LIVRE SECOND
ÉPIDÉMIES. ÉPIIÉMÉRIDES. APPENDICES. OBSERVA- TIONS. QUESTIONS IMPORTANTES. — MISCELLANÉES.
CONSTITUTION DE L’ÉTÉ
Cette constitution fut remarquable entre toutes par l’abondance et la malignité d’une sérosité bilieuse et dépravée (.\). C’était surtout sur le cerveau qu’elle se portait et sévissait. Des symptômes de pléthore s’y joignant , il n’est pas étonnant qu’il en résultât une foule d’opbthalmies , principalement sèches , de parotides bénignes et sans fièvre, d’engorgement des glandes sous-maxillaires,, de douleurs des dents , du cou et de l’occiput. Il régna surtout des douleurs de tête si violentes et si opiniâtres qu’elles déjouaient l’art du médecin ; l’énergie des remèdes échouait
(levant la malignité de l'humeur séreuse (B), qui, renfermée dans la tête et ne trouvant pas d’issue, ne pouvait qu’y entretenir le mal. A notre avis, cette sérosité, en raison de la tendance spéciale qu’elle a à s’engendrer dans le cerveau , et en raison des douleurs de tête qu’elle produisait , déterminait dans le cerveau une certaine diathèse (disposition) qui pouvait expliquer la longue durée de la maladie. D’où il résultait que , malgré l’absence presque totale de fièvre, on observait cependant je ne sais quelle sécheresse de la bouche, de la rougeur aux yeux, des battements aux tempes, un sentiment de piqûre et d’élancement (1). Rappelons-nous bien ces paroles de Galien : Quoique la rougeur des yeux puisse être la suite d’une phlegmasie de r estomac , elle se manifeste surtout- lorsqu’ il existe dans le cerveau un état voisin de l’ inflammation (Comment, sur l’aph. 3 du livr. 7). Dans ce cas, la douleur est permanente elle mal participe de l’affection des enfants appelée siriase, oip-'aot; (C) , sorte d’inflammation de la substance et des membranes du cerveau dans laquelle il se fait comme un vide dans les orbites et le sinciput. Car siros signifie un genre de fosse , une cavité oh l’on conserve les céréales. C’est de cette similitude du sinciput avec le siros (2) que la maladie tire son nom , si on l’écrit par i. Mais Lange veut qu’on l’écrive par , cetpfa'nç , afin de lui donner pour étymologie à-nro roO as ipixxo; , s’enflammer et se dessécher, — en ce qu’on y voit le corps pâlir, s’exténuer, se dessécher comme dans les songes et les veilles ; et qu’elle reçoive aussi le nom de douleur de tête des enfants avec fièvre. (Bien qu’elle soit le propre de l'enfance, pourquoi ne pourrait-elle pas se développer chez l’homme?) Le nom de rcupeTo; , fièvre céré-
(1) Voir Kernel , Livre Des Maladies Cliap. 1 , (Baillou).
(2) Silos.
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braie (1), lui conviendrait parfaitement, ce qu’il faut bien distinguer; car ce serait la phrénésie, si l’inflammation y était franche. La différence de l’humeur morbifique, qui est un mélange de pituite et de bile , fait que ce n’est pas une phrénésie , mais une affection analogue , dans laquelle la fièvre n’est pas portée à un aussi haut degré. Car ainsi que le dit Alexandre d’Aphrodisie (2) : La chaleur en descendant par les artères jusqu à la région du cœur , et en échauffant l’esprit vital, allume une fièvre sans pourriture, tandis que la bile enflammée , en irritant les intestins , produit le flux cle ventre. Mais une question majeure est celle-ci : N’est-il pas pernicieux, dans ces sortes de douleurs de tête accompagnées de chaleur et d’une humeur hétérogène, et dans lesquelles prédomine surtout une sérosité bilieuse, de recourir aux embrocations d’huile et de vinaigre rosat (oxyrhodins) et aux réperculifs (D)? Car, s’il suffit pour calmer les douleurs de tête les plus aiguës , que la plus petite quantité de sérosité s’échappe avec les sueurs , les astringents ne renfermeront-ils pas dans la tête, comme dans une prison ^ l’humeur morbide , qui , ne pouvant s’exhaler y acquerra par son séjour des qualités plus nuisibles ?
Dans cette constitution marquée par l’abondance d’hu-
(1) Voir Aétius , Cap. 13. Serm. 4. Tétrab. 1. — Laugius , Lib. 1. Epist. 14. Febris capitalis. Phrenetadis et siriaseus différentiel. — Problemat. Lib. 1. Probl. 96. (Baillou).
