PRINTEMPS ET COMMENCEMENT
L’hiver ne fut pas très-insalubre, quoiqu’il n’eût pas tout à fait conservé la température qui lui est propre. Mais le vent du midi ayant soufflé vers la fin de l’hiver , et celui du nord ayant ensuite dominé durant quelques jours au commencement du printemps, il se déclara des maladies de mauvais caractère , et surtout des douleurs de tête trèsaiguës. Je ne sais comment, sous l’influence du vent du sud, ou sous toute autre influence atmosphérique , une sérosité maligne et dépravée s’était engendrée dans la tête, qui donnait des marques de sa virulence , sur quelque organe qu’elle se portât , sur quelque partie qu’elle se fixât. Fluxionnait-elle la gorge et la trachée-artère , elle provoquait une toux violente , un certain chatouillement dans la poitrine et un besoin de tousser sans expectoration (A). En voyant la violence de cette affection épidémique, les médecins la regardaient comme étant la même maladie qu’ autrefois .on avait appelée la coqueluche. Il y avait du moins entre elles la plus grande affinité. La toux résistait à tous les remèdes. Il régnait aussi des ophthalmies très- vio-
lentes , des douleurs de dents, la sensation d’une grande chaleur dans la tête , des douleurs de côté ,, surtout du côté gauche ; car pour quatre pleurésies qui occupaient le côté droit , il y en avait quinze et plus qui occupaient le côté gauche. Ce serait une chose digne d’intérêt que de rechercher la raison de cette inégalité. Nous avions fait la même remarque les autres années, ainsi que nous l’avons écrit dans le premier livre de ces Épidémies. Beaucoup de personnes éprouvèrent des fluxions sur les gencives et des douleurs de dents. En un mot , ces toux stériles et laborieuses , ces ophthalmies et ces douleurs de côté régnèrent épidémiquement , et ce ne fut que chez un petit nombre que l’on observa soit la douleur de tête , soit le coryza , soit la douleur du cou et du derrière de la tête , ou toute autre douleur analogue. Et, chose remarquable., rhumeur que secrétaient les fosses nasales , quoiqu’elle semblât froide , brûlait et excoriait les parties où elle coulait , et y déterminait une douleur insupportable. Le meilleur remède consista dans la saignée, en raison de l’inflammation et des douleurs pulsatives qu’excitait cette bile, ou cette sérosité bilieuse. Ces douleurs différaient donc essentiellement de celles qu’engendre en d’autres temps rhumeur bilieuse. Nous avons vu se produire quelque chose d’analogue, lorsque nous parlions, dans ce même livre, d’une espèce de siriase , qui se développait dans la tête chez beaucoup de malades.
Il existe, chez la fille Beasalde et chez sa mère, je ne sais quelle humeur qui donne lieu aux plus incroyables phénomènes. Il se développe parfois chez elles je ne sais quelle vapeur, ou quelle humeur vaporeuse et flatulente et maligne , qui produit* une tuméfaction manifeste dans les parties qu’elle parcourt, et rend la suffocation imminente. Les mains se gonflent si visiblement et à un tel point qu’elles semblent égaler la tête en grosseur. L’une et l’autre se trouvèrent bien d’être saignées; ce qui me donne
lieu de rappeler ces paroles d’Hippocrate : La saignée fait cesser les flatuosités ( Éjridém . Livr. 2.)
M. de Boissy , atteint de douleur de côté , montra assez que les purgatifs, loin de diminuer les douleurs de côté, les accroissent , surtout lorsqu’elles sont le produit d’une fluxion. Par contre , les douleurs de côté qui tirent leur origine des parties inférieures, ne sont soulagées que par les seuls purgatifs , et parmi ceux-ci , par les plus énergiques.
Rien de plus plaisant que ce que nous vîmes chez la femme de M. Benart , surnommé Soulefour , qui était moins malade de fait que d’imagination. Elle croyait que son mal venait de la matrice et que cet organe se portait vers les parties supérieures. Nous la fîmes changer d’opinion. Nous lui administrâmes des émollients et des laxatifs. Elle s’en trouva à merveille. C’était la même affection dont souffrait la concubine d’un certain Italien, dont il a été déjà question. Elle fut guérie,, bon gré malgré, d’un flux de ventre abondant, qu’elle regardait , quoi qu’il pût en être , comme étant sous la dépendance de la matrice.
Un gentilhomme était atteint d’une maladie à peu près semblable à celle de M. de Longueire et de Pierre du Four ; et tandis qu’il semblait être dans les meilleures conditions, une grosse veine s’étant rompue ou ayant éprouvé toute autre altération, il se fit par le ventre une perte de sang considérable. Deux de ces malades moururent , le troisième en réchappa. L’état de ceux qui succombèrent paraissait bien plus rassurant. Je crois que cet accident tint à ce que le sang qui aurait dû couler par les narines , dans le trouble qu’il produisit , n’ayant pas trouvé d’issues, rompit violemment ses canaux. Ces histoires nous avertissent que - même quand la fièvre est légère , nous ne devons pas nous endormir dans une complète sécurité , mais nous tenir toujours en garde contre quelque événement funeste, afin de ne pas prêter le flanc à la médisance. Car que de choses peu-
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vent échapper aux prévisions du médecin le plus habile ! C’est ce que Galien a surabondamment démontré dans son commentaire sur le 1er livre des Prorrhé tiques.
Une femme enceinte , d’un tempérament bilieux , et assez inquiète de l’absence de son mari , était tourmentée par la toux la plus véhémente. Crachats sanglants. Fièvre. Elle approchait du terme de sa grossesse. Nous hésitions à ouvrir la veine. Cependant la crainte d’une inflammation du poumon ou d’une pleurésie l’emporta. Nous pratiquâmes une saignée , qui fournit un sang très-altéré. Le même jour , cette femme mit au monde un enfant plein de vie. Tout fut au mieux. L’événement justifia notre conduite.
Un malade atteint de pleurésie fut beaucoup moins soulagé par des saignées répétées que par une sueur que provoquèrent les efforts de la nature. Et ceux-là commettent une faute grave qui ^ sans rien attendre , harcèlent la nature et tirent du sang jusqu’à l’épuisement complet des malades. Témoin une femme qui demeurait dans la maison de la veuve du barbier Colot, que d’autres avaient traitée par les saignées , et que nous rétablîmes par d’autres moyens.
Ce qui arriva à la femme de M. Scarron est remarquable. Elle fut prise d’une éruption phlysaciée. Délire. Yeux ardents. La mort de sa mère lui avait causé un grand chagrin. Elle était sur le point d’avoir ses règles. Il suffit d’un lavement pour lui rendre le calme.
Le fils de la demoiselle de cette veuve souffrait d’une douleur de tête insupportable. La mère y fit peu d’attention. La force delà douleur, jointe à une humeur dépravée , le rendit chauve.
Ce qui arriva à un gentilhomme est fort extraordinaire. Il souffrait du côté. Un chirurgien malhabile ouvrit une veine autre que celle qui avait été désignée : il ouvrit la céphalique ; il en résulta une faiblesse extrême. La douleur s’accrut. Le malade semblait en danger de mort. Nous ne nous
laissâmes pas intimider par cette faiblesse. Nous essayâmes beaucoup de remèdes. Une autre veine fut deux fois ouverte. La douleur s’apaisa , mais elle ne tarda pas à se réveiller. Je crois que s’il se trouvait plus mal à la suite de la saignée , cela tenait à ce que le mal avait son siège moins dans les veines que hors d’elles. Il guérit contre toute attente. Il faut souvent savoir oser.
Que de personnes éprouvent une douleur de côté ! Le point douloureux paraît être bien peu de chose pour autoriser de si larges saignées, et une telle sollicitude d’une douleur bornée à un espace si restreint (B). Ne pourrait-on pas porter de ce petit point affecté du thorax , un jugement pareil à celui qu’IIippocrate porta de ce malade qui souffrait d’une partie de la cuisse et du pouce du pied ? Ce dernier mal paraissait de bien peu d’importance, et cependant il occasionna la mort. Galien , dans son commentaire sur l’histoire de ce malade , s’étonne qu’Hippocrate ait omis de lui prescrire la saignée. Ceci demande les plus sérieuses réflexions. Car lorsque la nature tend à se débarrasser, par ses propres forces, d’une matière ou de quelque virus, elle fait apparaître quelque signe de l’expulsion de cette matière, soit dans un émunctoire , soit aux jambes, soit à la tête ; tel qu’une épinyctis (1) , un phlegmon, ou une inflammation locale, qui doivent être pour vous comme une annonce de la maladie, à moins que vous n’en ayez puisé ailleurs la prévision. Ce qui se passe dans ces cas peut aussi se produire dans la poitrine. Ce serait donc une erreur que de regarder la douleur de côté comme constituant toujours une fluxion de poitrine essentielle. Elle peut résulter de la métastase d’une partie sur une autre , opérée par une sorte d’orgasme. El de môme que vous saignez ou que vous purgez hardiment, lorsqu’il se montre, dans des bubons ou
(I) Éruption nocturne de pustules livides et douloureuses.
dans quelque autre partie , quelque signe de la translation d’une matière péchant plus par sa qualité que par sa quantité, n’hésitez pas aussi à employer les mêmes remèdes, si vous conjecturez que c’est quelque chose de semblable qui est la cause delà douleur de côté. Mais quelques médecins étrangers à ces considérations , se préoccupent peu de cette douleur , refusant de croire qu’il se soit porté sur ce point quelque portion de matière retranchée et détachée d’une plus grande masse de matière ; jusqu’à ce que la mort inopinée d’un grand nombre de malades les couvre de confusion et de honte.
L’histoire de la petite-fille de M. Valeton est remarquable. On trouva chez elle la rate appuyée sur la vessie, et y adhérant assez fortement. Elle avait eu autrefois les pâles couleurs et cette tumeur du ventre que les vieilles femmes nomment le carreau. Elle était extrêmement cacochyme et s’obstinait à manger du charbon. Elle avait le teint blafard. Elle avait eu des relations secrètes. On ne crut qu’à une tumeur abdominale. Elle fut saignée de la cheville et purgée. La grossesse n’en parvint pas moins à son terme. L’enfant naquit malade. Elle-même mourut pendant ses couches. A l’autopsie, on trouva l’estomac sphacélé. La région ordinaire de la rate était vide. Cet organe était caché vers la région de la vessie. On crut qu’il y était descendu par suite du relâchement de ses ligaments suspenseurs. N’était-il pas arrivé quelque chose de pareil chez Mademoiselle Pagevin ? La sensation quelle éprouva elle-même de la chute de cet organe me porte à le croire.
Lien de plus commun que de voir des gens se plaindre d’éprouver une trop grande constipation et de n’aller à la selle que tous les trois ou quatre jours, et même plus rarement. On assigne plusieurs causes à cet état. Il en est une commune et que bien peu de personne sont remarquée : la trop petite quantité d’aliments, et le trop grand inter-
val le mis entre les repas, entre celui de la veille et celui du lendemain. Cet intervalle étant de seize heures, plus ou moins , c’est plus de temps qu’il n’en faut pour la cochon de l’aliment et son absorption. Ne m’objectez pas qu’il est des organisations chez lesquelles la chaleur naturelle trop faible met plus de temps à accomplir ses fonctions. Tout ce que je dis ne s’applique qu’à la généralité. Pendant ce long intervalle, lorsque surtout les repas sont peu copieux et la chaleur naturelle assez bonne , les excréments sont desséchés, et la chaleur naturelle, privée d’un aliment sur lequel s’exerce son action, s’accroît, et s’accroît au point que, déjà accrue par le défaut d’aliment , elle acquiert et manifeste une force contre nature, ce dont on peut s’assurer par une foule de preuves. Les choses se passent beaucoup mieux chez ceux qui vont du corps une fois, ou deux fois chaque jour ; cela les met à l’abri de beaucoup de maladies. Ceux qui mangent et boivent souvent * non par nécessité , mais par plaisir , ont aussi des selles plus fréquentes et plus copieuses ; ce qui démontre qu’il est plus dans l’ordre de la nature de faciliter la liberté du ventre, en sortant un peu des limites de la tempérance, et en rapprochant les repas , qu’il ne l’est d’entretenir par une trop grande sobriété cette constipation , source de douleurs et de maladies. On ne doit donc pas se rendre tellement esclave d’une règle austère que l’on ne se laisse aller quelquefois aux plaisirs. Ce qui a fait dire au divin vieillard : Voulez-vous purger le corps, rendez-le plus humide : recommandation qui ne s’applique pas seulement à l’administration des purgatifs énergiques , mais aux évacuations excrémentitielles , journalières et naturelles. Beaucoup de personnes ne peuvent , le matin , débarrasser leur cerveau de ses mucosités , qu’ils n’aient au préalable mangé, bu, respiré l’air humide, ou humecté leurs narines en respirant de l’eau. On ne rejette facilement
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la pituite qu’après avoir humecté la trachée par quelque chose de liquide. Ainsi le peuple et les ouvriers , qui se préoccupent moins de savoir quels seront leurs moyens d’existence pour le lendemain et pour l’avenir, que d’avoir chaque matin leur bouteille ou leur verre pleins, et qui vivent au jour le jour, expectorent, après qu’ils ont bu deux doigts de vin blanc ou autre (c’est là l’expression populaire) , expectorent une si grande quantité de pituite et avec tant de facilité, que cela devient pour eux un puissant préservatif contre une foule de maladies. Ils pensent se garantir par là contre toutes les intempéries de l’air. Ainsi donc , de même que , pour nettoyer certains organes , il faut prendre quelque chose qui les humecte et les lubrifie , de même , pourque le ventre se vide moins rarement, ou se vide même chaque jour, il faut que les gens dont je parle, par une alimentation plus fréquente, remplissent et humectent, nonseulement le corps, mais les entrailles elles-mêmes ; ou bien qu’ils cessent de fatiguer les hommes de l’art par des plaintes continuelles.
Je veux noter l’histoire que m’a racontée M. Marescot. Un homme reçut un coup de poignard dans la poitrine. Il ne rendit rien par la bouche , rien ne sortit par la blessure , et la cicatrice se fit avant le temps ordinaire. Pendant quelques jours, il parut guéri. Fièvre; toux pénible ; respiration difficile. On pensait plutôt à l’enterrer qu’à lui faire des remèdes. On tint conseil , et après avoir bien pesé tout ce qui avait précédé, on lui fit une ouverture entre la quatrième côte et la cinquième. Il s’écoula beaucoup de pus. Il guérit.
Ce qui arriva à l’épouse de M. Guillon , trésorier du roi , est digne de remarque. 11 lui survint une douleur dans le sein gauche à la suite de quelque suppression du lait, à ce que l’on peut conjecturer. Il y existait une tumeur; elle disparut, ou du moins elle ne faisait plus saillie au dehors. La malade continua à souffrir de celte partie ,
quoique l’on ne pût rien y apercevoir. Elle maigrissait chaque jour. Rien ne la soulageait. Elle tombait dans la langueur. Forte palpitation du cœur , qu’on ne savait à quelle cause rapporter. On la faisait dépendre de la rate. M. Duret, appelé, recherche et fait remonter plus haut l’origine du mal. Il place la cause de toute palpitation du cœur, ou dans l’ oppression ou dans Y excussion. Il y a oppression, lorsque le mal est dans le cœur lui-même, ou autour du cœur : ainsi lorsqu’il y a une trop grande quantité d’eau dans le péricarde , ou que le péricarde adhère au cœur. 11 y a excussion , quand la cause est ailleurs que dans le cœur. Il y avait quelques indices que le mal n’avait pas son point de départ, son origine dans la rate ; il s’ensuivait que la cause du mal devait être dans la poitrine ou dans le cœur. On conclut qu’un abcès s’était formé à l’intérieur , et que si on . ne l’ouvrait , la mort arriverait prochainement. Malgré l’avis contraire de plusieurs médecins , on applique sur le heu souffrant un caustique ; des trajets fistuleux s’y établissent par lesquels s’écoule une grande quantité de pus. Et par miracle la mâlade guérit. Voyez au commencement de ce livre une histoire semblable, celle d’une jeune fdle qui avait un pareil battement sous le sein gauche.
