‹ Épidémie de Rougeole à Clans (Alpes-Maritimes): Considérations sur la Contagion, les Complications intestinales et la Prophylaxie de la RougeoleChapitre 25 sur 26 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Prophylaxie de la rougeole à la campagne.

«La lutte contre les maladies contagieuses n’a pas encore trouvé sa formule définitive», disait Grancher. Nous n'avons pas la prétention, nous, de venir l’exposer dans ce court chapitre. :

Cependant, si on admet sans conteste que la rougeole ne se développe jamais spontanément, naît toujours d’un cas antérieur

et est la maladie la plus contagieuse, la mesure qui nous paraît la plus rationnelle, c’est de faire l'isolement des contaminés et l’éloignement des personnes indemnes.

Les mesures d’isolement prises à l'hôpital des enfants assistés paraissent donner de très bons résultats. |

Nous n’avons pas l'intention de faire ici une étude complète sur la question de la prophylaxie applicable à la rougeole. Nous avons seulement le désir de venir exposer la mesure qui nous paraît la plus pratique à la campagne pour empêcher la propagation de la maladie.

Bard, de Lyon, qui est médecin des épidémies du département du Rhône, « prétend que la diffusibilité de la maladie est telle, que dans la généralité des cas la première explosion qui suit le cas initial est énorme et que dans les écoles à une seule cour elle porte d'emblée sur tous les individus susceptibles d’être atteints, de sorte que l'épidémie s’arrête bientôt ». Notre épidémie n’a

cerlainement pas eu une marche si rapide ; nous voyons la maladie arriver au Pont du Clans au mois de mai, et nous avons eu occasion de constater le dernier cas à la fin septembre. Les propos que tient M. Bard semblent bien être en rapport avec ce qui se passe dans les écolés de la ville. On ne peut pas admettre, il nous semble, dans ce cas que seule la période d'invasion est contagieuse : car elle aurait eu alors trop de besogne.

« Les conséquences qui résultent, ajoute-t-il, au point de vue prophylactique, d'une extrême rapidité de la contagion sont loin d’être négligeables. +

La fermeture d’une école pour cause de rougeole est généralement demandée et eectuée au moment de la première explo-

sion qui suit le cas initial. Dans ces conditions, elle est parfaite-

ment inutile, parce qu’elle arrive trop tard. Cette seconde série a fait son œuvre, après laquelle il ne reste plus rien à faire, et pour ma part dans mon service des épidémies je n’ai pas réclamé

la fermeture dans ces conditions ». Dans les nôtres, nous nous

croyons cependant autorisé à la conseiller si nous voulons tenir bon compte que la rougeole a mis plus de trois mois pour recruter 129 cas dans le village de Clans ; si nous prenons aussi en considération que cette maladie s’est introduite dans les 2/3 des foyers en prenant des facteurs à l'école. Et nous la conseillerons encore si nous suivons l'exemple qui nous.a été donné par les familles qui n'ont pas été contaminées.

Dans une commune rurale, la fermeture d’une école devrait

être demandée pour une période de 15 jours dès qu’un cas de rougeole se déclare dans un village, que le contagionné fréquente ou non l’école. Durant ce laps de temps on pourrait voir l'éruption apparaître chez ceux qui auraient été contaminés, et alors on ne permettrait pas à ceux-ci l’entrée de la classe. Si on admet seulement que la période d’invasion est seule à craindre, cette mesure aurait encore plus sa raison d’être.

Tout le monde sait que le choléra se transmet par le contact.

BD

direct et par l'intermédiaire de l’eau contaminée, avec un pouvoir contagieux qui n'est plus à prouver. Le rôle de l’eau, comme moyen de transmission de cette dernière maladie, semble plus important que la contagion par le contact direct.

Dans le second cas, ie public ignore cette importance, ne se met pas en garde pour l'eau, tandis qu’il redoute l'approche d'un cholérique.

Si nous tenons compte aussi de la gravité de la maladie chez les jeunes enfants, nous conseillerons l'isolement de ces derniers ou l'éloignement de ses frères,qui, exposés à de nombreux contacts, pourraient transporter le germe dans la maison. Nous conseillons donc qu’en temps d’épidémie on prolonge l'inadmission, dans les écoles, des élèves qui ont des frères très jeunes, au-dessous de 3 ans.

Si, par cette mesure, on parvenait à faire comprendre au public qu'il faut redouter la contagion de la rougeole comme il craint déjà le contact direct d’une personne atteinte du choléra, nous croyons que la leçon serait fructueuse, et si M. Bard n’a n’a pas eu à regretter de ne pas ordonner la fermeture des écoles pour les cas d’épidémies qu’il a eu occasion de constater, nous croyons, nous, ne pas regretter à notre tour la mesure que nous conseillons pour une population rurale et nous terminons ce chapitre en rappelant ces paroles de M. Fauvel :

« La gravité d'un incendie n’est pas en rapport avec l'étincelle qui lui a donné naissance, mais avec l'élément qu'on lui fournit. »

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