(2) Alexandre d’Aphrodisïe , philosophe péripatéticien , né à Aphrodisie, ville de Carie, vers la lin du IIe siècle après Jésus-Christ , enseigna à Alexandrie, vers le temps de Septime Sévère. Il a laissé sur presque toutes les parties des écrits d’Aristote des commentaires forts précieux, dont plusieurs ont été traduits en latin et publiés séparément à Venise, en 1489 et années suivantes, et dont quelquesuns sont restés manuscrits. Ses doctrines étaient opposées à celles d’Averroès, ce qui partagea l’école eu deux sectes, les Alexandristes et les Averroistes (Bouillet, Dictionnaire ).
meurs bilieuses et brûlées , et où l’inégalité et l’inconstance du temps donnaient à l’été le caractère propre à l’automne^ une foule de personnes éprouvèrent des douleurs dans l’hypocliondre gaucbe. Je ne saurais trop admirer ces paroles d’Hippocrate (au Traité Des Lieux dans l’homme ): La rate régné dans l’automne. Et par le mot de rate j’entends : 1° sa tuméfaction, son exubérance (car Hippocrate dit arrATiva (JaXXev c’est-à-dire, la rate s’épanouit, s’accroît, s’entle , ce qui est un langage figuré) ; 2° sa souffrance , ou pour mieux dire ses maladies ; synecdoche , métonymie qui par le nom de l’organe désigne les affections qui lui sont propres. Galien , dans son commentaire , ne se sert pas du mot seul de rate; il dit rates volumineuses, à cause de la surabondance de l’atrabile , surabondance qui se produit au retour de la saison de l’automne. Mais dans l’été dont il s’agit, ce n’était pas tant cette surabondance qui existait qu’une certaine disposition aux maladies de la rate ; de sorte que les malades se plaignaient de l’hypochondre gauche , bien qu’il n’y existât aucune tuméfaction manifeste ; et cela arrivait surtout chez ceux que nous savions être spléniques et mélancoliques. Beaucoup de malades aussi furent atteints d’érysipèle et d’herpès à la face. Beaucoup furent tourmentés par des humeurs ténues qui se portaient tout à coup sur les jambes et les aines , et nuisibles plutôt par leur qualité que par leur quantité ; car la tuméfaction n’était pas en rapport avec la douleur. L’humeur péchait donc surtout par sa qualité.
Les fièvres étaient continues et surtout du genre de celles qui présentent des exacerbations nocturnes , ou tout au moins un léger refroidissement , une horripilation , avantcoureurs du redoublement. Et comme cette exacerbation diffère de la périodicité , et ne succède pas au transport de la matière de l’intérieur à l’extérieur parla voie du système nerveux, ainsi que cela a lieu dans le frisson et le froid pé-
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riodiques, il ne convient pas dans ces sortes de fièvres de provoquer le vomissement. Quant aux fièvres franchement périodiques , nul doute que Ton ne doive tenter, au commencement des paroxysmes , d’opérer quelque excrétion à l’aide d’un vomitif, toutes les fois que l’on sera assuré que le vomissement produira facilement cet effet ; c’est une règle sanctionnée par nos devanciers.
Il y a beaucoup à dire sur l’état de la langue, notamment en ce qui concerne le jugement à porter sur les fièvres ; car elle offre des phénomènes qui lui sont étrangers , lorsque nous sommes atteints soit de fièvre , soit d’une affection des parties internes. La chaleur de la langue, dit Galien, et celle de tout le corps , sont profondément modifiées , lorsque le foie souffre (Chap. 9. Liv. 2. Des lieux affectés). Mais faut-il nécessairement que la fièvre s’allume , pour que la langue offre des phénomènes anormaux, et la chaleur contre nature a-t-elle seule cette propriété, en dégageant des vapeurs et des exhalaisons d’une humeur qui stagne dans le corps à l’état latent ? Les personnes qui ont l’habitude de dormir l’après-midi , ne se réveillent-elles pas avec un goût fade sur la langue , et de la mauvaise odeur à la bouche , bien qu’elles soient sans fièvre ? Et Hippocrate n’a-t-il pas dit [Épid. Liv. 6 Sect. 5. §. 14) : Trouvons-nous salées des viandes qui ne le sont pas ? c’est un signe de rédondance de nos humeurs (Trad. de Gardeil) ; c’est-à-dire que le goût salé de la bouche est la preuve que la matière morbifique surabonde et est en voie d’excrétion ; il ne parle pas de fièvre. Ainsi riiumeur qui surabonde dans le corps peut offrir sur la langue un indice de sa présence , sans qu’il existe de la fièvre. Cependant, comme la fièvre suit ordinairement de bien près un tel excès d’humeurs , on attribue l’altération de la langue moins à l’humeur qu’à la fièvre , et c’est à tort. Ainsi la langue se colore, soit à cause de la fièvre , soit à cause de la surabondance de telle ou de telle humeur,