On est souvent fort en peine de savoir s’il faut arrêter les vomissements ou les laisser suivre leur cours ; car le rejet de la matière qui occupe la région de l’estomac paraît dû à un effort de la nature semblable à celui par lequel elle débarrasse le bas-ventre par des évacuations , ou le cerveau par un flux détersif. L’incommodité causée par le vomissement porte les malades à supplier le médecin de mettre tout en œuvre pour l’arrêter. Mais ce n’est qu’au préjudice de la vie que les remèdes peuvent comprimer le vomissement. Car de même qu’il est souvent funeste de supprimer les évacuations alvines et la diarrhée , ainsi du vomissement.
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El les médecins tiennent une conduite sage qui , d’après Hippocrate, guérissent le vomissement par les vomitifs.
On vit bien, chez Madame veuve Brizart, que les douleurs de côté, surtout lorsqu’elles occupent presque la clavicule, réclament les émétiques plutôt que la saignée. On observa la même chose chez M. Saint-Germain et chez la fdle de l’illustre dame de Saint-Arnaud.
La promptitude avec laquelle la douleur néphrétique céda chez M. l’abbé de Savigny à la saignée faite, le pouls étant plein et large , montra que , pour apaiser les mouvements tumultueux des humeurs qui tendent à se porter sur les reins déjà souffrants, rien n’est préférable à la saignée, bien que l’affection elle-même , considérée en soi , ne réclame pas ce remède. Cependant Galien , dans son livre des Maladies des reins , insiste sur la convenance de la saignée.
La femme d’Adrien Vallée, en proie à la fièvre, à la suite d’une couche laborieuse , tomba dans une maladie des plus graves. Elle perdait beaucoup d’eau et de sang. La garde, voulant réparer celte perte par une alimentation copieuse, ne fit qu’accroître la fièvre, y joindre des crudités, et par là une sorte de corruption. Le huitième jour, les selles étant assez abondantes, on lui administra un bol de conserve- de roses avec la rhubarbe: ce médicament, mettant en mouvement l’humeur bilieuse contenue dans la cavité du foie, alluma un tel incendie , une si grande chaleur , que cette malheureuse femme semblait être la proie des flammes. La fièvre alla croissant chaque jour, accompagnée des plus formidables symptômes. Néanmoins , après une et plusieurs saignées et des purgations assez fréquentes, elle se rétablit. Cette histoire nous fît connaître à quelles longues maladies donne lieu une alimentation intempestive.
Chez les personnes dont les chairs sont compactes , fermes et dont le corps est robuste , les douleurs de côté sont
difficiles à guérir, et résistent, en dépit des médecins, à la saignée répétée ; car l’obstruction et le resserrement des pores de la peau empêche toute exhalation. En outre, les personnes de cette constitution veulent sans cesse exposer leurs corps à l’air froid, et on a de la peine à les maintenir dans leur lit. Nous avons fait cette observation chez beaucoup de malades.
Jean Montpellier, huissier royal, est sujet, à certaines époques, à une éruption de pustules que l’on pourrait nommer phlyzaciées , et cela, depuis le temps où il fut atteint d’une fièvre quarte. Piien de plus extraordinaire que les effets qu’ont les restes des fièvres quartes.
La noble veuve de M. de Granville, pendant près de six ans , après avoir été délivrée d’une fièvre quarte , au même mois et au même temps où cette fièvre avait débuté , ressentit les préludes et les symptômes avant-coureurs de cette même fièvre , comme si elle en fallait éprouver les accès. Étrange manifestation de cette fièvre quarte ! car on en a bien peu vu, ou plutôt l’on n’en a jamais vu de pareille. 11 a été question de cette dame dans le livre premier.
Dans la maison de la veuve Colot , la femme d’un carrier , très-replète, fut prise de fièvre continue. On la négligea jusqu’au huitième jour. Elle fut très-mal soignée. Le neuvième jour, éruption de points et de taches semblables à des piqûres de cousins ; état comateux ; incontinence d’urines. Nous nous demandions si, en présence de ce coma , il fallait faire quelque chose. Elle mourut agitée de tremblements et dans le délire. Le manque de soins des premiers jours fut peut-être cause de ce dénouement malheureux.
Ce qui arriva à la femme de Claude du Four est remarquable. Elle raconte qu’en tombant sur ses genoux fléchis, elle s’était enfoncé une épingle dans la jambe. La douleur se calma un peu , puis se réveilla pendant la nuit. Elle
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devint des plus violentes et persista plusieurs mois. Enfin il se manifesta des signes que l’os était affecté. Il l’était en effet. On y appliqua le feu et l’emplâtre de ranis. Elle alla mieux. Mais les parties lésées ne se sont pas encore exfoliées. La maladie se comporte comme si elle avait une origine vénérienne.
Dans la maison d’Adrien Vallée , une femme atteinte de pleurésie mourut, contre notre attente. La douleur du côté cessa en partie. Elle fut prise de délire et succomba. Les crachats étaient bilieux , et sa constitution paraissait robuste et saine. 11 se vérifia chez cette femme ce qu’Hippocratea écrit dans ses Prorrhétiques : Quand une douleur de côté , survenue à la suite d’une expectoration bilieuse , disparaît sans cause légitime, les malades tombent dans le transport (§. 5. Sect. 3. Liv. 1. n° 97. Trad. de Daremberg.) Remarquable effet de la virulence de l’humeur qui accompagne les maladies. En effet , qu’il se fasse un amas d’humeur crue, ce ne sera pas l’humeur salée , mais je ne sais quel principe de malignité , quel virus qui engendrera la maladie. On le voit par le changement subit qu’éprouve une maladie , par sa transformation en une autre maladie. De même (chose remarquable) , nous voyons certaines maladies des plus violentes et réputées mortelles , devenir bénignes, si, à un certain jour critique, il se fait un abcès ^ même petit, ou s’il survient une douleur dans la cuisse ou en tout autre lieu semblable ; comme si la nature respirait , dès qu’il s’est fait quelque part un dépôt d’une petite portion d’humeur maligne. L’histoire de Jean Duteil nous en fournit un exemple.
La dame Brizart dont j’ai parlé, éprouvait une douleur dans le premier espacé intercostal. On croyait à une pleurésie. Pour prévenir une plus forte inflammation , on la saigna. D’autres auraient répété la saignée ; nous , nous nous y refusâmes obstinément. Nous insistâmes sur les
anacatliartiques (1). 11 ne faut employer qu’avec prudence la saignée dans les douleurs des côtes. Il en fut de même chez la fille de Madame de Saint-Arnaud et chez Saint- Germain.
D’où vient que l’on voit souvent des personnes dont le pouls est très-fort , être plus sujettes aux maladies , et d’autres, dont le pouls est languissant, vivre plus longtemps? Y a-t-il réellement plus de résistance vitale chez ceux dont le pouls est plus fort, ou bien le pouls de cette nature estil un indice trompeur ? Serait-ce parce que , en raison des mouvements tumultueux de leur âme et de leur activité , il s’engendre dans leurs esprits comme un état de phlogose, qui les prédispose plus que d’autres à la fièvre , ou parce , que , trop confiants dans leur force , ils commettent plus d’erreurs d’hygiène, ou parce que rien n’est plus facile que de se tromper sur la force du pouls ou sur sa faiblesse ? Serait-ce parce que, chez ceux que nous regardons comme faibles, un organe principal, comme le cœur, est ferme et compacte, ce qui nuit au développement du pouls? Nous préférerions répondre que, chez ceux dont les forces sont peu développées, les mouvements des humeurs et de la nature ont moins de violence ; car la violence des mouvements est la cause des grands changements et des brusques transports d’un organe sur un autre ; à moins que nous ne disions qu’il ne faut pas juger de la force par le volume. En outre, ceux qui ont le pouls faible et les forces chancelantes, tremblant pour leur santé, s’exposent beaucoup moins à la compromettre : d’où le dicton vulgaire : Un pot fêlé dure plus qu’un neuf.
Eh quoi ! les phlébotomophiles , prodigues du sang, sontils fondés à s’appuyer de ce qui se passe chez les nourrices, auxquelles leur nourrisson suce plus de six à huit onces
(1) Médicaments qui purgent par le haut, vomitifs , expectorants.
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de lait, environ , et à nous dire : Le lait, douce liqueur étant plein d’esprit , comment se fait-il qu’une si grande soustraction de lait n’abatte pas les forces , et pourquoi n’en serait-il pas de même des émissions sanguines répétées ? Mais rien de plus différent que ce qui est du lait et ce qui est du sang; car les matériaux du lait sont amenés au sein et retirés du sein ; tandis que le sang , qui devait servir à la nutrition du reste du corps, en est détourné et soustrait. Î1 n’est donc pas étonnant qu’une grande quantité de lait soit retirée, sans que la nutrition s’en ressente. Quant au sang, gardez-vous d’en soustraire une quantité relativement aussi grande. Ajoutez que la soustraction du lait se fait peu à peu.
Je ne sais comment un bossu , atteint de fièvre continue et de douleur de côté, put en réchapper. Il fut saigné six fois. Il se fit une expectoration extraordinaire de matière et d’une pituite corrompue dont les poumons étaient engorgés. Sueurs profuses. Il guérit contre tout espoir. Preuve évidente qu’on ne saurait saigner et user des anacathartiques avec trop d’énergie.
L’épouse de M. de Brézé éprouvait une douleur près des oreilles. On craignait une parotide. On demande si dans ce cas il est bon de saigner plus souvent. Certes ^ il est bon de prévenir la suppuration , mais il est nuisible de repousser le mal à l’intérieur'. Si l’on saigne, et qu’une partie de la matière sorte des vaisseaux tandis que l’autre est préparée à être déposée sur une partie , la suppuration en est retardée, et la matière rendue plus froide et plus crue ; et plus tard il en résulte de plus grandes douleurs. Par contre, si dès le début on provoque la suppuration (à moins que le mal ne soit tellement léger qu’il n’y ait aucun inconvénient à agir d’une manière ou de l’autre) , la cure en sera plus facile et plus complète qu’elle ne le serait en tirant beaucoup de sang. y
Il en lut ainsi cliez M. Thiersault. Il lui était survenu une tumeur à la cuisse : à force de purgations et de saignée, on empêcha qu’elle ne vînt en suppuration. On ne saurait croire tout le mal qui en résulta.
Catherine Tiennette , par suite de l’anéantissement de toutes les forces et du relâchement de l’action cérébrale , fût étouffée en vingt heures par une espèce d’angine. Elle avait négligé son mal, ne soupçonnant pas qu’il pût prendre une telle gravité.
Un brave homme demeurant près de l’église Saint- Paul, fut pris d’une douleur au côté gauche. Comme, dès le début, il avait été convenablement soigné (c’est-à-dire , traité par les remèdes les mieux appropriés), et que le sang qu’on lui avait tiré était entièrement pur, nous aurions presque juré qu’il se rétablirait. Mais le mauvais état de sa constitution , et le peu de diminution que la grande quantité de sang tirée avait opérée dans la fièvre , trompèrent notre espoir. Le septième jour, il avait apparu quelques signes de coction. Le neuvième, il s’établit de la sueur, et la fièvre, bien que n’étant pas moindre en elle-même, paraissait moindre au toucher. Les sueurs, ou plutôt une moiteur baigna tout le corps jusqu’au dix-septième jour. Chose extraor. dinaire ! la couleur des urines était bonne , mais elles ne laissaient rien déposer et ne tenaient rien en suspension. (La même chose était arrivée au marchand d’Auxerre dont il est question dans le premier livre de nos Conseils .) Une pareille diaphorèse coula de tout son corps pendant six ou sept jours, sans qu’il en résultât aucun avantage. Il mourut. Ce malade me donne occasion de faire deux observations importantes : la première, c’est qu’il avait été autrefois malade de la vérole ; la seconde a trait à la saignée. Faut-il tirer du sang sans hésiter, parce qu’il paraîtra corrompu ? Il en résulte une perturbation ; et tant que persiste cette perturbation , persiste aussi un mauvais aspect
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du sang : c’est donc peut-être une erreur que d’en prendre occasion de réitérer plus souvent la saignée. Dans les fièvres, les mouvements de confusion et de perturbation produisent un état mauvais du sang , qui ne s’épure qu’à mesure que la sueur s’établit. Cette perturbation cessant, le sang reprend sa pureté. Que d’erreurs ne voyons-nous pas commettre à ce sujet î Dans la persuasion où l’on est , mais à tort, que le sang est impur , on saigne plus largement ; on dissipe ainsi les esprits , on interrompt le travail de la nature, et l’on épuise les forces des fonctions sécrétoires ; car l’esprit vivificateur abonde même dans un sang impur. Ne voit-on pas ce sang servir à la nutrition des organes ? Ne voit-on pas la saignée fournir constamment un sang impur chez beaucoup de personnes saines , qui n’en vivent pas moins en bonne santé, si ce n’est qu’elles sont plus exposées à devenir malades ? Et même lorsque , par fantaisie ou par crainte de quelque maladie , ces personnes veulent être saignées , le sang de la saignée n'en est pas moins impur, et cependant elles jouissent d’une bonne santé , ce mot étant pris dans sa plus large extension. Quant à la seconde observation, la voici : toutes les fois qu’une personne a été affectée du mal vénérien, il faut la traiter de la manière la plus prudente, et recourir quelquefois aux alexitères, parce qu’il reste toujours chez elle quelques vestiges de l’ancien ferment. On voit, dans ce cas , les plaies et les ulcères les plus légers se cicatriser avec la plus grande difficulté.
Pourquoi, dans certaines maladies, même peu graves, les vomissements sont-ils fréquents , surtout à la suite de l’ingestion de quelque aliment ou de quelque boisson , tandis que, dans d’autres^ il ne se produit rien de semblable ? Je pourrais citer comme exemple une jeune religieuse et une foule d’autres malades. Cela indique l’inflammation de l’orifice de l’estomac; et cette inflammation dépend de la quantité et de la qualité de l’humeur morbifique.
La femme de M. Vandole , après avoir rendu un faux germe (commeon dit vulgairement), perdit une grande quantité de sang, ainsi que cela arrive d’ordinaire, et comme nous en avons fait la remarque dans le premier livre de ces Épidémies ; et, chose plus surprenante, elle se débarrassa d’un amas de matière blanchâtre d’une odeur si mauvaise et si pénétrante quelle en était fatiguée et incommodée elle-même. Qu’était cette matière ? Nous observâmes la même chose chez la femme de M. Courtillier, à la suite d’un avortement. Serait-ce ce qu’Hippocrate , dans ses Prorrhétiques , désigne sous le nom de flueurs blanches?
Un fontainier souffrait d’une tumeur inflammatoire du testicule droit. Il avait eu , peu auparavant , par la verge , un écoulement puriforme ou spermatique. Nous soupçonnions une gonorrhée. L’écoulement venait des reins. Il guérit.
Dans le premier livre de nos Conseils (1) , nous avons fait remarquer, d’après Hippocrate, combien il est fâcheux que la mort arrive le jour même où l’on a pratiqué une saignée ou administré un purgatif. Appliquons-nous donc à ne commettre aucune erreur qui puisse porter atteinte à notre considération et à l’honneur de notre art.
ANNOTATIONS
(A) Ces affections fïuxionnaires, qui régnaient en si grand nombre, s’accompagnaient de fièvre et d’une lièvre intense. Une toux fatigante donnait lieu à de violents efforts , n’amenait pas l’expectoration , mais bouleversait l’estomac et excitait le vomissement ; ou bien , elle ébranlait les veines du cerveau, en faisait jaillir le sang, et donnait lieu à des hémorrhagies. Ces accidents cessèrent pendant quel-
(I) A l’histoire de l’épouse de M. IMolairi.
