‹ Entrevisions, suivi de Poèmes posthumesChapitre 35 sur 75 · L'ELU · texte numérisé non relu

L'ELU

CELUI-LA chemine Dans un chemin d'illusions divines, Si tout est illusion ; Celui-là rêve le plus beau des rêves, Qui, crédule et confiant, Donnant son âme toute à son ravissement. Plus en vain que les choses vaines, De l'ombre de ses pas Effleure la terre incertaine.

Comme s'il n'existait pas.

Demande-nous ce que tu veux,

Disent les dieux qui sourient.

Mais celui qui repose en eux

Ne demande rien à la vie.

Il s'étonne. Pourquoi ce désir ?

Est-ce qu'il sait ce qu'il espère ?

Le plus envié de leurs présents

Vaudrait-il son insouciance ?

Il ne s'inquiète de rien au monde,

Il est simple comme un enfant,

Il s'ignore et voici que soudain,

Sans qu'il y pense,

Il tient entre ses petites mains

La toute-puissance.

CHER Esprit de bonté, cher Esprit de beauté Dont le souffle, en silence, Porte si doucement à fleur de l'existence,

La simple sagesse et la foi Qui s'abandonne et se repose en toi ; Si mon âme n'a point offensé ta présence, A quels yeux attristés ai-je donc pu faillir ? N'étais-tu pas en tout ce qui respire, En tout ce qui rêve sous les cieux ;

En toute innocence où se mire

Le doux visage radieux

D'un inconnu penché sur elle ? N'est-ce pas toi, bel ange incertain, Que j'appelais mon frère lointain, Ma sœur divine aux blanches ailes ?

Au fond de tout être, de toutes choses, N'étais-tu pas invisible et présent, Comme le parfum au fond des roses.

Et le soleil dans le jour levant ?

En tout espoir, en toute crainte.

Oui, chère âme suave et sainte.

En toute volonté.

En tout ce qui existe sur terre, tu étais ; Et veuillent les destins, cléments à nos pensées^ Que c'ait été toi, et tes lèvres ! qu'un jour

Mes lèvres ont pressées

Dans l'ombre et dans l'amour.

Toi seule, et toi toujours.

INEFFABILITE

AMES et flammes, toutes ensemble, Ailes et fleurs entrelacées, Je cherche au fond de mes pensées Des paroles qui vous ressemblent.

Mais vous êtes ineffables,

Et votre chant mystérieux

Ne s'exprime que par d'impalpables

Effleurements et des silences radieux.

C'est pourquoi celle, au cœur charmant, que touche, Bien qu'elle ne l'entende pas.

Ce vain effort pénible et las.

Approche et tend sa petite bouche.

Et le baiser épanoui De cette simple et douce enfance Suffit à combler de silence Des lèvres avides d'infini.

sous LES ARCHES DE ROSES

C'est le jardin et la demeure Où joue un étemel sourire.

L'ombre bleue du cadran solaire Et la fontaine y mesurent l'heure, Et tout y semble en souvenir.

La Solitude avec le Songe, Comme deux calmes sphinx s'allongent Sur ce seuil qu'on ne peut franchir.

Au haut des escaliers d'or, la porte blanche ; Le long des rampes, des liserons ;

De fines guirlandes et des arches De roses au-dessus des marches ; Il ne monte que des rayons.

Et les rayons sont la traîne De quelque invisible reine Que suit son page le Silence.

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