LES COMMUNES DE LA GUADELOUPE
La Baie-Mahault, le Lamentin, le Port-Louis, le Moule, le Canal, le Morneà-l’Eau, les Abymes, le Gosier, St-Franoois, Ste-Anne, le Petit-Bourg, la Capesterre, les Trois-Rivières, Gourbeyre, Ste-Rose, l’Anse-Bertrand, Ste-Claude. — Situation générale des communes au 1er Juin 1866.
C’est à l’arrivée des détenus de la geôle qu’on dut l’introduction du fléau dans les communes voisines de la Pointe-à- Pitre. Etonnés de se voir en possession d’une liberté qu’ils n’ambitionnaient pas, ne voulant pas être privés si gratuitement du confortable de leur prison, ces gens ne consentaient qu’avec peine à quitter la ville pour retourner dans leurs foyers. Chassés par la police, ils furent contraints de partir, disséminant sur leur parcours le germe de cette maladie, véritable traînée épidémique qui, une fois embrasée, ne larda pas à envahir l’île entière.
Décrire par ordre de dates la marche progressive de l’épidémie dans les communes, donner de complets détails sur tous les incidents qui se sont produits, serait trop étendre le cadre que je me suis tracé.
Je laisse à mes collègues de la marine, qui ont été chargés
des ambulances sur ces différents points de la colonie, le soin de produire eux-mêmes leurs observations sur la nature du fléau qu’ils ont eu a combattre, et les résultats parfois contradictoires des autopsies , documents que la science leur fait un devoir de publier. Je ne donnerai donc que des aperçus très-succincts, mais d’une rigoureuse exactitude, n’ayant jamais accepté un renseignement sans l’avoir scrupuleusement contrôlé.
La mortalité dans les communes rurales a varié, selon la topographie des lieux, la conformation du terrain plat ou montagneux, la nature du sol marécageux ou calcaire ; suivant la température de l’air et ses variations plus ou moins brusques, la quantité d’humidité, le nombre des cours d’eau et la direction des vents, enfin selon la structure plus ou moins confortable des cases, leur agglomération ou leur dissémination.
La fréquentation des travailleurs d’habitations déjà contaminées , avec ceux des localités épargnées jusqu’alors, a surtout produit la contagion.
Combien est-il mort de malheureux dans les cases isolées ou perdues des Grands Fonds , cases que le médecin ne pouvait souvent pas découvrir, et où il ne trouvait qu’un cadavre déjà en putréfaction quand il parvenait au but de sa recherche?...
Combien de petits cultivateurs sont morts de misère, de dénûment, n’ayant pour tout secours que l’eau bourbeuse d’une mare voisine? D’autres se sont empoisonnés, soit par de fortes libations de tafia saturé de camphre, soit par des doses exagérées de laudanum.
Beaucoup d’inhumations ayant été faites sur les routes, dans les bois, sur des mornes éloignés, dans des savanes dé-
sortes, clans des lieux introuvables aujourd’hui, on ne saurait -préciser, d’une manière absolue, le chiffre réel des décès dans les communes.