Epigrammes
L'opuscule que voici fui écrit par un malade çui voulait se distraire et ne pas trop ennuyer ses contemporains.
En conséquence la postérité est priée de ny voir qu'un Jeu»
Hôpital Sti-Lottt5, Pavillon Gabrielle, Mai*Juiii i^.
Remis dê ses émotions.
N'ayant gardé des passions
Que de la force et de la ruse, Le poète à présent s'amuse,,.
Il jouira du beau, du bien, S'snquétani do tout ei de rien.
ÂPIGRAMMES
' jMtHu que tout soii quelque ckaee Et que rien au but ne s^ofpose,
Ali but qu'il poursuivait jadis Avec des élans d'Amadis,
Vers quoi désormais il chemine, Bon chanoine en de chaude herminOt
Chanoine du Parnasse un peu Sceptique envers l'un peu vieux dieu,
Ce but gui serait d'enfin vivre Sinon encor tout à fait ivre
Comme autrefois, du moivs repu
Point trop, grands dieux ! mais ayant bu
De l'eau qu'il faut à la € Fontaine Poétique », pour la loinf/tine
Ou prochaine mort qu'il faudrait Etre consolée en secret.
ÉPIGRAMMBS
Ouif wntf eniêndre avec assê» De sang frais ei du bon s*ns pUin Nt plus saujSfrirt câlin ^ malins Filin f que.dss chagrins passés.
Se méfier de tout souci Sauf de tel que l'Eglise enjoint.
Mettre sa eenscienee au point Four écrire ce livre'Ci.
Il faut toujours être msîlleur Çîtf Vkomme que l'on voudrait être Et qu'on souhaite de paraître, Dans l'enthousiasme et dans l'heur
10 éPtCRAMNES
D§ la veriu sans aecrue, Tandis ^ ha$ la wtniié
St sent par dfgrès disparue. . .
C«riaintme«i, U Sagê doit Aimer en outre, même hosiile, Même affrttttse, même iuuiile, La destinée oU Dieu le voit
Se perfeetionner sans cesse Par l'effort disintèressi jyun eœur enfin débarrassé De toute F ancienne bassesse ;
Mais dans l'enthousiasme et l'keur If être meilleur encor que d^itre • Celui qu*en veut être et paraître^ il /oMit toujours être meilleur»
Les extrêmes opinions
Qu'hier earor nous pratiquâmes
Et qu'aujourd'hui nous renions
Oigitized
. ÉPICRAUHES
Sont pourtant dê nos pauwros âmos
La vie et poui-^ro Pkonnour,
La vie en fieurs, F honneur en fiammes.
Le Siècle et son train suborneur Nous corrompent si vite ensuite Qu'on n'en sait rien, par un bonheur.
On se blase, l'on se croit quitte De ious devoirs ei de tous droits.
Cest affreux d'oublier si vite
Ce que tu veux, ce que tu crois, Pour quelle triste insouciance !
Ah ! Dieu, plutôt sous Votre croix,
Satan, plutôt, par ta seienee.
Les grandes erreurs de jadis Ou l'ignorante xonfiance
Quand J'aspirais au Paradis,
APIGRAIfIfBS
yiiais naguère a^Aaliquë Btj0 léserais bien encar.^* Mais ce doute milaneeliquê !
Républicain fui le décor OiF mon esprit joua son râle.
Mais cette fièche en plein essor l
y essayai de tout y et c'est drôle Comme cela lasse, à la fin, De ckanget^^m fusil d épaule
Sans cible humaine ou bui divin !
ÉPIGItAUMBS
Bah, risum0 ta via Dans'Vari calma ai dans Vhauf Du Bian gui ta ravU Si du. Baau gui ne laurra.
Digitizeclj3)(k'
CE livre est sûr de mal plaire Aux trc p jeunes d'entre vous.
Mais pe jt-Hre il sera dolut A tel aus-.i que tolère Son âge encor parmi nous.
j'y (orntttle mes idées En termes à point précis Pous les gens enfin rassis Et las des .choses tentées Dans un jadis indécis.
