CENT DOUZIEME ENTRETIEN
venez de nous donner, elle me fera beaucoup de plaisir. Pour le présent vous allez commeacer rédifice.
Mr. de P. Oui, madame; et considérons d'abord la marche chimique des trois acides de l'atmosphère dans l'eau de l'océan. La silice faisant la très majeure partie de Técorce de notre globe, sonrëagent, l'acide fluorique, doit également avoir fait la très majeure partie de l'atrnospbère d'alors. Ajoutez à cela que l'affinité de cet acide pour l'eau est bien plus grande que celle des deux autres, et vous jugerez aisément que l'acide fluorique avoit une masse chimique à cet égard bien supérieure à celle des deux autres et que parconsé* que • elle ^ dû devancer très considérablement ceux-ci dans la pénétration des couches de l'océan. Ainsi la vitesse de la marche chimique décide de la nature des roches et de l'ordre dans le quel elles se forment.
Mr. de L. Comme vous avez été charmé de trouver cela !
Mr, de P. Assurément, ne vous en déplaise.
Après l'acide fluorique vient l'acide muriateux hydrogéné^ à cause de sa grande affinité pour l'eau et de sa prépondérance sur l'acide carbonique, qui, outre son infériorité de quantité, ne s'absorbe que lentement dans l'eau. Mais n'oublions pas que, quoique l'acide fluorique devance de beaucoup l'acide muriateux et celui-ci l'acide cart^onique, néammoins il y a eu simultanéité de marche de la part des trois, puisque nous supposons que ces trois acides gazeux étoient mêlés par affinité physique, dans l'atmosphère; seulement j'observerai que, l'acide carbonique ayant le moins d'affinité pour les substances aux quelles il pouvoit se combiner
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dans l'océan, il n*a pu, au commencement du gr^nd procès, s'unir à aucune de ces substances, les deux autres acides ayapt le pouvoir de détruire ses combi-r naisons.
Mlle, de L^ Où s'est donc réfugié ce pauvre acide carbonique?
Mr. de P. Dans les couches neutres où les autres acides lui permettent dVxister. D'après ces données il doit s'être formé d'abord di| qfiarz très pur, tel que le cristal déroche; puis du quarz ordinaire avec un minimum d'alumine; du quartz et du feldspath^ contenant déjà plus d'alumine et un minimum d'oxic^e de fer avec un peu de potasse; puis du quarz ^ dix jeld^ sphaiy et du mica qui contient déjà de l'alumine, de l'oxide et de la potasse en quantités considérables) c. à. d. du granité. Vous vous étonnerez peut-être de cette suite de roches^ quarz, quarz et feldspath, gr^* liite, dont les deux premiers chaînons ne sont point allégués au nombre des roches connues.
Mr. de R. Ils peuvent être à une profondeur à la quelle nous ne sommes par encore arrivés.
Mr. de F, Assurciiient ; mais cette possibilité ne me suffiroit pas et je me réserve le plaisir de vous faire voir à la suite ce quarz pur et ce feldspath sans mica. Et je puis vous dire d'avance que nous trouvons parmi les autres roches quelques strates de quarz et de feldspath pur. Mais voyons comment cette première suite s'est formée.
Les acides ont pénétré l'eau à sa surface, et ont commencé de là leurs migratioasau travers de l'océan- Tacide fluorique en vitesse et quantité incomparable-
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ment plus grandes que les autres. Chemîa faisant l'acide fluorique s'est emparé de la silice pure et en a formé un lluâlG liquide (la silice d'aujourd'hui} prêt à se cristalliser dès qu'il trouvera un point Hxe où cela puisse avoir lieu. Ce iluate a donc dn marcher jusqu'au fond de l'océan, ob il a trouvé une surface solide qui lui oflroit une base de cristallisation. Pendant ce tems l'acide murîaieiix hydrogéné s'étoit emparé de la potasse et de la soude qu'il pouvoit dissoudre, ce qui précipita l'alumine, qui arriva plus tard au fond de l'océan et d'abord eu petite quantité, pour construire du feldspaih et ensuite plus abondanment pour former du mica. Mais pour ces deux pierres il falloit de l'oxide de fer, dont la solution se forma par le même acide muriateux , et arriva sur le fond un peu plus tard que la solution, d'alutntne.
Vous voyez que nous rendons ainsi compte de la composition des pierres dans l'ordre dans le quel nous les trouvons d'après les observations g^ognostiques pour le tems 06 le grand procès put se faire sans être troublé. Mais si vous me demandez pourquoi dans chacune de ces pierres l'alumine et l'oxide de fer sont intimement mêlés à la silice, tandis que le granité est formé de grains absolument distincts de quarz, de teldspath et de mica, réunis uniquement par l'attraction de surface, je répondrai que c'est un secret dépendant des lois de la cristallisation que nous ne connoissons pas encore, peut-être de la loi chimique des proportions Bxes.
Après la grande formation du granité en grains touirs plus petits* qui indiquent un procès toujours
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moins énergique, yint le tems ob ce procès affbibli fut sujet aux panses que je tous ai décrites; il dot donc se former du granité feuilleté, c. à. d. du gneis. Ce pro* ces se tronrant encore aflFoibli par cette formation et la proportion d'alumine et d'oxide augmentant, le quarz n'a dû se former qu*en petite quantité dans Tintervalle des pauses et se couvrir de mica en feuiiles. Ge$t le schiste micacé ou le mica -schiste. Il se forma d'abord eq petits grains de forme lenticulaire, tenante encore de la figure qu'il avoit dans le granité, pub en laipelles, comme le mica. Pourquoi le feldspath dîsparoit dans cette roche, est un pbt'uomène qui indique des proportions fixes dans le mélange des terres, et des lois de cristallisation que nous ne connoissons pas.
