‹ Épigrammes de Jean-Baptiste RousseauChapitre 1 sur 8 · Épigrammes de Jean-Baptiste Rousseau · texte numérisé non relu

Épigrammes de Jean-Baptiste Rousseau

Quatre cent quatre-vingt-dix-neuf exemplaires numérotés, dont huit exemplaires sur Japon impérial, numérotés de I à 8 ; cinq exemplaires sur Chine, numérotés de g à i3 ; quinze exemplaires sur Hollande van Gelder Zoonen, numérotés de 14 a 28 ; e? quatre cent soixante-et-onze exemplaires sur papier vergé teinté numérotés de 2g à 4g g.

Tous droits réservés.

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oici une édition nouvelle des Epigrammes de Jean-Baptiste Rousseau.

Bien que la majeure partie des pièces, que nous réimprimons ici, ait paru un certain nombre de fois, nous espérons qu'on nous saura gré d'en fournir un texte meilleur, établi d' après des sources indiscutables. On ne prête qu'aux riches, dit un vieux proverbe. En vertu de cet adage, on ne l'ignore guère, les éditeurs qui nous ont précédé, n'ont point manqué d'attribuer à Rousseau une joule de petits poèmes lascifs, qui ont fait plus pour

Epigrammes. I

compromettre la mémoire de cet auteur, que la déplorable affaire des Couplets du Café de la Veuve Laurent. Satyrique, Rousseau le fut» certes, plus qu aucun de ses confrères, mais son goût pour r épigramme ne V abusa pas au point de lui faire perdre les ressources de son génie. S'il rima pour les sociétés libertines et les aprèssoupers du Temple, il n'oublia jamais, par contre, le respect dû à la langue et demeura, dans la tradition, le ferme descendant de Marot et de Régnier.

On comprendra après cela que nous ayons dît écarter de notre choix des pièces d'origine douteuse que seules la cupidité et la malveillance de libraires étrangers — étrangers à tout art et à toute honnêteté — tentèrent défaire passer sous son nom.

%pusseau improvisa un nombre incalculable de pièces caustiques ou licencieuses, mais comme il ne prit guère la peine d^en recueillir ou d'en avouer qu'une centaine environ, défrayant l'actualité et provoquant le

scandale, mus ne nous sommes pas cru autorisé aies rechercher et à les produire toutes. Au contraire, n'avons -nous accueilli que les plus notoires, sinon les plus conformes à la vérité historique, nous opposant sans cesse aux procédés de ces impri??ieurs qui allèrent jusquà donner à Jean-Baptiste Rousseau des productions dont l'origine remonte à la Renaissance et qui se lisent j en outre, dans les Recueils libres du XVII' siècle.

Un libraire de la seconde moitié du XIX' siècle s'est montré particulièrement avide de ces sortes de galanteries. Il les a réimprimées en dix livres, les augmentant de tout ce que les sottisiers conservés dans nos fonds publics contiennent d'anecdotes gaillardes, de libres propos rimes, et ne s'inquiétant guère de publier, même en double, des pièces que la plus élémentaire prudence attrait suffi à lui faire rejeter.

Nous ne le nommerons pas, puisqu'il ne s'est point lui-même notnmé. Le livre qu'il

composa de la sorie parut il y a quelque trente ans (i), eut du succès, et, chose plaisante à relever, est presque recherché en librairie.

Notre ouvrage, nous nous empressons de le dire, na rien de commun avec un tel recueil. Loin de multiplier les poèmes nouveaux et de réunir sous une même rubrique des pièces quil faut ou ignorer ou rendre à leurs véritables auteurs, nous nous sommes abstenu de toute attribution personnelle et nous n avons jamais admis une épigramme que nous ne V ayons, au préalable, coUationnée sur les éditions publiées du vivant de l' auteur. Nous avons voulu même — tant notre tâche nous a paru délicate — pousser le scrupule jusqu'à insérer à part des pièces d'une authenticité incontestable, mais qui ne furent pas avouées par Rousseau.

Au lecteur de juger de la sincérité de notre

(i) Toutes les Epigrammes de Jean-Baptiste Rousseau publiées en partie pour ta première fois . Londres, chez James Krick, etc., sans date, in-i8.

tâche. Nous serions satisfait si, apportant la matière d'un livre plaisant, nous avions réussi à servir la mémoire du plus injustement décrié de nos poètes français !

Un Bibliophile Parisien.

BiBLiOTHÈciUE NATIONALE. — Manuscrits français 9351 et 9352: Suite des Œuvres d€ Rousseau qui n'est (sic) point dans V édition de Londres en 1^24 ; Poésies diverses qui ne sont point de Rousseau ; Poésies satyriques de différents auteurs, etc.

