RELIQUES DISPARUES
Aux approches et dans les premières années de la Révolution française, L.-B. Baudot recueillit, en visitant les diverses églises de Dijon, une ample moisson d'informations qui sont devenues très précieuses. Sa notice, en ce qui concerne Notre-Dame, commence par ces mots : Notes prises à Dijon en mars 1789, sur place et d'après les objets mêmes ^^K Ses recherches durèrent longtemps ; plusieurs d'entre elles portent des dates assez postérieures. Quelques-unes même, étrangères du reste à notre sujet, n'ont été consignées qu'au temps de la Restauration.
Nous suivrons non l'ordre chronologique des reliques, mais celui des reliquaires, tel que l'a tracé notre guide, en mettant en vedette les authentiques.
(1) Hagiographie du diocèse de Dijon, Vie des Saints, Bienheureux et Vénérables qui sont nés dans nos pays ou qui y sont morts... ou dont nous possédons quelques reliques, etc., 2 vol. mss. in-4o de xiv-1140 pages.
(2) Mss. de L.-B. Baudot déjà cité.
D'après la méthode indiquée, la première authentique que nous ayons à insérer est la suivante :
Os DE S. Bernard
Voici comment débutent, au sujet de nos reliques, les notes de L.-B. Baudot <2> :
« Reliques que possède l'église paroissiale de Notre- Dame de Dijon.
» 1®*" Reliquaire. Il y a deux châsses au-dessus du maître autel : dans Tune est une parcelle de l'os de l'un des doigts de saint Bernard, premier abbé de Clairvaux, enchâssée dans un petit reliquaire d'argent. Cette relique fut donnée à M. Rapin, médecin de M. le prince de Condé, en 1672, par les religieux de l'abbaye de Notre-Dame de Fontenet, Ordre de Cisteaux, au diocèse d'Autun, ainsi qu'il est constaté, tant par le certificat desd. religieux que par le procezverbal dressé par les ordres et en présence de M. Fiot, abbé de Saint Etienne de Dijon, qui se trouvent dans la châsse qui renferme cette relique, et dont voicy la teneur :
» Nous soussignez plus anciens religieux et profez de l'abbaye de Notre Dame de Fontenet, ordre de Cisteaux
(1) Ce point d'interrogation indique que l'authentique peut remonter à 1672, et que, sinon, elle se rapproche beaucoup de cette date.
(2) Ibid., ^• 91 et 111.
et Diocèse d'Âutun, certifions à tous ceux qui ce présent certificat verront, que nous avons toujours été ravis de rendre à la vérité le témoignage qui lui est dû, principalement lorsque nous avons trouvé Toccasion de louer les Saints, lesquels la di>ine providence a fait paraître dans nos siècles pour leurs admirables et grandes vertus, et ensuite ont acheté l'immortalité par le prix d'une très austère pénitence, comme aussi que noble Bernard [Rapin], conseiller et médecin de Son Altesse Sérénissime [M. le prince] de Condé auroit requis, par une singulière dévotion, à l'un des soussignés une parcelle des reliques du très saint et bien aimé de la Vierge, Bernard, premier abbé de Clairvaux ; il lui aurait donc octroyé volontiers lad. parcelle, qui a été séparée de celle de l'os d'un de ses doigts, en présence desdits soussignés, par M* Jean Pernet, orfèvre en la ville de Montbard. C'est le témoignage que nous avons dû rendre à la plus grande gloire de Dieu et honneur du bienheureux Bernard, et nous lui avons rendu. Fait à Fontenet, le 4 juillet 1672, sous notre seing manuel et l'aposition du grand sceau de lad. abbaye.
» Signé : Fr. J. Defresne, célerier ; J. Robert, sous prieur ; Fr. C. Dupré, sacristain.
» Nous Claude Fiôt, conseiller du Roy en ses conseils et conseiller d'honneur au Parlement de Bourgogne, aumônier ordinaire de Sa Majesté, abbé séculier de l'église de S* Etienne de Dijon, ayant vu le certificat des vénérables religieux profez de l'abbaye de Notre Dame de Fontenet, ordre de Cisteaux, du diocèse d'Autun, signé par les Fr. Defresne, célerier, Fr. J. Robert, sous prieur, Fr. C. Dupré, sacristain, les plus anciens religieux de lad. abbaye, au sujet
d'une parcelle de Tos d'un des doigts de S. Bernard par eux donné, à la prière et dévotion de noble Bernard Rapin, conseiller et médecin de Son Altesse Sérénissime, M. le Prince de Condé, avons, en conséquence dud. certificat, présupposant que lad. relique a été suffisamment reconnue et vérifiée par l'autorité de l'évéque diocésain, et que cette parcelle n'en a été séparée que par permission légitime, permis et permettons aud. sieur Rapin, de faire enchâsser lad. relique et parcelle de l'un des doigts dud. S^ Bernard dans une image d'argent, dont il a fait présent à V église paroissiale de Notre Dame dud. Dijon, qui est de notre dépendance, afin que lad. image et relique étant exposée en public reçoive des fidèles la vénération et l'honneur que Dieu et l'Eglise romaine permettent leur être rendus ; ce qui sera publié au prône de lad. paroisse, et en foi de quoi nous nous sommes soussignez et avons fait sceller de notre sceau ces présentes, et fait contresigner par notre secrétaire.