comme cela a lieu chez les hypocliondriaques ; elle noircit , et la bouche contracte un goût acide , à cause de la proximité de l’humeur morbifique contenue dans l’estomac. Hippocrate ( Épid . Liv. 6. Sect. 5. §. 11) n’a-t-il pas dit encore : L'état de la langue fait connaître celui des humeurs, c’est-à-dire , quelle est l’humeur qui prédomine dans le corps ? En se chargeant de la partie séreuse de chaque humeur , elle en rend la connaissance plus facile ; et dans ce passage , il décrit les diverses espèces de coloration de la langue. Je me bornerai à signaler deux états principaux de la langue , selon qu’elle est altérée par des vapeurs ou par des exhalations fuligineuses. Dans le premier cas, le principe de cette altération est tout humoral ; dans le second , il est moins matériel qu’immatériel ; c’est un feu , une effervescence dans lesquels il ne se produit point de matière , ou s’il s’en produit quelque peu , elle est en si petite quantité et tellement consumée qu’il ne s’en dégage aucune vapeur. Et au fond, il y a une très-grande différence que la langue soit altérée par une vapeur, avec matière, ou par une exhalation fuligineuse , sans matière. Le premier état réclame les évacuants et les purgatifs, le second état, des agents modificateurs d’un tout autre genre. Celui qui ne sait pas comprendre ces différences sera le jouet d’une foule d’erreurs. Hippocrate a donné sur tout cela quelques explications, mais d’une façon trop obscure, lorsqu’il dit: La langue verte indique des matières bilieuses ; et lorsqu’en parlant de la sécheresse de la langue produite par une fuliginosité brûlante, il décrit avec justesse le second genre d’altération de la langue. Mais c’est surtout lorsqu’une vapeur est formée par une chaleur insolite que la langue et les dents se couvrent de certains enduits , et c’est à cela qu’Hippocrate fait allusion , quand il écrit : Lorsque dans une fièvre il se dépose sur les dents une matière gluante, la fièvre devient plus intense (Aph. 55. Liv. i. Trad. de Da-
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remberg). C’est une marque que l’intensité de la chaleur et l’abondance d’une humeur trop pituiteuse , font naître une vapeur épaisse., qui, desséchée par la chaleur fébrile, dépose sur les dents ses parties les plus visqueuses. L’excès d’humeur dans les régions précordiales ne saurait engendrer une vapeur capable d’altérer profondément les dents , si une chaleur contre nature ne venait mettre en mouvement la matière morbifique. Ce qui le prouve , c’est que la plupart du temps, dans l’état de santé, nous trouvons , à notre réveil , notre langue et nos dents couverts d’un enduit visqueux, et qu’il nous suffit de nous gargariser avec de l’eau pour nous en débarrasser , la cause qui l’a produit cessant immédiatement ses effets.
Dans les douleurs de tête (hors le cas d’un péril extrême., imminent), il n’est pas toujours sans danger d’ouvrir les veines du front et de l’occiput , ou de saigner hardiment à la temporale. Mais,, dira-t-on, on trouve souvent les veines de la tête gorgées de sang. Je le crois. Cela a lieu chez les malades atteints de la maladie dans laquelle , pour me servir des expressions d’Hippocrate, les veines d u cerveau regorgent de sang. Mais le cerveau est, en partie, d’une nature froide, plein d’esprits déliés, très-purs , élaborés au plus haut degré , qui s’évaporent très-facilement , et qui engendrent la perte de la mémoire, certaines affections froides, la cécité. En outre , les souffrances de tête tiennent souvent plutôt à certaines fumées (1) qu’à l’abondance du sang; et celles-là réclament les révulsifs , comme le sont les purgatifs, bien plus que la saignée. Ajoutez que, dans le cerveau, la nutrition s’opère moins par une vraie attraction que par raptus ; car le cerveau est une glande et son siège est à la partie supérieure du corps. Les chairs , au contraire , qui
(I) Dans le même sens , on dit encore de nos jours : les fumées (lu vin.
sont chaudes et humides par nature et non par accident, comme le cerveau , sont douées , ainsi que le dit Hippocrate, d’une véritable faculté d’attraction , et par cette raison, le sang y est attiré et s’y accumule facilement. C’est pourquoi on doit beaucoup moins redouter de saigner dans les maladies de la chair (1).
Parmi les fièvres , les unes sont veineuses , les autres gastriques , c’est-à-dire que les unes dépendent d’une phlogose du système veineux , les autres d’un vice des humeurs contenues dans la région précordiale. Les premières peuvent céder , dans le début , à la saignée ; les autres se trouvent mal de la saignée , et demandent plutôt un cathartique. Il n’est donc pas étonnant que la saignée guérisse comme par miracle certaines fièvres , et en exaspère d’autres (2).
Madame le Boindre périt d’un mal inconnu, mais dont cependant , à force de lecture , j’ai trouvé la description dans Hippocrate : conduite dont on ne doit jamais s’écarter, afin d’éviter les erreurs où tombent un grand nombre de médecins. Madame Garnier fut aussi emportée par une maladie pareille. L’une et l’autre moururent dans un état comateux et comme léthargique. Leurs poumons étaient profondément altérés. Une affection pulmonaire peut-elle produire la léthargie ? certainement, de la manière qu’IIippocrate l’a décrite : Le caractère de la léthargie , dit-il, est fort ressemblant à celui de la péripneumonie. Elle se rapproche surtout de la péripneumonie humide ,* elle s’accompagne de toux et de coma, et quand la mort est proche , on rend beaucoup de crachats aqueux, e te. (Des Maladies, Liv. 5. §. 6), et il répète la même chose au 2e livre des Maladies. A proprement parler, la léthargie est une affection du cer-
(1) Des organes charnus , parenchymateux.
(2) Voir Fernel , Chap. 6. Liv. l. Méthode de traiter , etc. (Baillou).