ÉFIGKAMMES
De roots assex Japidaires Dans le cas de mon désir J'aurai bien voulu saisir * Et fixer e.i salutaire i Sentences mon déplaisir
Et mon plaisir devant telle Ou telle chose à nr>on choix.
Goethe le fit et je crois Pouvoir, son œuvre immortelle, La réduire en tapinois,
Ea sourdine, à ma manière, Selon mon temps et mes tts Et mes coutumes élus En forme d'avant>demtère Ou dernière fin, sans plus...
ÉPIGRAMMBS
Le poète qu'il faut être Et que j'ai, dit-on, kié, (Le suiS'je, dites, resté F) Craint de ne plus le paraître, — Cas terrible en vérité ! —
Dès qu'il se sent moins sincère
Que par trop judicieux.
Las ! que c'est de tourner vieux I
La prudence est nécessaire :
Qu'être dupo valait mieux !
'mm
tS iPIGIt.%1iME;t
J'admire rambiticm du Vers Libre,
— Et moi-même que fais-je en ce moment
Que d'essayer d'émouvoir 1 équilibre
D'un nombre ayant deux rhyibmes seulement ?
11 est vrai que je re^te tlaus ce nombre Et dans la rime, un abus que je sais Combien*!! pèse et combien il encombre, Maiâ indispensable à noire art français
i?l6RAMUB3
Autrement muet dans la poésid Puisque lo langage est sourd à l'accent.
Qu'y vou!es<vous faire ? Et la f antaisift Ici perd ses droits : rimer est pressant.
Que Tambition du Vers Libre hante De jeunes cerveaux épris de hasards I C'est l'ardeur d'une illusion touchante.
On ne peut que sourîie A leurs «carts.
Oais poulains qui vont gambadant sur Therbe Avec une sincère gravité !
Leur cas est fou. mais leur ftge est superbe. Gentil vraiment, le Vers Libre tenté (
iPIGRAliMBS
Après tout, lis ont sans doute raison, Puisque notre vie est aux trois quarts faîte ; C'est à nous de leur céder la maison.
En nous réservant toutefois le faite.
La jeunesse, hélas ! aime à triompher.
Nous fûmes aussi triomphaux et jeunes,
Sans plus qu'eux de pente à philosopher.
Bah, qu'ils aient la faim, nous aurons les jeûnes»
ÉPtGRAMMES 21
Qu'ils gardent Ibsen ! Nous, c'était Hugo.
Qu'ils soient tant et plus, nous restons les mêmes, N'étant pas trop vieux, n'allons tout de go Pas encor songer aux plongeons suprêmes.
Laissons les grandir. Leur art mûrira :
Ils ne viennent que d'entrer dans le temple.
Et notre mort pleurée approuvera Ceux à qui nous avons donné l'exemple.
à Ecimo id de Goncourt.
I OURD comme un crapaud, léger comme un oiseau^ JL^Exquis et hideux, Tart japonais effraie Mes yeux de Français dès l'enfance acquis au Beau jeu de la Ligne en l'air clair qui Tégaîe.
Au cruel fracas des trop vives couleurs, Dieux, héroS} combats, et touffus gynécées,
ÉPIGRAMMBS 23
Je préférera», d*entre les oeuvres leurs, Telles sc&nes d*uii bref pinceau retracées.
Un pont plie et fuit sur un lac lilîal, Un tosecte vole, une fleur vient d'èclore, Le tout fait d'un trait unique et génial.
Vivent ces aspects que l'esprit seul colore !
Si je blasonnais cet art qui m'est ingrat Et cher par instants, comme le fit Racine
Formant son écu d'un cygne et non d'un rat, Je prendrais l'oiseau léger, laissant le lourd crapaud dans sa piscine.
AI f-iiil un vprs de dix-sept pieds !
Moréas, ne triomphez pas,
Vous, de tous les chers émeutiers.
