SURSIS
Tout tombe à mes côtés... La faucheuse traîtresse, De son instrument meurtrier, Aura bientôt parcouru le sentier Qui va, de mon enfance, au bout de ma vieillesse.
Ceux dont j'ai vu commencer les ébats.
D'un front si pur, d'un cœur si tendre, S'en vont, en me disant tout bas, De ne pas trop les faire attendre.
Oui, c'est mon tour, je le comprends.
Il ne faut point que l'amitié s'ennuie, Et, chez Minos, la compagnie N'est jamais trop nombreuse au gré des assistants.
Mais si, de la famille, un lien tutélaire Me retient sur le seuil que nous devons franchir, Ne pourrais-espérer, arriéré tributaire, D'être, pour quelques jours, dispensé de mourir? J'y viendrai, patience ! alors que, de l'Envie, Et de tous les méfaits de la secte ennemie, J'aurai mis les auteurs face à face avec moi Devant la vérité, notre première loi.
Je dirai ces héros, impuissants à produire. Effrayés du labeur qu'un homme accomplissait, Détracteurs acharnés de qui savait écrire, Diffamant des devoirs que lui seul remplissait*. Ces bâtards de talent, ainsi que de naissance. Qui, nés pour n'être rien, se sont faits gens de bruit, Et, d'un scandale à l'autre, ont esquivé la nuit Par les honteux reflets de leur vile arrogance.
On verra qui du vice, et qui de la vertu. Suivant partout les pas, d'un effort méritoire, A plus vaillamment combattu Pour la défaite ou pour la gloire.
Par ces souvenirs entachés , On saura quels vendus m'ont voulu mettre en vente, Pour mieux déguiser les marchés De leur cupidité rampante.
Qu'au Pilori, leurs noms demeurent attachés !
Puisqu'enfîn, succédant au trouble de la rue, Du liaut d'un trône affermi par ma main, L'ingratitude est descendue, Persécutrice et le cœur inhumain, 11 faut que, du Public, un arrêt souverain Témoigne, sans appel, que justice est rendue.
Et puis, je partirai, voyageur satisfait, Bien qu'un peu fatigué des ennuis de la route, Mais heureux d'échapper à ce monde en déroute, Pour tomber dans le sein du maître qui l'a fait.
-=3^ ^^^mî(^iSSSSSQii^^^<£^ '