrs dé sûrsels et de sous-sels, et né staftuer que des sels iieutre$«
Le Comté C Mais cômrtieht sautiez- vous quandl
im sel est un sel neutre j un vrai sel j et quand il est af-
l50 CINQUANTE NEUVlilMB ENTEETIEN.
fecté d'un surplus d'aci^ou de base qui alors n'est lie au sel que par Tafiinité physique, comme vous nous Pavez dit autre fois?
Mr* de P, Nous nous en tiendrons au vrai esprit de la chose, à l'idée de saturation. Nous dirons que, nous avons un sel pur, lorsque les deux principes seront dans la moindre proportion possible ; c. à. d. que, si Ton ajoutoit du même acide ou de la même base, on pourroit enlever le surplus d'acide par la même base ou le surplus de la base par le même acide, et cette nouvelle combinaison s'annoncera par la dissolution de la substance ajoutée.
Mde. de L. Je ne comprends pas encore cela.
Mr. de P, Prenons un exemple: Supposons que nous ayons un sel composé d'acide sulfurique et d'oxide de cuivre délayé dans l'eau. Il rougira constamment le tournesol. Pour savoir si la saturation a lieu mettons y une nouvelle portion du même oxide de cuivre, et après avoir bien remué le tout voyons s'il se déposé quelque chose. S'il ne se dépose rien , l'oxide s'est combiné avec l'acide et parconséquent il y avoit auparavant un surcroit d'acide. S'il s'est déposé quelque chose, filtrons la liqueur avec du papier, séchons ce qui est resté sur le filtre et pesons ce reste. S'il est égal à U quantité d'oxide que nous avons jette dans le sel, alors le sel étoit saturé, et si le résidu est moindre, alors nous savons ce qu'il a fallu ajouter pour opérer la saturation. Pour u^ sous -sel nous ferons la même opération en employant l'acide du se).
Mde. de L. Je crois à présent comprendre la chose* Mais pourquoi surchargez-vous ma pauvre mé-
CINQUAKTB NCUVIEBfB ENTRETIEN. i^i
moire des sur -sels et des sous -sels si Ton peut s'en passer?
JUr. dé P. Je croirois mériter un reproche sî je ne Tavois pas fait. Car lorsque vous ouvrirez, madame, un livre de Chimie, vous trouveriez ces mots là sans savoir leur valeur, sans en trouver d'abord le sens. Considérons à présent le^ propriétés des sels;
Tous les sels affectent Vé^t solide. Très peu d'en-, tre eux ne nous paroissent liquides et uii seul en formé de vapeur, que par ce que les premiers ont tant d'aflSnité pour Teau que nous ne pouvons pas en dégager ce fluide par la chaleur sans décomposer lé sel^ et celui-ci par ce que nous ne Pavons peut-être pas exposé à un assez grand froid pour le condenser. Au moins il me paroit permis de conclure ainsi, ayant Tanalogie dé plus de mille sels solides sur cinq ou six qui fie lé sont pas. La forme solide des sels est la forme cristalline,* qui est infiniment variée d'un sel à un autre. Je n'ai besoin que de vous dire que les sels affectent les formes de cubes, de prismes, de pyramides, d'octaèdres^ dé dodécaèdres etc. les prismes et les pyramides avec plus ou moins de faces, sous des angles plus au moins grands, sous des proportions très variées de la longueur à là largeur, et avec des facettes particulières aux angles so-' lides et aux arêtes. Bref imaginez une figure de tôtpé symmétrique telle que vous voudrez, dont les facei soient des plans , il y a à parier que la nature l'a exécutée dans quelque sel.
Plusieurs sels (et c'est le plus ^ànd tkàmhrè) ioni blancs, c. à. d. sans couleur. Plusiètu^s autres sont co-' lorés, mais ce n'est que lorsque la basé éét Êolotéé/ Ce-
l32 CINQUANTE NEUVCEME ENTRETIEN.
pendant les sels à base de couleur ne sont pas tous colorés ; dans quelques sels la couleur de la base se détruit par l'action de Tacidp. Nous n'avons que trois acides colorés, le nitreux, le muriatique et le chrômîque. Lès deux premiers ne colorent pas leurs sels, le dernier colore quelques uns des siens.
Tous les sels ont de la saveur et Ton trouve toutes les saveurs dans les sels, depuis la plus légère saveur sucrée jusqu'à la saveur la plus acre. On dit, il est vrai, que les sels insolubles dans Teau (et il y en a beaucoup) sont insipides. Mais c'est par ce qu'ils ne peuvent pas, de même que les autres substances chimiques, agir tant qu'ils ne sont pas fluides. Mais quand on les dissout dans leurs acides ils témoignent leur saveur en modifiant celle de Tacide*
Par contre il y a très peu de sels qui affectent l'odorat. Au reste vous en connoissez un, madame ; c'est le sous- carbonate d'ammoniac que vous respirez quelques-fois pour vos. maux de tête.
Mde. de L. Pourrai-fe me souvenir longtems que le sel volatil que l'apothicaire m'envoie est du sous-carbonate d'ammoniac?
Mr. de P. Très facilement, madame, lorsque vous &erez initiée dans la nomenclature chimique.
Mde. de L. Hâtez vous donc de m'initier.
Mr. deP, Je suis charmé, madame, de cette noble impatience, à la quelle au reste je me garderai bien de déférer sur le champ , espérant qu'un petit délaine pourra que l'augmenteré Veuillez i\ cet égard me permettre de vous dire encore quelque chose sur les sels
CINQUAKTE NEUVIBMB ENTRETIEN. l33
en gënéral. Considérons d'abord l'influence de Teau sur eux.
Il est des sels solubles dans une très petite portion d'eau,, moindre que leur propre poids; d'autres en exigent une bien plus grande quantité, jusqu'à plusieurs centaines de fois leur poids; d'autres enfin sont insolu»*bles dans l'eau. II est difficile, pour ne pas dire impossible, de se rendre raison de ces différences d'une manière géiiérale et satisfaisante. Ce que l'on peut dire là-dessus, c'est que tous les sels dont la base est très soluble, tels que ceux de potasse, de soude, et d'ammoniaque , sont solubles ; que tous les sels avec excès d'acide sont solubles, quoique leurs bases ne le soient pis ou très peu ; enfin que les sels atec excès de base peu ou point solubles sont tous insolubles.
Mr, de R. H'më semble entrevoir dans ces données une loi formelle sur la solubilité des sels , portant que cette solubilité se règle sur celle des bases.
Mr. de P. . Cette loi paroit en effet exister, mais elle n'est pas générale; car nou$ avons plusieurs sels insolubles dont la base est soluble quoique moins que I^ potasse ou la soude ou l'ammoniac. E)t puis vous voyes! qu'il ne faut pas regarder à la base seuleipent,* mais aussi à l'acide ; car un excès d'acide rend un sel soluble qui d'ailleurs ne le seroit pas.
On cristallise les sels qui sont dissouts dans l'eau par l'é vaporation , soit à la température ordinaire soit eiji employant une température plus élevée. Mais certains sels, se décomposant facilement par là chaleur, il f^ut employer be^^^coup de précaution pour les cristal-
^34 CINQUANTE NEUVIÈME PNTRBTISN.
liser* Quelques un^ ipême ne $ont par cette raison pas du tout cristallisables.
L'affinité de^ sels pour Teaii dans les sels solubles fait que ces sels attirent l'huipidité de l'air phis ou moins fortement selon le degré de leur affinité pour )'ean. Ce$ sels dessèchent parconséquent Tair et si T^ir contient assez d'humidité ils deviennent complettement liquidas. On les nomme sels délii^tiescens et on ne peut leur conserver leur état cristallin qu'en les enfermant dans der vases dont l'intérieur est inaccessible à Tair. Par con». tre le$ sels insolubles sont inaltérables à Tair. Enfin il est des sels qui abandonnent à Tair une portion d'eau et tombent en poussière ; on les nomme sels efflorescents.
Mr. de L. Cpiament des sels tout formés et cris* tallisés peuvent -ils abandonner de Teau à l'air? Il me; semble que, s'ils sont bien secs^ ils ne doivent pas contepir d'eau et par conséquent ne pas en.p.erdre.
Mr. cle P. Pardon, Général. Tous les sels, quel-, que ^ien séchés qu'ils soient , pourvu qu'ils ayent conservé \e\\i(. fitat de cristal , contiennent de l'eau , les uns plus , les ^utres moins. On nomme cette portion d'eau ^àu de cristallisation par ce que les cristaux salins ne peuyetit exister s^ns elle. Cette eau est combinée avec' le sel , est devenue une matière solide comme dans les hydrates.
Air. de R. Ainsi les sels cristallisés sont des hydrates.^
Mr. de F. On a çMl^nservé ce nom pour les oxid^ ! combinés avec l'eau, et )<? Cfois ^veç raison; car fe"*
pçnse que dans ' les hydrates Teiau n'est pas seulement
solidifiée, mais aussi décbrnposfî0 jtssqu'à un certaiil'
CINQUANTE NEUVIEME ENTRETIEN. iJS
point, en sorte que la proportion ordinaire de ses principes y est alterne.
La propriété d'efflorescer, c. à. d. de perdre son eau de cristallisation et de se réduire en poudre est proprement un effet du calorique; car tous les sels per-' dent leur eau de cristallisation à une certaine tempéra*
ture. Ceux 'qui la perdent à la température ordinaire sont ceux qu'on nomme eiSorescetats. D'autfes exigent plus de chaleur pour eQlorescer; d'autres enfin exigent la dialeur de l'eau bouillante ou<qtielqiies degrés de plus. Les premiers et les seconds effibrescent insensiblement,' les derniers avec bruit, et la vapéfur, se foriïiant subitement, lândé lés particules dti sel dans Tair', ce qu'on nomme décrépiter. Ainsi nous voyons par là que l'eau est en quelque sorte le lien qui réunit les molécules salines sous la forme de cristaux*
La chaleur a encore deux espèces d'action sur les sels. D'abord elle les rend plus solubles dans' Peau et - nous ne devons excepter de cette règle que le^el marin et ceux qui se décomposent par la chaleur. Aussi emploie- 1- oh le calorique pour opérer promptement des saturations complettes. ^On' verse de Teau sur le sel qu'on veut dissoudre et onIév*haùffèju&qu'au degré de l'ébullition; il se résout' pat"' lÂ' beaucoup de sel. Puis on laisse refroidir le mélange et pendant le refroidissement la portion de sel que l'eau ne peut tenir en solution à la température ordinaire se précipite. On filtre la liqueur refroidie, qui alors contient le marimuAv de sel qu'elle peut contenir à la température ordinaire. Le même procédé s'employe aussi pour les «Ikalis.
Lorsque les:, sels ont été décrépites et qtf on aug-
iSQ CINQUANTE NEUViÉiVIE ENTRTIEN.
niente la chaleur, ils se fondent et se vitrifient, pourvu toutes fois qu'ils puissent supporter le dçgrë de chaleur oéce^saire sans se décomposer ou sans se sublimer.
L'action des subst^nçe^ oxidables, du soufre, du phosphore ) de Thydrogène sulfuré, de Tammoniaque, des métaux, sur les sels, est très variée et dépend prin* çipaleipent de l'action de ces substances sur Tacide du sel, quelques fois sur la base. Je ne vous rappellerai à cet égard que le^ ^belles végétations métalliques de plomb ç^ue Von opèr^ ea plaçant un bâton de zink Jans une solution d*acétate. de-plomb, c. à*, d. .d'un sel composé d*acide acétique et de ploml^. . Le zink s'empare 4e l'acide et de l'o^ène de Toxide. ^e. plomb qui se trouve par là réduit et sç forme en feuilles de diverses figures et grandeurs qui produisent les belles végétations que vous connoissez déjà , et il se forme de Foxide de z^nk. Le mereure versé dans une solution de nitrate d'i^rgpnf , sel composé d'acide nitrique et d.'argent, dégage ç^e fi^é^plspus la forme d'aigailles.çj; de feuilles très déliées, .....
Mde. de fj. Et cet oxide de zinkn'est ce pas cette 8ubst^nce qui suinte au travers de la. yeçsie avec la. quelle vous ave* recouv^Jtja petite bouteille et qui, en perdant son eau par Tév^pofiatiQni foroip ces petits arbres blanps que monsieur le Comte a si justement. nom«- . inés le premier degré de. végétappn? . .
MV' ffe i'- Oui, madame, et je. suis fâclié dp ne pa$ pouvoir vous entrptepir plus longtems de ces petite.; arbres, dev^pt ppnççntrer ^îoute votre attention sur les sels.
Le$ apides décoipposent les sels en raison de leur
CINQUANTE NEUVIEME ENTRETIEN. l^J
affinité pour les bases plus grande que celle de Tacide ^ui constitue le sel. A cet égard Tacide sulfurique est le plus puissant de tous, en ce qu'il décompose presque, tous les sels des autres genres. C'est une des raisons qui lui a £ait donner autrefois le nom de glaive chimique.
Eniln les sels agissent les uns sur les autres, et cette action est extrêmement variée, soit à raison des principes constituants de chaque sel, soit à raison de la solubilité ou insolubilité des sels. Supposons d'abord que nous ayons deux sels solubles dans Teau et que nous mêlions leur solution, il est possible. qu'il se fasse une décomposition mutuelle, 1 acide de l'un ayant plus d'affinité, pourla.base de l'autre que pour la sienne, et réciproquement. Cette décomposition produira donc, deux ^els. dififérents des précédents. Or ces deux nouveaux sels , peuvent être tous deux insolubles dans l'eau et doivent par conséquent se précipiter. Cela a lieu par ex: si l'on mêle des solutions de fluate d'argent et de muriate! de magnésie. L'acide fluorique du preniier sel s'em« pare de la magnésie du second et produit du fluate demagnésie,^ et et en même tems l'acide muriatique 4 t second sel (notre acide muriateux) se combine avec l'oxide d'argent du premier et forme du muriate d'argent^ Ces deux nouveaux sels ét^nt insolubles , ils se précipi<7 . tent tous deux en forme cristalline. Mais il est possi- ^ ble que des deux nouveaux sels l'un soit insoluble, llautre soluble dans l'eau; alors le premier seul se précipitera. Tel est le cas lorsqu'on mêle du sulfate de soude et du muriate de magnésie; on obtient du sulfate de. magnésie et ;du muriate de sOtéde. Le premier ^9
l40 CINQUAKTB NEUVIEME ENTRETIEN.
]Hde. de L» Que nous donnerez- vous à présent?
Mr. de P, La nomenclature de la Chimie.
3îde. de L, Je m'en réjouis , car j'espère qu'elle organisera ma tête de manière à me faire comprendre les noms dont vous vous êtes servis depuis que vous tfons parlez Chimie.
. Mr. de P. Il 7 a dans cette remarque, madame, une espèce de reproche pour votre professeur, en ce qu'elle suppose qu'il auroit dû d'abprd vous fournir le dictionnairiC et puis vous parler en suite. Ce reproche sejToit fondé si la langue que vous all^z apprendre étoit une langue ordinaire où .les mots ne sont que des sons ' saq^ aucun rapport au^ choses qu'ils représentent. Mais C6(};.ejangue est une laçfi[ue philosophique qui indique par les mots même^ la nature des choses. Ainsi pour VQus présenter celte nouvelle, langue il faUoit nécessairement vous orienter d'avance dans la connoissance de
ce% çhpses, La méthode contraire vous eut fourni: dans iQ.npuveau dictionpaire ^e^ n\ot4 aussi barbares que les an<:i6ns,.et qui n'eussent eu aucun sens pp.ur v^us et que parconsëquent vous n'auriez pas retenus. C'est ce qui . a eu liei^ en e£Fet pour les Chimistes eux-mêmes. Car la nomenclature d'aujourd'hui ne s'e^t pas formée des , les premiers pas que l'on a faits dan^ la Chimie. Qnen . dp^t la.preipière étauche au célèbre. GuvtOA-Morveau. Lavoisier, Berthollet et Fourcroy la mocjifièçent et liji , donnèrept a peu. de chqsp près, la. forme i|u'elle a aujourd'hui* Auparavant les. substances qprpposées avpient . d^s noms insigni£a{)t^ ou même baroquçs> Certain sel §'appeIloit sel de Glaiiber du nom de ^on auteur, unau-
CINQUANTE NEUVIÈME ENTRETIEN^ 1*4 ï
tre secret double ; Toxide de zink un rien blanc ou bien laine philosophique etc.
M de. de L. La méthode est pleinement fustifi^e. Donnez nous à présent le dictionnaire.
Mr. de P. Volontiers, madame. Je m'empresse « satisfaire votre impatience.
\ D'abord nous devons observer que les substances simples et les substances non décomposés pourroient avoir des noms purement arbitraires. Mais on a choisi ces noms de manière à rappeller ou un de leurs effets principaux ou les corps composés dont on les a extraits et dont lés noms sont en usage dans la vie commune* C'est ainsi queToxigènea son nom de sa faculté de produire des acides en se combinant avec d'autres substances, le carbone du charbon dont il fait la majeure partie, l'alumine de l'alun , sel dont il est la base etc.
, Nous avons vu que la plupart des corps non décomposés se combinent avec Toxigéne et on les nomme à cet égard combustibles par ce qu'après leur combinaison avec l'oxigène ils sont comme brûlés. Nombrô d'entre eux, comme l'hydrogène, le carbone, le phosphore, plusieurs métaux etc. , le son( réellement, cette combinaison fournissant le phénomène que nous noni* mons le feu. Ces combinaisons de l'oxigène avec les substances combustibles que nous avons d'ailleurs norîî* mes les ràdicdux sont de deux espèces, lesao^c/e^etles oxides que vous connoissez déjà. Tous les oxides ^ônt des Combinaisons binaires, plusieurs acides de même, mais plusieurs acides sont ternaires ou même composés de quatre substances. Ce sont les acides à bdse doublé et triple.
Mais nous avons encore des combinaisons binaires. Ce sont celles qui sont composées de substances non décomposées , deux à deux , l'oxigène excepté.
Les sds nous offrent des combinaisons ternaires, d*un acide et d'une base saline, dont chacun est une combinaison binaire, Toxigène se trouvant dans Técide et la base; et les sels doubles nous offrent quatre substances réunies dans une seule.
Enfin le règne végétal nous offre dans ses différentes substances des combinaisons de Toxigène avec l'hydrogène et le carbone, et le règne animal des combinaisons de l'oxigène avec Tbydrogène, le carbone et Ta*zote, quelques fois avec le phosphore et le soufre. Ces combinaisons de la matière organiqvie se rapportent au reste aux acides ou aux oxides et forment par là des oxides à base double ou triple; on bien Ton peut, comme j'ai eu l'honneur de vous le dire, considérer celles qui ne sont pas des acides comme des combinaisons neutres de l'acide carbonique avec un oxide d'hydrogène ou d'azote.
C'est cette incertitude qui leur a conservé les noms qu'elles ont dans la vie commune. Ainsi l'on dit en Chimie le sucre, le suif, l'huile, la gomme, le tannin etc. et non des prot- oxides, deut- oxides etc. de carbone , d'hydrogène , d'azote etc.
Mde. de L. Ainsi les Chimistes tolèrent encore quelques noms ordinaires.
Mr. de P. Ils le doivent, madame, par les raisons que je viens d'alléguer, et j'espère que vous n'en êtes pas fâchée.
Mde, de L, Sûrement pas/ et s'ils pouvoient com*
CINQUANTE NEUVIEME ENHEIEN. l45*
poser toute leur nomenclature de pareils mots, je leur en serois bien reconnoisXante.
Mr. de P» Us feront ce qu'ils pourront , et pour nous en assurer entrons d'abord dans le champ des combinaisons.
L'oxigène se combine avec le même radical souvent sous plusieurs proportions. Si la combinaison forme un acide, nous savons qu'il n'existe que deux prbpor« tions que l'on exprime par la terminaison qu'on ajoute à la base, qui est eux pour la combinaison où il entre le moins d'oxigène et ique pour celle où il en entre le plus. Ainsi nous disons dans le premier cas l acide phosphoreux , t acide sulfureux etc. pour exprimer un acide de phosphore, de soufre etc. qui a le moins d'oxigène, et nous disons acide phosphorique y acide sulfurique etc. pour désigner l'acide de phosphore, de soufre etc. qui a le plus d'oxigène. Au reste j'observe qu'on ne se sert pas des mots azoteux et azotique pour les deux acides d'azote , mais des mots nitreux et ni^ trique y je ne sais pourquoi; car le nitre n'est pas l'a* zote, la substance simple qui, combinée avec l'oxigène» produit l'acide, mais un sel composé d'acide nitrique et de potasse. Les acides qui ne se forment que sous une Seule proportion d'oxigène ont la terminaison ique. Ainsi l'on dit : V acide carbonique , t acide borique etc.
On a varié, comme j'ai eu Thonneur de vous le faire voir, dans la dénomination de l'acide non encore décomposé connu sous le nom d'acide muriatique qui» combiné avec la soude, fo.rme le>sel marin. Originaire* ment on nommoit cet acide, tel qu'il s'extrait du sel marin, acide muriatique , et celui qui contient un sur^
l44 CINQUANTE NEUVIEME ENTRETIEN,
plus d'oxigène acide miiriatique oxig<5np. Berthollet découvrit en suite un acide mnriatique suroxigëné. Ces dénominations p'étoient point du tout philosophiques.« II falloit dire alors acide muriateux , acide mnriatique et acide mnriatique oxigené. Davy, ayant découvert que le premier de ces acides n'est autre chose que le second afFecté d'hydrogène, on a cependant conservé pour le second le nom d'acide muriatique et pour le troisième celui d'acide muriatique oxigéné; ce qui est une inconséquence dans le système. C'est pourquoi, nous avons préféré dire : Acide muriateux et acide muriatique pour le second et le troisième et acide mu^ riateux hydrogéné pour le premier.
Les oxides prennent également le nom de leur base et nous présentent plusieiirs proportions d'oxigène dans la combinaison avec le même radical. Ceux qui contiennent le moins d'oxigène se nomment protoxides^ ceux qui en contiennent davantage dcutoxides, ceux qui en contiennent encore davantage ^/vVoa-ïV/^.?, ceux qui en contiennent le plus peroxides. Ainsi l'on dit protoxide d'azote, deutoxide d'azote, protoxide de fer deutoxide de fer, tritoxide de fer. Les oxides qui ne sont susceptibles que d'ime proportion d'oxigène se nomment simplement oxides. Ainsi Ton dit oxide de tellure, oxide d'argent etc.
Les composés binaires des corps combustibles prennent une place importante dans la nomenclature. Si ces substances sont des métaux on donne à leur combi^^ naison le nom connu d^aUiage. Ainsi l'on dit alliage d'argent et de Cuivre, alliage d'étaiil et de plomb etc« Lorsque l'un des métaux alliés est le mercure, alors Tal-*
CINQUANTE NEUVIEME ENTHETIE^. I45 '
liage prend le nom d'amalgame. Amalgame de plomb est un alliage de plomb et de mercure.
Si les substances combustibles dont on fait des compostas binaires ne sont pas des métaux, alors on^rend l'une des deux au substantif et l'autre à Tad jectif avec la terminaison en é. Ainsi pour exprimer une combinaison de gaz hydrogène et de phosphore on dit gaz hydrogène p/wsphoré. On dit de même gaz hydrogène, sulfuré y ga:j hydrogène carboné. On deyroit de même dire: gaz azote hydrogéné pour le gaz ammoniac. Mais cette dénomination n'est pas en usage. On a senti,longtems avant qu'on ait songé à vouloir faire du gasf ammoniac un oxide, que cette combinaison est d^un genre différent des autres. Celle-ci est certainement un produit de TafHnité chimique, tandis que les autres^ de même que les alliages, sont vraisemblablement de>^ effets de l'afEnité physique.*)
Mr. de T. Cette distinctiod dei deult aflSnlté» fait voir son importance presque par tout^
Mr. de P. Lorsqu'une substance combustible doâ métallique se combine avec un métal on donne à la substance non métallique la moitié de son nom âyec la terminaison ure et on-âjoute le nom du métal au géni-tif. Ainsi Ton dit: carbure de fer (l'acier)^ hydrure
*) On dit quelques fois sùitfre hydrogéné potir distinguer ixû6 eômbinaîson de soufre et d'hydrogène différente deThydrogènc^lfuré; elle est ]iquide et contient plus de soufre. Nomttier cette substance bydrure de soufre, comme le font quelques auteurs, ne me paroit pas juste. Pourquoi ne pas la nommer hydrogène persulfuré et l'aUi^ tre hydrogène proto^suJfuré, puis qu'on a déjà adrtiit Thydrogènir proto»pbo8pboré et perpbosphoré ?
l46 ÇIXQANTB NBUVIJBMB ENTRETIEN*
de potassium^ sulfure de mercure^ phoaphure d^or^ azo'* ture de sodium y pour exprimer des combinaisons de carbone avec le fer, d'hydrogène avec le potassium, de soufre avec le mercure, de phosphore avec Tor, d'àzOte avec le sodium. Plusieurs de ces combinaisons sont susceptibles de deux proportions qu'on exprime en ajoutant les proto, les deufo ou les jp^r des oxides. On a des proto-carbures et des per-carbures , des protosulfures , des deuto*sulfures et des per-sulfures etc.
Veuillez au reste, madame, ne pas confondre les hydrures avec les hydrates^ Les hydrures sont des combinaisons d'hydrogène, les hydrates sont des combinaisons d'eau dans les quelles ce liquide est devenu solide et nous distinguons même Peau de cristallisation de .celle qui entre dans la composition des hydrates par la raison que j'ai alléguée plus haut.
A présent il ne nous reste plus que les sels à dénominer^ et cette dénomination doit également ijadiquer leur composition* Prenons pour exemple un des sels dont nous avons déjà parlé, lesidfate de potasse. Ce mot indique que ce sel est composé d'acide sulphurique et; de potasse» Si nous avions voulu désigner le sel composé d'acide sulfure;/^: et de potasse, nous eussions dit : sulfite de potasse. Ainsi la terminaison en ate se rapporte à l'acide terminé en ique et la terminaison en ife se rapporte à l'acide terminé en eux^ et vous vous souvenez, madame, que les acides en ique sont ceux qui ont le plus d'oxigène et les acides en eux ceux qui en ont le moins. Nous avons donc des nitrates et des nitri tes y des phosphates et des phosphites y dessuljaleset des sulfites etc.* mais nous n'avons que des carbonates^
CINQUANTE NEUVIEME ENRETIEN. i/if
de sacétateSf des fluatea etc., par ce que nous ne con« noissons qu'une proportion d*oxigène pour l'acide carbonique, acétique, fluorique etc. Dans la nomenclature reçue nous n'avons également, que dés munateé par ce qu'on a sidmis l'acide muriatique oxigëné; ce qui fait que pour les sels Composés de cet acide on dit par ex: muriaie oxigéné de soudci Mais comme je nommé acide muriateux l'acide muriatique, et acide muriatiqu6 l'acide muriatique oxigënè, je dois statuer des murii'^ tes y et fe ne vois pas ce qui pourroits'y opposer,
Mde» de L. (fiante) Moi je m'y opposerai.
3In de P. Soit, madame. Et si j'amais je fais im« primer quelque chose sur les muriites j'aurai soin da vous en avertir pour que vous fassiez part de vos ob<' jeciions au public.
Mais en attendant nous devons désîghet éùtotë les sels dont les bases salines contiennent plus ou moins d'oxigèneé Cela se fait en mettant ed avant les proto, les deuto etc^ Ainsi nous avons par ex: un proto^sul^ fdte et un àewto^sulfàte de plomb et beaucoup d'autres^
Enfin on indique encore si le sel e^t neutre ou un sur^sel ou un sous^sel. S'il* est neutre on n'ajoute rien à son nom. S^il est alkalin on ajoute (e mot sous; ainsi Ton dit: sous -carbonate de potcisse ^ soiùs -p/iocphate' d^ammoniaque. On pourfoit avoir de même des sur^ carbonates etd; mais je né me rappelle pas que l'on sçf soit servi de cette dénoinination^
Voilà, madame, le dictionnaire chimique ôoiripleh Les petites choses que je pourroii y afjouter s'entendent d'elles-mêmes et si vous trouvez dans quelque ouvrage de Chimie par-*ci par4à une espèce de eombinaison que
l48 CINQUANTE NEUVIEME ENTRETIEN.
f ai omise, vous comprendrez le mot facilement à Taide de ceux que vous venez d'apprendre.
Mde, de L. J'avoue que cette nomenclature me plait beaucoup ; car je vois clairement qu'il ne faut connoitre que les noms des substances non désomposées pour pouvoir nommer toutes ]es substances composées, quelque nombreuses qu'elles soient, et que je sais même trouver la signification d'un mot que je n'ai jamais lu ou enten« du, signification qui a l'avantage de m'indiquer de quoi la substance est composée et de quelle espèce de composition elle est. L'idée et l'exécution d'une pareille nomenclature est admirable. Que nous donnerez-vous à présent , monsieur de P. ?
Mr. de G. Il pardit qu'il vous sera difficile detrou- Ver un sujet qui intéresse Mde. de L. autant que celui que vous venez de traiter.
Mr. de P. Je n'en désespère pas. Mais ce ne sera pas pour aujourd'hui. Je dois me rappeller que l'on se fatigue même des choses qui plaisent le plus.
Soixantième entretuëiî*.
iVLr. de P. Vous avez, madame, fait la connoissance de toutes les substances simples et de toutes les substan* ces non décomppsées que nous connoissons • • • •
Mde, de L. Et de plus no'^s fivons appris à trouver les noms de toutes les substances composées par l'organe ;de la nomenclature chimique. Il me semble que je sais faire des acides, des oxides, des sulfures, des phosphures, des hydrates, des sels,, simples et-doubles etc.
Mr. de P, Vous le savez en effet, à la connoissance près des opérations quelques fois compliquées qui sont nécessaires à cet effet , et qui exigeroint trop de détails pour nos entretiens, surtout si nous voulions j ajouter les procédés pour les décompositions et ceux « qu'on emploie pour reconnoître la nature ou trouver le nom d'une substance donnée, champ immense connu sous le nom d^analyse chimique et qui constitue lart du Chimiste. Tenons nous en à la partie proprement scientifique, aux lois de la Chimie, qui nous fourniront les règles principales de l'analyse.
Le Comte C. Je conçois que l'analyse chimique soit une mer à boire, et qu'il faille une mémoire éXoif-
l50 80IXAKTI^1M£ ENTRETIEN*
Dante pour retenir les propriétés de plus de mille matières connues et une bien grande précision dans les opérations pour déterminer jusqu'à un Gentiè.me, ou même un millième, les proportions des substances simples dont la combinaison produit telle'ou telle matière.
Mde. de L. Je crois que nous sommes tous bien disposés à vous dispenser, monsieur de P., de nous in* struire de ces immenses détails.
Mr. de P. Permettez moi, madame, de ne pas profiter à la lettre de cette dispensation et de tous offrir à la suite le tableau de quelques procès chimiques que je regarde comme les plus importants de tous et qu'à cet égard je ne voudrois pas que vous ignorassiez. Mais auparavant je dois vous f^iire connoitre les princi* pes généraux de la Chimie qui font proprement le corps de la science, qui sont pour Texplicatioii des phénomènes chimiques ce que l'analyse et la nomenclature fi%% pour la coqnoissance chimique des corps.
4/r« de Gf Ainsi nous allons rentrer dans le dopiaine ^e l'affinité.
Mr. 4^ Té. N'en déplaise à ma femme qui s'est prise d'une l^elle passion pour la nomenclature, je n'en serai pas fâché, préférant les choses aiix mots, quelque systématiquement qu'ils soient rangés»
Mr. de P. Ne vous fâchez pas, madame, de cette sortie 4u Général. Nous aurons si souvent besoin de la nomenclature, nous pour parler, luipournous comprendre, que son Excellence finira par la trouver excellente. Mais entrons en niatière et commençons par considérer l'àHinité physique relativement h ses effets mécaniques. Je crois qu'iUest infiniment utile d'aper-
^ flOiXANTlilMB BNTRBTIBN. l5l
cevoir ces relation^ qui forment en quelque sorte un pont entre deux parties de notre science qui d'ailleurs se trouveroient chacune dans une espèce d'isolement. Commençons par une expérience très intéressante par elle-même.
Nous prenons un verre cylindrique; nous Femplis* tons du meilleur esprit de vin et nous fermons ce verre «u moyen d'un morceau de vessie mouillée et bien fiscellée, de sorte qu'il ne reste point d'air dans le verre, et que rien ne puisse y entrer ou en sortir. Puis nous plongeons ce verre dans un plus grand vase plein d'eau distillée et nous avons la patience d'attendre quelques heures. Nous préparons une seconde expérience du même genre, avec cette différence que le petit verre contient de l'eau distillée et lé grand de l'esprit de vin. Voyez dans la ligure que j'ai l'honneur de vous dessiner ( fig. 4* ) ^^ double appareil, A est le petit verre qui coiitient Talkohol, G le grand qui contient de l'eau distillée, B le petit verre qui contient de l'eau distillée et D le grand qui contient de Talkohol. Peu à. peu on voit la vessie du verre A se gonfler et la vessie du verre x B s'enfoncer; ces deux effets augmentent jusqu'à un certain maximum où les deux vessies sont tendues le plus fortement; puis il diminue petit-à*petit«
Que pensez -vous, messieurs, de ces deux phénomènes opposés?
Mr. de T. Qu'il entre de Peau dans le verre A et qu'il en sort du verre B; que le surplus de fluide qui entre dans le premier tend la' vessie en dehors et la perte de fluidç du second doit tendre sa vessie au de*>
1^2. SOIJUNTWiME ENTRETIEN*
dans par le poids de Tatmosphère* Voilà tout ce que la Mécanique me dit là -dessus.
Mr.de Ç. A quoi f ajoute que si, lors du maximum de Teffet, on fait un trou dans la vessie du verre A avec une épingle, il se forme un jet-d'eau momen-» tané de 8 à lo pieds de hauteur. Mais que diC^ la Chimie à cela, monsieur le Comjp?
Le Comte C. Ma Chimie est muette; elle sait, il est vrai, que Talkohol et Teau ont de Taffinito l'un pour Tautre; mais elle ne peut pas expliquer pourquoi l'eau marche vers l'alkohol et non Talkohol vers Teau; ce qu'il* Igut pourtant admettre pour expliquer ces deux phénomènes.
3Ir. de P. Voyons si l'attraction de surface ne nous tirera pas d'affaire. Mettez un morceau de vessi^ sèche dans de l'eau; elle sç rnouillera et au bout de quelque tems elle sera pénclrëe d'eau et sans aucune roiçjeùr. Mettez un pareil morceau de vessie dans -de l'alkoVd, il np s^amollira pas; l'alkohol ne le pénètre pas. Bien plus mettez le morceau de vessie imbibé d'eau dans de l'alkohol , il perdra son eau, sa molesse et sa transparence. Ainsi 1^ vessie a beaucoup d'attraction de surface pour l'eau, mais point pour l'alkohol. Voyons à présent ce qui doi|: se passer dans nos deux petits vases, dont les vessies ëtoient imbibés d'eau. Celle du verre A se trouve par sa surface intérieure en contact avec l'alkohol et par sa surface extérieure avec l'e^u. L'alkohol doit donc dessécher la vessie, c'est à dire lui enlever son eau en vertu de son aîfmité pour l'eau et la vessie doit se charger d'upe nouvelle portion d'eau en vertu de son attraction de surface pour ce
SOIXANTIÈME ENTRETIEN. l53
fluide; puis Talkohol doit la lui enlever de nouveau. Ainsi il doit se trouver au bout de quelques heures une portion d*eau nêlëe à l'esprit de vin dans le vase a"; et la tension de la vessie, de même que le petit fet-d'eau est l'effet mécanique de TalEnité de Talkohol pour Teau. La même opération chimique a lieu dans, le verre B. L'eau doit en sortir, attirée par Talkohol qui est à l'extérieur et laisser par conséquent un vide dans ce verre B, que la pression de l'atmosphère fait disparoitre ou plutôt rend sensible en enfonçant la vessie d'autant.
Mde. de L. J'admire cette mécanique de la nature.
Mr. de P. J'espère à la suîte vous la faire admirer bien d'avantage en vous dévoilant des résultats infiniment importants que nousMui devons. En aliendant permettez moi de vous en faire connoitre une ingénieuse application qu'un des nos premiers Ânaiomistes, Scîmmering, en a faite pour améliorer le vin.
Mt\ de lu. Oh! Oh! Ceci devient sérieux pour im ami du bon vin. Hâtez vous de nous donner la méthode de monsieur Scimmering qui acquèrera sûrement par cette grande invention plus de célébrité que parsea plus belles découvertes en Anatomie.
Mr. de P. Il prend un très grand bocal de verre, l'emplit presque entièrement de vin ordinaire, enferme la large ouverture par une vessie mouillée et met l'appareil près ou sur lui poêle médiocrement chaud ou Lien aux rayons du soleil pour donner à la liqueur une température un peu plus élevée que l'ordinaPre. L'air dessèche la vessie et la liqueur qui s^évapore dans l'intérieur répare cette perte. Mais comme la vessie qe
l54 SOIXÀKTléMB ENTRBTIEir.
•'humecte que d'eau et non d'esprit de vin, tout l'alko-^ hol reste dans le vase et la liqueur ne perd que de Teau, 6t le vin devient plus fort et plus suave.
Mr. de L. Cela me rappelle la méthode d'amë* liorer le vin par la gelée que vous nou& avez enseignée il y a quelques semaines* Ainsi l'évaporation et la con« densation, le froid et le chaud , touts'empresse d'améliorer la divine liqueur. Avouez que la nature a bien certainement voulu que nous bussions de bon vin !
Mr. de P. Qui pourroit en douter? mais permettez moi d'en revenir à l'affinité. La force mécanique qu^elle a déployée dans les expériences sur l'eau et l'esprit de vin (à en juger par lé petit jet-d'eau) est égale à environ \ du poids de l'^aiiosphère, et quelque considérable qu^dle nous paroisse, elle est bien petite en comparaison de celle qu'elle, déployé dans l'absorption ides gaz par les liqueurs. J'ai déjà eu l'honneur de vous dire que l'air atmosphérique absorbé par Teau y est réduit à un volume 5oo fois moindre que celui qu'il avoic auparavant et que par conséquent l'élasticité de ce gaz absorbé est égale à 5oo fois le poids de l'atmosphère. Ainsi Taflinité de l'eau pour l'air exerce cette force prodigieuse.
Mr. de T. Permettez moi une réflexion qui me vient à l'instant. Si l'affinité est capable d'une pareille force et si la force mécanique est le produit de la masse par la vitesse , il faut que les molécules d'air soient attirées par l'eau avec une \nen grande vitesse , et voilà une confirmation de la vitesse énorme qui a lieu dans la inarche chimique des substances.
Mr. de P. C est au moins quelque chose; car la
SOlXJiSriÈME ENTaETIEN. x55
vitesse due à une «élasticité égale à 5oo fois le poids de raimosphère ou à une colonne d*eau de 16000 pieds de hauteur est d'environ 1000 pieds par seconde* Et comme ce n'est pas de Teau mais de Tair qui exécute cette marche, il faut multiplier cette vitesse pargoo, Teau étant 800 fois plus dense que Pair. Ainsi la vitesse avec la quelle Tair se combine avec la surface de Teau doit être évaluée à 800000 pieds par seconde, vitesse qui estSoo fois plus grande que celle du boulet de canon.
Le jeune de X. 'En supposant que la lumière ne fut que mille fois moins dense que Tair et que son affi* nité pour Tair ou pour Téther fut égale à celle de Pair pour l'eau, sa vitesse serôit de 800 millions de pieds, ce qui est presque sa vraie vitesse. Or comme vous nous avez prouvé que la lumière doit être au moins , onze billions de fois moins dense que l'air, il s'en suit que nous n'avons besoin que d'une bien petite affinité pour rendre raison de la grande vîtesse de la lumière.
Mr. de P, J'ajoute à cela que l'affibité de l'air pour Veau est une des moindres que nous connoissioos. Celle 4 de Tacide sulfurique par ex: est bien plus considérable et celle du calorique encore plus; car la chaleur de l'eau bouillante chasse de Teau tout ga& absorbé, même lorsque ce gaz est acide tel que l'acide carbonique, l'acide muriateux etc. Ainsi nous voyons que les affinités physiques, considérées du côté des forces mécapiques qu'elle exercent, diffèrent très fort entre elles;
' Les effets de la poudre à canon et de toutes les pou«dres fulminantes s'expliquent par le même principe, avec cette différence qu'ici l'affinité chimique remplace l'affinité physique. Car une poudre fulminante quel-
l56 SOIXANTIËME ENTRETIEN^
conque est un corps dont une partie se change subite<« ment en gaz et parconsëquent un composé d'une substance et d'un gaz solidifié, c. à« d* réduit à un volume extrêmement petit. Et cette compression du gaz est l'effet de l'affinité qui , lorsqu'il est détruit par une autre afl^ité ou une autre cause quelconque, produit la violence des détonnations.
Mde de.L. J'avpis, toujours une grande opinion des eflfets de la poudre. TVÎàis voilà que vous me les rappétissez en les rammenaiit au?^ effets de l'affinité qui prépare sans bruit tous cet éclats effrayants.
Mr. de P. Je ne suis pas fâché, madame, que vous trouviez de v^ous-même que. la Nature opère sq& plus grandes merveilles sans faire beaucoup de bruit, tandis qu'il ne nous arrive que trop souvent, à nous pauvres mortels, de faire beaucoup de bruit pour peu de chose.
Le Comte C, Pour moi j'admire cette belle com-^ binaison de la Mécanique avec la Chimie que la Nature nous offre dans ces phénomènes et qui, si lès Physiciens la cultivent , doit mener à de grands résultats.
' MrMeP. Vous la retrouverez dans la coïncidence des effets de l'affinité avec ceux de l'attraction de surface. Nous en avons déjà eu un très bel exemple dans les expériences sur la combinaison de l'alkohol avec ' l'eau par l'intermédiaire de la vessie. Mais l'inHuence de l'attjaction de surface sur les phénomènes de l'affinité est générale et se trouve tantôt en conjonction tantôt en opposition avec elle.
Mr. de Ij. Ce sont deux femmes. Elles s'aiment et se haïssent par caprice.
SOIXANTIEME EKTRETI^. l^J
^ Mr. de P. Cette fois-ci , Général, votre sarcasme est très bazardé. Berthollet a prouvé avec beaucoup de sagacité, surtout dans la combinaison des substances salines, que l'affinité et l'attraction de surface (<qu'il nomme cohésion) ont toujours de fort bonnes raisons soit pour s'unir soit pour se contrarier. L'attraction de surface favorise les opérations chimiques toutes fois que l'affinité veut composer des solides au moyen de liquides ou de gaz. Elle s'oppose à leur efiet lorsque l'affinité veut changer des solides en liquides et parcon* séquent détruire l'attraction qui réunit les molécules des solides. Enfin elle favorise souvent Taffinité, même dans les solutions , en faisant pénétrer le corps solide par le fluide qui doit le dissoudre. Ainsi chaque fois que nous voudrons comparer différents effets de l'affinité nous ne devrons pas oublier l'influence de l'attraction de surface qui a toujours lieu, de manière ou d'autre. Passons à présent
Le Comte C. Permettez moi, monsieur de P., puis* qu*il me semble que vous avez terminé votre sujet, de vous faire, à ma honte peut-être, une petite confidence. Je me suis procuré le petit appareil que vous nous avez décrit autrefois pour poser deux liqueurs l'une sur l'autre et observer les effets de leurs combinaisons. Entre autres j'ai placé de l'eau distillée sur dé la teinture de tournesol et j'ai observé que pendant plusieurs heures la limite entre les deux liqueurs restoit parfaitement distincte; mais après vingt quatre heures j'ai trouvé cette limite diffuse, la couleur bleue étoit un peu montée dans l'eau non colorée, et en nuances toujours plus foibles, â partir du point de la limite. J'a-
l58 SOIXAKTiéME ENTRETIEN,
Tone que je ne comprends pas cela et que fe crains avoir fait quelque maladresse*
Mr, de P. Pas du tout, monsieur le Comtre. Votre expérience est très bonne et le résultat très vrai et même général. Je vous ai dit, à la vérité, que ces sub« stances colorées ne voyagent pas comme le font les acides , les alkalis , les sels etc. ; et fe crois avoir ajouté que nous reviendrions sur le même sujet. Voici le moment de tenir ma parole, votre expérience mé la rappellànt. Le fait que vous avez observé, qu'au bout d'un certain tems on s'aperçoit que les matières colorantes voyagent un peu, est très vrai. Quelques vins rouges et une solution de bois deFerhambouc voyagent le plus promptementde toutes les substances colorantes que f ai éprouvées. Cela vient de ce que les matières colorantes solubles dans Teau y sont liées avec une autre substance , telle qu'un sel, un acide, de l'esprit de vin etc., substances très susceptibles de se joindre à l'eau par Taffinité physique et qui entrainent la matière colorante, mais seulement lorsque ces substances ont déjà passé en partie dans l'eau et que les matières colorantes n'en contiennent plus qu'une petite portion. L'eau veut encore partager cette portion de sel , d'acide etc., c. à.d. l'enlever à la couleur; mais celle-ci ne s'en désaisit pas et suit plutôt son alliée.
Mde. deL. Avouez,que cette fidélité de la part de la substance colorante pour l'eau, son ingrate alliée, est bien touchante!
' Mr. de Pé Vous allez, madiiaie, me faire pleurer. Mais non: je saurai retenir mes larmes^ et comme je
SOI^ANniME ENTRETIEN. igg
rois que vous prenez la chose du cote de la sensibilité^ permette^ moi de vous l'étaler dans tout son jour.
Prenons une solution d'un sel mëtallique eoloré, par ex: du muriate de fer, délayé dans de Teau, ou du, nitrate de cuivre. Le muriate fournira une spperbe couleur jaune d'or et le nitrate un beau verd-bleuâtre; placez ces solutions chacune sous une portion d'eau distillée et veuillez vous souvenir que ces sels sont de ceux qu'on noinme sur-sels, où l'acide semble prédominer, par ce que la solution rougit la teinture de tournesol. Si au bout de deux heures vous trempez un papier bleu dans le haut de la liqueur qui n'a encore aucune couleur, le papier se rougira, et ce n'est qu'au bout de p4 heures que la couleur du sel métallique aura dépassé d'environ 3 lignes la limite, comme monsieur le Comtet l'a décrit dans son expérience avec la teinture de tournesol.
Le Comte C Ainsi l'acide superflu a passé dans l'eau et laissé derrière soi le sel métallique.
Mr. de P. Je l'ai cru également un^*nstant et pensé avoir trouvé un moyen de neutraliser les sur-sels en leur enlevant par l'eau leur acide superflu. Mais je me trpmpois. Après avoir soutiré, au moyen du larron et avec la plus grande précaution, une petite portion de la liqueur non encore teinte dans se% couches supérieures, je Tai traitée avec un réagent convenable (un mélange du soi-disant acide prussi^'ue et de potasse) et j'ai d'abord reconnu que chacune de mes liqueurs, aupara- vant parfaitement limpide et sans couleur, contenoit Tune du muriate de fer, l'autre du nitrate d^ cuivre; car la première a fourni un précipité d'oxide de fer (le
l6o SOlXANTlâME JBNTRETIEN.
bleu de Prusse) et la seconde un précipité d'oxide de cuivre de couleur de ileur de pêche.
Mde, de L. Ces expériences me plaisent.
Mr. de P. Elles m'ont fait également grand plaiêier,puis qu'elles m'ont appris que Teau enlève une portion du sel métallique sans enlever la couleur en même tems, et que parconséquent la couleur n'est pas essentielle aux sels et aux oxides métalliques , mais propre* ment accidentelle. L'excellent Chimiste Proust avoit défa jugé de même en suite d'autres) expériences très différentes et déclaré les couleurs métalliques êtr^ des hydrates, c. à. d. des combinaisons d'eau modifiée dans ses principes par l'aictioa des oxides métalliques.
Mr. de V. Sans vouloir faire précisément une objection contre vos expériences , monsieur' de P., permettez moi de vous demander s'il ne seroit pas possible que votre liqueur, qui paroissoit n'être pas- du tout colorée, Tait été un peu sans que l'oeil ait pu distinguer la couleur, surtçut le reste de la liqueur étant fortement Coloré. Un rouge très pâle par ex: paroit tqut* blanc à côté du vermillon.
Mr. de P. Je ne me suis pas hazacdé à fonder un théorème si important sur les expériences seules que je viens de citer, l'erreur dont vous parlez étant possible^ quoique au reste difficile; car favois comparé ma liqueur non colorée avec de l'eau pure. J'ai fait une autre expérience avec de plus grandes masses et avec la balance hydrostatique pour lever tous les doutes* Permettez moi, madame, de décrire cette expérience qui| je crois, a droit à votre attention*
J'ai fait faire un appareil pour placer deux liqueurs
Tune sur Tautre de 5^ pouces de diamètre et de ^ pou^ ces de hauteur et j'y ai placé 2| pouces de solution de nitrate de cuivre sous un égal voluiiie d'eau distillée. Ayant de charger Tinstruinent j'ai pris très exactement la pesanteur spécifique de Teau et de là solution; Puis^ après avoir chargé l'instrument j'ai plongé un corps de Terre, suspendu au bras de la balance hydrostatique^ dans l'eau distillée à la plus grande distance possible de la liqueur colorée. Un poids mis dans Tàutre bassin def la balance. lui faisoit équillibre< J'ai laissé l'appareil en cet état pendant 60 heures^ pendant les quelles je m'aperçus que le corps de verre devenoit petit-à- petit plus léger et parconséquent la liqueur non colorée plus pesante. Je iliis de tems en tems de très petits poids du côté du corps de verre pour rétablir Téquillibre. Au bout des 60 heures la couleur s'étoit élevée d'environ J de pouce mais n'atteignoit pas encore le corps de verre^ • et la liqueur non colorée dans la région de ce corps a voit gagné ^^ ^^ pesanteur spécifique. Ainsi j'étoià •sûr qu'une partie du nitrate de cuivre avoit passé d^iis l'eau distillée $ mais sans pouleun Pour m'en assurer bien positivement j'e^nlevai une p!artie de cette liqueur parfaitement limpide que je partageai en deux portions^ dont l'une me servit à y découvrir le nitrate qui se md* nifesta plus fortement que dans l'expérience en petits L'autre portion me servit à comparer la couletit. Jef pris à cet effet de l'eau distillée et y versai du nitrate de cuivre avec toute sa couleur^ jusqu'à ccî que la U« queur ait aussi augmenté de j^ en pesanteut spécifique^ jugeant que si le nitrate Coloré avoit passé dans l'eatl pendant les 60 heures en si petite quantité que l'oeil jMf
l62 SOIXAMn^ME ENTRETIEN.
put distinguer cette légère nuance, il ne pourroit également pas distinguer cette nuance dans le mélange que {e faisois. Mais c'est ce qui n'eut pas lieu ; ce mélange offrit une couleur verd- bleuâtre très prononcée.
Ainsi il est bien prouvé que les couleurs des oxides de métaux ne sont qu'accidentelles, et l'opinion de Proust que ces couleurs sont des hydrates ne me paroit plus sujette à aucun doute.
Mr. deJR. Ne pourroit-on pas appliquer le même principe aux autres matières colorantes; aux couleurs végétales et animales? L'idée de considérer toutes les matières colorantes comme des hydrates, comme de l'eau modifiée dans la proportion de ses principes , est grande, même sublime par sa simplicité!
Mr. de P. Au moins ce ne sera pas moi qui vous en empêchera, d'autant plus que l'eau joue tant de rôles étonnants dans- l'organisation végétale et animale.
Après cette digression intéressante que monsieur le Comte nous a fait faire, revenons aux lois générales de l'affinité. Vous savez, madame, que les affinités de diverses substances Tune pour l'autre varient considérablement, et un des problèmes les plus importants de la théorie chimique est de fixer en nombre les rapports de ces forces chimiques, problème extrêmement difficile à résoudre. Autrefois on prenoit une combinaison de deux substances connues, on la décomposoit par une autre substance et l'on jugeoit de la force <des affinités par ces décompositions. Ondisoit: si un corps composé de A et B se décompose par la substance C de sorte que C se combine avec A et force B d'abandonner A, alors l'affinité de C pour A est plus forte que celle de
B pour Ai Cela est dàir et de nombreuses expériences, que nous devons surtoyt à Bergmann, Chimiste illustre gui vivoit au commencent du dixhuitième siècle, nous fournissent des résultats précieux à cet égard. Mais outre que Bergmann n'avoit point eu égard à là température et à l'attraction de surface, ses résultats ne nous ofFroient point de rapports numériques pour les afEnités.
Richter, Chimiste allemand d'un mérite beaucoup au dessus de sa réputation, qui a posé les premiers fon<^ démens d'une théorie mathématique des combinaisons chimiques, Richter a proposé de considérer comme rapport des affinités le rapport numérique de la quantité des substances qui a lieu dans les combioaisonsneu*»' très.
-^r. de T. Ainsi s'il faut 3 parties d'un âlkàli pout neutraliser 2 parties d'un acide , on doit dire que l'affinité de l-alkali pour l'acide est 3 ^t celle de l'acide pour' l'alkali est 2.
Mr. de P. Pardon , monsieur de T. ; jè n'ai pii eu le tems de m'expliquer. L'affinité d'un acide pour une base et celle de la même base pour le même acidâ sopt les mêmes ; ce n'est qu'une seule affinité. Lorsque nous parlons de proportions numériques des affinités nous entendons par là les proportions d'affinité de déu^ ou plusieurs bases pour le même acide ou de deux oil plusieurs acides pour la même base. Prenons un éxem* pie pour éclaircir la choses II faut^ d'après les expé-« riences de Richter, 859 parties de soude <ru 5^5 {parties tfalumine ou 793 parties de chaux pour neutraliser lél même quantité (1000 parties) d'acide sujfurique; etnoui
164 SOIXANTIEME ENTRETIEN.
disons: les affinités de la soude, de Talumine, de la chaux y pour Tacide sulfurique sont entre elles dans les proportions des nombres 859» 5^5^ 793. On trouvera de même la proportion des affinités de plusieurs acides pour une base, deà substances oxidables pour Toxigène etc..
Mr. de T. Cette î|dée est simple et doit fournir des résultats stables.
Mr. de P. Aussi a-t^elle été, admise parBerthollet et en suite par tous les Chimistes. Mais je m'étonne que votre Mécanique en soit satisfaite. Car si nous considérons les affinités comme des forces , le principe de Richter çt de Berthollet ne suffit plus, comme Berthollet lui-même Ta fort bien observé. La vitesse avec la quelle les combinaisons se font doit entrer dans l'idée de la force chimique. Et la Nature l'y fait entrer dans quantité de phénomènes , surtout ceux où il s'agit d'oxidation. Plaçons par ex: de la limaille de fer et de la limaille de cuivre sous une cloche pleine de gaz oxigène humide. Il se formera du protoxide et du deutoxide de fer en aboiiiidance dans le mêmetems qu'il ne se formera qu'-une quantité presque insensible de deutoxide de cuivre. On remarque de pareilles différences dans les 'oxidations par les acides.
Mr. de T. Ainsi il paroit que l'idée de l'affinité considérée comme force mécanique est encore bien peu déterminée.
Mr. de P. Assurément , surtout si Ton fait attention que les produits de cette force varient prodigieusement en raison d^s températures. Mais ce qui \o\x% étonnera peut-être, c'est que la quantité des ingrédients
80IXAKTIE31B ENTRETIEN. iGj
qui entrent dans une combinaison , influe beaucoup sur les effets de l'affinité. C'est ce que Berthollet a prouve avec une grande sagacité^ et ce que je vais le plus brièvement possible tâcher de vous rendre sensible à la manière de cet illustre Savant qui a traité la Chimie en Physicien plus que tout autre avant ou après lui.