Le MiU dont J'aime les ébats,
Dont j'aime et dont j'admire l'heur Dans la pensée et dans les mots
(Les autres, oui, j'admire leur Bravoure, mais c'est tout mon los).
Mon vers n'est pas de dix-sept pieds, Il est de deux vers bien divers, Un de appt, un de dix. Riez
Du distinguo : c'est bon, rire. Et c'est meilleur encore, aimer vos vers 1
Digitizei
à William Heinemann.
MON ;igc mûr qui ne grommelle ICn somme qu'encore très peu
Aime le joli pêle-mêle
D un ballet turc ou camaieu
Ou tuut autre, fol et sublime Tour à tour comme en même temps, SurLout n vient la pantomime S'ébattre en jeux concomitants,
Jeux de silence et de mystère Que la musique rend déjà
ÉPICBAMMES
Plus muets et dont i'arl va taire Mieux le secrett qu*îl ne lâcha
Qu'à l'oreille de Colombine Ou de l'indolente Zulmé :
Pour l'amant, qu'il se turlupine Donc à tort ! Puisqu'il est l'aimé !
La jalousie, un sultan sombre Et piteux sotif! l'or du caftnn, Scaramouche tout noir dans l'ombre.
Ou tel splendide capitan, —
Se (icniènc parmi les danses D épiihalame et de joyeux Fourchas légers entre les denses Ronds de jupe essorés aux cieux,
Plaisirs des yeux, plaisirs de icle Qu'un vif orchestre exalte encor, Donnez au vieillissant poète L'illusion dans le décor*
« , ..largue de Barbarie ! »• P V.
à Octave Mirbeau.
APRÈS les chants d'église et les airs militaires Plus près d'être pareils qu'on ne croit en effet» Les uns xon?. pénétrant de dolirp'? austères, Les autres, feu puissant, clair, pur, dans les artères^ Dès le premier soupir jusqu'au dernier chevet,
Après, dis-je, ces deux entières préférences, Ce que j*aime parfois en fait de bruit humain
bPlGRAMMES
C'eit l iiislrumcnt qu'un pauvre éveille sous sa main, Bruit humain, fait de cris et de lentes souffrances Dans le soleil couchant au loin d'un long chemin,
■Jtue ou rouie, emplissant la banlieue et la ville ^ De son cbant toujours triste en dépit du morceau : Est-ce espoir qui s'endort, est*ce révolte vile ? Ah I plutôt n'est-ce pas l'escorte qui défile Des rêves, revenus de la tombe au berceau
Et qui vont du berceau retourner & la tombe, •Sans fin, sans lieu, soleil coi«hant jamais éteint,
Rue ou route qu'un horizon d^automne étreint, ■Perpétuel, heure arrêtée, âme que plombe £t surplombe un ennui qu'on ignore et qu'on craint.
à Francis Poktevin^
IL ne me faut plus qu'un air de flùfc, Très lointain en des couchaats éteints.
Je suis si fatigué de la lutte Qu'il ne me faut plus qu'un air de flûte Très éteint en des couchants Ijintains.
Ah, plus le claiion fou de l'aurons !
Le courage est las d'aller plus loi».
ÉPIGRVMMKS
Il veut et ne peut marcher encore Au son du clairon fou de l'aurore :
C'est d un chaut bercear qu'il a besoin.
La rouge action de la j<jurnée N'est plus qu'un rt" ve courbaturé Pour sa tête encor que couronnée," Et la victoire de la journée Flotte en son demi-sommeil lauré.
Fcinine, sois à ce héros qui bute D avoir marche sans cessc en avant, L'huile sur son corps après la lutte, « Plus du clairon foa : la molle flikte !
La paix dans ron cœur dorénavant.
TON' illogisme vainqueur Mène, où çà ? nia pnuvre barque, Je suis les lois d'un monarque Plus fol encor que mon cœur.
Mais j'ai ratiociné
Tant que je finis par croire
éPIGRAMMBS
A de Part conjuratoire Et que je suis destiné.