ET ÈIM1ÉMÉIUDES»
ques jours ; mais vers le mois de juillet et vers le mois d’août, ils reparurent plus violents et attaquèrent de préférence les enfants. Qu’était-ce que cela ?
(B) Il n’est pas douteux qu’un point de la poitrine recevant une portion de la matière poussée par l’orgasme , ne s’enflamme de la même manière que toute autre partie du corps : d’où le nom de pleurésie a été convenablement donné «à cette inflammation. Cette métastase est le signe d’une trop grande quantité d’humeurs; ce qui fit que ceux à qui on retira du sang outre mesure pour cette douleur de côté, ou moururent de la maladie, ou restèrent malades plus longtemps. L’affection de la partie malade en était augmentée, et l’on avait lieu de craindre qu’elle ne suppurât. C’est ce que démontre l’expérience.
CONSTITUTION DE L’ÉTÉ
11 vient d’être question du commencement de cet été. Il régna sur la fin à peu près les mêmes maladies qu’au commencement de cette saison , qui fut chaude, brûlante dans toute sa durée. Les enfants de quatre à dix mois, et même d’un âge un peu plus avancé, furent attaqués de fièvres qui en firent périr un grand nombre , et surtout de cette toux violente dont j’ai parlé, et qui est connue sous
le nom vulgaire de quinte , de quintane , et dont les symptômes sont des plus graves. Le poumon est si irrité que , dans les efforts qu’il fait pour détacher ce qui l’incommode, il ne peut inspirer l’air et l’expirer qu’avec difficulté. On dirait qu’il se gonfle ; et le malade , près de suffoquer, sent son souffle arrêté au milieu de son gosier [et quasi strangulabundus œger mediis faucibus hœrentes spiritus habet.) 11 est assez difficile de savoir d’où lui vient le nom de quinte. Les uns croient que ce nom a été fabriqué par onomatopée , d’après le son et le bruit que font les malades en toussant; d’autres rejettent cette étymologie , et veulent que l’on ait donné à cette toux le nom latin de quintane , parce quelle ne revient qu’à certaines heures , ce qui est un fait d’expérience. Car ce tourment de la toux est quelquefois suspendu pendant quatre ou cinq heures , après quoi revient un paroxysme, souvent si violent qu’il fait jaillir le sang du nez et de la bouche , et que très-fréquemment il soulève l’estomac et fait vomir. Je n’ai encore pu trouver aucun auteur qui fasse mention de cette espèce de toux. On ne sait si la cause de cette maladie , sérum , ichor, ou flux malin, dérive delà tête, du corps du poumon, ou d’ailleurs : il semble que c’est du poumon lui-même ; car nous avons vu la plupart des malades affectés de cette toux , après des efforts longtemps inutiles , rendre enfin une incroyable quantité d’une matière à demi-purulente ; ce qui donne à croire que cette matière, stagnante et ramassée dans cet organe , est la cause de la toux. D’autres la font venir du cerveau , qui se liquéfierait par une sorte à’ effusion , àiayun iç , selon l’expression d’Hippocrate. Ceux qui la font dériver d’autre part, s’appuient de deux passages remarquables de Galien et d’Hippocrate : Galien dans son commentaire des Epidémies (Comm. sur le §. 12. Sert. 1. Livr. 1 . des Épi déni.) , en distinguant les causes de la toux sèche, lui assigne pour première cause 1 irritation
ET ÉPIlÉMÉllIDES. 421
du larynx et de la trachée ; pour seconde , la mauvaise disposition des instruments qui servent à la respiration; pour troisième, la viscosité de l’humeur; pour quatrième, la fluidité de l’humeur. Ensuite il s’exprime ainsi relativement à la fluidité de l’humeur: Or l’Immeur ténue tombant par le larynx et la trachée-artère clans le poumon , en arrive plus tôt à être fondue et divisée , ou mieux elle est fondue et divisée (car le traducteur a omis par inadvertance le mot élégant de <p0«vsi , prévenir, anticiper, prendre les devants) , avant que le souffle excité par la toux ne l’ait rejetée ; ainsi qu’il arriva à Thasis, sous l’influence que le vent du- sud avait exercée sur sa tête , et en raison de la fluxion que , de cette partie , il avait portée sur toutes les régions de la poitrine. Et sur le §. 17 du même ouvrage (Sect. 3. Liv. 1 des Épidém .) , il a écrit : Il y a deux sortes de toux (A) , l’une due à une fluxion provenant de la tête , Vautre due aux affections du poumon lui-même , et venant à la suite surtout d’un crachement de sang résultant luimême de la rupture d’un vaisseau , le poumon étant souvent fluxionné et engorgé par une cause venue de parties autres que la tête : comme lorsque le rhume vient cl’autre part que de la tête (B). Cette dernière phrase a été , à mon avis , traduite du grec en latin d’une manière peu exacte : le grec dit selon moi : Un rhume envahissant souvent le poumon , par l’influence d’autres causes , et d’une partie autre que la tête, et que les parties qui tiennent à la tête. Je crois que l’expression , appliquée au poumon , veut
dire , non pas qu’il est affecté par un flux , mais qu’il est arrosé et rempli par une sorte de raptus provenant des organes internes , et par une sorte de colliquation (diffusion) des parties qui avoisinent le poumon lui-même, ou même de ses propres humeurs excrémentitielles, fondues et liquéfiées. Mon interprétation est conforme à ce passage d’ Hippocrate : L’érysipèle se forme dans le poumon , quand
cet. organe a un excès de sécheresse. Or , l'excès de sécheresse s’y 'produit par la chaleur, par les fièvres, par les fatigues, par l’intempérance. Quand il est desséché excessivement , il attire à lui le sang , principalement et le plus des grandes veines ( elles lui sont le plus voisines et gisent sur lui) ; mais il attire aussi des autres veines qui sont proches, et il attire la partie la plus ténue et la plus faible. Ayant ainsi attiré , il provoque une fièvre aiguë , une toux sèche , de la plénitude dans la poitrine , une douleur intense en avant et en arrière , surtout au rachis, attendu que les grandes veines sont échauffées. Les patients ont des vomissements , tantôt bilieux, tantôt livides; ils vomissent aussi du phlegme et de la bile; ils ont des défaillances fréquentes , défaillances qui proviennent du déplacement subit du sang (Hipp. Des Maladies, Liv. 1. §. 18. Trad. de Littré. Tom. 6. p. 173). Ce passage explique aussi la nature de cette toux si fatigante que l’on nomme quinte. La cause de la toux sèche ne réside pas dans la tête, comme la plupart le pensent, mais tantôt dans le poumon lui-même, tantôt dans les parties sous-jacentes. Ce qui démontre qu’elle vient du poumon lui-même , c’est la quantité énorme de pituite corrompue, à demi purulente , que rendent les malades : car si cette pénible toux que l’on appelle quinte ne provenait que d’une fluxion maligne, elle ne s’accompagnerait pas de l’expectoration d’une incroyable quantité de matière (C) ; quoique je sois loin de nier qu’il ne puisse descendre de la tête quelque flux irritant. Mais qui empêche que la matière amassée dans le poumon ne se comporte comme celle qui se ramasse dans le ventre? Cette dernière, lorsqu’elle est mise en mouvement , occasionne des tranchées, des points douloureux dans le ventre , la dyssenterie , la diarrhée et de légères exulcérations: de même, la première irrite, pique le poumon , à mesure qu’elle est mise eu mouvement , et
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engendre une tussicule, une véritable toux et un besoin de tousser, qui ne soulage pas. Ceux-là donc commettent une erreur qui placent dans la tête le point de départ de la toux. Mieux vaudrait supposer que,, pendant le sommeil , il se porte de la tête sur les poumons une matière qui , par le séjour qu’elle y fait ^ acquiert une plus grande acrimonie. Ensuite , de la même manière que se produit dans le cerveau l’éternuement , cette matière s’agite dans le poumon en mouvements tumultueux, en irrite la sensibilité et provoque la toux dont il est question. D’ailleurs, la preuve que c’est d’autre part que de la tête que provient cette affection catarrhale , c’est l’énorme quantité de matière que secrète le poumon dans le cas où il vient à suppurer. Car on ne saurait s’imaginer la quantité de matière qui est expectorée , ni croire qu’elle puisse venir de la tête , et si promptement se réduire en pus ; il est au contraire présumable qu’elle afflue d’autres organes vers la poitrine. Or^ je ne saurais dire quelles et combien de fièvres attaquèrent les malades atteints de cette toux, vulgairement appelée quinte , toutes graves , violentes , irrégulières et pleines d’anxiétés. Un flux intestinal les modérait à peine , et même ne faisait que jeter la malade dans un certain degré de maigreur et de marasme. Une chose extraordinaire , c’est que les enfants attaqués de cette toux férine , ne purent lui résister , et rendirent un peu avant leur mort une humeur effrayante à voir, comme si un abcès s'était fait dans le cerveau. D’autres succombèrent avec une difficulté extrême de respirer, terrible et sans remède. Quelqu’un demandera peut-être si les veines du poumon ne pourraient pas être le foyer et le réceptacle de ces fièvres continues essentielles ? Cela pourrait bien être , à en croire Galien dans son commentaire sur le §. 75 de la 2e sect. du lPr livre des Épidémies. Or, une remarque essentielle est celle que nous avons faite dans celle espèce de maladie.
c’est-à-dire , clans cette fièvre continue et cette toux anxieuse appelée quinte : le corps , d’abord enflé , maigrit ensuite considérablement. Hippocrate explique , dans son traité des Maladies (au commencement du livre 2) , comment et pourquoi le corps se tuméfie et devient plus rouge dans ces effusions , dans ces flux de pituite. Galien donne aussi la raison de cet amaigrissement , en expliquant , dans son commentaire sur les Épidémies , pourquoi les habitants de Tharse toussaient et étaient réduits à une extrême maigreur par un catarrhe âcre, violent et malin. (Comm. sur le §. 28. Sect. 1. Liv. 1). Le passage est très-remarquable et mérite d’être lu avec soin. Quoique la tuméfaction , le soulèvement , la bouffissure de la peau précèdent d’ordinaire l’amaigrissement , l’exemple d’Hippocrate luimême prouve que le contraire peut avoir lieu.
Le domestique de M. de Yillemor , Maître à la Chambre des Comptes du roi , nous a laissé cette histoire remarquable de sa maladie : il tomba de voiture , et se blessa à la poitrine , surtout au côté droit. Les douleurs qui en résultèrent ne cédaient pas aux remèdes. On parlait de pratiquer une incision entre la cinquième côte et la sixième. Les avis étaient partagés. La minorité l’emporta , et s’autorisa de l’état désespéré du malade pour tenter cette dernière ressource. Un cautère est appliqué ; il donne issue pendant environ vingt ou vingt-cinq jours à une matière sanieuse que les chirurgiens évaluent à quinze pintes. 11 guérit.
La petite fille de M. Richer, M. Rose et Jean Connart, furent atteints de fièvre continue et de la toux appelée quinte. La toux et la fièvre les réduisirent , de concert , jusqu’au marasme. Les symptômes en furent incroyables ; la colliquation les réduisit presque jusqu’à ce point dont il a été question ci-dessus, c’est-à-dire au degré de maigreur où conduisent ces flux chauds et âcres. Contre toute attente , ils guérirent.
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Un carrier , qui demeurait dans le quartier de la Mortellerie, se plaignait d’une douleur siégeant vers les fausses côtes, dans la partie où elles touchent à la convexité du foie. Il disait qu’il avait éprouvé sur ce point quelque effort , comme cela arrive aux gens de son état accoutumés à soulever de lourdes pierres ou à les changer de place. Mais il n’était pas certain du genre de lésion et d’offense. Il en était devenu cacochyme. Cette cacochymie m’en imposa. Je le purgeai douze fois avec le séné, médicament qui me paraissait le mieux répondre à mes vues. Je le fis saigner cinq fois : il en éprouva quelque soulagement. Cependant il accusait toujours de la douleur au même endroit. Je conseillai que l’on y pratiquât une ouverture, parce qu’une tumeur y apparaissait : d’autres furent d’un avis contraire. Enfin l’abcès se rompit de lui-même , et se fit joui* par le haut. Le malade remplit, dans l’espace de trente jours, cinq bassins de matière purulente. Elle avait une odeur fétide. Graves défaillances. On ne saurait croire ce qu’il éprouva. Enfin il changea d’air et revit son pays natal. Il y mourut dans le marasme.
Un homme mélancolique, ami de M. Myron , qu’il s’agissait de saigner, nous raconta qu’à la suite d’une saignée qu’on lui avait pratiquée un an auparavant , il était tombé dans une faiblesse extrême, dont on avait eu grand peine à le faire revenir. Cette observation nous fit hésiter quelque temps ; mais comme l’indication nous paraissait urgente , nous ouvrîmes la veine. Nous laissâmes couler le sang en nous tenant sur nos gardes. La seconde palette n’était pas encore remplie , que le malade fut pris de légers mouvements convulsifs, et sembla près de mourir. Quand un malade nous avertit qif’il supporte bien ou qu’il supporte mal la saignée , gardons-nous de n’en tenir aucun compte. Témoin la Maréchale du liiez.
L’épouse de Louis Michel éprouvait une douleur intolé-
4i2G ÉPIDÉMIES
râble vers le cou et l’occiput. La plus légère pression des doigts l’exaspérait. On la saigna à l’artère temporale et à la veine du front. On appliqua le cautère sur la partie souffrante. Elle alla beaucoup mieux.
La noble dame Dodyer éprouvait une perte de sang. Elle avait des défaillances. Un médecin peu prudent attribuait l’hémorrhagie à la faiblesse. Elle venait d’un faux germe. Toutes les fois que les femmes sont subitement prises de pertes sanguines, il faut pensera une fausse grossesse , que la nature a en horreur. Nous l’avons vu par l’exemple de Madame Guérard, dont il a été question dans le premier livre, et par celui de cent autres femmes, chez lesquelles on fit d’inutiles efforts pour arrêter le sang. Car jusqu’à ce que la nature se soit débarrassée du produit contre nature que contient l’utérus, le'sang ne s’arrête pas, et il s’en détache de nombreux caillots. Or, Hippocrate remarque qu’il vaut mieux que la malade rende un sang en caillots , que tout à fait liquide et dissous. La malade dont il s’agit ici , bien qu’elle eut pris des remèdes antihémorrhagiques , ne se trouva mieux que lorsqu’elle eut rendu ce que contenait l’utérus. C’est un point de pathologie qu’il fliut noter , parce qu’il est une source d’erreurs.
Une femme avait pris des pilules mercurielles pour se débarrasser des restes d’une affection vénérienne. 11 en résulta un ptyalisme et une si grande ardeur dans tout le corps, qu’il semblait qu’elle allait périr par l’excès de la chaleur. On lui administra les remèdes les plus rafraîchissants et les plus humectants. Puis le corps se couvrit d’une croûte , (jui, plus tard, se détacha tout d’une pièce, au grand étonnement de tous. Elle semblait avoir été appliquée sur la malade comme une peau de bœuf. Tant est dangereux l’usage des pilules d’argent-vif, auquel on a cependant recours depuis si longtemps.
La famille de M. le procureur Tolerome est sujette à
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un accident congénital. Il a eu de sa femme seize fils* Presque tous, ou la plupart, naissent porteurs d’une hernie. Cette infirmité persiste jusqu’à l’âge de cinq ou de sept ans. Passé la septième année , la hernie cesse de se reproduire. Serait-ce que le relâchement du péritoine se guérit de lui-même? Lors donc que les mères s’alarment d’une hernie existant chez leurs enfants , il n’est pas nécessaire que nous nous donnions tant de mal pour la guérir. La nature est leur médecin.