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veau. Mais l’état cérébral qui succède spécialement à une affection du poumon communiquée facilement au cerveau , à cause de la double ou triple sympathie qui unit entre eux ces deux organes , ne reçoit le nom de léthargie qu’en raison d’une certaine ressemblance , et parce qu’il jette le malade dans un élat léthargique , c’est-à-dire , dan§ un état d’insensibilité et de coma, accompagné de fièvre : la faiblesse , l’insensibilité et l’abolition de l’intelligence sont les caractères de la léthargie. Dans le cas dont il s’agit , les vapeurs épaisses qui s’élèvent des poumons échauffés, produisent dans le cerveau l’état léthargique (E). Cette espèce de péripneumonie tient à une pituite putride, dont la vapeur plus épaisse frappe le cerveau , et rend le malade comme léthargique. Ainsi Galien nous enseigne que, dans les fièvres, et surtout dans leurs accès, il se produit souvent par sympathie des affections comateuses. Enfin cet état est appelé léthargique , parce que les canaux et les voies pulmonaires , obstrués et gorgés de pituite, ne laissent pas un libre passage aux esprits (F). On dit donc que ces malades sont dans un état de léthargie, parce qu’ils sont plongés dans le coma que produit la véritable léthargie. Ces remarques étaient nécessaires, afin d’empêcher que l’on ne se borne à agir contre le cerveau, quand, au contraire, toute l’attention doit se porter sur les poumons.
D’où vient que les fièvres continues présentent des retours continuels de frisson ? Faut-il , comme le font la plupart des médecins, en conclure exclusivement qu’il existe de la suppuration dans quelque organe ? nullement. Dans les fièvres putrides , le frisson se produit surtout , lorsqu’il existe une grande quantité d’humeurs dépravées , et que , l’inflammation s’en emparant et la chaleur s’y accroissant , une vapeur putride se dégage du foyer du mal , et va frapper les autres organes. Car dans toutes les maladies par cacochymie , lorsqu’une chaleur soudaine et vio-
lente se déclare, un frisson parcourt tout le corps, ce que l’on peut constater à l’œil dans les parties extérieures (1). Dans ce cas , que le malade s’expose au soleil , il frissonne bientôt et il est pris de fièvre. Si la chaleur extérieure peut produire ce frisson, la chaleur intérieure ne peut-elle pas le faire, quand., partant du siège et du foyer du mal , elle se jette sur les autres parties du corps ? Cela s’observe surtout fréquemment chez les malades dont les humeurs sont très-dépravées et dont le teint est jaunâtre.
Puisque nous plaçons la source des maladies pestilentielles dans le ciel et dans l’air, d’où vient que, chez les malades atteints de la peste et chez lesquels les esprits sont presque seuls altérés (ce qui porterait' à ranger dans les synoques la fièvre des pestiférés, à moins qu’il ne s’agisse de cette peste endémique , qui tient à un vice d’une localité particulière ou à la manière de vivre , plutôt qu’à un vice de l’air qui nous entoure), d’où vient que chez les malades atteints de la peste , la matière des vomissements et des déjections a cette fétidité , cette puanteur dont parle Galien dans son commentaire sur les Aphorismes (Àph. 21 . Liv. 4) ? Est-ce là le propre de toute fièvre pestilentielle , ou cela dépend-il d’une disposition individuelle ? Dans cette dernière hypothèse, pourquoi tant de malades atteints de la peste ont-il des évacuations si mauvaises ? Et lorsque l’air pestilentiel infecte une personne, si ses humeurs sont étrangères à une si profonde dépravation , est-ce le propre de l’air pestilentiel de porter avec lui une corruption si étendue; de telle sorte que ce que le vice syphilitique ne fait qu’avec le temps (car il ne tue pas avec autant de rapidité que l’air pestilentiel) , le vent de la peste l’opère presque en un instant ? Le vice vénérien ne pénètre et ne corrompt qu’à la lonmic la masse entière des humeurs.
(1) Voir Galien, Comment, sur Pa pli . 2<>. et Sect. 3. Livr. 6 des Épidém. (Baillou).
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Parmi les poisons, il en est qui altèrent de préférence les humeurs, et qu’en langage doctrinal on pourrait appeler poisons humoraux : tel est le vice vénérien. D’autres allèrent les esprits , tel que l’air pestilentiel ; ils engendrent des lypothymies et des syncopes; l’on pourrait les nommer poisons aériens. Il est un autre poison qui attaque d’abord les parties solides : telle est la fièvre pestilentielle hectique, dans laquelle les malades, devenant tout d’abord méconnaissables , s’exténuent, perdent leurs chairs et sont réduits à l’état de squelettes. Il en est question dans un des ouvrages de Galien (auchap. 3 duliv. des Présages tirés du pouls). Il est un autre poison qui frappe tout à coup le cœur et qui a ses symptômes pathognomoniques ; et un autre encore qui affecte d’autres organes, et qui a également des signes particuliers.
Il est une distinction importante et qui n’avait pas été faite jusqu’ici, pour ne pas confondre entre elles les diverses espèces de fièvres. Certaines fièvres parmi les veineuses, proviennent d’humeurs étrangères à la masse du sang, humeurs contenues dans la région précordiale, et engendrent souvent des fièvres putrides : de telles fièvres sont des synoques non putrides. D’autres proviennent d’humeurs contenues dans le mésentère et dans la masse du sang , dont elles dissipent le sérum : elles constituent les fièvres putrides , telles que les synoques , c’est-à-dire, les continues, qui sont ou quotidiennes, ou tierces, ou diurnes, ou nocturnes. D’autres ont leur racine dans la substance même des organes, comme les fièvres hectiques , les pulmonaires, les cérébrales, les spléniques, les hépatiques, et celles qui dépendent d’une obstruction rebelle et d’un vice latent de la substance organique. Fernel ( Thérap . Chap. 6. Liv. 2.) les appelle fièvres continues symptomatiques. Vous pourrez en observer de prolongées et assez véhémentes; et dans celles-ci, si vous lirez du sang, il ne présentera pas d’al-
tération et il n’en résultera presque aucun profit. Dans les autres, il offre dès le principe des marques de corruption. D’où vient cela ?