Cette chance et ce gui)(oon Qui se disputent ma vie, Sont-ce, en la route suivie, L'ange ou le faux Compagnon,
Ou tout simplement mon tort
Propre et l'incertain moi-même ?...
Bah ! que ma rf'^le suprême Soit nous, discors ou d'accord 1
à tieurjf Bauër.
ETRE tout de beauté, tout de bonté, Eté naïf, vouloir Tétre resté ;
Contempler ci jouir comme de soi Non sans une espèce de quant à moi ;
Se fier à la pente naturelle
Avec peut-être peu compter sur elle ;
Falloir, de par un pur devoir à rendre, Ce devoir, néanmoins y condescendre ;
épIGRAMMBS
Se sentir maître, au fond, de l'action^ Après, pourtant, telle étroite option,
La tâche est douce, elle est bien rude aussij Couronne d'or, immortelle et souci,
Sceptre de diamant couleur de larmes.
Grandeur, belles, oui, mais imbelies armes,
Laii qu'on va dicter, mais plutôt ca rêve !
Voir se noyer ses vaisseaux de la grève,
Amiral dont la mer n^a pat voulu Et quij'a déposé sur le rivage
Inattendu de quelque fie sauvage Pour le régal de l'habitant goulu.
à Francis Magnard,
C'est le conflit, c'est le contact.
Point, hélas ! dans le sens exact De Tacception militaire.
Non, le contact avec la gent D*ain faux et d'hypocrite aigent Et tout ce dégoût qu'il faut taire.
On est fier : en cor il faut bien, Pour équilibrer son maintien
ÉPIGR.VMMES
En face d'une telle vie, Ne p3int paraître ce qu'on vaut, Trop: i! faut bien, pas trop ne faut.
Le juste-.nilieu nous convie.
On fut jeune et Ton l'est encor, Cœur de diamant, âme cl*ur Pur et dur, un trésor à prendre...
Mais par qui ? pour qui ? Que non pas On no l'aura pas sans combats Ce trésor qui n'est pas à vendre.
C'est le contact, c'est le conflit
Da:is le sens, pur alors, qu'on lit Sar l'or lucide des batailles.
Fi des faciles compromis !
Vivent de dignes ennemis Pour d'hoaorables funérailles I
à François Coppèe,
LA ville que V'auban orna d'un beau rempart, De ceux qu'on démolit chez nous pour la plupart En y campai) i dessus industrie et culture Au lieu de la vivace et profonde verdure Avec ses murs moin» hauts que les hauts peupliers Le long du ruisseau clair aux bouillons familiers, La yille a Tair, depuis qu'elle est ainsi châtrée, Toute autre. Ce n'est plus la tourelle écbancrêe ; Le gnund beffroi dit l'heure, on croirait, pour ailleurs Tambours et clairons ont comme des sons railleurs De ne plus ayoir un écho pour leur répondre ; Et le soleil couchant, quand dans Tor il s'effondre. Pleure du sang de n'ouïr plus, les soirs d'été, Monter vers lui l'air sombre et gai répercuté.
ON finît fMr s'habituer A la trahison de la femme
La vie est faite de la trame Qu'elle tisse pour nous tuer.
Après un temps d'apprentissage On ne saurait plus s'en passer ; D'abord on s'escrime à ruser, Puis c'est la fatigue — et l'usage
ËPIUR.VMMES 39
La colère cède à l'ennui Qui f»it bientôt place à U presque Indifférence moins grotesque Que tel transport qui nous a nui.
Puis la confiance charmante Revient, avec le corrcciif D'à son tour se rendre fautif Et de tromper aussi Tamante
Qui vous pardonne s'il lui plaît.
Mais tout cela c'est pitoyable !
Il n'y a guère que îc diable Pour profiter d'un jeu si laid.
Bah I mieux vaudrait sans tant d'ambage Se fermer, sans plus biaiser, Les yeux d*un mutuel baiser.
Car le plus fin c'est le plus sage.
ÉPIGKAliMES
It
Ou plutôt vieux commp je suis
Ou comme je commence à l'être.