L’épouse de M. de Boudenier, et M. du Mesnil présentèrent une particularité remarquable : chez ce dernier, les veines, variqueuses, étaient remplies d’un sang semblable à de la poix fondue. Comme il y éprouvait de la douleur , on lui conseilla d’en faire tirer une grande quantité de sang. Ce sang était noir comme de l’encre. Cela lui réussit parfaitement. J’apprends que, chez la première, les veines jugulaires étaient distendues par un sang si noir qu’elles semblaient obstruées par du charbon. Lorsque les veines variqueuses sont trop gonflées , cette évacuation locale est d’une grande efficacité.
M. de Claigny, chanoine de Paris, était atteint d’une sorte de leucophlegmatie. Il mourut de la pierre. La pierre peut-elle jeter dans cet état? oui. Fernel a noté que ce genre de symptômes peut résulter de l’absorption et du transport dans le système veineux d’une matière purulente fournie par les reins.
La femme de M. Godet succomba à une longue maladie. Elle portait dans le ventre et l’abdomen des tumeurs endurcies semblables à des tubercules ( gongronœ ) et offrant la grosseur et la dureté des châtaignes. On ne savait par quelle cause elles s’étalent développées. Cet état du ventre ressemblait, trouvait-on, à ce que, dans la garniture du lit, on nomme un lodicr (1).
(t) Couverture de lit faite de laine entre deux toiles piquées. {Die/, de l' Académie).
On trouva dos pierres mêlées aux excréments mêmes de l’épouse deM. de la Trousse. On se demandait si elles provenaient de la vésicule du fiel, ou si elles s’étaient formées dans l’intestin même , et comment cela avait eu lieu. M. Kernel assure en avoir vu beaucoup de semblables.
M. Bordier , après avoir, pendant deux ans presque entiers, souffert de symptômes intestinaux et de douleurs inouïes à la région de l’estomac, finit par en mourir. A la suite d’une longue diarrhée, il cessa d’éprouver ces douleurs qui annonçaient l’accumulation et la formation incessante dans le ventre d’une humeur dépravée. On croyait qu’on lui avait donné du poison. A l’ouverture du cadavre, on trouva le foie tout à fait blanc et à demi corrompu. Le cartilage xyphoïde était très-induré et sa partie inférieure faisait saillie, ce qui porte à croire qu’il n’était pas étranger à la production de la douleur. Les douleurs revenaient principalement la nuit. Aucune médication n’apporta de soulagement au malade. La veille de sa mort, il rendit par la bouche un sang atrabilaire. On constata par là combien est vrai l’aphorisme 25 du 4e livre : Ceux qui , épuisés par une maladie aiguë ou chronique , par une plaie , ou par une autre cause, ont un flux de hile noire ou de matières semblables à du sang noir, meurent le lendemain (Trad. de Daremberg).
Le fils de M. Conart était atteint de cette toux épidémique nommée quinte. La toux chassait du poumon une incroyable quantité de pituite corrompue. 11 n’est pas surprenant que les enfants succombent ,, chez lesquels cette toux violente ne peut pas amener d’expectoration ; ils sont écrasés par le poids d’une matière qui pèche par son abondance et par sa qualité.
L’épouse de M. Dodyer éprouvait, depuis plusieurs mois, des douleurs dans le ventre. Les uns les attribuaient à une
maladie de l’utérus, les autres à une maladie du mésentère. On lui administra le sirop d’agaric et de follicules de séné.
ET ÉPIIÉMÉRIDES.
Elle fui beaucoup et énergiquement purgée, et guérit. Dans des douleurs de ce genre, il faut purger hardiment. Ce sont des douleurs qu’il ne faut pas traiter avec ménagement.
Le frère de la femme de M. Baillou avait une fièvre peu apparente. Il était bègue, ce qui, selon Hippocrate, est un signe de mélancolie ; il était taciturne, très-altéré. Il tomba dans un coma et un état voisin de la léthargie. Il éprouvait une douleur de tête excessivement forte. Il mourut. Quand on détacha le crâne ^ les veines du cerveau apparurent gorgées d’un sang mélancolique (1). On trouva dans les ventricules une assez grande quantité d’eau limpide. Ces altérations avaient-elles pu produire la mort ?
La petite fille de M. Saint-Germain était tourmentée par la toux quintane. Elle parut en être débarrassée. Il y eut récidive. Avant de mourir elle rendit par les narines la matière d’un abcès sourdement développé dans le cerveau. Nous avons fait observer un peu plus haut que cela était arrivé chez beaucoup de malades atteints de la toux épidémique, entre autres chez le fils de la sœur de Philibert Santeuil. Cela n’aurait-il pas pu être la cause de cette toux férine ?
Quoique le domestique de M. Myron assurât que la saignée lui avait toujours été incommode et suivie de symptômes effrayants, on lui ouvrit la veine et on lui tira jusqu’à deux palettes de sang. Il fut saisi de frissons et de délire. Il semblait expirant. Ces accidents provenaient-ils de ce que le malade n’avait pas été purgé comme il convenait qu’il le fût? M. Palmarius prétend que ces terribles symptômes succèdent à la saignée , lorsqu’il existe, dans le corps, des impuretés , -surtout vers l’orifice de l’estomac et vers la concavité du foie. Cette opinion n’est peut-être pas
(1) Noir.
sans fondement; car lorsque les voies supérieures ont été bien nettoyées, alors la saignée peut être pratiquée avec plus de sûreté et sans crainte de grave accident. Le médecin doit donc tenir compte du dire des malades, et apporter plus de réserve et de prudence , quand il s’agira de leur pratiquer une saignée ou de leur prescrire un purgatif. Il arriva la même chose au domestique de M. de Soulcy J. Blanche: il fut pris de convulsions , à la suite d’une saignée peu copieuse.
La sœur de M. de Granville avait une fluxion au bras. Aucun remède ne la soulageait; le mal allait s’aggravant. On lui administra deux fois la décoction sudorifique. Elle guérit. Ne pourrait-on pas agir de même dans les fluxions de ce genre ?
J. de Hanssyj à la suite d’une espèce de douleur de colique dans la région du foie , y éprouva une véritable douleur sans fièvre, du moins apparente. Il semblait vraisemblable que la douleur se calmerait s’il survenait de la fièvre, conformément à l’aphorisme d’Hippocrate relatif à la douleur de l’hypochondre sans fièvre. C’est un aphorisme dont souvent on ne tient pas assez compte. Il fut saigné deux fois et purgé plus souvent. Il guérit. Je crois que cette douleur avait été produite par le mouvement qui s’était fait de la matière bilieuse vers la concavité et la convexité du foie. Les mêmes phénomènes s’étaient produits jadis chez la domestique de la vieille demoiselle Levoys. On regar dait son état comme désespéré. Saignée deux fois et purgée , elle guérit. Il faut savoir hasarder quelque chose , surtout lorsque l’on a pour soi l’art et la raison.
Au carrefour du Barbier , chez un domestique , nous eûmes occasion de faire plusieurs observations. D’abord il était lentilleux et rousseau. Chez les gens de cette sorte , il y a prédominance d’une hile dépravée, et cette humeur , qui prédomine et engendre la maladie , s’oppose à la coc-
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tion. 11 était sujet à la migraine. On l’avait combattue par l’usage du gayac, dont la décoction avait occasionné une siccité, une sécheresse extrême. Le onzième jour , la bile dépravée donna lieu à de la dyssenterie. Il n’en éprouva pas de soulagement. 11 maigrit considérablement, et enfin, réduit au dernier degré de marasme, il mourut le 24e jour. On trouva les poumons suppurés. La masse des intestins était viciée.
Une jeune fille débile avait une forte fièvre. Elle avait les pâles couleurs et il existait quelque principe virulent dans la masse de son sang. Le quatrième jour, les règles fluent. Tous les symptômes s’aggravent , nous négligeons de la saigner. Nous ne tardons pas à nous repentir de cette négligence. Enfin la saignée* fut pratiquée le cinquième ou le sixième jour. La malade s’eu trouva bien. Il faut savoir que si l’éruption des règles n’abat pas la fièvre, on doit ne pas différer la saignée , et donner immédiatement les remèdes capables de favoriser l’écoulement menstruel.
La petite fille de Mademoiselle du Buy mourut, le onzième jour de la fièvre. On trouva une pierre dans les reins. Elle avait de fréquents vomissements. Lorsque les enfants vomissent souvent , que leur corps se tord dans les souffrances, et qu’ils ne peuvent rester en place, on doit soupçonner une inflammation des reins, et appliquer des fomentations sur la région de ces organes. C’est un point qu’il faut avoir toujours présent à l’esprit , afin de mettre toute sa prudence et toute son humanité à venir en aide à la faiblesse des enfants , à leurs souffrances muettes , (si je puis ainsi parler) (1).
Un homme de qualité, gras et corpulent, est pris de fièvre. Douleur à la région du foie. Administration d’un purgatif. Saignée. Dans une réunion de médecins , on décide de réitérer la saignée et de purger le malade le jour suivant.
(I) Succurrere infantile , suppléer à la parole qui leur manque.
L’imprudence de sa femme change cet ordre. La saignée n’est pratiquée que le jour suivant, à sept heures du matin. On tire trois palettes de sang. Le pharmacien , ignorant ce qui s’était passé , administre le purgatif. Chute des forces. La douleur remonte un peu plus haut. Stertor. Le lendemain, mort. L’imprudence de ceux qui soignaient le malade le précipita dans la tombe , car sa maladie était guérissable.
Un fait digne de remarque, c’est que, chez un gentilhomme ,, les frictions mercurielles produisirent une salivation qui ne cessa plus.
La femme de Claude Bombard fut prise d’une défaillance subite. Le jour suivant, elle perdit la raison. Elle était sujette à une fluxion de mauvaise nature sur la joue gauche. Elle était maladive* et d’un caractère inquiet. Une médication appropriée lui rendit la raison. Puis, tout chez elle empira. Cependant elle se rétablit. C’est une chose extraordinaire qu’il puisse s’engendrer en nous une humeur empoisonnée qui altère la raison avec tant de rapidité.
Jean la Ville se plaignait de dysurie , et rendait avec ses urines une pituite filante comme les cheveux, et de plus il urinait souvent du sang : on le croyait atteint de la pierre. On pratiqua le cathétérisme. On ne trouva pas de pierre. Il se rétablit par l’usage prolongé de médicaments adoucissants et de boissons miellées. Il buvait assez largement du vin blanc à ses repas , ce qui put être la cause du dépôt de phlegme trouvé dans les urines.
Le marchand Castille était atteint d’une fièvre continue.
Il présentait des symptômes effrayants sans rapport avec l’intensité et le caractère de la fièvre. Il restait plongé dans l’assoupissement et le coma. Son état paraissait désespéré. Les médecins ne savaient à quelle cause rapporter des symptômes si graves. J. de Gorris, appelé à donner son opinion, les attribua aux vers. On administra des vermifuges. Ces symptômes se dissipèrent. Souvent on doit soupçonner chez
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les hommes la présence des vers , comme on le fait chez les enfants.
Un charpentier fit , d’un lieu élevé , une chute sur le sinciput. L’os fut offensé et fendu. On délibéra s’il fallait trépaner. On appliqua le trépan. Une seule table de l’os était fendue. On n’eût pas appliqué le trépan qu’il n’en serait résulté aucun péril. Mais, dira-t-on, quelque contusion des organes contenus dans le crâne, ne rendait-elle pas cette ouverture convenable ? peut-être. Et cependant ,, eu égard aux inconvénients qui peuvent résulter de la section de cet os, on ne saurait trop réfléchir avant de recourir au trépan , que nos chirurgiens, trop impatients d’agir , mettent assez facilement en œuvre.
Beaucoup de personnes éprouvent de la difficulté à uriner , parce que l’organe vésical est trop épais , ou parce qu’une trop grande quantité de pituite adhère aux parois de la vessie , pituite qui obstrue une certaine partie de sa capacité, et ne lui permet de retenir qu’une petite quantité d’urine. Cette incommodité est commune surtout chez ceux qui ont une carnosité dans l’urètre ; car la partie la plus ténue , la plus subtile de la matière, est seule rendue ; la plus épaisse reste dans la vessie, et son adhésion à ses parois produit cette difficulté d’uriner. C’est une cause peu connue de dysurie et de ce que les urines sont rendues en petite quantité. M. le Veau éprouva un semblable accident. Les médecins l’attribuaient à un calcul ou à une paralysie. Si l’on n’apporte pas tous ses soins à distinguer la nature véritable de la maladie, on favorise la formation de la pierre en abusant des diurétiques, et on s’obstine à employer les remèdes qui dissolvent la pierre , tandis qu’il ne s’agit peut-être que d’une ancienne carnosité.
Ce malheureux Bidaut , qui passa dix ans renfermé dans une prison , souffrait d’un ulcère à la jambe , et était en
outre herniaire. L’ulcère se ferma. Quelques jours après , en sautanl à bas de son lit , le malade se trouva mal et se laissa choir. À la suite de cette chute , la fièvre s’alluma. Cette fièvre , accompagnée de hoquet , provenait ou de la chute , ou de la hernie , ou de la suppression de l’écoulement malin que fournissait l’ancien ulcère. Il mourut le septième jour , sans que le hoquet l’eût quitté. Cette mort est digne de remarque.
L’opinion répandue parmi le vulgaire que les maladies qui se déclarent au moment des couches, ou pendant tout 1e temps que les accouchées restent sur leur lit comme exposées en spectacle à la foule , arrivent difficilement à une heureuse solution , ou mettent promptement les accouchées en danger , cette opinion est-elle fondée ? Nous en avons vu un grand nombre qui , affectées de catarrhe , ou de douleurs de tête, ou de tintement d’oreille, après l’accouchement ou pendant, l’époque qui le suit , croyaient , d’après cette opinion vulgaire , que le mal était et devait être regardé comme ne pouvant guérir , parce qu’il s’était développé dans ces conjonctures. Cela est-il vrai ?
M. de Longueire souffrait de cette douleur de tête périodique, dont nous avons vu tant d’autres malades affectés. Il en fut délivré par d’abondantes évacuations alvines et par la saignée ; il se trouva bien aussi d’un cataplasme fait avec les anodins et la mie de pain.
Le petit enfant de M. Coiffart souffrait , sur divers points du corps, d’enflures erratiques. Elles se portèrent enfin sur les pieds. La nourrice voulut les faire passer au moyen de frictions. Elles gagnèrent le haut du corps. Fièvre, difficulté de respirer , mort. Hippocrate, dans son Traité de l'Air et des Lieux , attribue l’hydropisie des testicules chez les enfants nouveau-nés à l’usage d’eaux crues. La maladie de cet enfant avait quelque analogie avec celle dont parle Hippocrate. Quand cette affection se développe sur les
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parties inférieures , est-il bien convenable de l’en repousser ?
Un gentilhomme rendit par le haut, en vomissant,, un sang vermeil , et par le bas , du sang semblable à de la poix. Il fut pris de défaillances ; il guérit cependant , contrairement à ce qu’affirme l’aphorisme.
Si les règles sont en retard et que la fièvre s’allume , ne convient-il pas d’ouvrir la veine au jarret ou à la malléole? Cependant, dans ce cas , on saigne ordinairement à la cheville. Est-ce une pratique rationnelle ?
Le domestique de Castille fut pris de fièvre et d’une douleur insupportable qui, de la partie gauche du cou,, s’étendait jusqu’à l’épaule. Il s’agissait de le saigner. Il paraissait préférable de saigner du côté opposé , de peur d’attirer un mouvement fluxionnaire sur le côté malade. Ce fut cependant du côté malade qu’on le saigna ; il en résulta un soulagement instantané ; la saignée fournit un sang vicié. Ce que l’on fit n’est peut-être pas à imiter , bien qu’à mon avis , il résulte peu d’avantage de saigner de préférence du côté opposé au mal.