Supposons les substances A et B combinées au degré de saturation et que nous y ajoutions la substance D qui a de l'affinité pour l'une et-I'autre, mais pour A plus que pour B. C ne se combinera pas exclusivement avec A pour précipiter B, comme on se Timaginoit autrefois; niais il se partagera entre A et B, et ce partage ne se fera pas uniquement en proportion des affinités qu'il a pour A et B. La quantité relative des substances A et B influera sur la proportion de partage. L'affinité de la chaux par ex: pour l'acide carbonique est double de celle de la potasse pour le même acide. Aussi se serton de la chaux pour enlever au carbonate de potasse son acide carbonique et le rendre caustique pour nos lescives. Mais si Ton fait bouillir dans l'eau des portions égales de carbonate de chaux et de potasse pure, la potasse enlève à la chaux une partie de son acide et il se forme une petite quantité de carbonate de potasse^
Les alkalis précipitent tous les oxides des sels métalliques, mais ce n'est que lorsqu'ils sont employés en surabondance. Si on les employé en petite quantité ils ne produisent que des sbus-sels sans précipiter Toxide.
C'est sur de pareilles données que Berthollet pose en thèse que les effets des affinités sont en raison des produits des affinités absolues et des 'quantités des sub-
l66 SOIXANTIEME ENTRETIEN.
Stances qui entrent dans le procès. Ce produit d'une afilnitë exprimée en nombre pâi* la quantité de la substance active dans le procès, Berthollet lui a donné le nom de masse chimique *
Mr. de T. Ainsi, dans l'exemple général que vous avez admis que la substance C doit se partager entre A et B ; si TafSnité de A pour C est exprimée par le nombre 5 fit celle de B pour C par le nombre 7, la substance C ne se partagera pas entre A et B dans la proportion de 5 à 7; mais il faudra encore multiplier ces nombres par la, proportion des quantités .de matière que contiens nent A et B. Si donc cette proportion est par ex : de 6 à 12, alors la substance C se partagera entre A et B dans la proportion de 30 à 84 ^u de 5 à i^* Cela ressemble parfaitement au moment des forces mécaniques.
Mr. de P. Aussi c'est de ce principe queBerthoIlet est parti pour construire sa masse chimique, qu'il auroit pu tout aussi bien nommer: mom^ent des forces chim,iqi4es.
Mr. de L. Voilà une nouvelle analogie entre la Chimie et la Mécanique. C'est un trait de lumière!
Mr. de P. Quimeplait également. Mais je dois TOUS avertir que les résultats des expériences s'accordent très rarement avec le calcul et cela par bien des TaisoQSé Car pour obtenir cet accord il faudroit faire entrer dans le calcul, la plus ou moins grande cohérence fies .substances, leur plus ou ipoins grande densité, leur plus ou moins grande solubilité, la vitesse des combiliaisons Qt les ei£ets de la chaleur qui se dégage pendant |e procès même, toutes causes qui agissent puissamipçilt mais- dont nous ne pouvons pas assigner la valeur
SOIXAI^ÈIME EinHETIEN. 167
tvec quelque exactitude. Ce qui fait que cette belle théorie de Berthollet n'est pas d'un grand usage dans les analyses' chimiques. Elle ne peut nous servir qu'à expliquer des phénomènes qui sans elle seroient inexplicables. Nous en aurons à la suite plusieurs exemples. Pour le présent nous voulons nous contenter d'un seul pour passer en suite à d'autres lois qui sont d'un usa^e très pratique.
Je crois avoir déjà parlé des détonnations que produit l'inflammation du gaz hydrogène mêlé avec du gaz oxigène et observé que cette inflammation se fait avec une rapidité inexprimable lorsque les deux gaz se trouvent mêlés dans la proportion de 2a i en volunie ouiij à 88i en poids, qui est celle de la . composition de l'eau* Le célèbre Humboldt a déjà depuis longtems démontré que lorsqu'on change la proportion de volume au'point que le volume d'un des deux gaz ne soit que ^ de l'autre, l'inflammation n'a plus lieu;- et Grothufs, Chimiste très estimé russe, a prouvé q,ué lorsqu'on em«> ploie diverses proportions qui s'éloignent de celle de 2 à 1 et s'approche de plus en plus de celle de i à 16, l'inflammation a encore lieu, mais avec une lenteur toujours croissante qui permet d'observer le tems qui lui faut pour se pYopager sur la longueur d'un tuyau de il ou 3 pieds. Ces phénomènes ne s'expliquent que par le principe de la masse chimique. Car dans les "'cas où il y a très peu d'oxigène dans une grande quantité d'hydrogène ou très peu d'hydrogène dans une grande quantité d'oxigène , la masse chimique est trop petite pour produire l'inflammation, c.,à. d. la combinaison des deux gaz; et lorsque les proportions commencent à ren-
Y 63 6piXANTI£ME ^NTRETIElff
dre la combinaison possible, Teffet est si petit que les parties voisines ne peuvent s'enflammer que lentement»
Mr. de R^ Cet exemple est frappant et 'i'explica^ tion cadre parfaitement»
Mr. de P, Ammenons d'autres objets sur la scène*
Gay-*Lus$ac en considérant les combinaisons des ga^ a fait l'importante décQuverte que les gaz se combinent par volume et sous les proportions très simples de I à I , de 1 à â ou de I à 3* Vous connoissez déjà une de ces combinaisons, celle qui produit l'eau et pour laquelle il faut un volume de gaz oxigène sur deux de gaz hydrogène. Le gaz ammoniac nous en fournit' un autçe exemple; il est composé d'un volume de gaz azote . et de trois volumes de gaz hydrogène. Le protoxide d'azote e^t composé de deux volumes d'azote et d'un volume d'oxigène; le deutoxide d'azote Test de volu^» mes égaux d'azote et d'oxigène, et l'acide nitrique est , composé d'un volume de gaz azote et de deux volumes de gaz oxigène etc. Les sels qui résultent de combinais sons de gaz sont de même soumis à cette loi, par ex: I^s carbonates , les fluates et les borates d'ammoniac.
Mr. de JR. Cette loi est bien surprenante.
Mr. de P. Elle ne l'est que par ce que nous oublions souvent que la ]>fature a toujours le compas à la maip. Gay-Lussac a trouvé f?n outre que , lorsque les produits de ces combinaisons sont des gaz, le volume f]u produit est dans une proportion tout aussi simple au Toluo^e des deu^ç gaz V[u'op combine. Le deutoxide d'azote, pur exemple, composé de volumes égaux des gaz p^igè^e et £)zote, a uq volume égal à la moitié de ces A^WlYPbfn^^î le proto:^de d'azote a un volume égal
50IXAKTXi2]ME ENTRETIEN. 169
au tiers de la somme des volumes de ses principes etc. Gay-Lussac a prouvé la vérité de sa théorie en comparant les pesanteurs spécifiques de ces produits (gazeux avec celles que le calcul fournit au moyen des pesanteurs spécifiques des substances simples. Les résultats se sont trouvés égaux.
Mr, deJR, Je ne me lasse pas d'admirer \k simplicité de cette loi. Si la Nature ne nous en ofFroit que de pareilles son étude seroit bien facile.
3Ir, deL, La Nature n'a sûrement que des lois très simples; mais nous ne les connoissons pas encore. Leur découverte est le but et le mérite de la Science.
j, 3/r. de P. Cette découverte de Gay-Lussac nous le prouve bien évidemment; car si on considère les combinaisons des gaz non par rapport à leur volume^ mais par rapport à leur poids, les proportions des combinaisons nous jettent dans des fractions sans fin.
3Ir, de L. Les Chimistes doivent bien regretter que toutes les substances ne puissent pas être réduites en gaz pour pouvoir appliquer à toutes les combinaisons la soi si simple de Gay-Lussac.
Mr. de P, Ils ne desespèrent pas d'y parvenir un jour et les combinaisons du carbone (que nous n'avons pas encore pu transformer en gaz) avec le gaz oxigène et le gaz hydrogène nous permettent déjà de considé-i rer le carbone comme dans l'état de gaz et de calculer le degré de dilatation qu'il auroit, en appliquant la lo; de Gay-Lussac à ses combinaisons. Mais en attendant le célèbre Chimiste suédois Berzélius a découvert dan$ les combinaisons des substances qui r(e sont pas k l'était
80IXA17TIEME ENTRETIEN.
de gaz une loi qui n'est pas moins simple et importante gue celle de Gay-Lussac pour les gaz.
Mr. de R, Dépêchez vous, je vous prie, de nous la donngr.
Mr. de T. J'avoue que je partage l'impatience de monsieur de R.
Mr. de G. Nous la partageons tous.
Mr. de P. A l'exception de madame de L. , dont le silence m'avertit que je ferai mieux de remettre cette matière à demain.
Ij€ Comte C. Monsieur de P, veut nous donner le tems de digérer ce qu'il nous a dit aujourd'hui, et il 9'a sure^ient pas tort.
Soixante unième ENTRETff!*N.
IVlr. de 2ï. Je meurs d'impatience d'apprendre à connoitre la loi de Berzelius qui nous instruira des proportions sigiples gui président aux combinaisons des substances liquides et qui nous dispensera de savoir par coeur tant de nombres et de fractions qni expriment par ex: combien il faut de tel acide et de tel oxide pour composer un certain sel.
Mr. de P. Vous ai-je donc promis cela ?
Mi\ de R. (tout étonné.) Comment ? n'est- ce pas ce que nous attendgns tous depuis vingt quatre heures?
Mr. de P. Non , sûrement pas. Je vous ^i promis une loi simple et importante qui concerne les combinaisons des substances qui ne sont pas à l'état de gaz. Ce que vous imaginez n'existe pas; car l'expérience a prouvé que les combinaisons binaires ou ternaires des substances non à l'état de gaz et dont on ne peut mesu<f rer la quantité qu'au poids, se font sous les proportions connues que nous ne pouvons aucunement expriiper e^ nombres simples.
Mde. de L» Et qu'est r ce donc que pous ^pprene drons ?
17a SOIXANTE UNIEME EJÇTRETIEN.
Mr. de P, Je crois, madame, avoir déjà eu l'honneur de vous dire que lorsque deux substances se combinent en vertu de TafEnité chimique, ce n'est que dans une seule proportion de poids, et que si Tune des deux se trouve prépondérante, le surplus ne fait que s'allier au reste par TafiBnité physique. Si par ex : il faut 30 parties d'un certcûn oxide pour neutraliser 21 parties d'un certain acide, et que l'on ajoute ro parties d'acide, ces 10 parties d'acide s'allieront au sel formé par les 3o parties d'oxide et les ai parties d'oxide. Cette proportion de 30 à 21 est invariable pour ce sêl et il n'existe aucun autre vrai sel composé du même acide et du même oxide.
Il n'en est pas de même des oxidationis ; le même métal par ex: peut s'unir a l'oxigène sous diverses proportions; d'oii nous sont venus les protoxides, deutoxides etc. Et c'est sur ces combinai;sons que roule la loi de Berzelius qui e^t : Lorsqu'une suhsiajice oxida^ hle se combine a^ec Voxigène sous plusieurs proportiens, les oxides qui en résultent pour chaque substance oxidable contiennent Voxigène sou^s les proportions simples de 4 à 3y 4 à 3, 4 à 4, Prenons pour exemple les oxides de manganèse. L'analyse fournit pour ces oxides les proportions suivantes :
Manganèse. Oxigène,
Protoxide » , • 100p. en poids , . i4ï-oo^ p. ©xî poids, Deutoxide , , 100 r-^^ . , ^^-Hio —
Tricoxide . , . 100 , •~4^t6oo — ^
vPeroxidç , . . 100 -r. . , 56îWo ^—
Vous voyez au premier coup- d'oeil que, si l'on abandonne les fractions, les nombres 14, 28, 4^, 56 ont la même proportion que la suite êtes nombres i, a, 3, 4;
SOIXANTE UNIléMB ENTRETIEN* lyS
et que si Ton tient compte des fractions; ce sera à très peu près la même chose.
Toutes les oxidations sont, à très peu d'exceptioiis près, soumises à cette loi, et ce qu'il y a de remarquable, c'est que ces exceptions consistent en ce que dans la suite des nombres il se glisse un demi , en sorte que l'on obtient par ex: la suite i^ i-|, 2, 3« Les oxides de plomb nous offrent ce cas.
Plomb. Oxtgène,
Protoxide ..... 100 ..#•.. 7/J^
Deutoxide . • . . • 100 '^3^%
Triloxide ..... 100 i5ïS%
Les trois portions d'oxigène sont à très peu de chose près dans la proportion i à i| à a. Berzelius obsenre que ce que nous nommons le protoxide de ploqib ne l'est peut-être pas,, et que le vrai protoxide n'est pasen*core connu. Si nous le connoissions il auroit la fractidn \ pour représentant de son oxigène , et si nous suppo«* sons la suite §, 1, if, 2 et que tious en multiplions tous les termes par 2 pour n'avoir que des nombres en«i tiers, on trouve la suite fondamentale i, 2, 3, 4«
Le Comte C. ^Cette défaite, de Berzelius ,est très ingénieusement imaginée.
Mr. de P. Je la trouve trè$ fondée* Car le nom-* bre des oxides qui suivent la règle, ou plutôt qui l'ont fournie, est si grand que {e ne puis croire que les ex* ceptions ne s^y soumettent aussi, d'autaot plus que nous savons que l'on découvre de tems en tems ù,e nou* veaux oxides. ,
Mde. de L, J'avoue que cette loi me plait singu* lièreme'nt«
1^4 SOIXANTE UNTl^ME ENTRETIEN.
Mr. de p. Permettez moi donc, madame, de vous communiquer ce que le célèbre Dalton y a ajouté. Ses idées ont toujours quelque chose de hardi.
Mde. de L, Ce sera mon fait; j'aime les pas de géant.
~Mr. de P. Dalton dit : La matière étant composée d'atomes nous devons supposer que^ lorsque deux substances hétérogènes se combinent ^ous une seule proportion, la combinaison est telle qu'un atome de Tune se réunit à un atome de Tautre; que lorsque ces deux substances se combinent sous deux proportions, il se combine deux atomes de Tune avec un atome de Tautree, et ainsi de suite. Cette conclusion cadre parfaitement avec la suite i. 2, 3, 4 pour les proportions d'oxigène dans les différents , degrés d'oxidation de la même substance oxidable. Ainsi pour former de Peau il se combine un atome d'hydrogène avec un atome d'oxigène.
Pour former les oxides de manganèse il faut
Manganèse, Oxigène, ^
pour le protoxide . • • • i atome . « i atome
— - deutoxide . . . i — . * a —
— - tritoxide • • . • i — • . 3 — — • - peroxide .,•..! — . ,4 —
En adoptant ce principe ^ on trouvera, dit Dalton, 4a pesanteur spécifique des atomes des substances simples ou non décomposées. Prenons Teau pour exemple. La quantité d'hydrogène en poids est à celle de l'oxîgéne comme i à 7*; ainsi, si l'eau est composée d'un atome d'hydrogène et d'un atome d'oxigène, le dernier des. deux sera 7^ fois aussi pesant que le pre-
60IXAKTB UNIEBIB BfTriUfrilgW, 17$
mier. Autre exemple: Le deutoxide de fer est composé d'un atome de fer et de deux atomes d'oxigène, et dans cet oxide il 7 a 100 parties de fer en poids sur 28 d'oxigène. Ainsi un atome de fer est représenté, par 100 parties en poids et deux atomes d'oxigène par â8 et par conséquent un atome d'oxigène par 14* Donc la pesanteur spécifique d'un atome de fer est à celle d'un atome d'oxigène comme 100 à 14 ou 5o à 7 ou comme 7| à I.
Vous voyez par là, madame, comment il est possible dans ces principes de constuire une table des presanseur^ spécifiques des atonies des substances non décomposées. Il ne s'agit que ae choisir une substance pour unité. Dalton et Davj ont choisi l'hydrogène^ Berzelius et Wollaston l'oxrgène, et vous avez, madame, à vous décider pour l'un ou l'autre.
Mde. de L, Je doute fort que je me décidasse famais, supposé que j'en eusse le droit; toute cette thëo« rie me paroit bien subtile.
Mr. de P. Mais on assigne à cette théorie une très grande utilité, celle de trouver par le calcul dans un oxide quelconque la proportion de Toxigène à la base^ si seulement on sait si c'est un protoxide on un deutoxide etc« Prenons le deutoxide de fer pour exemple. Nous savons que, si nous prenons l'oxigène pour unité, la pesanteur spécifique de son atome est 1 et celle de l'atome de fer est 7^* Or comme dans le deutoxide il y a deux atomes d'oxigène et un de métal^ il s'en suit que le deutoxide de fer est composé de a parties d'oxigène et de 7*- de fen Si donc, pour avoir 100 parties de fer, nous multiplions c^ deux nombres
•176 SOIXANTE UNIEME ÉNTRTIEN.
par 14) lâ proportion sera 28 parties d'oxigène en poids sur 100 parties de fer*
Ainsi la, loi de Berzelius nous apprend à trouver la composition des oxides à base non composée , lorsque nous connoissons celle d'un seul oxide pour chaque base et la théorie |de Dalton nous enseigne à trouver la composition de tous ces oxides lors même que nous ne connoissons la composition d'aucun oxide.
LéC Comte C. Fort bien mais pour faire usage de cette théorie de Dalton il faut connoitre la pesanteur spécifique des atomes de Toxigène et de tous les radicaux, et nous ne pouvons nous former la table de ces pesanteurs spécifiques que par l'analyse d'un oxide de chaque subtsance oxidable. Que gagne -> t- on à cela ?
Mde, de Lé. Une idée ingénieuse et hardie, à ce qu'il me semble ^ et pas d'avantage, La loi de Ëerzelius nous mène tout aussi loin* N'êtes -vous pas de mon avis, pionsieur de P.?
Mr. de P. Entre nous je veux vous l'avouer; mais je vous suppUe, madame, de ne pas me trahir; car ces calculs sont aujourd'hui à la mode et l'on me déclareroit hérétique et digne de l'auto-da-fé si l'on savoit que je les crois inutiles. '
Permettez moi à présent de vous offrir un autre résultat des grands travaux de Berzelius qui a beaucoup d'analogie avec sa loi des oxides* Il s'agit des sels et voici le moment de diminuer les regrets de monsieur de R. concernant ces espèces de combinaisons*
Tous les sels d'un même genre, c. à* d* qui ont le même acide, sont composés de telle manière que la quantité d'oxigène de l'acide est un multiple de laquau'*
tîté dé l'ôxigène de l'oxide^ et les nombres cftii ôxpri« inent ces proportions sont les tiombres simples i, a, 3^ . 4 jusq'à g et même plus loin. Quelques exemples rout rendront la. chose claire.
Le sulfate de ). iatc. sulfuriq^ loo, oxigène 6d
soude Contient 5 soude . . ; jS^ioi oxigène 2d Ainsi le rapport de Toitigène dans l'acide et dans Toxidé est 6o â^o ou 3à I.
Le sous-car- 1 ac^rb. lort ôxigéne ^^^
bonate de plomb | protoxide ^^^g^^. ^^j^^^^ ^g^y^ contient ) de plomb
Ainsi le rapport de Toxigéne dans Tacide et dans l'o« jdde est ^2 aZ6 ou 2 k i* Les fractions ne correspon* dent^pas^ parfaitement, ce qui ne peut provenir que d'une petite erreur dans Tànalyse de ce sel.
Let^arbotiate "ï ac.carb. ioo< otigèoie i^é^^
heutre de soude ] soude . ji-^^i oxigène iS tlt a Ainsi le rapport de Toxigène dans Pacide et l'oxide est de 7a à 18 ou 4 â 1 , aux fractions prisi .
Vous Toyez par ce peu d'e*emples que les sut^àek et les sous -sels se rangent sous la loi comme les sela neutres^ avec cette seule dififérence que les propor^ lions d'oxigène pour quelques sur-sels dépassent là pro<« portion de i à 8 et que dérns quelques sous^sets c'est ' Toxigène de Toxide qui prédomine ^ mais il est alors nd multiple de celui de Tacide en nombres simples/
Mde, de L* Permettes iifoif tDonsieut de i^.^ d#
la
VOUS demander s'il est nécessaire d'apprendre ces choseslà , qui me paroissent difficiles à saisir.
Mr. de P. Au moins est-il très utile de les savoir^ è raiso^ des conséquences importantes qu^on en tire. La première est que, comme nous n'avons qu'une proportion d'oxigène pour chaque acide, la proportion de Tacide dans un sel doit suivre la proportion del'oxigène de l'acide. 'Or comme celuir ci est dans une proportion simple avec l'oxigène de l!oxide, il s'en suit que la proportion de l'oifigène de l'oxide d'un sel fixe la quantité d'acide qui compose ce sel.
De même si l'on connoit la quantité de tel oxide et de tel acide qui forment un certain sel, on pourra trouver la quantité d'oxigène qui entre dans la composition de l'oxide, si cet oxide n'est pas encore analysé. C'est ainsi qu'on a déterminé la quantité d'oxigène qui doit entrer dans la composition des oxides hypothétiques que nous nommons terres.
Enfin si l'on connoit la composition d'une; espèce de sel et celle des oxides des autres sels qui appartiennent au même genr«, on peut trouver par le calcul la composition de tous les sels de ce genre: Ce qui, comme vous voyez, réduit les analyses des sels à un petit nombre d'expériences, comparé à celui qu'on a du ou qu'on devroit faire pour fixer la composition de tous les sels possibles.
Mais le plus grand avantage de cette théorie seroit à mon avis, de fixer au moyen d'un certain nombre d'expériences fondamentales faites avec la plus grande exactitude les compositions de certaines substances qui
80IXAN1C UNiâME ÈNItEtlElif. t^g
«ervîroiént de base pour calculer toutes les autres coiripositions. Ces calculs foutniroient les résultats les plué surs et uùe table <}ui contiendroit les compositions de tous les corris connus, si cette théoHe étbit âpplie:able à la composition des oxides tirés du règne végétal et noimal. Le Cliimiste allemand très estimé Doebereiner a fait l'essai de cette application ; mais je doute qu^il réussisse.
Mde. de L. La conclusion que je tiré de cettâ théorie est que j^ai eu infiniment de peine à la cotn^* prendre; il en coûte de s'orienter dans ces éternelles proportions^
Mr. de P. Assurément; aussi ne yoùlois-je dans l'exposé de ces objets importants que vous fournit queU ques idées essentielles au tableau de la Chimie d'au'» jourd'hui. A vous permis, madame, et à nous tous^ de placer cette partie dans le lointain du tableau ; «es détails ne peuvent convenir qu'au Chimiste. Passons maintenant de ces éternelles proportions (vous voyeas^ madame, que je me sers volontiers de vos expressions) à des objets qui vous fatigueront moins^
Tout ce que nous avons dit aujourd'hui^ toutes léi lois dont nous avons parlé, y cotnpris la masse chiini'^ que de Berthollet dont il fut question hier$ ressort dil domaine de l'affinité chimique^ L'affinité physique ptf contre ne connoit point toutes ces loisj sa forme Au gouvernement est beaucoup plus libre et sur tout \\hé^ raie. Elle ne prescfrit pas quelques degrés de eombl« naison seulement^ elle en permet. nrie infinités DeiiX substances liquides ^ pour peii qu'elles aient d'afiSdité physique entre elles ^ peuvent se mêler sous toutes \H
igO SOIXANB UNIBMJB ENTREUBIT.
proportions imaginables. C'est le cas des acides liquides et de l'eau^ des solutions de sels, d'alkalis, d'oxides végétaux et de Teau, des solutions de sels et des acides liquides etc. L'affinité physique ne met de bornes aux mélanges que lorsque l'une des deux substances doit
changer de forme» Ainsi l'on qe peut dissoudre qu'une
certaine quantité d'un sel , d'un alkali d'un acide concret dans une certaine portion d'eau, d'une rësine dans une certaine portion d'esprit de vin ou d'éther, d'un métal dans une certaine portion de mercure, d'un sel concret dans une certaine portion d'acide fluide. Mais quand la solution est faite, on peut fijouter du dissol- ^ Tant) de la suostance liquide, autant que l'on veut. Ainsi^t pour le cas seul où il y a changement de forme, l'affinité physique ne statue de degrés de saturation que de la part d'une des deux substances , et nous devons "juger que ce n'est qu'à la nécessité de , liquéfier la substance concrète que l'affinité physique doit celle de prescrire une limite de saturation.
il en est absolument de même des gaz. 'Vous^ pouvez mêler du gaz oxigène avec du gaz azote avec du gaz l^ydrogène, avec de l'acide carbonique, avec de l'ammoniac etc. par affinité physique sous toutes les propor*. lions imaginables. Mais, dès que Ton veut mêler un gaz avec une substance liquide alors on rencontre une limite de saturation déterminée également par le changement de forme. Une portioil d'air atmosphérique par ex: ne peut contenir qu'une certaine ))ortion d'eau par ce que Peau doit changer* sa liquidité Contre l'état de vâpeûf pu de gaz pour s'unir à l'air. De même une portion d'eau ne peut contenir qu'une certaine portion
80IXA1VTB UIOÂMB BSTKETOSS. ifit*
d'âir par ce que par cette veapèce de rëunion l'air doit •e comprimer ) comme voua savez, très fortement et oppose par là une résistance presque immàise à l'action ' de Taifinitë physique*
Mr. de V^ Cette comparaison des deux espèces d'affinités relativement à la saturation me paroit bien importante.
Mr. de R. Et je ne conçois pas que Ton ait tant tardé, à les- distinguer Tune de Tautre, leurs caractères distinctifs étant si marqués; car I^affinité chimique renferme tout dans d'étroites cases , assigne à chaque opé^ ration une limite prescrite en nombres invariables, tandis que l'affinité physique abat toutes les barrières, fraternise tout, réunit tout par l'amour et !a liberté. C'est l'ancien et le nouveau testament, la loi de Moyse et l'Evangile!
M de. de L. (souriant.) Avouez, monsieur de P., que la Physique est une science bien dangereuse puisqu'elle monte Timagination de notre ami au point dp comparer l'affinité à la Religion,
Mr. de P. Au risque de m' exposer à votre disgrâce, macjlame, je me trouve forcé de vous découvrir une nouvelle qualité de Taffinité physique biou propre il confirmer la fraternité quePenthousiasme de monsieur de R. lui attribue. Lorsque deux substances se inêlerU' par r affinité physique, elles se condensent mutuelle^ ment sans rien perdre de leurs qualités proprés. La pesanteur spécifique du mélange est toujours un peu plus grande que la pesanteur spécifique moyenne des substances prises à part. Supposons par exemple que nous mêlions une portion d'eau^ dont la pesanteur spé-^
tgft SOIXANTE UNIEME ENTRETIEV.
cifique.est i ,^à une égale portion d'esprit de vin, dont la pesanteur spécifique est ^%, la pesanteur spécifique du mélange ne sera pas la moyenne ^ mais elle sera un peu plu grande;* et vous save^ déjà que ce mélange est âcdompagné de dégagement d^ chaleur.
Les gaz se trouvent également dans ce cas. J'ai eu autrefois Thonneur de vous parler d'un instrument que j'ai construit pour exposer deux gaz hétérogènes à l'action de l'affinité physique. Cet instrument est muni d'un élatéromètre qui prouve que pendant le mélange l'élasticité des ga^ diminue jusqu'à un certain terme qui va pour certains gaz jusqu'à plus d'un vingtième.
Cette condensation des liqueurs et des gaz est une espèce de changement de forme qu'il est important de ne pas méconnoitre, d'autant plus qu'il est toujours accompagné de dégagement de calorique latent.
JLe Comte C Cela me rappelle que j'ai déjà souvent voulu vous prier de nous parler des effets du changement de forme dans lés procès chimiques.
Mr. de P. Très volontiers , ^d'autant plus que cette matière se lie intimement aux principes généraux de la Chimie que nous traitons.
Lors^ de la théorie de la chaleur j'ai déjà eu l'honneur d'étaler à mon aimable auditoire la grande part que leipalorique prend à plusieurs changemens de forme, l^oit comme pause soit comm^ effet. Ainsi nevousétoi^piez pas si dans cette considération de l'influence des formes dans le^ procès phi|piqi|e$ le çalonque joue un ^l^andrôle,
L^ premier effet du çhapgemept de forme est un |:|ifm£eip§nt dç depsité que #i|bisspn( les substances dont
SOiXAJXTE UNUEBSB ENTREIlEN* l83
on change la forme, et le changement de densité influe beaucoup sur le procès chimique. La phipart des métaux (tous peut-être sans ei^ception) ne s'oxident point par le contact du gaz oxigène parfaitement sec à la température ordinaire de lo à i5 degrés PL La densité du gaz est trop petite, sa masse chimique est trop foible. Mais placés sous Teau ils s'y oxident pour la plupart, par ce que Toxigène de Pair atmosphérique a dans Teau une densité et par conséquent une masse chimique 5oo fois plus grande que dans Tain
Le phosphore ne s*oxide dans Tair 'atmosphérique qu'autant qu'il est volatilisé , c. a. d. divisé en particules infiniment déliées; et alors la masse chimique du gaz oxigène est sufiîsante pour saisir ces particules. Placé sous l'eau il ne s'y volatilise pas ; mais il s'y oxide cependant, par la même raison que les métaux. Le soufre par contre ne s'oxide pas sous l'eau malgré la grande densité qu'a le gaz oxigène disséminé dans Peau, par ce que l'autre élément de sa masse chimique, l'affinité absolue du soufre pour Toxigène, est bien plus petite que celle du phosphore.
Les acides, les plus grands destructeurs des métaux, les attaquent en vertu delà grande densité sous la quelle se trouve l'oxigène combine avec les bases, ce qui fait que la masse chimique de l'oxigène est prodigieusement accrue. Et vous jugerez ici l'importance de la masse chimique très grande, si vous considérez que la base de l'acide s'oppose par toute la force de son affinité pour son oxigène à Toxidation du métal ; car cette oxidation lui enlève une partie de son oxigène, décompose l'acide même» Nous avons même plusieurs cas où cette affi-
lB4 60IXAKTE XJNUÈjliB BNTRBriBK*
nittf de la^ base de l*acide pour roxigène est assez forte pour empêcher cette décomposition ; et si nous voulons cependant ozider le métal , il faut mêler à Tacide une portion d'eau, non pour délayer l'acide, mais pour que le métal s^ojtide aux dépends de Toxigène de Teau. L'acide sulfurique pur a'oxide aucun métal ; mais mêlé pivec de Tçau il en ôxide plusieurs au dépends de Teau^ dont rbydrogène s'échappe en forme de gaz.
Le Comte C. Je souscris à ce raisonnement. Mais je trouve encore une difficulté lorsque je compare les oxidations des métaux sous Teali et celle des métaux par les acides quant à la vitesse de l'opération. L'acide nitrique par ex: oxide à ses propres dépends dans une mioute plus de fer que le gaz oxigène atmosphérique de l'fsau dans une année. ^es densités ne me paroissent pas dans la proportion inverse de ces tems. -
. Mr. de L. Voilà de la dispute, du frottement! |9^ous aurons des étincelles.
Mr^ 4ç P. Non , (jén4ral ! mais du calcul. Comparons, monsieur le Comte, les quantités d'oxigène actif dans ces deux opérations , et supposons à cet effet que dans Tune des deux il y ait autant d'acide que d'eau llaqs l'autte, et voyops d'abord combien d*air atmosphéri(|ue se trouvera dans l'eau. 3on volume naturel est égal à -fs du volume, et parconséquént son poids égal ^ environ ^^l^ç du poifls de l'eau. Or comme cet air |itmosphé|*iqi|epontifîpt enviro|i29p.c.d'pxigène, il s'en l^uit que la portioQ d'oxigène disséminé dans l'eau Jait W^roii ^ ^l oo du poids de {'eau , tandis que dans l'a- . çi^e fiitriqu^ l'om^igène fait presque 70 p. C. de Tacide. ' fôm Taçiioii de T^pide i^itilq^e «i^r Je ipét^l se fait en
SOIXAJtTE UKIÉME ENTRETIEN. l85
wertvL de 70000 fois plus de points de co|itact que Tao tion de Toxigène condensé dans Teau. Ajoutez à cela que la condensation de Toxigène dans l'acide est environ quadruple de celle qu'il a dans Teau , et vous trou- Terez que la masse chimique de Toxigène dans Tacide est au moins 280000 fois aussi grande que celle de Toxigène disséminé dans l^eau. Ainsi le premier de cet deux procès doit se faire 280000 fois plus rapidement que le second; et veuillez vous rappeller que, toute oxidation dégageant du calorique, ce dégagem.ent' doit se faire dans la même proportion de vitesse. Ponc l'augmentation de température qui a lieu dans le premier de ces procès doit être la plus haute possible, tandis qu'elle est insensible dans le second. Et comme la température augmente l'intensité de l'afi^nité dans des proportions presque, incalculables, vous voyez que dans le procès de Tacide la masse chimique est presque infinie comparée à celle de l'oxigène condensé dans Téau. Mr. de L. Je m'étonne que vous n'ayez pas ajouté
à tous CCS moyens votre grand levier de la^ marche des des substances chimiques*
Mr. de P.' Je suis tout prêt à vous faire ce plaisir. Uoxidation dans l'eau se fait sans le moindre mouver ment mécanique avec une tranquillité au moins aussi grande que celle qui règne dans nos expériences sui;* la marche chimique. L'oxidation' par l'acide nitrique aii. contraire se fait avec la plus grande turbulence; Je dér gageaient de gaz azote et de vapeur donne à la liqueur et à la limaille de fer un mouvement continuel , mouv*
vement qui met ces deux substances dans' le çoxiX^çt[\p
plus avantageuse ponr leur çoni]>iaaison«
I86 fiOÏXAMTB UNlàAfE ENTRETIEN.
Le second effet du changement de forme est le cliangeipent de température. Nous en avons déjà eu les preuves dans la théorie de la chaleur où nous avons vu que la liquéfaction d'un solide, la vaporisation d'un liquide et la gazification d'un corps quelconque abaissent la température, de même que la condensation d*un gaz« la réduction de la vapeur et la solidification des fiuides dégagent de la chaleur. Cette chaleur , augmentée ou diminuée, a un grand eff'et sur l'intensité de TafiSnité physique et chimique, et nous posons en principe que toute augmentation de température rehausse les effets de V affinité des deux genres. Toutes les oxidations des métaux par le gaz oxigène, toutes les desoxidations des oxides par la chaleur lé prouvent. > Les procès chimiques où l'on fait agir des substances liquides nous en fournissent tout autant de preuves. Tous les sels« tous IjBs alkalis, tous les acides concrets et tous les oxides végétaux se dissolvant plus promptement dans l'eau eu tout autre dissolvent chaud que dans le même dissoU vant à une basse température. Et toutes ces substances se dissolvent en plus grande quantité à chaud qu'à froid. Du reste ce rehaussement des affinités se fait à différents degrés, pour différentes paires de substances. II est même possible de remplacer la masse chimique par un surcroit de température. On peut par ex : délayer de l'acide sulfurique dans une telle quantité d'eau qu'il ne fasse aucun efi'et sur de la limaille de fer ou de zink. Placez pour quelques instans la flamme d'une bougie sous la cornue qui contient ces ingrédiens; l'effervescence s'établira, d'abord foiblement ; il ne se dégagera que quelques bulle; de gaz hydrogène. Retirez à pré-
SOIXANTE UNIBMB EMTIiK'lTEN. 187
sent la flamme et vous verrez que Teffervescence continuera non seulement , mais ira en augmentant jusqu'à la dissolution complette du métal si Vous avez employé assez d'acide et d'eau/ et cela en vertu de la chaleur croissante qui se dégage par le procès même.
Le Comte C. Cette influence du calorique ou plutôt de la température ne se réduiroit-elle pas à la dilatation que tous les corps éprouvent par une augmentation de chaleur I dilatation qui doit les rendre plu» pé- .nétrables. - ^
Jfr. de P. C'est Topinion de plusieurs Chimistai, mais cependant, ne vous en déplaise, monsieur le Cornt^^ une opinion eronnée. Car si cet effet de la chaleur te*noit à la dilatation, il seroit proportionné à cette dilatation , ce qui n'est pas. L'eau portée de la température o à l'ébullition se dilate d'environ ^ de son volume. Ainsi sa force de solution pour chaque substance aoluble dans l'eau devroit augmenter de ^^ par la chax leur de 100 degrés C. Le sel marin seul paroit se trouver à peu prè»dans ce cas, son excès de solubilité dans l'eau bouillante étant à peine sensible. Mais pour toutes les autres substances l'accroissement des dégrés deiiolubilité à une tepipérature élevée est beaucoup plus cgn^sidërable; témoin par ex: /la baryte qui se dissout «en dix fois plus grande quantité dans l'eau bouillante q;ue dans l'eau près du point de congélation. Ainsi dans tous les procès de l'affinité l'action du calorique est celle d'une substance chimique ; ce qui se rapporte parfaitement à tout ce que nous savons d'ailleurs de cette su tir stance impondérable.
Le Comte Ç. Il me semble pou^tapt quo T^ctipii
388 SODUKTB TINIEME ENTRBTIENi
àu calorique dans ces phénomènes est différente d« ^ celle des substances pondérables. Ici il ne joue que le rôle de médiateur entre deux substances qui sans lui ne se combineroient pas.
' Mr. de P. Assurément. Mais nous le voyons aussi s'iissimiier lui même aux substances pondérables, comme par ex: dans la fusion des corps, dans la gazification ée l'oxigéne et dans la vaporisation de Teau, Nous avons de même plusieurs substances, pondérables qui font TofHce de médiatrices entre deux de leurs sem«^ blables, La décoirrposition de Peau que je viens de ci^ ter en fournit un exemple frappant. 'Le fer ou le zink »eul$ n'en viennent pas k bout, ils ne peuvent p^s ej^^ hîver Toxigène à Teau. Mais à Tafde de Tacide la décomposition s^opère avec' rapidité. Le gaz hydrogène seul et à la température ordinaire ne se combine pas ail ec le gaz oxigène. Mais le gaz hydrogène sulfuré se co mbine facilement et le gaz hydrogène phosphore s*^n<llatmme de lui-même au contact de Toxigène. Dans la première de ces deux opérations nous voyons de même leisoufre, qui, seul et à une basse température, n'a aucune action sur le gaz oxigène^ se combiner avec lui à 1/aide de Thydrogène .et produire de l'acide sulfureux. L<8 phosphore , qui à la température ordinaire ne fait que luire, subit dans la seconde opération une infl^m^ nifation totale et instantanée. Les huiles,' toutes les goaisses, le soufre et le phosphore sont insolubles dans Teau; mais fondus avec un alkali ils deviennent solublés. Nous avons même des cas o& deux acides, dont chacun d'eux n*est pas capable de dissoudre certain mé^ t^ , le dissolvent lorsqu'on les réunit à cet efiet.
Mr. de T. Notre Générai avoit raison de dire que cette discussion produiroit des étincelles. Sans elle nous n'aurions pas appris que certaines substances chimie» ques jouent le rôle de médiatrices et que par ex: deux substances chimiques réunies forcent Toxigène à se cotnbiner avec elles, quoique chacune d'elles prises à part ne soit pas en état de l'engager à cette complaisance* Voilà de là mécanique toute pure. ^
Le Comte C. Et voilà mes doutes levés. Je suis à présent zélé partisan d,es propretés chimiques du calo« rique.
Mr. de P. Et par conséquent de la grande ia^ flijen^e des formes dans toutes les opérations de Taffi*^ nité, puisque y outre Leur efiet sur la masse chimique, le changement de forme influe si puissamment sur Tactivité du calorique. Jettez, monsieur le Comte, un coup-'d'oeil général sur la Chimie. Vous trouverez que la Chimie analytique a décomposé presque tous^ les corps et assigné jusqu'à ^b'^^ la quantité de substances qui entrent dans leur composition. Par contre combien pauvre la Chimie synthétique, Tart de recomposer les corps, ne doit-elle pas nous paroitre! Elle est d'une pauvreté absolue quant aux substances du règne animal et végétal; elle est incapable de produire, je ne dis pas une seule substance organique, mais une seule des nom» breuses substances que ces deux règnes de la Nature nous fournissent. Nous ne savons faire ni sucre» ni gomme, ni graisse quelconque etc., pas même le gaz ammoniac, de quelque manière que nous combinions Toxigène, Tazote, le carbone et l'hydrogène. A quoi cela peut-il tenir? Sûrement pas à un demi millième
igO SOIXANTE UNIEME ENTRETIEN.
d'erreur dans la connoissance des proportions; car si cela ëtoit, le hazard eut déjà fait cent fois ce que la science ne fait pas , nos mesures dans les mélanges ^tant également sujettes à quelques petites erreurs. Ce-^ la ne peut tenir qu'à l'ignorance où nous sommes sur les formes sous les quelles la Nature saij^it les substances simples pour former ces combinaisons qui sont pour nous encore des énigmes ^ ou à l'impossibilité où nous nous trouvons de donner ces formes aux substances simples. — Mais quittons ces considérations générales. Il nous reste encore un problème difiScile à résoudre dans la théorie des lois particulières de l'affinité, auquel les Chimistes n'a voient pas songé, apparemment par ce qu'il pai^oit appartenir davantage à la Physique qu'à la Chimie.
Mr. de T. Cela me fait espérer que ma bonne amie , la Mécanique , sera de la partie.
Mr. de P. Au risque de vous déplaire, monsieur de T., je dois vous dire que vous vous trompez. Ce sera le bon ami de madame de L. , le calorique, qui jouera le rôle principal.
Mde. de L. Et vous ne craignez pas de me dé« plaire par votre malice?
Mr. deP» Non, madame; le calorique iSst un bon ami très dëcent. Ce Sicisbeo là peut convenir aux da-» mes les plus vertueuses comme aux dames les plus fril** l^uses. ,
Mde. dé L^ Donner nous votre problèitie^ sans quoi je risque d'être encore un quart «d'heure en bâte à votre ironieé > Mré de Pé Vous savez trop bieli^ madame, que ,
SOIXAUTE UNIEMB ENTBBTDSN. ig|I
si je me permettois quelque chose de semblable, ce ne aeroit quepar dépit de n^oser pas vous dévoiler, comme monsieur de V., tous les sentimens que vous m'inspirez.
Mr. de V. Quel bonheur d'avoir 70 ans !
Mr. de G» Je suis curieux de voir quelle transition TOUS imaginerez pour passer de votre galanterie à votre problème phjsico - chimique.
Mr. de P. Vous la faites vous-même, mon cher, par votre question. Il s'agit dans ce problème des combinaisons de l'oxigèoe avec les radicaux pour découvrir les conditions qui font de ces combinaisons tantôt des acides, tantôt des oxides et la différence essentielle qu'il y a entre ces deux genres de substances.
•Ere Comte C. Il me semble que la propriété des acides, de rougir la teintuipe de tournesol, devroit les distinguer complettement des oxides.
Mr. de P. Si malheureusement ce soi-disant carac-. tère distinctif n'avoit pas induit les Chimistes a admettre les faux acides, et si l'on ne savoit pas que le tournesol, originairement rouge, ne doit sa couleur bleue qu'à l'alkali qu'il contient, et que les acides neutralisent pour rendre au tournesol sa couleur primitive.
Le Comte C. Cette propriété des acides ,. de neo* traliser les alkalis me paroit être un nouveau caractère distinctif des acides.
Mr. de P. Qui l'est également des alkalis relative* ment aux acides. Ainsi ce caractère appartient aux deux genres de substances et ne peut donc pas servir à les distinguer l'un de l'autre. Si par ex 3 on nous racontoit que deux personnes se sont tuées mutuellement en
192 SOiXÀKTB UNIEME ENTRETIBlfr^
duel, saurions «nous par là que l'une des deux est unr officier militaire et l^autre un officier civil ?
M^. de L. Votre Logique est aujourd'hui bien peu traitable.
Mr* de L. Cela n'est pas étonnant^ son premier essort ayant ëtë une satyre contre m^^dame* Pour moi je la trouve charmante: elle sabre tout.
Mr. de P. Layoisier et plusieurs de ses successeurs ont cru trouver la différence essentielle entre les acides et les ozides dans la plus grande proportion d'oxigène qu'ont les acides ; de sorte qu'une base devient acidd ou oxide selon qu'on lui offre plus ou moins d'oxigène à combiner* Mais si cela étoit, vous voyez d'abord que les acides ;< en eux joueroient le rôle d'oxides par rapport aux acides enique, et les deutoxides celui diacide par rapport aux protoxides* En ontre il existe beaucoup d'acides qui contiennent moins, d'oxigène que certains oxides , et tous moins que l'eau qui n'est qu'un dxide d'Iiydrogène.
Le Comte C* Permettez moi d'objecter contre vo^ tre dernière observation que dans ces cas les bases sont différentes, et que si nous ^avions un acide d'hydro*^ gène, cet acide contiendroit peut-» être plus d'oxigèûe que l'eaii.
Mr. de P. Cela peut*être. Mais ce qui est bien certain, c'est que le sucre contient plus d'oxigène que la plupart des acides végétaux qui ont également le car« bone et l'hydrogène pour base^
Mré de R. Mais quel sera donc le caractère dis* tinctif des acides et des oxides ?
Mr. de Pé Considérons ces deux genres de sub*
SOIXANTE UNiÂBflB ÉNTRETIÉ]Nr< tgS
Stances dans leurs effets. Prenons un acide quei^iionquel et mêlons le avec de Teau de même température. Vous sayez déjà que la température s'élève, sans aucun changement de forme qui puisse en rendre compte. Deux portions égales en volume d'eau et d'acide sulfurique pur produisent une chaleur qui, à raison de la grande quantité de vapeurs qui s'élèvent du mélange ^ peut« être évaluée à i5o degrés au moins. Mêlons par contre un alkali déjà muni de son eau de cristallisation avec de Teaupure, nous n'observerons pas la moindre éleva* -tion de température.
Zj€ Comte C Peut*être j a*t-il ici une compensa*
tion. Il est possible que le mélange de Talkali et de
Teaû produise de la chaleur, qui se trouve absorbée par
-le passage de l'alkali de la forme concrète a la forme li*
quide.
Mr. de P. L'objection est ttès spécieuse; mais elle se réfute par l'expérience suivante : Dissolvez une . portion d'alkali dans un minimum d'eau et versez y une nouvelle portion d'eau de même température. Il ne se dégagera aucune chaleur; ce qui devroit cependant avoir lieu si la combinaison de l'eau et de l'alkali pro* duisoit du chaud. Prenez par contre un acide déjà étendu d'eau et versez y une nouvelle portion d'eau et vous verrez constamment le thermomètre monter dans le mélange.
Considérons à présent Faction des acides sur les
-métaux, les terres, les alkalis et les autres oxides. Par-
^ tout nous y voyons dégagement très considérable de
calorique, formation de vapeurs et souvent formation
de gaz , tout coàime dans les combinaisons du gaz oxi-
194 SOIXANTE UKuàjUIE ENTRFTIÉKr
gène. Cette production de chaleur due aux acides ^ dans toutes leurs combinaisons est le caractère distinct tif de ce genre si actif de substances, et nous rechei> chons à présent la cause de cette production générale de chaleur dans la combinaison des acides.
]>]^ous savons que le gaz oxigène est la substance qui produit la chaleur dans les procès de l'inflammation; nous devons donc attribuer à Toxigène de Tacide le calorique qui se déploie dans les combinaisons dont nous parlons.' En eflPet la première actioif d'un acide sur uii métal est Toxidation , la seconde est la solution de Toxide. Or comme les oxides métalliques sont solides, il est évident que Toxigène , qui comme partie de Tacide ëtoit fluide, a échangé, sa forme contre celle de solide et a laissé échapper le calorique nécessaire pour le tenir à la forme de fluide. - ^
Le Comte C Cette explication peut rendre compte de la chaleur déploiée par l'acte de Toxidation. Mais comment expliquerez-vous la chaleur qui se dégage par l'action des acides sur les oxides ? Ici Toxide passe de l'état solide à Tétat liqpide.
Mr. de P. Aussi ce que vous prenez, monsieur le Comte, pour une explication, à la ^lanière de bien des Chimistes, n'est rien moins que ceia. Je voulois seulement vous décrire les deux opérations qui ont lieu et leurs suites immédiates , pour tirer ensuite la conclusion. Vous nous avez décrit la seconde moitié du phénomène, d'où il suit que l'action des acides sur les oxides doit être suivie d'une diminution de température, comme lorsqu'on fait fondre de la neige dans un acide ; et cette diminution doit excéder l'augmentation que
S0IXA19TB UNIÈME EITTRETIEK^ ÎQS
fai allëguëe^ puisque non seulement l'oxigène^ mais aussi le métal de Toxide , deviennent liquides. Ainsî^ il semble que l'action totale d'un acide sur un métal doit produire du froid.
Le Comte C Assurément, et roilà le principe très fort en contradiction avec l'expérience,
Mr, de F. Voyons si une autre expérience ne fera pas. disparoitre cette contradiction. Prenons à cet ef-> fet le mélange déjà souvent cité de l'acide sulfurique et de l'eau à volumes égaux* Le calorique qui se dégage peut être évalué à plus de i5o degrés pour toute la masse du mélange, et cependant nous n'avons pas de change^ inent de forme, ni l'eau ni l'acide n^étant solidifiés dans ce procès.
Le Comte C Mais nous avons une condensation du mélange en vertu de la. loi que vous-même nous avez alléguée.
Mn de P. Ainsi vous tenez ericore, monsieur Ici Comte, à l'idée que c'est du calorique latent qui se *^dëgage dans toutes ces opérations?
Le Comte 6\ (.étonnée) Mais - • • . •
Mr. de P. C'est là le principe qui est en <*ôntra^
diction avec l'expérience, et cela nous est facile à prou-
, ver. Le calorique latent des acides est généralement
beaucoup moindre que celui de l'eau $ mais supposons
en faveur de votre opinion qu il fut aussi grand et de
plus que la condensation dont vous parlez allât jusqu'à
la solidification complette de l'eau et de l'acide, il est
clair que cette condensation ne rendroit compte que
. de 60 degrés de chaleur dégagée, comme cela a été dé-
monué dans la théorie de la congélation^ et non pas
196 aonCANTiS l[NlâMS EKTRTIBN*^
des iSo que nous livre la combinaison de Tacide sulfu« rique et de Teau* Ainsi ce n'est pàjs le calorique latent^ au moins pas lui seul ^ qui se dégage par l'action des acides sur l'eau et les métaux, mais le calorique com- N biné. D'où je tire tout droit la conclusion que les aci-des sont des composés d^oxigène et d^un radical qui, êous toutes les formes j solide ^ liquide ou gazeuse, con*» tiennent une plus ou moins grande quantité de calorie que combiné; et les oxides des composés d^oxigène et d!un radical, qui sous toutes les formas, solide, li^ quide ou gazeuse, ne contiennent point de calorique combiné.
Mr. de L. Voilà donc où vous vouliez nous mener ?
Mr. de P. Oui, Général!,
Le Ccmte C. Quant à moi , je suis arrivé et char« mé d'avoir fait cette route. Qu'en dit madame de L.?
Mde. de L. Après vous , monsieur le Comte, qui avez fait tant de belles objections , je tire Tëchelle.
Le Comte C. Ahl oui! De belles objections qui /- ont été traitées comme des bulles de savon ! Mais veuil-
lez nous dire , monsieur «de P. : d'où vient ce calorique combiné dans les acides?
Mr. de P. Il provient du calorique combiné du gaz oxigène, dont il ne se perd qu'une partie dans Tacte de la combinaison de ce gaz avec les radicaux, le surplus restant combiné avec l'acide. D'où j'ai tiré le principe qaey pour former un acide immédiatement avec de Voxigène et une base acidifiable, Voxigène doit être à la forme de gaz et la base à la forme concrète* Ce principe se fdnde sur la théorie du calorique et se confirme par la formation des acides carbonique ^ sul-
SOIXANTE UNIEME BNTRSTIBN. 197
fbrique, phosphorique et borique. Celle de Tacide ni** treux semble faire exception, mais peut cependant être rammenée à la règle par des considérations qu^ fe ne puis encore vous offrir.
Nous composons en outre des acides par le moyen d'un autre acide, par ex: de Tacide phosphoreux en combinant du phosphore avec de Tacide nitrique qui abandonne une partie de son oxigène et de son calorie* que combiné et se change par là en acide nitreux. L'acide nitrique est inême le seul moyen que nous aions de former les acides arsénique et molybdique, le contact du gaz oxigène. même soutenu de la plus fort/S chaleur, n'y suffisant pas, de même qu'à la composition des acides tungstique, chrômique etc. dont la Nature s'est réservée le secret et que nous ne pouvons qu'extraire de certains minéraux assez rares dans les quels nous trouvons ces acides tout faits,
Mde. de L. Ce principe nous rappelle l'importance ^es formes que vous nous avez déjà fait apercevoir plusieurs fois.
Mr. de P. Permettez moi, madame, de quitter * ce domaine pour rentrer dans celui du calorique. Nous voyons les acides oxider les métaux, fondre les oxides, les alkalis, les terres mêmes dont plusieurs résistent au feu le plus violent du fourneau de réverbère et à l'action des plus grands miroirs ardents, et cela en vertu du calorique combiné qu'ils contiennent. Les ^cides * sont donc les plus puissants moyens de fusion que nous connoissions ; et les liquéfactions quUls opèrent doivent être considérées comme de vraies fusions, parfaitement analogues à celle du feu. Les oxidations que
aoo
SOJXAJSnPE imm^M ENTaEnSN.
de la masse liquide et solide et produisant même de la vapeur, s'aiFoiblit prodigieusement; et le thermomètre p'indique par cette raison que de médiocres degrés de chaleur très inférieurs à ceux de la chaleur rouge.
Mr* de L, J'avope que ces résultats m'étonnent et que cette combinaison de la théorie de la chaleur avec celle de l'affinité me plait. J'aime à contempler ces ^is subtils qui lient les parties de la Science les unes aux autres et en foùt un tout systématique bien ordonné.
Mr. de P. ^ovl% ne pouvons, je crois, terminer Boieux cette trop longue soirée que par ce tribut flatteur t^e notre Général dépose aux pieds de la Science.
Soixante deuxième entretien.
jVlr* de P. Je commence, madame, notre entretien d'aujourd'hui avec une rive satisfaction. Le moment est venu de vous faire recueillir les fruits de l'attention méritoire que vous avez accordée à nos considérations sur les principes généraux de la Chimie , en vous offrant l'application de ces principes dans une suite de procès chimiques aussi importants ^ùe curieux dont nous chercherons ensemble Texplication*
Mde. de L. J'accepte avec reconnoissance la recompense que vous voulez m'accorder, quoique je sente Ta voir bien peu méritée* En effet peut-on s'instruire avec plus de facilité et de plaisir que dans ces entretiens où tout concourre à éloigner les épines de U Science, où la permission que vous nous avez accordée de vous faire des questions, de vous contredire même, sert si bien à lever les difficultés?