Il me siérait nioitis, tant c'est depuis I
D'évoquer les ancien:=; déduits
Que de penser au grand Peut-être.
La mort qui n'e«5t pas loin de moi, Moins loin que tant de cœurs en iuite, Elle est fidèle, elle a ma foi, J*ai la sienne. O mourir plus vite
Que de cette vie au souci
Perpétuel, sale besogne,
Noire bourrelle sans merci
Qui vous flatte et vous trompe aussi.
— Vite au charnier, vieille charogne !
ÉPIORAHITES
ni
D'autant plus vite que ta souffrance
Pettt*6tre a suffi pour expier
Tels torts tnenuf que t'ont fait payer
La Femme, — et tout I pour plus d'assurance.
Et l'on verrait, lors, l'ancien pécheur Conformément aux seules Promesses Se reposer ès saintes liesSës De tant de mollesse et de langueur.
QUAND nous irons, si je dois encor la voir^ Dans robscurité du bois noir,
Quand nous serons ivres d'air et de lumière Au bord de la claire rivière,
Quand nous serons «l*un moment dépays6s De ce Paris aux cœurs brisés^
El si la bonté Icnlc de la nature
Nous berce d un rêve qui dure,
Alors, allons dormir du dernier sommeil f Dieu se chargera du réveil.
J'ai beau faire la paix partout, Dans ma vie ainsi qu'en mon àme|.
Beau vouloir me tenir debout,
Fort d'un équilibre où la femme Et l'homme ont la meilleure part, Grâce au bon Oubli, seul dictame.
Seul népenthès et seul départ D*avec l'atrocité du monde Sous sa cèruse et soos son fard ;
Une inquiétude profonde M'agite en douloureux trjinsports £ntre le sublime et l'immonde :
— Deux écueils, Seigneur, ou deux ports P
QUAND tu me lis une histoire Empruntée auk € Faïts>Divers, Je me refuse à la croire — Le monde est^il si pervers ?
Les gens sont-ils si sublimes ?
(l'en conviens, motos fréquemment) Ttt lis ou plutôt tu limes Et ce m'est un agrément
Alors qu'à mon tour je lime.
En travail d'un vers subtil, D^ouïr, marquant mètre et rime.
Ce martellement gentil.
Et puis encor ce que j'aime Dans ces ricits fabuleux C'est d*ètce fabuleux même, Contes noirs ou contes bleus.
C'est ainsi que sous la lampe Passent les heures du soir...
La nuit 8*eM faîte : je rampe Me coucher, las de m*asseoir.
à Léon Deschamps,
LES Salon-, f>ii je ne vais plus, M'ont Loujouis fait, pétards, fusées, dirons de Suisse, soleils, flux Et reflux de mises osées,
TiaSnes, pompons, rubans, volants, «(Las I quoi 1 pas de décolletage F) L*eifot de feux mirobolants D'artifice et 4*art, — avantage
JPrécieux, mais o& les talents P
Il y en a beaucoup, je crois^ Mais je préEère les Musées, Calmes et frais Champs-Elysées, A ces foires de choix du Choix.
Le Génie enfin reconnu, — Poslhumenienl, il faut le dire Mais c'est la mode et j'en soupire, Du moins ici se montre à nu.
Qui me console, quant à moi, D'admirer moins fort les modernes, ■Ganache parmi les badernes Qui m'en tiens à la vieille foi
Du Soleil contre les lanternes.
ÈPIGSAMMBS
ICHEI., Ange, Germain Pilon, Puget, Pigalle,
1 TJL Telle ma statuaire, et rira qui voutlra ; En eux j'aime la Force et l Effurt qui l'égale, Tuut en goûtant ailleurs la GrâcCt et ccetera.
En eux avec la Vie intense, aussi, j'adore Peul-ttre mieux, de vrai ! ce précis Incertain, Et c'est pourquoi de tous nos modernes encore Je préfère, robuste et mystique, Rodin.