La femme de M. Dliierres se trouva très-mal d’avoir, le jour même de ses noces, retenu ses urines, par pudeur. Elle fut prise de douleur à l’utérus et à la vessie,, et de slrangurie. On s’attendait à une grande inflammation. Cependant tout se borna à une affection douloureuse , comme dit Celse. Elle dut sa guérison à la saignée.
M. Delaulbe, l’aîné, était malade depuis quelques jours et n’avait pas été purgé. Fièvre continue. Il délirait constamment , mais tout se bornait à un désordre de paroles. Il semblait qu’il allait rendre l’âme. Cependant nous le purgeâmes fortement et nous le débarrassâmes des humeurs mauvaises. Il fut guéri. Il ne faut pas nous laisser effrayer par la faiblesse , lorsqu’elle dépend plutôt de l’abondance et du mauvais état des humeurs , que de l’épuisement.
Madame Dubois avait une fièvre continue et une douleur dont le siège était un peu au-dessus de l’hypochondre droit. L’invasion de la maladie fut terrible. Suppression des mois. Vieil ulcère à la jambe tari et fermé ,, ce que les médecins ignoraient. Le mal fut plus fort que notre art. Peut-être si l’on avait pu tenir compte de cette suppression de la matière que fournissait cet ancien ulcère , la malade n’eût-elle pas été terrassée ainsi et emportée par le mal. N'aurait-il pas convenu de rouvrir la jambe et d’y établir un cautère?
Je me demande si, dans l’angine, lorsque tout a échoué , il ne serait pas opportun de pratiquer une ouverture au larynx. Certes l’opération n’est pas sans danger ; mais si elle était exécutée par un habile opérateur qui sût éviter les nerfs récurrents , peut-être en elle-même , n’offrirait-elle pas de danger et elle donnerait certainement une chance de salut. Car il vaut mieux en définitive essayer un remède incertain que de ne rien faire ; et peut-être est-ce au grand détriment des malades que l’on néglige de courir cette chance. Peut-être aussi pourrait-on tenter quelque chose de semblable dans la pleurésie , et pratiquer une ouverture entre la cinquième côte et la sixième ; car l’évacuation d’une quantité de pus , même petite, procure une grande amélioration dans l’état des malades.
Dans les maladies malignes , il faut s’appliquer plutôt à corriger les humeurs par les alexipharmaques qu’à les évacuer. Mais, dira-t-on , nous voyons chez les malades atteints de fièvres ou de maladies malignes , se faire une abondante sécrétion d’urines , et les intestins fournir des selles en grand nombre et bilieuses, surtout lorsque la crise se prépare ; et cela ne pas avoir lieu d’une manière différente que dans les autres maladies ,, où tout le vice consiste en une simple pourriture. 11 faut répondre et bien savoir qu’il faut beaucoup moins favoriser et accroître ces-
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excrétions , que venir en aide à la nature et corriger la malignité du mal; car ces humeurs excrémentitiel les, bien qu’elles puissent participer de cette malignité , sont loin de fomenter et d’entretenir le mal par elles-mêmes, lequel dépend plutôt d'une pourriture venue de dehors, et d’une qualité maligne bien autrement redoutable que la pourriture ordinaire. Il faut donc s’attaquer d’abord à la qualité maligne ; celle-ci une fois corrigée et domptée , ce sera le tour des humeurs. Mais,, direz-vous encore , de même que, dans la maladie vénérienne , on provoque fortement les excrétions cutanées et alvines , quoique le poison de la vérole infecte surtout par sa qualité , afin d’expulser avec les humeurs saines le virus qu’elles nourrissent et fomentent : ne doit-on pas tenir une conduite analogue dans les maladies malignes? Je n’en crois pas moins qu’en cela, beaucoup commettent une faute. Et ce n’est pas sans raison qu’Hippocrate a pensé qu’il fallait dans les maladies tenir compte du quid divinum , c’est-à-dire , que les médecins doivent examiner si , outre la corruption ordinaire des humeurs , il n’existe pas quelque chose qui , en raison de l’excellence de sa corruption , réclame un traitement particulier. Il est des cas , en effet , oii il faut favoriser les évacuations et la coction ; il en est d’autres où il faut corroborer, c'est-à-dire, avoir recours aux alexitères ; car si l’on provoque quelque évacuation considérable là où il fallait corroborer les forces et corriger les qualités malignes, on commet une faute grave , et notre intervention tourne au préjudice des malades. Il est Vraiquecette malignité est difïîcile à reconnaître, très-difficile. C’est l’état des facultés vitales qui en donne le plus sur indice. Les maladies qui reconnaissent pour cause une simple oppression des forces^ ou dans lesquelles les mouvements tumultueux de la bile blessent l’orifice de l’estomac, nous en imposent encore souvent en s’accompagnant de symptômes semblables à ceux de la malignité. 11 n’appartient qu’aux médecins les plus expérimentés d’être les juges de ces cas.
Un retard dans les règles, même de trois ou quatre jours seulement, donne lieu à des malaises. Il n’en résulte aucun, lorsque la femme a conçu et que l’enfant jouit de la vie. La mort est la suite prochaine de la suppression des lochies. Pourquoi ces différences? Il est des eaux que l’on peut diriger, d’autres que l’on ne peut maîtriser. On en peut dire autant des humeurs de notre corps. Car d’où vient que,, chez les uns, si les selles sont arrêtées, ou si l’on néglige de les purger souvent , il se manifestera des symptômes si graves , tandis qu’il ne se passera rien de pareil chez d’autres ? si ce n’est parce que leurs humeurs ont quelque chose de réfractaire à la coction et de contraire à la nature. De là vient que ceux dont les humeurs ont une qualité salée, nitreuse, ou d’un genre analogue, ont le frisson et la fièvre pour la moindre cause , ou sont sujets à des catarrhes graves. Par contre, ceux dont les humeurs sont plus réglées et plus douces, tombent plus difficilement malades , à moins qu’ils 11e commettent de grandes erreurs de régime.
Chez un homme qui avait reçu une blessure aux fausses côtes , la rate apparaissait au dehors. Un barbier ignorait que ce fut cet organe. Il s’y fit une tuméfaction et une altération notables. Un plus hardi vint qui, l’ayant liée à sa partie supérieure, en fit la section; Le malade guérit. La rate est-elle donc un organe si indispensable ?
Dans la guerre entreprise contre les Flamands, M. de Villeneuve reçut, à la tempe droite, un javelot qui lui fit une grave blessure. Il y eut fracture d’une portion de l’os temporal droit et du frontal. Après un long espace de temps, l’os se cicatrisa. S’étant rendu à Londres , ce malade s’aperçut d’une sorte de paralysie dans la région blessée, et surtout dans le bras. Il vint à Paris. Il y avait soixante à soixante et dix jours qu’il paraissait complètement rétabli. Ayant voulu user un peu des boissons et des plaisirs véné-
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riens , il éprouva clans l’endroit de l’ancienne blessure une douleur intolérable. Inquiétude, insomnie , douleur lancinante , léger délire dans les paroles seulement. Fièvre continuelle. Après avoir tenté tous les remèdes , on rouvrit la cicatrice. Cela ne servit de rien. Tantôt la douleur sévissait sur le point primitivement affecté , tantôt elle sautait sur la partie opposée. Il tomba dans le coma et mourut. A l’ouverture du crâne , on trouva une matière sanieuse, mais en petite quantité, sur le point où s’était fixée la douleur. Mais il existait dans l’intérieur du cerveau un abcès, d’où était provenue la sanie , cause d’une si cruelle douleur.
L’histoire de Claude du Four, mort phthisique, est remarquable. Une diarrhée dyssentérique ayant succédé à la maladie déjà ancienne des poumons , le pouls devint inégal , entrecoupé , tantôt dicrote , tantôt intermittent. Il conserva assez longtemps ces caractères. Il reprit enfin son égalité , mais en devenant plus fréquent et plus petit. Peu de temps après , le malade mourut. Tant il est difficile de porter d’après le pouls un jugement, certain î
Voici ce qui se passa de remarquable chez la femme de Maclou. D’abord, douleurs de colique; ensuite, douleurs néphrétiques. Vomissements. Fièvre continuelle ; enfin, urines sanguinolentes , hématurie très-abondante et qui dura trèslongtemps ; car la malade en souffrit six ou sept semaines. Elle finit par succomber dans le marasme. Elle ne rendit aucun calcul. Était-ce une affection néphrétique ?
Lajeune fille de M. de Crevey , née de parents douésl’un et l’autre d’un tempérament chaud, éprouve presque tous les mois, même dans l’état de santé, une fièvre assez intense. Elle est le signe de quelque vice caché inexplicable. A Paris, la malade éprouva les mêmes accidents. La fièvre persévéra. Il s’y joignit de la tendance , de la propension au sommeil , une vive rougeur des joues. On balançait entre le soupçon d’un exanthème et la crainte d’une pneumonie. On désespérait
de sa gflérison. Elle guérit contre toute attente. Il ne faut donc pas porter sur les maladies un pronostic précipité.
Les anciens croyaient que l’ouverture de la veine entre le doigt annulaire et le petit doigt guérissait la fièvre quarte. Une femme en était atteinte depuis déjà sept mois. Le médecin Masile lui prescrivit ce genre de saignée ; on tira une assez grande quantité de sang. Sa fièvre ne reparut plus ; mais toute la main resta livide , presque durant une année entière. Ce médecin assurait avoir été témoin d’un semblable phénomène chez un gentilhomme de sa connaissance.
Il faut bien reconnaître que, dans chaque chose, qu’elle serve à la nutrition, qu’elle excite la douleur, qu’elle engendre la maladie , il existe je ne sais quoi de délié , sérosité, esprit, vapeur, exhalaison, ou autre, qui échappe presque à nos sens, et qui cependant est doué de la plus grande puissance. Citons en première ligne les douleurs de tête que cause une simple odeur. Comment se fait-il que le seul parfum exhalé d’une rose produise un catarrhe, et l’odeur du musc de si graves accidents? On dit cependant que les aromates fortifient le cerveau et ont sur liii une action élective. En outre, dans les fièvres , quel est l’agent qui produit, au début des paroxysmes, une si grande lassitude , un si grand brisement des membres, et qui, au bout de trois heures, après avoir lutté avec la nature, fait succéder le calme à cette scène de douleur ? Il n’est pas croyable que ce soit une masse de matière , mais bien je ne sais quelle qualité qui ne cesse d’être insupportable à la nature qu’alors que sa violence a été enfin abattue et domptée. L’intensité de la fièvre , l’intensité de la douleur de tête , l’élévation du pouls et de la chaleur indiquent la lutte. L’apaisement de ce trouble atteste que l’humeur ténue, l’ichor, ou tout autre principe analogue, a été vaincu et surmonté. Dans la nutrition elle-même , on voit une vapeur
bénigne , un peu de vin , un peu de pain répugner souvent à la nature; et bien que le corps contienne beaucoup d humeur , la nature ne reçoit point ces objets comme un aliment, mais les rejette comme un excrément ; d’où il faut conclure que, dans la nutrition , comme dans la production des douleurs de tête ou des autres maladies, il existe un principe délié , doué de forces si énergiques qu’il semble que ce n’est pas sans quelque fondement que les médecins 'pneumatiques ont fait jouer un si grand rôle à l’esprit ou à quelque agent analogue , auquel ils rapportaient toutes les maladies et presque tous les symptômes.
Et, chose plus surprenante encore, quel compte ne faut-il pas tenir de la qualité des humeurs ! D’où vient que l’on peut dompter les unes , et les autres non? Les unes engendrent chez celui-ci les scrofules , chez celui-là le cancer , chez les uns l’épilepsie, chez les autres l’arthrite : variétés qu’il faut bien savoir reconnaître, pour leur opposer une médication convenable. On voit chez certaines personnes se déclarer des douleurs tantôt assez supportables , tantôt insupportables , qui , d’abord vagues, ne se sont fixées sur aucun point; puis, avec le temps, se sont fixées sur une partie , et y faisant naître une petite tumeur , grosse au plus comme un pois , ont pour toujours abandonné le reste de l’économie. Mais de ce tubercule peut naître un cancer, ou quelque tumeur semblable. Tellement il est difficile de connaître la nature des maladies , et souvent plus difficile encore les moyens de les guérir !
Voici l’étrange maladie qu’éprouva Jean Reynard, marchand mercier : il fut pris d’une douleur à la cuisse et à la jambe. Elle était assez supportable. On la traita par les adoucissants et les parégoriques. Il survint des vomissements. Ensuite le membre fut comme frappé de torpeur ; la sensibilité y fut abolie au point qu’en y enfonçant une aiguille , on n’y éveillait aucune douleur. Evanouissements
fréquents. Mort. Qu’était cette affection? J’ai donné plus iiaut une observation d’une maladie presque semblable.
La belle-mère de M. Passard , médecin, éprouvait une douleur de colique assez violente. On l’attribuait à une affection du l'oie. Elle restait toujours triste , et il était impossible de l’exciter à rire. Elle tomba enfin dans une fièvre continuelle. La douleur s’étendait à presque tout le côté droit du corps. On rapportait tous ces symptômes au l'oie seul. Rien ne put la soulager. Le neuvième jour , elle présenta une couleur ictérique foncée. Elle mourut. À l’ouverture du corps , on trouva la vésicule du fiel pleine de calculs ; le foie blanchâtre et tellement adhérent au diaphragme que l’on ne put l’en détacher. La partie droite du poumon était aussi adhérente. Nous avons cité plus haut un nommé Bordier qui éprouva pendant presque deux ans une douleur de colique. On lui trouva le foie blanchâtre. C’est ainsi qu’un sérum dépravé, en se développant , engendre ces douleurs.
Les bonnes femmes ont coutume de dire que la douce haleine des nouveau-nés a pour effet de rendre abondant le lait des nourrices, et que, si on les met au sein des nourrices qui même allaitent depuis deux ans , non-seulement leur lait en est renouvelé , mais encore elles deviennent plus promptement enceintes. Il faudrait , si la chose est vraie, examiner pourquoi elle a lieu.
On recommande comme un excellent remède contre les verrues,, de prendre du sang d’un animal récemment égorgé , et de le laisser se coaguler sur la verrue , en répétant souvent cette pratique. C’est une assertion à vérifier , et , dans le cas de succès, il faudrait en rechercher la cause.
Un jeune homme de 25 ans commença par avoir la fièvre. Le jour suivant, il alla demander à un médecin quel traitement il devait suivre. Celui-ci, craignant d’accroître le mouvement des humeurs déjà émues, ne prescrivit qu’un
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lavement, à prendre dans l’après-midi. 11 voulut être saigné, ce que l’on fit sans consulter le médecin. Peu après la saignée , son esprit se troubla et il perdit la raison. (Jn pouvait à peine le contenir. 11 ne recouvra pas la raison , et mourut au bout de quatre heures. On ne sait à quelle cause attribuer une mort si subite. Hippocrate , au livre 7 de ses Épidémies , rapporte qu’un habitant d’Halicarnasse , déjà d’un certain âge , fut , en hiver , saigné pour une douleur de l’oreille. Il ne s’y fit point de suppuration et il mourut de phrénésie. Nous avons quelque part cité deux malades à qui on tira un peu plus de sang qu’il n’était convenable , et qui, immédiatement après la saignée, furent pris de délire. Il faut donc, dans l’emploi de ce remède , user de prudence et ne pas le prescrire, comme l’on fait, à tout bout de champ.
Dans les douleurs de tête, dans celles surtout qui sont accompagnées de fièvre , quelque grande que soit la fièvre, et quelque retentissement qu’elle ait dans la tête , il faut s’abstenir des remèdes très-réfrigérants , tels que les cataplasmes astringents et l’onguent populéum. Car si l’établissement de la moiteur ou de la sueur diminue ou guérit la douleur , qui doutera du danger que peut faire courir l’emploi des réfrigérants, des répercussifs , en repoussant à l’intérieur la matière près de s’échapper?