B1BL10THÈQ.UE DE l'arsenal. — Manuscrit 2947 : Œuvres de J.-B. Rousseau et de Pavillon (De la Biblioth. de M. de Paulmy), 284 ff. — Manuscrit 3 130 : Recueil de pièces choisies et libres. Tome premier. A Paris, le premier may lyjo (De la Biblioth. de M. de Paulmy). — Manuscrit 3131 : Recueil de différentes pièces de poésie, etc. — Manuscrit 293 5 : Sottisier ou Re. cueil de chansons., poésies et autres pièces satyriques, je^ volume (De la Biblioth. de M. de Paulmy). Voyez: Poésies satyriques de Rousseau. — Manuscrit 4845 : Recueil de poésies de M. [J.-B.'] Rousseau, etc. Malgré son titre un grand nombre de pièces qui composent

ce recueil ne sont pas de J.-B. Rousseau. Elles ont d'ailleurs été reproduites dans l'édition des Epigrammes de Londres, chez James Krick, s. d., in-8o. — Manuscrit 6712 : Recueil de pièces erotiques ou galantes, en prose et en vers (De la Biblioth. de M. de Paulmy),fol. 162 à 217, Contes, odes, satires, epigrammes, etc., de J-B. Rousseau; fol. 218 à 244, Epigrammes satyriques de M. Rousseau, etc.

Œuvres Diverses du Sieur R***. Soleure, chez Ursus Heuberger, 1712, in- 12.— C'est la première édition des Œuvres de Rousseau. Elle fut donnée par le poète, lors de son exil. Elle ne contient pas toutes les epigrammes de J.-B. Rousseau, ce dernier, pour des raisons de convenance qu'il avoue dans sa préface, en aurait écarté une trentaine de pièces.

Les Œuvres du S"" Rousseau. Tome I, contenant ses poésies. A Rotterdam, chez Fritsch et Bohm,MDCCXII, in- 18. La plupart des epigrammes publiées dans cette édition ont été désavouées par J.-B. Rousseau. Voyez dans la Correspondance de cet auteur (Genève, 1749- 17 50), les lettres datées du 13 août 1711 et du 10 mai 1714, et dans l'édition même des Œuvres du S^ Rousseau (17 12, 1. 1, Avertissement), la réponse publiée par les libraires Fritsch et Bohm.

Les Œuvres de M. J.-B. Rousseau, etc. — Edition de Londres, Tonson et Watis, 1723, 2 volumes in-

quarto ; Paris, 1724, 2 vol. in-douze ; Amsterdam, 1726, 4 vol. in- 12 (Le 4e volume renferme les pièces libres, rejetées par l'auteur); Amsterdam, 1727, 3 vol. in-12; Amsterdam, 1729, 3 vol. in-12 ; Amsterdam, 1730, 3 vol. iu-douze.

Œuvres diverses de M. Rousseau. — NouveUe édition revue, corrigée et augmentée par lui-même. A Londres, aux dépens de la Compagnie, MDCCXXXI, (et MDCCXXXII), 2 vol. petit in-12.

Œuvres diverses de M. Rousseau. — Nouvelle édition, contenant généralement tous ses ouvrages. A Bruxelles, aux dépens de la Compagnie, MDCCXLI,

2 vol. petit in-12.

Œuvres de Jean -Baptiste Rousseau. — Nouv. éd. revue, corrigée et augmentée sur les Ms. de Vauteur (publiée par Seguy, Bruxelles). Paris, Didot, 1743,

3 vol. gr. in-4°. (Fleurons de titres, vignettes et lettres gravées par Cochin .

Lettres de Rousseau sur différens sujets. — A Genève, chez Barrillot et Fils, MDCCXLIX-MDCCL, 5 vol. petit in-12.

Portefeuille de J.-B. Rousseau. — A Amsterdam, chez Marc Michel Rey, MDCCLI, 2 vol. in- 18. Voyez au tome I, pp. 171-182, Epigrammes diverses, pp. 183 à 220, Fables, Epigrammes, etc.

Œuvres DE J.-B. Rousseau, Nouv. édition, avec un

commentaire histor. et littèr., précédé d'un nouvel essai sur la vie et les écrits de l'auteur (par Amar). A Paris, chez Lefebvre, 1820, 5 vol. in-8°. Le tome II de cet ouvrage a 383 pp., mais il est suivi, dans certains exemplaires, d'un carton paginé 369 à 430, et contenant, outre la réimpression des pp. 369 à 375, un quatrième livre d'Epigrammes ^^Epigrammes I à L , pièces libres) ; deux poèmes : La Moïsade et L'Impuissance, ainsi que le texte intégral des Couplets du Café de la veuve Laurent, attribués à Rousseau.