Mr. de P. Personne, madanie, ne peut sentir mieux que moi-même la médiocrité de mon talent pour ce genre d'instruction et je ne puis prendre la bonté avec quelle vous vous ly prêtez que pomme une suite de votre indulgence. — Mais entrons eu matière; je
*02 SOIXANTE DEUXIEME ENTRETIENJ
vois^ue le Général s'impatiente déjà* Le premier de ces procès concerne la constitution chimique de Tatmosphère terrestre, qui exerceune si grande influence sur tous les êtres organiques. Nous voulons considérer cette influence relativement à notre santé, objet qui tient de si près à ce que Thomme doit regarder comme le plus précieux de tous les dons physiques qu'il doit à la bonté divine. L'existence des gaz oxigène et azote comme parties constituantes de notre atmosphère ayant été découverte , il a été question d'en jBxer la proportion. Et comme Ton regardoit alors le plus ou moins d'oxigène comme la mesure de la salubrité de l'air, on a donné à l'art de fixer cette proportion le nom d'Eudio^ métrie et aux appareils inventés à cet eflFet le nom d'eudioi mètres. L'illustre Priestley, que l'on a oublié peut-être trop tôt par ce qu'il a constamment refusé son consentement à la théorie de Lavoisier , Priestley est le père de rEudiométrie. Il employa le premier \edeutoxide d'azote (alors gaz nitreux) et découvert par Haies pour enlever à l'air atmosphérique son oxigène. Vous savez, madame, que la combinaison de ces deux gaz produit l'acide nitreux qui paroit d'abord en forme de vapeur rouge brunâtre et se mêle très vite avec l'eau. Son instrument étoit simple: Un tube gradué en volumes égaux et un petit vase (la mesure) dans le quel il mesuroit les volumes des gaz employés, et un appareil pneumato-chimique; voilà tout. Il remplissoit le tube d'eau, lerenversoit dans l'appareil pneumato-chimique lui-même plein d'eau et faisoit passer dans le tube portions égales d'air atmosphérique et de deutoxide d'azote. En sefïouant le tube^ de manière au reste à ne pas intro-
cluire, d'air atmosphérique étranger, les gaz se combinoient très promptement et Tacide fojmé se réunissoit à Teau; d'où il résultoit une absorption. Si par ex: il ne restoit, des 200 parties des deux gaz ensemble, que 12a parties, l'absorption étoit de 78 parties. Or comme Priestley savoit déjà d'après ses expériences que 100 parties d'oxigène en volume suffisent pour changer 200 parties en volume dedeutoxide d'azote en acide nitreux, il ne lui falloit plus que diviser les 78 parties absorbées x par 3 pour trouver le volume d'oxigène enlevé à l'air. D^ins cet ex: c'est 26. Il concluoit de là que Tair at«> mosphérique contenoit 26 p. c. d'oxigène.
Mr. de R. Mais c'est beaucoup trop ; car vous nobs avez dit que ce n'est que 22 p. C.
Mr. de P. Lavoisier a admis iriême 27 p. C. ensuite de ses expériences, et d'autres Physiciens trouvèrent d'autres proportions. On crut d'abord que ces grandes différences venoient d'un défaut d'exactitude dans les appareils, et on multiplia ces appareils dans l'espoir d'en trouver un exempt d'erreur. Enfin l'on s'apperçut que ces dilTérences tenoient non au mécanisme des instrumens mais à des différences dans la Nature du deutoxide, et Humboldt nous a livré un grand, travail sur ce deutoxide dans le dessein de le produire de nature constamment égale. Mais il a lui-même regardé ce travail comme infructueux, désespérant de produire ce gaz sans un superflu de gaz azote ou même de déter^niner au juste la quantité de ce superflu.
Mr. de G. Ainsi voilà l'eudiométrie aux abois J
Mr. de P. Elle le seroit assurément si nous n'avions, comme je crois l'avoir déjà remarqué, plusieurs
substances capables d'enlever roxigèneàrairatmosphërique. On nomme ces substances eudiométriques , et l'on en a essayé et Ton en essaye encore de nos fours plusieurs» Loin de parcourir avec vous ce champ fer* tile en tentatives infructueuses je me restraindrai à deux de ces substances , le phosphore et 1^ gaz hydrogène.
Lavoisier, Guyton-Morveau et d'autres employé* rent en Eudiomëtrie la combustion rapide du phosphore. Une cornue A (fig. 5») dont le bec est très allongé en forme de tube BC partagé en centièmes du volume de la cornue, est un appareil commode pour cette opération. On jette un très petit morceau de phos» phore dans la cornue par le tube et on tourne Tinstrunient de sorte que le pliosphore $fi trouve en D ; puis on ferme sur le champ l'ouverture C du tube à vis. Cela étant fait on chauffe sur la flamme d'une bougie le phosphore qui se fond et s'allume très vite, n'ayant pour cela besoin que de 3i à Sa degrés R. Cette combustion faite , on laisse refroidir l'instrument et quand il a acquis la température de l'air on place le bec C d<ins un vase profond plein d'eau, et on l'ouvre sous l'eau* A l'instant l'absorption et la quantité de l'absorption sont indiquées saas calcul par l'ascensiop de Teai; dans le tube,
Mr. de T, Pourquoi faùt^il pu vase profond plein d'eau?
Mr. de P. Pour prendre au juste la mesure de la quftptité de ga? absorbé. Car, supposé que l'eau monte d^ns le tube jusqu'en E, si le bout seul du tube plonge dads l^eau, par ex: jusqu'en F, il est clair que le gaz refté dam I4 cornue se trouve dilaté par la colonne
êOtXÂNTB DEUXIEME VNTBSTUSS. SQ5
d'eau EF qu'il est oblige de supporter, et que l'absorption paroi t moindre qu'elle n!est. On peut à la vérité corriger cette erreur par le calcul et l'on est souvent forcJ de le faire; mais il est plus commode de plonger l'instrument dans l'eau de manière que le- niveau extérieur soit à la même hauteur que leniveau dans letube; alors la mesure indiqué est la vraie.
Mr. de iî/ Quel résultat a-t-on obtenu par ce
moyen ?
Mr. de P. Encore des résultats variables. L'opé-
ration est trop tumultueuse pour en fournir de surs et
fixes. Il est au reste difficile d'en assigner la cause avec
précision.
Mr. de G. Ainsi voilà le phosphore également déchu du trône eudiom étriqué, et vous, mon ami, en train de ne nous régaler que de tentatives malheureuses pour apprendre de quoi est composé Tair que nous respirons.
Mr. de P. Le phosphore va s'emparer de nouveau de son trône et cela pour plus longtems que le conquérant qu'on avoit oublié à l'isle d'Elbe. Cest un Allemand, Gren, Physicien et Chimiste très estimé, qui en fit le premier essai, et cela par les voyes de douceur, qui réussissenj: toujours. Il plaça tout simplement un bâton de phosphore dans un tube gradué plein d'air et plongea l'ouverture dans l'eau. A la température brdinaire le phosphore consume petit-à-petit l'oxigènepar la combustion lente, et lorsqu'on s'aperçoit de jour que l'eau ne monte plus ou de nuit que le phosphore ne luit pluS) l'opération est finie et l'on enfonce le tube dans
ao6 SOIXANTE DEUXIEME ENTRETIEN,
l'eau jusqu'à ce que l'eau extérieure et intérieure soient au même niveau.
Mr. de G. Quel fut alors le résultat?
Mr. de P. Aucun.
Mr. de G. Cela est singulier et plaisant.
Mr. de P. Sur tout pour le pauvre Gren qui mourut avant d'avoir exécuté son appareil, et après n'avoir fait que quelques expériences préliminaires pour s'assurer préalablement de l'effet de la combustion lente du phosphore.
Mde. de L. Je plains beaucoup cet illustre Savant. C'est le second que vous nous avez nommé qui a eu le sort de mourir au moment de faire une expé.rience importante.
Mr. de P. Toute l'Allemagne l'a regretté tant pour ses talents que pour l'excellence de son caractère. Berthollet, au Caire, lors de l'expédition d'Egypte, et votre Professeur, en Russie, recueillirent cette idée de Gren, sans s'en être donnés avis, et (ce qu'il y a de singulier) la même année et le même mois. Berthollet publia à son retour ses expériences faites avec un simple tube gradué. Les miennes l'étoient défa et je les avois faites avec l'instrument quej'e vais avoir l'honneur de vous décrire, le préférant à raison de l'exactitude au tube simple. Le tune dans le quel l'opération se fait est composé du gros tube A d'environ i^ de pouce diamètre et du tube étroit ac sur le quel l'échelle est dessinée en millièmes du contenu des deux tubes. Ces deux parties de Tinstrument se vissent l'un à l'autre de manière à ne faire qu'une seule pièce dont la jointure interdit toute communication de l'air intérieur avec
SOIXAI9TS DEUXIEME ENTRETIElf. 207
l'extërieure. Le vase dans le quel on plonge Teudiomètrje est un tuyau de verre BB, fermé par le bas, ouvert par le haut et à moitié plein de mercure. Il est assujetti par des cercles de métal nn et mm à upe planche DEC qu'on suspend à un clou x comme un baromètre* Pour opérer avec cet instrument on emplit Te double tube de l'air à examiner, ce qui se fait le plus facilement en l'emplissant auparavant de mercure qu'on fait ei) suite écouler dans Tair dont instrument doit se remplir. On pose en suite le tube presque horizontaîement, en sorte que son bout ouvert c se trouve un peu haussé et l'on y jette un bâton de phosphore qui descend jusques en A. Alors on retourne promptement le tube pour le placer dans le mercure dans une position verticale. Le phosphore y prend une position inclinée. Mais il faut obseiver que cette introduction du phosphore chasse du tube un volume égal d'air qu'il faut soustraire du volume entier de Pair avant de faire l'échelle. On détermine pour cela le volume que le phoiphore doit occuper et que je fais égal à environ ^s^
Mr. de T, Ainsi il faut mesurer le volume du phosphore, ce qui, je crois, n^est pas aisé.
Mr. de P. Cette mesure se fait à la balance, puisqu'on connoit la pesanteur spécifique du phosphore. L'instrument étant ainsi chargé on est sur qu'en 7 à 8 heures et à une température de l'air de 12 à 1$ degrés R. le phosphore a enlevé à l'air renfermé dans l'instAiment tout l'oxigèrie qu'il contenoit et si c'était de Pair pur, pris hors de ^ ville, le résultat assigne 02 à â3 pour cent de gaz oxigène.
Vous vous souvenez sûrement) madame, que lors
2Q8 iOiXÀKTB DEUXIÂMB BNTRETIEN.
de la thëorie du luminique feus l'honneur de tous faire remarquer que si le phosphore se trouve exposé à la lumière solaire, l'absorption du gaz oxigène produit un nouveau gaz qui occasionneroit une erreur dans notre opération ; et cette erreur est ce qui a séduit Humboldt k croire que Ton ne peut obtenir des résultats eudiométriques constants par la combustion lente du phosphore, et engagé Berthollet à ne plus parler depuis de son eudiomètre* Pour prévenir ce défaut je couvre le gros tube A du cylindre encore plus gros F de métal ouvert par les deux bouts et que f accroche en u et u à la planche au moyen des crochets b et b* Et comme Tinstrument nage k différentes hauteurs dans le mercure, je le fixe à une certaine hauteur par deux bouts de fil de fer no, no.
L'opération étant finie fe dégage l'instrument et le plonge dans le mercure jusqu'à ce que la colonne contenue dans le tube ac soit au niveau dii mercure exté- - rieur, et la division correspondante à ce niveau indique immédiatement en millièmes la proportion d'oxigène; et comme chaque division a environ f de ligne de hauteur, on peut en évaluer encore un cinquième sans erreur, et partant l'instrument indique avec sûreté jûsqu'à^-^3 du volume du gaz la quantité d'oxigène qu'il contenoit*
Mde» de L. Je suis bien persuadée de cette grande f xactitude ; mais je trouve votre instrument un [peu compliqué.
Mn de P« Ne me faites pas, madame, ce reproche, sans quoi vous serez forcée de le faire avec plus de raison encore à l'eiidiomèue à gaz hydrogène que je vais
SOiXANfE DÈuXïéME ENTRETIËlSr, ÛOg
avoir Phonneur de vous décrire, et qui est rinstrument favorit des Physiciens et Chimistes François.
Mde. de L. Tant pis. Messieurs les Physiciens ou Chimistes devroient n'inventer que des instrumens simples. Le tube simple me plait davantage.
Mr. de P. Les instrumens compliqués les amusent tout aussi peu que vous , madame; mais ils ne peuvent pas toujours les éviter. L'exactitude des expériencej^ est leur suprême loi.
L'idée d'un eudiomètre à gaz hydrogène est presque une vielle idée, elle est due à Volta et ne lit pas d'abord de sensation. Ce n'est qu'après que Ton crut s'être persuadé de l'impropriété du phosphore, peu après l'époque où Volta ajouta par l'invention de sa pile le troisième fleuron à sa couronne d'immortalité, que l'on revint sur cette idée. Aujourd'hui on l'exécute de la manière suivante : A (fig. 7.) est un entonnoir de métal, renversé, B une virole soudée à l'entonnoir et surmontée du robinet C qui porte la virole D dans la quelle on a fixé, avec du mastic, le tube de verre-épais DE. Sur ce tube est fixée et mastiquée la virole E surAiotitée du robinet F qui lui-même porte la virole G ^t la cuvette de métal H. Au fond de cette cuvette et dans la virole G se trouve un écrou qui reçoit une petite virole à vis I dans la quelle on a fixé av^c du mastic le tube de verre étroit et long^IK ouvert au bout inférieur T et fermé au bout supérieur K, dont le Volume est partagé en 200 parties égales par une échelle gravée sur le tube. Toutes les viroles sont percéjes en ligne Verti-» cale, de sorte que, lorsque les robinets sont ouverts, il y a communication libre de l'entonnoir A jusqu'au
haut tu tube IK« Vous voyez en L une petite verge de laiton scellée dans la virole £ et entourée d'un petit tube de verre gui sert d'isoloir entre cette verge et le métal de la virole* Le bout extérieur de cette verge se termine en boule et l'intérieur approche très près de la paroi supérieure de la virole pour porter l'étincelle électrique qui doit produire l'inflammation des gaz* Enfin l'on a un* petit vase de verre nommé la mesure qui contient loo parties du volume du tube IK.
Mde» de L Cet instrument , à en juger par votre dessin , est très élégant ; mais il a bien des viroles , des robinets, des tuyaux, des tubes etc.
Mr, de P. iDont l'ensemble au reste est facile à saisir. Permettez moi de vous en décrire l'usage* D'abord on le place sur la cuvette pneumatique pleine d'eau. Puis on dévisse le tube I K et on ouvre les deux robinets. On enfonce en suite le reste de l'instrum^ent dans l'eau jusqu'au dessus du robinet C. L'air contenu dans la partie inférieure s'échappe par en haut et cet espace se remplit d'eau ; après quoi l'on ferme le robinet C et l'on place l'instrument sur la table de la cuvette pneumatique, en sorte qu'il n'y entre point d'air par le bas , cette table étant elle-même couverte d'eau. A présent on verse de l'eau dans la petite cuvette H pour emplir le gros tube de verre £D, et trois quarts de cette cuvette. Cela étant fait on ferme le robinet F et ouvre le robinet G pour introduire dans le gros tube £D, au moyen de la mesure, loo parties d'air atmosphérique et joo parties de gaz hydrogène. L'instrument étant dans cet état et les robinets de même (le supérieur fermé et l'inféiieur ouvert) on fait passer l'étincelle électrique
SOtXANTB BÉUXiéMB EKTRBTtElT* Ûît
qui enflamme subitement les gaz. II se forme de Teau et la pression de Tair atmosphérique fait monter l'eau de la cuvette autant que l'absorption l'exige. Voilà l'opération faite. Il ne s'agit plus que de mesurer la portion de gaz qui est restée dans le gros tube de verre DE, qui est un mélange de gaz azote et hydrogène. Pout cet eflFet on remplit d'eau le tube, ferme son ouverture avec le doigt et le place debout dans la petite cuvette H où on le visse dans son écrou comme la figure Tindique. Alors on ferme le robinet C et ouvr.e le robi* net F. Par là l'eau du tube IK s'écoule dans le gros tube ED et le gaz monte dans le tube IK dont l'échelle indique en deux centièmes du volume primitif, le volume du reste. Soit par ex: le volume de ce reste égal h 137 centièmes , la portion absorbée sera égale à 65 centièmes. Et comme cette absorption s'est faite aut dépends du gaz hydrogène et du gaz oxigène dans la proportion de a à 1 , on divisera 63 par 3 et le quotient ai indiquera les centièmes d'oxigène contenus dans l'air atmosphérique. Et c'est là le résultat ordinaire que fournit Teudiomètre de Volta.
Mr. de T. D'oii vient que votre éudiomètreà phos« phore fournit 2a p. C. et plus?
Air. de P. Cette question nous conduit k «ne comparaison de ces deux eudiomèlres. Du côté de la masse chimique ils doivent faire le même effet. Car le phosphore ne s*oxide que dans l'état de sublimation^ c. à. d. divisé en particules infiniment petites sur les quelles le gaz oxigène a toute la prise possible^ etl'hy* drogène est employé dans l'instrument de Volta dans une proportion très avantageuse 9 plus que double de
celle qu'il faut pour former Teau, et a parconséquent un excédant de force pour vaincre raffinité physique de Tazote pour Toxigène.
Mais par contre le gas hydrogène a en qualité de substance eudiométrique trois défauts. Le premier est qu'au moment où les gaz dilatés par l'inflammation se condensent, il se forme un vide considérable qui dé-^ gage de l'eau une portion sensible du gaz atmosphérique disséminé dans l'eau. Le second est que le gaz hydrogène n'est jamais pur, mais constamment mêlé à un peu d'air atmosphérique, qu'avec tout le soin imaginable Humboldt et Gay-Lussac n'ont pas pu réduire à moins de ^é^^ du tout et qui d'ordinaire va à plus de x p. c. Le troisième est que l'inflammation du gaz hydrogène dans l'air atmosphérique produit toujours un peu jd'acide nitreux , par ce qu'il se combine une par«^ tie du gaz azote avec l'oxigène. Et comme cette- combinaison exige a volumes de gaz oxigène sur un volume de gaz azote, tandis qu'il ne faut qu'un volume de gaz oxigène sur deux volumes de gaz hydrogène pqur former Teau, il s'en suit que la portion d'oxigène combinée par le gaz azote laisse trois volumes d'hydrogène pour un volume d'azote combinée
Ces trois causes doivent influer sur les résultats eudiométriques; les deux premières diminuent, la troisième augmente là proportion ou les pourcents d'oxigène. Le célèbre Davy a reproché au phosphore que Tacide phosphoreux, produit par la combustion lente du phosphore, décompose de l'eau en vapeurs qui s^ trouve mêlée à l'air atmosphérique et dégage du gaz hydrogène. Si cela est (ce qui ne me paroit pas assuré,
SOIXANTE DEUXIEME ENTRETIEN. 2x3
la mesure d'une aussi petite portion de ce gaz étant sujette â de grandes difiîcuirés) il s'en suivroit que les indications de l'eudiomètre à phosphore seroient toutes un peu trop petites, et s'éloigneroient encore davantage de celles, de Teudiomètre à gaz hydrogène.
IjC Comte C, Il suit de ces observations qu'il est très difficile de déterminer au juste la quantité d'oxigène contenue dans une portion d'air, et que l'eudiométrie est encore susceptible de quelques degrés de perfection, *
Mr. de T. Permettez moi une objection contre l'eudiomètre à phosphore. Dans l'eudiomètre à gaz 'hydrogène l'opération se fait subitement ; dans l'autre elle n'est terminée qu'environ dans huit heures, et si pendant ce tems l'état du thermomètre et du baromètre change, les indications de l'eudiomètre à phosphore ne peuvent pas être Justes.
Mr* de P. Assurément ; mais le calcul corrige Terreur, en tenant compte des différences de température et de l'élasticité de l'air entre le commencement et la fin de l'opération, puisque .nous savons au Juste de combien une portion d'air chapge de volume par chaque degré du thermomètre et par chaque ligne de la liauteur du baromètre. Ces petits calculs sont, à la vérite, un peu incommodes ; mais lePhysicién s y soumet volontiers pour obtenir des résultats plus satisfaisants.
JLfr. de V, Vous nous avez appris il y a quelques Jours que la limaille de fer humectée enlève à l'air atmosphérique tout son gaz oxigène. Ne pouroit-on pas en faire une substance eudiométrique?
Mr. de P. Gela n'est pas doutedx» Mais outre
^l4 SOIXANTE DEUXIÈME ENTRETIEN.
que ropdrarion est lente , elle seroit sujette a quelques petites difficultés d'éxëcutionjqui peut-être en dégouteroient les Physiciens, C'est ce qui m'a engagé à ne pas là proposer* — Mais avançons en matière.
Nous venons de traiter TEudiométrie relativement •à la proportion des deux principes constituants de notre atmosphère. Mais cette partie de notre science mériteroit bien peu son nom si nous négligions lessubstan»» tes accessoires qui se trouvent dans cet océan d'air si nécessaire à la vie, et dont l'influence sur notre santé est si marquée. Ces substances sont la vapeur cVeau^ T acide carbonique et certains composés inconnus de plusieurs gaz, nommés miasmes, qui causent des maladies épidémîques.
L'air atmosphérique doit contenir une certaine quantité de vapeur d'eau c. à. d. doit être humide jusqu'à un certain degré pour avoir le maximum de salubrité. S'il en a moins il est trop sec; la respiration •e fait plus difficilement soit par le poumon soit pari^Ia peau ; et en outre il dessèche ces deux organes et toute potre machine organique, qui se trouve par là gênée dans toutes ses fonctions. Ce défaut se fait sentir dans les maladies du poumon, où cet organe déjà affoibli HOuiTre doublement de ce défaut d'humidité. On l'observe sur tout dans |e Nord pendant les grands froids qui font geler la plus grande partie de l'eau atmosphérique. Aussi ai^îe eu souvent l'occasion de conseiller avec succès d'humecter les chambres de pareils malades en y suspendant def nappes imbibées d'eau dont l'évaporation fournit k l'air ce qui lui manque d'humidité, procédé qui ne seroit peut-être pas moins salutaire dans
les pays chauds exposes au vent desséchant nommé sirocco.
Mr. de G. Ah! Ah! Nous vous surprenons, mon (^er ami, à faire le Médecin et découvrons enfin la source de vos sarcasmes contre vos confrères!
ilir. de P. {riant. y J'espère vous donner encore plusieurs fois Toccasion de faire cette remarque, douce vengeance que je me procurerai le plus souvent possible. Voyons à pn'sent quel est le dommage d'un air trop humide. J'observe d'abord que la grande humidi» té.favorise trop faction du gaz oxigène sur le poumon* et le fatigue par conséquent. Comme en outre la respiration du poumon et de la peau doit enlever une certaine portion d'eau de notre corps et que cette opération ne peut se faire qu'en tant que l'air qui entre dans
le poumon et celui qui couvre notre peau peut se charger d'humidité, il est clair que cette partie du procès vital ne peut pas se faire par un air déjà surchargé d'humidité, qui a le troisième défaut de déposer son superflu d'eau dans nos habits, eau qui pénètre bientôt jusqu'à la peau où elle trouve une température supérieure à celle de l'atmosphère qui la fait évaporer. . . .
Le jeune de L. Et comme l'évaporation de l'eau enlève de la chaleur, voilà comment l'air trop humide nous fait prendre du froid, produit les catharres, les rhumatismes, la goûte et les fièvres,
Mr. de G. J'attends avec impatience le remède contre ce mal. Ce sera sûrement un alkati caustique ou de l'acide sulfurique bien concentré qui nous rendra ce service.
Mr. de P. Assurément si vous êtes assez riche pour
ai6 SOIXANTE DEUXIEME ENTRETIEN,
fournir chacune de vos chambres de 3o ou 4o livres de ces réagens par jour. Mais comme tout le monde ne l'est pas, je propose de chauffer médiocrement les chambres de malades, et quant aux personnes qui se portent bien et sont de bons promeneurs comme vous Têtes, mon cher, je leur conseille dé vous imiter, de faire chaque jour une ou deux tournées d*uné boune heure qui les mette en transpiration et chasse par là les humeurs que ^^i^ trop-humide n'enlève pas à notre corps.
Mr. de G. Quelle finesse! Me voilà gagné à votre parti, puisque vous louez mes promenades.
Mr. de T. Mais quels moyens avons -nous pour mesurer les degrés d'humidité de Tair.
Mr. de P, Permettez moi de remettre ce sujet à demain où je le traiterai sous un point de vue plus généra). Parlons de tacide carbonique que laNature produit en si grande abondance par la respiration de tous les animaux, p^r la putréfaction des matières végétales et animales et que nous produisons nous mêmes par la combustion 4e tant, de matières inflammables et partant de procès chimiques nécessaires à bien des arts, tels que ceux dii chamoiseur, du brasseur, du faiseur d'eaux de vie etc. Ce gàz est tellement nuisible'à la santé que l'air atmosphérique devient absolument mortel lorsqu'il en contient 5 P- C en volume; il Test d'autant plus qu'il se cornpose dpns la plupart de ces procès aux dépends de Toxigèpe atmosphérique dont il remplace exlicte^ient le volume. ?
Mde. de L. Votre ?icide carbonique est un violent poison, et pourquoi la Nature le produit- elle en si grande abondance? ^
Mr. de P. Je me réserve, madame, pourletemsoù nous traiterons la Physique (le la terre*, à répondre à cette importante question, réponse q ui justifiera la Providence et vous donnera une raison de plus d'admirer sa sagesse et sa bonté infinies. Pour le moment cherchons les moyens de mesurer la quantité de^ce gaz dans une portion donnée d'air atmosphérique. On a imaginé plusieurs de ces moyens, dont quelques uns sont très compliqués. Permettez moi de me borner à celui qui zne paroit en même tems le plus simple et le plus sur. Il est composé d'un petit ballon A (^iig. 8*) d'un long tube ab et d'une boule B, plus petite que le ballon. Le ballon A a environ 4 pouces et le tube 3 lignes de diamètre. Celui*ci porte l'échelle dont chaque degré correspond à ïô^oô ^^ volume intérieur du ballow A et du tube; et ce degré a environ5hgnes de hauteur, ensorte qu'il se partage en lo parties égales, dont on peut encore assigner facilement le cinquième; ce qui fait qu'à la rigueur on peut observer l'absorption qui aura lieu jusqu'à 5ôlôo ^^ volume total du g«z renFermé.
]Mi\ de L, Voilà de nouveau une exactitude insupportable.
Mr. de P. Votre expression est vraie .à la lettre, aucune expérience sur lies gaz ne support9pt une telle' exactitude, vu que les plus petits changemens de température presque inévitables produiseiit des erreurs plus considérables. Vous savez qu'un degré R. de chaleur de plus ou de moins augmente ou diminue d'environ îô^j^o '® volume d'un gaz, ce qui fait plus d'un millième pour ^ de degré, A^isçi n'observéje que les dix millièmes et j'ai la précaution 4e ne pas
f^lQ SOIXANTE DEUXIEME ENTRETIEN.
toucher Tinstrument avec la main, mais au moyen des deux manches D et D. Pour me servir de cet instru-^ ment je remplis d'eau à la température de l'air le petit ballon A et le tube; puis je fais écouler l'eau gui fait place à l'air atmosphérique qui doit être examiné et qui entre par une ouverture d qui se ferme en suite à vis. Je suspends alors l'instrument pendant environ trois heures pour que l'air renfermé prène à coup-sur latempérature de l'air extérieur et se charge d'humidité autant que possible. Pendant ce tems je remplis la boule £ d'une solution de baryte, alkali puissant qui s'empare aisément de l'acide carbonique, et après m'être bien assuré que le tout a précisément la température de l'air ambiant je visse la boule B au long tuyau par le moyen des viroles c et b. Alors je saisis l'instrument par les deux manches D et D et le renverse pour faire couler l'eau de baryte dans le ballon A et monter l'air du ballon dans la boule] B, et je secoue le ballon A pour y mêler l'air qu'il contient avec l'eau de baryte, après quoi je rammène de nouveau l'eau de baryte dans la boule B. Pendant cette opération, que je répète trois fois, on voit la baryte combinée avec l'acide carbonique se précipiter et donner à cette eau une légère teinte blanche. Cela étant fait, je prépare une cuvette pleine d'eau de même température que celle de l'air ambiant et j'y plonge la boule B jusqu'au dessus de la virole b et je dévisse la boule* A l'instant l'eau de la cuvette monte dans le tube que j'enfonce dans la euvette jusqu'à ce que l'eau se trouve dans Tun et l'autre au même niveau. Le degré marqué par ce niveau in-
digue la quaiïtité de gaz acide carbonique qui se trou-
SOIXANTE DjiUXIEME ENTRETIEN. SIQ
voit dans Tain J'ajoute que au moment où ron visse la boule B au tuyau et au moment où on la dévisse on doit observer le baromètre pour s'assurer que sa hauteur n'a pas changé pendant cet intervalle, ou pour faire la correction nécessaire si elle a changé.
Mde. de L. Voilà bien des précautions!
Mr. de P. Aux quelles j'en ajoute encore une pour les cas où Ton auroit un autre gaz que Tair atmosphérique à examiner de cette manière. Je suppose ce gaz contenu dans la cloche E, qui a a son extrémité supérieure une virole percée à vis et munie d'un robinet g pour recevoir le bout d'un tube élastique, dont Tau» tre bout se visse sur la virole d du petit ballon. Avant d'établir cette communication on remplit d'eau le ballon A et le tube a b, et l'on en ferme le bout b avec la vis f. Cela étant fait, c. à. d. le gaz ctant dans la cloche, le tub.e élastique étant rempli de ce gaz et Tinstrument pleiu d'eau, l'on visse le tuyau élastique à la virole d, on plonge le bout inférieur du tube ab dans l'eau, on ouvre le robinet g et on enfonce la cloche dans sa cuvette pour forcer le gaz à s'écouler dans l'instrument, ce qui se fera à l'instant où Ton ouvrira sous l'eau le bout c du tuyau a b. L'emplissage étant consommé on referme de nouveau le bout b, à fleur d'eau, on débarasse l'instrument du tuyau élastique et on ferme vite la virole d. L'instrument étant ainsi rempli, on opère sur ce gaz de la même manière que sur le gaz atmosphérique,
Mde. de i. J'ai écouté la description et l'usage délicat de cet instrument avec beaiicoup d'attention, mais aussi avec beaucoup d'impatience de savoir com^
220 SOIXANTE DEUXIEME ÉNTRTIEN.
bien Pair contient d'acide carbonique, de ce poison dont il ne faut que cinq pour cent pour nous étouflFer.
Mr. de P. (souriant.) Vous allez vous étonner, madame, vous effrayer même d'apprendre que l'air de nos chambres habitées, celui de votre chambre où nous respirons actuellement,' en contient plus d'un pour cent, et l'air litmosphérique, le plus pur que j'aie soumis â cet examen 3^^%%^. Aussi Davy nous a-t-il appris qu'un homme consume en vingt quatre heures a6} pieds cubes anglois ou 2i| pieds cubes de France de gaz oxigène, ce qui fait près d'un pied cube par heure, et produit précisément autant de gaz acide carbonique^ Mais ce qui vous paroitra énigmatique, c'est que ce gaz, beaucoup plus pesant que l'air atmosphérique, se trouve dans l'atmosphère à toutes les hauteurs où l'on soit encore parvenu, soit sur les montagnes couvertes de neiges éternelles, soit dans le ballon aérostatique.
^f^e jeune de L. Ce sont les vents qui mêlent ce gaz à l'air des régions supérieures.
][Ir. de P. Ils y contribuent assurément par ce que lors qu'ils soufflent sur une chaîne de montagnes il font monter l'air inférieur dans les régions supérieures. Mais l'affinité physique a sa bpnne part à ce phénomène en jCe qu'elle fait marcher ce ga^ directement de bas en
haut.
J'ai été un peu prolixe dans la description des appareils eudiométriques ; mais mon aimable auditoire me pardonnera cei longueurs en faveur de l'intérêt vif que l'on doit prendre à la connoissance de la salubrité de l'air et par ce que les opérations que j'ai décrites donnent une idée des précautions à prendre dans les
opération$ chimiques où Ton a à faire à des gaz. Il ne me reste plus qu'à vous parler des miasmes ^ de ces gaz ' inconnus, produits de la putréfaction, à qui nous de- TOUS tant de maladies contagieuses. Un des plus grands mérites du célèbre Guyton-Morveau est d'avoir trouvé le moyen de les détruire, au moins dans nos chambres, en y faisant évaporer de Tacide muriateux (l'ancien acide muriatique oxigéné). Pour cet effet Ton n a pas besoin d'appareils compliqués ; il suffit de la recette suivante due à Grindel, chimiste livonien très estimé. On prend dii sel commun et du peroxide de manganèse que l'on a en quantité dans le commerce. On les pulvérise et les mêle en portions égales. Puis on verse sur le mélange de l'acide sulfurique. Il se dégage sur le champ une-fumée blanche qui est Tacide muriateux. Pour le répandre dans l'air des chambres il suffit de ^^j promener, le vase qui contient les ingrédients à la main, et on continue la promenade jusqu'à ce que les malades ou d'autres personnes commencent à sentir l'odeur de cet acide, et pas plus longtems, par ce qu'une trop grande quantité de cet acide attaqueroit les poumons et causeroit des toux dangereuses.
Le Com^te C. J'ai beaucoup entendu parler de ces fumigations de Morveau, et, si je ne me trompe, on a prétendu qu'elles sont inéficaces.
Mr. de P. C'est une accusation de quelques médecins qui ne voulent guérir qu'en faisant avaler des drogues et qui se réfute par cent expériences. J'ai moimême employé ces fumigations avec succès dans an hôpital horriblement infecté et dans ma propre maison, dans les tems malheureux de la débâcle de l'armée fran-
çoise en Russie. II est vrai que quand un hôpital a ëté exposé pendant des semaines et des mois à Tinfection, le procédé ordinaire n'est plus suffisant, par ce que lei parois, les meubles, les lits, les habits sont pénétrés du miasme. Dans un cas pai^eil il faut placer les malades dans une autre chambre et dégager dans celle qui est infectée une grande quantité d'acide qui pénètre tout, et cela pendant deux ou trois Jours, en suite ouvrir porte et fenêtres pendant vingt quatre leures pour y ammener de l'air frais; et ce n'est qu'alors qu'on doit y établir de nouveau les malades qu*on préservera pour la suite aisément par les fumigations ordinaires répétées deux fois par jour. C'est un crime de priver l'humanité d'un remède eHicace dans une calamité publique sur la foi de quelques expériences dues à la maladresse.
Cette découverte de Morveau nous permet de présumer que les miasmes putrides sont en partie de nature alkaline puisque l'acide muriateux les neutralise. Ils sont peut-être des composés de gaz ammoniac, d'hydrogène carboné et de quelque autre gaz ou vapeur de ce genre, composés qui perdent apparemment leur nature maligne en perdant l'ammoniac. En effet on employé contre aux avec quelque succès d'autres acides volatils, même l'acide acétique.
Le Comte C\ Veuillez, monsieur, nous dire comment se produit l'acide muriateux dans le procès cité de Grindel.
Mr. de P. L'acide sulfurique décompose le sel marin en s'emparant de sa soude. Cette opération produit tme chaleur suffisante pour forcer le peroxide de manganèse d'abandonner une partie de son oxigène à
fiOlXANTE DEUXIEME. ENTRETIEN» 223
l'acide muriateux hydrogéné qui se dégage, par la decomposition du sel. Cet oxigène s'empare de l'hydrogène de l'acide muriateux hydrqgéné pour former de l'eau et en fait par là de l'acide muriateux pur.
Le Comte C, Voilà la première application que TOUS faites de la nouvelle théorie de Tacide muriatiqiie.
Mr. de P. Qui aura Thonneur de terminer notre soirée.
Soixante troisième entretien.
iVle. deL. Nous donnerez-vous aujourd'hui la description de beaucoup de nouveaux instrumens bien compliqués ?
Mr.deL', Si cela vous fait plaisir, monsieur de P. est tout prêt à satisfaire votre «en vie.
Mde. de L. Que fe n'ai nullement.
Mr. de P. Je m'en suis aperçu hier et fe conçois^ madame , que la vue des instrumens et leur usage sont incomparablement plus agréables que de sèches descriptions. Aussi je vous promets de ne pas les multiplier sanB nécessité.
Mde. de L. Les résultats sont proprement ce qui nous importe de savoir.
Mr, de P. D'accord ;. mais les moyens d'arriver à ces résultats, la finesse, l'esprit, le mérite qu'il y a dans Tinvention des appareils, sont des choses, qui ont aussi quelque droir à votre intérêt.
Mde de Lé Eh bien! décrivez, dessinez vos instrumens; je sens que c'étoit une foiblesse de ma part de vouloir vous gêner à cet égard.
Mr. de P* Votre bonté ^ madame, ne peut que
SOiXANtE TàÔISlElVtK ENTRETIEN. 4 22^
m'engàgel* à ne Jainaîs abuser de votre complaisance, et je vais commencer par un sujet que nous pourrons traiter sans parler d'instrumens, et ce sujet est V absorption des gaz par Veau, absorption que vous connoissez ddjà en partie.
La chaleur et la dîrainufion du poids de Tatmosphère dégagent les gaz condensés dans Teau et les autres liquides^ et ce dégagement atteint son maximum lorsqu'on réunit l'action de la pompe pneumatique à celle de la température de TébuUition. Au reste nous n'avons aucune certitude qu'une portion d'eau soumise à cette double action soit entièrement privée d'air.
Le jeune de L, II s'ensuit que, si l'on abaisse la température de l'eau ou d'un liquide quelconque, le liquide doit absorber plus de gaz qu'a la température moyenne.
Mr. de P. Assurément et les fabricateurs d'eaux mîtiérales travaillent ton jours à la plus basse température possible pour imprégner leurs eaux de la plus grande quantité de gaz acide carbonique ou autre.
Mr. de T. La Mécanique se permet de déraiander si une compression plus forte que lé poids ordinaire de l'atmosphère ne force pas l'eaii à recevoir plus de gaz.
Mr. de P. Assurément et le Physicien àngfois Henry a trouvé à cet égard une loi bien remarquable et commode; c'est que (la température étant supposée ne pas changer) l'eau admet sous toutes les pressions le ïAéme volume d'air que ^ôtts la pression simple dé l'atmosphère^
a26 soixÀjnrE troisiemb entretien.
Le jeune de L. Il paroit donc que la pression ne fait ici aucun effet.
Mr. de P. Pardon, mon cher. Au contraire, Tair comprimé se condense, comme vous savez, prëci* sèment en proportion de la pression et si Teau absorbe toujours le même volume d'air sous 4iS<^rentes pressions, il est clair que la quantité d^air absorbé est en proportion de la pression.
Le jeune de L. Belle bévue que fe faisois!
Le Comte C. Et la Chimie demande si Teau absorbe tous les gaz également sous la même température et la même pression.
Mr. de P. Vous voilà , messieurs , en train de me catéchiser. Voyons jusqu'où j'ai appris ma leçon. Je réponds que chaque gaz est absorbé par IVau sous différentes proportions. Le volume du gaz ammoniac est / est 462 fois aussi grand que le volume de Teau absorbante, celui de Tacide carbonique est égal à une fois le volume de l'eau, le gaz oxigène absorbé n'est que -^j de ce volume, l'air atmosphérique-^, le gaz azote /^ et le gaz hydrogène ^V- Mais je dois vous observer que toutes ces proportions changent dès que Ton met .en contact plusieurs gaz à la fois avec l'eau. Nous devons à Humboldt des expériences précieuses à ce suiet^ dont voici les principaux résultats.
L'eau n'absorbe pas l'air atmosphérique dans les proportions des principes constituants de l'oxigène, au point que l'air contenu dans Peau en a jusqu'à 32 p. c.
Le gaz oxigène pur, mis en contact avec de l'eaudéjà saturée d'air atmosphérique, expulse une partie (plus de la moitié) du gaz azote. Par contre le gaz
60IXÂI!ÏTE TROISIEME ENTRETIEN^ 227
îizoté pur expulse de la tnême eau environ un tiers du gaz oxigène contenu dans cette eau.
Le gaz hydrogène, mis en contact avec de l'eau saturée d'air atmçsphf^rique, n'expulse aucun des principes constituants de cet air et n'est que trèâ peu absorbé. Son absorption fait à peu près -^^ de celle du gaz oxigène et I de celle du gaz azote.
Si l'on offre à de l'eau pure des gaz mélës^ Tabsorption du mélange est toujours plus grande que la somme des absorptions de chacun des gaz séparés.
Enfin les sels solubles mêlés à Teau imprégnée d'air atmosphérique dégagent une partie de cet air et celui qui y reste contient plus d'oxigène que celui que les sels en ont expulsé.
Chacun de ces résultats prouve que ïabsorpfion des gaz par l'eau est produite par i affinité physique de ïeau pour les gaz. Car si c*étoit une opération mécanique, il n'y auroit point de différences dans les quantités de ces absorptions que celles qui pourroient résulter de la densité, en sorte que les plus denses seroient le moins absorbés. Nous Voyons au contraire que les moins denses le sont le moins.
Le Comte C Et Ton doit Conclure de toutes ces expériences qu'il est impossible de conserver pur un gaz en contact avec l'eau.
Mr. de P. Comme avec le mercùrô: car le mercure, de même que l'eau, coniient de Tair atitiosphé-r" ' rique qui y joue un rôle semblable à celui de l'air. Mais que direz- vous j monsieur le Comte ^ si je vous annonce que les corps solides qu'on nomme poreux absorbent aussi les gaz, comme les liquides.^
228 ^q^E TROISIEME ENTRETIEN.
Le Comte C La Nature est si richç en faits surprenants qu'il ne faut presque plus s'étonner de rien.
Mr. de P. Le charbon de bois possède cette propriété à un degré à un degré si éminent que plusieurs physiciens, Fontana le premier, Morozzo, Rouppe, Norden, Théodore de Saussure et moi, s'en sont occupés. Mais les résultats varient considérablement de ' l'un à l'autre pour le même charbon, et le même gaz. Cela vient de ce que tous ces Physiciens ont mesuré la quantité du charbon emploie par volume. J'avois d'abord commis la même faute, non par imitation , car je ne connoissois pas les expériences de Fontana et de Morozzo (les seules antérieures aux miennes) lorsque je commençai à traiter ce sujet, mais par ce que c'est la méthode qui se présente la première. Or cette méthode est fautive par deux raisons ; Tune est que Ton n'a pas deux morceaux de charbon de même bois à volume égal qui aient le même poids, leur soi-disante porosité variant très fort. La seconde est que pour observer cette absorption il faut faire rougir le charbon jusqu'à ce qu'il cesse de produire une flamme bleuâtre, qui, tant qu'elle a lieu, indique encore une décomposition d'eau par le charbon et la chaleur. Aussi ne nommé- je charbon pur que celui qui a subi cette épreuve. Polir ces expériences on plonge le charbon ainsi préparé dans du mercure afin de le refroidir sous le moindre contact de Pair possible et on le fait passer au travers du mercure dans une cloche graduée qui contient le gaz qu'il doit absorber , ou dans une cloche qui contient du mercure et dans la quelle^ on introduit en suite le gaz par mesures. Qr vous voyez que, l'orsqu'on chauffe
jusqu'à Tîncandescence le charbon ordinaire pour en faire du charbon pur, il perd non seulement en poids, mais aussi en volume, et qu'il est impossible de mesurer son volume avec quelque exactitude pendant qu'il est incandescent. Ces raisons m*ont décidé à mesurer
la quantité de charbon au poids,
Le Comte C, Ceci me paroit encore plus difficile que d'en le mesurer le volume, par ce qu'il doit se refroidir sur la balance et absorber de l'air atmosphérique.
Mr. de P. Aussi ai- je imaginé un autre procédé. $• J'ai pris un charbon tel quel, purifié parle feu et incandescent et Tai employé sur le champ, La chaleur ayant réduit presque à rien l'air qui se trou voit dans ses interstices, l'immersion dans le mercure a rempli de mercure tous ces interstices devenus vides par le refroidissement, et lorsqu'on retire le charbon on le trouve dix, vingt fois plus pesant qu'auparavant; et plongé ' dans le gaz qu'il doit absorber, on le voit perdre une petite partie de son mercure. L'opération étant faite (souvent elle dure fusqu'à 24 heures) je relire mon charbon encore chargé de mercure et le pèse exactement. Puis je le broyé dans un mortier ayant soin de ne rien perdre du mercure ; en suite je fais disparoitre le char-, bon pulvérisé par l'action très modérée d'un soufflet et je pèse le mercure qui m'est resté ; la diflFérence de poids m'indique au juste le poids du charbon que j'ai employé. Mes résultats sont que loa grains ( poids médicinal de Nuremberg) de charbon pur de bouleau absorbent :
ajQ SOIXANTE TROISIEME ENTRETIEN.
Gaz ammoniac . •
• 10^ po.ices cubes
-— acide carbonique
Deuioxide d*azote .
Air atmosphf^rique .
• *a.oo
Gaz oxigène . . .
•— azot6 • • • •
. UVts
— hydrogène . .
• *io9.
3/rfe. de Lé. Ainsi le gaz hydrogène n'est point du tout absorbé par le charbon?
Mr. de P. Au moins pas du tout par le charbon de bouleau, et plus que vraiseniblablement par aucun
charbon. C'est un des principaux points où je diffère de tous mes collègues. Th. Saussure par ex: trpuve une absorption d'hydrogène égale à un peu moins d'un cinquième de celle du gaz oxigène; ce qui feroit dans mes expériences à peu près f d'un pouce cube. J'obtiens à la vérité quelque absorption de gaz hydrogène, lorsque ce gaz n'est pas pur; mais lorsque j'employe du gaz absolument pur aucune absorption n'a lieu.
Le Comte C Comment obtenez -vous du gaz hydrogène absolument pur? Il me semble qu'il est impossible de purifiei: parfaitement aucun gaz.
Mr. de P. A l'exception du gaz hydrogène et c'est le charbon pur qui m'en a fourni le moyen. Il suffit pour cela de placer un charbon pur dans ce gaz. Tout autre gaz mêlé accidentellement à l'hydrogène se trouve par là absorbé avec une petite quantité de gaz hydrogène. Si en suite on met ce gaz purifié en contact avec un nouveau morceau de charbon pur on n'observe aucune absorption* Ce qui explique parfaitement la dif-
férence des résultats entre mes expériences et celles des autres Physiciens.
Lée Comte C Maïs comment vous êtes -vous assuré que les gaz accidentellement mêlés au gaz hydrogène sont totalement absorbés par le charbon?
Mr de P. Par des expériences directes, en mêlant au gaz hydrogène purifié d'autres gaz, de Toxigène, de Tazote, de l'acide carbonique etc. aussi purs que possible en proportions connues , et en effectuant l'absorption par le charbon pur* Le résidu a été constam* ment du gaz hydrogène pur , aucun réagent n'ayant pu opérer la moindre absorption sensible*
Et le résultat de ces expériences a été que lorsqu'un^ mélange de plusieurs gaz est exposé à l'absorption du charbon pur, cette absorption est plus grande que la somme des absorptions individuelles des gaz simples pris à part. Ce qui se confirme par l'absorption de l'air atmosphérique, comparée à celle du gaz oxigène, et azote pris à part, et s'explique par la loi que nous avons observée plus haut que lorsque deux substances ont jaffinité pour une troisième, l'affinité de leur mélange est toujours plus grande que la somme des aflinir tés des deux prises à part. Ici nous voyons même le gaz hydrogène, qui n'a aucune affinité pour le charbon pur, s'absorber par ce même charbon dès qu'il est mêlé à un autre gaz. Et plus le mélange des deux gaz est intime, plus le surplus d'absorption est grand. Le gaz ammoniac nous en fournit un exemple frappant. Comr posé en plus grande partie de gaz azote qui a peu d'affinité pour le charbon pur et d'hydrogène qui n^en a
a3St SppCANTE THOISI£ME ENTHBXIEN^
appuné, son absorption est plus de 8 fois aussi grande que celle de l'azote pur.
Il suit de tout ce que nous venons de voir concernant l'absorption des gaz par le charbon que cette absorption a beaucoup d'analogie avec l'absorption des gaz par Teau , et je suis même tenté de croire que l'eau n'absorbe uullement le gaz hydrogène; car si nous considérons que cette absorption dans les expériences de Humboldt est si .petite, nous devons la mettre sur le jcompte de l'impureté du gaz hydrogène qu'il a employé.
Le Comte C. Cette découverte d'une méthode s\ simple de purifier le gaz hydrogène devroit être employée dans les expériences avec l'eudiomètre de Volta.
Mr* de P. C'est par des expériences de ce genre que j'ai découvert la vraie pesanteur spécifique du ct^rbon.
Le jeune de L. Qui est égale à celle du diamant,
Mr. de P. Précisément» J'avois une portion très ei^actement mesurée de gaz hydrogène pur dans un tube sur du mercure. J'y fis monter un moreau de charbon pur et ardent en le faisant passer au travers du mercure. Le tout étant revenu à la température primitiye j'ai soulevé le çjiarbon jusqu'au dessus du mercure et ai appris par là le volume que le charbon (le mercure qu'il coptenoit y cornpris),déplaçoit. En suite j'ai retiré, pesé et trituré le charbon pour en séparer le mercure. J'ai appris p^r là le poids du charbon ^t du mercure qui ocoupoient le volume observé. En calculant le volume qu'oçcupoit le mercure j'ai obtenu celui du^ charbon, dont le poids m'étoit également connu et la suite
SOIXAJME TROISIÈME ENTRETIEN. ^33
. de ce calcul m'a donné presque 3i pour la vraie pesanteur spëciilque du charbon de bois de bouleau.
A présent, messieurs, que pensez -vous de ces absorptions? Sont-ce des opérations de ralHnité, ou bien sont- ce des locations mécaniques des £;âz?
Mr. de R. Les quantités de ces absorptions étant si différentes} les unes des autres, il est clair, que c'est l'affinité qui produit ces phénomènes.
Le Comte C, Mi\ de G. Le jeune de L, Mr, deP^m Nous sommes tous de cet avis.
Mi\ de L. Vous dpnnez, messieurs, dans un piège.
Mr. de P. Que je n*ai pas tendu. Je /^uis du même avis que ces messieurs et je pourrois vous fournir encore bien des preuves que c'est le vrai, si je ne croyois pas vous intéresser d'avantage en vous parlant de la vertu antiseptique du chaibon pur.
Mde. de L, Qu'est-ce que cette v^rtu?
Mr. de P. Celle d'empêcher la pourriture. De* puis des siècles on savoit en France et en Italie que, lorsqu'on fait la soupe avec de la viande déjà un peu suspecte de pourriture, on lui enlève sur le champ To-» deur en y jeitant quelques charbons ardents, qu'on re-t tire en suite. Le célèbre Lowifz de Pétersburg a traité ce sujet en Chimiste et a prouvé que le charbon pur dés-» infecte non seulement la chair rnais aussi Teau puante, l'eâu de vie de mauvais goût, et les décolore même lors-» qu'elles sont teintes par i\cs matières putrides et autres. Cette propriété très salutaire du charbon pur sert même en Médecine non seulement pouç* les playes, rijqis aussi dans les cas d'haleine puante,
Mde, de L, Dieu merci que je ne suis pas dans ce cas! car je trouve qiie c'est une cure un peu héroïque qne d'avaler des charbions ardents* J'imagine qu'elle eiige une forte résignation.
Mr. de R. C'est un tour de force que je me souoerois peu d'apprendre.
Mr. de P. Que vous apprendriez sur le champ pour peu que je voulusse vous en prier.
Mr, de JR. Je vous assure bien le contraire.
Mr. de P. Voici le secret. On prend des charbons ardents, on les pile rapidement dans un mortier, où ils se refroidissent sur le champ et on les avale avec un peu d'eau, ou bien on les enferme bien soigneusement dans de petites bouteilles pour s'en servir dans l'occasion.
Mde. de L, (riant.) Pourquoi m'avez vous laissée croire qu'il fai;t avaler des charbons ardents?
Mr. de P. C'est monsieur de R. qui en est cause. Sa bravoure m'a .interrompu. Mais cet usage du charbon pur a encore une autre utilité bien plus importante. Bertholjet a' proposé de l'appliquer à la conservation de l'eau douce sur mer, Son procédé consiste à charbonner l'intérieur des tonneaux dans les quels on conserve l'eau, et l'excellent Krusenstern, le premier navigateur russe qui ait fait le tour du monde, a fait le premier cet essai et rammené après un voyage de 3 ans, deux tonneaux d'eau de laNewà qui s'est trouvée encore potable; ce qui prouve assurément beaucoup en faveur de ce procédé, l'eau de laNéwa étant l'eau encore potable la pips susceptible de pourriture que je connoisse.
Mr. de R. Ainsi voilà le grand problème. de se
procuer de Teau potable sur mer complettemenl résolu. Vive le charbon pur!
Mr. de P, J'ajoute: Vive sa propriété d'absorber les gaz, sur tout les gaz méphitiques et putrides! car c'est à cette propriété qu'il doit sa vertu antiseptique.
J'ai eu l'honneur de vous dire que plusieurs corps, de ceux qu'on nomme poreux, ont aussi la propriété absorbante. Nous devons au célèbre Théodore de Saussure quelques résultats intéressants sur différents bois, sur la laine, la soie, la chaux, le plâtre, l'écume de mer d'Espagne etc. Mais aucune de ces substances n'absorbe autant que le charbon de buis.
Puisque nous en sommes aux absorptions, passons à une autre espèce d'absorption, celle de l'eau par l'air, connue sous le nom cVévaporation de Veau, Elle est infiniment plus importante et intéressante que l'absorption des gaz par l'eau et les corps solides. Car c'est elle à qui nous devons tous les phénomènes de notre atmosphère qui ont influence sur le beau et le mauvais tems, la sécheresse et l'humidité, la pluie, U neige, les orages et même la foudre. La Physique de la terre nous instruira de l'immensité de ces efî'ets. Pour au-r ■jourd'hui nous eq rechercherons les causes et les lois, de même que celles de l'opération opposée, de la cprir densation des vapeurs,
Mde, de L, J(B me doute que cette matière serfi^ difficile.
Mr. de P. Elle Test en effet et je me sens rëelle-r ment embarassé quant à la manière dont je dois yous la présenter.
a36 SOIXANTE TROISIEME ENTRETIEN.
Mde. de h. Les opinions des Physiciens varient apparemment sur ce sujet.
Mr. de P. C'est la moindre des difBc'ultës. La plus grande est de concilier les fajts nombreux qui y ont rapport, et dont on tire tant de conclusions diverses.
La première observation, que tout le monde a faite, est qu'une portion d'eau exposée à Tair s'évapore insensiblement. La seconde est que cette evaporation se fait d'autant plus lentement que l'air et l'eau sont plus froids. La troisième est que l'eau chauffée seule à une plus haute température que l'air s'évapore plus vite, et le plus rapidement lorsque l'eau bout. Ce sont des faits connus de tout le monde. La Physique en ajouté de nouveaux dont quelques uns sont très surprenants.
Si l'on place un petit vase plein d'eau sous le récipient de la pompe pneumatique et qu'on fasse le vide, l'eau s'évapore 4 l'instant autant qu'elle peut s'évaporer daps l'espace fermé de la cloche. Et cette evaporation est précisément aussi grande que celle qui a lieu dans le piême espace plein d'air.
Mde. de L. Ainsi il suit de là que l'air n'est pas péce^saire à l'évaporation..
Mr, de P, Précisément, d'autant plus que Téva» poration dans la cloche pleine d'air se fait très lentement, et dans la cloche vide d'air presque instantanément. Bien plus l'évaporation de l'eau produit, comme vous savez déjà, une vapeur élastique. Eh bien! si l'évaporation a lieu dans un espace plein d'air, elle en augmente l'élasticité précisément d'une quantité égale à l'élasticité de la vapeur dans le vide, .si les températu-
SOIXANTE TROISIEME "ENRETIEN. 237
res sont égales dans Tune et Tautre expérience. Et cela a lieu pour toutes les températures. '
Ainsi Ton doit Juger que Tévaporation se fait non en vertu d'une action quelconque de l'air, mais par la chaleur. Dalton s'est rendu célèbre par plusieurs suites d'expérienoes nombreuses et délicates surTévaporaiion^ dont l'une^a pour but de trouver une formule qui donne la mesure de T^^lasticité de la vapeur à chaque température. C'est celle des deux baromètres dont il a été question dans le chapitre de la chaleur à l'article de la vapeur.