Chez la plupart de ceux dont l’urine est âcre , le tempérament très-sec et bilieux , les urines contiennent des graviers qui sont comme des parcelles de l’humeur bilieuse et salée convertie et condensée en sable. Et cependant cette acrimonie n’est pas sans avantages ; car elle déterge les voies urinaires , et, s’il se trouve quelque matière glutineuse dans leur parcours , elle la divise et la dissout. Par contre ^ l’urine dépourvue de cette âcreté, devient facilement visqueuse et se putréfié. Si donc, j’en conviens, elle se charge moins facilement de graviers, elle donne aussi plus facilement occasion à ce que la pituite s’y forme et s’v concrète. C’est une chose à noter.
Faut-il regarder comme entièrement vrai ce fait que l’expérience démontre être vrai ou vraisemblable : à savoir que les femmes qui ont nourri longtemps , ou bien sont ensuite plus exposées à de graves maladies, ou bien restent faibles , ou bien deviennent sujettes aux flueurs blanches ? ce qui a lieu surtout , si elles étaient naturellement trop délicates ou trop faibles. Car, chez ces dernières, la dissolution des humeurs est plus facile, et la réceptivité morbide des parties plus grande. C’est ce qui se vérifia chez une femme un peu âgée, chez laquelle le lait était si abondant qu’elle nourrit longtemps trois enfants. Il put en résulter l’épuisement et la faiblesse des vaisseaux.
Lorsque la nature tend à établir de la suppuration dans une partie quelconque où se fait une fluxion humorale , s’il y a de la douleur et de l’inflammation , convient-il de détourner la nature de son œuvre par des saignées et des purgations ? Ne faut-il pas purger et évacuer , d’après l’indication qui se présente d’amoindrir la matière de la fluxion, de peur que la partie malade n’empire et ne soit accablée par suite de sa propre faiblesse et de la violence de la douleur? Yaut-il mieux laisser tout faire à la nature? La nature ne continue-t-elle pas (ce que quelques auteurs affirment) à produire la suppuration, quoiqu’il ait été précédemment pratiqué des émissions de sang ou des évacuations? Que de tourments ces questions-là ne donnent-elles pas aux médecins !
Est-il vrai , comme le répètent vulgairement les commères, que les maladies qui se déclarent chez les femmes, au moment de l’accouchement, ou pendant les premières suites des couches, sont mortelles, se jugent mal, ou se guérissent mal ? On peut donner beaucoup de raisons probables pour et contre ces assertions.
D’oii vient que certaines personnes , après avoir passé leurs jeunes années dans un état maladif et valétudinaire ,
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n’en marchent, par contre, à mesure qu’elles avancent en âge , que d’un pas plus ferme dans les voies de la santé ? C’est ce qui arriva à la veuve de M. Hureau et à une foule d’autres personnes.
ANNOTATIONS
(A) Galien dit , dans un autre passage , que les fluxions qui découlent de la tête produisent la phthisie, surtout lorsqu’elles déterminent une altération de la voix.
(B) D’où il résulte qu’au début du paroxysme des fièvres , la toux est excitée moins par une matière descendue de la tête , que par une matière fournie par les parties sous-jacentes. De là l’importance extrême de reconnaître d’ou la toux tire son origine , afin de rechercher cette origine ailleurs que dans la tête.
(C) Quelqu’un affirme avoir lu dans un auteur ce nom de quinte de toux ou de toux quintane, dont il est bien difficile de trouver la raison. Les uns veulent qu’on l’appelle quinte, parce que la toux se reproduit toutes les cinq heures ou à peu près (ce nombre précis ne devant s’entendre que dans un sens approximatif). C’est de là qu’est venue l’expression d’hommes quinteux , appliquée à ceux qui sont par moments désagréables et insupportables à autrui. D’autres veulent que ce terme ait été emprunté aux musiciens. Et de même qu’il existe entre l’octave et la quinte une certaine proportion , un certain rapport , malgré la différence des degrés et des nombres ; de même chez ceux qui souffrent de cette toux , il se forme dans le larynx un son qui répond à un autre son , parti de la profondeur des poumons. Que d’autres que moi décident.
(D) La même chosë arriva à un gentilhomme, après la suppression de la matière que fournissait un vieil ulcère de la jambe. Je ne ferai à ce sujet qu’une seule observation.
S’il s’agit d’un vieil ulcère, dont on aura imprudemment obtenu la cicatrisation passagère , il conviendra de rouvrir le point anciennement ulcéré. On supportera un léger mal pour prévenir une maladie plus grave et plus dangereuse.
CONSTITUTION DE L’ÉTÉ
Les malades étaient tourmentés par de vagues douleurs de côté , qui n’étaient pas bornées à un point peu étendu , mais occupaient tout le côté jusqu’à la région des hypochondres. Il y avait prédominance de je ne sais quelle vapeur et quelle humeur délétères. L’expectoration était assez facile. Quelques personnes présentèrent pendant toute la durée de la maladie une sueur qui embarrassait les médecins en leur enlevant l’occasion d’agir. Cette affection paraissait avoir quelque chose de contagieux. Si l’atmosphère n’avait été tempérée par les vents étésiens (1) , qui chaque année soufflent à cette époque , on aurait pu craindre quelque maladie pestilentielle et maligne. La saignée rendait peu de services , surtout à une époque un peu avancée de la maladie : en outre , vers le mois d’août , beaucoup de personnes
(1) Vents qui soufflent régulièrement, chaque année , dans la même saison , pendant un certain nombre de jours.
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éprouvèrent des fluxions âcres et inflammatoires à la gorge et aux parties voisines de la bouche.
La jeune fille de M. Devueil avait eu la fièvre ; un flux de ventre abondant remplaça la fièvre. Elle fut soulagée. Quelques jours plus tard , elle ne fit que se plaindre et pleurer. Elle poussait des exclamations et des cris , et se réveillait en proie la terreur. Les uns attribuaient cet état aux vers, d’autres à des tranchées. Enfin , la mère parvint par ses menaces à lui inspirer de la crainte; et à l’aide de quelques remèdes et de quelques hypnotiques, la malade recouvra peu à peu sa santé première.
La femme d’un écuyer du duc d’Aumale , inconsolable de la mort de son mari , tomba tout à coup dans un profond accablement, perdit la voix, et resta comme frappée de catalepsie. Elle ne recouvra la voix que six heures après ; et avant de la recouvrer , elle éprouva deux ou trois attaques épileptiformes. Étrange maladie ! étrange succession de symptômes !
La fille de M. Le Noir, cacochyme et d’un teint ictérique , fit une chute en sortant de son lit et resta étendue sur le carreau. Peu après cette chute, elle fut agitée de convulsions épileptiformes. Lorsqu’elle reprit ses sens, elle avait perdu la voix. Depuis ce temps, elle resta comme hébétée , par suite de la secousse imprimée au cerveau. Enfin , elle mourut après quelques convulsions. Le cerveau présenta des lésions profondes.
Voici ce qui arrive d’extraordinaire au jeune enfant de M. Devueil, qui tête encore. Une tuméfaction affecte tantôt le bras , tantôt le cou. Elle se dissipe. L’enfant est pris de convulsions. Ces accidents ne dépendraient-ils pas d’un principe toxique ? Et si la nature ne le dirigeait pas sur quelque autre point, ri’en résulterait— il pas pour cet enfant la mort ou quelque grand danger ?
La fille de M. de Champigny paraissait menacée d’une
éruption exanthématique. On lui administra un purgatif. Il en résulta de la diarrhée. A certains moments ,, et sur certaines régions, parurent des taches rouges. On avait tout lieu de la croire atteinte de la variole. Son état était presque désespéré ; néanmoins elle guérit contre toute attente. On insista beaucoup sur les cordiaux à l’intérieur et à l’extérieur.
Le fds du comte de Chaulne, atteint d’ictère, désirait ardemment de mourir. Il était âgé de quatorze ans. Autrefois gracieux, aimable, de mœurs douces et faciles, il était devenu maussade , morose , mélancolique et intraitable. L’ictère s’était déclaré tout à coup. Petite fièvre. Selles diarrhéiques, blanchâtres, fétides et corrompues. Il resta dans cette situation quinze jours. Il refusa obstinément tout médicament. Au moment où on s’y attendait le moins, il grinça des dents , et ne répondit plus aux questions qu’on lui adressa. Le matin, voix plaintive et lamentable ; le reste du jour, aphonie. Convulsions, la nuit. Mort. En expirant, il rejeta par le nez je ne sais quelle matière noirâtre et verdâtre. Nous ne pûmes distinguer si elle venait du cerveau , ou si c’était la boisson médicamenteuse qui lui avait été donnée, qui était remontée dans la bouche, et de la bouche aux narines. Le cerveau ne présenta aucune altération capable de rendre compte delà mort. Le poumon offrait une notable altération. Le foie était altéré et comme verdâtre. L’année qui avait précédé sa mort , il avait été tourmenté par des exanthèmes de mauvais aspect ; et depuis lors , il ne s’était plus bien porté. Galien a raconté quelque chose de pareil dans l’histoire du malade qui, pris tout à coup de phrénésie , ne tarda pas à mourir. Il ne mourut pas , dit-il , de la violence de la phrénésie , mais de la prédominance des humeurs virulentes que leur malignité élevait au degré de virus.
La petite fille de M. Sulpice était atteinte de la toux
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quintane et de fièvre. Fluxion sur les poumons. À dater de ce moment, la violence du catarrhe et de la fièvre firent maigrir la malade au point de la jeter dans le marasme. Tant sont puissants les funestes effets de ces fluxions chaudes et délétères !
La femme de M. Dhierre eut une fluxion sur la joue droite , principalement sur le muscle masséter. Elle pouvait à peine desserrer les dents. C’était la même matière qui,, portée sur une autre région, produit les parotides. Au bout de huit jours l’abcès s’ouvrit à l’intérieur , et comme la matière de la suppuration tendait à se porter au menton , on y pratiqua une incision. Au bout de quelques jours, la nature sembla établir un abcès un peu au-dessus de la commissure de la mâchoire. On proposa de l’ouvrir. Les parents, dans la crainte de quelque difformité , refusèrent d’y consentir. Ils préférèrent les émollients et les suppuratifs. Les chirurgiens, au contraire, étaient médiocrement portés à s’en servir, et employaient de préférence les cataplasmes les plus propres à prévenir la suppuration. Un empirique, appelé trois jours après,, ouvrit la tumeur, plus tard qu’on ne l’avait jugé convenable , et en tira du pus en abondance. La malade était assise. Tandis que l’on excitait ainsi un abondant écoulement de pus, sans tenir compte de l’état des forces de la malade , elle fut prise d’une syncope des plus profondes et d’une douleur intolérable à la cuisse , et elle mourut subitement. Ainsi le deuil de toute cette maison fut la conséquence de l’oubli des vrais remèdes et du mépris des règles de traitement que l’on aurait dû suivre.
A la suite de la petite vérole , il était resté à la petite fdle de J. Santeuil un gonflement à l’un et à l’autre bras. On crut à quelque suppuration profonde , et l’on appliqua un caustique sur le bras droit. Il ne donna issue qu’à une très-faible quantité de sanie. On se disposait à appliquer
un autre caustique au bras gauche , mais on y renonça , en voyant le peu d’effet produit par le premier. Voici ce qui arriva d’extraordinaire. Le bras sur lequel le caustique avait été appliqué devint plus libre , pins dégagé et moins douloureux. On craignait que l’autre ne restât paralysé. Ainsi donc , lorsque l’on soupçonne quelque qualité maligne, même en l’absence de la suppuration ou de tout autre acte analogue, l’application d’un caustique donne les meilleurs résultats. Ainsi , chez Pierre le barbier , atteint d’une violente douleur d’oreille , nous appliquâmes, au plus fort de la douleur, un caustique à la racine de l’oreille , et la douleur devint beaucoup plus supportable.
La femme de Jean Baude souffrait de douleurs utérines. On eut d’abord recours , selon l’usage, aux remèdes , ou plutôt aux ridicules et vaines pratiques des bonnes femmes. Les douleurs augmentèrent. Il parut une tumeur à l’hy— pogastre,et une douleur qui, de cette région, s’étendait aux aines. Suppression de l’urine, tumeur dans l’intestin rectum appréciable au toucher. Fièvre. Sensation d’une douleur pongitive allant de l’ombilic au siège. Après une saignée de l’un et de l’autre bras , et l’emploi des remèdes utérins , de cataplasmes émollients, de pessaires médicamenteux et du cathétérisme pratiqué dans le but de vider la vessie , la malade se trouva beaucoup mieux. Les voies , la tendance et les mouvements des organes , c’est-à-dire, les mouvements de la nature sont admirables ! Parmi eux , les uns sont occultes, les autres manifestes et apparents. Par quel secret le membre viril s’allonge-t-il et se gonfle-t-il sous l’influence d’une pensée érotique , ou à la vue et au contact d’une femme belle? Gomment, à la vue d’un serpent, ou à une pensée triste, tout le corps tremble-t-il ? Comment le visage se couvre-t-il d’une pâleur subite à la vue d’un ennemi ? Un phénomène analogue se produit dans les excrétions naturelles , surtout dans les sueurs qui mettent fin aux plus
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dangereuses maladies. 11 est manifeste surtout dans la variole, dans la maladie vénérienne, lorsque l’humeur virulente est rejetée des parties internes à la surface de la peau, et par là préserver le corps des maladies les plus graves , les plus redoutables. Lorsque la peau est souillée de taches, soit congénitales, soit accidentelles ^ il ne faut pas regarder cela comme un mal. C’est ainsi que nous voyons encore souffrir journellement de douleurs arthritiques , par suite du transport de la sérosité de l’intérieur à l’extérieur , des personnes qui n’en vivent pas moins jusqu’à un âge avancé. Et si la nature ne se servait pas de ses facultés d’élimination et d’expulsion , comme de ministres fidèles , pour purger les organes internes , il se ferait sur ces organes une collection d’humeur dépravée dont le mouvement et la corruption occasionneraient une mort immédiate, ou tout au moins un grand péril. On ne doit même pas regarder comme sans fondement tout ce que l’on attribue vulgairement aux mouvements et aux caprices de l’utérus. Si l’utérus joue le rôle prédominant qu’on lui attribue, qui niera ses mouvements et ses passions moitié naturelles, et en quelque sorte moitié animales? On ne saurait trop en tenir compte, soit lorsque la femme est atteinte delà passion hystérique^ soit lorsqu’il existe chez elle une maladie où l’on doit s’attendre à des crises et les prendre en grande considération. Car l’action naturelle et les tendances de cet organe l’emportent autant sur celles des autres organes , que lui-même leur est supérieur : supériorité qui se révèle dans l’acte de la conception , dans celui de la conservation et du développement du fœtus , et surtout dans tous les phénomènes qui précèdent l’accouchement. L’utérus, dans ces circonstances, fait apparaître à la fois des preuves de ses fonctions merveilleuses et de ses penchants.
La femme d’un honorable marchand, nommé Le Prostré , éprouvait quelques douleurs dans le sein gauche. 11 se faisait par le mamelon un suintement de sérosité accom-
'î£>2 ÉPIDÉMIES
pagné de prurit. Peu de temps après, il se développa att genou du même côté une tumeur, qui, si elle eût été irritée se serait changée en cancer ou en tumeur de mauvaise nature. En même temps , l’écoulement du sein tarissait. La tumeur s'affaissa tout à coup. La sérosité recommença à couler par le sein comme auparavant. N’y a-t-il pas lieu d’admirer les mouvements de la nature , ses tendances , ses transpositions et ses métastases ?
Nous avons vu dernièrement une femme replète et haute en couleur, qui, mère de cinq enfants , sans jamais avoir eu ses règles par les voies naturelles, était sujette à des vomissements, à des expectorations de sang. Cet afflux, cette excrétion par les parties supérieures est tout à fait supplémentaire et succédanée de l’écoulement menstruel des organes de la pudeur. C’est un fait à bien retenir.