Dans le premier livre de ces Éphémérides , j’ai dit, en passant, que chez certains malades, secs, bilieux, amaigris, au teint jaunâtre, et dont cependant le corps offre une chaleur continuelle , âcre, pénible , très-appréciable au toucher, la saignée ne convenait pas; ils tombent même facilement en défaillance , et disent qu’après avoir été saignés , ils ont été très-longtemps à se remettre et à s’en relever. Néanmoins , dans ma pratique , j’ai observé que tantôt la saignée réussissait chez les personnes sèches, bilieuses , en proie à une chaleur âcre et mordante , et que tantôt elle nuisait. Chez les uns et chez les autres, la cochon se fait mal, car ceux qui ont le ventre chaud ont les chairs froides. Ceux chez qui le réseau veineux est largement développé (Voir Hipp. Àph. 25. Sect. 4. et Épidém. liv. 6), se trouvent assez bien de la saignée, à moins qu’elle ne soit contre-indiquée par la sensibilité exquise de l’orifice de l’estomac , l’abattement des forces, ou par toute autre raison. C’est d’eux qu’Hippocrate a dit : Ceux qui ont le ventre chaud ont les chairs froides ; leur système veineux est plus développé, et ils sont plus enclins à la colère (G). Leur système veineux , dit un de ses interprètes, est plus développé par deux raisons : parce qu’ils sont décharnés , et parce que leurs veines sont très-pleines de sang , ce qui les rend très-apparentes (H). Ils sont colères, parce qu’une chaleur âcre domine chez eux , qui , contenue dans le ventre , affecte péniblement l’orifice de l’estomac : cet orifice communique facilement à l’âme les impressions qu’il reçoit. Ainsi je trouve que leur colère s’allume de deux manières : ou à cause de l’abondance de la chaleur dans le cœur, ou à cause de l’excès de la chaleur âcre du ventre qui affecte péniblement l’orifice de l’estomac, et par suite
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l’âme elle-même. Ceux donc qui sont maigres , décharnés, à système veineux développé , supportent bien la saignée. Mais ceux qui , maigres aussi , décharnés , ont le teint jaune et le système veineux peu développé , se trouvent très-mal de la saignée (I). Notez , en outre, qu’Hippocrate parle des personnes colères , et non de personnes atteintes de manie furieuse.
Rondelet blâme Galien d’avoir soutenu que , dans les fièvres tierces franches , il ne fallait saigner qu’après le troisième accès. Ce fut là l’opinion d’Avicenne. Mais Galien n’a pas été assez absurde pour prétendre qu’il fallait attendre jusqu’après le troisième paroxysme. Il est à présumer que Rondelet et tous ceux qui ont parlé d’après lui , ont mal lu ce passage de la Méthode (Chap. 15. Livr. 11) , où il dit que la saignée convient après le troisième accès d’une fièvre tierce : A tous les fébricitants , si leurs forces le permettent , tirez du sang dès le début , et après les avoir frottés d’huile à la suite du troisième accès, nourrissez-les avec du vin miellé et du brouet. S’ils ne fondent que sur ce passage l’opinion qu’ils attribuent à Galien, ils se trompent; car, d’abord, ce précepte n’est pas de Galien, mais des Méthodistes, comme l’indique le texte ; ensuite, il n’y est pas dit qu’il ne faut saigner qu’après le troisième accès, mais qu’il faut donner de la nourriture. En troisième lieu , ces mots : après le troisième accès , ne signifient pas la même chose qu’après le troisième paroxysme, etLinacrea mal rendu le texte grec, aerarov àirrpirov, que l’on doit traduire par : après trois jours pleins.
Puisque nous voyons la plupart des personnes dont le corps sue pendant la nuit, s’il leur arrive en se découvrant et en s’exposant à l’air d’arrêter leur sueur, souffrir de tout le corps ou de la partie qui était le plus en sueur , et être tout brisés, reconnaissons combien est dangereuse la suppression de cette humeur séreuse, et quel nombre pro-
digieux de douleurs il peut en résulter. J’en citerai pour exemple le barbier Jean Petit , chez qui une abondante sueur dissipa sur-le-champ toute douleur (J).