NK vache accroupie, un taureau qui se dresse,
V j Des brebis toutes laiiie^ un berger tout paresse. Un paysage plat, comme inutile, au fond.
Le taureau, seul, vit, mais comme il vit ! Que lui font Les bètefl et les geiit P N'a-t-il pas sa femelle ? Il est fort triplement et sa corne jumelle Corrobore on élan ^'il fait mortel s'il faut. Or, sachant, les combats, le prix que cela vaut, Des plus paisiblement il s'étire, il aspire L*air pur où s'alimente et s'assura son ira.
La Haye.
Mans,
B revois, quasiment triomphal^
\J La ville où m'attendaient ces mois d'ombre. Mon malheur était lors sans rival, Mes soupirs, qui put compter leur nombre ?
je revois, quasiment triomphal, Ces murs qu'on avait cru d*oubti sombre.
Le train passe, blanc panache en l'air, Devant la rougeâtrc architccttire
Où je véctis deux foi? un hiver
Et tout un été... sans aventure,
Le train passe, blanc panache en l'air,
Avec moi me carrant en voiture.
Sans aventure, ah oui, ces hivers
Et cet été 1 D'avcnlurc, aucune !
Moi qui les aime à titres divers,
En plein scandale ou bien sous la lune.
Sans aventure, ah oui, ces hivers
Et cet été ! La morne infortune 1
50 ÉPfGRAMMES
— Ingrat cœur humain ! mats aouviens-toi.
Gentleman improvisé qui files, Mais sou/ienS'tot donc : ici la Foi T*inve»tit, loin du péché des villes.
Ingrat cœur humain ! mais souviens-toi Qu'ici la Foi but tes larme» viles.
Le train passe et les temps sont passés,
Mais je n'ai pas oublié la bonne,
La ^'rariile aventure, et je le .sciis Que Dieu m a hjni plus que personne.
Le train passe et les temps sont passes, Mais Lheure de grâce reste et sonne.
tPIORAMMES 51
Amsterdam,
CBTTE nui/ qui du reste est «itf jour,
De ^ jour de mystère avec qwU* ombre autour ? Crépuscule du soir ou du matiii| qu'importe A l'œil charmé du bon ou bien du mauvais tour ! -~ Un tas d*hommes armés sort d'une vague porte Dans un dessein terrible ou quelque but forceur. Ce vieux batteur de caisse évoque un franc suceur.
bas tel imprudent agace une arquebuse.
Un iîer porte drapeau derrière lui s'amuse A brandir du satîn jaune et noir sur le ciel. Et l en/attt-aux-poissons (comme dans Raphaël, Mais flamande déjà plu'^ que toute une Flandre) S'effraie et rit, tandis <]ue, las un peu d'attendre, Les chefs, soie et bijoux, lo premier i"ng et sec, L'autre court et venlru, délibèrent avec L'air de seigneurs qui n'ont plu5 grand chose à se dire.
On s*égaie. on s'étonne, on frissonne, on admire.
hPIGKAMMES
NASCITA DE VENERE
£9tuS| debout sur le plus beau des coquilleges.
y Aborde, au moins sauvage des rivages^ Ne cachant de son corps avec ses longs cheveux Que juste ce qu'il faut pour qu'y dardent nos vœux. Une nymphe, éployant un clair manteau, s'empresse
A vêtir en impératrice la déesse ;
Et deux vents accouru*;, beaux éphébes ailés,
Des cuisses et dc5 bras l'un à l'autre mêlés,
De qui l'un est Zéphyre el dont l'autre est Borée,
Soufflent l'amour divin el la hai)ie sacrée.
Le visage est suavement indiiïcreat
Comme attendant le culte à venir que lui rend
Toute herbe cl toute chair depuià cette naissance,
Et se pare d'une inquiétante innocence.
Die
xvn
A P,'Â, Cazals
GKACE à toi je me vois de dos Et bien plus vraisemblable :
Dans ton croquis, à pas lourdauds^ je m'en vais droit au diable.