Un homme reçut une blessure à la cuisse ; il s’y fit un écoulement de sang , mais qui ne fut pas assez immodéré pour qu’on pût lui attribuer ce qui arriva. Depuis ce temps, il ne put plus se livrer au coït, ni éjaculer , ou du moins entrer suffisamment en érection ; cet état causa l’étonnement même des plus habiles anatomistes. Car on ne pouvait saisir la raison qui faisait succéder l’impuissance à une blessure de cette région. Peut-être Hippocrate a-t-il fait allusion à quelque chose de pareil , lorsqu’il a écrit que la saignée delà cheville rendait infécond. Il y aurait donc entre ces parties quelque rapport , dont on n’a pas pu d’ailleurs encore se rendre compte.
Jean Brtiguet souffrait d’une douleur de tête des plus violentes et d’une fièvre continue , mais dont la tête était le point de départ. Il se trouva bien de l’usage des pilules purgatives^ malgré l’existence de la- fièvre. Le septième jour de la maladie , il prit aussi un verre d’eaux cordiales additionnées d’un peu d’eau thériacale. Ce breuvage produisit un bon effet et aida les efforts de la nature.
ET ÉPUÉMÉ1UDES.
Chez Jean Riclier demeurait un homme atteint d’ophthalmie , lequel n’avait jamais bu de vin. L’humeur qui s’écoulait des yeux était si âcre que presque aucun remède n’avait pu l’arrêter. Nous vérifiâmes chez ce malade ce que Galien a écrit en commentant l’aphorisme , Les douleurs des yeux , etc. à savoir que la suppression de cette humeur âcre opérée par les répercussifs , est suivie de douleurs plus fortes et- de symptômes graves. Cependant, malgré nos efforts et sans que nous y pensassions , une suppuration s’y établit ; le jour même , il entra en convalescence. Les médecins ont donc grand tort de poser sur les yeux des linges imbibés de collyres réfrigérants , car la suppression des larmes et de l’ichor salé a de grands inconvénients. C’est pourquoi Hippocrate, dans son traité Des Lieux dans V homme, veut que l’on provoque une abondante sécrétion de larmes. »
Voici ce qui se passa de remarquable chez la petite fille de M. de Laveau. Fièvre continue. Douleur du côté gauche , fugace , et qui ne tarda pas à disparaître , ce qui fit différer la saignée. Elle semblait bien. La fièvre se ralluma. Difficulté de respirer. Mort. A l’ouverture du cadavre , on trouva l’ épiploon baigné de pus; ce pus provenait de la poitrine , car tout le poumon gauche et le côté gauche du thorax étaient remplis de pus. Elle était atteinte de catarrhe ; mais l’expectoration était nulle.
Il semblait que la petite fille de M. de Veuil souffrait de douleurs intolérables , car elle ne dormait pas et ne faisait que s’agiter , crier et pleurer. Enfin elle alla mieux , quand on l’eut calmée par des menaces et qu’on lui eut donné quelques hypnotiques.
M. le médecin Passart se sentait mal , mais ne se soignait pas. Il se décida à prendre un purgatif violent et alla beaucoup plus mal. Il se déclara une douleur dans la • région hypochondriaque droite ; des douleurs se firent sentir
aussi vers l’ombilic. Rien ne les calma. Il fut purgé. Les purgatifs agirent au gré (les médecins. Enfin le ventre se tuméfia. Soif implacable. Persistance des douleurs. On croit à une affection du foie. Mort.
Un carrossier fut pris de douleur de ventre et de fièvre. Il s’adresse aux bonnes femmes. Elles lui administrent les remèdes usités contre les affections utérines. Vains efforts. La fièvre augmente et devient continue. Le quatrième jour, on appelle un médecin, qui commence par le saigner et le purger. Le septième jour, repos. Le même jour , le malade perd la voix durant six heures. Le pouls était bon. C’était un mouvement critique sans crise , un vain effort de la nature , car il n’existait pas encore des signes de cochon manifestes. Il ne se fit aucun changement dans son état jusqu’au onzième jour. Nous nous abstenions de toute médication, attendant que la nature opérât quelque changement, aux jours critiques. La maladie se prolongea presque trente jours. Le malade guérit. Il faut religieusement observer les jours critiques.
Chez une femme, il existait une fluxion sur l’épine dorsale. Cette femme était toute raide. Elle allaitait, et peutêtre les fatigues et le travail de l’allaitement n’étaient-ils pas étrangers à la maladie. On lui administra un purgatif énergique; on lui fit des applications de coton imbibé d’huile. Elle se rétablit bientôt. On ne la saigna pas. La chaleur du lit et les onctions opérèrent la résolution. Un autre médecin aurait peut-être ouvert la veine.
Claude de la Croix est sujet à vomir fréquemment. Il est herniaire, et ne peut faire rentrer l’intestin. Fomentations. Frictions. Enfin il paraît se trouver bien d’un lavement d’électuaire de coloquinte dissous dans le vin de Malvoisie. La hernie finit par rentrer contre toute attente. Le chirurgien , par un attouchement et un maniement continuels, la lit rentrer peu à peu et mit un terme à nos appréhen-
ET ÉPllÉMÉRIDES.
sions. C’est ainsi que la constance et la continuité des efforts triomphèrent du mal.
Il arriva une chose extraordinaire à la femme de J. Chalenton. Ayant fait usage, d’après le conseil imprudent d’un pharmacien , de pilules de mercure elle ne cessa depuis ce moment de souffrir de la tête ^ et le cerveau en fut affecté de telle sorte , que la tête fut depuis lors agitée d’un branlement continuel.
La femme de M. de Hère éprouva dans la tête les souffrances dont il a été question au commencement de ce livre ; car les douleurs étaient périodiques et analogues à celles de la migraine. Elles cédèrent à d’énergiques purgations. Il est étonnant qu’ elles aient persisté aussi longtemps.
La fille de M. le conseiller Angenost fut saisie d’une fièvre des plus intenses. Yeux brillants et noyés de larmes. Écoulement de sang par les narines. En même temps, retour des règles. Elle entre immédiatement en convalescence, délivrée des symptômes de pléthore. Voyez la remarque que nous avons faite relativement à l’épouse de Guérard , d’après la sentence d’Hippocrate. Une histoire semblable est celle de la jeune fille de Larisse , dans les Épidémies , dont la maladie dépendait de la pléthore.
Nous avons parlé plus haut du fils de Dumée et du fils de Jean Puthomme, atteints d’une toux férine et d’un catarrhe indomptable qui les fit périr. Il existait chez le premier un exanthème dont l’éruption ne fut pas ce qu’exigeait la maladie. La sérosité -maligne amena la corruption de l’organe affecté. C’est ce qui advient , lorsque l’on a lieu de soupçonner l’existence delà rougeole ou de la variole. Quelle conduite tenir dans ce cas? Eu égard à l’intensité des douleurs et à la tuméfaction des parties affectées , aurez-vous recours aux suppuratifs ? Il est à craindre que la corruption ne devienne plus grande. Vous bornerez-vous aux anodins ? peut-être resteront-ils sans effet. Il faut , je crois ,
s’arrêter au parti que des médecins prirent un jour dans une maladie de ce genre. Pendant une constitution épidémique, féconde en éruptions pustuleuses de mauvais caractère , les varioles s’accompagnèrent de gonflements et de douleurs , qui faisaient périr les enfants en corrompant les parties solides. On tomba d’accord d’employer des applications d’onguent de Yigo cum mercurioe t de légères frictions de pommade mercurielle. Ce remède eut de merveilleux résultats. C’est un fait dont il faut se rappeler, afin de cesser de considérer comme ne pouvant être que nuisible aux malades un remède si facile et que l’on a toujours sous la main.
Une femme intelligente et active , qui demeurait à l’enseigne de M. Pierre, mourut hydropique. L’eau s’amassa peu à peu dans l’abdomen , et peu à peu aussi le ventre se tuméfia. Elle n’avait pas ses règles. On attribuait en partie cette suppression aux chagrins que lui avait fait éprouver la perte de ses enfants. En réalité, elle était grosse. Fièvre continue. Urine en petite quantité, mais épaisse et trouble, comme elle l’est dans les fièvres putrides. Douleur à l’hy— pochondre droit. Tuméfaction et dureté dans la région du foie. Douleurs aux lombes et aux reins. Les urines n’étaient pas clarifiées ^ la majeure partie de la sérosité se rendait dans l’abdomen. De là l’hydropisie. A l’ouverture du cadavre , on trouva dans le ventre douze livres d’une eau ayant la couleur et la consistance de l’urine ; le foie dur , sec, offrant une foule de couleurs différentes, et dans plusieurs endroits, une coloration cendrée ; il était vicié dans toute sa substance. Il n’existait qu’un rein , ayant plus de deux fois le volume d’un rein normal ; c’était le gauche. Le droit manquait; il était remplacé par une espèce de sac. Je ne crois pas qu’il eyt jamais existé. C’est un fait extraordinaire. Cette femme avait souvent rendu des pierres, à la suite de douleurs néphrétiques. On ne trouva cependant
ET ÉPJ1ÉMÉR1DES.
aucun calcul soit dans le rein , soit dans la vessie. Les poumons étaient secs. La fièvre avait été continuelle. Cette femme mourut enfin , après être restée deux jours sans voix. Elle avait été purgée douze fois , sans que le foetus en souffrît, c’est-à-dire, sans que la violence des purgatifs eût provoqué l’avortement.
On ne doit administrer les purgatifs qu’avec prudence aux enfants , comme aux personnes de tout âge; mais chez les premiers, on doit redoubler de réserve ; car j’en ai vu plusieurs mourir au milieu même de l’action du purgatif ; ce qui tournait à la honte de notre art, et ne donnait que trop lieu de le calomnier. Celte prudence est surtout nécessaire lorsque le corps est chez les enfants brûlant et desséché , abattu et débilité par la violence et la longueur de la maladie. Hippocrate a observé que les personnes dont le corps est desséché, c’est-à-dire miné et exténué par la maladie , supportent mal les purgatifs. Or , c’est un malheur et une honte de voir un malade mourir , le jour même où on lui a administré un purgatif. J’ai cru de mon devoir de signaler ces regrettables événements pour qu’on les ait toujours présents à l’esprit. Car lorsque le corps languit, il a besoin plutôt de réfection que d’évacuation. Quelqu’un objectera-t-il que la maladie est entretenue par une humeur dépravée? mais on s’exposerait souvent à voir le malade rendre l’âme avec cette humeur , et mieux vaut corriger l’humeur par la bonté du suc nutritif que la nemuer. Il est , en outre , des cas où la nature, où le corps est languissant plutôt que malade : car la faiblesse est autre chose que la maladie. De l’intempérie des humeurs naît l’atonie , de l’atonie une mauvaise assimilation , de celle-ci la langueur. Il est donc plus nécessaire d’user de réconforta tifs que d’évacuants. Ainsi donc, [dus la nature manquera de puissance, plus il faudra venir à son aide.
Une question bien importante est celle de la saignée chez les enfants. On objecte leur jeune âge. Galien, au livre De la Saignée , traite ce point avec la plus sage réserve , car il exige plusieurs conditions^ avant d’en approuver la pratique. En effet, il dit : « Survient-il une pleurésie et une pneumonie chez un enfant âgé de plus de quatorze ans^ s’il est d’un tempérament sanguin, si l’on est au printemps et dans un climat tempéré, pratiquez la saignée sans crainte. » C’est dire qu’il faut attendre cet âge et requérir ces conditions. Duret, l’interprète par excellence d’Hippocrate, interrogé pourquoi Hippocrate n’a pas fait saigner des enfants atteints de pleurésie ou de pneumonie , répond qu’Hippocrate n’a pas vu des enfants atteints de ces maladies ; opinion qui n’a pour s’appuyer que le silence qu’il a gardé sur ce point ; car chez les enfants, le sang., étant peu épais, doux et halitueux , manque des stimulants propres à l’exciter. Ajoutez à cela qu’employé à l’alimentation et à l’accroissement du corps , il ne s’y mêle que peu de résidus. Il en est tout autrement chez les jeunes gens. Leur accroissement étant arrivé à son terme, une partie de leur sang devient superflue ; de là les hémorrhagies qui en sont la conséquence ou, à leur place, des dyssenteries. Chez eux,, le sang superflu n’est-il pas évacué par une de ces voies? il devient le germe de maladies : d’où des crachements de sang , des pleurésies , des péri pneumonies. Je laisse à décider la valeur que peut avoir cette explication de Duret. Je trouve sur ce sujet des indications dans le commentaire de Galien, sur l’aphorisme 29 du livre 3. Il se demande si c’est avec raison qu’ Hippocrate a écrit : Les jeunes gens sont sujets au crachement de sang et à la phthisie : et il répond : « Ce n’est pas par suite de la nature de leur âge que les jeunes gens éprouvent ces accidents, mais par suite de quelque influence à laquelle ils sont plus exposés, c’est-à-dire éventuellement. » Lisez ce passage pour plus de détails.
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L’épouse du pharmacien Quartar était hypochondriaque. Il lui vint aux fesses une tumeur furonculeuse très-volumineuse, et, à six ou sept mois de là, une fièvre quarte. Elle recouvra la santé et fut délivrée de sa première maladie. La fièvre quarte guérirait-elle l’hypoeliondrie , c’està-dire, serait-elle propre à effacer la disposition qui entretient l’hypochondrie?
Un malade était atteint d’une fièvre tierce assez violente. Après avoir supporté les tourments de quelques accès , il voulut essayer d’un remède nouveau et inusité. On ramenait ses chevaux de la rivière où on les avait baignés. Il ordonna qu’on les arrosât de l’eau d’un puits. Il prit plaisir à voir cette aspersion, et voulut qu’on la pratiquât sur luimême. Il contraignit ses domestiques à exécuter son ordre. Ceux-ci tirent de l’eau froide du puits et la versent sur le corps de leur maître tout nu, et au milieu du paroxysme. Il n’en fit pas l’essai impunément; car il ne tarda pas à perdre la voix et à être saisi par des convulsions. Sa bouche se remplit d’écume. Il éprouva des convulsions épileptiformes et mourut. Il est étonnant que cette tentative ait été l’occasion d’une mort si rapide ; car d’ordinaire , la répercussion de la matière qui accompagne les fièvres tierces ne produit pas des symptômes si formidables. Il est à croire que le sérum et la vapeur fébrile qui se dégagent de la matière dépravée (bien que la fièvre soit bénigne), possèdent une qualité maligne. Les douleurs violentes de la tête ou de tout le corps , et le cortège des symptômes que les fièvres, même les plus modérées, trament après elles, en sont la preuve. Il est donc moins étonnant qu’une tentative si imprudente et si déraisonnable ait eu une issue si funeste.
La femme de M. Mydorgc, étant enceinte, perdit beaucoup de sang par l’utérus. Nous croyions à un avortement. Cependant l’utérus conserva l’enfant jusqu’au terme ordinaire de la grossesse. Il faut attendre et voir ce qu’il advien
dra. La femme de M. Amaulry cessa d’avoir ses règles pendant cinq mois , et se crut enceinte. Aux environs des fêtes de Pâques, les orifices des vaisseaux s’ouvrirent et les menstrues Allèrent. Le ventre ne se développe pas. L’événement éclaircira la chose. L’accoucheuse m’a depuis assuré que cette perte de sang n’avait pas mis obstacle au développement du fœtus et à la délivrance la plus naturelle, et que la grossesse avait atteint son terme complet.
Un gentilhomme était atteint de fièvre tierce. Le médecin qui lui donnait des soins , ayant horreur des saignées, négligea de lui tirer du sang. Au quatrième accès, comme si les veines s’étaient rompues et qu’il se fût fait quelque congestion vers les organes internes , il rendit au dehors une si abondante excrétion de sang qu’il en mourut le jour même.
Le frère de M. le médecin Delabarre avait une fièvre tierce. Le quatrième paroxysme fut si violent que, l’humeur morbide se portant vers le haut, l’un des yeux fut chassé et sortit de son orbite. Cet œil fut perdu et suppura.