Vous savez, madame, que les vapeurs se condensent par le froid, ce dont vous vous assurez tous les Jours lorsque vous vous faites donner^ un verre d'eau froide dans votre chambre
Mr, de L. Qui n'est jamais froide.
Mr. de P. Et qui ne doit pas l'être pour cette expérience. Vous avez observé qu'alors la surface de yotre verre se ternit par une infinité de très petites gouttes d'eau. Le vulgaire croit que l'eau du gobelet suinte autravers de la masse du verre. Mais cela n'est pas; c'est la vapeur d'eau contenue dans l'air qui se condense et forme ces gouttes microscopiques. Si vous observez la température de l'eau du gobelet avec un thermomètre, vpus trouverez que cette température augmente petit-à-petit et que la vapeur condensée diminue et disparoit enfin longtems avant que la température de l'eau contenue dans le verre ait atteint le de« gré de celle de l'air ambiante
Mde, de L, J'aurois dru que la vapeur ne dispa-
roitroit totalement que lorsque les deux températures, celle de l'eau et celle de Tair, seroient égales.
Mr. deP* Cela auroit lieu, madame, si l'air contenoit le plus de vapeur possible ; car alors la moindre différence de température devroit infailliblement condenser une partie de cette vapeur. Mais comme l'air contient de règle à peine un tiers de la vapeur qu'il peut contenir à sa température ordinaire, il faut un surcroit de froid très marqué pour le refroidir au point où il ne pourroit plus contenir ce tiers de vapeur. Le célèbre Dalton s'est servi de ce phénomène avec beaucoup d'adresse pour trouver le degré d'élasticité de la vapeur contenue dans l'air, en observant à quelle température de l'eau dans le vase la vapeur de l'air commence à se condenser.
Mde. de L, Mais à quoi peut-il être utile de savoir qu'elle élasticité a la vapeur contenue dans Tair? Il me semble qu'il seroit plus utile de savoir combien de vapeur l'air contient.
Mr. de P, L'un npus mène à l'autre. jDalton a prouvé que la quantité de l'évaporation dans Tair est toujours proportionnelle à l'élasticité de cette vapeur. Si donc nous savons combien de vapeur un pied cube d'air peut contenir à une température donnée, vous voyez que nous trouverons la quantité de vapeur contenue dans l'air lorsque cette quantité sera au dessous du maximum, et cela par la connoissance de l'élasticité de cette vapeur*
Mdei de L. Je vous comprends. ^Mais avouez aussi que tout cela est bien lin j bien recherché.
Mr. de Pé Mais vous conviendrez aussi, madame,
qu'il n'en doh pas coûter peu de peine aux Physiciens pour deviner la Nature dans ses opérations (aussi délicates qu'immenses) qu'elle nous offre dans l'océan de notre atmosphère , où tout se fait presque insensiblement. Permettez moi d'ajouter que le célèbre Saussure, père, a déterminé le maximum de là quantité de vapeur contenue dans un pied cube d'air, > sous une pression barométrique de 27 pouces et une température de i5 degrés R,, et trouvé qu'elle est égale à 1 1 grains, poids de France, et que son élasticité est égale a uoe hauteur barométrique de 5â lignes. . Des recherches ultérieures ont depuis fixé le poids de cette vapeur à 12:1 grains.
Mde, de L, Voilà bien des faits qui tous prou- . vent que nous devons l'évaporation à la chaleur et la condensation de la vapeur au froid. Mais avant que vous en augmentiez le nombre (car je crains que ma pauvre tête ne puisse plus les contenir) veuillez nous expliquer ces phénomènes.
Mr, de P, Très volontiers . madame' Je ne puis mieux faire que de me soumettre en tout point à vos volontés^
L'acte de la vaporisation de l'eau et des liquides n'est pas autre chose qu'une dilatation qui surpasse toutes les bornes des dilatations connues dans les autres corps- Tous les faits que j'ai l'honneur de vous alléguer aujourd'hui prouvent que nous devons cette dilatation au calorique^ et si vous voulez bien vous souve«< nir que la formation de la vafpeur d'eau ^ soit à la tem-^ pérature de l'eau bouillante^ soit à une moindre température, consume une très grande quantité de chaleur.
qui reparoit dès que la vapeur se condense, il ne vous restera plus de doute sur ce point.
Quant à !a dissémination de la v'apeur dans l'espace, nous avons vu qu'elle se fait presque monientanëment dans le vide, et avec une extrême lenteur dans Tair; ce qui s'explique par la résistance mécanique de l'air, qui n'a pas lieu dans le vide et n'apporte par conséquent aucun obstacle à l'expansion de la vapeur, mais qui a lieu dans l'air et retarde parconséquent l'expansion et[par là la formation de la vapeur dans l'air.
Mr. de R. Je trouve cette théorie toute simple !
Mde, de L, Et moi de même. Pourquoi nous avez-vous donc effrayés en nous annonçant tant de difficultés?
' Mr, de L. Pour être d'autant plus sur de notre attention. Ce n'est pas la première fois que monsieur de P. nous a joué un pareil tour.
Mr. de P. Vous vous trompez, Général, et me faites tort.. Ce que je viens de vous présenter est à peu près l'explication que la plupart des Physiciens françois donnent de la formation et de la condensation de la vapeur, assurant que cette théorie, application simple de celle du calorique, suffit pour expliquer 'tous les faits qui se rapportent à ces deux grands phénomènes. Mais moi, et beaucoup d'autres Physiciens, au - nombre des quels il suffit de nommer Saussure le Père et De Luc, tout en adoptant la vérité des faits allégués, sommes d'un avis contraire. Je vous^ ai annoncé des faits surprenants et ceux que nous venons de traiter ne sont rien moins que cela ; car au besoin on pourroit les déduire tous de la théorie du calorique^ Il en est une
SOIXANTE TROISIEME ENTRBTZEir^ 24 1
quantité d'autres que nous devons consulter avant de hasarder une théorie. Mais avant d'entamer cette matière épineuse permettez moi de vous parler des hygro^ mètres.
Le Comte C. J'avou6 que j'étois étonné de les voir comme oubliésé
Mr, de P. Le besoin de connoitre la quantité d'eau contenue dans Patmosphère a fait inventer de bonne heure les hygromètres , et comme leur marche a beaucoup de rapport au beau et au mauvais tems^ cet instrument setrouvoit autrefois presque par tout, mais sous des formes très variées. Presque toutes les substances organiques se dessèchent dans un air sec et deviennent humides dans un air humide. Elles perdent Teau qu'elles contiennent ou attirent celle de l'atmosphère dans une certaine proportion, et il s'agit d'abord de rendre cette perte ou ce gain assez sensible pour obtenir des degrés, et en suite de déterminer la valeur de ces degrés* Le premier de ces deux problèmes se rapporte à la connoissance du beau ou du mauvais tems, de même qu'à la salubrité de l'air, le second au besoin du Physicien.
Un bout de corde de boyau ou toute antre substance végétale ou animale, contournée par la nature ou par Tart en forme de corde ou de fil^ résaut le premier problème. On fixe par ex: un morceau de corde de violon, long d'environ 2 pouces, par un de ses bouts perpendiculairement sur une petite planche, et l'on attache à l'autre bout une ai|;uillequi marchera par dessus un cadran divisé en un certain nombre de parties égales. Lorsqu'il fait humide la corde de violon se ^^ouflo et se
242 SOIXANTE TROISIEME ENTRETISK.
détord ce gui fait marcher Taignille dans un sens. Lors<c qu'il fait sec la corde se sèche et se retord , et Taiguille marche dans le sens contraire.
Mr. de G. Et si l'on prolonge l'aiguille des deux côtes, et si Ton place sur l'un des bouts une petite dame avec un parasol et sur l'autre un petit monsieur en manteau avec un grand chapeau détroussé , et si l'on bâtit sur tout Pappareil une petite maison à deux portes par l'une des quelles la dame sort et par l'autre le monsieur, il est clair que nous apprenons par là le tems qu'il fait ou qu'il fera • • • •
Mr. de P. Si nous plaçons ce joufou à Pair libre et non , cpmme d'ordinaire , dans la chambre.
Mais passons au vrai hygromètre. Deux grands Physiciens ^'Saussure et De Luc s'en sont occupés avec le plus grand soin et se sont querellés avec quelque ardeur à ce sujet. C'est à ces deux Savans célèbres , tous deux Suisses de nation, que nous devons presque tout ce que nous savons sur l'Hygrométrie, qui semble n'avoir pu naitre qu'en Suisse. Chacun d'eux a inventé un hygromètre, et comme leur marche s'est trouvée très difiPérente l'une l'autre on s'est disputé pour savoir !le quel des deux a la vraie.
Mr. de G. Sera-ce le cas des deux voleurs qui se battent pour leur proie tandis que le troisième la leur enlève?
Mr, de^P. Précisément. Mais n^anticipons pas. Je dois, avec la permission (le madame de L., vous décrire ces deux instrumens ; commençons par celui de Saussure. Ce que je vous dessine, AB DE (lig.g.) est un cadre de laiton, haut de lo à 12 pouces debout , sur trois pied^ dont l'un est
SÔIXAKTB TROISIEME ENTRETlÉ]?^ ^4$
en D et les deut autres en E. F est tine pince tixée à la barré \ F de sorte qu'on puisse la faire monter ou descendre à volonté au moyen d'une, vis. Cefte pince serre le bout d'un cheveu al?, fixé à la circonférence d'une légère poulie C et tendu par un petit poids G. La poulie porte une aiguille CI qui aboutit à un arc de cercle HL divisé en loo parties égales. L'humidité allonge le cheveu et fait parconséquent marcher Taiguille dans un sens ; la sécheresse le raccourcit et fait marcher l'aiguille dans le sens opposé* Ainsi l'aiguille indiqué l'humidité en joo degrés par les allongemeiis et les raccoiircissemens du cheveu, le point H étant celui de la plus grande humidité et le point L celui de la plus grande sécheresse. On trouve ces deux points fixes en enfermant l'instrument dans une caisse ou cloche de verre oii l'on fait évaporer de l'eau jusqu'à ce que l'aiguille n'avance plus. Puis on le retire, renouvelle l'air de la caisse, y place de nouveau l'instrument avec une bonne portion de chaux vive ou d'un autre alkali caustique, qui par son affinité pour l'eau dessèche l'air complertement. On y laisse l'instrument jusqu'à ce que l'aiguille n'avance plus. Cette dé* termination des points fixes dure plusieurs jours et exige beaucoup d'attention; et je dois vous observer encore que le cheveu doit subir une préparation pour devenir une bonne substance hygrométrique. Saussure le plonge pendant un certain tems dans une foible lessive dé soude pour lui enlever sa graisse naturelle qui le rendroit moint sensible à l'humidité.
Le mécanisme de l'hygromètre de De Luc ne diC fère pas essentiellement.de celui de Saussure^ quoique l'instrument soit beaucoup plus petit* Mais la substance
a44 SOIXANTE TROISIEME ENTRETIEN»
hygrométrique est à tous égards absolument diffërente. De Luc, qui, quoique Suisse, yivoit en Angleterre, Ta cherchée dans la mer. C'est une lame de baleine large d'environ ^ de ligne, épaisse d'environ ^% de ligne et longue de 3 à 4 pouces. Cette lame n'est pas prise sur la longueur, mais sur la largeur de la baleine, en sorte qu'elle offre un tissu de traverses fibreuses comme la figure que j'ai l'honneur de vous dessiner (fig. lo.) Ces fibres sont fointes par un gluten quelconque qui résiste à l'action chimique de l'eau quoiqu'il se gonfle par l'humidité et se resserre par la sécheresse. *
Ces dejux sujets. hygrométriques diff^èrent essentiellement Pun de Tautre par leur structure; aussi leur marche n'est-elle nullement harmonique, et De Luc prétend que tout sujet hygrométrique à fibres longitu* dinales ne vaut rien et qu'on ne doit employer que des fibres transversales.
Mde, de L Ce principe de De Luc est-il juste ?
Mr. de P* Voici le moment de faire paroitre le troisième voleur, et ce troisième voleur c'est moi-même. De Luc reproche à l'hygromètre à cheveu d'avoir près du point de la plus grande humidité une marche retrogradey en sorte qu'il se raccourcit quoique l'humidité augmente, défaut analogue à celui des thermomètres près du point de la congélation de la liqueur. Saussure n'a jamais pu disculper entièrement son instrument de ce défaut qui s'étend proprement sur toute l'échelle hygrométrique, comme celui des thermomètres. La baleine n'a pas ce défaut et c'est ce qui faisoit triompher De Lyc. Mais d'un autre coté le cheven a sur là baleine le grand avantage d'une extrême sensibilité.
SOIXANTE TROISIEME ENTRETIEIT. S45
Lie Comte C. J'avoue que je ne vois pas comment le cheveu peut avoir une marche rétrograde, quoique je conçoive qu'il puisse avoir une marche non propôr-» tionnée à la quantité d'humidité contenue dans Pair. C'est comme si un thermomètre devoit rebrousser chemin en s'échaufiPant davantage, ce qui me paroit impossible.
Mr. de P. De Luc n'a pas expliqué ce fait et s'est contenté de l'avoir constaté. Essayons de deviner l'énigme.
Le cheveu est un fin tube d'une masse qui ressemble beaucoup à la résine élastique, et s'il n'étoit composé que de cette masse,' je ne concevrois pas non plus sa marche rétrograde. Mais il est en outre pénétré d'une espèce de gomme ou de gélatine qui est sensible pour l'humidité , très peu à de hauts degrés de sécheresse, très fort à de hauts degrés d'humidité. Ainsi le cheveu nous ofire deux substances hygrométriques dans son tissu, dont l'une s'allonge apparemment avec régularité* L'autre par contre, semée dans toute la masse de la première, est susceptible d'une bien plus grande dilatation. Cette dilatation a lieu en longueur et en largeur, deux effets opposés l'un à l'autre, l'augmentation de diamètre produisant un raccourcissement. Imaginez que le cheveu soit à présent au plus haut degré de sécheresse et que l'air ambiant gagné petit à petit en humidité. Le cheveu s'allongera en vertu de l'action hygrométrique sur la résine élastique et se raccourcira de très peu en vertu' de l'action de Thumidité sur la gélatine. Si ces deux actions croissoient suivant la même loi , alors la marche de l'instrument seroit régulière.
Mais comme l'eiFet de rhumidité sur la gélatine est presque insensible à de grands degrés de sécheresse et très fort à de grands degrés d'humidité, il est clair que la marche du cheveu doit être très irrégulière, et quiconque a observé de combien la colle et d'autres gelées se gonflent vers les derniers degrés d'humiditë, concevra qu'à ces degrés le raccourcissement produit par le^onflcment peut surpasser rallongement.
Le Comte C\ Je ne puis rien objecter contre cette explication ; mais j*avoue qu'elle fne paroit au peu
recherchée, i
Mr, de L, C'est une subtilité qui ne m'accommode pas non plus. . • *
., Mr.deP, Il faudra cependant, Général, que vous yous en accommodiez, et ce sera Saussure lui-même qui vous j forcera. Il raconte ingénument que lorsqu'il lessive sop cheveu trpp fortement, il devient moins sensible pour Thuipidité en même tems qu'il devient susceptible de s'allonger davantage; il dit en outre que le cheveu, qui ^ été très longtems dans un air très sec devient également moins sensible (l'aiguille marche lentement) et que pour lui rendre toute sa sensibilité il faut le plaçef* pendant une demie heure dans un air très humide.
Le Comte C Cette dernière observation se rapporte parfaitement aux différents degrés de sensibilité. de la gélatine selon qu'elle est déjà plus ou moins huinide. Mais je n'entrevois p^s encore le rapport du premier fait avep l'explication.
Mr. de P^ Le voici: La soude qui sert à dégraisser le (chereu i| encore un autre effet; elle dissout la
SOIXANTE TROISIÈME B W T KKi ' IKN> ^4?
gAttine et Tenlève en partie. Si on lui laissoit le tenit deTenle^er toute, le cheveu nesubiroitplus deraccourc^iftsement et Téchelle hygrométrique obtiendroit son maximum de longueur; et voilà pourquoi une trop forte let^rve» ou une foible lessive appliquée trop longtems^ produit une échelle iin peu plus longue, ma\$ diminue en même tems la sensibilité de l'instrument*
Le Comte C. Me voilà convaincu; mais qu'ob* jectez-votts contre le sujet hygrométrique de De Luc?
Mr, de P. Qu'il est également composé de deux substances , la fibre et le gluten , dont chacune à appa* remment sa marche hygrométrique différente de celle de l'autre et que parcoqséquent la marche totale est irrégulière. J'objecte en outre que cette marche est très lente et que cette lenteur dérange très fort le Physicien dans toutes les expériences où l'humidité de l'air à mesurer varie dans de courts espaces de tems.
Mr* de L, Vous nous avez promis une troisième substance hygrométrique de votre façon, et j'espère que vous tiendrez parole.
Mr, de P, Cette troisième est tout simplement la soie. Je substitue au cheveu de Saussure un fil non tordu composé d'une cinquantaine de. fils simples de cocon. Comme chacun de ces brins est plus fin qu'un cheveu vous jugerez aisément que cet hygromètre doit être aussi sensible que celui de Saussure; et comme la soie n'est pas autre chose qu'un cylindre très homogène d'une seule et même matière, une espèce de résine élastique, sa marche doit être régulière ou du moins sujette à une loi constante. En effet je l'ai trouvée tenir un certain milieu entre celle du cheveu et
Mais comme TeiFet de Thumidité sur la gt^latine est presque insensible à de grands degrés de sécheresse et très fort à de grands degrés d'humidité, il est clair que la marche du cheveu doit être très irrégulière, et quiconque a observé de combien la colle et d'autres gelées se gonflent vers les derniers degrés d'humiditë, concevra qu'à ces degrés le raccourcissement produit par le^pnllcment peut surpasser l'allongement*
Le Comte C Je ne puis rien objecter contre cette explication ; mais j'avoue qu'elle pe paroit au peu recherchée, i
Mr. de L. C'est une subtilité qui ne m'accom-* mode pas non plus. . •
., . Mr.deP. Il faudra cependant, Général, que vous yous en accommodiez, et ce sera Saussure lui-même gui vous j forcera. Il raconte ingénument que lorsqu'il lessive sop cheveu trop fortement, il devient moins sensible pour l'huipidité en même tems qu'il devient susceptible de s'allonger davantage; il dit en outre que le cheveu, qui ^. vté très longtems dans un air très sec devient également moins sensible (l'aiguille marche lentement) et que pour lui rendre toute sa sensibilité il faut le place;* pendant une demie heure dans un air très humide.
Le Comte C Cette dernière observation se rapporte parfaitement aux différents degrés de sensibilité. de la gélatine selon qu^elie est déjà plus ou moins huinide. Mais je n'entrevois pas encore le rapport du premier fait âvep l'explication.
Mr. de P^ Le voici: La soude qui sert à dégraisser le (chereu i| encore un autre effet; elle dissout la
SOIXANTE TROISIÈME ENTIŒTIEK* !247
gélatine et Tenlève en partie. Si on lui laissoit le temt deTenlever toute, le cheveu ne>subiroitplus de raccourcissement et l'échelle hygrométrique obtiendroit son maximum de longueur; et voilà pourquoi une trop forte lessive 9 ou une foible lessive appliquée trop longtems^ produit une échelle iin peu plus longue, ma\$ diminue en même tems la sensibilité de l'instrument*
Le Comte C. Me voilà convaincu; mais qu'obfectez-vous contre le sujet hygrométrique de De Luc?
Mr. de P, Qu'il est également composé de deux substances, la fibre et le gluten, dont chacune à apparemment sa marche hygrométrique différente de celle de l'autre et que parcoméquent la marche totale est irrégulière. J'objecte en outre que cette marche est très lente et que cette lenteur dérange très fort le Physicien dans toutes les expériences où l'humidité de l'air à mesurer varie dans de courts espaces de tems.
Mr, de L, Vous nous ayez promis une troisième substance hygrométrique de votre façon, et j'espère que vous tiendrez parole.
Mr, de P. ,Cette troisième est tout simplement la soie. Je substitue au cheveu de Saussure un fil non tordu composé d'une cinquantaine de. fils simples de cocon. Comme chacun de ces brins est plus fin ' qu'un cheveu vous jugerez aisément que cet hygromètre doit être aussi sensible que celui de Saussure; et comme la soie n'est pas autre chose qu'un cylindre très homogène d'une seule et même matière, une espèce de résine élastique, sa marche doit être régulière ou du moins sujette à une loi constante. En effet je l'ai trou* vée tenir un certain milieu entre celle du cheveu et
SOIXAMTB TROISIÂMB ENTRËTIfiN*
celle de la baleine. D'autres occupations ne m'ont pas permis de youer à cet hygromètre un travail tel que Saussure et Gay-Lussac en ont voue à l^hygromètre à cheveu pour apprendre à connoitre par les degrés de cet instrument le degré d^^lasticité et la quantité de vapeur contenue dans une portion d'air, travail nécessaire pour introduire ce nouveau sujet hygrométrique dans la classe des instrumens de Physique.
En attendant que je trouve ce loisir passons le reste de notre soirée à nous amuser. Madame de L. ne sera pas fâchée de cette proposition.
Mde. de L. Surtout si je me souviens que toui nous avez annoncé de grandes difficultés dans ce qui suivra.
SoiXAira'E QUATRIÉMIE ENTRETIEIf.
IVlde. de L, Je vais concentrer mon attention le mieux que je pourrai pour comprendre la théorie si difficile de Tévaporation à qui nous devons tant de phénomènes importants de notre atmosphère. '■'''
Mr. de P. Les difficultés de* cette théorie, madame, sont pour les Physiciens, pas ^ pour vous*' Jet ferai de mon mieux pour vous offrir les théories où plutôt les hypothèses que nous avons sur ce phénomène si important avec quelque de clarté. 'Mais le choix voa^ paroitra peut-être difficile. :, . : o
- - Je comfhence par un phénomène 'Singulier. Placez un hygromètre quelconque dans la vapeur de Teau boiiiL-> hnte et qui a la teippérature de l'eau bouillante. Tout seira transparent et Th^ygromètre arrivera au maximum <-tde sécheresse.
Mr. de R. Cela est vraiment étonnant i'aurois oru au maximum d'humidité.
Mr. de P. Il en est de même pour tous les degrés de température, pourvu que l'espace iiprinë ne contienne pas d'air et pas plus de vapeur qu'il ne peut en exister à raison de la température. Nott#
^SO SOIXANTE QUÀTRiâMB ENTRETIEN.
concluons, de là qu'il peut exister beaucoup de va* peur dans un espace donné sans que Thygromètre nous avertisse de son existence , et que la vapeur que cet instrument nous y annonce est celle qui s'y trouve au dessus de ce point; c'est pourquoi les Physiciens allemands nomment ce surplus Wu hygrométrique.
Mn de V. Pourquoi ne pas la nommer vapeur hygrométrique?
Mr. de P, Par ce que cette eau n'a plus la forme de vapeur parfaite, mais est en partie condensée et forme de très petites bulles dont l'enveloppe est de Teauli* quide. Quand ces bulles ont acquis un diamètre çensiT ble elles obscurcissent l'air, forment les brouillards et lei nuées.
4/r* de R* Ainsi les nuées sont de^ Millions , des billions 9 des trillions de petits balons aérostatique^,
. Mr. de P. Assurément. Saussure le$ a ob$^vée$ avec soin sur la cime, de ses montagnes, a trouvé qu'elr^ les:;aoni; de différentes ^osseurs et que. l^s moyenne» ont environ j^ de ligne pour diamètre* .
Mr. de -S. Quelle finesse prodigieuse ! Gela doit être intéressant à observer.
Mr. de P. Vous^ pouvez vous procurer ce plaisir chaque matin au moment où vous vjersez vocre caS^é^ bouillant dans votre tasse. Vous voyez s'en élever jUA' brouillard. £h bien! contemplez ce brouillard avec une loupe et vous distinguerez facilement ces petits ballon»; vous les verrez monter et descendre et remonter^ puis se dissiper dans l'air.
.\Mr.deT. J'avoue que ma Mécanique ne voit goutte à cela* Cette pellicule d'eau, quelque mince
qu'elle soir, est pourtant 800 fois plus pesante que Tair, et je me souviens très bien que les bulles de savon que je fâisois dans mon enfance montoient d'abord par ce que Tair de mes poumons étoit plus chaud que Tair ex« térieur (c'étoient de vraies montgolfières) mais elles re* tqmboient aussi dès que cet air qui les gonfloit s' étoit refroidi. Gomment de pareilles bulles peuvent-elles se soutenir dans Tair et cela à de grands hauteurs où la pesanteur spécifique de l'atmosphère est bien plus petite que dans nos régions inférieures ?
Mr, de P. Vous me proposez un problème qui a paru longtems difficile à résoudre. Je crois pouvoir m'en tirer assez lestement. La vapeur qui se forme est» à l'instant de sa formation, au moment où elle quitte le liquide, un fluide élastique, homogène, aussi transparent qu'un gaz. Dès qu'elle arrive dans un milieu un peu plus froid elle se condense et il se forme des gouttes imperceptibles. Mais vous savez que la condensation de la vapeur produit une grande quantité de cha« leur, dont une partie se perd au dehors de la petite goutte, l'autre produit de nouvelle vapeur dans son intérieur; ainsi ces petits ballons aérostatiques sont remplis de vapeur 9 c. à. d. d'un fluide élastique plus léfger que l'air. Vous concevez par là que ces bulles ou petits ballons doivent pouvoir flotter dans Tatmosphète, et même qu'ils le pourroient à de bien plus grandes hau? teurs que la région moyenne des nuages, puisque la pres<« sion que l'air exerce sur chacun d'eux diminue avec la densité et que parconséquent ces petits ballons augnient en diamètre en s'élevant. Mais cette élévation les conduit dans des régions toujours moins chaudesi CQ
a54 SOIXANTE QUATRIEME ENTRBTinr.
vation que, les 2a ou 23 p. c. d'oxigène étant absorbas, Tëlasticité du gaz azote restant a. diminua également de aa à a3 P* c. et que parcônséquent Teau contenue auparavant dans le tout devroit se vaporiser complettement dans le résidu d'air, conformément à la loi de Dalton qui nou^dit qu'un vide se remplit précisément d'autant de vapeur qu'un espace plein d'air à la même température; ce qui doit vous paroitre évident par l'expérience de la pompe pneumatique,
Mde» de L. Qu'elle expérience entendez- vous?
Mr.de P. Celle où, après avoir fait évaporer l'eau dans le vide, oti fait rentrer subitement l'air. Il se précipite sur le champ de la vapeur sur la surface intérieure de la cloche , par ce que l'air qui entre apporte une portion considérable d'autre vapeur qui ne trouve plus de place, le vide d'air en contenant déjà autant que l'espace plein d'air peut en contenir.
Le Comte C\ Je n'avoîs pas songé à cela , et j'avoue que je ne conçois rien à cette précipitation de la vapeur par l'action de l'amalgame sur l'oxigène.
Mr* de P. Toutes les désoxidations de l'air atmosphérique produisent le même effet. Mais voici un autre fait non moins important. L'eau gelée, la glace en morceaux, s'évapore, perd très sensiblement en poids à une température de i5 à 20 degrés au dessous du point de congélation. Peut -on adjuger cet effet au calorique qui à la température de la congélation n'est pas en état de fondre un atome de glace, sur tout si l'on se souvient que l'évaporation, absorbe 447 degrés R. au dessus du point de congélation?
Mr, de L. Pour cette fois je vais me mettre sur les
qCATHXEXB OrXBZXSBL J(Q^
c£ wfzuB aire nne ob''ectcoa. Je £s: tout sus»
^as je oIoriiTTxe se crouTe poor Tacorâ;;r Tena À
tonpéracire hxensa dessoos da J**^rê ie Teju bctul—
• il se TToaTfsn joan pour tnn^cbruir? Tj ^foctî tm
de !a wapcrîser. et 'ro de^^'s irf p/us ..^u va?
4qr BedaÊrent pas rernire r^cencroa impo»-*
'; ce s ooas ne votoos pjs !a f^ace se coa^rr i'
. c'est que. lies cu'Ll *«i est .oacu oa TaiieTf:.
Jfr. iff P. Cette oh'*ectioa «t très speci^nxs:». 0«i^ . mac» pas uimfee. P'lJçoos oa mon^fitu ie ^'«lOf TjM, bailoa bien fâmit^. sieixi sTû «ju aoa.. ^c et-i* le a on âraid de ij de^rfs^ La z'.acv ie ,Vaci\i!» t-cQe (isiB œ halloa?
Jlfi*. ^ £• Sur^mesit pas.
JK". tiif P. y«i:s aa. Tert;i de vccre cc-Vctioa «fi Te devraic se raodre ec ceia -f :jis pÎTis rite çu ■?• e ai? >•** a Tair lîhre. Gir îorî»<j'ie le !:ai «:u ccaceuc la 73peur '^'il peut Cî^aceoir* !a z^jcï* a a IViiii tm u uis i* - vip c rer. AÏHsi I e caiofit^iie ein ;: fc v« j a g»fc-. a aire évaisorer ace oartie ie iface ;Vadu«,'* ieccnciiiuer i fjcdre la jiace.si uat esc qj. li xicccut-
■iCBce a la facdre po^r :a ir-jpi:riser: et duos !e uit^oie
«lû Le zia^ca j perda par «s : 6 ^iins de $ca roitEs ft Tair libr**. il devra perdre dass Le bdilca >f ^iuis par fe&isel aa La fjcte.
J{\ itf £. Afasî Tccs îC» ^«suacê cçu a 'a ??ni* fésaiure eu la jiace se 5jad! pas rivaporacica a est pas
Jf/-. irf P. ELLe est imgossiîsie par F effet du calagfi p i f. , Et c'est ime des pias ifact» preuve» contre la
suite des expériences deDalton qui prétend que la glace s'évapore dans le vide et produit une vapeur dont l'élasticité est égale à une colonne de mercure de ^ de pouce anglois»
Le Comte C* Ces expériences de Dalton sont très célèbres et généralement adoptées,
Mr* de P. Je le sais. Mais, sans compter plu* sieurs fautes que Dalton a commises dans ces expériences, il suffit de considérer la formule générale que la série de ses résultats livre. Elle est telle, cette formule, que le maximum d'élasticité de la vapeur se trouve à i8o dégrés R.; et à 360 degrés de nouveau égale à une colonne de mercure de ,% de pouce comme au point de congélation, et à une trentaine degrés plus haut cette élasticité est réduite à zéro et devient ensuite négative. Or qu'est-ce qu'une vapeur d'une élasticité négative? Une idée absurde en soi.
Mde de L, Je ne comprends rien à vos formules. Mais ce que je conçois parfaitement, c'est qu'une augmentation de chaleur ne peut pas diminuer l'élasticité de la vapeur.
Mr. df P. Et la Nature nous le prouve bien dans les volcans où la température monte au moins à i^oo degrés R. et où la vapeur est l'agent tout-puissant qui élève des colonnes de lave de plus de 6000 toises de hauteur; ce qui répond à une élasticité plus de4ooofois plus grande que la pression de notre atmosphèi'e, tandis que, d'après les expériences de Dalton, cette élasticité devroit être bien moindre que rien.
Mr. de T. Personne n'a «t- il donc fait d'autres expériences sur cette loi si iiiiportante de l'augmenta-
tion de IVIasticité de la vapeur par Taugmcntaiion delà chaleur?
Mr. de P. Assurément; mais comme elles sont très df^lxcates elles ont réussi très rarement. Les meilleures sont celles du trop peu célèbre Schmicit, professeur à l'Université de Giefsen, selon les quelles à la température o Télasticité des vapeurs est nulle, et les élasticités ultérieures croissent avec l'augmentation de chaleur sans jamais décroitre. Ce sont celles dont je me sers lorsque j'ai des calculs de ce genre à faire. On paroit ignorer en France et en Angleterre cette belle suite d'expériences et la formule de Schmidt.
J'ai du vous instruire de tous ces faits importants afin de pouvoir vous exposer les différentes hypothèses qu'on a imaginées pour expliquer le mécanisme de la formation et de la condensation des vapeurs. Passons à piésent à ces hypothèses.
On a cru longtems que l'influence de la chaleur sur Tean et sur Tair suflisoit pour résoudre cet important problème. C'est au milieu du. i8e siècle que Le Roi éleva les premiers doutes contre cette hypothèse et essaya de poser en fait que Tévaporation de l'eau n'est autre chose qu'une solution de Teau dans l'air et que la chaleur ne fait qu'augmenter ou diminuer la faculté de l'air de dissoudre de Teau. Cette hypothèse dut tomber dès que l'on apprit que l'eau s'évapore dans ïe vide et cela beaucoup plus rapidement que dans l'air.
Saussure fut le premier qui traita ce sujet en vrai Physicien. Il reconnoit la nécessité d'assigner au calorique la formation de la vapeur; mais il admet en même tems que l'air dissout la vapeur formée par le calorique,
252 80IXAJNTB QUÀTKléMB É19TRTIEN.
qui fait que la yapeut se condense de plus en plus et qu'enfin ils doivent arrivera une région où ils ne peuvent plus monter. Si donc le milieu où ils se trouvent se réchauffe par quelque raison que ce soit, leur diaikiètre augmentera et qjjacun deux s'élèvera; si au contraire cette région se refroidit ^ ils doivent se rétrécir et •^abaisser.
Mr. de T. M'y voilà et je conçois que, si le réfroilissemçnt est assez fort pour condenser toute laVàpeur de ces petits ballons, le nuage se répande en piqie.
Mr.de'P. Ainsi vous imaginez, monsieur <ïeT,| que la pluie soit si facile à faire? Croyez-vous que les versées que les orages nous livrent si souvent soient expliqués par là? Ecoutons De Luc sur ce chapitre. Pendant un de ses voyages aux Alpes il se trouyoit un four au sommet du Buet avec ses instrumens dans la région des nuées. Son thermomètre indiquoit 6 degrés R. au dessus de zéro ; son hygromètre étoit à 33 degrés, ce qui annopçoit'plus de sécheresse que nous n'en avons d^ordinaire pendant le beau tems dans la plaine. Le Ciel étoit clair et serein, Tout-à^coup il se forme dans la région où il se trouvoit de gros nuages orageux qui versent une pluie si abondante qu'il arriva tout percé à son gltp. Et ce qui vous étonnera , c'est que son thermomètre ne lui avoit pas annoncé le moindre changement de température, Expliquerez-vous cette formation subite du nuage et de la pluie par la théorie de la chaleur f
Mr. de T. J'abandonne ce soin à qui voudra s'en charger*
SOIXANTE QUATRIEME ENHVYEIEK. ^53
Mr. de P. Passons à d'autres expériences. Prenons deux ballons de verre ^ Tun plein d'air très sec et l'autre plein d'air très humide mais de même élasticité, ' joignons leurs ouvertures par un robinet qui ferme tout accès à l'air extérieur, et plaçons les debout l'un au dessus de Vautre , l'air sec en bas. Au bout d^un certain tems il se trouvera que l'humidité s'est partagée entre ces deux portions d'air. Si dans l'un des deux ballons vous avez du gaz oxigène presque saturé d'humidité et dans l'autre du gaz azote presque sec, les deux gaz se mêleront et la vapeur passera de l'un des deux ballons à l'autre et se précipitera en partie sur les parois du ballon, quoique par ce mélange des deux gaz la température a du s'élever.
Autre fait: Je crois vous avoir parlé, à l'article de l'Eudiométrie, de l'amalgame qu'on emploie pour dé- -composer l'air atmosphérique. On voit pendant cette décomposition l'amalgame se mouiller et tracer les empreintes de cette humidité sur toutes les parois intérieures delà phiole dans la quelle on le secoue pour accélërer l'opération eudiométrique. Et cette décharge d'eau n'a pas lieu à raison d'un refroidissement quelconque; caries mains de l'expérimentateur et la combinaison de l'oxigène avec l'amalgame doivent augmenter la température du gaz.
Le Comte C. Permettez moi de vous observer que, comme cette oxidation diminue la masse d'air, il est naturel que l'humidité, contenue auparavant dans cette portion d'air, ait été précipitée, le reste de l'air ne pouvant plus la contenir.
Mr., de P. Permettes moi d'ajouter à cette obser-
a54 SOIXANTE QUATRIÈME ENTRETirN.
vation que, les 2a ou 23 p* c. d'oxigène étant absorbas, Tëlasticité du gaz azote restant a. diminua également de aa à a3 p- c* ^t que parconséquent Teau contenue auparavant dans le tout devroit se vaporiser complettement dans le résidu d'air, conformément à la loi de Dalton qui nou^dit qu'un vide se remplit précisément d'autant de vapeur qu'un espace plein d'air à la même température ; ce qui doit vous paroitre évident par l'expérience de la pompe pneumatique.
Mde. de L. Qu'elle expérience entendez- vous?
Mr. de P. Celle où, après avoir fait évaporer l'eau dans le vide, oti fait rentrer subitement l'air. Il se pr^ cipite sur le champ de la vapeur sur la surface intérieure de la cloche, par ce que l'air qui entre apporte une portion considérable d'autre vapeur qui ne trouve plus de place, le vide d'air en contenant déjà autant que l'espace plein d'air peut en contenir.
Le Comte C. Je n'avois pas songé à cela , et fayoue que je ne conçois rien à cette précipitation de la vapeur par l'action de l'amalgame sur l'oxigène.
Mr. de P. Toutes les désoxidations de l'air atmosphérique produisent le même effet. Mais voici un autre fait non moins important. L'eau gelée, la glace en morceaux, s'évapore, perd très sensiblement en poids à une température de i5 à 20 degrés au dessous du point de congélation. Peut -on adjuger cet effet au calorique qui à la température de la congélation n'est pas en état de fondre un atome de glace, sur tout si l'on se souvient que l'évaporation absorbe 447 degrés R. au dessus du point de congélation?
Mr. de L. Pour cette fois je vais me mettre sur \e%
rangs et vous faire une objection. Je dis: tout aussi bien que le calorique se trouve pour vaporiser Teau à une température bien au dessous du degré de Teau bouillante, il se trouvera aussi pour transformer la glace en eau avant de la vaporiser, et 60 degrés de plus ou de moins sur 44? ^^ doivent pas rendre Topération impossible; et si nous ne voyons pas la glace se couvrir d'une pellicule d'eau , c'est que, dès qu'il s'en est fondu un atome, l'évaporation l'enlève.
Mr. deP* Cette objection est très spécieuse, Général , mais pas fondée. Plaçons un morceau de glace dans un ballon bien fermé , plein d'air ou non , et exposons le à un froid de j5 degrés. La glace se fondra* t-elie dans ce ballon?
Mr. de L. Sûrement pas.
Mr. de P. Mais en vertu de votre objection elle devroit se fondre et cela yf fois plus vîte qu'elle ne s'évapore à l'air libre. Car lorsque le ballon contient toute la vapeur qu'il peut contenir, la glace ou l'eau ne peut plus s'évaporer. Ainsi le calorique employé auparavant à faire évaporer une partie de glace fondue, devra continuer à fondre la glace, si tant est qu'il aitcom-^ mencé à la fondre pour la vaporiser ; et dans le même tems où le glaçon a perdu par ex : 6 grains de son poids à l'air libre, il devra perdre dans le ballon 44 grains par le dégel ou la fonte.
Mr. de L. Ainsi vous êtes persuadé qu'à la tem«» pérature où la glace ne fond pas l'évaporation n'est pa^ possible.
Mr. de P. Elle est impossible par l'effet du calorique. Et c'est une des plus fortes preuves contre la
SÔa SOIXANTE QUATRIEME ENTRTIEN.
aussi longteius que Téquillibre n'est pas rompu, n'est donc pas f effet d'une cause mécanique queteonque et doit être par conséquent celui de Taffînité. Lorsque nous traiterons la Physique de la Terre nous retrouve^o rons ces couches tranquilles de vapeur au fond de l'océan atmosphérique comme nous venons de les voir au fond de la petite atmosphère de notre cloche.
Le Comte C, Ces cunsidérations prouvent qu'il faut y regarder de près pour ejuipliquer les phénomènes de Tévaporation,
Mr. de P. Jettons-à présent un coup-d'oeil sur quelques uns des phénomènes que j'ai eu l'honneur de vous présenter aujourd'hui, et commençons par celui des deux flacons dont l'un est plein d'air sec et l'autre d'air très humide, celui là au dessous de celui-ci. Les 4eux gaz ont la même température et la même élasticité. Le plus léger des deux, l'humide, se trouve en haut» Ainsi il n'existe aucune force mécanique qui fasse mar<cher la vapeur de l'un dans l'autre. £t cependant cette marche a lieu. Ainsi elle ne peut être produite que par l'affipité. Ajoutez à ce phénomène celui dî l'évaporation de la glace, qui, comme je crois l'avoir prouvé, ne- peut aucunement s'expliquer par l'iaction du calorique, mais s'explique très aisément par l'affinité de l'air pour l'eau; la glaice se fond dans l'air comme le sucre dans l'eau.
Le Comte C. J'avoue qu'on est forcé de reconnoitre l'influence de l'affinité qui existe entre l'air et l'eau, et comme aucune propriété de H matière ne peut être inactiye, nous devons faire entrer celle -> là dans l'explication des phénomènes en question.
Mr. de P. Si vqus êtes tous de cet avis nous pouvons allef plus loin. Dans notre entretien sur l'absorp* , tion des gaz par Teau nous^vpns vu que la quantité de cette absorption varie considérablement d'un gaz à Tau- Ire, et nommément que le gaz oxigène est absorbé plus considérablement que le gaz azote, dans la proportion de -Ij à ^ ou d'environ 2y à i. Ainsi nous devons admettre que le gaz oxigène a 2| Fois plus «l*affinité pour Teau que le gaz azote : nouvelle preuve du rôle important que l'affinité joue dans l'acte de l'éyaporation.
Mde. de L, Cela me paroit sans réplique.
Mi\ de P. Je dois cependant vous présenter une forte objection qu'on a faite contre cette prééminence du gaz oxigène, tirée des expériences de Clément et Désormes, qui ont pour but de déterminer la quantité de vapeur aqueuse que différents gaz peuvent contenir. Le résultat de ces expériences est que, à y^ près, l'air atmosphérique, les gaz oxigène, hydrogène, azote et acide carbonique se chargent d'une quantité égale de .vapeur. Pour assigner à ces résultats leur vraie valeur examinons la manière dont les expériences ont été faites. On a fait passer ces gaz dans leur état ordinaire au travers d'une masse d'eau pour les saturer de vapeur, et de là on les a fait traverser une portion de muriate de chaux placé dans un gros tube de verre pour forcer ces gaz à abandonner leur vapeur au muriaté^dont l'augmentation de poids a servi de mesure pour la portion de vapeur d'eau dont ces gaz avoient été saturés. Mais ce simple passage ne suffit ni pour saturer les gaz ni pour leur enlever toute l'eau qu'ils contiennent, et a du parconséquent fournir des résultats trop petits. C'est
a64 SOIXANTE <JUATJIIÈÎME EÎTrilETUEir.
ce qui se conGrme par la comparaison de ces résultets avec ceux de Saussure. Clément et Désormes ont obtenu pour l'air atmosphérique un peu moins de 6 grains à une température de |i degrés R., tandis que l'expérience corrigée de Saussure donne plus de 12^ grains à la température de 15 degrés R. par pied cube de gaa. Si Ton fait la correction pour la température, le calcul indique que les ^eux Chimistes iVançois auroient du obtenir gi grains pour Taii atmosphérique. Ainsi ces expériences' ne sont rien moin^ que concluantes et notre thèse sur Taffinité des gaz et de la vapeur n'(?n est nullement àfFoiblie. '
Ajoutons enfin à tous ces faits les désoxidations de l'air atmosphérique (sur tout celle que produit Tamalgame) et la précipitation de vapeur qu*elles causent, quoique la dilatation du gaz azote qui reste dût forcer ce gaz à se charger de la vapeur que Toxigène contenoit auparavant, et il ne restera aucun doute sur la propriété qu'a le gaz oxigène de se saturer de beaucoup plus d*eau que le gaz azote.
A la suite de ces principes je considère l'air atmosphérique à une température au dessus de zéro comme imprégné de deu:^ espèces de vapeur diaphane, produites Tune et l'autre par 1^ chaleur, mais dont Tupe n'est pas encore combinée avec les gaz oxigène et azote par l'affinité physique, par ce que cette affinité n'agit que très lentement, et dont l'autre est déjà combinée. Je nomme la première espèce vapeur physique, la seconde vapeur chimique et les vésicules qui forment les nuages vapeur vésicuLaire^ L'air mis en contact avec de la glace à une température au dessous du point de congélation ne peut
contenir que de la vapeur chimique. L'hygromètre n'a de prise que sur la vapeur physique et vésiculaire; et la vapeur chimique ne peut être enlevée à Tair que par un autre agent chimique qui attaque directement l'eau va-* porisée , tel que le muriate de soude, les alkalis causti* ques, l'acide sulfurique etc., ou précipitée par une décomposition chimique de Tair qui ravit à ce gaz sonoxigène.
Ce système, . que j'ai composé sur les débris de celui de Saussure que Ton avoit cru écraser, suffit à l'explication de tous les faits que nous avons eus hier et aujourd'hui, et nous servira avec facilité à nous retrouver dans le labyrinthe des phénomènes météorologiques, lorsque nous en viendrons à cette partie intéressante de la^Physique de la terre.
Le Comte C. Je crois qu'en eflFet ce triple état des vapeurs rapporté à deux causes très différentes l'une de l'autre, le calorique et Tafiinité, doit fournir bien plu» de ressources pour l'explication de ces phénomènes q^ue le calorique seul.
Mr, de P. Surtout si nous n'oublions pas que le calorique inffue sur Tintensiié de toutes lés affinités et parconséquent aussi sur celles-là.
Je crois, madame, vous avoir entretenu assez longuement sur révaporatiou , et que vous me permettrez de passer demain à un autre procès c^iinicrue que vou^ me saurez sûrement gré de traiter.
Soixante cinquième entretien.
JVlr. de P. Il est un procès chimique bien surprenant (si ce que nous voyons tous les jours pouvoit encore nous surprendre) qui dans nos longues soirées remplace en quelque sorte Pastre du jour par la lumière artifi» cielle qu'il nous offre, qui au milieu des frimats fait dis* paroitre la rigueur des hjyers en dévoloppant dans nos poêles une chaleur bienfaisante qui permet à Thomme d'habiter des climats d'ailleurs inhabitables, chaleur que nous employons en outre à la cuisson de tous les objets de notre nourriture. Ce procès est V inflammation^ son produit est le feu, dont l'importance pour le àéyef* loppement de nos facultés intellectuelles et morales à été si énergiquement exprimée dans la plus haute anti<» quité par la fable de Prométhée qui, pour avoir liVtë aux Mortels ce précieux appannage de l'Olympe, fut dé-r voué par la jalousie des Immortels au supplice le plus affreux du tartare.
Mde, de L. Mais ne partagerons-nous pas le supplice de Prorpéthée si noiis allons encore plus loin que ce martyre de l'humapitë , si nous osons, pénétrer le seprêt de ce procès sublime?
Mi\ de P. Vous savez JDien le contraire; vous sentez , madame , inliniment mieux que je ne puis l'exprimer, que le Dieu de bonté qui nous a crées n'est point, comme les divinités du paganisme, jaloux de notre bonheur. Vous êtes bien intimement persuadée qull veut que nous jouissions de tous les bienfaits q #11 nous offre dans la Nature, pour subvenir à nos besoins, pour perfectionner notre entendement, pour ennoblif notre coeur et nous ammener à Lui, qui est la source de tout bien, sur le plus beau dès chemins, sur celui de la reconnoissance.
Mde, de L Le badinage que je me suis permis va vous faire croire que je suis une i,mpie«
Mr. de P. Et c'est à moi à qui vous dites cela, madame? Une âme comme la vôtre, si sensible aux bienfaits de la Providence, peut-elle être suspecte sur ce point là? Abandonnez en toute sûreté aux coeurs froids et insensibles et surtout aux hypocrites, une réserve inquiète dans leurs paroles, sans laquelle personne ne croiroit à leur Religion ^^ Mais entrons en matière.
Pour nous former une idée juste de l'inflammation considérons celle du gaz hydrogène et celle du phosphore comme les plus simples. Pour le premier de ces deux procès nous dégageons à la manière ordinaire, avec de l'eau, de l'acide sulfurique et du fer ou du zink, dans une phiole haute et étroite et terminée en haut par un tube capillaire, du gaz hydrogène qui s'échappera par ce petit tube. A l'instant où nous touchons ce courant de gaz avec la flamme d'une bougie il se forme une nouvelle flamme jaunâtre qui se perpétue d'elle-même aussi
longtetns qu'il s'échappe dû gaz hydrogène et fournît continuellement de la lumière et de la chaleur. Il se forme en même tems de l'eau, produit de la combinaison de rhydrogène avec le gaz oxigène de Tair. L'in» flammation du phosphore se fait en approchant tout simplement le phosphore de la flamme d^une bougie ou d'une allumette. A l'instant il se forme une flamme très vive qui fournit de la lumière et de la chaleur. Le produit de cette opération est l'acide phosphorique qui rés^ulte de la combinaison du gaz oxigène de l'air avec le phosphore.
Il en est de même de toutes les autres inflammations; et nous disons que t inflammation est l'acte de la combinaison d'une substance combustible avec le gaz oxigène, accompagné d'un dégagement de chaleur et le plus souvent de lumière. Lorsque c'est de l'oxigène liquide qui se combine nous nommons combustion l'acte de la combinaison de l'oxigène avec le combustible. Telle est par ex; l'action des acides sur les métaux qu^ils oxident. Telle est encore l'action du gaz oxigène de l'air disséminé dans l'eau^sur plusieurs métaux et sur le phosphore. Ainsi les métaux, le phosphore, le car» bone, oxidés, sont des métaux, du phosphore, du carbone brûlés on plutôt comburés ; et la chaleur nécessaire à cette combustion provient du calorique combiné contenu dans les acides ou dans le gaz oxigène disséminé dans l'eau.
Le Comte C. Je ne connoissois pas eqcore cette distinction entre l'inflammation et la combustion.
Mr. de P. Lavoisier, qui nommoit indistincte^ipent tous les acides et tous les oxides des porps brûlés,
ne Ta pas faîte. Mais elle est nécessaire, ce dont vous vous persuaderez d'abord. Car une condition absolue de Pinflammation est que Toxigènequî se combine avec
le combustible soit en forme de gaz et en outre dégagé de toute combinaison par affinité chimique avec aucune autre substance telle que celle qui produit les acides gazeux. Ainsi ce n'est que dans le gaz oxigène pur on seulement mêlé par affinité physique à un autre gaz, par ex: Vazote dans Tair atmosphérique, que l'inflammation peut avoir lieu. Encore savons-nous que ces mélanges ne peuvent pas dépasser certaines proportions sans empêcher Tinflammation. Toutes nos e:>çpérience8 attestent la vérité de ce principe, et qu'en outre l'intensité de l'inflammation est en raison de la quantité de gaz oxigène que Ton fait entrer dans le procès.
Le Comte C. C'est ce que nous prouve la lampe d'Argant. Le cylindre de verre, placé sur la mèche cylindrique de cette lampe, est une cheminée qui contient une colonne d*air ardent qui, en s'échappant avec une vitesse proportionnée à sa haute température, produit un courant rapide d'air nouveau et non encore décomposé qui touche à son passage la flamme à l'intérieur et à l'extérieur et lui fournit parconséquent une très grande quantité de gaz oxigène.
Mr, de P. Fort bien, monsieur le Comt^; mais permettez moi d'ajouter que cette cheminée de verre arrête en outre la chaleur ravonnante, en concentre la majeure partie sur la flamme et produit par là une inflammation plus parfaite qui consume toute la fumée, dont l'odeur et la malpropreté nous seroient très désagréables. Sans ce rehaussement de la température dans
270 SOIXANTB ClNQUlâME ENTRETIEN.
le procès qui produit la flamme, la cheminée de yerre produiroit un mauvais effet ; le courant d'air froid réfroidiroit la flamme peut-être jusqu'au point de l'éteindre: ce qui nous arrive chaque fois que nous exposons la flamme d'une bougie au vent.
Mde de L. Ainsi le vent éteint les bougies en les refroidissant ! Assurément cela doit être, puisqu'il ammène beaucoup de gaz oxigène dans le procès comme le courant de la lampe d'Argant; mais il y ammène beaucoup plus de froid»
Mr. de P. En outre il écarte la vapeur de l'huile qui s'élève de la mèche hors du théâtre de la chaleur.
Mde. de L.* Je juge de laïque la chaleur joue un très grand rôle dans Facte de l'inflammation.
Mr. de P. Elle y joue le premier rôle puisqu'elle est la médiatrice entre le gaz oxigène ^et le combustible, et je pose en thèse qu'il ne faut que de là chaleur pour produire cette combinaison. Prenons quelques exemples frappants pour le prouver. Nous avons allumé toutà-l'heure du phosphore à la flamme d'une bougie; mais nous n'avions pas besoin de cette flamme; car il suffit de chauffer le phosphore jusqu'à 3^ degrés R. pour le voir s^enflammer. Plaçons un morceau de papier à l'en-, trée supérieure de cylindre de la lampe d'Argant à 4 ou 5 pouces de la flamme, il s'allume aussi tôt. L'inflammation des huiles essentielles par des acides concentrés se fait en vertu de la chaleur que la combinaison de Thuile avec l'acide produit. L'huile se change par cette chaleur en une vapeur chauffée presque jusqu'au rouge, qui, en vertu de cette haute température^ saisit l' oxigène de
Taîr et s'enflamme. Les gaz inflammables s'allumen( par le contact d'an corps chauiFé jusqu'au rouge.
Davy, qui le premier a posé bien définitivement notre thèse, en a tiré des conclusions extrêmement utiles et curieuses, dont j'aurai l'honneur de vous parler bientôt. Pénétrons» à présent plus avant dans notre matière, et examinons de près le procès de rinflam« mation des combustibles végétaux composés d'hydrogène, de carbone et d'oxigène, tels que le bois, Tesprit devin, les huiles essentielles, l'éther etc« ^
Ces trois substances se trouvent combinés dans ces combustibles d'une manière que nous ne connoissons pas encore; mais ce que nous savons, ce que l'expérience prouve, c'est que les affinités de ces trois substances se trouvent en équilibre, dans une espèce de saturation relative qui produit un état permanent qui ne se change pas de lui-même. Le procès de l'inflammation rompt cet équilibre, change cet état totalement. Le morceau de bois sec qui n'étoit ni de reau,ni de l'acide carbonique, ni de la suie, ni du charbon, se ch^inge en eau, en acide carbonique, en suie et en charbon, et nous gagnons par dessus le marché de la chaleur et de la lumière. Quelle est la magicienne qui produit ces métamorphoses?
JLe jeune de L. La chaleur.
Mr. de P. Fort bien, puisque nous venons de prouver que la chaleur suffit pour produire l'inflammation* Mais il s'agit de savoir comment cela se fait. Pour simplifier le problème supposons d'abord que notre combustible ne contienne que du carbone et deThydrogène comme la plupart des huiles grasses. L'inflammation
272 SOIXANTE CINQUléMB ENTRETIEN.
produira de l'acide carbonique, de Teau et de la suie, en combinant le carbone et l'iiydrogène avec l'oxigène de Tair atmosphérique. Uindammation étant déjà en train, la chaleur quelle produit change l'huile en vapeur chauiFée à un bien plus haut degré que celui de Thuile bouillante, et c'est en cet état que les principes constituants de l'huile peuvent s'assimiler à l'oxigène, favorisés par cette haute température.