Moi quî, pour la postérité, Sur une aile céleste
Croyais m'cnvoler, révolté, Fatal et tout le reste !
^ Je m'achemine doucement.
D'un trot plus ou moins letle,
AUicé per un double aimant,
Vers le diable... ou le reste.
CAR, après tout, Tamoiir, o'y pensons pl C'est chîntère à notre âge.
On a fisè des vceiut irrésolus.
On vit calme, on dort sage.
On n'a plus ces cœurs qu'il ne faut plus. Raison et maiiage l
On perd tranquillement rîUusîon.
On s'attendrit pour cause, Et bien rare s'en hit roccasîon,
Non qu'on tourne au morose.
Mais c'est vrai qu'on n'a plus l'illusion.
Crise et métamorphose !
1lp:(îkam.mes
D'être heureux très, de par ce procédé
Du re«te involontaire Point n'en réponds. (Me l'a-t'On den:andéî^)
Mais c*est dur de se &ire Très malheureux dé par ce procédé :
S'abstenir et se taire I
S'abstenir de désirtî, «jc taire sur
La joie et la souffranco, C'est^ croyez-moi, sans doute le plus sur
De la nôtre espérance.
S'abstenir de désirs, hc taire sur :
Paix et persévérance !
C'est U bonté laSvt et rude un p«Q»
Le dévouement qui ne marchande ni Reproche vif ni pardon infini ;
C'est l'amitié commencée en le bleu D'une amourette orageuse parfois Maintenant amitié, <lis*je, de choix»
La vie étant, à la force, à présent, Douce plutôt aux coeurs atténué", Nou!( dit ; Enfauts vieillis, continuez,
iiens apaisés, cœur? j»unos s'apaisaiit, Et vous verrez, au très proche horizon, Poindre et grandir, si banne ! la raison.
à Paul Vérola.
J'ai fait jadis le coup de poing Pour Wagner alors point au point
Et pour les Goncourt^ plus d'un soir.
Aux FunirailUs de l'Honnwr Je me battais avec bonheur Comme à celles de Victor Noir.
ÉPIGRAMMl^S
La Guerre me vît frémissant Et la Commune bondissant :
Je fus de tous emballements.
Je crois même que Boii!onger
M'enthousiasma, pour changer !
Et la Femme donc, dieux cléments !
Aujourd'hui que je me fais vîeuv.
Je caresse encor de mon mieux Ces chères chimères du cœur
Et de la têtej — « Et tu fais bien, Me dit quelque chose d'ancien Et d^étemellement va'nqueur,
« L'âme, c'est la tète et le coeur ».
au Vicomte de Colleville,
L'lNCOM!'Kciit..NSIBn.tTÊ • Non des doctrines qui sont nulles
Mais dfî leurs gueuses de formules, Leur gueux de manque dft gaieté,
Leurs plaisirs qui pour moi, bonhomme.
Constitueraient le pire ennui,
éPIGRAMMKS
L'idéal noir qui leur a lui.
Leur» Eves sans même la pomme,
M'ont éloigné de ces petits. — Ceux de mon ;ige meurent, meurent, El chez les rares qui demeurent L'élite abunùe en abrutis.
Quel sort ' C'en «erait à se pendre
Si ne me tenait arrêté
L'incompréhensibilité
D'à mon tour pouvoir me comprendre.
à SuUy Pritdhomm&.
SCHOPENHAUF.R mVmbêtC UIl peU Malgré '■on cpicuréisme, Je ne camprends pas l'anarchisme, Je ne fais pas d'Ibsen un dieu.
Ce n'est pas du Nord aajoardliui Que m'arriverait la lumière;
ÉPIGRAUMES
Du Midi non plus, en demiëre Analyse. Du Centre, oui ?
Non. Mais d'où ? De nulle part, — là !
Rien n'égale ma lassitude :
Laissez-moi rentrer dans Tétude Du bon vieux temps qu'on persifla.
J'aime les livres lus et sus, Je suis fou de claires paroles.
J'adore la Croix sans symboles :
Un gibet et Jésus dessus.