Il convient de rechercher pourquoi , au commencement des fièvres , les urines sont limpides , transparentes , légères et d’une densité médiocre , et deviennent ensuite troubles et plus épaisses; et pourquoi, lorsque la santé se rétablit, elles ne tardent pas à reprendre leur ancienne limpidité et la légèreté qui leur est propre ; et pourquoi , lorsqu’elles sont légères et limpides, le sang que l’on tire est presque toujours vermeil , tandis qu’il est séreux et corrompu, lorsqu’elles sont troubles. Pour me servir d’une expression d’IIippocrate , xo àivjpeï , le sang acquiert une nature séreuse , termes dont j’ai précisé la signification au 1er livre de ces Éphèmérides ; ce qui a lieu, soit parce qu’il se dégage de la matière corrompue une vapeur ichoreuse, qui souille immédiatement le sang; soit parce que l’humeur séreuse se corrompt facilement là surtout où existe une chaleur hétérogène ; soit parce que le corps reste sec et resserré, état commun au début des maladies, surtout quand la fièvre naît du resserrement de la peau. La pleurésie fournit un exemple de la facilité avec laquelle l’inflammation et la phlogose, surtout la phlogose humorale , altèrent le sang.
La fièvre , me demandais-je , est-elle produite par une accroissement de la chaleur du sang , ou par le développement d’une vapeur? Cette dernière supposition est admissible; car dès qu’une vapeur putride se dégage du foyer morbide , l’homme est pris de fièvre. Ou bien est-elle produite par de la chaleur ajoutée à de la chaleur, ainsi que dans le siriasis des enfants elle s’allume , disent les auteurs , par suite du continuel développement de chaleur qui se fait dans la partie antérieure de la tête. Mais si ce n’est qu’un simple degré de chaleur qui produit la
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fièvre , pourquoi donc l’accroissement de la chaleur pendant l’été ne nous la donnent-il pas , ni aux ivrognes , l’accroissement de chaleur que leur communique le vin?
Les malades chez lesquels il existe une corruption des organes nobles , meurent d’une lièvre , la plupart du temps lente et symptomatique , au grand étonnement des médecins imprudents et malavisés. C’est de cette manière que l’épouse du prince de Condé, à la suite de ses couches , succomba à une corruption de l’utérus que ses médecins n’avaient pas soupçonnée. C’est un point qui n’avait pas échappé à Hippocrate (Histoire, Des Mal. clés fem. Liv. 1.), lequel ne requiert pas une fièvre très-ardente pour admettre une maladie de l’utérus par corruption. Il dit même , 7r0p pV/iypov , c’est-à-dire , que la chaleur est modérée , douce et faible. L’expression de (ftnypoç est à noter. Ce qui lui donne lieu d’établir au livre 6 de ses Épidémies , une variété de fièvre , sous le nom de faible , sèche £/)pov, éV/iypôv. Gorrée en fait un seul mot , et veut que l’on écrive Çvj pôv-êXvj^pov , faible-sèche (Voir Gorrée au mot êXvi^coî) (K).
L’avulsion des dents canines n’est pas sans danger. Autant elles occasionnent d’accidents aux enfants lorsqu’elles poussent , autant il peut en résulter de leur extraction , à moins que l’on n’y procède avec la plus extrême prudence. Elles sont renfermées dans des alvéoles placées au-dessous des yeux , et leur racine est plus longue. Leur arrachement donne lieu à des hémorrhagies difficiles. à arrêter , et à des abcès qu’il est presque impossible de guérir.
Jean Colot, le lithotome , était atteint d’une fièvre continue , de la seconde variété du causus décrite par Hippocrate. La matière morbifique était une pituite salée et putride ; car elle prédominait chez lui. La chaleur était extrêmement âcre , ce que quelques médecins attribuent à
une bile salée. Car Galien enseigne que la chaleur ignée , brûlante, dépend d’une matière fumeuse produite par une pituite salée. Parmi les accidents qui peuvent , selon Hippocrate , arriver dans le causus non légitime , il faut noter la lividité de la verge , ainsi que la tuméfaction critique des testicules. On ne saurait croire le nombre de ces organes qui s’abcédèrent. Rien de plus naturel cependant que de tels accidents , dit Galien, car les fièvres pituiteuses ont plus de tendance à se juger par abcès que par excrétion. Et si le foyer fébrile est dans les parties inférieures , telles que le jéjunum et le bas-ventre, c’est surtout sur les parties inférieures que se porte la crise.
J’étais étonné de la fréquence des hémorrhagies dans les péripneumonies et dans les fièvres ardentes dont le siège principal est dans le poumon. Galien donne la raison de leur fréquence dans les maladies aiguës : La tête s'échauffant, dit-il, se remplit de sang et se débarrasse d’une pléthore surabondante à travers les parois des veines , ou par leur rupture. De telles hémorrhagies ne sont-elles pas avantageuses ? Galien dit que les hémorrhagies ne conviennent pas à la péripneumonie et à la léthargie, mais qu’elles conviennent jusqu’à un certain point à la pleurésie (L).
Le foyer des fièvres ardentes (causus) est tantôt dans la tête, tantôt dans le poumon, tantôt dans le ventre; faudra-t-il leur refuser le titre de fièvres essentielles , parce que leur foyer sera dans le poumon ou dans la tête? Galien n’en eût pas traité d’une manière spéciale, si elles n’eussent pas été du genre des fièvres essentielles. Cet auteur, dans son commentaire sur le §. 75 de la sect. 2 du livr. 1 des Épidémies (1) , dit que, dans le causus, le saignement de nez est un mauvais signe , en raison de la fréquence des violentes hémorrhagies qui s’y font par les narines (M).
(I) Voir aussi le comm. sur le § 17 du livre 4 du Régime dans les mal. aiguës (Baillou).