Cette assimilation produira d'une part de l'eau par la combinaison de l'hydrogène de l'huile avec l'oxigène de l'air et le carbone restera seul comme précipité et parconséquent en forme concrète. Une partie de ce carbone, celui qui se trouve en contact avec l'oxigène de l'air, se transforme en ac ide carbonique et le reste s'échappe, volatilisé par la chaleur, et forme la fumée, qui au reste n'est pas du carbone pur mais du carbone oxidé par l'oxigène de: l'air atmosphérique hors de là flamme, à un endroit où il n'existe pas assez de chaleur pour changer subitement le carbone en acide carbonique.
Ainsi la fumée ne se forme que par un défaut de gaz oxigène dans le lieu même de la flamme et par un dé- .faut de chaleur hors de la flamme. Si donc nous multiplions les points de contact de l'air avec la Hamme par une mèche longue et mince et si nous augmentons la chaleur à la pointe de la flamme où se forme là fumée, il est clair que la fumée s'enflammera, et que parconséquent il ne se formera proprement point de fumée.
Mde, de L, Ce n'est qu'à présent que je conçois parfaitement les effets de la lampe d'Argent et du poêle fumivore que vous nous avez décrit au chapitre de la
SOIXAKTfi CmQUléME ENT^BTlEN^
chAleuiî. J'admire Tart qui lie les dijBférentes parties de la Science pour en faire un tout bien organisé.
Le Comte C. Je suis du même avis, mais à présent je suis bien curieux de connoitre le rôle de Toxigène gui se trouve déjà (combiné dans certains combustibles à Phydrogène et au carbone*
Le jeune de Lk Naturellement il augmentera l'in« flammation^
Mr* de Ré Assurément puisque c'est à l'oxigèné que nous devons ce procèSé
Mr, de P. Qu'en pensez -vous, Général?
Mr. de L. Que monsieur de R. et mon fils vont trop vite en besogne«
Le jeune de Lé Pourquoi cela, Papa? tl liifii semble que la chose est claire et prouvée par l'expérience!. L'esprit de vin et l'éther^ qui contiennent de l'oxigèoié/ s'enflamment bien plus facilement que Thuile, grasse qui n'en contient pas^
Mr. de P 4 Je me doute que F^apâ aura ràisôù. Hâtons nous lentement et faisons pour cet efiet un petit exer-« cice de catéchisme^ Un combustible étant donné quelle est la substance pondérable qui produit l'inflammation^.
Le jeune de Lt L'oxigène^ <
Mr. de Pé Assurément^ et plus vous àureit d'oxi« gène actif dans le procès^ plus l'inilammâtioa sera forté^ énergique*
Le jeune de JL. t^réciséinenti V Mr. de L. Quelle forme doit avoir l'oxigéne pour produire l'inflammation ?
Le jeune de L. Çsurpris.) La formle de ga^^^
Mr. de P. Ainsi c'est l'oxigène de ratmosphère qui produit I^ioflammatioii.
Le jeune de Tj. Je Ta voue.
Mr. de P. Et plus nous emploierons de ce gaz plus rinflammation sera énergique.
Le jeune de L. Cela n'est pas douteux.
Mr. de P. Cette conrbinaisôn de l'oxigène avec les substances inflammables a-t-elle des proportions fixes?
Le jeune de L. Assurément, pour la formation de l'eau comme pour celle de l'acide carbonique.
Mr. de P. Si donc un combustible Contient déjà de l'oxigène pourra-t-il en enlever une aussi grande portion à l'air atmosphérique que s'il n'en contenoit pas?
Le jeune de L^ Sûrement non, et je vois clairement que Tinilammation des combustibles qui contiennent de l'oxigène doit être moins forte que celle de ceux qui ne contiennent que dç l'hydrogène et du carbone ; et je conçois à présent qu'il faut faire une différence entre l'énergie de l'inflammation et la facilité de s'enflammer.
Mr. de L. Précisément la même qu'entre une tête forte et une tête folle.'
Le jeune de L. Et je ne doute nullement du genre où vous avez la bonté de placer la mienne.
Mr. de P. De plus habiles Physiciens que vous n'ont pas fait cette distinction.
Le jeune de L. Mais à quoi tient cette grande facilité de s'enflammer produite par Toxigène combiné au carbone et, à l'hydrogène?
Mr. de P. Elle tient à ce que les combustibles qui contiennent de l'oxigène se changent en vapeur ou se
volatilisent pluà facilement, c. à. d. à de moindres degrés dp chaleur. L'éther vitriolique par ex: qu'on produit par l'action de racidè sulfuriquesur l'esprit de vin, contient plus d'oxigène et se vaparise bien plus aisément que celui-ci. Il en est de même, des huiles essentielles ou volatiles comparées aux huiles grasses. Et l'expérience prouve que les combustibles qui contiennent le plus d'oxigène fournissent le plus de fumée, par ce qu'ils consomment moins de gaz oxigène atmosphérique à raison de la quantité d'oxigène qu'ils contiennent. Sur ce principe je crois pouvoir prédire que le camphre, qui est très volatil et j)ro'duit beaucoup de fumée, contient une notable portion d'oxigène combiné. Telle est l'influence de l'oxigène combiné au carbone et à l'hydrogène quant à rinflammabilité.. Voyons à présent quel rôle il foue dans l'inflammation ellemême. La matière combustible s'enflamme par la haute température à la quelle on l'élève; mais avant de sr'enflammer elle subit un changement dans les proportions de ses combinaisons. Car le calorique rehausse à la vérrite toutes les affinités, mais pas également* Nous savons par ex: que le charbon décompose l'eau par la chaleur rouge; ce qui prouve que, à cette température, l'affinité du carbohe pourToxigène reçoit parla chaleuf une plus grande augmentation d'énergie que cîelle de l'hydrogène. Ainsi dans l'inflammation des combusti^ blés composés des trois substances simples la chaleur doit opérer un eiFet semblable. L'oxigène du combusti-^ ble doit abandonner l'hydrogène pour s'unir entièrement au carbone. Mais cette combinaison ne peut pas produire de l'acide carbonique^ l'oxigène n'étant pas à ïé*
ày6 SOIXANTE CINQUIÉMB ENTRETIEN.
tat de gaz ; ainsi il ne peut se former qu'un oxide de carhone et cet oxide est la fumée, qui déposée sur un corps froid prend le nom de suie. Si cette opération (réchauffement du combustible jusqu'à la chaleur rouge) •e fait en présence du gaz oxigène de l'air , alors Thy^ drogène devenu libre produit de Teau; et Toxide de carbone, substance concrète, s'unit sous les auspices de cette haute température également au gaz oxigène de l'air et produit de l'acide carbonique*- Si la quantité de gaz oxigène qui entre dans ce procès ne suffit pas à changer toute la masse du combustible en eau et en acide carbonique, alors il se forme de la fumée et parconséquent de la suie, qui contient, outre le carbone, plus ou moins d'oxigène et d'hydrogène. Il existe des suies qui ne sont que des oxides de carbone, d'autres qui contiennent un peu d'hydrogène; mais aucune suie n'est da carbone pur. Enfin cette inflammation imparfaite jproduit encore de l'hydrogène protocarboné.
Mde. de L. Cette théorie de l'inflammation cadre fort bien avec tout ce que vous nous avez dit sur les combinaisons de l'oxigéne et la composition des acides et me plait, quoiqu'il m'en ait coûté de vous suivre dans ses détails.
Mr. de P. Si cela est, madame, vous me permettrez de vous fournir l'application de cette théorie aux inflammations spontanées, à ces inflammations que la Nature opère sans qu'elle ait besoin de chercher ailleurs la chaleur nécessaire.
Considérez une grande meule de foin encore humide et bien tassée. Petit-à-petit elle s'échaufi^e et fume; le foin brunit, commencement de combustion.
Enfin la flamme éclate et la ineule entière se dissipe en flamme et fumée. Comment expliquerons*nous ce phénomène?
D'abord nous observons que le foin bien séché ne s'enflamme jamais de lui-ifiême. Ainsi l'humidité est nécessaire à ce procès, et nous expliquons son effet de la manière suivante: Les brins d'herbe posés irrégulière- , ment les uns souries autres enferment dans leurs interstices une portion d'air atmosphérique qui a toujours quelque action chimique sur les végétaux soit morts soit encore vivants. Cette action consiste principale^ ment à combiner de l'oxigène atmosphl^rique avec le carbone des végétaux pour produire de l'acide carboni* que; ce qui ne peut se faire que dans la supposition qu'il existe du carbone et de l'hydrogène en état liquide , (comme sucs) dans les plantes* En outre l'eau, dont ces brins d'herbe sont humectés, condense le gazoxigène atmosphérique par> absorption et lui donne la masse chimique nécessaire pour se combiner. Cette première combinaison produit une chaleur excedente qui augmente l'énergie du procès. Cette énergie rehaussée produit une nouvelle augmentation de température; et comme la meule bien tassée offre à cette chaleur développée un mauvais conducteur . la chaleur se concentre, s'augmente, par cette concentration qui rend d'instant en instant le procès chimique plus énergique, jusqu'à ce qu'enfin la température s'élève jusqu'à la chaleur rouge qui alors produit nécessairement l'infiammation. Ce procès^, si dangereux lorsqu'on enferme le foin humide dans des granges ou dans des greniers, s'employe utilement dans le Nord pour sécher les
foins lorsque la saison est humide^ en l'arrêtant avant qu'il soit parvenu à l'iiiilammaiion ; ce qui s'opère tout simplement en défaisant la meule, opération nui la réfroidit et fait évaporer l'humidité. C'est le seul moyen de faire du foin de trèfle, méthode inventée en Courlande par' le Pasteur Klappraayer.
Le jeune de L. D'où vient qu'on ne peut pas faire du foin a la manière ordinaire avec du trèfle comme avec d'autres herbes? *
Mr. de P. Par ce que le tréfile CQntient beaucoup d'humidité et que le tems, pendant le quel elle s'évaporergit à l'air sans un surcroit de chaleur, suiHroit à metl;re le trèfle en- pourriture.
Le Comte C, Cette méthode de faire le foin n'est elle pas une espèce de fermenta» ion?
JUî:. de P. Assurément et vous pourrez vous )Bn convaincre bientôt, lorsque nous traiterons cet importanjt procès. — - Mais revenons aux inflammations spontanées. La fameuse expérience deLéinery, le petit volcan artificiel , est pne inflammation de ce genre. Il en est de même de délie du café brûlé, moulu et enfermé tout chaud dans une boîte. L'oxigène de l'air qui se trouve dans les interstices du café 'commence l'opération en se combinant vraisemblabement avec l'huile essentielle du café (l'huile qui donne au caffé cette odeur que {e ne puis souffrir pais qui fait les délices des buveurs de café). Cette combinaison produit de la cha- •Jeur et le reste du procès succède comme dans ïe foin. A Danzig on a découvert il y a quelques années une singulière cause d'un incendie dans un magazin de cordes. On avoit entassé des étoupes de vieux cables gou-
SOIXANTE CINQUIEME ENTRETIEN. HjQ
dronnés un peu humides, qui s'étoient allumées spontanément. Comme on étoit bien siirque Ton n'avoit pas été avec de la lumière dans ce magazîn et que d'ailleurs personne n'avoit pu y mettre le feu à dessein, on soubçonna ces étoupes d'avoir causé l'incendie, et des expériences répétées en' petit prouvèrent qu'on avoit deviné juste. L'humidité, l'air atcposphérique et le goudron ont produit ici le même effet et par lès mêmes causes que les substances analogues dans les autres inflammations spontanées.
Le Comte C. Cela me rappelle qu'on employé l'étouppe de vieux cables goudronnés Contre la goutte. Peut-être doit -on son effet salutaire à la chaleur que cette espèce de fermentation produit.
Mr, de P, Il est difficile d'en juger, d'autant plus que l'efficacité de ce remède ejt assez problématique. Mais ce que je sais par l'expérience d'un de mes amis, c'est que cett^ étouppe produit, une chaleur brûlante qu'il n'a pu supporter. "
La Chimie nous offre encore un genre d'inflammations que nous regardons à juste titre comme les plus étonnantes et les plus difficiles à explique^', celles des poudres fulminantes. Imaginez que vous ayez un ou deux grains en poids d'une de ces poudres, II suffit dfe les chauffer tant soit^eu, ou de les frapper d'un coup de marteau, ou de les broyer dans un mortier ou même de les frotter tant soit peu avec un petit bâton de verre ou autre, pour les voir s'enflammer à l'instant et détonner avec la violence d'un coup.c^e pistolet. Il y a de ces poudres si fulminantes que leur manipulation, paême la plus circonspecte, devient dangereuse.
û80 80IXAI9TE eiNQUiisMB ENTRETIEN.
Mde. de L. J'avois toujours eu beaucoup de res* pect pour la poudre à canon; mais je vois que la Chimie enfante des prodiges encore plus surprenants.
Mr. de P. D'autant plus surprenams que ces pou^ ^es produisent ces effets en si petite quantité et sans qiie Ton ait besoin de les charger, de les enfermer dans un canon. On peut partager les poudres |*ulminantes en deux classes , celles qui sont composées d'ammoniac et d'un oxide , et celles qui sont composées d'un sel et d'une substance inflammable. Celles du premier genre sont les ammoniures d'argent, dor et de platine. Pour les composer on rerse simplement de l'ammoniaque liquide sur les oxides de c^s métaux et oh laisse sécher le mélange à la teippérature ordinaire. Le résidu est la poudre fulminante. La plus violente de ces trois poudres est Tammoni^re d'argent qu'il suffit quelque fois de remuer avec la barbe d'une plume pour la faire dé- , tonner. Le procès de cette inflammation s'^explique par l'effet de l'oxigène de l'oxide sur rhydrogèpe de l'ammoniaque; car il se forn^e en effet de l'eau et l'azote de l'ammoniaque se dégage, prend la forme de gaz. Quant à la grande facilité de la détonnation , on doit supposer que la combinaison de Toxide avec l'ammoniaque affoiblit considérablement les affinités des principes respectifs de ces deux substances et qu'il ne faut Î>erconséquent qu^me très petite cause pour produire a combinaison de l'oxigène avec l'hydrogène , ces deux substances ayant plus d'affinité entre elles que l'oxigène fivec le inétal ; car observez que ces poudres fulminantes ne peuvent être composées que d'oxides de métaux qut ne ^'os^içlent point par le ga^ oxigène et qui n'ont
SOIXANTE CINQUIÂMB ENTRETIËKé i%8<
d'affinité pour Tovigène qu'en tant qu'il est contenu dans un acide. Enfin on peut expliquer la violence de la dé» tonnation , quoique la poudre fulminante soit à décou* yert, par la rapidité excessive de l'opération qui doit surpasser de beaucoup ceHe de la formation ordinaire de l'eau, et de plus la force étonnante qu'elle déploie, en partie a la vapeur d'eau qui se forme par la combustion et en partie au déf^agement subit du gaz azote qui se trouvoit comprimé dans le gaz ammoniac par l'aHinité avec une force de peut-être plus de mille atmosphères.
Mr. de T. Malgré cela je ne conçois pas encore cette force d'explosion, par ce que je ne vois pas de r^îsistance. Notre poudre^ à canon, allumée sur une table, ne fait presque aucun bruit; iHautTenfermerbien fortement pour lui donner sa force.
Mr. de P. L'air suffit ici à produire cette résistance, vu l'excessive rapidité de la formation des substances élastiques , qui n'a pas lieu dans l'inflammation de la poudre, comme nous nous en assurerons tantôt. , L'expérience suivante prouve en même tems la grande rapidité de l'inflammation des poudres fulminantes et la résistance de l'air comme masse d'inertie. Placez au mi-< lieu d'une cloche pleine d'air quelques grains d'une poudre fulminante et allumez la , par frottement où d'antre manière. La détonnation se fait et la cloche ne casse pas. Ce qui nous apprend que l'air qui entoure immédiatement la poudre est choqué avec la plus grande violence et fait des vibrations très fortes mais que toute la masse d'air contenue sous la cloche ne reçoit qu'ui| petit surcroit d'élasticité.
382 soixA)n:œM£ gistquiÈme entretien.
Le jeune de L, Mais comment un léger frottement peut->il causer rinil£|,mmation?
Mr, de P. Il faut à la vérité un frottement consi-
dérable pour allumer du bois comme le font les peuples sauvages, et pour faire rougir une parcelle de ter comme nous le faisons avec nos briquets, par ce que les masses qu'on veut chauffer jusqu'à la chaleur rouge sont de très^ grandes masses comparées a la fin<^se de la poudre fuiminante* En outre il n'est pas prouvé qu'il faille abso- Ijimeot la chaleur rouge pour combiner de l'hydrogène , à del'oxigène, d'autant plus qu'ici cette combinaison se fait au moment où ces deux substances se dégagent, et.que nous ne connoissons pas la forme sous la quelle se fait la combinaison. J'avoue au reste que ce point de la question est encore très peu éclairci. Ce qu'il y a de certain, c'est que nous voyons constamment que les substances , prises au moment où elles se dégagent d'une certaine combinaison, (ce qu'on nomme l'état naissant) se soumettent beaucoup plus facilement à une nouvelle combinaison que lorsqu'on les prend toute dégagées.
Le Comte C. C'est un principe de Chimie nouveau pour moi.
Mr. de P, Que j'ai oublié de vous livrer lorsqu'il étoit question des principes de l'aiEn^té chimique. Je vous prie de le r^^nger parmi les autres,
^e dois ajouter aux trois poudres fulminantes citées, ^ une quatrième nommée iodure d'dzote^ une combinaison d'iode et d'azote en forme de poudre noire, pro- ,dttite.par l'action de l'iode sur l'ammoniaque liquide. Cette poudre fulmine presque aussi facilement quel'am-
moniure d'argent. Même sous Teau la détonnation a lieu par pression ou frottement. Mais je dois avouer aussi que Je suis hors d'état d'expliquer la détonnation de cette poudre, si Tiodure d'azote ne contient en effet que de l'iode et de l'azote, et si l'iode est une substance simple.
Passons à présent aux autres poudres fulminantes. L'une est du muriate suroxlgéné de polasse, de tapotasse et du soufre dans la proportion de 3 à 2 à i en poids. On peut substituer au soufre plusieurs autres substances inflammables, du charbon, du sulfure d'antimoine, du phosphore etc. Toutes détonnent par le coup de marteau; celle qui contient du phosphore est la. plus forte et la plus difficile à manier; elle fulmine, par le moindre frottement. Une autre est le muriate suroxigéné d'argent avec du soufre dans la proportion de a à 1. Un foible choc suffit pour produire la détonnation qui est trèjs violente. Une troisième est 'le mtrate de potasse avec du soufre dans la proportion de 2 à 1. Cetie poudre détonne à la chaleur qui fond le soufre avec la fplus grande force. L'effet de ce& poudre» provient évidemment de la décomposition de l'acide des sl?Is précédée d'une formation d'hydrogène sulphuré ou de sulfure hydrogéné de potasse, qui ensuite, en se combinant avec l'oxigène de l'acide, produit de l'eau, de l'acide sulfureux, du peroxide d'azote etc. Le dégagement rapide de ces substances à l'état élastique est la détonnation. On produit encore deux poudres fulmi-^ nantes en faisant bouillir dans de l'alkoËol soit du ûi^ trate de mercure, soit du nitrate d'argent. Elles dé«? tonnent toutes deux très fortement par le choc ou la
chaleur rouge, C*e$t de cette seconde poudre dont ou se sert pour faire les cartes et les dragées fulminantes.
Le jeune de L. Ah! je les connois. On allume les cartes à la chandelle et on écrase les dragées avec le pied. Ce sont de jolies attrapes.
Mr. de P. Pour completter ces notions sur les substance^ fulminantes je dois ajouter que la propriété de fulminer n'appartient pas exclusivement aux corps en forme de poudre, mais que nous en connoissons déjà deux en forme de liquides qui ont l'apparence d'huile* L'une est Va:^ote oximuriaté, découvert par Dulong, Chimiste françois qui marche à grands pas dans la carrière des Bertbollets. Cette substance se forme par l'action d'un surplus de ga^ acide ipuriatique oi^igéné (notre acide muriateux) sur le muriate d'ammoniac. Exposée à uqe chaleur de 30 degrés elle fulmine violemment*
On obtient l'autre substance de c^ genre très facilement en plaçant de l'ammoniaque fluide sous un récipient plein de ga;& muriatique oxigéné (notre acide muriateux^. Une demie heure après on trouve à la surface intérieure de la cloche de petites gouttes qui ressemblent à de Thuile. Une de ces gouttes,' mises sur du papier et chauffée tant soit peu, s'enflamme et détonne violemment, l^a détônpation a encore lieu lorsqu'au lieu de la chaleur on y mêle une goutte d'huile de thér^bentine ou d'olives.
,Mr. de L. Vous nous instruisez si amplement des poudres fulminantes qui au fond ne sont que des choses curieuses. Ne aous direz^vous rien du vrai foudre de
SOIXANTE CINQUléMB EIlTR£l!|lE»r« 285
la guerre, de /a poz^^re par excellence, de ce mélange sublime et diabolique gui décide du sort dés Nations sur mer comme sur terre et nous délivre du surcroit de population que la sotte Nature produit?
Mde. de L. Fi , mon ami ! Si Ton ne savoit pas que ce que vous dites-là n'est qu'un sarcasme on vous déclareroit impie. La Nature produit-elle jamais trop d*hommes?
Mr. de L, Pour ses buts sûrement pas, mais pour nos besoins factices, pour notre luxe et pour l'ignorance des gouVememens.
Mr^ de G. Et croyez- vous , Général , que ce soit la poudre qui nous enlève ce surcroit de population ? L'hupnanité auroit à s'applaudir si cela étoit. Ce sont les hôpitaux militaires où la mort moissonne chaque amnée le dixième de nos énormes armées*
Mde. de L. Le dixième? Cela est il possible?
Ainsi dans dix ans de paix toute une armée n'existe plus sans avoir tiré un coup de fusil.
Mr. de F. On ne fait pas ce calcul aux Rois, mais il est v^ai!
Mr. de P. Ces réflexions morales , très méritoires si quelque Roi nous honoroit de sa présence, ne nous mèneront pas à l'examen chimique et physique des effets de la poudre. Permettez moi de vous présenter cet. examen.
, La poudre est composée de salpêtre (nitrate de potasse), de soufre et de charbon, sous des proportions qui ne sont pas partout les mêmes. Celle qu'on nomme, poudre de chasse et qui passe pour la meilleure, contient: 78 parties de salpêtre^ lo de soufre et la de jchâfl
^86 SOIXANTE CINQUI^AIE ENTRETIEW,
Ces matières doivent être bien purifiées, bien pulvérisées et parfaitement mêlées en sorte que diaque grain et chaque parcelle d'un grain soit composé oans les proportions du tout. Les produits de son inflammation sont très nombreux^ Les uns sont élastiques, d'autres solides. Ceux-ci ne contribuent nullement à Teffet qu'on doit aux premiers. Ces produits élastiques sont: Tacide carbonique produit de Tioflammation du charbon par le nitrate de potasse qui abainlonne une partie de son oxigène ^r Faction de la chaleur : La vapeur provenante de Teau de cristallisation du salpêtre: de Tazote ep du deutoxide d'azote provenants de la décomposition de Tacide nitrique du salpêtre: de l'hydro- , gène sulfuré produit de la combinaison du soufre avec une partie de l'hydrogène de Teau , etc.
Robin évalue la quantité de gaz produite par l'inflammation deila poudre, et rammenée à la température moyeùne, à a44 ^^îs le volume de la poudre; d'autres à ^22 fois, celui de la vapeur non compris. Ajoutez a cela que ces substances élastiques se trouvent au moment de l'explosion élevées à une chaleur brûlante, ce qui augmente leur volume considérablement, et vous concevrez l'élasticité énorme produite par cette inflammation.
Mais cette force élastique n'auroit pas lieu si l'in- Hammation étoit lente, et plus elle est momentanée, plus l'efiet de la poudre est violent. Les Artilleurs ont sur ce pointées opinions difFéreptes; les uns croient avec Belidor que la charge ne s'allume que successivement, les autres prétendent avec Robin que l'inflammation eit instantanée. Quant a moi, je crois que chacun
SOIXANTE CINQUIEME E]jJpiWEIEN. 287
des deux partis a tort et raison. Chargez un fusil sans* balle ni bou»re; l'effet (le son) est très foible; il est presque nul lorsqu'on allume là poudre à découvert sur une table. Ce qui prouve que la poudre à fusil n'est point une poudre fulminante et qu'il faqt une forte réaction pour produire une détonnation. Chargeons à pré-: sent le fusil à bourre et à balle et voyons' ce qui doit se passer» Les premiers grains de poudre (contenus dans la lumière) étant allumés, rinflammation se communi-^ que à la charge et développe les gaz et la vapeur. Ces gaz ne peuvent faire qu'un très petit eifet tant qu'ils sont en si petite quantité qu'ils trouvent une issue libre par la lumière du fusil. Mais comme l'inflammation s'étend rapidement à des surfaces toujours plus étendues, la quantité de gaz augmente dans une progression très croissante et le petit canal deia lumière ne leur fournit plus d'issue^uflisante. Il se forme par là une compression violente sur le reste de }a poudre, compression qui produit unèinflammation instantanée, à raison de la résistance que la balle, la bourre et la poudre même opposent par leur inertie à dilatation des gaz. Un accident singulier, qui a eu lieu au siège' de Danzig en 18*3» confirme cette théorie que nous devRns à un. jeune officier russe, nommé de Hezel. Les assiégés avoient pointé quelques canons sur une batterie des assiégeants. .Le hazard voulut qu'un boulet de canon enfile droit un canon chargé de la batterie. Le choc allume la charge dont la détonnation renvoie aux assiégé^ le boulet reçu et le nouveau^ gui à leur arrivée frappèrent et firent sauter un chariot plein de cartouches*
Mr. de R. Quel hazard ! Et combien de millions
a88 SOIXANTE CINQUIÈME ENTRETIEN.
de coups de canon n'ont-ils pas été tirés avant qu'il ait eu lieu !
Mr. de P. On pourroit répéter l'expérience en petit dans un très petit canon' chargé d'un quart d'once de poudre qu'on essayeroit d'allumer en j enfonçant par un choc violent un xjlindre de métal ; car il est connu que le coup de marteau enflamme la poudre. Au reste vous voyez par ces considérations que la meilleure poudre est celle qui s'enflamme le plus rapidement et qui produit le plus de gaz et de vapeurs.
Soixante sixième entretien;
JVlr. de p. Je vous ai entretenu hier de là pioudrà Àé guerre. Passons à présent de Cet iristrutnent de carnage à une invention pacilique vouée à là Cohservatiôti de la vie humaine* Dans les mines ^ surtout Celles dé chai*-: bon de terre, il se dégage souvent des gast inflàmtfiàbles composés d'hjrdrogène et de carboûe qui,- en se mêlant à Tair atmosphérique, produisent des détonnations mortelles aux mineurs dès qu'oii en approche Une lampe allumée. Des malheurs de ce genre^ où plusieurs hommes sont tués sul\itement par cesdétoqnatiotis^ s;ôntfré-i>' quents et toutes les précautions prisés à cet égard n'ont pu les éviter entièrement avant l'usage de la lampe de sûreté de Dapj^ qui^ introduite aujourd'hui cotnmé \à lampe ordinaire des mineurs, rçnd ces malheurs imposas sibles. Vous serez sûrement charmée, madame^ d'apw prendre à coimoitre cette lampe ^ présent bienfaisant "que l'humanité doit au génie du Célèbre Chimiste qui û d'ailleurs enrichi la Science par ^t% découvertes/
Mde. de L. Vous pouvez en être assurée tout, ce qui esit utile à rbumanité' a des droits sacrés à mon intérêts
ta
2Q0- • SOIXANTE SIXIEME ENTRTIEN.
Mr, dtJP. Ainsi prenons le crayon. Voilà (fig. ii.) le corps de la lampe AB^ qui contient Thuileetlainéche platte CD qui btûle au dehors. £F est un tuyau ouvert à ses deux bouts qui sert a verser de l'huile dans la lampe qui n'a d'ailleurs d'autre ouverture excepté celle de la douille^ qui porte la mèche. L'ouverture £ du tuyau se ferme à vis ou par un bouchon lorsqu'on a rempli la lampe. La mèche brûlant à découvert allumeroit infailliblement les gaz dont on veut prévenir l'inflammation^ Un cylindre de verre fermé de tous cotés empècheroit cet accident^ mais empècheroit en même tems la mèche dé brâler par ce qu'il excluroit Tair atmosphérique» Davy y a substitué un grillage cylindrique G de iil de fer ou de cuivre, très fin, soutenu par quatre fils de fer plus forts, aa, bb, ce, dd, qui laisse passer l'air et la lumière et empêche l'inflammation des gaz inflammables.
Mr. de R. Comment cela est-il possible? Quel tissu sera assez fin pour trier en quelque sorte l'air atmosphérique et arèter les gaz inflammables?
Mr. dePé Ce n'est pas non plus ce queDavy veut. Le cylindre à jour étant remp^ 4'air atmosphérique et la lampe étant allumée, il permet au gaz inflammable de s'introduire, de se brûler. Mais il veut que cette inflammation ne se communique pas au dehors poiTr ne pas produire la dëtonnation qu'on craint, et le tissa métallique fait cet effet.
Mde. de L. J'avoue que je ne comprends pas encore la chose*
3Ir. de P. Le gaz îtoflammable brûle dans l'intérieur du tissu à mesure qu'il y entre et lorsque sa quan-
tîté âugiiiente consîdérablem^flt à raison de 1^1 production de ce gaz par la mine, Tinflainmatioh augmente et finit par remplir tout cet espace d'une légère Rammô dont la chaleur va jusqu'il l'ougir le tissu métallique; et cependant le gaz extérieur ne s'enflamme pas. Mais alors, lorsque le procès a atteint ce degré, le tnineuir doit s'éloigner par ce que le gâz inflammable commence à devenir très nuisible à la respiration.
Mr, de L. J'admire les effets de dette lampe^ qui non seulement préserve le mineur de l'explosion ^ mais l'avertit encore du danger au quel ces gaz exposent sd santé. Mais je ne comprends pas ces effets bienfaisants et vous , au lieu de nous les expliquer , vous ne faites qu'accumuler les difficultés.
Mr de P. Elles se lèvent facilement par le priti-« cipe que les gaz ne s'enflamment qu'à une très haute température. Le tissu métallique, un des meilIeurs^ conducteurs de la chaleur, enlève cette température à mesure qu'elle se forme et la dissémine dans l'air; et \e secret de la chose est de faire ce tissu assez fin^ c. à. d« les trous assez petits pour que la chaleur qui se forme dans ces interstices puisse être dissipée par la matière du tissu. Davy a trouvé que le côté de chacun de cei petits carrés vides ne doit pas avoir plus de 5*^ de pouce anglois, ce -qui fait un peu moins de ^% de poù(^e de france. Son fit de fer a au plus -^ de jpouce en diamè* tre pour ne pas arêter trop de lumière*
Le Comte C. Je souscris volontiers à (Jette expli* cation; mais il me semble que^ dès que le tissu mé« tallique a acquis la chaleur rouge ^ l'inflammation doit se propager à VettévitVLV*^ car }e n'ai' pas oublié que
2g2 SOIXANTE SIXIEME ENTRETIEN.
la température de la chaleur rouge fait détonner les gaz inflammables,
Mr. de P. Il étoit question alors de mélanges de gaz hydrqgène et oxigène. Mais le gaz qui se dégage des mines est de règle de Thydrogène plus ou moins carboné qui s^enflamme beaucoup plus difficilement que l'hydrogène pur. Au reste je crois qu'on devroit\ en tout cas conseiller jaux mineurs de ne pas attendre jusqu'à l'instant où le tissu rougit, surtout s'il est de cuivre, mais de s'éloigner dès que la flamme de la lampe a beaucoup augmenté en grosseur.
La lampe de sûreté est le fruit de plusieurs expériences et méditations de l'illustre Davy sur l'inflammation , la détonnation et la combustion , qui ont donné naissance à deux nouvelles inventions aussi curieuses qu'utiles à la Science, la lampe sans flamme et lé soufflet de Newm,ann.
Mde. de L, Une lampe sans flamme? comment pourra-t-elle éclairer ?
Mr. de P. Elle éclaire très peu , mais assez pour s'orienter dans ses environs et fournit assez de chaleur pour allumer de Tamadou et une allumette et peut ainsi servir là où l'on ne veut avoir qu'une lumière très foible et la possibilité d'allumer sur le champ une bougie. Mais son utilité pratique est le côté le moins intéressant de cette invention. Vous allez en juger par sa description. aB (lîg- ^2.) est un vase de verre ou de m»^tal dans le quel on verse par l'ouverture D, qu'on ferme ensuite, de très bon esprit de vin ou de l'éther vitriolique,
SOIXANTE SIXIEME ENTRETIEN. fSgS
deux substances qui se vaporisent abondamment à la température ordinaire. C est un porte-mêche que remplit en entier une mèche de fils de coton de a à 3 lignes de diamètre. Immédiatement au dessus de cette mèche se trouve un fil de plarihe contourrié en fot'me de pas de vis et supporté par un de ses bouts allongé dans un tube capillaire F G. Pour se servir de cette lampe on al- v lume d'abord l'esprit de vin ou Téther qui es6 monté dans la mèche. Cette inflammation chauffe bientôt le fil de platine jusqu'au rouge. Alors on éteint la flamme et Ton voit avec étonnement que le fil de platine continue à rougir, et va même presque jusqu'à TincandescenccT, sans qu'on s'aperçoive de la moindre flamme, L* esprit de vin, qui s'évapore par la mèche, continue de brûler sans s'enflammer, et produit par cette combustion une chaleur aussi considérable que s'il brûloit avec flamme. Il arrive même quelques fois, surtout avec de bon éther vitriolique, que la chaleur monte jusqu'à- l'incandescence, et alors la liqueur vaporisée s'enflamme complettement. On peut placer avec avantage une petite cheminée de verre sur cet appareil comme sur la lampe d'Argant, Mais premièrement cette cheminée ne doit p2|s appuier tput-à-fait sur la lampe ^ ppur laisser entrer Tair dans ce procès, et en second lieu elle doit être couverte au haut d'une virole de cuivre percée à son milieu d'un petit trou d'environ a^ lignes de diamètre pour modérer le courant d'air. Eii cet état cette lampe est un joli appareil sans flamme au quel on peut allumer une allumette.
Le Comte C, Ce phénomène est réellement très intéressant.
094 SOIXANTE SII^IEJVIE ElflRETlEN.
Mr. de P. Il vous le paroitra davantage par les considérations chinnques que je vais avoir l'hoàneur d y ajouter. Il semble que la combustion doit se faire dans la lampe de Davy avec moins d'énergie que l'inflammation proprement dite dans la lampe ordinaire. Eh bien! Dakon a trouvé le contraire. Il a brulë avec flamme et au moyen de sa lampe une portion d'aikohol sous une cloché pleine d'air, et a trouvé qu'à l'extinction de là lampe faute de nouvel air, le résidu galeux contepoit encore i6| p. c. de gaz oxigène et ^ p. c. de gaz acide carbonique. Puis il a répété la même opération sans flamme et a trouvé que le résidu ne contenoit plus que 8 p« c. de gaz oxigène, et par contre j3 p* c. d'acide carbonique. Ainsi la combustion sans |lamme décojnpose l'air atmosphérique plus forteinept que l'inflammation.
Tyè Comte C. Ce résultat, surprenant est hien fait pour ipettre la difiFérence entre l'inflammation et la combustion dans tout soh jour. Mais comment expliquezvous ce faitf Comment la simple combustion peutelle décomposer l'air , absorber le gaz oxigène plus de ^^ux fois plus fortement que l'inflammation?
Mr. de #^» Je n'y comprends rien non plus.
Mr. d^ P. L*inflammatiQQ produit un courant d'air |:âpide qui forcp Tair atipospl^érique de s'échapper avant qu'il ait livré touf To^s^igène qu'il pourroit livrer, tandis que la chaleur moindre de la combustion lui permet de séjourner asse^ longtems ^srns le procès (si j'ose me servir de cette expression) pour livrer plus d'oxigène. J^v^ssi Iprsqu'oi) produit un coui:an^ d'^ir tant soit peu
trop fort dans la cheminée de la lampe sans flamme, le procès diminue d'inteiisitë et le fil de platine cesse* de rougir. Si le moment d'après on rallentit le courant, le platine recommence à rougir saqs qu'on ait besoin d'inEammation. Je me suis amu^é quelcjuesfois à éteindre et a faire rougir alternative/nent mon fil de platine tout simplement en haussent et paissant tant soit peu la chemint'e de verre.
Mde. de Lé, Ces expériences sont bien folies.
Mr, de P. Voici de nouveaux résultats très intéressants. La combustion sans flamme de Tesprit de vhi et de ralkohpl produit un liquide qui n'est pas de l'eau simple, comme Ton avoit cru d'abord, mais de. l'eau mêlée d'un acide qui n*est pas de l'acide carbonique, mais un acide nouveau, à qui on a donné le nom d'acide lampique. Soemmering et Vogél, académiciens célèbres de Munie (le premier est l'illustre Anatomiste) ont découvert cet acide; mais le Chimiste anglois Daniell, le même à qui nous devons les belles expériences sur les sections chimiques des cristaux, a mis une lampe sans flamme en activité pendant 6 semaines pour gagner une pinte et demie de ce liquide afin d'en pouvoir examiner les propriétés sous tous le« rapports, II contient un acide sans couleur d'un goût très fott et d'une odeur suave.
Il est composé de carbone 4^1% parties en poids
d'h}drogène î3/^ — ^ ^ d'oxigène 45^ ^ ^ «.
et se distingue des autres acides du règne végétal en ce qr'il contient plus du double d'hydrogène qu'il n'en isixt pour saturer Toxigène^ tandis que ceux-ci en con«-
2^6 SOIXAIÏTE SIXIEME EïItRETIEK. . f
tiennent tous moins. Ij'inflammation ne produit nullejnent cet acide, mais seulement de l-acide carbonique et de Teau» Le même Chimiste a comburë de cette ma-
pière de l'huile de thérébentine et a produit,' outre cet ^cide, une résine de couleur jaune- brun et d'une odeur agréable^
J^e Comte C. Ce qui prouve de nouveau que les huiles peuvent se changer en résines par l'action de l'oxigène. Mais ce qui m'intéresse le plus dans ces expériences c'est de voir l'eau se former sans inflammation.
ilr, de P. Davy nous a livré à cet égard plusieurs expériences, dont le résultat est que les gaz hydrogène et oxigène se combinent lentement et forment de Teau soqs une chaleur au dessus de celle de l'ébullition du
mercure et au dessous de celle du vprre fondu, sans ex-
plosion. Passons au soufflet de Newmànn comme troisième fruit des méditations de Tillustre Davy sur l'inflammation.
Vqus connoisse^ ce qu^on nomme la lampe d'émailleur, unie lampe des plus simples et des plus grossières gui sert' à fondre d^ petites portions de verre, et dont on augmente l'effet par un courant d'^ir produit par un soufflet. Ç»e/ courant d'air, d'ua très petit diamètre p[iais très k'apide, traverse la flanîme à la quelle il fourliit beaucoup d'qxigène et produit ainsi upe inllammar Çion d'une intensité bien plus forte que la lampe sans 60ufflet. Le soufflet de forge fait en grand le même effet pour la fonte des mét^ujp. On a augmenté la force 4e cette lampe très considérablement en substituant du gaz pxigèi^e pur ^ V^iv atq>osphérique et l'on s'est vu par
là en ^tat de fondre en petit des* corps qulr^sistoîent à Ja chaleur des fourneaux de réverbère. On a en enfin substitué à la flamme de la fampe un courant de gaz hydrogène qui, en se joignant à celui du gaz oxîgène, donna^ encore quelques degrés de chaleur de plus,- Si cette réunion avoit pu se faire de manière à combiner ces deux gaz à l'instant de* leur inflammation dans la proportion qu'exige la composition de l'eau, alors on eut produit le maximum de chaleur.
Mr. de T. Il me semble qu'il ne devoit pas être difficile de produire un courant de gaz hydrogène qui ' fournit le double de gaz de celui d'oxigène.
Mr.deP, Assurément. Mais ces deux courans, ' en se rencontrant ou plutôt en s'écoulant fort près l'un de l'autre ou même l'un dans l'autfe, ne sont pas encore mêlés intimement, et ne composent pas encore un gaz homogène, ce qui est nécessaire pour produire le maximum d'inflammation et de chaleur.
Le jeune de L. Pourquoi ne pas les mêler davance et former un seul courant de gaz oxigène et hydrogène tien rnêlés?
Mr, de P, Pour ne pas casser la tête au Physicien qui se serviroit de ce soufflet.
Le jeune de L. Cette raison est très valable; mais je n'en trouve pas l'explicatiop.
Mr* de P. La yoici. Le gaz que vous venez de composer est, comme vous savez 5 détonnant et inflamr inable au plus haut degré, et comme ce gaz, enfermé dans un réservoir, doit s'écpuler par un tube pour former le courant, il s'allumera non seulement au sortif du tube, mais aussi dans le tube même et l'inflamma?
^98 50IXANTB SIXIEME ENTRETIEN*
tion se propagera de là jusqu'au réservoir; toute la provision détonnera avec une violence presque infinie et tuera le Physicien. On en a fait Tessai ; c'est pire qu'un coup de fUsil qui crève par une trop forte charge , et les débris du vase sont fetté» an Ipin avec une violence proportionnée à leur résistance.
Mde. de L. , Vous m'eflFrayez, monsieur de P.
Mr. de P. Si cela est , madame , vous concevrez qu'il a fallu quelque courage pour exécuter et employer un soufflet composé précisément sur ce principe. Le soufflet de Newmann n'és^ pas autre chose qu'un courant de gaz oxigène et hydrogène qui sort d'un tube de verre et qu'on allume à sa sortie, et nous voici au moluent d'apprécier le mérité des méditations de Davy à cet égard. Davy, partant du principe que, toute infla(]imation exigeant un certain degré de chaleur poiu* s'effectuer et ayant/ prouvé par diverses expériences et par sa lampe de sûreté que l'inflammation ne se progage pas lors qu'on lui enlève quelques degrés de chaleur, quoiqu'il y ait contact ei^tre le gaz enflammé du dedans . au dehors, jugea que si l'on produisoit un courant de gaz détonnant très mince au moyen d'un tube capillaire, l'inflammation ne pourroit pas se propager jusqu'au réservoir, et gxe à cet effet le diamètre intérieur du tube capillaire a -g^ de pouce stnglois.
Mr. de T. Quel courant étroit! Ce n'est qu'un septième de ligne de france.
il/r. de P. Et cependant il fond le platine, le quar^, lé cristal de roche, toutes les matières connues, de sorte qu'il n'existe plu^ dans la Nature un corps connu gui sojt infusible; et l'efïet de ce soufflet surpasse par-
30IXAÎ4TE SIXIEHIE ENTiIeTIEN. SkQQ
conséquent ceux des meilleurs fourneaux de réverbère et des plus grands miroirs ardents.
Mde. de L, Cela est bien étonnant, mais je tremble du danger au quel les Physiciens et Chimistes s'exposent dans ces expériences.
Mr. de P. Aussi, madame, a»t-on imaginé une douzaire de méchanismes pour éloigner le danger, qui tous sont plus ou moins compliqués, et prouvent que leurs auteurs sont de mauvais Mécaniciens. Au risque de m'attirer le reproche de vanité je passerai tous ces essais sous silence pour vo.us décrire celui que j'ai inventé et exécuté dès que les journaux m'eurent donné la première idée de cet instrument nouveau.
L'angloisNewmann, et ses confrères quisespnt occupés de cet objet, ont commis deux fautes essentielIes,dont l'une consiste à avoir crée le danger en mêlant et comprimant pac une pompe foulante les deux gaz en massç de plusieurs cent§ de pouces cubes, Tautre en employant des tubes capillaires de verre de 3 pouces de longueur pour produire le courant de gas, tubes qui se rompent très souvent et rendent par là le danger imminent. Cettç dernière faute est d'autant plus grande que le verre étant un très mauvais conducteur de la chaleur, n'enlève presque pas de calorique au gaz au quel il sert de passage et fomentç parla son inflammation, tandis qu'u^ tube de métal dissipe aisément la çhalçur communiquée du gaz contenu dans son intérieur.
Mr, de T. Jç trouve ce défaut très ei^cusable; cs^v je ne conçois pas comment faire un foret qui perce uq trou de ^ de ligne dans i|n cylindre 4e ipétal ^e 3 pouces de longueur*
300 SOIXANTE SlXlilME ENTRETIEN.
Mr. de P. D'avis; mais cela n'est pas nécessaire. Vous verrez par TiJ^e de mon appareil comment je me suis tiré d'affaire à cet égard. Prenons le crayon, a et B (Eg. 12 et 13.) sont deux réservoirs cylindriques de ferblanc, dont Tun A contient l'hydrogène et l'autre B Toxigène. Leurs volumes sont dans le rappQrt de 2 à 1. Ils ont tous deux la même hauteur de 5 pouces, mais leurs* diamètres sont différents* celui de A a 7 pouces, celui de B a '5 pouces. On peut leur donner de bien plus grandes dimensions, si Ton veut, mais ils doivent toujours avoir la même hauteur et leurs diamètres être tels que les carrés soient à très peu de chose près comme 2 à I. Sous les dimensions alléguées ces deux réservoirs fournissent un courant continu qui dure 5 minutes. Chacun dé ces réservoirs a à son fond un tuyau d'écoulement ab terminé par un robinet ordinaire. C est un gros robinet au* quel aboutissent deux tuyaux de communication zz avec chacun des réservoirs. Ce robinet a trois ouvertures dont deux aboutissent à ces deux tuyaux et la troisième à un troisième tuyau vertical DHIE de 6 pieds de hauteur et d'un pouce de diamètre, surmonté d'un réservoir F qui contient de l'eau. En tournant ce robinet à droite ou a gauche on établit ou intercepte la communication entre le grand tuyau et les deux petits. Tout l'appareil est pl^cé sur un banc G H ^ portée de l'expérimentateur.
Vous voyez par cette preràière partie de la description que, le réserofir F étant plein d'eau, on peut au moyen du robinet C faire couler cette eau avec égale pression dans les deux réservoirs A et B et comprimer par là les deux gaz ayec une pression égale à la colonne
SOIXAISTE SIXIÈME ENTRETIEN. ^ 30I
d'eau contenue dans le tuyau et le réservoir; ce qui produira un écoulement^des deux gaz parfaitement égal.
Pour faire ^ntrer les gaz dans leurs réservoirs respectifs on ouvre la vis c et l'on remplit les réservoirs d'eau par la même ouverture. Le gros robinet C étant ouvert et le réservoir F vide, Teau se mettra en équilibre dans les deux réservoirs des gaz et dans le tuyau montant. Puis on adapte en c un tube élastique qui aboutit à une cloch'e qui contient le gaz qui doit passer dans le réservoir. Avant de faire passer le gaz on ferme le gros robinet C, puis on ouvre le robinet b pour faire écouler Teau qui se remplace par le gaz.
Voyons à présent comment se fera le mélange-des deux gaz séparés et leur écoulement. Chacun des deux réservoirs a un tuyau recourbé hk qui aboutit a ime petite caisse demi -circulaire de laiton très mince où les gaz se rendent, dont le volume intérieur n'est' qu'un demi pouce cube. Ce volume est partagé en de'ux pe«* tites ch'àmbres par une cloison horizontale, et c'est k la chambre inférieure qu'aboutissent les deux^ tubes hk. Ainsi lesdeuxgazens'écoulant dans cet espace étroit s'y mêlent dé fa. Mais en outre la cloison a une entaille à sa circonférence qui permet aux gaz de passer dans la chaipbre supérieure, passage qui rend leur mélange plus parfait ; et c'est de cette chambre supérieure qu'ils passent par X dans, le tuyau d'écoulement rq (fig. i40<
Ce tuyau, qui doit fournir la plus grande sûreté, est en fer, a 3 pouces de longueur et une ligne entière de diamètre; mais parcontre il est rempli de 7 fils de fer, chacun d'eux de f de ligne d'épaisseur. Vou« voyez par la coupe de ce tuyau que je vous dessir
302 80IXA19TE SIXIJBME ENTRETIEN.
(fig. i5.) que ce tuyau se change par là en 12 tubes capillaires et triangulaires, qui tous laîssedt passer du gaz. Pour réunir ces douze filets de gaz en un seul je visse au bout du tuyau une pointe conique de fer s (fig. 14.) percëe sur sa longueur de 10 lignes d'un tube de -Ij de pouce de France, La base de ce cône laisse entre elle et les bouts de fils de fer un espace qui n'a que \ de ligne de profondeur. Le fer étant un bon conducteur de la chaleur vous concevez que de si petits filets de gaz ne peuvent jamais s'y échauffer jusqu'à s'enflammer, et Texpérience m'a appris que lorsque je fais écouler les gaz avec une vitesse 7 à 8 fois plus grande que celle que produit une colonne d'eau de 6 pieds, le bout seul du cône s commence à rougir*
Comme les deux gaz doivent commencer à s'écouler de chaque réservoir au même instant, les deux robinets i (qui permettent ou arrêtent cet écoulement sont armés chacun d'un bras it (fig. 14O et ces deux bras sont réunis par une tringle tt fixée à charnière aux bras en t, et qu'on saisit en u pour ouvrir ou fermer les deux robinets à la fois. Enfin , con/me il est nécessaire de savoir quand les gaz sont épuisés et les réservoirs pleins d'eau, j'ai adapté à chaque réservoir un tube de verre df qui communique en d et en e avec l'intérieur du réservoir. L'eau montant dans les réservoirs monte également dans les tubes et fait voir qu'elle hauteur elle a atteinte, et indique parconséquent le moment où les gaz sont consumés, et l'expérimentateur ferme les robinets i un instant auparavant, pour empêcher l'eau de monter dans les tuyaux fak et de passer dans le reste de Ta^ j^arei!. ^
SOIXANTE SIXIEME ENRETÎEN. 3o5
Vous aurez trouvé, madame, cette description un peu longue; mai^ j'ai c^^ devoir vous donner ces détails pour vous mettre bien au fait de Tusage de cet appareil qui réuni|: à la plus grande commodité une sûreté coroplette. Voici la manière dont je m'en sers. Je supppse les réservoirs A et B déjà remplis de gaz et les ouvertures c de même que les cinq robinets C, i et î, 1^ et b fermés. Je remplis d*eau la cuvette F et le tuyau ED, qui en contient déjà jusqu'à la hauteur des ouvertures c et c. En cet état l'instrument est chargé. Pour le mettre en activité j'ouvre le grand robinet C; l'eau de la cuvette F se répand dans les deux réservoirs A et B et comprime également les gaz qui ne peuvent pas encore s'échapper, les robinets i ei i étant encore fermés. A l'instant où' ils s'ouvrent le courant paroit à la pointe s et on l'allume, ce qui. peut se faire soit avec du papier , soit avec un bâtonde verre ou un charbon ardents. , .
La chaleur que cette flamme produit est prodigieuse. Un fil d'or très mince s'y réduit en fumée et . un fil d'une ou deux lignes de diamètre y fond commis du plomb à une chaleur ordinaire. Le platine de mêmç de diamètre y fond quoique plus lentement et lance des éteincelles en tout sens. Le fer y bouillonne et produit, comme une roue d'éteincelles de fer brûlant. Toutes les terres ou pierres fondent à cette flamme, nommément le cristal de roche, infusible jusqu'à- Tinvention de Newmann. Pour ces expériences on saisit le corps à fondre avec une pince ou bien on le place dans un trou fait dans un morceau de charbon^ C'est sur tout pour ce dernier genre d'expériences que letubé
3o4 SOIXANTE SIXIÈME ENTRETIEN.
r 8 (fig. i40 3 une situation inclinée qui approdié jusqu'à 30 degrés de la verticale, afin que les objets se tiennent avec sûreté dans le petit creAset de chaTrbon. J'ai augmenté la colonne d'eau de compression jusqu'à une hauteur deao pieds et les effets ont été plus rapides à raison de la plus grande vitesse avec la quelle leggz $'écovile et se consume.
Mr. de R. Ces effets seroient prodigieux, si on augmentoit cette hauteur jusqu'à 100 pieds et plus*
Mr. de P. J'ai/ construit un autre instrument où j'ai comprimé legaz inflammable au moyen d'une pompe foulante jusqu'au dixième de son volume, employant toujours le même tube plein de fils de fer pour Técoulenient, espérant obtenir un effet bien supérieur. Mais j*ai été bien trompé dans mon attente.. Le gaz ainsi comprimé ne s'est plus^illumé à sa sortie, et ce n'est qu'après avoir perdu | de son élasticité, c. à. d* avoir été réduit à une élasticité de 2| fois la pression de Tatmosphè-» re qu'il a commencé à briller. LesrÂnglois compriment le gaz dans leur appareil également jusqu'au huitième ou dixième de son volume et il s'allume à sa sortie, ce qui prouve que ce gaz perd dans les détours' qu'il est obligé de faire- dans leur appareil et par le si petit diamètre de leur tuyau capillaire également les trois quarts de sa vitesse.
Le jeune de L. D'où vient que le gaz ne s'allume plus lorsqu'il s'écoule si rapidement? La vitesse de sa sortie seroit-elle si grande que l'inflammation ne pût pas se propager?
Mr, de P. Assurément pas ; car la vitesse de Tin-flamraaiion surpasse de beaucoup la vitesse de Técoule-
SOIXANTE SIXIEME ENTRETIEN* So5
ment mêmesous cette forte pression. Mais c'est la grande dilatation subite qui' a lieu à la sortie du gaz, qui cause ce 'phénomène. Cette dilatation refroidit le gaz si considérablement que la flamme d'une allumette ou la chaleur rouge du verre ne suiEsent plus pour Tenflammen
Le Comte C. Ainsi l'augmentation de la chaleur par la vitesse d'écoulement a ses bornes et ne peut croitre au de là que par l'augmentation du diamètre du tuyau d'écoulement qui a également ses bornes, qui peut-êupe ne sont pas encore connues^
Mr, de P. Cela est très juste. Maïs voici une ob-
' servation bien étonnante et qui m'a surpris moi-même extrêmement. Je m'étois attendu à voir te rapide courant d'air enflammé jetter une lumière brillante* Mais points du tout ; cette flamme qui produit une chaleur si puissante est à peine visible de jour et ne fournit dans l'obscurité pas assez de lumière pour pouvoir lire à ss( lueur. Par contre les corps peu fusibles exposés à cette? flamme invisible répandent une lumière éblouissantei qui ne le cède pas à celle du soleil , et le Physicien ^ui doit observer son expérience de près est obligé d'armet ses yeux d'une lunette de couleur pour conserver sâ( vue. Ce phénomène, secondé de l'expërience de ' Wedgwood fils sur le fil d'or qui devient incandescent et lumineux par l'action d'un courant d'air brûlant mai»
" sans lumière, et de mon elxpérience avec la lampe d'Ar* gant chargée d'esprit de vin, nous rammène à une con-« sidération sur le luminique que j^ai promise autrefois à mon aimable auditoire^
Mr.deG. Ces phénomènes frappants doivent iioûs mener à dés iées nouvelles*
3o6 SOIXANTE fiEPTlÉME ENTRETIEN.
Mr. de P. N'espérez pas trop de Tanalyse de ces phénomènes, que je vais vous donner de mon mieux. Le produit de Tinflammation du gaz hydrogène et oxigène est de Teau en forme de vapeur, presque sans lumière, et une clialeur énorme, ce qui foûruit une nouvelle preuve contre Topinion de Tidentité du calorique et du himinique. Cette chaleur, qui ne développe ici (de même que dans l'expérience de Wedgwood) presque aucune lumière 9 en développe une quantité immense dans le corps solide sur le quel elle se décharge. Ceci doit nous faire présumer que la forme des corps joue un très grand rôle dans le dégagement de la lumière.