Toutes les Epigrammes de Jeas'-Baptiste Rousseau. Publiées en partie pour la première fois. Londres, chez James Krick, etc., s. d., in-8°. Nous ne citons cette édition que pour mémoire, car elle est la plus incorrecte de toutes. Elle contient, d'ailleurs, un grand nombre de pièces qui ne sont pas de Rousseau. Par contrç, certaines epigrammes, recueillies par les éditeurs, ont été publiées en double. Voyez ce que nous en disons dans notre Avant-propos (p. 7 et 8).

Nouvelle anthologie Françoise ou choix des Epigrammes et Madrigaux de tous les poètes FRANÇOIS depuis Marot jusqu'a CE JOUR. A Paris, chez Delalain, MDCCLXIX, 2 vol. in-12.

Contes et conteurs gaillards du XVIIIe siècle, par Ad. van Bever, Paris, Daragon, 1906, in-8 (Voyez la notice consacrée à J.-B. Rousseau).

LE Dieu des Vers sur les bords du Permesse Aux deux Vénus m'a fait offrir des vœux. L'une à mes yeux fit briller la sagesse, L'autre les ris, Tenjoûment et les jeux : Lors il me dit : choisis l'une des deux. Leurs attributs Platon te fera lire.

Docte Apollon, dis-je au Dieu de la Lyre, Les séparer c'est avilir leur prix.

Laissez-moi donc toutes deux les élire : L'une pour moi, l'autre pour mes écrits.

CE traître Amour prit à Venus sa mère Certain bijou pour donner à Psyché.

Puis dans les yeux de celle qui m'estchère,

l8 ÉPIGRAIIMES

S'enfuit tout droit, se croyant bien caché. Lors je lui dis : Te voilà mal niché, Petit larron, cherche une autre retraite. Celle du cœur sera bien plus secrète.

Vraiment, dit-il, ami, c'est m'obliger : Et pour payer ton amitié discrète.

C'est dans le tien que je veux me loger.

PRÊT à descendre au manoir ténébreux, Ja de Caron j'entrevoyois la barque, Quand de Caliste un baiser amoureux Me rendit l'âme, et vint frauder la Parque. Lors de son livre Eacus me démarque, Et le Nocher tout seul l'onde passa.

Tout seul ? Je faux. Mon âme traversa Le fleuve noir ; mais Caliste, Caliste. En ce baiser dans mes veines glissa Part de la sienne, avec quoi je subsiste.

LE bon Vieillard qui brûla pour Bathille, Par Amour seul étoit ragaillardi.

Aussi n'est-il de chaleur plus subtile Pour rechauffer un Vieillard engourdi.

Pour moi, qui suis dans l'ardeur du midi, Merveille n'est que son flambeau me brûle.

Mais quand du soir viendra le crépuscule, Tems où le cœur languit inanimé, Du moins, Amour, fais-moi bailler cédule D'aimer encor, même sans être aimé.

QUELS sont ces traits qui font craindre Caliste Plus qu'on ne craint Diane au fond des bois? Quel est ce feu qui brûle à Timproviste, Ravage tout, et met tout aux abois ?

Seroit-ce feu saint Elme, ou feu Grégeois ? Nenni. Ce sont flèches, ou je m'abuse.

Encore moins. C'est donc feu darquebuse ? Non. Et quoi donc ? Ce sont regards coquets, Jeux de prunelle, en qui flame est incluse, Qui brule mieux qu'arquebuse et mousquets.

SUR ses vieux jours la Déesse Vénus S'est retirée en un saint monastère.

Et de ses biens, propres et revenus, Ainsi que vous, m"a nommé légataire.

Or de ce legs signé devant Notaire, L'exécuteur fut l'aîné de ses fils.

Mais le matois n'en prit point son avis, Et se laissa corrompre par vos charmes. Il vous donna les plaisirs et les ris. Et m'a laissé les soucis et les larmes.

SOUCIS cuisans au partir de Caliste Ja commençoient à me supplicier, Quand Cupidon, qui me vit pâle et triste, Me dit, ami, pourquoi te soucier ?

Lors m'envoya, pour me solacier, Tout son cortège et celui de sa mère, Songes plaisans et joyeuse chimère, Qui, m'enseignant à rapprocher les tems. Me font jouir, malgré l'absence amère.

Des biens passez, et de ceux que j'attens.

JE veux avoir, et je l'aimerai bien, Maîtresse libre et de façon gentille.

Qui soit joyeuse et de plaisant maintien,. De rien n'ait cure et sans cesse frétille, Qui sans raison toujours cause et babille : Et n'ait de livre autre que son miroir. Car ne trouver pour s'ébattre le soir, Qu'une matrone honnête, prude et sage.