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Mademoiselle de Vielmoulin voit souvent sa peau parsemée de pustules rougeâtres accompagnées d’une certaine sensation de chaleur. Elle a le foie chaud et sec. Restée veuve , étant jeune encore , d’une santé florissante et en âge de faire des enfants , il n’est pas étonnant que le sang , qui n’était pas employé ailleurs, se soit porté à l’extérieur et ait produit chez elle cette éruption. On peut hasarder deux conjectures sur cette efflorescence. Voici la première : à l’âge de dix-neuf ans, dans une chute violente de cheval, elle était restée étendue à terre à demi-morte; tout son corps fut moulu et contusionné ; elle rendit du sang par la bouche , par les narines et par d’autres endroits ; il est à présumer qu’il se sera fait quelque sugillation , une sorte d’échymose interne , avec laquelle l’éruption actuelle a des liens de parenté. Cela est-il croyable, dira-t-on? oui, certes; car Mademoiselle de Goupigny, après avoir eu la jambe blessée , fut aussi affectée consécutivement d’un ulcère, dont elle eut beaucoup de peine à guérir. Elle assure que parfois sur ce point , comme en souvenir de l’ancien mal , il apparaît des pustules assez lentes à s’évanouir. Ce qu’une lésion provoque sur un point borné , tel que la jambe , ne peut-il pas se produire sur le corps tout entier? Voici l’autre conjecture, et elle a cela de remarquable, qu’elle est conforme à ce qu’a écrit Hippocrate (Sect. 2. Liv. 2 des Épidém.) , dans le passage où il nous apprend qu’une fille eut la main et la jambe paralysées , sans qu’elle expectorât rien d’appréciable ; ni l’intelligence , ni aucune-autre partie du corps n’étaient affectées (N). Cela eut lieu vers l’époque des menstrues, et peutêtre apparaissaient-elles alors pour la première fois. Cette sidération doit être attribuée à la suppression de la matière que l’expectoration aurait dû rejeter au dehors ; à moins que l’on n’en veuille voir la cause dans la suppression des règles, qui a bien pu y contribuer. En outre, la suppression
d’une matière excrémentitielle , découlant de la tête , peut bien être la cause d’une telle éruption; car Hippocrate a aussi écrit dans les Coaques : Chez ceux dont les crachats sont salés et dont la toux s’arrête , la peau rougit comme si elle était couverte d’exanthèmes (Trad. de Daremberg, N° 243). Ce passage est extrêmement remarquable. Or je puis affirmer que cette demoiselle était sujette à un catarrhe et à une toux férine (O).
Nous avons déjà dit (dans le 1er livre de ces Épidémies ) que , dans le traitement des maladies , il fallait se garder autant d’une précipitation timide que d’une sécurité téméraire. C’est un conseil donné par Galien. Nous avons vu chez des personnes qu’une atteinte formidable de maladie semblait vouer à la mort, tout danger s’évanouir bientôt ; et chez d’autres , où tout paraissait favorable , une mort soudaine survenir ; tant il est vrai que le corps humain recèle des humeurs capables de rivaliser avec les poisons les plus subtils! C’est ici le lieu de rappeler les deux ou trois histoires citées par Galien (Comm. sur le §. 17. Sect. 2. Liv. 1. des Prorrhét .) de malades qui furent soudain enlevés , au grand étonnement des médecins , et alors que le mal était bénin , et paraissait incapable de tuer un homme. Grand avertissement pour un médecin prudent, de tout examiner, de tout prévoir, pour éviter ces coups insidieux d’une maladie latente !
L’usage de la salade et des fruits acides engendre une grande quantité de sérosité dépravée, d’où résulte une chaleur âcre ; et les personnes qui ont le visage haut en couleur (incommodité très-commune), le voient rougir de plus en plus. C’est une observation qui n’avait pas été faite. Loin de là, on regarde ces aliments comme rafraîchissants et propres à dissiper cette rougeur du visage.
La femme du président Tambonneau , depuis longtemps hydropique , ne s’était pas encore alitée , lorsqu’enfin le
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transport de la sérosité surabondante sur la poitrine et l’oppression de l’esprit vital la jetèrent dans un coma cataleptique qui la fit périr en douze heures. Nous cherchâmes à la réveiller par tous les excitants imaginables , mais inutilement. Nous ne craignîmes même pas de suivre ce conseil donné par Hippocrate dans les Épidémies : Si un hydropique est pris de toux et tombe dans une profonde défaillance , employez tout ce qui est propre à le réchauffer : n’y réussissezvous pas? enivrez-le et prodiguez-lui les aliments (Liv. 2. Sect. 2) (1). Conseil qui , à première vue, paraît dénué de toute raison ; car si la toux se déclare chez un hydropique, il y a eu déjà transport du mal du ventre sur la poitrine , et en le gorgeant de vin et de nourriture, on ne ferait qu’accroître sa suffocation. Mais ce précepte obscur et donné en termes défectueux , n’en cache pas moins un sens admirable ; il explique et fait entendre deux choses essentielles. Quand il recommande les applications chaudes , il a en vue l’essence de la maladie qui consiste en un refroidissement: et il se propose, par ces moyens, de remédier jusqu’à un certain point au froid intrinsèque de V hydropisie. Il prescrit le vin , à cause de la défaillance. Arétée appelle le vin anti-lypothymique , par la facilité avec laquelle il dissipe les défaillances, en pénétrant et en réchauffant tout notre être. Mais qu’entend Hippocrate par ces mots enivrez, prodiguez les aliments ? vous donner un utile avertissement. Hippocrate était trop avisé, trop prudent, pour gorger de vin et de nourriture un homme à demi-mort. Il a prévu que quelques médecins frappés de ^extrême oppression qui cause la mort de l’hydropique , penseraient qu’il faut le réduire à une diète également extrême, en traitant le mal par ses contrai-
(1) Un hydropique étant affecté de toux , s'il lui suri'ient une défaillance subite , on emploiera toutes choses chaudes ; sinon , on ^ ni fer a boire du vin pur , et on le remplira d'aliments. (Trod. do, Littré. Tom. V. p. 131'.