Mr. de i. Je l'avois prévu que ce seroit une des grandes sorcières de monsieur de P., ou la marche chimique, ou la forme des corps, qui feroit Ta^ffaire.
Mr. de P. Patience, Général! N'exigez pas trop de ces soi -disantes sorcières. Observons à présent les autres flammes ; elles sont toutes beaucoup plus lumineuses que celle du gaz hydrogène, qui fournit le moins de lumière lorsque ce gaz est bien pur et a reposé quelque tems avant d'être allumé. Celles des combustibles composés d'hydrogène et de carbone produisent toutes de la fumée, substance solide, que le gaz oxigène, soutenu d'une température élevée, dévore complettement dans la lampe d'Argant. Celle de phosphore produit un acide également de forme solide. Ces matières solides infiniment déliées se trouvent dans leur flamme presque à la même température que les corps exposés à celle du soufflet de Newmann ; ik doivent donc briller de lumière comme ceux-ci , et c'est cette lumière
SOIXANTE âEPtiÈMB ENtttETlÈiï^ ^Of
que noii$ appelions la lumière de la flammé. Et à cet égard Newton a fait une vraie prophétie en disant que la flamme est une furhée chauffée jusqu'à IHiicandes-^ cence.
Mr. de it. Newton est toujours grand; son g^- . nie anticipe les siècles.
Mde. de i. Ce principe de Newton s,é soutîéhdràt-il par tout ?
Mr. de P. Voyons. La flamme ua soufre brûlant à l'air commun fournit peu de lumière. Aussi le produit de cette inflammation est-il un acide qui à cette température a la forme de vapeur, non dé solide; et lé peu de lumière que cette flamme dégage doit être assigné au soufre sublimé qui se trouvé dans son intérieur sans contact avecToxigène de l'atmosphère mais chauiF^ presque jusqu'à Tîncandescence. Lorsqu'on fait brûler le soufre dans du gaz oxigène pur, la lumière est incomparablement plus grande et plus blanche, par ce ' que la chaleur^ alors bien supérieure, volatilise une bien plus grande piroportion dé soufré à la fois qui acquiert en même tems unejtertipérature bien plus éfevéé* Une grande partie de la lumière du phosphore allumé provient également du phosphore volatilisé qui n'est pas encore entré efi combinaison avec lé gaz okigènèj , et comme le produit dé soii inflammation est également une substance solide, vous expliquerez par là pourquoi la vivaéité de la luiiiière du phosphore est supérieure à Êelle du soufre.
Lé Comte C Ainsi les flammés qui cohtîeiuienf \ ou produisent le plus de ôorps solidfes, doivent four-* nir^ toutes éh^sés id'àilléurs égalée ^ le plus dé lamièré^
3o8 SOIXANTE SIXIÈME EIÏTRETIEN.
et celles qui en contiennent oun^en produisent pas doivent produire des Aammes mortes*
Mr, de P* C'est mon avis,
'Le Comte C, ^ Mais.les gaz composés d'hydrogène carboné fournissent des flaqimes très lumineuses.
Mr. de P. Aussi voyons-nous que Tinflammation de ces gaz produit de la fumée; ce qui provient dé ce que cette inflammation combine d'abord le gaz oxigène avec \e carbonede manière à former un oxide solide, et ensuite, dans.une seconde opération, de manière à former de Tacide carbonique. Par contre le gaz hydrogène simple et pur, ne pouvant former par sa combinaison avec le gaz oxigène autre chose que de l'eau en forme de vapeur, ne produit pas de lumière, et le peu qu'on en aperçoit ne provient probablement que de la poussière de l'air de la chambre qui se mêle au courant brûlant.
Le Comte C. Ainsi il n'y a que les solides qui soient capables de devenir lumineux.
Mr. de P. Pardon, monsieur le Comte. Il faut ajouter aux solides les liquides qui peuvent supporter les degrés de chaleur nécessaires sans se changer en vapeur. Tels sont le platine, l'or, l'argent, le fer etc., de mênAe la plupart des terres qui, mises en fusion, brillent fortement. Ainsi nous devons dire que tous les corps, solides et liquides , chauffés dûment fournissent des jets de lumière d'autant plus vive que la chaleur employée ejt plus grande; et voilà le phénomène de l'inflammation rangé avec celui de la phosphorescence.
jMLde. de L. Ce résultat m'étonne. Je n'eusse jamais * pensé que les effets violents de l'inflammation se range-
roient dans la classe de ces petits phenoraènes lumineux opérés par les i^ayons du soleil ou par le frottement ou par une légère chaleur. J'îtdmire la suite de raisonnemens qui nous a conduits à ce résultat.
Le Comte C. Nous pouvons faire . encore un pas de plus dans cette belle carrière et poser en thèse, à ce qui me semble, que le dépôt de la lumière se trouve dans lesj solides et les liquides. '
Mr. de P. A l'exception des gaz et des vapeurs?
Tjb Comte C. Je crois devoir le conclure des phénomènes que vous nous avez présentés, les gaz et les vapeurs n'étant pas susceptibles de luire.
Mr. dé P. Je crois au contraire que tous les combustibles et sous toutes les formes contiennent lesluminiques et que'l'oxîgène seul fait exception, que ceux qui sont à Tétat de gaz les dégagent dès qu'on les prive de la grande expansion qui leur est propre dans leur état nature). Lorsqu'on allume par compression un mélange de gaz hydrogène et*oxigène, la tlétonnation, dégage une lumière vive (observation de Bio.t), et même^ on aperçoit un dégagement semblable, quoique plus foible, lorsqu'on charge le briquet à air d'air commun dans l'expérience de Mollet que j'ai déjà eti l'honneur de vous décrire vérè la fin du chapitre de la âialeuh Ainsi dans l'expérience du soufflet de Newipann nous ne voyons pas de lumière par ce que les gaz, en se réunissant par ^affinité chimique, produisent de la vapeur d'eau, substance d'une grande dilatation augmentée encore par une énorme chaleur. Mais le gaz hydrogène ji'en contient pas moins du luminique , que je regarde comme le principe qui lui donne la forme de gaz, de
3io
SOIXANTE SIXUEI^^ ENTRETIEN^
même que le calorique la donne à Toxigène; ce que j'ai déjà énoncé lorsqu'il étoit question de la combinaison de Tox^gène avec Thydrogène. Vous êtes à présent en ëtat de juger si ^cette assertion est vraie ou non.
Le Comte C, .Les faits que vous avez cités sont •bien faits pour en prouver la vérité,
Mr. cleL. Et j'^joutç à ces faits une nouvelle analogie, celle du gaz oxigène qui ne produit de la chaleur qu'ep perdaqt sa forme gazeuse ou au moins une partie du volume qu'il occupe.
Mde. de L, Quelle indulgence, mon ami, vous prend a Tinstant!
Mr. de L. (riant.) 'Un seul ton n'est pas de la Musique.
Aide, de L» Profitez, monsieur de P., de ce beau inoment pour nous présenter encore bien des clioses nouvelles. /
Mr. de P. Je suis fâché, madame, de ne pouvoir obéir. La théorie de Tinflammation est terminée et vous ne voudriez pas que j'eil entamasse encore ce soir une nouvelle.
Mde. de L. Assurément p^s ; car vous nous avez / donné ce s6ir tant de choses -épineuses qpe je ferai fort J)ien de prendre du tecns pour les digérer.
Soixante septième entretien.
JVlr. de P. Vous avez, madame, accordé beaucoup d'intérêt à ce que j'ai eu Thonneur de vous offrir sur l'inflammation.. Permettez moi de réclamer la même faveur pour le procès de \2i fermentation.
Mr, de Le. Les buveurs vous témoigneront le plus d'intérêt puisque c'est à la fermentation que nous devons le vin, l'eau de vie, la bière.
Mr. de P. - Nous lui devons bien autre chose encore que les liqueurs fortes. C'est elle qui nous fournit le, sucre, le pain et la pourriture.
Mde. de L. Passe pour le sucre et le pain, pour les quels je veux être très reconnoissante à la fermentation. Mais quant à la pourriture vous voudrez bien me diîipenser de tout devoir à son égard.
Mr. àe P. Vous savez, madame, avec quel plaisir je me soumets à vos volontés. Mais cette fois-ci je me sens forcé de vous prier d'accorder vos hommages bien sincères à la fermentation pour le don inapréciable qu'elle nous fait chaque jour en produisant la pourriture. Car c'est à la putréfaction de la quantité immense de végétaux morts que nous devons le terreau,
3ia SOIXANTE SEPTIÈME ENTRETIEN.
Tengrai le plus puissant, l'unique que laT>fature employé pour faire croitre les végétaux, pour renouveljer chaque année la verdure des prairies, le tapii de fleurs que, chaque printeins nous oiTre et les dons de Gères et de Pumône. C'est à la putréfaction en outre que nius redevons métne le sol, la place que nous occupons sur notre globe; car si les corps morts ne pourrissoient pas; ils Couvriroient la surface entière de la terre. Supposons que tout le globe habité ne contienne que 3oo millions d'habitans et que la race humaine vivante se renouvelle ''tous les 40 ans ; depuis 6000 ans qu'il est habité il nous offriroit 45ooe millions de cadavres humains et un nombre incalculable d'autres cadavres d'animaux de toute espèce, depuis le moucherop jusqu'à l'éléphant ; et vous concevrez que la surface de la terre ne seroit qu'un vaste cimetière où nous ne pourrions plus nous |:e|nuer«
La fermentation putride nous délivre de tous ces cadavres, dont la végétation s'approprie les débris par des procédés que nous sommes encore bien éloignés de comprendre tous, pour former les plantes qui fournissent 9l l'homme et aux animaux leur nourriture, leurgiteetla plupart de leurs besoins.
Mde. de L. Ainsi c'est du sein de la mort que la Nature fait jailli;^ la vie, r'est par la destruction qu'elle crée! Dieu puissant] Dieu de bonté! Chaque pas que |e fais dans l'étude se tes oeuvres me rammène à tes pieds par \à reconnoissanco^t Tadoration. Chaque instant de m^ vie, chaque instant de la vie de tous les êtres que %u as créés , est signalé par une merveille , par un acte (I0 bonté et de sagesse inlinies.
SOIXAIÎTE SEPTIEME ENÏIVVEIEN. 3l3
Mr, de P. Oui, madame. Ce sentiment sublime que vous exprimez avec tant de vérité, est, celui que nous éprouvoi^s à chaque coup-d'oeil que nous jettons sur Toeuvre du Créateur, sentiment qui, quoique répété si souvent, nous paroit toujours nouveau, toujours délicieux par ce que c'est le plus noble besoin de notre âme. I
Mde; de L, Me voilà bien revenue de mon préjugé. Hâtez vous de nous expliquer les merveilles de la fermentation. ,
Mr. de P. La fermentation est une décomposition des corps du règne végétal et animal qui se fait sans Taide d'une haïue chaleur et des acides, moyens dont nous nous servons ordinairement pour décomposer les corps. La Nature la produit le plus souvent elle seule; mais il est aussi des fermentations produites par l'Art.
Mde, de L, Y a-t-il donc plusieurs fermentations ?
Mr, de P. Proprement pas. La fermentatioiTest un vaste procès chimique composé de plusieurs procès qui se succèdent, qui engrennent en quelque sorte les uns dans les autres. Nous avons distingué les époques les plus saillantes de ce grand pfocès, celles où la Nature, à elle seule ou secondée de l'Art, fournit des produits déterminés dont npus usons dans la vie commune. De là Vidée de plusieurs fermentations,' quiopt été observées surtout dans le règne végétal.
Mr, de R. Puisque le règne végétal joue ici le premier rôle, qionsieur le Comte C. se trouvera comme chez soi; mais nous autres qui ne connoissons pas Ie« plantes, nous nous trouverons en pays étranger^
Mde, de L. Où je crains de me perdre.
3l4 SOIXA19TE SEPTIEME ENTRETIEN.
Mr, de P. J'ëtois sur le point, madame, de vous prier de me permettre de vous orienter en vous fournissant quelques notions prélimiliaires sur la Chimie des * plantes, science presque nouvelle qui, de même que la chimie animale, offre un champ immense à exploiter.
Toutes les parties des végétaux, décomposées par le feu ou les acides minéraux, fournissent de l'hydrogène, du carbone et de Toxigène, en sorte qu'on peut regarder ces trois substances simples comme les principes des végétaux. Les graines de plusieurs plantes, sur- « tout des graminées, contiennent en outre de Tazote, et comme le règne animal se distingue chimiquement du végétal par une quantité très notable d'azote mêlée à l'hydrogène, Toxigène et le carbone, les parties des végétaux qiu contiennent ce quatrième .principe forment en quelque sorte t}n pont entre ces deux règnes organiques. Il existe même quelques familles de végétaux qui s'assimilent à cet égard au règne animal ,' ce sont les champignons, dont le goût même rappelle ce^ lui de la viande.
Mr, de iZ. Ainsi dans le nombre immense de ses productions organiques la Nature n*a point établi de caste absolument isolée des autres, pas plus que dans le règne minéral. v
Le Comte C L'homme veut être plus sage que la Nature. L'Indien, l'Egyptien, le Chinois, tous les peuples de l'Orient, onx partagé la seule famille humaine en plusieurs castes séparées les unes des autres par des barrières insurmontables, et nous autres Euro** péens avons perpétué même dans nos législations mo--p ' dernes au moins une caste distinguée des autres, peut-
être pour nous rappeller que nous sommes les frères cadets des peuples de l'Asie. ,
Mr. de P. Vous allez, monsieur le Comte, î^vec vos hérésies politiques, exiter entre nous une toute autre fermentation que celle dont j'ai à vous parler. Retournons à nos végétaux.
On extrait des plante^, par des opérations tantôt chimiques tantôt mécaniques , plusieurs substances qui ont un caractère particulier, désignées sous le nom de substances végétales y dont les principales sont: l'a- . midon, le gluten, le sucre, la gomme, les résines, les huiles et les acides végétaux. Vous connoissez, madame, toutes ces substances, à l'exception peut-être du gluten, que je vais avoir l'honneur de vous décrire. On fait une pâte de farine qu'on malaxe en ajoutant petit à petit de l'eau. Cette eau devient laijreuse et emporte toutes, les parties de la farine à l'exception du gluten qui se trouve complettement extrait lorsque l'eau n'est plus laiteuse. Cette substance végétale est grisâtre, molle, élastique et collante, insoluble dans l'eau, froide ou chaude; mais l'eau bouillante la rend cassante. Les acides végétaux et plusieurs autres, de même que les alkalis, la dissolvent.. Elle contient de l'hydrogène, du carbone, de l'oxigène et beaucoup d'azote. Plongéç dans l'eau elle pourrit facilement à la température ordinaire.
Toutes les autres substances végétales nommées sont composées d'hydrogène , de carbone et d'ojtigène sou$ diverses proportions et dans diiFérehtes çombinaisoi^s chimiques de leurs principes, P<|r contre elles paroissent pe «Wir e^tre elles que p9r attr^çtiop de suff^ç^
3l6 SOIXANTE SEPTIEME ENTRETIEN*
pour former ce qu'on nomme les parties des ^lantes^ le bois, Técorce, les feuilles, les semences, la sève, les sucs etc.
L'oxigène contenu dans les substances vëgëtales gui ne contiennent point d'azote joue un rôle important ; il détermine en quelque sorte la nature de la substance par ses proportions à Thydrogène, Lorsqu'il y a plus d'oxigène qu'il n'en faudroit pour produire de l'eau, alors la substance végétale est un acide ; de là provient le grand nombre des acides végétaux» Lorsque la quantité d'oxigène est à celle d'hydrogène dans la même proportion que dans l'eau, alors la substance végétale est du sucre, de la gomme, de la fibre ligneuse, de l'amidon etc. Enfin s'il y a moins d'oxigène qu'il n'en faudroit pour former de l'eau, alors la substance végétale est éminemment combustible; c'est de l'huile, de là résine, de l'aTkohol etç«
Au reste cette influence de la proportion de l'oxigène à l'hydrogène dans les substances végétales ne doit pas. nous porter à croire qu'il n'existe d'affinité qu'entre ces deux principes et que le carbone ne ^-j trouve que comme spectateur. Il y existe en vraie combinaison chimique avec eux ; ses combinaisons y sont aussi
importantes que ses proportions, et nous devons considérer les substances végétales comme de vraies com-^ binaisons des trois ou quatre principes, produites par l'affinité mutuelle soit physique soit chimique de l'hydrogène , du carbone, de l'oxigène et de l'azote. D'où vous concluerez que la yariété des substances végét^jles possibles doit être très grande. Aussi, quoique nous çonnoissions déjà un très grand nombre^ de ces sub-
SOIXANTE SEPTiiMB ENTRETIEN* 3.17
Stances, on en découvre toujours encore de nou-. velles.
Ces combinaisoils mutuelles se tiennent réciproquement en équilibre, équilibre plus ou moins stable dans différentes de ces substances. Sa plus grande sta* bilité réside dans la première dasse qui n'offre que des acides, qu'on ne peut décomposer que par les réagents les plus énergiques. Les substances de la troisième classe contiennent peu d'oxigène, les unes, telles que les huiles grasses , si peu qu'on doute ntéme qu'iLy en ait, et leur équilibre est encore très stable, par ce que Toxigène est, à raison de sa moindre quantité, lié très fortement aux autres principes. La seconde classe par contre est composée de substances avec une grande quantité d'oxigène sans cependant former des acides.
Comme la fermentation est une décomposition des* substances organiques opérée par de foibles moyens, . nous devons nous attendre à ce que la fermentation se manifeste surtout dans la seconde classe de substances végétales. Et c'est en effet ce qui a lieu, les substances de la première classe, les acides végétaux, et celles de la troisième classe, les substances éminemment coon bustibles, n'étant nullement susceptibles de fermentation, ce procès ne couvenant qu'aux substances' de la seconde classe.
Mde, de L. Cette trapsition des principes de la Chimie Végétale à la fermentation me surprend agréablement. Ce sont des vues générales qui me plaisent, d'autant plus que je crois entrevoir le fil qui les lie à ce que vous nous avez dit sur le rôle deToxigène des corn*
5l8 SOIXANTE SEPTI]S;M£ ENTRETIEN.
bustibles dans le procès de l'inflammation et sur les inflammations spontanées.
Mr. de P. J'admire, madame, votre sagacité; favois craint que la turbulence du procès de Tinflammation ne vous parut trop éloignée de la lenteur, de la gravité (si cette expression m*est permise) de ceux de la fermentation pour soubçonner que ces deux procès eussent quelque chose de commun.
Mde. de L. Mettez, monsieur de P., s'il vous plait, votre admiration de côté, qui ici ne peut que paroitre plaisante, pour entamer notre matière qui à chaque pas m'inspire un nouvel intérêt.
Mr. de P. La fermentation étant une opération chimique, elle ne peut avoir lieu que par l'intermédiaire d'un fluide. Aussi lorsqu'on fait disparôitre tout
. le liquide que les substances susceptibles de fermentation contiennent, la fermentation n'a-t-elle plus lieu, et cela se fait soit par la gelée, soit par l'évaporation.
* Aussi les viandes et les poissons gelés se conservent-ils facilement, et Ton rend même le bouillon de viande inaccessibles la fermentation putride en faisant évaporer toute l'eau qu'il contient. Mais le premier de ces moyens altère un peu la saveur des substances animales et détruit même celle des végétaux qui nous servent de nourriture, par ce que l'acte de la congélation suffît déjà pour y altérer l'équilibre d'affinité des principes des substances susceptibles de fermentation, de même qu'une température plus élevée. D'où nous devons conclure que chaque substance végétale ou animale, susceptible de fermentation et imprégnée de liquide, ne cesse de fermenter qu'à un certain degré de température propre
SOIXANTE SEPTIÉMB ENTRETIENT* 3ig
à chacune d'elles, celui où le liqnide qu'elle contient est sur le point de geler; et le procès de la fermentation^ à partir de ce point, augmente avec la température, à moins que celle-ci ne soit assez grande pour priver cette "substance de son liquide. C'est ce que l'expérience nous prouve dans tous les genres de fermentation.
Mr. de G. Mais quek sont ces genres de fermentation? Je suis bien curieux de les connoitre.
Mr. de P.' Nous n'en avons jusqu'à présent distingué que cinq dont les noms se rapportent aux produits principaux qu'elles nous fournissent. , Ce sont la fermentation sucrée, vineuse; acide panée et putride. La première fait le sucre, la seconde le vin et l'alkohol, la troisième le vinaigre, la quatrième le pain, et la cinquième a pour produit la pourriture, c. à. d. la dissolution complette de la substance organique. Parcourons succintement ces cinq opérations bienfaisantes que nous devons à la Chimie soit de la Nature soit de l'Art.
Mde, de L, Pas si rapidement, je vous prie.
Mr. de i. Sur tout pour la première, n'est-ce pas 9 madame. Votre eau sucrée, qui vous gâte Tes* tomac, vous tient à coeur.
Mde. de L. C'est presque ma seule nourriture.
Mr* de V^* Malheuresement pour votre santé«
Mde. de L. Et vous aussi vous vous rangez du côté de mon mari!
Mr. de L. Et toi aussi, mon fils Brutus! disoit César en recevant le coup mortel de Brutus qu'ils ché<> rissoit.
32^ SOIXANTE SEPTIEME ENTRTIEN.
plit de l'autre moitié une grande bouteille jusqu'à -^ de soîi volume, dont il terma soigneusement Touverture. Il laissa Tune et Tautre portion exposée pendant 38 fours à une température de 18 à ao degrés R. Lorsqu'il ouvrit la bouteille au bout de ce tems il s'en échappa du gaz avec violence, qui s^ trouva être de l'acide carbotiique et du gaz hydrogène. L'analyse chimique de ces deux liquides lui prouva que celui qui avoit été exposé ^ l'air contenoit en vfron49i parties de sucre et celui qui avoit été enfermé en consenoit environ 47I sur ioopar« ties d'amidon employées* Le reste de l'amidon, à environ 4 p. t:. près, dans l'une et l'autre expérience, avoit été également décomposé et fournit de la gomme et d'autres substances jusqu'alors inconnues , dont l'une se trouve tenir des propriétés de la gomme et de l'amidon et l'autre des propriétés de l'amidon et de la substance fibreuse du bois.
Ijc Comte C. Ces résultats surprenants prouvent donc que l'oxigène de l'atmosphère n'est point nécessaire pour décomposer l'amidon et former le sucre.
Mr de P. Avec quelque restriction. Veuillez ne pas oublier que Th. de Saussure avoit laissé j\ du volume de sa bouteille plein d'air, et je crois que ce pea d'air a du servir à commencer la fermentation, comme j^ Tai observé pour la fermentation qui produit l'inflammation spontanée du foin humide. Mais ce gu'it y a de certain c'est que c'est à la température seule que nous devons le gros de l'opération ^ qui consiste à modifier les degrés d'affinité de l'hydrogène et du carbone cour l'oxigène, et nous voyons ici une foible température faire à la longue ce qu'une i^iit^ température fait
SOIXANTE SEPTIÈME ElTTAETIEN. S^S
dans 1â décomposition def l'eau par le charbon et dand les inflammations 9 c. à. d. augmente l'affinité du carbone au dépens de celle de l'hydrogène, puisqu'il s'est formé de Tacide carbonique et du gaz hydrogène, quoiqu'en petite quantités ^
Mde, de Ju. -Mais comment prouvez-vous ràctiôn du peu d'air atmosphérique resté dans la bouteille? Je préférerois ne devoir la formation du suC^ré qu'à la chaleur* J'aime les hypothèses simples^
Mr. de P. Je la prouve par une autre éxpérieiléé de Saussure. Ce grand connoisseur de l'oeconomiè^végétale a exposé pendant 40 fours et sous la même température de 18 à ao degrés une portion d'amidon^ préparée comme les précédentes^ a la fermentation ^sôusf , nne cloche pleine de gaz acide carbonique et n'a' obtenu que I p. c. de sucre, effet qu'on ûe peut assigner qu'à une petite portion d'air atmosphérique toujours! mêlée aux gaz artificiels.
Etes-vous satisfaite, madame, de la théorie de lai formation du sucre?
Mde, de L. Parfaitement et j'admire la petitesse des moyens dont la Nature se sert pour nous offrir ce? don bienfaisant.
Mr. de P. Ëh bien! madame^ un françois^ nomi^ mé •••..* (Pardon ; j'ai oublié son nom) a trouvé Fart de faire du sucre avec du bois^ du papier^ de la toile ^ de la paille j des chenevottes etc. etci
Mde. dé L. Est - ce votre sérieux ?
Mr, de Pi Assurément Et pourquoi pas? Toutes ces matières sont proprement de la libre ligneuse,* qui range dans la- même elasse qàê l'amidon^ et i'ai eu l'hon^^
neur de vous dire tout-à-l'heure que la fermentation de l'amidon produit une substance qui est proche pareijte de la fibre.
Mde. de L. Il faut avouer que la fermentation nous oflFre des eflPets magiques. Le sucre doit à présent devenir à bon marche puisqu'il ne faut que faire fermenter du bois ou de la paille pour le produire.
Mr. de P. Je doute fort que ces belles opérations; chimiques aient de si tôt influence sur les prix du sucre. Ces sucres factices sont bien inférieurs au sucre naturel de la canne ou des bettes- raves ; car ils ne sont pas cristallisés- et ont en outre chacun un goût à part qui n'est proprement du goût de persoime. Celui de Kirchhof , qui approche le plus du sucre du commerce, n'a fait aucun tort à celui-ci. Passons à présent à la fermentation vineuse que monsieur de L. nomme \d^ fermentation des buveurs. *
La fermentation vineuse est unefermentation artificielle ^ c. à. d. qui exige une substance particulière pour s'efi"ectuer, le fermenta L'objet sur le quel ojle s'exerce est le sucre ou une matière sucrée. Son produit est de Talkohol et de l'acide carbonique en quantité égale au sucre employé. Prenez loo pai^fies de sucre, déLayez les dans 4<^o parties d'eau, mêlez y 20 parties de ferment en pâte et abandonnez le mélangera lui-même à une température moyenne de J2 à i5 degrés R. La fermentation s'établira et voici ce que vous observerez. La température augmente d'elle-même petit-à- petit jusqu'à à environ 18 degrés. La masse entière subit un mouvement interne qui est sensible par les flocons du ferment qui circulent dans la masse. Ce
mouvement est causé par la production d'une infinité de petites bulles'de gaz acide carbonique jqui, en s'attachant par adhésion aux flocons du ferment, les fait monter à la surface du liquide et les abandonne là à leur propre poids en s'échappant dans Tair; ce qui fait qu'ils • retombent au vertu de leur pesanteur spécifique. M^is comme la liqueur est visqueuse, le gaz ne s'écijappe pas dès qu'il a atteint la surface, mais produit une mousse qui se renouvelle et se perd incessamment pendant l'opération. Au bout d'un certain tems l'augmentation de la mousse devient plus petite que la perte et la mousse disparoit çnfin, ce qui indique que la fermentation et terrrunée.
Le liquide contient à présent de l'eau , de l'alkohol, qu'on en extrait par la distillation et les débris du ferment décomposé qui gisent au fond du vase et en outre la plus grande partie du ferment non décomposée. ^ La portion du fermenfqui a été décomposée est très petite et ne monte qu'à aj parties sur loo du sucre| abstraction faite de l'eau qui teftoit le ferment en pâte.
Mr. de R. C'est bien peu de ferment pour cette quantité de sucre et la grandeur des opérations ct^imiques et mécaniques qu'il opère,
Mr. de P. J*espère d'autant plus que vous vou-^ drez bien me prêter votre attention lorsque je vous dirai le peu que je sais sur cette substance et sa manière d'agir, Westilimb, excellent Chimiste allemand, a analysé le ferment , c. à. d, le levure de bierre telle qu'elle sert dans les fabriques d'e^u de vie et l'a trouvé composé de sucre, dégomme, de gluten, d'acides végétaux et nommément d'acide acétique. Il a pris ce$
|i]<9tières une à une pour essayer de produire la fermentation et ne l'a point obtenue. Ensuite il les a prises deux à deui^ et a obtenu la fermentation uniquement au moyen du gluten et de Tacide acétique, et il déclare que le vrai ferment est un composé de ces deux substances végétales. D'autres Chimistes considèrent le ferment comme une substance végale à part composée d'hydrogène i de carbone, d'oxigène et d'azote dans des proportions non encore déterminées et dont les autres propriétés sont très analogues à celles du gluten. Ce qu'il y a dé certain c'est que la pâte aigrie forme une levure (moins parfaite à la vérité que la levure de bierre) ce qui ne peut être attiibué qu'au gluten et au?: acides que la pâte aigrie contient.
Trois faits doivent nous éclairer dans la théorie de la fermentation vineuse. Le premier est que toute espèce dei ferment confient de l'azote, le second qu'aucune patière végétale qui ne contient pas d'azote ne ferjiiente pas d'elle-même, le troisième que toute substance végétale qui contient de Tapote entre d'elleipême en fermentation vineuse si elle en contient peu, putride si elle en contient beaucoup, comme par ex: les ferments et le gluten. On peut y ajouter le quatrième fait, c'est que l'azote du ferment ne s'est retrouvé ni dans $on résidu, ni dans l'eau, ni dans l'esprit de vin, ni dai^s l'^tcide carbonique. D'où nous devons conclui'e qu'il a été employé à quelque chose et qu'il s'est combiné si forteipent que l'analyse ne peut Je f^ire paroitre. D'après pes données je considère l'azote comme la cause de la fermentation vineuse qui modifié les proportions d'affinité entre l'hydrogène, le
SOIXANTE SEPTIEME EKTIlETIEi^. 327
carbone et Toxigène en rehaussant celle des deujc dernîers l'un pour l'autre et dont la combinaison plu^ in- ' time produit l'acide carbonique. Le célèbre Davy/a adopté la même opinion. On peut , sans abandonner ce principe, accorder que dans certains cas une petite portion de* gaz oxigène donne la première impulsion au procès, peut-être en favorisant l'action de l'azote/ Car il est décidé que le sucre ne subit pas la fermentation vineuse quelque quantité d' oxigène avec le quel on le mette en contact si Ton éloigne soigneusenient tout azote, ,
Mr. de L, Ainsi voilà l'azote, mo|i protégé,' do nouveau bon à quelque chose,
Mr, de P, Nous nous convaincrons de son activité encore plus clairement dans la fermentation putride. En général les fermentations sont le vjrai théâtre dé ses exploits.
Lé Comte C. Puisque l'esprit de vin se forme par la décomposition du sucre ^ décomposition qui produit en même tems de l'acide carbonique, on peut donc dire que r^lkohol est du sucre privé d'unç partie de carbone et d'une plus grande partie d'oxigène; ce qui explique poqrquoi il brule beaucoup mieux que le sucre.
Mr. de P. Assurément , et cela se prouve par l'analyse de ces deux substances dont je vais avoir l'honneur de vous offrir les résultats.
Sucre jilkohol
Carbone ^ . , , 42/^% , ♦ , 52^^
Oxigène , . . . So^feV • • • 34î^
Hydrogène , . . 6j^^ , , . i5x^ô%
328 SPIXANTE SEPTIÈME ENTRETIEN.
PjfoublioDS pas au res|:e que cette définition n'est vraie qu'en tant qu'on n'a égard qu'aux proportions des principes de ces deux substances , et non aux proportions des affinités et à ]a fo|:me qui est très différente de' l'uqe ^ l'autre . /. . .
Mcïe. de L, Permettez moi de vous interrompre pour vous faire observer que moi^sieur de T. a quelque chose à dire. Je li$ cela sur son visage.
Mr. de T. C'est une prière que je voudrois émettre à la quelle je crois que toute notre société voudra bien m'autoriser; et qui consiste à ce que vous veuillez nous fournir quelques notions théoriques sur la distillation.
Mr. de P.^ Une triple obligation m'y engage , la inatière. que nous venons de traiter, ma promesse lors de la théorie des vapeurs et votre désir que vais tâcher de satisfaire de mon mieux.
' La distillation a pour but de séparer par le moyen (de la chaleur l'alkohol ou d'autres liqueurs spiritueuses de l'eau et d'autres substances aux quelles elles se trouyent mêlées. Cette séparation se fait en transformant la liqueur en vapeur qu'on^fait passer par un tuyau dans un bain plein d'eau froide qui lui redonne la forme liquide. Lorsque les deux substances qu'onveut séparer, comme par ex:,de TalKohol et de l'eau, sopt toutes dpux liquides, et parponséquent susceptibles de se changer en vapeur par l'action de la chaleur, il est clair que la séparation n'aura lieu qu'en tant que l'une se va^ porise à un moindre degré de chaleur que l'autre. C'est le cas dé l'alkohol qui passe à l'état de vapeur à 63 de-
SOIXANTE SEPTIÈME ENTRETUÊN. 329^
grés R. ou 79 C. , tandis que Teau a besoin de 80 R» ou 100 C.
Le jeune de L, Cette opération est bien facile.
Mr. de P. Assurément , mais aussi bien impars faite. . '
Le jeune de L. Je ne conçois |pas cela. II me semble qu'il suffit de ne chauffer qu'à,6â degrés le raé-^ Jange d'eau et d'aikohol pour séparer celui-ci par l'éyaporajtion.
Mr. de P. L'eau ne s'évapore-t-elle pas aussi à 63 degrés?
, Le jeune de L. Gela est vrai. • Mais comme l'eau ne bout pas à cette température, il ne s'évaporera que très peu d'eau.
Mr. de P. Vous oubliez que Teau et l'esprit de vin sont mêlés, réunis par l'afflnité physique et que cette ^ffinité fait qu'iin mélange d'alkohol et d'eau ne bout pas à 63 degrés, mais à une plus haute température qui est d'autant plus élevée que l'eau domine davantage, Ainsi la chaleur employée à faire bouillir le mélange vaporise une quantité considérable d'eau. C'est poiirff quoi nous ne pouvons pas obtenir d'alkohol pur ]^ar une seule distillation, pas même par plusieurs, et non seulement chaque distillation enmène des parties d'eau avec celles de l'alkohol, hiais aussi l'eau qui reste aprèf^ l'évaporation conserve tpu jours quelques \p^ties d'aï*» kohol et cela doit être d'après le principe de la massue ^thimique. Pour obtenir l'alkohol le plus rectifié qu0 possible on en prend de celui qui a déjà été distillé plur sieurs fois et l'on employé une autre affinité pouf conçir. battre celle des deux liquides^ l'affinité du piuriate à^Q
chaux pour Teau. On met de ce sel dans l'alkohol qui contient encore de Teau, et après lui avoir laissf^ le tems d'attirer Teau on opère une dernière distillation à petit feu. Et encore ne peut-on pas affirmer que ce produit soit de Falkohol pur.
Le Comte C. Je crois même qu'on peut affirmer qu'il contient encore de Teau; car si le muriate de chaux pouvoit s'emparer de toute Teau réunie à Talkofaol, il faudroit que son affinité pour Teau fut, infiniment plus grande que celle de Talkohol.
Mr. de P) Ce qui n'est certainement pas. L'alkohol le plus pur a une pesanteur spéci^que de yo^q à 16 degrés R., et plus elle augmente plus l'alkohol contient d'eau.
Mr. de T. Nous autres propriétaires de terres, qui transformons notre grain en eau de vie, qui a à peuprès So P- c- d'alkohol ou en esprit de yin qui en a environ 64, ne cherchons pas à produire de l'alkohol pur. Notre grand problème est de savoir comment distiller au ipoins de fr£|is possible en combustible ; car |ios forêts sont déjà devenues bien claires.
Mr. de jP. Ce problème se décompose en deux, dont Tun copsiste h changer le liquide donné en vapeur avec le moins de perte de chaleur possible, l'autre de faire les deux distillations nécessaires pour obtenir de Teau de yie avec un seul feu, * Si cela vous intéresse j'aurai l'honiieur de vous communiquer ce que je sais I^-dessus;
Mr. df. T. Je le dés;rerois avec la permission de madame de L.
s ^dç. de I4. Qui en sera doublement charmée en
SOIXANTE SEPTIEME EKTRETIEK* 33 <
ce qu'elle s'instruira et par ce qpe cela vous fer4 plaisir.
Mr. de P. L^ alambic dont on se sert ordinaire^ ment dans les usines d'eau de vie' est composé d^un^ chOfUdière et d'un chapiteau au quel on ajoute le réfri-gèrent. Prenons le crayon pour nous expliquer. Voil^ Cfig. 16.) 'a chaudière A avec une grande ouverture, a pour y verger le moult. B est le chapiteau, corps creux qui se resserre par le bas pour entrer dans l'ouverture a et qu'on y lute pour empêcher qu'il ne sorte ^e la vapeur par le joint. D'un côté il se termine en tuyau C (le bec) qui entre dans l'ouverture supérieure du serpen^ tin DE. Le serpeniip est un tuyau ou plutôt un côn^e creux très alongé et cpntourné en spirale. Il plonge dans un tonneau plein d'eau froide, d'où il ressort par son bout «^iroit £• Ce tonneau et le serpentin forment le réfrigèrent. La chaudière est murée dans un fourneau dont la flamme lèche le fond et les flancs de la chaur dière; un canal conduit du fourneau à une cheminée pour donner issue à la fumée et produire le courant d'air qui nourrit le feu.
Dès que liquide commence à bouillir les vapeurs s'élèvent de §a surface, montent dans le chapiteau et sont forcées de s'échapper par la seule issue C qu'on ^leur a «laissée. Elles arrivent de là dans le serpentii); dont les parois refroidies {)ar l'eau froide condensent I^ vapeur qui, devenue liquide, se glisse le long du ser^ pentin, s'y refroidit jusqu'à une température de Q ou 10 degrés R. et s'écoule par £ dans un tonneau. Comme la vapeur dépose en se condensant beaucoup de chaleiir (366 degrés R.) l'eau du réfrigèrent sei^oit; bientôt bquilr
332 SOIXANTE fiEPTléME ENTRETIEN.
lante et ne pourroit plus condenser les vapeurs. On la renouvelle par un tube b d dont l'ouverture inférieure communique au bas du tonnea^i et la supérieure à un réservoir d'eau froide c. Au haut du toiineau se trouve un goulot c qui laisse écouler autant d'eau chaude que le réservoir en livre de froide.
M^e. de IL. Cette manière de renouvelle Teau du réfrigèrent me plait parce que Teau chaude (comme la* plus légère) se tenant toujours dans la partie supérieure, Teau^ de vie déjà liquide se refroidit facilemer^t par . son passage au travers des couches inférieures d'eau froide.
Mr.' de P. Fort Juste; mais ne trouvez-vous pas^ madame, de défaut à cet appareil?
Mr. de T. J'en trouve un bien grand au fourneau qui laisse dissiper une quantité énorme de chaleur par la chemihée. On gagneroit beaucoup à faire le foyer du fourneau beaucoup plus petit et à forcer l'air ardent qui s'en échappe de faire plusieurs circuits autour de la chaudière avant de gagner la cheminée.
Le jeune de L. Et k appliquer le mécanisme du poële fumivore.
Mr. de P. Ce que vous dites là, messieurs, est très vrai et applicable à tous les fourneaux oir Ton veut chauflFer des liquides, et a déjà été souvent appliqué. Mais considérons à présent l'acte même de la distillation. Ditei moi, je vous prie, monsieur de T. , quel €st l'usage du chapiteau?
Mr. de T, Il offre un espace vide au développement de la vapeur, qui de là se rend dans le serpentin.
Mr. de P. Avez-rvous eu la curiosité de toucher
de la main le chapiteau d'un de vos grands alambics' pendant la distillation? .
Mr. de T* Très souvent et Je Tai toujours trouvé I](ru1ant^ même lorsqu'il faisoit un frdid de ^25 degrës ^dans mon usine.
Mr. de P. Ce phénomène-est important. . Si à 25 degrés de froid le chapiteau à presque la chaleur de Teau bouillante, combien de calorique ne doit -il pas ^e perdre par cette grande surface! Cette perte refroidit la vapeur, la condense m^me; elle retombe en fines gouttes dans la chaudière, pour être vaporisée une se^ conde, peut-être une troisième et quatrième fois, dont chacune exige une nouvelle portion de combustible.
Mr. de T. Mais que faire?
Mr. de P. Rejetter le chapiteau dont la construction renchérit les frais de l'alambic, fermer la grande 011rerture par un couvercle de bois qui est un mauvais conducteur de la .chaleur, remplacer le, chapiteau par un simple tuyau DC recourbé qui ouvrira aux vapeurs tin passage libre et direct dans le serpentin , tout aussi bien que le chapiteau et son bec *). On croyoit autresfois que la vapeur devoit déjà se condenser dans le chapiteau et Ton avoit inême appliqé des réfrigérents sur les chapiteauxi II faut au contraire couvrir la par- , tie nue de la chaudière, et même la partie montante du tuyau DC^ de substances peu propres à laisser passer la
'*) Tai fait il y a ]»Iu3 de 20 ans lea premiers essais de cette sîm-* plifîcation en grand, et en ai publie la tdebrîe dans mes cours de Physique. Depuis cette construction s*est établir dans les provinces baltiques.
chaleor, telles que le feutre, le bois etc., afin d'isoler dans la chaudière le calorique que le combustible fournit* La condensation né doit se faire que dans le réfrigèrent si l'on ne veut pas consumer inutilement du combustible.
Passons m9intenant à la solution de la seconde partie de notre problème, qui consiste à employer la chaleur que la vapeur de la première distillation a enlevée pour produire la seconde, ou même la troisième distillation si celle-ci est nécessaire: Adam e^t l'inventeur de cette méthode qui a été perfectionnée depuis, et que je vais vous offrir sous sa forme la plus simple.
Représentez vous l'alambic avefc ou sans chapiteau. Son bec n'est plus réuni au serpentin, mais plonge jusqu'au fond d'un vase fermé de toute part excepté à sa partie supérieure oii il a un bec qui s'adapte au sei'pentin. Ce vase intermédiaire fait l'office de chaudière •sans fourneau ni feu. La vapeur produite par l'alambic s-y déployé et commence j^ar s'y condenser, cette chaudière étant froide. Mais cette massé de liquide distillé conserve une certaine chaleur qui augmente d'instant en instant par le calorique que la vapeur y dépose et monte bientôt jusqu'au degré de l'ébuliition si Ton fait aller la distillation avec vivacité. Cette ébullition est la seconde distillation, dont le produit se condense en passant par le réfrigèrent*
Mr, deJRi, ^Cette idée est excellente ! Elle épargne la seconde distillation.
Mr* de P. Sur tout si l'on enveloppe celte seconde chaudière j qui est proprement un second alambic^ de mauvais conducteurs de la chaleur; but que
l'on atteint d'abord en. partie si on ne la fait pas de métal mais de bois. Tout tonneau qui ferme bien peut former ce second É^lambic. Cependant fe conseilleroia d'entourer ce premier tonneau d'un second et de remplir de poil de vache, de charbon pilé ou d'air seules ment, l'espace intermédiaire.
Mr. de R. Nouvel avantage économique, un ton-* neau de bois ne coûtant pas un cinquantième du prix d'une chaudière de cuivre de même grandeur.
Mr. de P. On a enfin essayé et avec! un succès complet de faire la première distillation au moyen de la vapeur. On met le moût de vin ou de grains après sa fermentation dans une cuve bien fermée, munie d'un . tuyau en forme de bec, qui fera l'effet de l'alambic.^ Pour opérer la distillation on a un vrai alambic en cuivre dans le quel on met de l'eau qu'on fait distiller. La vapeur qui se forme passe du bec jusqu'au fond de la cuve où elle se condense et, dépose toute la chaleur latente de 366 degrés qu'elle contient, et chauffe par là le moût jusqu'à l'ébullition qui continue alprs aussi long- / tems que la distillation de l'eau a lieu. Le produit de la distillation du moût passe dans le tonneau où il se distille de nouveau.
Mr. de R. J'ai beau mettre toutes mes connoissances économiques en réquisition, je né vois pas le profit qu'on peut faire en combustible par cette méthode. Gar là première distillation du moût se fait par la chaleur de la vapeur d'eau , chaleur qu'il a fallu lui donner dans le premier alambic, et puisqu'il faut faire du feu ^ vaut autant chauffer le moût directement. Je . pense même qu'ici il y a perte de chaleur en la faisant
336 SOIXANTE septiâmb entretien.
passer d'un atambic à l'autre , tout comme pour les revenus de^ états qu'on fait passer par plusieurs mains dans l^s quelles il en reste toujours quelque chose.
Mr. de P. Je suis parfaitement de votre avis; et A ceux qui ont exécuté cette distillation par la vapeur d'eau prétendent trouver un proHt en combustible, cela tient sûrement à ce que le fourneau de Talambic est mieux construit que celui qu'ils avoient auparavant , ou à ce que l'alambic qui fournit les vapeurs peut être plus petit que celui qui contient le moût , et subit à raison de sa moindre surface un déchet moindre de chaleuré
Mais cette méthode de distiller a un autre avantage très considérable pour les eaux de vie de grains. Le moût dont on extrait ces eaux de vie est une pâte délayée et fermentée. Les parties solides se précipitent naturellement au fond^de l'alambic et si on donne trop du feu ( ce qui arrive très souvent) elles se brûlent et donnent un mauvais goût à Teau de vie. Cela ne peut avoir lieu dans la distillation par la vapeur d'eau ; car cette vapeur n'arrive uans le moût qu'à une température d'environ 82 ou 85 degrés H.
% Jfefr* de G. Pourquoi pa^ go degrés seulement? L'aîr atmosphérique exerce-t-il une pression plus forte ici qu'ailleurs po|ir donner à la vapeur d'eau une température plus élevée?
Mt. de P. Non^ mon cher^ mais le bec ou tuyau-^ conducteur de l'alambic plonge jusqu'au fond du moût pour le mettre en contact avec la vapeun Son orifice doit donc supporter ^ outre le poids de Tatmosphère^ la pression de ce liquide^ dont la h^^teur dans de grands
SOIXANTE SEPTiAmE ENRBTÎEIfi 337
appareils va jusqu'à 4 ou 5 pieds ^ ce qui fait un sûrplui d'environ f du poids de l'atmosphère^
Mr. de T* Cette métliode de distiller par la va* peur d'eau ne m'est pas tout-à-^fait inconnue, et j'ai ouï dire qu'on applique à Talambic une soupape de sûreté comme à toutes les machines à vapeur pour les caai où un feu tFpp violent mettroit l'appareil en dangen
Mr. de P. Cas qui a eu lieu plus d'une fois dans les bataux à vapeur > d'o^i sont résultés les pjusgranda malheurs^ quoique la machine à vapeur ait eu une sou« pape de sûreté. Ces soupapes sont construites comme celle que je vous ai décrite et dessinée (T. III, fig.ao,) lors du digesteur de Papin. Tenues propres 4 comme cela à lieu dans un cabinet de Physique, elles font toujours leur effet ; mais si on les laisse se rouiller elles per* dent leur mobilité et effectuent alors une résistance presque invincible. C'est ce qui m'a engagé à échan«> ger la soupape contre un tuyau de sûreté que je vais vous dessiner sur notre alambic (tig. 164). . Soit ed le niveau de Teau à sa plus grande hauteur, bc le niveau, à la moindre hauteur qu'on veuille lui laisser prendre^ Placez un tuyau h g, d'environ 18 lignes jde diamètre dans le couvercle de l'alambic, en sorte que son orifice inférieur plonge jusqu'à la profondeur bc^ et fixez son orifice supérieur au. fond d'un petit réservoir F. Lé liquide montera dans le tuyau comme dans la chaudière jusqu'à la hauteur éd. Dès que l'ébullition du liquide aura donné à la vapeur l'élasticité nécessaire pour sur« monter la pression du moût dans te second alambic^ Teau montera dans le tuyau de sûreté jusqu'en f, en sorte que la hauteur if sera égale à la hauteur du moât
538 SOIXANTE SEPTIÉMB ENTRETIEN.
dans le second alambic, et s'y sontiendrà aussi long* tems q-ue la chaleur de Teau sera la même. Mais si celle-ci augmente et parconséquent Télasticité de la vapeur, alors l'eau monte dans le tuyau à une plus grande hauteur et se répand enEn dans le réservoir F jusqu'à ce que ce. qui est contenu dans l'espace ebcdsoit épuisé. Alors la vapeur elle-même s'échappe avec violence par le tuyau au travers de l'eau du réservoir F: ce qui sert de signal aux ouvriers pour modérer le feu sous la chaudière A. Dès que la chaleur a diminué et parconséquent l'élasticité de la vapeur, l'eau bouillante du réservoir F retombe dans la chaudière jusqu'à la hauteur normale, f.
Mr. de T. Cette idée meplait. . A-t-elle été déjà exécutée?
'^ Mr. de P. Par monsieur votre frère même dans sa grande usine avec un plein succès ; et en homme d'esprit il a combiné ce>tuyau celui avec qui alimente la chaudière A, c. à, d. qui fournit l'eau que Tévaporation enlève.
ikr. de T. Je vous suis bien reconnoissant pour tous ces détails. '^
Mr. de P. Qui pourroient ou devroient même être plus nombreux. Mais notre soirée est déjà très avancée. Demain nous parlerons des autres fermentations.
Soixante huitième entretien.
JVlr. de p. L'espèce de fermentation dont fe vais avoir l'honneur de vous entretenir, madame^ est la ferment tation acide, celle qui produit le vinaigre, dont nous extrayons Tacide acétique qui n'est autre chose que le vinaigre purifié. Cette fermentati9n se fait spontané* ment, sans le secours d'un ferment quelconque dans toutes les substances qui ont subi la fermentation vineuse ; et les marichands de vin sont très fâchés de la voir quelque fois s'établir contre leur gré dans leurs tonneaux. Les vins , les bierres , l'hydromel , le cidre y sont sujettes. Cette opération se fait par le gaz oxigène de l'air que la liqueur attire, condense et com-c bine avec le carbone et l'hydrogène qu'elle contient^ sous l'influence d'une température de i8 à 2o degrés H, Dès que cettp fermentation commence la liqueur stf brouille, s'échauiFe de quelques degrés et subit lemém0 mouvement interne que nous avons observé dafns lafer^ mentation vineuse par le dégagement de l'acide cdrbo' nique. Si on fait l'opération en petit sous uû ï'écipient plein d'air atmosphérique ^ ott observe que le gat oxi* gène disparoit ; ce qui prouve qu'il entré dans la com-^
340 SOIXANTE' HUITIÈME jdïTHETIEN.
position de Tacide qui^ se forme. En grand on fait le vinaigre dans des tonneaux à petite ouverture et pleins seulement jusqu'aux deux tiers ou trois quarts. L'espace vide se remplit de gaz acide carbonique, qui, à ce que je crois, se convertit lui même en vinaigre.
Le jeune de L. Conversion très louable puisque le vinaigre est un acide très salutaire et le gaz acide carbonique un acide mortel.
Mr. de P. Quand vous voudrez dire du mal de Ta- ^ide carbonique n'oubliez pas, mon cher, les eaux minérales qui lui doivent leur salubrité, et croyez en outre que si vous versiez une cuillerée dé vinaigre dans vos poumons vous vous en trouveriez fort mal.
Le Comte C. J'avoue que je ne conçois pas cette métamorphose de l'acide carbonique en acide acétique, quoique la présence du gaz oxigène en livre la possibilité.
Mr. de P. Moi mon plus; mais une expérience de Chaptal me la f^it présumer. Ce célèbre Chimiste a trouvé que si Ton mêle avec de l'eau l'acide carbonique qui se dégage de la fermentation de la bière, et qui est par là mêlé à de l'alkohol, le tout se change en vinaigre. En outre il est prouvé que l'alkohol seul ne peut pas être changé en acide ac(^tique par l'action du gaz oxigène; mais il faut encore y ajouter du sucre ou toute autre substance susceptible de fermenter, et surtout un acide quelconque. Aussi fait- on dans le Nord une espèce de vinaigre nommé vinaigre d'eau qui ne le cède en rien aux meilleur^ vinaigres de vin, en résolvant dans l'eau du sucre ou du miel et un peu d'eau de vie, « quoi l'on ajoute une parcelle de ferment où tout sim-
plement un morceau de pain. II s'établit par là une fermentation vineuse lente qui produit de Tacide carbonique et de Talkohol. L'air atmosphérique se trouvant en contact , son qxigène convertit ces deux substances en acide acétique. II paroit qu'il n'y a pas composition ou décomposition d'eau dans le procès de cette fermentation, et que Teau du liquide qui fermente ne sert que de théâtre aux opérations chimiques,
Mr. de G. Vous venez de nous décrire un procès où il se forme de l'acide acétique avec les marnes ingrédiens qui servent à la fermentation vineuse. D'où vient donc que la fermentation vineuse produit del'alkohol et non du vinaigre?
Mr. de P. Il se forme en effet uo peu de vinaigre et d'autres acides végétaux dans toutes, les fermentations en grand dont on ne peut pas interdire entière* ment l'accès à l'air atmosphérique. On le trouve danè la marc après l'opération; aussi l'on a soin de couvrir les cuves où se fait la fermentation vineuse d'un linceul de toile où dé laine et d'un couvercle en bois, afin qu'il ne se fasse pas trop d'acide acétique aux dépends deTal-* kohol. En outre le caractère de la fermentation acide est une extrême lenteur. On ne fait guères de vinaigré qu'en six semaines, tandis que la fermentation qui pro**duit l'alkohol se fait dans trois ou quatre jours; plus on rallentit celle-ci, plus il se forme d'acide.
Le Comte C. Je crois concevoir cette relation des deux fermentations entre elles. Mais permettez moi de revenir sur un principe de Chimie que vous nous ave^ donné, que pour former un acide Toxigène doit être en forme de gaz et la base^n forme concrète. Il me
semble que les fermentations nous offrent des phénomènes peu favorables à ce principe. Le sucre mis en fermentation vineuàé produit de Vacide carbonique avec son propre oxigène qui se trouve sous la forme liquide et la ^rmentation acide produit du vinaigre avec une base liquide ou gaaeuse, Talkohol ou l'acide carbonique.
Mr. de Li. Pour cette fois, monsieur l&Comte, fe ine déclare contre vous. C'est Tazote, mon protégé, qui fait ces sorcelleries.
Mr. de L. Qu'elle merveille! Vous voilà partisan de notre cher Professeur.
Mr, de P. Qui sait pour combien longtems?
Mr. de L. Je suis un partisan dans le vrai sens, c. à. d. je ne suis du parti dé personne; j'attaque tou« jours et j'espère tout au plus que monsieur de P. viendra à mon secours si je m'engage trop avant. Je dis donc que dans la ^ fermentation vineuse l'azote dégage d'abord l'oi^igène de sa combinaison primitive et que pous i\e nous ^etcevons pas de la forme gazeuse qu'il prej^d par ce qu'il la perd à l'instant en se combinant fie nouveau. Je dis en outre que, dans la fermentation 0cide, coipme dans 1^ fermentation vineuse, la subfttance n'est pas simplement liquide, mais qu^elle est parsemée de llocons qui sont bien des substances concrètes et vraisemblablement celles proprement que lo- ^ '' xigène attaque. Je dis en&n que U formation de l'acide ficétique par la triple combinaison de l'alkohol, de l'apide carbonique ^t du gaz oxigène, n'est pas proprellief^t Id création d'un acide , mais seulement une mo-
SOIXANTE HUIfléME ENTRETIEN. 345
dification d'un acide défa tout fait, Tadde carbonique, par Taddition d'une portion d'oxigène et d'hydrogène.
Mr. de P, A présent, Général, vous vous décla» rérez, j'espère, le protecteur des hypothèses, puisque vous savez si bien les faire,
Mr. de L. Je n'en fais qu'en faveur dé l'azote.
