‹ Entrevisions, suivi de Poèmes posthumesChapitre 62 sur 75 · BERCEUSE DIVINE · texte numérisé non relu

BERCEUSE DIVINE

A Gustave Kahn.

DORS, petit dieu, Nu comme une rose ; Dors et repose Dans la paille d'or.

Mille rayons jouent Sur ta bouche et tes joues ; Mille rayons font Un nimbe à ton front.

Le monde est heureux quand les dieux sommeillent.

Dors, mon enfant :

L'âne aux yeux doux, aux longues oreilles,

Le bœuf patient, Les anges aux blanches ailes te veillent :

Dors éternellement.

Dors, l'enfant-dieu. Près de l'étable, Voici qu'en attendant les rois Et leur étoile, — sur les toits Passe le bon marchand de sable.

Do, l'enfant, do.

Pour qu'en ton rêve tu t'amuses.

Nous te jouerons de la cornemuse,

Et du pipeau.

Et sur la viole de gambe L'air de : « Maman, les petits bateaux

Qui vont sur l'eau

Ont-ils des jambes ? »

Do, l'enfant, do.

Si tu te réveilles trop tôt Le bœuf mangera dans ta crèche

La paille sèche, Et l'âne dans... tes petits sabots.

Do, l'enfant, do.

Mais si tu es coi,

Et restes en cire,

O petit Sire,

O petit Roi, Nous dirons à Noël qui passe :

Apporte-lui de blancs agneaux Et des bergers à la besace, Avec houlettes et longs manteaux ;

Et le beau sapin plein de neige, D'étoiles, d'oranges et d'ailes d'anges.

Et de chandelles,

Et de joujoux,

Avec le grand polichinelle

Qui pend dessous.

Et gloire à toi. Dieu, et paix aux hommes !

Fais un bon somme.

Ne t'éveille pas ; Car ton royaume n'est pas d'ici-bas.

Nous sommes si sages !

Et nos livres n'ont plus d'images.

Le monde est si triste, le monde est si vieux !

Dors, petit Dieu.

L'ERMITAGE, FÉVRIER MCMII,

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