» Fait et donné en notre maison abbatiale, le 23 de juillet 1672.
» Signé : C. Fiot, abbé de S* Etienne de Dijon.
» Par ordonnance de M. le Révérend abbé, Gendrot, secrétaire. »
A ces deux pièces, L.-B. Baudot ajoute cette indication qui donne la forme même de l'authentique : « Sur la Relique est écrit : Os de S* Bernard, »
Il ne reste pas d'autre trace ni de cette authentique ni de cette relique.
(SANS DATE
Nous passons ensuite à l'authentique d*une relique de saint Bénigne, dont la formule est fautive, bien que la relique qu'elle désigne soit certaine :
De Marilla S. Benigni
L'authentique précédente indiquée, L.-B. Baudot continue en ces termes :
« 2^ Reliquaire. Dans la même châsse est un autre reliquaire d'argent, plus grand que le premier, contenant des reliques de saint Bénigne, avec cette inscription : De Marilla S. Benigni. Je crois qu'on a voulu mettre Maxilla, paraissant être un os de la mâchoire. »
Notre auteur ne nous renseigne pas davantage. Nous ne pouvons dire si cette deuxième authentique est contemporaine de la première, ni si elle lui est antérieure. Quant à la relique, elle a pu être distraite de la mâchoire inférieure, qui était encore, en 1794, à l'église Saint-Bénigne. C'est d'elle que L.-B. Baudot lui-même détacha les deux dents que l'on conserve actuellement à la cathédrale <*>. S'il en était autrement, il va sans dire qu'elle représenterait une parcelle du maxillaire supérieur du même saint.
S'agit-il ici de l'apôtre de Dijon, ou d'un autre saint Bénigne dont nous avons dans le diocèse de nombreuses reliques? La réponse ne fait pas doute. Les
(1) L.-B. Baudot, 92, 110.
reliques du second saint Bénigne, martyr à Rome, n'ont été apportées parmi nous qu'en 1820; il n'y a donc point de confusion possible. Le disciple de saint Polycarpe avait d'ailleurs un autel à Notre-Dame, dès le quatorzième siècle ^*\ et l'un des compartiments d'un vitrail, qui existe encore, retraçait même, dès le treizième ^^\ aux yeux des paroissiens de cette église, les principaux épisodes de la vie et de la mort du glorieux patron de l'abbaye.
Cette authentique et cette relique ont aussi disparu. Il en est de même de toutes les suivantes, dont L.-B. Baudot a fait si opportunément l'inventaire.
Après l'authentique qui concerne l'apôtre de la Bourgogne, nous en trouvons une des reliques de l'un des saints les plus populaires du Chàtillonnais :
S. Veroli
Verolus est une des formes latines du nom de saint Vorles, appelé plus communément Vorlius, L'authentique qui le concerne nous est ainsi donnée par notre collectionneur :
« 3* Reliquaire. Dans la seconde châsse on trouve :
» 1° Des reliques de saint Vorles ;
» 2" De sainte Barbe, vierge et martyre ;
(1) Chenevet, Mémoires sur l'église paroissiale de Notre-Dame de Dijon, année 1774.
(2) Les Vitraux de Notre-Dame de Dijon, imprimerie Jobard, 1898, p. 22.
» 3° De saint Pierre et de saint Paul, de saint Etienne et de saint Corneille, martvrs.
