UN SOIR A BORD
A Mlles P. et S.
Ils descendirent ensemble le grand fleuve. Philabkte Cuasles.
O soir charmant ! La nuit aux voix mystérieuses Nous caressait tous trois de ses molles clartés ; Et nous contemplions, moi rêveur, vous rieuses, De la lune et des flots les magiques beautés.
Le steamer qu'emportait la roue uu vol sonore, Eparpillait au loin, sur le fleuve écumoux, Des gerbes de lumière et des lueurs d'aurore, Qui s'éteignaient bientôt dans le lointain brumeux.
L'horizon se tordait en silhouette étrange ; Et, sondant de la nuit les vagues profondeurs, Nous regardions passer, comme un décor qui change, La rive déroulant ses mobiles splendeurs.
Oh ! comme il faisait bon ! Nous causions, gais, frivoles; Vos rires éclataient comme des chants d'oiseaux ; Et, quand nous nous taisions, de joyeuses paroles Arrivaient jusqu'à nous avec le bruit des eaux.
Tout à coup, une voix fraîche, mélodieuse,
Fit flotter dans la nuit son timbre plein d'émoi. . .
Oh ! qui dira jamais l'extase radieuse
Dont nous fûmes bercés, ce soir-là, vous et moi !
Vous en souviendrez-vous ? Hélas 1 vos jours de rose Laissent bien peu de place aux regrets superflus. . . Mais moi, de cette nuit je garde quelque chose ; Car j'emporte en mon cœur un souvenir de plus.
A SARAH BERNARDT
RÉrOXSE AUX INSULTEURS.
C'est elle ! c'est Sarah la grande ! la sirène, Charmeresse à la voix d'or ; n'entendez-vous pas L'hosanna qui trahit sa marche souveraine, Et les bravos sans fin que soulèvent ses pas ?
Frissons des lyres, chœurs sacrés, harpes d'Eole, Bruits de gloire tonnant dans des gerbes d'éclairs C'est elle ! regardez flamber son auréole Sur l'azur chatoyant des beaux horizons clairs 1
Elle vient, saluez ! Foules, baisez sa trace ! Cités, faites sonner vos dianes !. . . Mais non, Aujourd'hui c'est à nous, à nous ceux de sa race, D'exalter son génie et d'acclamer son nom.
Elle vient du pays des aïeux, elle est nôtre ! Dans un cycle inoui de triomphants succès. Elle fait rayonner d'un hémisphère à l'autre La majesté du Verbe et de l'esprit français.
Cette voix, c'est Paris qui sur le monde essaime, Et prodigue au dehors le plus pur de son miel ; Ce geste, c'est celui de la France qui sème Sa semence féconde aux quatre vents du ciel.
Cette âme est un clavier aux cent cordes, où vibre, — Sanglot d'amour, fanfare ailée, hymne éclatant, — Sur les plus hauts sommets, votre chant fier et libre, O mâles héritiers des vieux bardes d'antan !
Vivat !. . . Mais elle fuit, son doux éclat se voile ; L'astre inconstant s'en va luire sous d'autres deux ; Adieu !... Longtemps encore, ô radieuse étoile, Les reflets de ton vol éblouiront nos yeux.
Va, poursuis ton chemin fleuri, franchis l'espace : L'universel regret qui te suit du regard Crie à tous :- Chapeau bas ! c'est la Gloire qui passe, La gloire de la France et la gloire de l'Art !
C'est elle ! c'est Sarah la grande ! la sirène, Charmeresse à la voix d'or : n'entendez-vous pas L'hosanna qui trahit sa marche souveraine, Et les bravos sans fin que soulèvent ses pas ?
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