Mr. de P. Qui sait ? En attendant passons à la fermentation panée« II est des Chimistes qui la considèrent comme un composé de fermentation vineuse et acide. D'autres, comme Vogel , la déclarent être une fermentation particulière. Ce qu'il y a de siir, c'est que la pâte contient les mêmes ingrédients que le moût de grain qui sert pour les brasseries d'eau-de-vie et que l'on y ajoute du ferment ordinaire ou de la levure de la pâte aigrie, pour établir la fermentation. Aussi cette fermentation produit-elle quantité d'acide carbonique. La différence essentielle me paroit consister dans la quantité d'eau qu'on employé pour le pain, beaucoup plus petite que pour l'eau de vie, et dans la courte durée de l'opération qui n'est que de quelques heures. Le premier effet de cette double différence est que la grande viscosité de la pâte empêche l'acide carbonique de s'é- chapper, ce qui fait que la pâte se lève, gagne en volume. Le second est que la trop courte durée de l'opération et peut-être là présence de l'acide carbonique qui empêche la formation d'une quantité assignable d'esprit de vin.^Ainsi Je considèx-e la fermentation panée comme le commencement de la fermentation vineuse qu'on arrête par la cuisson. Il seroit important de prolonger cette fermentation et d'un analyser les produits.
544 80IXÀI^ HUrriÀMB ENTRBTIEir.
M de. de L. Ainsi nous ne savons proprement pas comnvent se fait le pain*
Mr. de P. Très proprement, madame, et nous serions assez mal daiis pos affaires à èet égard si l'art du boulanger avoit attendu les lumières de la Chimie pour pous iournir le pain.
Mr. de T. C'est le cas de bien des arts utiles;
Mr. de y. Disons que c'est celui de tous, de ceux qui se fondent sur la Mécanique et sur la Physique comme sur la Chimie. Mai^ n'oublions pas que les connoissances que ces Sciences nous fournissent contribuent de beaucoup ^ perfectionner ces Arts, et que si cela ne nous a pas encore réussi pour la préparation du pain, cela réi^ssira pout-être un jour. Notre devoir est d'étendre le domaine de la Science; tôt ou tard nous eii recueillons les fruits.
Mr. de R. A quoi j'ajoute que nous ne devons pas considérer la$cience uniquement du coté des avantages que nous en retiron$ pour notre commodité ou même pour notre santé: point de vue mercantile et mesquin qui fait de la Science une vile marchandise. ^ 6a vraie dignité est de nous ouvrir le Sanctuaire de la Nature et de nous faire apercevoir les ressorts admirables qui impriment la vie à la matière, qui produisent cette loule de phénomènes infiniment variés, dont no- Jre vue ne seroit qu'offusquée sans l'aide de la Science.
Mr. de P. Ce que vous dites-là, monsieur de R., est le plus bel exorde imaginable pour l'exposé, que f ai à vous donner sur la fermentation putride, ' dont le pom seul réveilleroit le dégoût, si la Science ne nous §VPit appris que cette opération qui nous rebute si for-
SOIXâKTE HUITIEME ENTJ^ETIEN. 345
ni«nt est le germe d'où sort tout ce que* la Nature nous offre de beau et de grand dans le double règne de l'organisation.
La fermentation putride est la décomposition naturelle des matières organisées. Ses phénomènes dif« fèrent selon la nature des substances sur les quelles elle s'exerce e^ selon les circonstances sous les quelles. elle a lieu. Distinguons d'abord la putréfaction des végétaux, de celle des substances animales.
Tout végétal exposé à une température moyenne subit la putréfaction, qu'il soit exposé à l'air ou non. Mais la marche de l'opération diffère de l'un de ces deux cas à l'autre. La fermentation putride des végétaux mis en contact avec l'air a été beaucoup mieux observée que celle qui a lieu dans le vide;. c*est de celle-là que nous allons nous occuper. La première observation qu'elle offre est le changement de couleur et la perte de consistance que les végétaux éprouvent. Ils brunissent enfin et deviennent mous; il est même probable qu'il se forme de l'eau, niais qui est enlevée par l'évaporation; car lorsque cette.fer-?^ mentation a lieu dans des vases clos la matière fermen-r tante devient presque liquide. Les produits gazeux sont de l'acide carbonique et de l'hydrogène carboné. Il se forme en outre de Tacidie acétique et peut-être un peu d'huile. Enfin reste une matière noirâtre, Iç terreau, qui est proprement le berceau de toute la nature végén taie, et qui se décomposeroit, se vblatiliseroit entière^ ment s'il n'étoit renouvelle par la végétation,
Jettons à présent un coup-d'oei) sur les opérations dont ce grand propès chimique est copiposé. IJivïl^m'B
mation spontanée du foin humide est une vraie fermentation, qui devient putride si on diminue la chaleur qui ammène l'inflammation. Or cette fermentation , avant d'être parvenue à TinAaiAmation, produit dans les herbes fermentantes une substance qui a le goût et Todeur du miel, une matière sucrée. L'amidon délayé dans Teau bouillante se change par la fermentation spontanée en sucre et la matière fibreuse même subit ce changement. Ne devons-nous pas conclure de là que la fermentation putride des végétaux commence par la fermentation içucrée?
Mr. de G. Oui,-^i elle a lieu à la température de l'eau bouillante, comme dans le foin tassé et humide. Mais il n'est pas probable que cela ait lieu à une tem* pérature de 15 ou ao degrés.
Mr. de P. La germination des graines dans la terre, à la température moyenne, est toujours accompagnée d'une formation de sucre et finit par la pourrrture du reste de la substance de la semence qui entourre le germe. En général nous nous tromperions très fort si nous imaginions que certaines opérations chimiques exigent absolument une certaine température par ce que nous sommes accoutumés à faire ces opérations sous l'influence de cette température. Le tems peut suppléer Jusqu'à un certain point à la chaleur ; témoin les expériences de Rumfort qpi ont prouvé que des copeaux de bois se charbonnent très bien, mais lentement, aune température au dessous de celle de l'ébuUition du mercure, et qui parconséquent est bien au dessous de la chaleur rouge ; témoin le fait suivant que j'ai observé ^ pion grand ^tobnement. En Livonie et dans tout le
Nord on est obligé de sécher les grains dans des granges chauffées avant de les battre. La température de ces granges est de 5o degrés R. et Ton a observé que 60 degrés tuent le germe; ce qui fait que l'on se garde bien d'atteindre cette chaleur. Eh bien! j'ai vu une de ces granges qui avoit servi pendant 120 ans et qu'on avoit abandonnée, par ce que les poutre^ du sapin ne pou voient plus supporter le poids des gerbes. J'examinai ces poutres et trouvai que la partie spongieuse du' bois avoit presque totalement disparu et que ces poutres n'étoient plus que des assemblages très lâches de lames fibreuses presque isolées, à moitié réduites en charbon. Ce qui prouve qu'avec le tems une température de'50 degrés R. suffit pour brûler du bois de sapin.
D'après ces données vous voudrez bien, mon cher G.', me céder que la fermeiitation putride commence par la fermentation sucrée; et comme un des produits de la fermentation putride est l'acide acétique, il s'ensuit que la fermentation acide est une partie intégrante du p]*ocès de la putréfaction. Enfin, puisque nous avons vu que la fermentation acide n'a pas lieu sans fermentation vineuse préalable , il me paroit clair que la fermentation vineuse fait également partie de la fermentation putride.
Le Comte C. Vous allez nous prouve que la fer» mentation putride n'est pas autre chose qu'une combinaison des fermentations sucrée, vineuse et acide!
Mr, de P, Vas précisément ; mais je suis bien per« suadé que ces trois fermentations sopt le prélude de la putréfaction, aux quelles il faut ajouter ux) quatrième procès que nous n'ayons pas encore examiné , celui quî
produit le gaz hydrogène carboné , gaz ou'aucune des fermentations précédentes ne fournit.
Le Comte C\ D*où vient qu'oti n'a pas encore exa*.miné ce quatrième procès?
^ Mr. de P. Par ce que les Chimistes n'ont pas encore considéré la fermentation putride sous le point de vue que je viens de vous offrir. Mais n'oublions pas un phénomène singulier et surprenant de cette fermentation, la moisissure. C'est un vrai procès végétal qui ^ produit différentes espèces de plantes du genre des champignons, ,qui prouve de nouveau que la fermentation sucrée est une partie du procès de la putréfactioii.
Mde, delj. Ainsi le moisi, cette matière, blanche, verte, bleuâtre^ est un assemblage de petites plantes, de vrais végéta U3f!
Mr» de P, Oui, madame, et Ton. en compte défa plus de cent espèces. Quelques Botanistes même prétendent avoir observé que quelques unes d'elles ont des mouvemens spontanés. Ce qui nous forceroit à ranger celles(-1à dans la classe des zoophytes (animauxr^plantes) ou au moins dans la famille des plantes sensitives.
Mr. deR, Si le moisi est une plante « je vous demande d'où viennent les germes de ces plantes.
Mr. de P. Adressez vous pour cette question à notre célèbre Botaniste qui entend cette partie mieux que moi.
Le Comte C. Gela me plait que vous me renvoyeaj une question à la quelle personne peut-être ne peut répondre.
Mde. de L. Dites nous au moins ( monsieur le Comte, ce que vous en savez.
Mr. de L. Et ajoutez y ce que vous ne savez pas; alors nous .saurons tout.
.he Comte C, Il ne me reste que le conseil du Général à suivre; voyons. Les Botanistes ont deux systèmes sur la génération. . Les uns n'admettent que la génération par les ge^^mes, que tout le monde connoit au plutôt croit connoitre. Ce système sonsîste à admettre que chaque plante et chaque animal est le développement d'un germe, qui proprement est le type de tous les organes que la plante ou l'animal aura, une^ espèce de miniature où toutes les parties n'ont peutêtre pas la même proportion de grosseur qui aura lieu dans la plante ou l'animal développé. Ce défaut de proportion dans le germe se retrouve dans le sujet déjà formé à différents âges, surtout dans les arbres, où la masse du tronc augmente ^'année en année, tandis que la grandeur de la feuille diminue. Dans la race humaine ce défaut de proportions est moins saillant, mais cependant sensible; la tête de l'enfant par ex: est a proportion plus grosse que celle ^de l'homme fait, et le conduit auditif est dans l'enfant nouveau-né tout aussi large que dans l'oreille d'uti homme de 40 ans. Cela explique comment il se fait que dans les germes des plantes et dans les foetus des animaux nous croyons ne pas retrouver certains organes, des parties entières du corps futur. Ils sont là, mais échappent à l'oeil de l'observateur. Dans ce système on suppose que les germes des plantes qui se soustraient à notre observation à cause leur finesse, sont, emportés par les vents et déposés sur toute espèce de corps, et se développent là ou ils trouvent un sol favorable k leur développement.
Ainsi Tair a ammené les gerrrtes des plantes, que Ta moisissure nous offre, sur les substances végétales et aniqaales avant et pendant leur putréfaction et la fermentation produit le sol nécessaire à leur développement* Ces translations de germes paroissent même être une opération favorite de la Nature; les vents et les oiseaux transplantent par là des semences entières , et c'est aux vents et aux insectes que la Nature a assigpé le devoir de transporter la poussière des étamines de quantité de familles de végétaux dont le mâle et la fermette vivent isolés.
D'autres Botanistes ajoutent à cette génération germinale la génération équivoque, s'imaginant que cer* taines plantes et certains animaux peuvent se former sans germes, par la seule réunion des principes chimiques des végéêaux. J'avoue que, en dépit de toutes les preuves que Ton a cru donner en faveur de ce système, cette idée me répugne, par ce que toutes ces preuves se réduisent finalement à nous dire : Si vous supposez ici un germe, montrez le nous. Je réponds à celte question que nous connoiyssons plus de 40000 espèces de plantes dont les germesi, plus ou moins grps, nous sont visibles, et quelques centaine^ d'espèces dont les germes échap*pent à notre vue, et que ma Logique ne me permet pas de renverser Tordre bien établi de la création pour cette bagatelle. La constance des espèces dans ces végétaux de génération équivoque me fournit un nouvel argument contre ce produit de notre ignorance. Cette constance existant, il faudroit supposer que dans la nature organisée il existât autant de lois que de produits de là génération équivoque, en vertu des
quelles la matière brute formée déjà en matière orga* nique ne pût s'assimiler que dans certaines proportions pour faire une espèce de plante où d'animal. Et enfin, supposé que ces lois existassent, seroient-elles plus compréhensibles que l'idée d'un germe qui échappe à la vue ou même au microscope ?
'Quel est votre avi^ monsieur de P, ?
Mr. de P, Précisément le vôtre, à cette différence près que si j'avois été chargé de l'émettre (ce qui ne m'eut sûrement pas aussi bien réussi) j'eusse probable* ment dit quelques bonnes injures aux inventeurs de la génération équivoque pour l'impestinence de forger des lois naturelles uniquement par ce qu'ils ont la vue foible. Je range cette idée sous la cathégorie de celles de la Craniologie de Gall, du magnétisme andn^al et autres folies de ce genre qui ont illustré le ^commencement de notre siècle ou la fin du siècle passé. — ^ Mais nous voilà jettes bien loin de la fermentation putride. Retournons y par la considération du terreau. Plusieurs Chimistes regardent le telrreau comme un résidu de la fermentation putride, dans le quel le charbon prédomine. Qette prééminence du charbon me paroit très suspecte depuis l'analyse du terreau de bois de chêne que Th. de Saussure nous a fournie; car la distillation de lo grammes et demi de ce terreau n'a fourni que a grammes de charbon, tan^lis que la même quantité de bois de chêne non pourri en a livré presque a|. En général ces deux analysés du bois de chêne et du terreau de chêne offrent un résultat frappant , c'est qx\e les principes constituants de cette matière organisée et de cette matière désorganisée sont les mêmes et à peu près dans
les me mes proportions. La différence la plus marquante consiste en ce que dans la pren^ière, le bois, il se trouve presque deux fois autant d*azote que dans lader- , nière, le terreau.
Mr. de L. Ce qui prouve que Tazote du végétal a été actif dans la fermentation.
Mr, de P. Ce qui a donné lieu à l'idée fausise que le terreau contient beaucoup de charbon est la couleur presquenoire du terreau, et je saisis tette occasion pour vous avertir que ce qui est noir n'est pas toujours charbon, erreur qui a été souvent commise et se renouvelle encore de tems en tems. Ajoutons à cela que les terreaux aux quels on mêle une surabondance de charbon pilé perdent leur fertilité, et que nous eussions déjà été en droit de conclure de la faculté que le terreau a de nourrir les plantes, qu'il doit contenir tous les principes constituants des végétaux en proprotioiïs peu différent • tes' de celles des plantes elles-mêmes.
Mr. de R. Ces considérations chimiques sur la fermentation relativement aux plantes doivent être extrèment utiles à l'Agriculture.
Mr. de P. Elles le sont en effet, et If célèbre Agronome allemand jThaer sait les rendre fertiles, de même que les connoissances que la Physique et la Mécanique fournissent. Mais la Nature nous oifre encore d'autres fermentations des végétaux /dans la formation de la tourbe, de la houille ou charbon de terre, desbi* tûmes etc. fermentations dont les produits's"éIoignent fort de la nature du terreau. Celle. qui s'en éloigne le moins est celle qui produit la tourbe, substance conw posée des débris de végétaux qui ont fermenté sous de
SOIXANTE HUITIÈME EI«TRETIEïr« 555
Teau stagnante qui^ comme vous savez, diminue et mo^ difie le contact de Tair avec les végétaux et conserve par là dans les plantes une phis grande quantité de car-i» bone et d'hydrogène etparconséquent un reste d'inflam-* mabilité. Nous reviendrons sur cette matière lorsque nous traiterons la Physique de Id terré.
Considérons à présent la fermentation putride des matières animales. Ces matières diffèrent dans leufs principes des matières végé.tales par une quantité considérable d'azote qu'elles contiennent en sus des princi* pes des matières végétales^ et l'effet de ce surplus est que la Fermentation s'établit dans le règne animal incomparablement plus vite que dans le règne végétaj, sans Taddidition d'aucun ferment.
Mr, de Lé Ainsi voilà l'azote bien établi Comme ferment par la Nature elle-mênue* ^ Mr. de P. Au moins ce fait général prou ve-t-il beau* coup en faveur de cette théorie.
La fermentation putride des substances animiales û en général beaucoup de ressemblance avec celle des végétaux. La couleur pâlit ^ la substance devient> molle} il se forrffe même à sa surface un liquide d*une ocfeu^ fade qui caufse des ^nausées. Il s'en dégage les mênies gaz que dans la putréfaction des pifrntes; il se forme uii ou plusieurs acides outre le carbonique ^ et il reste à la fin un terreau très ressemblant au terreau végétal. Mais % ces deux fermentations ont aussi des différences esaen^ tielles; la principale « par ce qu'elle est générale^ est que Ta putréfaction des substances animales produit dil gaz ammoniac^ lors lâêmè que les substances <;n iet'» mentatioB n'ont aucns eomaât avec le fjàz azoté de l'ât-*
as /
354 SOIXANTE HUmi&MB ENTRETIEN.
mosphère; ce qui prouve que rammoniac produit doit '
sa naissande àTazote contenu dans la substance animale. Outre cette différence générale il en est encore d'autres particulières à telle ou telle substance. Les oeufs pourris et les excrémens des quadrupèdes ont Todeur du gaz hydrogène sulfuré 9 Turine des mêmes animaux Todeur d'ammoniac, les poissons en pourriture celle de Thydrogène phosphore, tandis que la clair g^itée n'a aucune de ces odeurs spécifiques mais une odeur indéfinissa1)le, insupportable et souvent mortelle.
Mr. de R, D'où peuvent provenir ces odeurs spécifiques ?
Mr. de P, L'analyse chimique a démontré que ces fermentations dégagent réellement tantôt du gaz hydrogène sulfuré, tantôt du gaz hydrogène phosphore, tantôt une grande surabondance de gaz ammoniac dont Todeur perce à travers celle de tous les autres; et il esc plus <|ue probable que le soufre et le phosphore contenus' dans ces gaz sont des produits du procès vital de ranimai. On sait d'ailleurs que ce procès produit le ^ phosphore du phosphate de chaux qui compose la charpente des os, le soufre qui se trouve dans le blanc d'oeuf, le phosphore qui fait partie de la laite des poissons. .
Le Comte C C'est ainsi que le même procès vit^l produis dans le corps de la poule la chaux de la coque de l'oeuf qui n*est presque autre chose que du carbonate de chaux. Il faut espérer que la Chimie s'occupera un jour de ces opérations créatrices pour en découvrir le secret et la composition de maintç substance qu'on
regarde encore oomme simple par ce qu'elle é. résisté à l'analyse.
Mr. de Pi Noys ^vons ru que là putréfaction àei végétaux sous Teau prend un caractère particulier. lien est de même de la fermentàtioti des sjjbstdnces animales; au lieu de produire dti terreau,^ la viande des artimdux^ tenue sous l'eau ^ se change dans environ deux rtiois en graisse; cela a lieu également mais plus lentement dans de la terre humide. Cette graisse pourrit eiï suite 4 se volatilise, et f ignore si elle laisse un résidu de terreau.* Nous conuoissoûs encore très peu la' nature de Ce siïigulier procès 4 qui consiste sûrement à enlever de Toxigèûé à la substance des nfiuscles pour en faire ùiie matière inflammable.
3/r. de L. (riani.) On fefoit bien d'étudiei* Ce procès pour apprendre a engraisser les personnes mai-grès et refaire la taille des personnes grasses.
Mr. de P. La fermentation putride des substances animales fournit tous les produits de Jaf fermentertiori putride des substances v('gétales. Ainsi nous devons adm^ettre qu'elle est composée des ferment 2(^ioâs >ucrée^ vineuse, acide et végéfo- putride^ et en autre d'utie cinquième qui produit le garz ammoniac^ et enfin d'une sixième pour les cas où il y production de gaz hydrogène sulfuré on pho^phoré^
Représentez vous, madame, laf formaftioii de tous ces gaz que la fermentation putride des substances âni<* maies nous offre , l'acide carbonique, l'hydrogène carboné i le gaa ammoniac et parfois l'hydrogène sulfuré ou phosphore; et vous concevrez que y Chacun de ces gaz mêlé en petite quantité à l'air atmosphérique le ren<« ^
dant mortel , un mélange de tous ces poisons dans certaines proportions doive former un poison violent, dont il ne faut peut -être pas un millième mêlé à Tair pour causer de violentes maladies et même la mort. Car c*est une propriété de la fermentation putride, de toutes les fermentations ^ d'augmeâter par le contact avec ses produits, en sorte que ces produits sont une espèce de ferment qui effectue la putréfaction. Ce qui explique pourquoi le charbon pur (et d'après mes expériences la chaux vive) arrête la putréfaction , par ce que le charbon enlève à la matière fermentante les gaz qu'elle produit, et pourquoi l'acide muriatique (notre a'cide muriateux) est si puissant pour la désinfection de Tairpar ce qu'outré qu'il agit comme acide sur le gaz ammoniac et le neutralise ^ il enlève au miasme son hydrogène et dé- (K>mpose par là les autres gaz, à l'exception de l'acide carbonique, p^ur devenir acide n^uriatique (muriateux) hydrogéné.
Mde. de L. C'est avec un vrai plaisir que je vous, ai vu revenir à ces deux opérations salutaires de la désinfection par le charbon pur et pur le gaz muriateux (vous voyez que je parle dans votre système) et que vous m'avez fait voir l'accord qu'il y a entre ces opéra-^ lions bienfaisantes et celles de la fermentation.'
Mr, de P. Je suis charmé, madame, de votre satisfaction et je vais me mettre en devoir de la mériter par une nouvelle considération de la plus grande importance.
En parlant de la fermentation putride nous avons proprement parcouru le domaine de la mort. Cela est si vrai que les Médecins n'ont pas d'indice absolument
^ SOIXANTE HUITuàMS ENTRETIEN* 357
sur, pourfdistinguer la mort apparente dé la vraie^ que la putréfaction. £b bien ! C'est du sein de cette fermen- 'tation mortelle que 'vous iallez voir sortir la vie^ non •eulement dans le sens que le terreau et les autres pro* duits de la putréfaction végétale et animale sont les ma* tières dont se composent les plantes qui nourrissent tous les animaux, mais dans le sens absolu, au pied d« la lettre. Le même procès chimique qui est mortel à tout aniipal vivant est en mén^e teùis son procès vital^ l'opération de la Nature qui produit la vie, et nous sommes autorisés à abattre les barrières crues insurmqnta^ blés que la Science, encore trop peu éclairée, avoit élevées entre la vie et la mort.
Mde. de L. Ainsi la vie et la mort, la santé et la maladie, neseroient qu'un même procès, fondé sur les mêmes principes, opéré par le^ mêmes causes?
Mr. de P. Oui, madame, et ce paradoxe, encore fortement contesté par les Médecins et Physiologistes ordinaires, est à mes yeu% le prodige qui atteste le plus clairement Tintelligence infinie que le Créateur a mise dans ses oeuvres.
Qu'est ce que la vie? Le Physicien, le Chimiste, le Physiologiste et même le Médecin ne peuvent la considérer que comme phénomène, par ce que nous ne nonnoissons pas et ne connoitrôns jamais physiquement la cause première qui donne l'impulsion à la vie, qui fait de la matière brute des Individus, dans les quels il existe une unité d'action, un système de procès qui concourent tous à un même but. Ce grand lecret, la Divinité se Test réservé ; c'est la plus belle partie du secret de la Création. La plante et Tanimal perdent à chaque mo*
358 fiOlXASTTB HUITIEME ENTRETIEN.
meot une partie de leurs substances et réparent à chaque moment cette perte, de sorte que la partie réparée se trouve en tout semblable à la partie qui a disparu, à quelques différences près qui suivent une loi fixe de succession. Ces différences sont ce que l'oiif nomme le développement de la plante et de Tanimal. Ainsi la vie, réduite à son phénomène général, est un échange de substances, La perturbation de ce phénomène est la maladie, sa cessation est là mort.
6e phénomène général est produit par un grand nombre de procès qui tous engrennent plus ou moins les uns dans les autres et dont la connqissance plénière pourroit seule nous donner une idée vraie et complette de 1^1 santé. Mais comme nous sommes encpre bien éloignés de posséder cette conpoissance, nous affirmons au moins Tétat de santé par lesentiment du bien être. pu du malaise physique qui nous permet de conclure à la t-égularité ou à ^irrégularité de la marche de tous cet procès.
Mde. de L. Aii^si le sentiment nous mène ici bien plus sûrement que les connoissancek.
Mr. de P. Ici comme par tout, madame. C'est au sentiment physique ^t moral que la Divinité a con» fié, a attaché, ce que Thornme a de plus précieux, la santé du corps et de Tâme, le bien* être physique et la |leligion.
Mde. d^ L. Quelle simplicité, quel accord sublime!
Mn de P. Ces procès, si compliqés à raison de la grande multiplicité des effets qu'ils doivent avoir, ,si entrelacés les uns dans les autres a raison de l'unité d'ef-
fet qui doit en résulter, sont très difficiles, peut être jnéme impossibles à examiner avec justesse dans le grand procès même de la Vie. Nous avons pour cet effet recours aux procès qui ont lieu hors du domaine de la vie, dans la nature morte.
Mr. de G. Mais de quel droit oserons-nous conclure des procès de la mort aux procès de la vie? Pou* vez-vôus lever cette contradiction?
Mr, de P. Elle se lève d'elle-même par la ressemblance frappante qu'il y a entre cesdeux procès quf vous paroissent si opposés et par la succession immédiate de Tun à l'autre. Promenez vous, mon ami, pendant une keure ou deux à 3o degrés de froid jusqu'à ce que votre nez ou vos oreilles soient gelés et entrez alors subitement dans une chambre chaude. Cette matière organique gelée et ramenée subitement à la température ordinaire, commencera à fermenter; il se produira une inflammation à la quelle succédera bientôt la gangrène, c. à, d. la pourriture. Cet organe est mort et le scalpel ou des agens chimiques seuls pourront arrêter l'effet de cette putréfaction qui tend à s'étendre sur le reste de votre corps. Vous évitez par contre toutes ces suites dangereuses en Trottant votre organe gelé avec de la neige dès que vous sortez du froid ; et ce frottement n'a pas d'autre effet que d'empêcher un réchauffement trop subit qui déchire les vaisseaux qui contiennent les fluides gelés et peut-être de redonner aux perfs l'acti- • vite qu'ils ont perdue par l'action du froid. Liez vous le bout du doigt fortement avec une ficelle pour arrê^ ter la circulation dans la partie extérieure* La douleur vous indiquera sur le champ le commencement de l'in- -
56o SOIXAMTB UUITI£Me EMTAETISM*
Bammation, g. à, d. d'une fermentation qui est le premier acte de la putréfaction qi^se manifeste bientôt entièrement. Otez la ligature à tems et la circulation rétablie rétablira bientôt la santé du doigt. Les playes appartiennent à là même catfaégorie. Si on les laisse au vertes, la chair soustraite a la circulation se putréfie bientôt , surtout par l'action de l'air; Si par contre on rapproche les lèvres de la playe et préserve leurs bords de riniluence de l'air par le plus simple emplâtre, alors les substances et les vaisseaux séparés se réunissent et le membre malade se rétablit.
Passons aux maladies internes. Une des plus terribles et aflTectée d'une quantité presque innombrable de modifications et souvent de plusieurs complicationS| est la Uèvre soi-disante nerveuse, souvent nommée i^jphus^ maladie épidémique par les exhalaisons qu'elle produit. C'est une vraie putréfaction qui a leplussouvent son origine dans une activité exagérée de la bile ou dans une décomposition partielle de cette substance animale. Eh bien! Dans les années 181^ iS'S et 1814 où toqte l'Europe /^toit infectée de cette maladie, j'ai guéri ou fait guérir plusieurs centaines de ces malades 9vec du vinaigre 9 ^emède antiseptique et qui en outre, comme acide, centralise l'alkali et prive par là ha bile (de cette activité meurtièfe. Vous voyez ici le vinaigre faire le même efffst dans U nature vivante que dçns Ifl pâture mortejr
Le jeune de L. Pourquoi avons-nous de la bile, %\ elle est si dangereuse à la santé ?
4^r. d^ P. f^lle cause encore bien d'autres mala-
SOIXANTE HUITJJÈMB BITItUETIBN* Z^l
dies^ mais seuleaient lorsqu'elle existe en trop grande abondance on lorsqu'elle est gâtée. Son usage d'ailleurs est indispensable; car elle produit conjointement avec les sucs gastrique et pancréatique, la digestion, c à. d. l'espèce propre dé fermentation putride des alimens dont la Nature a besoin ppur en extraire les substances qu'elle veut assimiler à notre corps. Les excrémens iont le terreau de cette putréfaction. Un changement quelconque daios la forme propre de ce procès est ce qu'on appelli indigestion, et tel de ces changemens produit dés maladies très' sérieuses.
Le Comte C. J'ai écouté avec beaucoup d'atten* tion tout ce que vons nous avez dit sur lès relations qui existant entre le procès vital et le procès mortel , et je ne puis guères m'oppo&er à cette ressiemblance. Mais si cette grande ressemblance existe, si tousjes procès qui constituent la vie ne sont que des actes partiels d'une fermentation générale de toutes les parties de notre or* ganisation;^ 4'où vient que cette fermentation ne pro*^ duit pas la pourriture de tout notre organisme en très peudetems?
Mr. de P. Voilà le noeud de la question, et le Physicieq n'est pas embarassé de le résoudre. Nous avons vu que la fermeptation putride des substances anipales est composée de cinq ou six procès chimiques qui se suivent pour chaque particule de la matière dans incertain ordre. Ajoutons aux cinq ^rmentations qui ont été nommées une sixième, \9i fermentation animée, . qui doit se distinguer de la fermentation putride ordi« paire à cause de quelques substances particulières, tel-
362 SOIXANTE HUITIEME ENTRETIEK.
les que la bile, le suc gastrique et autres qui entrent dans le procès à mesure qu'elles se forment, et nous pourrons considérer le procès vital, la vie, comme l'effet de cette fermentation arêtée à différentes époques parce que le passage des fluides d'un vaisseau à un autre arrête le procès partiel établi pour en commencer un autre qui se trouvera interrompu par le passage du fluide dans un troisième vaisseau. Vous concevrez ces passages et ces interruptions en considérant la circulation du sang. ^ Ce fluide très composé et très susceptible de fermentation, commence en effet à fermenter dans les veines en même tems qu'il reçoit à chaque instant de nouveaux surcroîts de carbone par la nutrition, . et arriveroit bientôt au degré que nous nommons pourritiire s'il séjournoit longtems dans ces vaisseaux. Mais la circulation le fait passer dans le poumon où l'air atmosphérique lui enlève ce surplus de carbone, procès que nous nommohs la respiration. Ce commencement de fermentation est un certain degré de décomposition qui sépare du sang la majeure partie des sucs qui réparent les pertes que l'organisme essuie continuellement, réparation qui se nomme assimilation, et la nutrition, fournit de nouveau au sang ce qu'il a cédé et le surplus de carbone que Toxigèiie de l'air lui enlève dans le poumon et sous Tépiderme de tout le corps.
Ainsi nous avons comme régulateur du grand procès de la vie un phénomène général, le passage des fluides dans différents vaisseaux, c. à. d. le mouvement y et reconnoissez le même principe comn»e modérateur, de la pourriture ordinaire dans la comparaison d'une éau stagnante à une eau en niouvement, d'un marais
SOIXANTE HUITIÉMB ENTRETIEN* 363
dans le quel Te^ù pourrit à un fleuve ou L'eau conserve sa pureté.
Mr* de T. Mais où est la source de ce mouvement?
Mr de P. Pour le sang ûous la trouvons dans Tiritabilitë du coeur et dans la contractiiitë des artères, comme je crois l'avoir dit lors de la description de la circulation. Pour les autres fluides nous la trouverons dans l'attraction de surface et dans l'affinitë physique qui mêle les substances hétérogènes. D'autres mouvemens sont probabiei;nent produits par Tiritabilité des muscles.
Mr, de T. L'iritabîlité est une propriété de la substance animale qui elle-même a besoin d'être expliquée^ Quel est le principe de l'iritabilité?
Mr, de P. Nous voilà arrivés à la time du problème de la vitalité, là où ni la Physique ni la Chimie semblent ne nous offrir plus de ressources. Nous voulons pour le moment regarder l'iritabilité comme le premier principe mécanique de la vie, celui qui imprime le mouvement à la machine animale. Arrêtons nous pour aujourd'hui à cette considération, restons sur cette cime élevée d'où nous pouvons conte^mpler le vaste champ de la vie physique. Demain j'aurai l'honneur dé vous détailler quelques uns des procès particuliers qui forment l'ensemble de ce grand procès pour jetter plus de jour sur l'importante question qui nous a occupés sur la fin de cette soirée.
SoiXANTB NEUVIÈME ENTRETIEN^
JSfLde* de L» Vous nous avez promis hier, monsieur de P., la description de quelques unes des parties principales du procès vital. Cette description aura pour moi beaucoup d'intérêt; mais aura*t-el!e assez de clar« té? Car j'imagine qu'il faudra bien des connoissancet anatomiques dont {e ne possède aucune.
Mr. de P. Votre crainte seroit fondée, madame, si i'entreprenois de vous décrire ces procès avec les détails nécessaires aux Physiologistes, détails que vous auriez oubliés demain, par ce qu'il est presque impos« siblé de s'en ressouvenir sans en faire une étude continuelle. Mais je mé souviens de ma promesse de ne vous offrir que des résultats liés entre eux par un fil facile à saisir et à suivre. Si j'ai paru quelquefois dépasser les bornes de cette promesse, c'est que cela étoit nécessaire pour pouvoir vous offrir certains résultats.
Commençons par l'acte de la digestion. Les alimens, dès qu'ils arrivent dans la bouche, se mêlent Bveclaêolipe; ceux qui ont de la consistance y sont divisés et triturés par les dents et mêlés à la salive par l'action de la langue. De là ils passent par un canal^
SOIXANTE HEUVI^MB EKTAETIEN, 3^5
nommé Fœaophage , dans Testomàc où un mouvement tout particulier de ce viscère les mêle avec \e suc gas* trique qui y arrive continuellement. La salive est un li« guide limpide et visqueux, composé d'environ 99 parties d'eau et d'uqe partie de substance animale et de sels de soude. Elle agit donc comme un dissolvant un pea plus actif que Teau. Le suc gastrique ressemble beaucoup à la salive, n'est ni acide ni aikalin et agit également comme dissolvant sur lesobfets de nourriture.' Le mouvement en question de Testomac, nommé péristaU tique, est. une espèce de mouvement ondulatoire et vermiculaire qui produit dans la masse contenue dans Tes- ' tomac un changement de place toujours renouvelle, et effectue par là un mélange intime des alimens avec le suc gastrique.
Ces apprêts que la Nature fait pour ta digestion indiquent clairement que l'opération sera un procès chi« mique, une fermentation que la dilution des matières par le suc gastrique favorise; car le Chimiste qui veut établir un pareil procès ne peut mieux faire que de tri* turer ses ingrédiens^ d'y verser un dissolvant et de bien remuer le mélange. Aussi l'effet de ce premier acte de la digestion est la décomposition des alimens qai changent tellement d'aspect et de nature qu'on a du leur donner un nom particulier. Cette bouillie travaillée par le suc gastrique et par ses propres élémens sous une température d'environ 3^ degrés R. s'appelle Chyme. On apprend à connoitre cette matière en tuant un ani«* mal quelque tems apVès son repas ^ et dans l'homme en lui faisant avaler de petits sacs de toile pleins dé viande ou d'autres alimens et liés à une ficelle au moyen de la
Îi66 SOIXANTE NBUVJKMB BNTRBTIBK.
quelle ou les retire à différents tems pouf examiner leur tran.sformation.
Mde. de L. Avouez que cette expérience est un peu dégoûtante.
Mr. de PJ Vous me feriez, madame, ce reproche avec bien plus de raison si je vous peignois les obseurvations et expériences qu'on a faites avec des personnes qui avoient un trou dans Testomac au moyen du quel on pouvoit voir tout ce qui se passe dans ce viscère.
Les alimens ainsi préparés passent dans les boyaujc, nommés intestins grêles y où ils se mêlent avec le suc pancréatique et la hile qui y arrivent continuellemenr. Ce suc est très peu connu chimiquement; on croit qu*il diffère peu du suc gastrique. La bile par contre est une liqueur qui a été examinée par tant de Chimistes et Physiologistes célèbres qu'on ne sait aujourd'hui plus trop à quoi s'en tenir sur sa composition.
Mr. de L. Beau résultat!
Jl/r. de P. Que vous trouveriez très naturel, mon Général, si je voulois vous ennuier par le détail des difficultés aux quelles les analyses des substances animales sont sujettes. Ce qui paroit certain (et cela nous surïlt) c'est que la bile humaine forme un liquide visqueux, de règle jaune-brunâtre, composé principalement d'albu^ mine (blanc d'oeuf), de graisse, de soude et de sels de soude. Abandonnée à elle-même elle se corrompt, c« a. d. entre en fermentation.
L'intestin grêle, le viscère qui contribue le plus à la digestion, qui reçoit la bile et le suc pancréatique^ et se nomme Duodénum^ est un boyau courbé en forme deu oà le chyme arrive^ une espèce de second esto*
mac qui a un mouvement péristaltîque très énergique. Ce canal étroit et courbé et tapissé intérieurement d'une membrane qui forme quantité de gros plis, semble fai|; exprès pour rallentir la marche de la masse qu'il contient. Aussi a-t-on observé que cette masse y séfourne plus de deux foie plus longtems que dans l'estomac. Ce séjour prolongé, ce mouvement interne si énergique, et l'addition de la bile, qui contient en soude, en sels et en matières putrescibles a peu près | de toute sa masse, tout nous annonce une décomposition plus complette des alimens que là première. En effet c'est ici que le chyme se décompose en Chyle qui fournit la nourriture à toute la machine organique et en excrémena qui en sont rejettes.
Le chyle a la plus grande ressemblance avec le sang et n'en diffère que par la couleur qui est blanc de lait et par un surplus de graisse que le sang n'a pas. Du reste il est cotnposé, comme le sang, d'une matière aqueuse nommée sérum et d^une partie solide mais molle, nom« mée cc^iUot, et dontient également de la soude, du souscarbonate de soude et du sous phosphate de chaux.
Ici se termine la digestion proprement dite. Les substances décomposées en chyle et matière excrémentitielle passent du duodénum dans un très long boyau plus étroit que le précédent et contourné dans toute sorte de sens pour y faire séjourner longtems la pâte que le duodémum leur fournit. Ici il ne s^agit propre- . ment plus de composition ni décomposition chimique en faveur de la nutrition, mais seulement d'une^ séparation mécanique du chyle formé; ce qui se fait par les ifaisseaux lymphatiques dont les orifices capillaires^
36s SOIXÀKTB KEUTIEME ENTRETIEK.
multiplias' presque à l'infini, percent l'enveloppe de cet intestin grêle et se terminent au dedans presque à tous les points de la membrane interne plîssi^e qui offre parconséquent une grande surface de sëcrétioi^ à la matière contenue daùs ce boyau. -
Après cette description de l'acte de la digestion, veuillez y messieurs, me dire quel est votie avis concernant ce procès^ Peut*on ^expliquer par les principes chimiques purs et simples? Peut- on le regarder comme une fermentation putride commencée et arrête h certains périodes pour en recommencer un autre? Ou bien crôjez-vous qu'il faille avoir encore recours à d'auttes causes hors de la sphère purement chimique?
Mr. deR, J'avoue tout rondement que je ne vois dans la digestion que de la Chimie pure et simple.
. Le Comte C. Et moi , j'avoue que fe ne puis encore sacrifier les idées de forces organiques, supérieures aux forces chimiques et mécaniques, par ce que j*ai lieu de douter que si l'on répétoit ces opérations hors du corps organique, les effets fussent les mêmes.
Mr. de tt. Je n'aime pais non plus la Philosophie, qui veut rammener toutes les opérations de la machine organique à la Phy^que et à la tlhimie. Je me plais à imaginer une sphère supérieure de forces naturelles qui morigène les forces physiques et imprime à l'organisme le caractère de supériorité sur la matière brute«
Mr. de V^ Quelque belle que puisse être cette idée, je ne puis la regarder comme une preuve contre l'opinion contraire*
Mr. dé G. ^il s.'agit de beauté', d'élégance, d'unité dans 'un système^ je prétends que celui qui ram-^
SOIXANTE NEUVIÈME ENTRETIEN. ^6q
mèqe tous le» phéootïièûes à peu de lois sihiiples et gé^ nëraleS) qui en explique Timmense variété par les circonstances particulières à chaque phénomène, qui sta-^ tue une unité de cause pour tous, est plus beau ^ plus simple,^ plus grand que le système qui établit certaines lois pour la matière brute, d'autres pour la matiète végétale, d'autres pour la matière animale, et d'autres enfin pour les zoophytes.
Le jeune de L. S'il m'est péfinis d'émettre mort opinion , je me range du côté de monsieur le Comte et de Papa, par ce que je doute fort que la .Chimie , là Physique et la Mécanique réunies puissent eicpliquer tous les phénomènes organiques*
Mde,^ L, Il paroit que monsieur de T. et moi resterons neutres dans cette grande querelle*
Mfé de Pé Ainsi mon tour de me prononcer est venu^ et vous savez tous d'avance de quel parti je suis, l'opinion combattue par messieurs de C. , de L«, m'appartenant en propre; je l'ai émise publiquenfient il y a vingt ans^ dans un tems où toute l'Europesavante croyoit voir dans chaque organe', dans chaque vaisseau, dans chaque fibre et même dans. les liquides du corps orga» nique, une force vitale particulière à chacun d*eux, qui se moquoit de la Physique et de la Chimie.
Le jeune de L. Vous avez prouvé par là. que vous partagez^ avec le célèbre Davy le génie dii paradoxe^
Mr; de P., Puisque vous m'attaquez vous allez être le premier que je réfuterais Si l'impossibilité d'expliquer plusieurs phénomènes organiques prou voient coQtrè la validité des forces physiques dans tetie partie du domaine de la Nature, tout %e^ez également en
370 SOIXANTE NEUVIÈME ENlUtlEN.
droit (le supposer des forces hyperphysiques pour cent phénomènes de la matière brute que nous ce sommes pas encore en état d'expliquer. Et si ce principe avoit régné depuis deux cents ans nous aurions pour chaque phénomène un agent ou une loi spécielle, et point de lois générales , c; à. d, point de Physique. C'est là où Ton en étoit dans le moyen âge lorsque la Philosophie d*Aristote, qui gouvcrnoit toutes les têtes, supposoit à chaque matière une force occulte qui produisoit le phénon^ène à expliquer.
Mr. de L. Vous voilà réfuté , mon cher fils. A présent va venir mon tour^
Mr. de P. Pas du tout; notre ami G. m'a dispensé de ce devoir. C'est à monsieur le Comte à qui j'en veux. .
Le Comte C. Je compte sur votre générosité.
Mr. de P. C'est faire le compte sans l'hôte; car j'avois cru que Vous précisément seriez de mon parti,' ., et je regarde votre alliance avec le parti opposé comme une défection. Votre argument est que les opérations delà digestion ne produisent sûrement pas hors de Torganisation les mêmes effets que dans le corps animé. Je suis loin de révoquer cela en doute et je vous annonce même qu'on a essayé de produire des digestions artificielles en mêlant des alimens avec du suc gastrique et de la bile. Le résultat a été une décomposition à la vélité analogue au procès de la digestion; mais on n'a pas composé de chyle. Je vous demande parcontre si le procès artificiel s'est fait sous les mêmes circonstances que le procès nati|rel ? Je vous demande si le mouvement péristaltique inimitable a pu se répéter dans
une cucurbite on tout autre vase rigide^ si Tob a mêlé aux alimens les sucs digestifs dans la même proportion et dans la même succession que là Nature le fait^ si l'on a ajouté le suc pancréatique donton^i'a jusqu'à présent pu rassembler que ce qu'il faut pour s'assurer tout au plus de son existence 4 sans en a voit assez pour le sou-^ mettre à la plus simple analyse? Je vous demande en-^ fin si les Anatomistes et Phisiologistes sont bien sûrs que dans l'acte de la digestion la Nature n'employé pas d'au<« tre^agens que les sucs gastrique et pancréatique et la bile? J'aurai l'honneur et le plaisir de vous prouver encore aujourd'hui que les liquides et les sucs qui se trouvent hors d'un vaisseau ont une influence chimique marquée sur les matières con|:enues dans un autre vaisseau. Or comme dans le bas- ventre presque tous les viscères se touchent et que les vides contiennent en ou« tre des exhalaisons provenantes de tous ces vaisseaux^ qui calculera l'effet de ces nouvelles substances?
léB Comte Ce Faudra-»-t-il nous rendre^ Général?
Mr. de Pé Posons bien clairement l'état. de la question. Le procès de la digestion a tous les caractères d'une fermentation putride commencée et inter* rompue, puis recommencée sous une nouvelle influence,^ puis interrompue par l'éloignement du chyle pour re* commencer une troisième fois dans un nouveau sens^ qui produit enfin les excrémens tels que la Nature les expulse de la machine organique^ Et ce qui prouve bien cette vérité, c'est que les excrémens faits sont ar^ rivés au plus haut degré de la fermentation putride et en livrent tous les produits, c'est que, si par un défaut de mouvement ou par une surabondance d'alimens la
37^ S0IXAI9TB NEUVliMB ENTRBTIEir*
matière fermentante séjourne trop longtems dans les premières voyes, elle y acquiert les degrés supérieurs de fermentation ; de là le dégagement de gaz putrides et la putréfaction formelle de la matière, qui causent souvent des maladies mortelles. Cette analogie si bien établie du procès de la digestion avec les phénomènes de la fermentation des substances animales doit -elle nous suffire? Ou bien devons-nous statuer encore d'autres forces, uniquement p^r ce que nous ne pouvons pas imiter le procès de la Nature dans nos cucurbites ou dans nos cornues? Mais sommes -notis en état de faire seulement une pierre brute? Et prétendrons-nous pour cela que la Nature y employé des moyens hyperphysiques ? Soyons modestes. En même tems que nous honorons Tesprit humain pour la découverte des lois physiques, croyons sérieusement que le Créateur employé- ides lois avec une intelligence infiniment supé- ' rieure et que parconséquent nous sommes encore bien éloignés de pouvoir l'imiter. Tout le monde sait qu'une montre est composée de laiton et d'acier; mais l'horloger seul sait faire une montre.
Le Comte C Général ! nous voulons nous rendre.
Mr. de L. (riant.) II y a lon^ems que je me suis rendu. Je ne m'étois proprement rangé de votre parti que pour le grossir par ma masse et fâcher monsieur de P. Je n'aimie point l'obscurité des idées mystiques dans les sciences naturelles. Je préfère^ dans le Physicien l'aveu de son ignorance à cette arrogance ' savante qui enlante un mot pour couvrir son défaut d'idées.
Mr. de P. Quelques Phisiologistes ont fait entrer
€OIXAKT£ NEUVIÈME ENRETIBN. SjS
l'action des nerfs dans le procès de la digestion, et nous ne l'en exclurons pas, mais nous l'admettrons (lans i|{i autre sens. Les nerfs sont la source de Tiritabilité comme ils sont les conducteurs de la sensibilité. C'est à leur action que nous devons les mouvemens propres des or^» ganes; et comme la digestion ne peut avoir lieu^sans ces mouvemens, il est clair que les nerfs jouent un grand rôle dans ce procès, et nous ne nous étonneront ' pas que les affections fortes de l'âme, qui tantôt aug^ mentent ^''tantôt dépriment l'action des nerfs, influent sur la digestion.
Lejeune.deL. Mais voilà cependant une qualité propre à la matière animale qqe vptis statuez, l'iritabilité ; et il me semble qu'il ne vous reste q^'à la ranger sur la liste de la gravitation , de l'attraction de surtacè et de l'affinité.
Mr. de P.' Plusieurs Phisiologîstes ,' les plus rai* sonnables, font cela, mon cher; pour moi qui ne suis pas Physiologiste, mais Physicien, je n'en fais pas dé même, mais je ramène cette qualité de la matière or* ganique à une des très lois générales de la JNature* Je ne sors pas de ma trias. Mais ce n'est pas encore te mo* ment de vous développer ce systèn^e, Examinons à présent un phénomène nopi. moins important du procès vital, les Sécrétions y l'art par le quel la Nature sait trier les substances qu'elle Veut séparer des autres et les transporter d'un bout de la machine organique à l'autre.
La théorie des sécrétions est la partie la plus diffi* cile de toute la Physiologie. Le théâtre de ces opéw tions est presque infini par la variété des substa^ceâ
574 SOIXASTB NmJViÉMB ENTRETIEir.
qu'elles produisent et des vaisseaux dans les quels elles s'opèrent. C'est principalement h cet égard qu'on peut dire que le corps humain est un monde en petit. Aussi les opinions et les hypotèses que Ton a émises pour cuU tiver ce champ immense sopirelles extrêmement variées*
Les anciens Physiologistes prëtendoient que le sucs que l'organisation animale produit se trouvent déjà tous préparés dans le sang qui n'est selon eux qu'un mélange mécanique de ces sucs, et que les organes sécrétoires ne font que les séparer et les distribuer dans les différentes parties du corps. Aussi Descartes prétend-il que les organes sécrétoires ne sont que des cribles modifiées par Id Nature de manière à ne recevoir que certains sucs et k refetter les autres^ Van Helmont , le premier vrpi Phisiologiste, combattit cette idée , prétendit que le sang ne contient que les principes des autres sucs et que pour les e;(traire il faut une opération chimique* Pour exécuter cette opération il imagine que chaque vaisseau sécrétoire contient une matière particulière, une ^spèce de ferment qui agit chimiquement sur le sang, et le décompose d'pqe manière conforipe au but delà Nature.
Les deux plus grands Anatomistes du commence* ment du siècle passé, Malpighi et fluisch, considèrent les glandes (qui se trouvent presque partout) comme les orga^es sécrétoires proprement dits où le sang se dé* compose ; m^is ils se contredisent qu^nt ^ la construc* tion de ces glandes. Malpighi les considère comme yx| amas de globules vide^ dans les quels liquide se rassemble et subit les cbangemens nécessaires, fluisch au con-r traire prétend que ce sont des pelotons de très petits
60IXÂKTE NEUVIEME ENTRETIEN. SyS
boyaux où le liquide circule lentement et change dénature, ' Boerhave et Haller, deux astres de la première grandeur dans la Médecine et la Physiologie, se déclarèrent, le premier pour l'opinion de Malpighi et le second pour celle de Ruisch. Quant à moi, qui n'ai jamais disséqué, fe pehse que ces grands Naturalistes ont tous quatre raison et que nous avons des glandes globuleuses et des glandes pelotonneuses.
\ A ces louables efforts succéda une époque où' Ton essaya d'introduire formellement la Physique et laChir mie dans le domaine de la Physiologie; mais cela réussit mal par ce que ces deux bases de toutes les sciences expérimentales n'avoient pas alors le degré de perfection nécessaire qu'elles auroient dû avoir et par ce que ceux qui se chargèrent de ToflSce d'appliquer les connoissances physiques, mécaniqnes et chimiques d'alors, s'y prirent en outre mal-adroitement. On put leur démontrer dififérentes erreurs dans leur système, sans compter son insuffisance; et Ton se crut alors, ^rurtout en Allemagne, en droit de bannir les lois générales de la Nature de tout système organique et Ta Scholastique des forces vitales, propres a chaque organe séparément, se déborda et, secondée de Ta Philosophie de la Nature, inonda l'Allemagne et passa même plus ou moins daqs les pays voisins. Ces folies m^ennuièrent et je publiai il y a près de 20 ans une dissertation sur ^application de la Physique et de la Chimie à la Médecine, où je frondai ces idées en vogue et essayai de tracer la routé que la Physiologie, la Pathologie et la Thérapie doivent suivre. Le besoin de rammener la vraie science dans la Médecine et d'en expulser le cahos des qualités oc-
cultes fit rec^evoir mon ouvrage par les Médecins même avec une indulgence et des ^fiards que je n*avois pas at^ tendus; et si le système de riritabilité n'avoit pas pré-> valu dans la pratique de la Médecine, la révolution se seroit faite, complettement, révolution qui au reste s^a« chemine a grands pas vers sa perfection.
Le Comte C. Je suis bien curieux -de connoitre vo* tre système sur les sécrétions.
Mr. de P.^ Pour le réfuter, n'est-ce pas?
Le Comte C. Cariant») Assurément, si je le puia^ et paç vengeance.
iT/r. de P* Taotae oe animis cœlestibus.irae?
Le Comte C. C'est à dire, suivant la version de Orcsset :
Ëntre-t-il tant de (Tel daos le coeur des dévots?
Eh bien! je vais mettre tout mon Christianisme à contribution pour oublier mon ressentiment et ^tâcher 4'adopter votre système.
Mr. de L. Voilà ce qui s'appelle faire des prose-» lytes de force.
Mr. (te P. Il faut faire flèche de tout bois quand on a iQut d'eniiemis à combattre. -^ Ms^ entrons en matière.
Je distiqgue deux opérations dans les procès de se* crétiôn. L'une consiste à sucer les substances déjà foriné<?s et à les transporter au loin par des vaisseaux des« tinés à cet effet , l'autre de transformer ces matières en 4'autres substances é^alemeiit prganiques. L'action des vaisseaux lymphs^tiques dont les orifices capillaires in» nombrablesse trouvent à Tintérieur des intestins grêles, ^e rapporte à Uprçniière de ces deux opérations. Ces
SOIXAKTK KEinriéME ENTRETITEN. S??
vaisseaux sucent le chjle par un mécanisme que nous ne coiinoissons proprement pas. Je soubçonne deux causses de cet effet. La première est la capillarité qvi , il est vrai, ne petit agirdèS/qu'on suppose que les vaisseaux lymphatiques sont une fois pleins de ce suc, mais qui redevient active dès que la quantité de ces sucs diminue dans ce système de vaisseaux, enlevée par l'action d'autres vaisseaux. La seconde et la principale est le mouvement péristaltique qui, a ce que je crois, n'a pas pour but unique 4^ donner du mouvement à la masse pâteuse contenue dans Tintestin grêle, mais exerce apparemment aussi une pression^sur les vaisseaux lymphatiques qui fait marcher la liqueur qui y est contenue. Au moins voyons-nous que ce mouvement péristaltique fait mar- ^cher la pâte elle-même dans les intestins grêles-, malgré leurs tours et détours très nombreux et l'irégularité des surfaces intérieures. Pourquoi n'auroit-ii pas le même effet sur les vaisseaux lymphatiques?
Le Comte C. - Le prosélyte de force se rend de gré à cette Physique, et voit d'autant moins d'objections à faire qu'il trouve cette opération analogue à ce que la Nature fait d'ailleurs très souvent, de se servir du même n^yen pour arriver à plus d'un but.
Mr. de P. La seconde opération sécrétoire, la transformation d'une matière en une autre très différente, de même aussi la dilution de certains sucs contenus dans leur viscère, est un problème qui paroit ne pas se résoudre si facilement; car dans la plupart des cas on ne connoit point l'issue que prennent ces substances, point d'orifice par où elles entrent ou sortent, et souvent on voit une matière se changer, sedé-
57S SOIXANTE NEUVIEME ENTRETIEIT.
composer en passant d'un vaisseau) à un autre plus étroit ou plus large. C'est ici où la Physiologie a constamment échoué.