» Les reliques de saint Vorles sont enfermées dans une petite fiole de verre avec celte inscription : S. Veroli. »
Nous avons découvert le certificat d'origine de cette relique, et le procès-verbal de sa réception; ils se trouvent Tun et Tautre dans les archives de la Fabrique de Notre-Dame. Voici la teneur du premier document ^*> :
« Ce jourd'hui, quatorziesme du mois de janvier, auquel s'est célébrée la feste de confrairie du sainct nom de Jésus en la ville de Chastillon sur Seyne de la prste année mil six cent trente deux, discrette personne, messire Claude Frérot, pbre, vicaire desservant la cure de lad'® ville, en la prsce de honorables hommes Henry Millory, Philibert Chenuot, et aul[lres] soubsignés, procureurs, receveurs et fabriciens de l'esglise S' Vorle, patron dudict Chastillon, et de nous notaires royaulx héréditaires au bailliage de la Montagne, demeurant audict lieu, aussi soubsignés, sur humble suplicalion de discrette personne M*^* Pierre Logerot, aussi prestre chapelain en Tesglise N[ost]re Dame de Dijon, y demeurant ^^\ a deslivré et mis es mains dud' sieur Logerot, estant de pst aud' Chaon, pour recepvoir le baslon de lad[ictej confrairie du S* Nom de Jésus, une partie de l'os de l'ung des bras dudict sainct Vorle, et une aultre partie de ses aube et chasuble, que lesdicts sieurs Frérot et fabriciens ont certiffîé et attesté par-devant nous lesdicts notaires soubssignés avoir esté tirés de la chapse en laquelle
(1) A. N.-D., carton 2, layette D, liasse unique.
reposent les reliques d'icelluy sainct, et que led' S" Logerot a accepté en soin, honneur, respect et dévotion pour estre mis dans ung reliquaire d'argent qu'il a dict avoir fait faire en ladicte esglise Nostre Dame de Dijon, pour y estre honorée et vénérée au jour de la feste eschéant, le seiziesme du mois de jung, par les parroissiens d'icelle esglise Nostre Dame et aultres particuliers originaires dudict Châon, avec ledict S*" Logerot, en suite de la fonda[ti]on qui y a esté par luy faicte et érigée, et les inviter à continuer et augmenter leur dévotion envers led' sainct Vorle, à l'imitation de la solempnité qui s'enfait en son esglise aud* Chaon.
» De tout quoy a esté dressé le prst acte par nous lesd'" notaires soubsignés, à la reqîon dud' S*" Logerot, pour servir partout où besoing sera.
» Faict les jour et an susdicts.
» Suivent les signatures : Frérot, F. Logerot, H. Millory, Philibar Chenuot, Chariot, notaire, etc. ^^> »
Quant à la seconde pièce, elle a été inscrite à la suite d'une délibération de la Fabrique, où il s'agit d'une Association que nous connaissons, celle de l'Assomption <2> :
« Du dimanche 1&^ aoust 1632.
» A l'instant. Monsieur Logerot, bastonnier, a remonstré qu'il avoit donné à lad. Fabrique pour son vin de bastonnier de lad. Association un image S* Vorle d'argent doré, lequel Messieurs avoient heu agréable, mais pour davantage le décorer et orner, il avoit feit enchâsser en icellui des reliques dud. S* à luy donnée.
(1) Registre des délibérations de la Fabrique, année 1632, A. N.-D.
(2) Ibid.
au lieu de Chastillon, et tirée de la chasse où reposent lès reliques dud. S% selon que se voit par l'acte à lui cy donné, le quatorziesme de janvier dernier, qu'il représente. Messieurs ont conclud et délibéré que led. acte sera cy après incéré, et mis au trésor de lad. Fabrique, pour y avoir recours quand besoin si [sera] Et led. Logerot deschargié et remercyé de sa dévotion et piété. »
(SANS DATE
Avec le reliquaire de saint Vorles, la seconde châsse en renfermait deux autres, au sujet desquels nous avons des renseignements moins complets. Sur l'un de ces reliquaires, il y avait cette authentique :
Des reliques de S" Barbe, v. et m.
L.-B. Baudot est très laconique au sujet des reliques de sainte Barbe. D'où viennent-elles? qui a délivré l'authentique? Il ne nous renseigne point là-dessus. Sainte Barbe, on l'a vu précédemment, avait sa chapelle adossée à l'église, dès le quinzième siècle. Ces reliques et leur authentique pouvaient être assez anciennes. M. Baudot dit simplement qu'elles étaient « enfermées dans un reliquaire de cuivre avec cette inscription : Des reliques de S** Barbe, v. et m. »
Nous donnerons plus loin une autre authentique, différente de celle-ci, de reliques de la même sainte. Il est probable que celles dont nous parlons ont disparu avec ce quatrième reliquaire, pendant la Révolution.
Les reliques du cinquième reliquaire n'ont point, à proprement parler, d'étiquettes. Ces dernières y sont remplacées par un titre auquel notre auteur donne le nom d'authentique.