i'es , et opposer les évacuants à l’excès de l’eau ; manière d’agir appropriée au fond de la maladie , mais non aux symptômes actuels, dont il s’agit ici. Ceux-ci demandent que l’on ajoute plutôt que de soustraire. Hippocrate a bien connu que presque tous les hydropiques ont du dégoût pour les aliments, et que le défaut de nutrition est ce qui cause leur affaiblissement et leur mort. Pour parer à ces derniers accidents, il recommande le vin et la nourriture non pas en grande quantité (bien qu’il se serve des mots 8 copiai et oriTiwv g[7.7uXvi<ïai , la traduction a rendu , à tort , selon moi , 6topvrêai par inebriare , enivrer , je préférerais traduire par donner à boire du vin , servez-vous du vin pour combattre la syncope et le danger de mort) , parce que la plus petite quantité de boisson ou d’aliment passe pour occasionner chez les hydropiques une grande réplétion ; et afin que vous ne vous laissiez pas effrayer par cette idée d’une excessive réplétion , il vous recommande d’insister auprès de ces malades sur l’usage du vin et sur la nourriture.
On voit une foule de personnes qu’une trop grande humidité , une surabondance de l’eau qui de la tête se porte à la bouche , rend bègues et fait bredouiller. Que peut-il en résulter pour elles ? de fréquents catarrhes, la pulmonie et l’empyème. La persistance de l’affection catarrhale amène chez elles la corruption des dents , l’altération de la voix et de la prononciation. Tenez grand compte de ce que dit Hippocrate à ce sujet : Chez ceux qui ont de V embarras dans la langue et dans le mouvement des lèvres , il faut qu’il se forme une suppuration sur quelque point ( Epidémies. Liv. 2. Sect. 5). Ceux qui ont la langue embarrassée sont d’une constitution plus humide, et affectés souvent d’une faiblesse de la langue et des lèvres ; et là où l’humidité se portera en plus grande abondance , la se produira quelque accident morbide. Si l’humeur se jette sur la sixième , septième et huitième vertèbre spinale , elle en pé-
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nètre les nerfs et les affaiblit. Si cette dernière affection se dissipe et si l’humeur se jette sur la poitrine , on devra craindre qu’il ne s’y produise une suppuration. La même humeur qui en détrempant la langue et ses ligaments rendait un homme bègue , ne peut , en se portant sur d’autres organes , qu’y engendrer de pires accidents. Je crois qu’il est convenable de dire ici quelques mots de ceux qui balbutient , qui sont bègues , qui hésitent en parlant , comme s’exprime Gaza dans sa traduction d’Aristote (à la sect. 11 de ses Problèmes), et sur ceux qui bronchent de la langue, qui sont affectés de cette impotence de la langue que l’on appelle bredouillement. Je vois que les auteurs distinguent les vices de la voix des vices de la langue. Le vice de la voix est une chose , celui de la langue en est une autre. En grec , les vices de la voix se rendent par les mots de to nraôoç «püwjç ; ceux de la langue, par ceux de to t -7}ç â'ialéx.Tou TraOo; , vices du mécanisme de la parole (Comment sur l’Aph. 52 du livr. 6). Aux vices du mécanisme de la parole se rapportent le balbutiement, (j/eXXoTYiç, ùtzq too 'j/eWuÇeiv , dérivé du verbe balbutier ; le bégaiement, xpauXoV/jç, à-rco too xpatAf^eiv , dérivé du verbe bégayer , et le bredouillement, xacp^a <nç (s’il m’est permis de forger ce mot) , ànb toO -nro«p'Xa£etv , dérivé du verbe dont se sert Hippocrate ( Épid . Sect. 5. Liv. 2) , quand il dit de ceux qui ont de l’embarras dans la langue, ToùçrcapXa- Covraç t-?î y"Xco(7op , qu’ils ont un bouillonnement de la parole. Aux vices propres de la voix se rapportent plus spécialement les mots èr/vo<pc<ma y.od rpayutpwvia , faiblesse et exiguïté de la voix, TpwAol se dira de ceux qui balbutient, comme TpaiAÔTviç, du balbutiement; ^eVXoi , des bègues, et ^eXXotïiç, du bégaiement ; î<r/yo<pwvoi , de ceux qui hésitent en parlant , et èïyyo<poma de l’hésitation de la parole. Le sens précis du mot iayyo'pcm* se rapporte à un vice de la