En vérité, ce n'est maîtresse avoir, C'est prendre femme et vivre en son ménage.

LE teint jauni, comme feuilles d'automne, Et n'invoquant autre Dieu qu'Atropos, Amour s'en vint, qui me la baillant bonne,

Tais-toi, dit-il, tu trouveras repos.

Je me suis tû, croyant sur ce propos

De ces mignons aller grossir la liste.

Mais c'est pitié. Loin que ce Dieu m'assiste,

En me taisant mon mal devient plus fort.

J'entens, Amour : Vous êtes bon sophiste,

J'aurai repos, oui, quand je serai mort.

CERTAIN ivrogne, après maint long repas, ' Tomba malade. Un Docteur Galénique Fut appelle. Je trouve ici deux cas.

Fièvre adurante, et soif plus que cynique. Or Hippocras tient pour méthode unique.

Qu'il faut guérir la soif premièrement.

Lors le Fiévreux lui dit : Maître Clément, Ce premier point n'est le plus nécessaire ; Guérissez-moi ma fièvre seulement.

Et pour ma soif, ce sera mon affaire.

SUR leurs santez un Bourgeois et sa femme Interrogeoient l'Operateur Barri, Lequel leur dit : Pour vous guérir, Madame, Baume plus sûr n'est que votre mari :

Puis se tournant vers l'époux amaigri, Pour vous, dit-il. femme vous est mortelle, Las ! dit alors l'époux à sa femelle,

Puisqu'autrement ne pouvons nous guérir, Que faire donc ? Je n'en sçai rien, dit-elle ; Mais, par saint Jean, je ne veux point mourir.

CERTAIN Huissier étant à l'audience, Crioit toujours : Paix-là, Messieurs, paix-là, Tant qu'à la fm, tombant en défaillance, Son teint pâlit et sa gorge s'enfla.

On court à lui. Qu'est-ce-ci ? Qu'est-ce-la ? Maître Perrin ! A l'aide, il agonise.

Bessiere (i) vient. On le phlébotomise.

Lors ouvrant l'œil clair, comme un basilic, Voilà, Messieurs, dit-il, sortant de crise, Ce que Ton gagne à parler en public.

PAR passetems un Cardinal oyoit Lire les Vers de Psyché, Comédie, Et les oyant pleuroit et larmoyoit.

Tant qu'eussiez dit que c'étoit maladie. Quoi, Monseigneur, à cette rapsodie, Lui dit quelqu'un, tant vous semblez touché. Et l'autre jour au martyre prêché De saint Laurent, parûtes si paisible ? Ho, Ho, dit-il : Tudieu, cette Psyché Est de l'Histoire, et l'autre est de la Bible.

(i) Fameus chirurgien.

PRÈS de sa mort une vieille incrédule Rendoit un Moine interdit et perclus.

Ma chère fille, une simple formule D'Acte de foi. Quatre mots, et rien plus. Je ne sçaurois. Mon Dieu, dit le Reclus, Inspirez-moi. Cà voudriez-vous être Persuadée ? Oui, je voudrois connoître, Toucher au doigt, sentir la vérité.

Hé bien, courage, allons reprit le Prêtre, Offrez à Dieu votre incrédulité.

PAR trop bien boire, un curé de Bourgogne De son pauvre œil se trouvoit déferré.

Un Docteur vient. Voici de la besogne Pour plus d'un jour. Je patienterai.

Ça : vous boirez.... Hé bien soit, je boirai.

Quatre grand mois Plutôt douze, mon Maître.

Cette tisane. A moi ? reprit le Prêtre. Vade rétro. Guérir par le poison ?

Non, par ma soif. Perdons une fenêtre, Puisqu'il le faut : mais sauvons la maison.

Contre le Sieur Dion et le Curé de St-R..

CERTAIN curé, grand enterreur de morts, Au Chœur assis recitoit le service.

Certain Frater, grand dissequeur de corps,

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Tout vis à vis chantoit aussi TOffice.

Pour un Procès tous deux étant émus, De maudissons lardoient leurs Oremus.

Hum, disoit l'un, jamais n'entonnerai-je, Un Requiem sur cet Opérateur ?

Dieu paternel, dit l'autre, quand pourrai-je, A mon plaisir, disséquer ce Pasteur ?

ELLE a, dit-on, cette bouche et ces yeux, Par qui d'Amour Psyché devint maîtresse. Elle a d'Hébé le souris gracieux, La taille libre, et l'air d'une Déesse. Que dirai plus ? On vante sa sagesse : Elle est polie et de doux entretien, Connoît le monde, écrit et parle bien ; Et de la Cour sçait tout le formulaire. Finalement il ne lui manque rien, Fors un seul point. Et quoi ? Le don de plaire.

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