Chez les femmes et les jeunes filles atteintes de fièvre continue , les frissons fréquents , les douleurs des lombes et du cou, et autres symptômes effrayants, annoncent l’éruption des règles. Si on leur tire du sang , les règles paraissent le lendemain. C’est ce qui arriva à Madame Duhamel, dont l’état était très-grave. Voyez Galien dans son commentaire sur le §. 50 de la section 5 du livre 1er des Prorr hé tiques.
Les eaux minérales, telles que celles de mercure et d’orpiment, guérissent les ulcères malins, rongeants, serpigineux et autres de même genre. Est-ce par une propriété siccative? est-ce par quelque vertu particulière ?
Dans les ulcérations et les blessures des nerfs et des parties nerveuses , on prévient les convulsions et autres
ET ÊPÏII\MÉH1Ï)ES.
symptômes redoutables en y instillant de l’huile trèschaude. Est-ce parce qu’elle possède à un liant degré la faculté d’atténuer et de pénétrer , parce qu’elle empêche le contact des surfaces blessées , et qu’elle laisse par là un facile écoulement à l’ichor de mauvaise nature qui suinte de la partie affectée ? Serait-ce parce que les parties nerveuses se trouvent bien de ce qui est chaud ?
La femme de J. Bondenier avait des varices très-développées aux cuisses et aux jambes. Elle est d’un tempérament mélancolique. Dans une consultation , il fut convenu qu’on ouvrirait ces veines. On en tira une grande quantité de sang. Depuis cette opération , elle n’a pas éprouvé d’incommodité de quelque importance. Voyez Galien au chap. 4 de son livre sur YAtrabile, et le Conseil 17 du livre 2 de nos Conseils.
Question : Dans les affections de la tête , faut-il employer les dérivatifs et les purgatifs les plus énergiques ? Ces affections étant nombreuses , il faut faire sur ce point quelques distinctions. Il faut surtout prendre en considération ce que nous avons écrit dans le tome 2 de nos Conseils (Conseil 10) , surtout lorsqu’il s’agit du catarrhe contre lequel les médecins ne savent souvent pas s’il faut avoir recours aux plus énergiques purgatifs. Dans cet endroit , nous nous sommes appuyé de l’autorité de Celse qui a écrit: Une faut employer à V intérieur que clés ‘médicaments doux, de peur d* exciter une pituite plus âcre. C’est encore ici le lieu de rappeler ce que certains chirurgiens ont remarqué , à savoir que, dans les blessures et les plaies de la tête, l’emploi des purgatifs a peu d’avantages, lis augmentent les douleurs, ils aggravent les symptômes et provoquent des inflammations. On agite l’humeur , on ne l’évacue pas.
Quelques médecins ont but l’observation que , chez les malades morts d’une blessure à la tête, on trouve d’ordi-
trer si la chose est. vraie. On recherchera ensuite d’où elle peut provenir.
Pourquoi les sueurs ne consistent-elles pas en une exsudation de sang? car si la sueur suinte des dernières extrémités des veines qui se terminent à la peau , en s’accompagnant d’une augmentation de la faculté expultrice et d’une diminution de la faculté rétentrice, pourquoi, dans la dia— phorèse , ne sort-il pas une sueur de sang ? Cette sueur de sang, nous l’avons observée chez le fils de l’illustre Guillau-
me Budée , la lumière de son siècle , au point que ses draps étaient arrosés de taches de sang. Il fut emporté par cette épouvantable maladie. Théophraste répète, d’après le médecin Monade, que l’on voit quelquefois paraître une sueur ayant de la ressemblance avec le sang. Aristote, au chap. 19 du livre 3 de son Histoire des Animaux , raconte que quelques personnes ont eu une sueur de sang. Ce n’est donc pas poser une question oiseuse que de demander pourquoi la sueur n’est pas constituée par le sang , car la rougeole semble être une effusion sanguine de la peau.
Dans les années 1580 et 1581 , une maladie pestilentielle des plus graves frappa l’espèce humaine. Nous en exposerons ailleurs-, avec le sentiment d’une profonde douleur, tous les désastres et tous les lamentables symptômes. Je ne veux rappeler ici que les accidents qui furent particuliers aux femmes. Je remets à expliquer ailleurs comment presque toutes les femmes qui devaient succomber à cette maladie pestilentielle, avortèrent : ce qui n’a rien d’inusité. C’était moins l’avortement en lui-même, qui était extraordinaire, que de le voir s’effectuer quelques instants seulementavantla mort. Voici la seule chose que je veux exposer ici : un nombre infini d’entre elles éprouvèrent des douleurs à fhypogastre. 11 fut fort difficile de décider si ces douleurs dépendaient d’une affection utérine ou d’une autre affection. Et cependant leur violence fut grande ainsi que
leur durée , si grandes qu’elles déjouèrent tous les efforts et tout l’art des médecins. Quelle était leur nature? Étaientelles épidémiques , ou simplement sporadiques ? C’est ce . que les médecins, même les plus expérimentés , ne purent décider. Chez un grand nombre de ces malades,, des tumeurs se développèrent dans les lieux qui servent d’émonctoires, et elles ne furent pas nuisibles. Tout à coup il tonna, et les humeurs, comme si elles eussent changé de caractère et de génie , produisirent des tumeurs malignes et pestilentielles. Tant est grand l’empire des conditions atmosphériques ! Et de nouveau , comme si cette peste eût fait son temps et se fût adoucie , des tumeurs apparurent en dernier lieu dans la gorge et aux émonctoires, et elles furent exemptes de toute malignité.
Les empiriques produisent parfois de merveilleux effets,, à l’aide de leurs métaux ; ils triomphent même des maladies dont on n’avait pas su se rendre maître par les évacuations ordinaires. Cela tient-il à ce que ces hyperdrastiques surmontent la ténacité et la puissance de la nature , en dissolvant les sucs louables comme les dépravés, ainsi que cela a lieu dans les frictions mercurielles ? L’union , l’essence , la force de toutes les parties se trouvant rompues , l’humidité naturelle aux organes en est elle-même accrue, et par là, non-seulement les humeurs ordinaires, mais les principes diathésiques eux-mêmes ne tardent pas à être dissous et éliminés.
Faut-il ajouter foi ce que l’on raconte de la tille de M. de Chailly ? Ma belle-mère et la femme de M. Reburt présentèrent le même phénomène. L’une et l’autre étaient hydropiques, et leur abdomen était fortement distendu, partie par des eaux , partie par des gaz. Après leur mort, leur ventre s’affaissa au point que l’on n’aurait jamais cru qu’il eût été distendu. La fille de M. de Chailly était bossue. Elle fût emportée par une mort rapide. La bosse et la
courbure de la colonne vertébrale disparurent presque entièrement après sa mort ,, et de lui-même le corps reprit une longueur plus grande. Chose prodigieuse ! Comment put donc s’opérer la subite disparition de celte difformité?
Les lentilleux sont presque tous cacochymes, et leur foie fonctionne mal. Il y a chez eux prédominance d’humeurs dépravées et d’une sérosité mauvaise. Ont-ils des ulcères ? ils sont lents à guérir. Voyez Hippocrate, au livre 2 des Epidémies : Les ulcérés difficiles à guérir sont du genre des ulcères blanchâtres (en grec ücXevxo *), blafards , qui ont presque la couleur des lentilles ; c’est-à-dire que les lentilleux , lorsqu’il leur survient des ulcérations , n’en guérissent qu’avec peine. Leur peau et leurs lèvres se couvrent de croûtes ichoreuseset d’une humeur s'alée qui, après avoir été échauffée par le poumon , descend de la tête et se répand sur la peau. Lors donc que vous aurez à traiter des personnes lentilleuses , ne soyez pas surpris si les médications^ même les plus habilement instituées, échouent.
La fille de M. de Masseparault avait un écoulement par l’oreille. La matière en était sanieuse. Sa suppression fut suivie de douleur et de pesanteur de tête ; il semblait qu’elle ne pouvait la soutenir. Fièvre. Le mal résista à tous les remèdes. Mort. On trouva dans le cerveau un abcès considérable.
Je dois noter ce qui arriva à la femme de M. le médecin Ellen. Elle fut prise d’une indicible douleur dans les cuisses. Fièvre continuelle. Deux ou trois saignées. La soustraction du sang produisit un tel changement dans le pouls qu’on aurait dit le pouls d’une mourante. Il présentait de l’inégalité, de l’intermission , puis il s’effaçait; bientôt reparaissait une autre pulsation comme dans le pouls dicrote. Pendant tout ce temps, l’abattement des forces nous empêcha de rien entreprendre. Ce changement survenu dans le pouls tenait moins à une faiblesse réelle qu’à l’affection
latente de quelque organe , qui se manifestait par cette apparence de faiblesse.
Chez la même personne (d’un tempérament mélancolique et regardée souvent comme hypochondriaque), il survint une tumeur à la cuisse gauche , là où se rendent les vaisseaux cruraux. Indolente dans le principe , elle devint plus tard le siège de quelque douleur. Les médecins qui soignèrent la malade étaient divisés d’opinion sur la nature de cette tumeur. Les uns voulaient qu’après avoir adouci l’humeur et favorisé sa coction , on en provoquât la suppuration. Les autres, craignant que ce ne fût un carcinome ou un cancer, voulaient qu’on s’en abstint et que l’on se bornât à nourrir le mal. L’opinion de ces derniers prévalut , et la malade ne s’en trouva pas plus mal. Au bout de trois ans , des pustules s’élevèrent sur la surface de la tumeur; celleci s’abcéda , et il en sortit de la sanie. Elle se cicatrisa. Le mal disparut de ce point, mais il se reproduisit dans un autre endroit. Cette affection se rapproche des scrofules , ou plutôt ce sont les scrofules mêmes.
Une jeune fille, étant tombée par terre, craignit d’avoir montré ses parties naturelles. Ce sentiment de honte supprima les règles qu’elle avait en ce moment. Il y avait à craindre que la matière de cette excrétion impure ne se portât quelque part. Quelle légère cause suffit pour arrêter les mois, en appelant ailleurs l’esprit vital qui dirigeait le sang vers les parties naturelles !
Y a-t-il du danger à donner un purgatif dans les fièvres quartes et autres fièvres rebelles, lorsque l’humeur est en mouvement , et le jour de l’accès ?
On administra un purgatif à la femme de M. Duhamel , atteinte de fièvre quarte. Une heure après, elle fut prise du frisson et de la chaleur fébriles, et n’en supporta pas moins bien le médicament, qui provoqua des évacuations convenables. Depuis ce moment, elle eut encore quelques accès,
mais en petit nombre , et elle en fut enfin complètement débarrassée. Dans un cas pareil ne pourrait-on pas avoir recours à la même médication ?
Ce qui arriva au fils de M. Pileur, âgé de 12 ans, est remarquable. Suppression d’urine. Douleurs à la racine de la verge. Cris. Impossibilité d’introduire le cathéter. Au bout de quelques jours, l’enfant urinait du pus; le mal s’amendait , et l’écoulement de l’urine redevenait facile. Quelle était donc la nature de cette affection? Elle se reproduisit et se dissipa plusieurs fois. II vint à la pensée des lithotomistes de le tailler près du scrotum , pour extraire le calcul sorti de la vessie et fixé au milieu du canal urinaire. S’il était sorti de la vessie, s’il séjournait au milieu du canal, pourquoi ne formait-il pas un obstacle permanent à la sortie de l’urine? Je crois que ce calcul, logé dans une petite alvéole qu’il s’était creusée , occasionnait par intervalle de l’inflammation. Ce points gonflé par l’inflammation, rendait le. méat plus étroit. Le pus évacué, les parois s’affaissaient et le canal redevenait plus libre. Il faut noter ce que nous venons de dire que le calcul s’était formé une sorte de nid. La terminaison de la maladie montra que notre supposition était juste : car beaucoup plus tard sans plus de douleur , le calcul s’échappa du canal , et l’enfant n’éprouva plus aucune de ses anciennes souffrances.
L’épouse de M. Boyer, après un accouchement des plus laborieux, et Dobilon greffier au Châtelet, furent pris l’une
et l’autre de douleurs à la hanche. Chez la femme, elles furent des plus violentes. On tenta des médications variées, tantôt les anodins , tantôt les révulsifs , tantôt les résolutifs, tantôt les narcotiques, sans en obtenir aucun bon résultat : la matière morbifique était diffuse. Elle se réunit enfin en foyer. On en provoqua la suppuration. Il s’y fit un écoulement de pus considérable et prolongé. La malade guérit. Lorsque ces douleurs acquièrent une si grande intensité , il
ET ÉPIIÉMÉR1DES.
faut favoriser la réunion de la matière en un foyer. Après (juoi , on en détermine la coction et la suppuration.
Vers le mois de mai , M. de Longueil fut pris de termina. Il y a chez lui abondance d’humeurs bilieuses et de sucs crus, deux sortes d’humeurs remarquables par l’inégalité de leur caractère et de leurs mouvements. Douleur au bas- ventre, principalement du côté droit. Il y avait une telle turgescence des humeurs et l’abdomen s’était tellement ballonné, que le malade en était presque suffoqué. Il s’alluma une fièvre tantôt avec périodicité, tantôt sans périodicité. Enfin, à la suite d’un abcès formé dans une partie du mésentère ou de l’intestin, le malade rendit une matière purulente. Il guérit à la longue et grâce à de fréquentes purgations. Il éprouvait de temps à autre des frissons et du froid , phénomènes produits par la suppuration ; car tout frisson a son point de départ dans les vaisseaux ou dans quelque ulcère. Remarquez relativement aux vaisseaux que cela a lieu , surtout lorsque leur membrane musculaire est affectée.
Mademoiselle Ruades souffrit de douleurs et de termina dans le ventre. L’abus des substances échauffantes, en augmentant le resserrement du ventre, avait complètement supprimé les selles. On avait eu recours inutilement aux purgatifs pris par la bouche et à de nombreux lavements. Symptômes d’iléus. Fièvre. Mouvements convulsifs. Douleur excessive dans la région utérine. Métastase sur l’utérus. Excrétion peu abondante de matière sanieuse et ichoreuse. Nous redoutâmes le développement d’un cancer dans l’utérus, ou de quelque altération analogue. L’issue de la maladie fut cependant plus heureuse. II n’v eut rien de pareil.
Benjamin avait un mal de gorge ; ce n’était pas une véritable angine. Contrairement à l’attente des médecins, elle se termina par suppuration sous l’influence de cataplasmes faits avec la mie de pain et le suc de violettes. Maux , signes et symptômes précédents, tout disparut.
468 ÉPIDÉMIES ET ÉPIIÉMÉRIDES.
Notre ami S. Ger. était atteint d’une fièvre continue offrant le caractère de la tritéophie. Dans les accès, surtout dans les plus forts accès , il survenait de l’aphonie , la résolution des forces , de la faiblesse dans les membres , la perte de la mémoire. La fièvre tombée , le malade reprenait toute sa raison. Sont-celà les symptômes ordinaires des fièvres? nullement. Mais Galien dit que l’on observe quelquefois dans les accès fébriles un sommeil profond , la catalepsie , le coma vigil , le coma léthargique. Hippocrate fait aussi mention d’une constitution maligne dans laquelle les accès s’accompagnaient d’aphonie, de perte de la mémoire et de résolution des membres (a<p£<ji.ç). Par a<pt< nç , il faut entendre un relâchement de toutes les parties du corps, dans lequel les forces paraissent abolies comme dans la paralysie.
Ce qui se passa chez le président de S. -André est assez extraordinaire. Il s’était cassé le tibia , le cal s’était formé et la fracture s’était consolidée. A sa mort , occasionnée par un état général de dissolution, le cal fut trouvé dissous , et l’os de la jambe, à l’endroit de la soudure, se brisa et se désunit comme par une nouvelle fracture.