‹ ÉpicureChapitre 50 sur 121 · Lucrèce, I · texte numérisé non relu

Lucrèce, I

... Facere et fungi nisi corpus nulla potest res, Nec prœbere locum porro nisi inane vacansque. Ergo praeter inane et corpora, tertia per se Nulla potest rerum in numéro natura relinqui, Nec quœ sub sensus cadat ullo tempore nostros, Nec ratione animi quam quisquam possit apisci..

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le fer pèse plus que Teau, c'est que dans ce volume de fer il y a plus d'atomes et moins de vide, puis que les atomes du fer sont gros et hérissés d'aspérités, tandis que ceux de l'eau sont petits et ronds. Pour la môme raison, certains corps sont transparents, d'autres opaques.

Au sein du vide, les atomes ne rencontrent aucune résistance, tombent avec la même vitesse ; il n'en est plus de même dans l'air ou dans l'eau. Encore une fois, l'air, l'eau sont des corps dont les particules, si petites et si légères qu'elles soient, opposent aux autres une résistance plus ou moins grande et leur infligent un retard qui varie selon leur densité. Voilà pourquoi dans le monde sensible les corps se meuvent plus ou moins vite ; ceux qui sont plus lents sont rejoints par ceux qui sont plus rapides ; ils sont entraînés par le mouvement de ces derniers ou au contraire en interceptent le passage ; en s'accolant avec eux ils forment un amas qui barre la route à d'autres atomes; le groupe va ainsi grossissant de plus en plus, ou bien au contraire les corpuscules qui le constituaient sont arrachés et emportés plus loin. Gardez-vous donc de croire que sous l'action de la pesanteur, les corps tomberont parallèlement et ne pourront se rejoindre. Les atomes se heurtent à chaque instant, rebondissent, et ces

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chocs nous expliquent un grand nombre de phénomènes; tous les corps, en effet, ne se comportent pas de la même manière : il en est de mous qui s'écrasent sur ce qu'ils rencontrent et demeurent désormais immobiles; il en est de durs qui rejaillissent plus ou moins loin : leur inégale élasticité a pour cause la proportion des atomes et du vide qu'ils renferment.

La pesanteur et les chocs ne suffisent pas à rendre compte de tous les phénomènes à beaucoup près; ces deux sortes de mouvements présentent ce caractère commun qu'ils résultent d'une puissance extérieure et qu'ils se produisent nécessairement, car toute cause est elle-même l'effet d'une cause et ainsi de suite à l'infini. L'univers est-il donc soumis à une nécessité absolue à laquelle rien ne saurait se soustraire? Epicure ne peut se résigner à cette conception qui lui fait horreur. Il n'y a pas d'autre moyen, dit-il, d'échapper au fatalisme des savants que d'attribuer aux atomes le pouvoir de s'écarter un peu de la ligne droite, et cela sans cause extérieure. Il ne semble pas que l'idée de la déclinaison ait été empruntée aux systèmes antérieurs; l'originalité de cette conception n'a pas été contestée. La déclinaison des atomes (irapéyx^^ict;, en latin clinamen) a été très violemment critiquée par les ad-

yersaires de Tépicurisme. Ce que l'on peut dire de moins, c'est qu'elle est en opposition avec les principes formulés par Démocrite, qui ne faisait pas difficulté d admettre le fatalisme. Gicéron, qui n'a pas compris le sens de cette doctrine, la raille continuellement : « Res tota ficta pueriliter. . . Illœ Epicuri propriœ ruinas ^ ; mais ses attaques portent à faux, elles n'ont pas de valeur^. Les modernes n'ont pas généralement été moins sévères : la plupart considèrent cette doctrine comme un misérable expédient, dérisoire et équivoque ^ ; Bayle le déclare pitoyable ; Kant l'appelle même une impudence; M. Garo n'y voit qu'une pauvre invention de dialectique aux abois. Il est certain qu'Epicure n'apporte à l'appui de ce dogme aucun argument direct; la seule raison qu'il invoque, à savoir qu'il ne voit pas d'autre

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