RUES ENVAHIES ET BOUCHEES
1<> La rue de Môntillieu prenait de la poterne jusqu'à la rue des Religieuses. M. Guérin, prévôt d'Epernay, et M. Louis, Valentin Lallemant, médecin du roi, mon aïeul maternel, ont pris l'embouchure de la rue des Religieuses pour y bâtir leurs maisons et jardins. 11 y avait un fief et château dit de Môntillieu, dont quelques vestiges de pierres de taille se voient encore dans le cellier de M. Jacques de Reims, médecin du roi, gendre de M. Lallemant, au bout de son jardin. En sorte que cette rue ne forme plus qu'un long cul-de-sac que l'on appelle la Cour de Môntillieu.
2° Le cul-dc-sac dans la Grand'Rue était une rue qui passait jusqu'à la rue Saint-Remy. Toute la partie qui y répondait a été envahie par César Parchappe, élu grènetier, dont la maison faisait le coin de cette rue Saint-Remy et de la Basse rue Saint-Remy, et par Georges Cloche, qui avait acquis l'hôtellerie de l'Ermitage. Parchappe s'est fait, par cette usurpation, une communication à la maison de Jean Parchappe, son gendre; et Cloche a bâti son pressoir derrière sa maison qui était auparavant l'auberge de la ville la plus considérable, en face de la place de la Halle. La rue qui prenait de la rue Haute-Sain t-Remy à la Grand'Rue, avait en face une autre rue qui allait à celle de Môntillieu. Elle a été envahie par Pierre Fagnier, S' de Sivry, receveur des tailles, et François Nacquart, lieutenant général, qui se la sont partagée vers la fin du xvne siècle, et l'ont réunie à leurs maisons, dont ils ont fait chacun un petit jardin, joignant à leur grand jardin.
Cette maison de M. Nacquart était autrefois l'hospice des religieuses de la maison d'Argensolles, qui s'y étaient retirées du temps des guerres.
3° Le cul-de-sac de l'auditoire et de la prison et une partie de la cour du château, et tout ce quartier de la ville entouré du rempart et des places au Blé et de la Halle jusqu'à la porte Lucas, conserve encore le nom de Château.
4° Le cul-de-sac ou ruelle, qui est derrière l'hôpital, était la continuation de la rue qui venait en droiture de la porte de Chàlons et allait joindre la Basse rue de la Juivcrie jusqu'au rempart de la porte Lucas. Cette rue a été envahie par les aumôniers qui étaient les maîtres et administrateurs de rilôtel-Dieu ou hôpital, qui y ont fait bâtir un pressoir. Il n'en reste plus qu'un bout de ruelle.
5<> La Grand'Rue de la porte Saint-Thibaut, autrefois la plus fréquentée, aujourd'hui la plus déserte, venait rendre dans la grande place devant l'Eglise de Notre-Dame, et en face de l'hôpital et de la maison de l'aumônier. Mais M. l'abbé de Lenoncourt, depuis cardinal, a interrompu cette rue en y faisant bâtir sa maison abbatiale, depuis la basse-cour ou ferme de ses religieux, jusqu'à la place de l'église à laquelle la nouvelle abbatiale est jointe. En sorte qu'on est obligé de faire un long et difficile circuit de la rue Saint- Thibaut pour venir à l'église par la place, qui conserve encore le nom de la Grande-Place, quoiqu'elle soit diminuée de plus de moitié et comme divisée en deux médiocres places par l'interposition de cette abbatiale. Les armes de ce cardinal sont à la tourelle de briques qu'il fit bâtir au coin de ces deux places.
Apparemment que le grand crédit de ce prélat a empêché ou étouffé les oppositions qu'on a dû apporter à une entreprise aussi préjudiciable et aussi choquante. L'entrée de l'abbatiale est en face de la maison de l'aumônier. La porte en a été faite ou rétablie par l'abbé Loysel, dont les armes sont au-dessus.
6<> De la rue du Paulmier il y en avait une qui coupait à la rue et allait rendre à la rue Chogatelle. Elle a été envahie par Georges le Preux, qui en a fait une grande cour derrière sa maison, et y a bâti un pressoir au fond.