RAYONNEMENTS
TOUTE la forêt enchantée A replié ses ailes de feuillées.
Le solennel apaisement De la nuit sereine et sacrée Repose en elle, immobile, et dort.
Silencieusement, aux bords Où ses derniers rameaux S'étendent, dans les ombres,
Sur d'invisibles eaux,
Hôte mystérieux de la terre,
Un enfant vêtu de noir apparaît
Portant une fleur de lumière ;
Fleur délicate et subtile et fragrante,
Cueillie au gré des sentes de la vie,
D'une main qui tremblait,
Qu'il mêle longuement à ses lèvres ardentes,
Et jette, en s'inclinant, vers les eaux, dans la nuit.
Nulle voix ne répond à sa chute lointaine,
Nul souffle, nulle haleine.
Nul bruit ne s'élève jusqu'à lui ;
Et c'est toujours la même nuit.
Et l'éternel enveloppement des ombres
Sur la forêt et sur la face des eaux sombres.
Et pourtant il écoute :
Parfois,
De très douces et chantantes voix
En ces bois assoupis s'élèvent inconnues...
Hélas ! toutes les voix à présent se sont tues.
Mais, insoucieux, l'âme ingénue,
Libre et jeune dieu
Sur qui veillent les destinées,
Leur sourire dans ses pensées,
Sans plainte et sans regret,
Sachant que devant lui s'ouvrent le vaste monde Et l'étemelle vie où d'autres fleurs abondent, Il rentre, en se jouant, dans l'ombre des forêts.
Là-bas, aux profondeurs dormantes et lointaines.
Où descendra l'aube, demain.
Avec ses divines haleines,
Du haut du ciel tranquille et pur,
En mirages d'azur, d'oiseaux et de nuages ;
Là-bas, telle qu'un songe en un sommeil obscur
Une fleur de lumière est tombée,
A travers les airs dans les eaux.
Vêtue de ses parfums et de sa beauté nue.
Comme des lèvres, à sa venue,
De grandes ondes constellées
S'éveillent dans la nuit qui tremble et qui pâlit.
Elles s'ouvrent à son approche ;
Et, mystérieusement, autour d'elle,
Elles chuchotent dans la nuit,
De proche en proche,
Et se propagent et se prolongent.
Avec leurs lèvres et leurs ailes
Qui plongent et volent,
Et s'élargissent dans l'espace en auréoles.
En une rose au millier de corolles, En une aurore immense.
Enfant, aux cheveux blonds mêlés
De myrte vert et de laurier.
Qui vas insoucieux par la terre, et qui chantes,
A cet humble songe envolé
De ta bouche charmante.
L'heure des grâces est la présente.
La vaste solitude et la nuit ont frémi.
Ta divine parole a troublé l'infini.
Toute l'aube est en fleur de ton souffle qui passe
Des cygnes frémissants s'éveillent dans l'espace.