SAINTE-ROSE
On peut diviser cette commune en deux parties bien distinctes : l’une située à l’Est du bourg et l’autre à l’Ouest.
Celle de l’Est est plate, aussi les eaux s’écoulent-elles difficilement. Elle est traversée par une rivière, par des ravines dont les ruisseaux, avant de rejoindre la mer, se dégorgent sur un fond marécageux couvert de mangliers. Tout le littoral est donc formé par une vase chargée de détritus d’animaux et de végétaux en putréfaction.
Les habitations, peu élevées, ont de fréquentes communications entre elles, par les ateliers,
La partie Ouest est arrosée par dix rivières et ravines dont les eaux se rendent à la mer, coulant sur le fond de sable qui constitue cette partie du littoral jusqu’à Deshaies.
Les habitations sont élevées, isolées, bien aérées, ventilées meme. Le sol s’égoutte facilement.
De celte topographie il résulte que :
La partie Est de la commune a donné. 35(3 décès.
La partie Ouest 50
Le Bourg 36
Soit, 442 décès sur une population de 5,338 personnes.
On ne saurait donc arguer de l’antagonisme paludéen, puisque ce sont les habitations voisines des palétuviers et des marais qui ont payé la plus large part.
Débutant le 9 novembre à Sainte-Rose, l’épidémie augmenta d’intensité jusqu’au 15 décembre, époque à laquelle commença la décroissance.
Du 1er au 26 janvier, on ne compta que sept décès : — Au 18 février, la mortalité avait atteint le chiffre de quatre cent vingt-huit.
Dans la race blanche, on a eu à déplorer la mort du frère du docteur L’Herminier ainsi que celle de ses deux filles, et celle de mademoiselle Mauret-Nolivier, jeune personne de seize ans récemment arrivée de France.
Le maire, M. Mauret, avait installé au bourg de Sainte- Rose des gardiens actifs et zélés qui, trois ou quatre fois par nuit, faisaient des rondes, donnant immédiatement leurs soins aux personnes atteintes.
Du 28 Janvier au 7 février, il n’y eut aucun cas dans la commune. Du 8 au 13, on constata deux décès à Galas et un à La Boucan.
L’invasion de l’habitation Le Piton, située à l’extrémité Ouest de la commune et parfaitement isolée, eut lieu en même temps. Cette habitation avait traversé l’épidémie sans
avoir un seul malade, lorsque le samedi, 10 février, le nommé Jules, journalier, se rendit au Lamenlin très-éprouvé en ce moment.
Ayant visité plusieurs malades graves, Jules revint le soir sur sa propriété à un kilomètre du Piton. Laissant à sa femme le linge qu’il avait porté dans la journée, il se rendit sur l'habitation, auprès d’une autre femme nommée Nérosi.
La femme de Jules et Nérosi furent presque immédiatement atteintes de vomissements, de diarrhée, de refroidissement et succombèrent le lendemain, 11 février.
Le chef de l’atelier ayant soigné ces malades, mourut le 13. — Du 13 au 16, deux autres travailleurs succombèrent et sept ou huit cas nouveaux se déclarèrent. Voilà donc un exemple de contagion des plus précis.
C’est M.le docteur Diavet qui, dans cette épidémie, a donné des soins aux malades de Sainte-Rose. Ses observations sur ce fléau ne sauraient être passées sous silence ; elles sont de nature à éclairer de nouveau l’opinion sur le véritable caractère de la maladie à son début dans la commune.
« La dernière fois que je vous ai rencontré à la Pointe-à- » Pitre, écrivait M. Diavet au docteur Granger, je croyais » que nous avions à Sainte-Rose le choléra de l’Inde. Mais, » je n’ai pas tardé à revenir de cette opinion. — Je ne sais » même pas comment j’ai pu commettre une pareille erreur. » Cela tient sans doute à ce que les premiers cas que j’ai ob- » servés, avaient tous présenté des crampes, de la cyanose, » une émaciation très-prononcée ; mais j’aurais dû tenir » compte delà violence, toujours très-grande, qu’acquièrent » tous les symptômes d’une maladie qui passe à l’état épidéi) inique, et des complications qui s’y ajoutent.
» Placé en face d’observations plus nombreuses, j’ai cons- » talé la rareté des crampes, la variété de la cyanose, l’éma- » ciation peu marquée, la mort si douce, l’existence de points » névralgiques que je ne me rappelle pas avoir vus dans le » choléra, la chaleur du front, persistant jusqu’au dernier » moment, enfin l’absence de ce masque cholérique si carac- » téris tique.
» Quant aux observations de fièvres paludéennes choléri- » formes que j’ai faites de 1856 à 1864, l’un de mes prédé- » cesseurs, M. Montmédan, qui en 1832 avait vu le choléra » à Paris, a cru plusieurs fois en avoir reconnu des cas dans » la commune. Il a même pressé les inhumations afin » d’éviter la contagion,
» C’était évidemment à la fièvre algide cholériforme qui » existe aujourd’hui, qu’il avait affaire et que, lui aussi,
» avait prise pour le fléau indien. »
( Extrait d’une lettre du 18 février 1866.,)
l’anse-bertrand
C’est le 8 janvier que l’épidémie sévit avec le plus de force dans cette commune, où les pertes ont été relativement minimes, puisqu’on n’y compte que vingt-cinq décès.
Le 29 mars 1866, y éclatait un nouveau cas de choléra foudroyant.