JUde, de L. Ces lois inconnues de la cristallisation doivent vous avoir furieusement chipoté lorsque vojiis aveiB construit votre système,
Mr, de P. Assurément; mais je l'eusse oublié si je ne savois, madame, qu'elles ne vous chipotent pas moins. Au reste nous voulons nous consoler, si nous venons à bout de trouver, au moins dans les principeaux phéoomèues, la marche de la Nature et de nous assurer que ce que nous ne savons pas n'est pas en con-' tradiction avec ce que nous croyons savoir. — Continuons notre création.
Les formations que je viens de décrire ont épuisé la masse de la silice au point qu'il ne peut plus se former de quarz ni de feldspath. Ainsi nous devons avoir à présent une roche sans cristallisation sensible, lephylUde. La proportion de silice y est la même que dans le mica , et ce nouveau produit auroit une cristal-
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lisatioQ Qssez seipblable à celle du mica, si elle ne pianquoit p^s de potasse, remplapée par un surplus de près de 28 millièmes d^alumine et de talk, dçux terres non cristalIisaLfl^: défaut que ne réparent pas les 4 millièmes de cl^aiix qui se trouvent d'ns le phyllade. Cette formation ayant eu lieu dans le tepfis où le procès chiiiiique ayoit encore une énergie moyenne qui produisoit des pauses , m^is moins fréquentes que lors de la formation du gneus et du cibiste mipacé, le phyllade 9 du être une roche schisteuse k larnes plus épaisses que celles du gneus et du schiste micacé.)
Air. de V, Comme vous venez de nommer \^ potasse, permettez moi de vous demander pourquoi on la trouve dans lé granité et plus dans le phyllade.
Mr. de P, Elle ne se trouve dans les granités que dans la proportion d'environ 4 centièmes, puis dans l'amphibole et dans le sel marin en quantités presque impercephlibles. Ce qui prouve qu'il n'existoit que peu de potasse da^s Tocéan. Or si nous considérons r^cide muriateux hydrogéné cpmme son réagent, nous trouverons que, dan$ I0 tems oii le granité s'est formé, il a dû arriver de cet acide beaucoup moins qu'il n'en falloit pour co.^.biner cet alkali et que la majeure partie de la potasse, substance éqiinemmeut cristallisable, a du rester liée à l'alumine pt Toxide de fer; ce qui est constaté par l'observation que le feldspath et le mica seuls, non le quarz, contienqept de cet alkali.
Le Comte C. Mais la chaux? comment s'est-elle d'un coté glissée dans le Phyllade, les amphibolites etc. et d'un autre cqté conservée en masse pour former des .couches à part?
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Mr. de P, Permettez moi , monsieur le Comte, de ne résoudre pour le présent que I^ première de ces deux questions et de remettre à i|n qutre jourIaré« ponse à la seconde. La chaux contenue dans l'océan a d*at^ord été attaquée par Tacide rpuriateux et a prodoit du muriate de chaux, sel extrêment soluble dans l'eau, qui a du faire sa marche au travers de Tocéan, ^aisen route il a rencontré les alkaiis en abondance unis aux oxides et à Talumine. 3i nous considérons d'un coté que, à la vérité Taffînité de la chaux pour l'acide muriateux hydrogéné est un peu plus grande que celle de la soude, mais que d'un autre côté les o!!^ides et l'alumine ont une affinité considérable pour cet acide aux quels ils tendent à se lier, nous devons conclure que cet acide a diî abandonner la chaux, qui, précipitée dans un liquide qui ne pouvoit plus la résoudre, dût nécessairement tomber par sa pesanteur spécilîque et s'unir au Fond de Pocéan aux phyllades et aux- amphibolites qui se formoient alors, et non aux granités compactes et feuilletés, dont la formation a dii précéder au fond de l'océan le procès dont nous parlons.
Arctons nous ici et terminons ce premier Chapitre qui doit ne contenir que les produits du procès chimi(|ue tant qu'il n'a pas été troublé par les opérations niér^niques. Car si nous allons plus loin, nous arrivoiiS d'abord aux roches que les Céognostes nomment intermédiaires.
Mr. de (r. Ainsi voilà une époque fixe et un période général que vous adoptez contre vos propres principes,
Air. (te P. Non , mon ami ; et vous verrez vous-
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inême quele commencement des opérations mécaniques a été si foible qu'il est iB>po8fiîJ)Ie d'en ^ssijgner le tem^ Nous quittons à présent le grand procès chimique qui s'effectua jusques là avec une tranquillité vraiment im« posante, pour rechercher les causes qui Tont troublé et décrire les dWastaJons qu^ ses produits ont essuiëe^. Si jusqu'ici la Nature travailloit dans un silence profond, s«)igneuse de nous offrir unj ouvrage régulier, à présent nous la verrofjs travailler avec violence, bouleverser l'océan et l'atmosphère et changer son édifice immense en ilébris dont nous ne voyons qu'une petite partie dans nos plus hautes chaines dp montagnes, dans les continens et les lies d'aujourd'hui.
Mais permettez moi de remettre ce sujet h demain, z^otre soirée d'aujourd'hui ne suffisant pas pour l'achever.
JUr, de Z(, Je n'y consens qu'à regret, ipipatient de voir enfin du mouvement dans la création.
Mn de P. Demain vous trouverez que j'ai bien fait; car la tâche est un peu longue, et il ne seroit guères possit)!^ de la couper^
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Cent treizièmb entretien.