Voici en quels termes il l'annonce, en continuant de parler des reliques qu'il a vues : « Celles des apôtres S. Pierre et S. Paul, de S. Etienne et de S. Corneille sont enfermées dans une petite bouteille de verre avec une inscription en lettres gothiques. Dans cette petite bouteille est un authentique, qui contient les paroles suivantes sur un petit rouleau de papier, en lettres pareilles gothiques : »
2lnn0 ©Dmini 1457/
Ht 26 mtm'iB junit)
i)oc altavt
fuit
p^r in (Etliri$t0 D^n^rabilem patr^m (t î^ominum
:?lntDnium ^pidcopum S^^^onumtm^
in i\onov( beati ^l)0mae ap0$tDli
îrrôicatum^
cnm applications 0$$ium bsatorum cotpovnm
Pttvi tt jpauli
ap0$tDlDrum)
Ôtspljani rt €0n«lii
martjrum,
$ub vevnenbo in €l)ri$t0 patve et lD0min0 <f^uiîr0nS)
linig0n^0i tpmo\^o.
« Ces reliques, continue Baudot, viennent d'un autel élevé dans l'église Notre-Dame, en l'honneur de S. Thomas, fondé par Jean Labiral, de Champlitte, bourgeois de Dijon, et détruit en 1685, temps auquel on détruisit pour la décoration de l'église tous les autels qui étaient attachés aux différents piliers. »
Louis-Bénigne n'a pas reproduit les étiquettes des reliques des quatre saints, dont parle aussi Chenevet<*>. La fondation de Jehan Labiral est apparemment de 1457. Un autre Jehan Labiral, neveu de celui-ci, avait fondé, le 26 janvier 1446, le chant de Ylnuiolata, avant la grand'messe. La date de 1685 pour la démolition générale des autels des piliers est très approximative. On commença en 1644 et Ton finit en 1690 <*\ L'évêque de Langres, dont il s'agit, est Guj' Bernard, IV* du nom, qui gouverna son église de 1453 à 1481.
(SANS DATE
Nous passons à un sixième reliquaire, qui renferme l'authentique suivante :
De CAPITE SANCTiE CiEClLIiE
Nous n'avons, pour tout renseignement, que cette note de Baudot :
« 6* Reliquaire. Au bas de l'image d'argent de la gte Vierge est un reliquaire de cuivre doré, dans
(1) Chenevet, ibid., p. 225.
(2) Registre de N.-D. Délibérations de la Fabrique, 1644-1690.
lequel sont enfermées des reliques de S** Cécile, avec cette inscription : De capite Sanctœ Cœciliœ. »
Le corps de la sainte, de laquelle on fait la fête le 22 novembre, est intact à Rome. Les reliques dont nous parlons ici appartiennent sans doute à une autre sainte du même nom, peut-être à l'une des compagnes de sainte Ursule, comme d'autres reliques de sainte Cécile qu'il y avait autrefois à Saint- Bénigne <*>.
(SANS DATE
Un septième reliquaire nous donne l'étiquette que voici :
Reliques de S**^ Sébastien
Baudot dit également en quelques mots :
« 7* Reliquaire. Au bas de l'image en bois de saint Joseph est un autre reliquaire de cuivre doré pareillement, où sont enfermées des reliques de saint Sébastien, avec celte inscription : « Reliques de S^ Sébastien. »
Les reliques du soldat martyr de Narbonne sont très nombreuses. Rien n'empêche de lui attribuer celles-ci, comme celles qu'on trouve à Beaune et dans plusieurs autres églises (^^ du diocèse de Dijon.
(1) F. Denizot, Hagiographie du diocèse de Dijon, déjà cité.
(2) V. Denizot, ibid.
(SANS DATE
Un huitième reliquaire renfermait cette authentique :
De Sancta FmE, v. et m.
Même mention laconique de Baudot :
« 8^ Reliquaire. Dans le pied d'argent de la grosse croix, est un reliquaire où sont enfermées des reliques de sainte Foi, vierge et martyre, avec cette inscription : De sancta Fide, v. et m. »
Ces reliques proviennent du célèbre monastère de Conques et sont bien de la glorieuse martyre d'Agen. Il y en avait également d'autres à Flavigny-sur-Ozerain et au prieuré de Sainte-Foy. L'église de Val-Suzon, voisine de l'ancien prieuré, en a reçu de nouvelles en 1898 <^>.
(SANS DATE
Le dernier reliquaire examiné par notre auteur lui a présenté l'authentique suivante :
S^ François et S"^ Vincent, martyr
Il la commente ainsi :
« 9® Reliquaire. Dans un reliquaire attaché à la croix d'argent portative sont des reliques de saint
(1) Ibid.
François et de saint Vincent, martyr, avec cette inscription : S. François et S. Vincent, martyr. »
De quel saint François et de quel saint Vincent, martyr, s'agit-il? On l'ignore. Quoi qu'il en soit, les reliques de ces deux saints, comme celles de sainte Foy, de sainte Cécile et de sainte Barbe, ainsi que celles de saint Bernard, de saint Bénigne, de saint Vorles et de saint Sébastien, sont également mentionnées par Chenevet comme faisant partie du trésor de Notre-Dame (*\