Pour nous retrouver dans cet immense labyrinthe attachons un fil à deux expériences que je vous ai décrites BurTesprit de vin et Teau séparées une vessie, fil qui nous conduira sûrement. Refaisons notre ancienne figure (fig. 40* Le vase A plein d'esprit de vin^ fermé par une vessie et plongé dans un verre d'eau , a £^ttiré de l'eau; et j'ai eu l'honneur de vous expliquer ce phénomène, de même que son revers représenté par cette seconde figure. Cette opération est une vraie sécrétion ; l'esprit de vin en A enlève de l'eau au vase G, et Tes*prit de vin du vase D enlève de l'eau au vase B. La figure des vases ne fait rien à la chose. L'essentiel est que les deux substances qui agissent par affinité soient séparées, ou réunies, par une membrane qui en vertu de l'attraction de surface soit perméable à Tune des deux liqueurs, sans cependant la laisser écouler formellement. Or tous les vases du corps humain sont des membranes qui ont plus au moins de ressemblance avec la vessie. Donc, aussi souvent qu'on vase organique plein d'un suc plongera dans un fluide, s'il est perméable à ce lluide et si ce fluide a quelque affinité avec le suc, il attirera ce fluide; s'il n'est perméable qu'au suc , le suc passera dans le fluide, et s'il est perméable aux deux, les deu3^ substances se mêleront dans le vase et hors du vase. Le^ mêmes effets auront lieu si les deux substances hétérogènes se trouvent dans deux vases organiques, flexibles et qui se touchent par leur surface extérieure ; car deux membranes feront le même effet qu'une seule,
SOIXANTE NBUVIÉMB BNTliETIEir» 379
seulement plus lentement si elles sont chacune a^ssi épaisses que la vessie , et d'autant plus vite-qu'elles se? ront plus minces.
Mr. de R. C'est comme si yous leviez un rideau qui couvroit le secret des sécrétions. Je vois en idée les sucs traverser les parois des vases qui les contiennent pour passer dans d'autres vases et s'assimiler aux sucs que ceux-ci contiennent, et je conçois que la différence spécifique de la membrane des vaisseaux consiste dans la propriété d'être , en vertu de l'attraction de surface, perméable pour certains sucs et pas pour d'autres* Je conçois même que l'affinité qui eflfeçtue cette marche des substances puisse décomposer l'un ou l'autre et produire de nouvelles substances organiques.
Mr. de L. Monsieur de R. a pris feu et nous aU Ions voir bien d'autres choses encore. Cependant je prends la liberté de demander préalablement à monsieur de P. si l'expérience confirme ces idées théoriques.
Mff de P. Voici me réponse: L'expérience n'a encore été que très peu consultée làr dessus et |)ar moi seul ; ^t comme je ne suis pas à même de la consulter plus souvent, je ne puis vous offrir que deux expérienr ces, mais qui ,me semblent assez décisives pour engager les Phisiologistes à les répéter sur d'autres sujets. Au moins e^i^pliquent- elles un phénomène que toutes nos autres connoissances pe peuvent expliquer. L'urine qni se forme dans les reips de l'animal ^ est une matière fluide, yisqueusey très consistante. De ce yaisseau préparatoire elle s'écoule par Un canal particulier dans la vessie d'où elle ressort quelque tems après, délayée daqs un volume peut-être centupla? d'eau. P*où' lui Voient
380 SOPCANTB NBUVléAiB ENTRETIEN.
cette eau ? L'Anatomîe a cherché en vain pendant un siècle les canaux secrets qu'on avoit supposés à cet effet; ils n'existent pas. Mais nos expériences sur Tes* prit de yin et l'eau nous livrent le mot de t'énigme. J'ai pris de l'urine telle que l'animal la rend ; j'en ai ^mpli une petite vessie de mouton jusqu'auk deux tiers etpesë le tout soigneusement après avoir bien lié l'orifice. Je Tai mise ensuite dans un bocal de verre plein d'eau que j'ai entretenue pendant ^4 heures à |a température de 3o degrés R. Au bout de ce tems la vessie avoit au]g« mente en poids d'uaequantit«$ égale àf du liquide qu'elle
contenoit. J'ai renversé l'expérience et an bout du même
tèiùB la vessie avoit perdu ^ de son poids. Ce dernier résultat est moindre que le précédent par ce que l'urine étposéé dans le vase extérieur à l'action de Tair avoit déjà subi un commencement de décomposition. Si vous considérez que cette urine n'étoit pas le suc uriaeux~pur, tel qu'il découle des reins, mais une solution de cette substance dans peut-être cent fois autant d'eau, vous jugerez aisément que ce suc non délayé doit agir avec une très grande énergie, et vous concevrez ainsi comment il se fait que la vessie absorbe dans quelques fleures une quantité considérable d'eau , qui se dégage constamment des autres intestins, sans qu'on ait à cher-^ cher un canal particulier pour cette opération. Vous admirerez enfin«»lasNature qni extrait du sang la sui>stance urineusepour enlever au bas ventre et par unniér canisme si simple, une quantité d^éau qui se rassemble dai^s la cavité du ventre et qui, si elle n'étoit absorbée et éconduite, produirait da^s qu6l(jues jours une hydro«pisie mortelle.
SOIXANTE NEUVIEME SNlîlETIEN. 38 I
Le Comte C. Et je conclus de là que la santé de la ressie, l'état où elle possède et conserve cette proprié* té d'absorber Teau par le mo^eç du suc urineux, est de la plus grande importance. . n *
Mn de P. J'ai répété cette expérience avec un oeuf récemment 'pondu sans coque , entouré seulement xle sa membrane ordipaire qui d'ailleurs est contigue à la coque, afin de m'assurer que cette propriété des membranes animales existe également dans des sujets vivans. Cet oeuf, mis dans de l'eau tiède, en absorba une si grande quantité et la membrane, auparavant lâche, se trouva tellement tendue que, lorsque je voulus le retirer de l'eau pour le peser, il me creva dans la main. Cette expérience nous met en droit de conclure que les pores de cette membrane sont les canaux infiniment multipliés que la Nature a assignés pour la nourriture de l'oeuf dans le corps delà poule; car il est très connu que l'oeuf existe dans l'ovaire, s'y nourrit et y croit, sans qu'aucun canal ^e trouve entre lui et la mère.
C'est aux Physiologistes à suivre le fil de ces expériences, à les répéter sur plusieurs espèces de membra* nés et avec des fiuides animaux de différente nature pour s'éclairer sur tant de procès sécrétoh'es pour les quels TAnatomie n'offre point de canaux directs.^
Cette propriété des membranes d'être perméables pour certains fiuides et pas pour d'autres, est ce que Ton avoit désigné sous le nom de force vitale propre à chaque intestin,, et j'espère que l'explication que je viens de vous en donner vous persuadera de l'importance des propriétés physique^ et chimiques de la matière dans l'organisme, vous convaincra que les lois gé-
38^ SOIXANTE N£XJVUf;ME £MTR£T1£N«
néràles de la Physique et de la Chimie ne se laissent pas morigéner comme des polissons par le maitre d'école, mais que c'est à elles que le Créateur a confié les phé« nomènes de la matière organisée, de ces machines infi.-« niment variées et délicates ^ non à des êtres d'imagination qu'on fait intervenir comme des revenans , uniquement en vertu de notre ignorance.
Permettez moi de terminer notre soirée par cette apostrophe. Le procès de la respiration que j'aurai l'honneu'ir de vous détailler demain, fournira de nouvelles preuves à ces principes.
Soixante ddcuëmë entretien.
JVlr, de P. Respirer et vivre sont devenus S3monyineS| non seulement dans la langage du Poëte, mais aussi dans la langue vulgaire. Cela seul suffit pour prouver l'importance immense delà respiration et pour me persuader que mon aimable auditoire prendra un vif in-» t^rêt à la description de cette partie indisp€lnsal>Ie du procès vital.
Le Comte C. Et l'intérêt pour la théorie se joindra à l'intérêt pour la chose.
Mr. de P. Vous connoissez la trachée-artère. Sa partie inférieure se partage en deux tuyaux gui aboutissent chacun à un des poumons. Car Cet organe principal de la respiration se partage en deux grandes masses séparées^ logées dans la cavité de la poitrine. . Chacune d'elles est composée d'une infinité de cellules qui communiquent entre elles et avec la trachée-artère, qui à cet effet se partage à chacun de ses deux bouts en un grand nombre de branches et de rameaux qui finissent par n'avoir que f ou ^ de ligne de diamètre. L'orifice de ces derniers rameaux, qui s'enfoncent par tout dans la masse cellulaire , forme la communication dô la tra^^
384 SOIXANTE DIXIÈME ENTRETIBN.
chée avec les cellules. Les parois des cellules sont des membranes extrêmement minces; on évalue leur ëpais<^ seur à ^^Vs ^^ pouce.
lettons à présent un coup-d'oeil sur le mécanisme du coeur (T.I, fig. ag.)» Vous savez que le sang, après avoir passé par la grande circulation. des artères dans les veines, se rassemble dans le ventricule droit C, d'où il est chassé par l'artère pulmonaire i dans le pouloion supposé en o.^ Cette artère pulmonaire est double, déjà à sa sortie du coeur ,^ pour fournir à chaque poumon un tronc de vaisseau dont les rameaux s'étendent parallèlement à ceux de la trachée artère et dont le3 dernières ramiHcations, qui atteignent une extrême finesse, traversent en tout sens la masse cellulaire du poumop. ^ Ces dernières ramifications s'abouchent avec celles des veines qui rammènent le sang dans le vestibule gauche du coeur.
Mr, de R. Il est clair par là que les artères et les veines se trouvent en contact aves les cellules et les rameaux de la trachée-artère par un nombre infini de surfaces.
Mr. de P. La construction de cet organe principal de^la respiration indique évidemment que c'est là le bat de la Nature. La partie mécanique de Pacte de la respiration se rapporte à l'action d*un soufflet, comme j'ai déjà eu occasion de .vous le dire. La cavité de la poitrine se dilate pour l'aspiration el se rétrécit pour l'expiration. La première de ces deux opérations dimioue la pression du peu d'air contenu dans fa cavité de la poitrine' sur les poumons, et donne parconséquent k Tair extérieur la faculté de s'introduire par la trachée*
artère dàils le système des ê^IIule^.' Là seconde dpfrs ration exerce sur les poumons une pression qui force Fâir aspiré de-re^sortir. par le même chemin par lé quel il étoit entrée
Mr, de 1^. Le très humble et très d^rbué^ ami de la Mécanique désiréroit bien savoir comrhent se fait cet élargissement et ce rétrédssement de la poitrines
Mr. de P. La cayité dé la poitrine est séparée de celle du bas-ventre (abdomen) par le diaphragme^ paroi horizontale fixée de toute part a là circonféreiice in« térieure du corps comme un toile, lâche dans son état de repos. H pfend une figure routée vers le hauty pressé de bas en haut par la liasse dés intestins qui remplissent le bas -ventre et se t<t>uvent eux-mêmes comprimés par là* peau qui forme la cavité où ils se trouvent.
IJiiIais cette paroi y qui n'offre que trois ouvertures^ fermées pait les yaisseaux nourriciei^s aux quels elles donnent passage^ est un musde vigoureax qui se con-^ tracte et se relâche alternativement^ La contraction tend ce muselé et change sa figure voûtée en une figure plane. Ce changement a deux effets : l'un de diminuer le volume de la cavité abdominale ^ ce qui fait fpxé la partie antérieure du bas -ventre s*élève; Tautre àug-^ mente le volume de la cavité dé la poitrine f y produit un vide que Tair atmosphérique extérieur s'emprésaédé remplir en se prédpitant par la trachée- artère dana lea poumons. Voilà l'acte de l'inspiration, Au moment ou ce muscle se relâche ^ cesse de presser les iatestina abdominaut, eeux-ci^ toujours pressés de l'extérieur à l'intérieur par l'action de la peau, remontent vera U cavité de la^poKfiae et poussent U diaphragme de oe
386 SOlXÀIfTB DIXIÈME EMTRETIBK*
côt^; ce qui diminue le volume de cette cavité et produit l'expiration., >
Mr. de T. Quelle belle simplicité! Et je parie que ce mouvement des intestins abdominaux favorise de ce côté leurs fonctions.
Mr. de P. Je n'en doute nullement quoique Ton n'ait pas encore assigné la manière dont cet effet a lieu; mais • nous pouvons être bien certains que le Créateur n'a pas institué un seul mouvement dans notre machine organique qui n'ait un but très salutaire.
Le mécanisme que jp viens de vous décrire n'est pas le seul qui opère la respiration. Il en est un autre qui produit une vraie systole et diastole de la poitrine. La Sagesse infinie qui préside aux fonctions organiques n'a pas confié à un seul muscle, au diaphragme seul, une partie du procès vital si importante, dont la cessation est infailliblement suivie de la mort. Elle a prévu que nombre de maladies des intestins abdominaux, çausëeà la plupart par l'intempérance, peuvent ^Itérer cette fonction du diaphragme , et a -remédié à ces inconvéniens temporaires par un nouveau mécanisme.
Le Comte C. En général c'est un caractère déboutes les organisations compliquées que non seulement plusieurs organes réunissent leurs actions pour le même but afin de bien assuret la constance des effets, mais même que des organes étrangers à certaines foijctions se chargent ^de ces fonctions lorsque les organes qui y sont destinés sont hors d'état de servir. Expliquerez* vous ces phénomènes par la Mécanique, la Physique ou la Chimie?
Mr. de P. Non, monsieur le Comte, je ne les
SOIXANTE DIXIEME ENTRËTIElT. 387
expliquecdi pas, bien persujadé comme fe le siiîs que fe n'ai point encore pénétré tous les secrets de rintelli« gence suprême. Mais ]e tous observerai que pour opé* rer ces effets la Nature change les propriétés des organes admioiculaires et leur donne celles des organes qu'ils doivent remplacer; ce qui prouve qu'elle s'en tient toujours et très strictement à ses lois générales --^ mais je vous demanderai si la Physiologie explique ces secrets sublimes en créant pour chaque phénomène des forces imaginaires qui n'offrent que des mots pour des choses, qui coupeiit la racine à toute discussion ultérieure et nous ravit par là tout moyen d'explication? Soyez bien persuadé, monsieur le Comte, que le Physicien n'est ni audacieux ni arrogant; il connoit trop bien les bornes étroite^ de ses forces.
Le Comte C (avec bonhomjnie,) Vous n'avez pas cru, f espère, monsiedr de P., que j'ai voulu attaquer le Physicien.
Mr, de P. {lui donnant la main,) Non , monsieur leComt û ; vous êtes un ami trop vrai de la Science pour en être capable. Mais je sais que j'ai moi-même donné peut<»étre occasion à un pareil reproche par les exprès* sions lortes dont je me sers dans nos entretiens contre le système qui veut exclure de l'organisation les lois générales de la Nature ou les soumettre à des êtres d'imagination dont l'existence n'est attestée que par l'impuissance où nous sommes et serons encore longtems de rendre compte des problèmes les plus difficiles de TorganUme. Je me révolte contre l'idée qu'on a de £xer des limites à la réflexion, comme si nous étions en état de prononcer sur celles que le Créateur a assi«
388 lOIXÀNTS DIXIEME ENTRETIEN.
gnées à notre intelligence ou au nombre des ob{ets qu^il lui plait d'offrir successivement à notre examen à mesure que nous avançons dans la connoissance de ses oeuvres. Pardonnez moi cette digression; je retourne au second miicanisme de la respiration.
La cavité delà poitrine est formée par les côtes^qui ont leur point d'apui dans Tépine du dos. Ces lames osseuses sont courbées et se réunissent sur le devant de la poitrine pour mettre les viscères précieux qu'elles renferment, les poumons et le coeur, à Tabri de chocs accidentels et former une enceinte solide, nécessaire au jeu des poumons. Mais elles sont en même tenis mobiles sur les points d'apui que Tépine'leur ofire. L'espace d'une côte à l'autre est muni d'un muscle inté-p rieur et extérieur (intercostal), et d'autres muscles, dont les noms et la description ne pourroient que vous ennuier , sont fixés à ces leviers de différentes manières. Ces muscles, conjointement avec les muscler intercosr
^ taux , soulèvent par leur contraction la partie antérieure des côtes. Or comme les côtes, à partir da Tépine, sont inclinées sur le devant, il est. clair que leur soulè* vement à la partie antérieure éloigne tant soit peu de l'épine le devant de la poitrine dont la cavité se troiiye par là grossie.. Or comme ce mouvement a lieu préci-
, sèment à l'instant où le diaphragme se contracte, il est clair que pour effectuer l'inspiration il se produit de deux marières une augmentation du volume de la cavité où se trouvent les poumons. Dès que ces muscles se relâchent, ce qui a lieu en même tems que pour le diaphragme, le poids des côtes et peut-être l'élasticité des cartilages qui unissent chaque côte à s^ vertèbre
correspondante de Tëpine du dbs , fait redescendre ces enveloppes de la poitrine et diminue par là le volume deia <:avité. "^ .
Mr. de T. Voilà de la Mécanique comme il faut!
Jfr. de P. Je serois charmé de pouvoir vous en .oiFrir les détails qui augmenteroient encore votre admi» ration de beaucoup. Mais il faudroit pour cela vous présenter un squelette afin de vous faire voir la confor* mation particulière des côtes , la manière dont chacune d'elles est attachée à la vertèbre correspondante de Té* pine et les points où ces leviers sont saisis .par les musclest
Mr. de T. J'imagine bien que ce mécanisme ne sera pas moins admirable que celui du firas»^
Mr. de P. Tout admirable qu'il soit , il y a bien des Physiologistes modernes qui récusent son usage con* tinuel et prétendent que la respiration habituelle ne se fait que par le diaphragme, réservant l'action de la. poitrine elle-même pour les cas où le procès vital exige une respiration plus qu'ordinaire. Je ne puis accéder à cette opinion, que ces messieurs abandonneroient sur le champ s'ils vouloient observer et mesurer le mouvement que lé devant de la poitrine a de l'intérieur à Textérieur pendant la respiration ordinaire. Pour mon individu qui, comme vous voyez n'est pas un géant ni de grandeur ni de vigueur, la poitrine s'élève à chaque respiration de J 4e ligne.
Mr. de T^ C'est bien peu; la mienne s'élève sûrrement davantage.
Mr. de P. Je n'en doute pas^ à raison de la grande vigueur de tout votre procès vital. Mais ce peu est
SQO soixante DIXIEME EKTRETIBN.
quelque chose, et peut s'évaluer d'après les dimensions que )'ai prises sur ma poitrine à 8 pouces cubes, pour vous, monsieur de T., peut-être au double.
Mr^ de T. A. combien ëvalue-t-on la quantité d'air qu'un homme fait et bien constitué respire à chaque opération de son poumon?
Mr. de P. On a varié là dessus de 8 pouces cubes jusqu'à 43* Pour moi, je m'en tiens aux résultats des expériences de Davy qui font monter cette quantité d'ftir à environ 3i pouces cubes de France.
Mr. de Té Ainsi vos 8 pouces cubes et mes i6 pouces cubes font une partie considérable de ce tout.
Mr. de P. Après avoir observé les fonctions mécaniques des poumons examinons les effets chimiques de la respiration, les effets qui sont le vrai but de cef fonctions mécaniques.
Le sang, à sa sortie du ventricule gauche du coeur, a upe couleur rouge-clair. Pendant son^ passage dans les artères et de celles-ci dans les veines il deviefbt brun-foncé. De là les noms de sang- artériel et de sangveineux» Ce changement de couleur est accompagné d'un dépôt d'une partie de ses principes dans le§ vais* seaux sécrétoires, perte qu*il répare également par la sécrétion en recevant le chyle. Mais comme le chyle contient tous les principes du sang, il est clair que la masse du sang çhangeroit de nature à chaque pulsation du coeur et que ce suc nourricier tinvroit par devenir toute autre chose que du sang s'il recevoit continuellement les mêmes prindpes dans les mêmes proportions et n'en déposoit qu'une paitie sous d*autres propor-^ tions». Il faut donc qu'il existe un autre procès qui lui
SOIXANTE DIXIJBBIB SNTRETIENé 59 1
enlève continuellement le surplus des principes qui' lui reste après avoir fait ^t% dépôts dans les organes sécrétoires, surplus qui Tempêcheroit d'être dusanjgeten feroit un tout, autre fluide* Ce nouveau procès est <^e« lui qui a lieu dans les poumons» Il produit dp gaz acide carbonique et consume un volume d'oxigène de l'air atmosphérique à peu -près égal à celui <J& cet acide. D'où il suit que la respiration enlève <^u carbone au sang, que ce procès décarbonise le sang en partie; ce qui fait que le sang presque noir qui entre dans les poumons en ressort rouge»cIair pouj^ arriver au ventricule gauche du coeur* Nous devons en outre conclure de là que les parties que le sang abandonne aux organes eécrëtoires pour la nourriture de toute notre machine organique, contiennent moins de carbone que le sang.
Mr. de T. A combien évalue-t-on la quantité d'^a* eide carbonique qui se forme par chaque respiration.
Mr. de P. Plusieurs Physiologistes nous disent que Tair, au sortir des poumons ne contient plus que i^ p, c. d'oxigène, en sorte que la perte seroit de 7 ou g pour cent. Or je sais d'après mes expériences qu'une bougie allumée s'éteint dans un air où 5 p* «e. d'oxigène sont remplacés par un volume égal de gaz acide carbo-r nique. Ainsi l'on ne peut pas évaluer cette perte d'oxigène à plus de 5 P* c* ^t si Ton suppose 20 respirations par minute et 3^ pouces cubes d'air expiré, cela fait en 24 heures ai pieds cubes de franco d'oxigène consumé ; ce qui se rapporte assez bien au résultat des expériences de Davy qui évalue, comme f'ai déjà eu l'honneur de vous le dirCi cette consumation à 2ii-|pi^eds cubes de france. *
59^ SOIXANTE DIXIEME EMTRETIBF.
Màe. de L» Je crois comprendre ce que vous nous . avez dit sur la double dëcompositioa du sang d'un côté dans les organes sécrëtoires , de Tautre dans le poumon pour rammener ce liquide nourricier à. sa constitution primitiv^e. Mais je ne vois pas encore comment 'l'air P'^ut opérer cette seconde décomposition ^ puisque le sang qui se trouve dans les poumons est renfermé dans les artères et dans les veines et Tair dans les cellules pulmonaires et dans les ramifications de la trachée artère, sans pouvoir se mêler chimiquement.
Mr. de P. Nous voilà, madame, au sommet delà question sur la respiration. Voyons si nous nous tire* rons d'affaire. Vous savez que le sang est composé de deux substances animales, le sérum ^ liquide qui con^ tient environ go parties d'eau, 83^ d^albumine et le reste de différents sels ( de soude et de potasse ) et de caillot y substance composée de globules dont la finesse n'est atteinte que par le microscope et qui nagent dans le sérum. Ce sont ces globules qui donnent au sang sa couleur rouge, qui ne provient pas, comme on le croyoit autrefois, d'une grande quantité de peroxide de fer qu'on n'y trouve qu'en très petite quantité, mais d'une substance cploriinte propre, vraiment animale, très abondante et que l'on songe déjà à employer dans la teinture. Ge qui nous donne le droit d'admettre que la couleur foncée du sang veineux provient d'ui^ excès ^e carbone. . " •
Les globules colorés qui forment le caillot étant des substances solides se>nt certainement séparés physiquement et chimiquement de l'air contenu dans les cellules des pouipons par la membrane des vaisseaux san«
SOIXANTE DIXIÈME ENTRETIElf. SQS
guins et celle des cellules. Ainsi c'est le sérum (qui est liquide) qui doit pouvoir se. mettre en contact avec Fair des poumons.
Le J€ui}.e de L* Il nfe semble , monsieur de P., 4jue vous posez là un principe qui n'est pas nécessaire et que la chose peut s'expliquer assez simplement.
Mr, de P. Voyons , mon cher.
Le jeune de L. Toutes les parties solides du poumon et des vaisseaux sanguins étant mouillés y elles forment par là une infinité de canaux qui permettent à l'air atmosphérique de passer autravers des membranes fus* qu'au sang en vertu de l'affinité chimique et d'agir dans les vaisseaux sanguins immédiatement sur les globules du caillot.
Mr. de P. C'est l'idée que quelques Physiologistes se sont faite de l'action de l'air sur le sang. Mais ne voyez-vous pas, mon cher, que d'après cette hy{lothèse l'acide carbonique formé se trouveroit dans le sang et non dans les cellules des poumons? J^ous sommes obligéS) pour fournie* une explication nette du phénomène, d'avoir recours k la perméal>ilité des membranes pour les liquides. Je dis que le sérum mouille les membranes des artères,' des veines et des cellules | et se trouve par là en contact immédiat avec l'air à la surface intérieure des cellules. C'est là que le gaz oxigène de l'air se combine avec une partie du carbone du sérum ^ enlève ce carbone' en forme de gaz acide carbonique qui s'ér çhappe par \ff mécanisme de la respiration. Représen? tez vous une couche infiniment mince de ce liqui4e ainsi décomposée^ privée d'une grande partie de son
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carbone; c'est une liqueur hétérogène au sérum non décomposé et qui doit parconséquent • • , ,
Mr. de L. {interrompant avec une empïuiBe af^ fectée.) marcher chimiquement dans la masse du ^érum non décomposé au travers des membranes des vaisseaux. Et voilà la grande magicienne, la marche chimique, qui paroit sur son char brillant pour parsemer'^de feuilles de roses la masse entière du sang.
Mr, de P. Toute juste. Ce sérum décarbonisé, arrivé dans les veines du poumon, décarbonisé à son tour les globules sanguins, leur redonne leur beau rouge primitif et redevient par là du sérum ordinaire.
Mr. (ieG. Au moins cette esçplicatioii est<pelle ingëpieuse.
Mr. de P. Vous pouvez en constater la vérité par une expërieure que Priestley a faite il y a bientôt 5o ans. Placez une petite vessie près mince et pleine de sang véneux,sous un récipient rempli d*air atmosphé^^ riqueou, miern^ encore, de ga^ oxigène. ^u bout de quelques minutes on voit déjà la couleur foncée du sang s'éclaircir et finir par obtenir la couleur la^plus claire du sang artériel. Après l'opération on trouve dans* le gaz une portiofi d'acide carboàique, qu'on en* lève facilement au ga;B oxigène en secouant le mélange gazeux dans de l'eau saturée de chaux ou de baryte,
Mde. de L^ J'éprouve une vraie jouissance à sui<!r yre ainsi la Nature dans le dédale de ses opérations , à contempler les ressoms secrets qu'elle fait jouer pour arriver à ses fins,
Mr. de P, Eh bien! madame, je vais bien aug* ipeater votre jouïs^anca en vous annonçant que ce
même procès qui régénère le sang, est celui qui produit la chaleur animale, cette chaleur douce qui circula dans toute notre machine organique sans ^'altérer sensiblement par le froid ou le chaud de l'atmosphère.
Mr. de L* Je n'y tiens plus , monsieur le Professeur! Je vois à présent bien clairement que vous çn voulez au coeur de ma femme. Car lui dire comment il se fait que nous ne gélons.pas intérieurement, même au fort de l'hyver, c'est l'attaquer par son côté le pln^ sensible.
Mr. de P. Soyez faloux , Général , tant qu'il vous plaira ; je me ne laisse pas dérouter; et {e dis : La formation de l'acide carbohique produit de la chaleur que le sang enlève à mesure qu'elle se développe et porte par les canaux et ramifications des artères et des veines dans toutes les parties de notre corps. Ainsi la circulation du sang^ est en même tems la circulation de la chaleur animale. t
Mr. de G. Si vous produisez continuellement de la chaleur dans les) poumons, toute notre machine or«. ganique £nira bientôt par fermenter et s'enflammer comme m tas de toin humide.
Le Comte -C. Ne craignez pas ce malheur. La surface entière de notre corps , qui $e trouve en contact avec l'atmosphère, permet au superflu un écou^ lement proportionné de calorique qui fait que la cha^ leur aniinale devieqt stable à 30 ou 3^ degrés R, dans un corps bien constitué. Et cet écoulement, cette perte de chaleur ne se fait pas à raison du contact de l'air frais seulement, mai^ aussi en proportion de ce
596 SOIXANTE DIXIEME KNTRKltKJ r*
que nous nommons la trcais^iration insensible qui con^ siste dans une évaporation considérable d'eau.
Mr. de P. Et cette transpiration: n'a pas lieu seulement à la surface extérieure de la peau , mais aussi à la surface intérieure des cellules du poumon ; et cette raporisation de Teau (et de quelques principes animaux qui n'ont point encore été assez bien examinés) c'est la vapeur abondante que nous exhalons à chaque souflede notre vie.
Ainsi le procès de. la respiration effectue trois effets infiniment importants à Torganisme , l'intégrité du sang, la chaleur animale et Téloignement d'une grande portion d'humidité ou d'eau qui noyeroit nos organes intérieurs et produiroit l'bydropisie en peu de fours» Elle livrç en outre l'air nécessaire aux organes du son.
Mr. de L. Permettez moi, monsieur le Professeur, de revendiquer, en vertu de ce que monsieur le . comte vient de dire, une partie de ce troisième effet, (de la transpiration) en faveur de la peau qui couvre extérieurement tout notre corps.
Mr. de )P. Permettez moi, monsieur le Général, de revendiquer en vertu de ce que je vais avoir l'honneur de^ vous dire, cet effet de la peau, cette transpiration , comme l'effet d'un second organe respiratoire*
Mr. de R. Vous m'étonnez. La peau respire-telle comme le poumon?
Mr de P. L'effet est absolument le même, mais le mécanisme est différent. La peau n'a point de systole ni de diastole , par ce qu'elle est continuellement exposée à l'air. Elle est de même toujours humide dans l'état de santé; ce qui fait que l'air atmosphérique la
SOIXANTE nnaâMH BNTHBTIEïr. 597
pénètre aisément pour arriver aux ramifications de quantité de vaissaux sanguins disséminés à sa surface in« térieure. Là le gaz oxigène agit comme dans le poui^ mon; il se forme de Tacide carbonique à la surface extérieure de ces vaisseaux qui s'exhale paç la peau à mesure qu'il se forme en*^ même tems qu'une quantité d'humeur, qui au reste n'est pas de l'eau pure; témoin la sueur qui n'est qu'une plus grande abondance de cette humeur, et qui contient, outre une grande quan% tité d'eau, une petite quantité d'acide acétique, de sels et de matière animale*
Ainsi la peau et le poumon sont deux organes ex-» ' trèmement analogues l'un k l'autre, La Nature leur a assigné les mêmes fonctions vitales quoique en proportions un peu différentes) la peau effectuant une plus grande transpiration aqueuse et le poumon produisant probablement plus d'acide carbonique à raison de Vex-f tréme ténuité des parois des cellules du poumon. Ainsi tous deux régénèrent le sang , tous deux délivrent l'orgaoisme d'humeurs qui lui seroient mécaniquement et chimiquement très nuisibles; tous deux produisent la chaleur animale et tous deux modèrent cette chaleur par l'évaporation d'une grande quantité d'eau qui va jusqu'à 5 livres par jour. Au reste on ne peut pas a& firmer que la .production de la chaleur animale ne soit due qu'à la lespiration par le poumon et la peau. Il est au contraire plus que vraisemblable que le grand nombre de procès chimiques, qui ont lieu dans toute Té? tendue de nos organes, ait part à cette production de chaleur. Cependant il ne faut pas oublier d'un autre eoté qu'il y a de ces procès qui liquéfient les substances
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animales et produisent par là une diminution de chaleur. Bref notre machine est un composé si compliqué d'appareils et l'acte de la vie un composé si compliqué de procès chimiques qu'il seroit téipéraire d'assigner certains résultats uniquemem à certains procès; et nous devons pour le présent être satisfaits de pouvoir indiquer les organes et les procès principaux aux quels nous devons ces grands phénomènes.
Mr. de G* J'avoue que je ne conçois pas comment il se fait que là chaleur interne soit fixe à un certain de<» gré de Pété à Thyver, et même dans une atmosphère beaucoup plus chaude que le corps humain lui-même.
Mr. de P. Un François nommé Tillot avoit annon^ déjà en 1764 qu'il avoit supporté pendant un quart d'heure une atmosphère de la température de Teau bouillante. Plusieurs Physiciens angi ois, Banks, Fordyce, Solander etc. ont répété cette expérience et poussé la température de Tair également jusqu'à 80 degrés R. et l'ont supportée pendant 10 minutes* La température de leur corps étoit un peu au dessus de,5o degrés R., ce qui est un peu plus que la chaleur normale pour des Sa vans 5 dont la vie sédentaire affoiblit le procès de la vitalité; de même je ne crois pas qu'à un froid de 30 degrés R^ la chaleur interne du corps humain ait encore ses degrés ordinaires. Ce degré constant de chaleur supposé ne l'est que dans une température moyenne, et une température très différente produit aussi des différences quoique très petites à proportion dans la chaleur animale. Ce qui fait que ces différences ne sont que petites , c'est que , la chaleur extérieure augmentant et parcouséquent la température du poumon et de la peau.
SOIXAKTB DIXI]&M£ ENTRETIEN. 599
Ja transpiration devient plus considérable ef enlève plus de chaleur par voye d'évaporation.
Je m'abstiens de vo^s offrir quantité de considérations relatives à la santé, que l'on peut déduire de là connoissance du procès de la respiration commun au poumon et à I|a peau, considérations qui s'offrent d'elles-mêmes, et je terminerai cette matière par l'observation que voilà une nouvelle et bien importante partie du procès vital expliquée selon les lois générales de la Nature sans avoir eu recours aux forces surnaturelles imaginaires qu'on a voulu assigner aux organes; et il me semble qui si la Physique et la Chimie nous ont mis en état d'expliquer, à l'aide seul de leurs lumières, la digestion, les sécretfons^ la respiration et la chaleur •animale, aux quelles nous devons ajouter la vision et Touïe , nous avons lieu d'espérer que ces deux soeurs jumelles nous mèneront encore plus loin.
Mde. de L. Vous nous avez dit , mon cher monsieur de P., tant; de choses intéressantes sur l'organisation des plantes et des animaux , dont je vous suis reconnoissante plus que je ne puis vous l'exprimer. Ne * youdriez-vous pas nous dire quelque chose sur la cristallisation que je regarde comme l'organisation des 'minéraux?
Mr. de P. Vous obéir en tout^ madame^ est pour moi un devoir bien agréable. Mais je dois avouer qu'il ne sera difficile en ceci de suivre mon penchant. Le travail du célèbre Haîiy nous offre l'Anatomie des cristaux, non une théorie de la cristallisation que nous ig« norons presque entièrement ; et le peu que f en sais, j« ,
400 lOIXÀNTB DIXIEME ENTRETIEN*
ne le dois malheureusement qu'à moi-même et h^a pas encore subi l'examen des Savans.
Mde. de L. Que m'importe l'examen des Sa vans f Je veux m'intruire et permis à ces messieurs d'exami* lier, de critiquer votre travail à la suke^ quand vous le publierez.
, Mn de P. Soit, madame. Vous êtes prévenue que ce que je sais est bien peu de chose et f ai droitparconséquent à votre indulgence.
La cristallisation est le passage d'un liquide à l'état solide de sorte que les molécules du solide qui se forme ne s*attachent pas l'une à l'autre avec une force de cohésion égale à celle qui réunit les parties de ces molécules et que ces molécule^ s'apposent l'une à l'autre dans un ordre symmétrique. Ce» caractères de la cristallisation doivent distinguer les cristaux des masses vitrifiées comme ]fi verre ordinaire et des masses coa« gulées comme la cire, le suif, le savon.
Au reste il est des cas où- le verre prend plus ou moins la nature du cristal, ceux où après sa fusion on le fait refroidir très subitement. Alors ses molécules ne se joignent qu'imparfaitement et l'on observe dans leur aggrégation un commencement de sjoimétrie. Quelques métaux se prouvent apparemment dans le même cas. Fondus et réFroidis ils n'offrent aucune trace de cristallisation. Mais si Ton produit des inégalités saillantes dans leur refroidissement, ils offrent un commencement de cristallisation. Tel est l'étain dans le joli phénomène du moiré métallique. Par contre nous avons des métaux qui ^ refroidis à la température moyenne Ab l'air ^ se transforment en cristaux parfaits^
SOIXANTE DIXIEME fiNTRETIEN. 4oi
mais refroidis plus lentement dans un fluide plus chaud, deviennent ductiles ; tel est le Zink.
Mde. ^ L^ La ductilité est-çlle ep rapport avec la cristallisation?
Mr. de P* Je le pense, madame. Car des cristaux ne doivent pas pouvoir subir Tefifet du laminoir, de la filière ou du marteau, sans que leurs molécules, qui doivent se déplacer par ce& opérations mécaniques, ne se séparent entièrement; ce qui est le contraire de Peffet de là ductilité qui permet le déplacement . des molécules sans que la continuité du tout «oit interrompue; aussi voit -on que les métaux les moins ductiles sont ceux qui sont le mieux cristallisés.
La Nature nous offre plusieurs gradations dans les phénomènes de la cristallisation, dont la plus élevée remplit toutes les conditions énoncées dans notre défi^^ cition. Le grade le plus inférieur est le phénomène que vous connoissez déja^ madame, sourf le nom de végétation métallique. Ici les molécules du métal précipité se rangent en forme de feuilles plus ou tooins grandes, plus ou moins découpées, ou sous la forme de fils qui n'ont pas une figure et un emplacement symmétriques. Ces feuilles sont tantôt séparées, flottantes dans le liquide qu'elles abandonnent, comme celles du plomb et de l'argent, tantôt serrées les unes sur les autres, comme dans le cuivre. La Nature nous offre assez souvent de ces végétations d'or et d'argent dans les mines, mais ce sont toujours de petits exem«' plairesdont la grandeur ne peut pas se compara k celle qu'on peut obtenir dans Tarbre de Satnmej^
4e> SOIXANTE PUUélOS BNTaBTIBK*
Ma tbëorie de la yégétation mëtallique consiste à savoir bien précisément en suite de nombreuses expé^ riences, que T électricité est l'ouvrière habile qui tisse ces feuilles, ces llls, ces branches. J'aurai l'honneur de revenir sur cette matière lorsque nous parcourrons ^le domaine de rélectricitë.
Après la classe des végétations métalliques suit celle ées dendriles, qui tiennent de la nature des végétations métalliques et de celle de la vraie cristallisation. Ces dendrites , nous les voyons se former pendunl les premiers froids sur nos vitres par la congélation des' va* peurs de la ehambre. L'ouvrière qui range ces petits cristaux avec tant d'art pour en former ces dessins ai variés et si délicats, c'est encore l'électricité* Nous retrouvons les dendrites sur les branchei d'arbre, sur les pierres qui sont de bo^s conducteurs de la chaleur et de l'électricité, principalement sur les métaux, enfin sur le bois mort, produits par la congélation des vapeurs de l'atmosphère après un dégel. C'est encore l'électricité qui façonne ces petits arbustes de glace.
. Après les dendrites suit la classe des cristaux plii^ macéSf tels que la neige, qui dans son état naturel nous offire une étoile composée de plusieurs plumes de glace infiniment déliées* Ici nous retrouvons déjà beaucoup plus de syqirnétrie que dans les dendrites, les b^rben de ces jolies plumes se trouvant rangées en syminétrie presque parfaite à droite et à gauche de la côte, l^es sels qui se forment par la combinaison des acides et des alkalis nous offrent pour l^ plupart cette espèce de cris-» tallis^tipn,^ ^ ne me paroit pas douteux que l'électriçit^ n'ait aussi sfi part à ^arrangement de ces cristaui;
âéW$ ; tnâis l'acte de la cristallisation proprement ditd préside et prédomine dans la formation des cristaux plumacés.
Enfin nous avons les cristaux tompacts produits éminents de la cristallisation, que nous retrouvons en si grande abondance dans le règne minéral cfue noua pouvons assurer bien positivement qu'ils composent U tnafeure partie de la masse de Técorce de notre globe^ Voilà le vrai domaine de la cristallisation et si noué étions en état d'en expliquer complettement les phéno« mènes, ceux des cristallisations imparfaites^ que je viené de nommer, seroient faciles à comprenjclre^
Examinons donc ce grand ptocès qui , produit des masses contigues de figure géométrique , corps homo«i gènes en apparence, mais qui sont composés de group«A pes réguliers moins étroitement liées entre eux que la masse de ces grouppès« Cette composition niécanique de grouppes est ce qu'on nomme la structure; les plans dans les quels se trouvent les surfaces apposées Tune k l'autre sont les fissures ou cassures qui opèrent la pos^ sibilité de fendre les Cristaux, *
Mais il est une cristallisation qui n'offre point dé fissures et qui se forme Cependant suivant les mêmes lois, c'est la congélation de l'eau. C'est par elle^ Comme la plus simple des cristallisations compactes^ que nous voulons commencée Nous avons déjà vu au chapitre de la chaleur' que, lors que le froid a coaguM une particule d'eau , le calorique dégagé forpie Sutouf de cette particule une atmosphère d'eau moins froide^ dont la température moyenne peut s'évaluer à 3o de«» grés IL Gett^ emi ae peut donc §éi^$ et la congela^
4o4 60IXAHTB BIXIÂMB ENTR6IIEir#
tion ne peut avoir lieu qu'à une distance delà molécule ' gelée où la tempc^rature est égale à zéro, La il se forme une autre molécule de glace séparée de la première par des couches d'eau dont la tempifrature moyenne est également de 3o degrés R. Supposons que de l'autre côté il se forme une troisième, molécule de glace séparée de la première également par une couche d*eau de même température que l'autre , et vous concevrez que la perte de cette chaleur se fera plus vers l'intérieur du vase qu'entre les trois molécules déjà gelées. Ainsi la formation la glace doit se continuer dans une. direction perpendiculaire à une ligne droite tirée par les extré-i^ mités de ces trois glaçons infiniment petits, et nous avons à présent déjà trois glaçons, formés chacun de deux molécules gelées placées en file. Le froid continuant il se formera la troisième molécule gelée,, afiBlée à chacun des trois glaçons et voila un cristal commencé en forme d'aiguille, qui se continuera par la perte con-^ tinuée du calorique. Mais l'espace intermédiaire liquide se refroidit en même tems peu à peu et bientôt il se formé de nouveamt cristaux intermédiaires qui finis* sent par se toucher et former une lamelTe de glace. Cette lamelle a d'abord une très petite épaisseur, mais cependant bien au dessus de celle d'une molécule d'eau; parce que le froid où la perte de chaleur se propage aussi de haut en bas, quoique beaucoup plus lentement à raison de l'hétérogénéité de la glace et de l'eau, rélati-^ vement à la force conductrice pour la chaleur.
La première congélation se fait toujours là où se trouve un corps solide, par une raison que je ne suis guères en état d'assigner , et la directiou des cristaui^,
S0IXA19TB DIXIÂMB ENTRETIEN. 4o5
isolëft est de règle (dans un vase circulaire) delà cir* conférence vers le centre. Des circonstances qui n'ont point encore été assez observées peuvent changer cette direction.
Cet assemblage de cristaux, qui forment la lamelle supérieure à la surface de Teau, se répète de haut en bas en même tems que de l'extérieur à Tintérieur, la partie du milieu étant celle qui gèle le plus tard. Aussi si vous faites une ouverture à la partie supérieure de la masse gelée pour faire écouler l'eau non encore gelée, vous verrez Tintérienr de la glace hérissée de lamelles et de cristaux. C'est ainsi que la masse entière de l'eau se cristallise ; et comme il n'y a aucune raison d'admettre que les cristaux primitifs en forme d'aiguilles et les lamelles qui en résultent se réunissent avec moins de force que les molécules simples, cette cristallisation n'offre aucune fissiure, mais une masse chimiquement et mécaniquement homogène, sans cassures.
Mde, deL. Ainsi la congélation de l'eau n'est pas proprement une cristallisation.
Mr, de P. Assurément pas dans le sens strict de la définition; mais nous pouvons la considérer comme un degré inférieur de la cristallisation compacte. Prenons à présent de l'eau imprégnée d'une quantité^ petite ou grande, d'un sel quelconque et laissons la geler. Quel sera l'effet de ce sel dans Tacte delà cristallisation? Pour cet effet rappelions nous deux principes que nous avons euSé Le premier est qu'une solution quelconque de sel exige un plus grand degré de froid pour geler que l'eau pure. Le second est qu'une eau plus chaude peut tenir plus de sel en dissolution qu'une eau plus froide.
4o6 BOtxÂsrtE pniiAurt BimBronr*
J'a{oaterai à ces denz principes le fait comin que, Ion qu'on fait geler seulement en partie une portion d^eaa imprégnée d'un sel, la, 'portion gelée contient beaucoup moins de sel qu'auparavant et que Teau non gelée ett contient beaucoup plus.
Le Comte C J'ai lu que la portion non gelée eot^ tient tout le sel et que la portion gelée n'en contient pas du tout, en sorte que la congélation précipite tout les sels que l'eau contenoit en dissolution.
Mr. de P. C'est l'opinion qui à régné généralement. Mais les expériences que j'ai publiées il j a quelques années et qui, après quelques objections, ont été reconnues pour exactes et concluantes, prouvent que l'acte de la congélation, opéré par un Eroid mo« dique, précipite la plus grande quantité du sel qui se retrouve alors dans le liquide non glacé, mais que l'ean gelée garde une partie du sel. Au reste il n'étoit paa nécessaire d'une suite d'expériences aussi nombreusea et exactes pour apprendre cela. Il suffisoit d'exposer à un grand froid de ao à 25 degrés R. une portion. d'eaa saturée d'un sel. Car si le sel se précipitoit entière» ment par la congélation^ on leretrouveroit au centre de la glace, précipité et cristallisé ; ce qui n'a pas lieué >
Voyons présentement comment se fera la cristalli* sation de l'eau salée. D'abord elle ne gèlera pas au zéro de l'échelle thermométrique, mais les premiers Cristauit se formeront à la circonférence du vase sous une tem«^ pérature plus basse, et ils contiendront un peu de sel^ mais moins que l'eau dont ils sont formés n'en conte« noit. Le surplus se retrouve dans la couche d'eau la plus voisine de ce cristal. Supposons à présenti comme
SOXXAMTB DIXliBIB BNRBTIBir* 407
flous rayons fait pour Texainen de la cong'^lation de Veau pure, que nous ayons dëja trois aiguilhes cristallines déjà formées ; Teau des interstices sera plus chaude ^t contiendra plus de sel. II lui faudra donc plus de lems pour se cristalliser qu'à l'eau qui a formé les premiers cristaux à raison de la plus grande quantité de sel qui s y trouve en dissolution. Mais ce surplus de sel ne peut pas rester dans ces interstices, le reste de l'eau ^tapit moins salé, II doit donc faire une marche chimi» que vers le milieu du vase. Cependant cette eau se ré« froidit, et comme la marche chimique du calorique est bien plus rapide que celle des sels, la température de ces interstices diminuera plus vite que l'imprégnation de sel , et il se formera au milieu de chaque interstice un nouveau cristal qui contiendra plus de sel que les précédents. II en sera de même des nouveaux interstices plus étroits, qui contiendront un*plus grande quantité de sel et gèleront parconséquent plus tard. Finalement il restera entre deux cristaux et entre deux lames cristallines (qui pendant ce tems ont pu se former) une mince couche d*eau si fortement imprégnée que le froid donné ne peut plus la cristalliser. De là vient que toute eau salée se cristallise en lamelles; il en est de même d'une eau imprégnée d'un acide ou d'un alkali ou d'alkohol. Si le froid augmente assez pour congeler cette lame d'eau très salée, elle se gèlera, et nous aurons une masse cristalline qui n'est rien moins qu'homogène, les lamelles dont elle est composée variant entre elles quant à la quantité de sel qu'elles contiennent; et comme i) n'est pas douteux que ces diflPérentes lamelles n'aient des duretés différentes , il est clair que cette pongéla«
4o8 SOtXAKTB DIXiÂmB ENTHSTIÉXf*
' tion nous fournit dëfa des cristaux munis de fissures, e. a.d. de plans selon les quels ils se castentiplus facilement*
Le Comte C. Vraimenf, monsieur de P., si vous continuez ainsi vous nous dévoilerez le secret entier de la cristallisation; car je ne vois pas ce qui resteroit à désirer pour expliquer la formation des cristaux par la congélation.
Mr. de P. Si vous êtes satisfait de ce que {e viens 'de vous offrir, fe compte d'autant plus sur votre induU gence pour co qui suivra.
Le Comte C. Permettez moi de vous demander si la cristallisation des métaux peut s'expliquer comme celle de Teau pure, parce qu'il me semble que celle-là comme celle-ci n'est que l'effet du refroidissement d'un liquide homogène.
Mr. de P. J'ose le croire, quoique la cristallisation des métaux nous offre des phénomènes que nous ne rencontrons pas dans la glace, nommément les figures régulières et les fissures, et je crois que c'est à l'électricité que nous devons ces différences.
Le Comte C. J'avoue que je ne vois pas pour« quoi l'électricité est active dans la congélation des métaux et pas dans celle de l'eau.
Mr. de P. D'abord j'ai l'honneur de vous observer que Télectricit* n'est pas tout-à-fait inactive dans la cristallisation de l'eau, mais beaucoup plus foible et que le dégagement d'air et de vapeur qui a lieu ici et non •.dans le .refroidissement des métaux détruit ses effets ; et puis je vous rappellerai ce que j'ai dit plus haut, que les métaux se cristallisent d'autant plus parfaitement que leur iréfroidissemeiit est plus subit, c. à. d. qu*il j a une
SOIIANTE DIXIÈME EJîTRETIENi 4d^
-plus grande diTtrence de la température de leur fusioii à cefle rîij milieu dans le quel ils se cristallisent, pour tous les nu'tàux qui se coagulent à une liaute température, et dé la température moyenne à celle dé la coagulation pour le mecure qui ne se coagule qu'à une température de 32 dqrés R. au dessous de zéroi Ce qui fait que l'électricié dégagée est plus considérable et opère avec plus d'èiergie,
Mr. de R. Mais d'où vient ceite électricité et comment agi t-^elle dans le procès de la cristallisation?
Mr. de P, Je prouverai à la suite que tout changement de forme dans les subtances pondérables la pro- ^ duit et j'aurai l'honneur de vous décrire des expérien-* ces qui prouvent indubitablement que l'électricité pout^ en vertu des attractions et répulsions qu'elle 6()ére, produire des arrangemens sjmmétriqiies dans la matière* Permettez moi de considérer à présent les cris-» tallisations des sels qui se forment pài* révaporation^
Lorsqu'une solution de sél a atcquis le degré de sa<^ turation pour la température qu'il a dans ce momeût^ la cristallisation commence, c. à. d. qii'il se forme des molécules solides en vertu de la cohésion qiii n'est plui contrebalancée par l'action d'un superflu de iluidé^ Ces premières coagulations se font comme celles de lâl glace eu particules presque infiniment petites^ et pro^ duisent également autour d'elles une température su-^ périeure qui fait que, dans les couches très itiincés oi!i elle réside, la coagulation né peut avoir lieu; Tandië que cette température se perdj il se foriiié tout préi d'elle de nouvelles coagulations qui en suitd s'âpprd<«
. 4lQ SOIXANTE ])IXI£M£ ENTRETIEN.
chent des premières par Tattraction ëlecrriqne. Ce rapprochement ne peut pas se fair3 sans liiisser une couche infiniment mince de fluide entre les deux molécules, entre les deux cristaux, enre les deux lamelles, d'autant plus que lorsqu'un cops électrique s'approche d'un autre par attraction il Huit par se tenir à une certaine distance de lui très asi^nable pour^ des degrés considérables et infiniment petite pour des degrés très foibI«s d'électricité. N«us avons vu que dans la cristallisation de Tenu salée pur le froid la coqcbe intermédiaire est plus imprégnée de sel que la couche coagulée. Ici c'est le contraire; dans la couche de fluide intermédiaire saturée la force de l'affinité de Teau pour le sel étant, selon la loi de Berthollét, à son minimum ou plutôt égale à zéro , l'attraction de surface qui coagule une portion du mélange, et qui est à son maximum, doit enlever à la couche voisine une grande partie de son sel jusqu'à ce que cette force soit cpntrebalancée par l'aflinité de l'eau et du sel, qui croit à mesure que la couche d'eau perd de son seK Ainsi cette couche .infiniment mince, qui se coagule par la suite, contient moins de sel que les molécules, les cristaux, les lamelles cristallines qu'elle sépare. Aussi voit-on dans les expériences de Daniell que le dissolvant dans le quel on plonge un cristal attaque ces couches qui ont produit les fissures, plus rapidement que les parties plus solides*
Mde. de L. Tout cek est bien beau ; mais jç ne ' vois pas encore comment se forment les figure^ rér gulières ou sjoinietriques des cristaux.
SOIXANTE DIXIEME ENTRETIEN. 4ll
Mi\ de P. Je désirerois fort, madame, pouvoir vous éclairer là -dessus. Tout ce que je puis avoir Thonneur de vous dire c'est que ces figures extérieures dépendent vraisemblablement de la figure , primitive qu'^fFectent les premières molécules qui se coagulent, parce que les effets de l'électricité doivent varier selon la nature de ces figures.
Pour terminer ma tâche il ne me reste plus qu'à nommer les cristallisation opérées par les solutions des oxides dans les acides, cristallisations qui ont lieu souvent au milieu d'un liquide abondant. Mais comme ce liquide n'exerce pas de force dissolvante sur cette combinaison de Tacide avec l'oxide, le problème se réduit à celui de la cristallisation d'un liquide saturé, et nous concevons ici d'autant mieux que les couches intermédiaires de liquide qui restent entre les molécules, les cristaux et les lamelles, doivent causer des interruptions qui deviennent des fissures après Tévaporation.
Voilà, madame, tout le peu que je puis vous dire en ' ce moment sur l'acte de la cristallisation, si je ne veux pas offusquer votre vue par un trop grand nombre de détails. Vous voyez par là au moins que ce que nous appelions cristallisation n'est pas un phénomène simple, mais que nous y reconuoissons plusieurs gradations et qu'en distinguant ces diverses opérations l'une de l'autre nous nous ouvrons la perspective d'expliquer un jour ces phénomènes si variés et si énigmatiques, sans avoir recours à des qualités occultes ou à des hypothèr ses dont l'expérience nous refuse la confirmation.
Mde. de L. Je vous suis bien reconnoi$ante de la
4ia
SOIXANTE DIXn&ME ENTRETIEN.
complaisance (jiie vous avez eue de m'^claîrer sur ce» phénomeDes surprenants, d'autant plus que je sais coinbien il vous eu coûte de parler d'objets sur les quels la Piiv<iique n'a pas encore pu faire luire à plein son flambeau. Cette complaisance m'a procuré l'avantage au nioinç d*entrevoir l'art sublime par le quel la Nature produit cette variété infinie dé formes et de figures qui composant l'ensemble des corps cristallisés; et l'admis ration que ces corps m*inspiroient pour la Sagesse infinie qui en a ordonné la structure, n'est plus cette açl- ' miration confuse que l'on ressent pour tout ce que Ton ne conçoit pas, mais cette admiration plus éclairée et plusintipicf^ plus di£;ne de l'homme et même du Créa* leur, que l'on éprouve l'orsqu'on parvient à soulever un coin dii voile dont il a plu à l'Intelligence suprême de couvrir son ouvrage.
Mr. de P. Permettez moi, madame, déterminer ici le chapitre de la Chimie en tant que cette Science fait partie inté^^rante de la Physique* Nos entretiens prochains rouleront sur l'électricité.
59 tigné 6
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Pautes à corriger.
d'oxioène lisez kalium —
à la moitié — au tinrs —
combinaison — ^
d'hydrogène '
calcium
à ces deux votumes
aux deux tiers
formation
ajoutez: Braronnot, professeur â Lyon, à 30 ou lisez à 28 degrés et 3a
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