INTRODUCTION
Le titre ^'Ephimérides indique suffisamment que Taulear de ce livre n'a pas la prétention de publier une histoire détaillée de la Franc-Maçonnerie à Lyon. Il ne cherchera pas même à fixer la date si incertaine et si obscure de son introduction dans notre ville, car Lyon avait, dit*on, des loges au xvi^ siècle, mais si bien emportées par les guerres de religion, qu'on en trouve à peine trace dans les chroniques.
Notre but primitif était de former une liste aussi exacte que possible des loges qui ont existé à Lyon, pour la mettre en tête d'un album maçonnique, mais cette simple énumération était encore difficile à dresser, attendu que les anciens documents ont complètement disparu ou ont été détruits pendant le siège de Lyon. Telle est au moins l'opinion généralement reçue, ce qui fait que personne, jusqu'à ce jour, ne s'est donné la peine de rechercher les épaves de cette grande institution dans notre cité.
Plus heureux que nous ne l'espérions pour ce modeste travail, nous eûmes la bonne fortune de découvrir un manuscrit original échappé aux naufrages des révolutions, et qui était tombé entre les mains d'un bibliophile lyonnais bien connu, le conseiller Coste.
A la mort de cet honorable citoyen^ la ville ayant fait Facquisition d'une partie de sa bibliothèque, comme documents précieux pour l'histoire de Lyon, c'est dans cette collection que se trouve aujourd'hui ce manuscrit unique dans son genre^ puisqu'il renferme rinslallatiou de nos anciennes Loges. Ce registre est celui des procèsverbaux de la Mère-Loge des Mai 1res Réguliers de Lyon, plus tard dite Grande Loge Provinciale^ qui a servi d'intermédiaire entre le Grand-Orient de Paris et nos Loges particulières.
Si nous n'avons pas copié ce livre en entier comme il mériterait de l'être pour les archives de notre Temple de la rue Sainte-Elisabeth, nous y avons largement puisé tout ce qu'il renferme d'intéressant et d^essentiel pour le but que nous nous étions proposé, c'est-à-dire la chronologie de nos Loges, et malgré certains détails et quelques documents que nous avons cru devoir y intercaler, nous n avons pu nous décider à changer notre titre
adopté d'Ephémérides.
Nous avons jeté aussi, dans les archives du Grand- Orient, un coup d'teil rapide sur quelques pièces relatives aux Loges de Lyon^ mais elles sont très incomplètes par rapport à nos anciens ateliers. — Le F.*. Angebaull président de chambre , prononça à l'assemblée du Grand-Orient, le 28 avril 1799, un discours où il dit relativement : aux archives de l'Ordre :
« Nous avons à regretter la perte des trésors les plus a précieux de nos archives ; nous avons même à redouter « qu'ils ne soient passés en des mains profanes ; car les « Maçons ont fait le serment d'y rétablir ceux dont ils i( pourraient être dépositaires, et nos pertes ne sont pas
H réparées. »
a Cette indigne spoliation a continué ses ravages, car, peu d'années après la réunion des archives de la G.-L. de France à celles du 6.-0., les manuscrits précieux, les livres rares, les chartes curieuses avaient disparu. Les collections de circulaires, de procès-verbaux, d'annuaires imprimés, n'existaient plus ou étaient incomplètes : c'est que pendant trop longtemps, les Meneurs du G.-O., habitués à regarder comme leur étant propres toutes ces archives, agissaient en pachas, puisaient à pleines mains et ne rendaient rien. Une visite à leurs bibliothèques ou à celles de leurs héritiers pourrait faire rentrer plus d'objets, que n'en possède la bibliothèque du 6.-0. » (Extrait de l'hist. chron. du G.-O. de France. — Ragonj Orthodoxie maçonnique^ page 320.)
Malgré la citation qu'on vient de lire, nous sommes persuadé que quand on aura rassemblé et classé convenablement les matériaux qui doivent encore exister, bien des faits inappréciés jusqu'à ce jour se trouveront éclaircis.
Ce que nous éditons n'est donc point une histoire proprement dite de la Maçonnerie lyonnaise, ce sont des jalons, des points de repère qui faciliteront une plume plus compétente et plus exercée que la nôtre pour coordonner plus tard cies matériaux et les développer.
Nous n'avions même pas l'intention d'intercaler des gravures dans ce livre. Ce que nous avions pu recueillir de sceaux, de médailles et de bijoux relatifs à l'Orient de Lyon avait été envoyé par nous, à Lille, à Monsieur Charles de Prins, qui s'occupant spécialement d'une sigil* lographie maçonnique universelle, devait les insérer dans le grand ouvrage qu'il préparait ; malheureusement cette publication n'a pas eu lieu pour des motifs que
nous ignorons encore^ car nos dernières lettres à ce sujet sont restées sans réponse, et nous nous sommes décidé alors à ne pas priver nos lecteurs de cet appendice si intéressant pour eux.
La première partie de ces Ephémérides s'arrête à la fin du xvui^ siècle, moment où la France comme autrefois Epiménide, sort de son' long sommeil, pour commencer une vie nouvelle de rénégération, mais ce réveil est tellement pénible et agité qu'il force à se dispei^er ceux mêmes qui l'avaient provoqué.
Laissons s'apaiser la tempête, laissons arriver le xix^ siècle, le calme sera à. peine rétabli qu'aussitôt les RARI NANTES qui ont échappé à la tourmehle,se rapprocheront, encouragés par la vue de leur antique devise hissée surles débris de la féodalité anéantie. Avec eux commencera la seconde partie de ces éphémérîdes qui ira jusqu'à nos jours.
Mais à mesure que nous nous rapprocherons du temps actuel, nous deviendrons circonspects, ne voulant en aucune façon compromettre la position de ceux qui ont des raisons particulières et majeures pour ne pas être cités.
Cette brochure est destinée aux Maçons actifs ou honoraires de notre cité qui certes sont en plus grand nombre qu'on ne le pense, et qui n'ont eu aucune idée, jusqu'à présent, de la formation et de la composition de nos Loges. Us y trouveront de plus une sorte de catalogue de tous les écrits maçopniques qui ont été publiés à Lyon, et qu'on désirerait consulter. Aussi ne doutonsnous pas un instant de l'accueil favorable qui attend cette publication, puisqu'on pourra démontrer, preuves en main, que celte institution dont on a dit et dont on
dit encore tant de mat sans la connaître^ a eu daifs son seÎD, à Lyon comme partout ailleurs, les personnages les plus haut placés et les plus considérés de la Société, et qu'elle accomplit chaque jour de nouveaux actes de bienfaisance pour soulager les misères de Thumanité et aider aux progrès de la civilisation.
Lyon, le 2 Avril 1875.
Vén.-. de la R*. L."
Simplicité''Con8tance.