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INSCRIPTIONS DANS LE GENRE DES GRAFFITI

Collection de M. Alfred Richard.

En même temps que le cachet d'oculiste que nous avons fait connaître plus haut sous le n° 162, M. Alfred Richard a présenté à la Société des Antiquaires de l'Ouest un objet en terre fort curieux qui a été découvert à Poitiers, et provient de la collection Bonsergent. Cet objet, dont l'authenticité est indiscutable, a la forme d'un godet à pied évasé. Sur son pourtour se développe une inscription qui est ainsi conçue et a été gravée à la pointe après la cuisson, [voir notre pl. lui] :

ACITAPVLVS /// CANVA VIRILIS FECIT ^

Il existe une lacune entre les deux premiers mots ; de plus, une cassure du vase s'est produite à la base du V du mot CANVA.

Acitapulus ne nous paraît pas différer du mot Acetabulum servant à désigner tout petit récipient sans usage bien déterminé. Canua donnerait assez facilement can(n)ula{s), en supposant, — ce qui n'a rien d'impossible, — que la cassure a fait disparaître quelque trait horizontal formant un L avec le dernier jambage de l'V. Nous aurions alors :

Acitapulus (mis pour Acetapulum) [ad] caîi(n]ula{s) (sous-entendu sulphuralas). Yirilis fecit.

Et nous ne pourrions que traduire :

Porte-allumettes fait par Virihs.

Cette interprétation, quelque fantaisiste qu'elle puisse paraître à première vue est cependant assez admissible. Nous n'avons certainement pas à rappeler ici que les allumettes, non phosphorées bien entendu , étaient parfaitement en usage chez les anciens. La forme du vase lui-même, en nous 'démontrant une fois de plus qu'il n'y a rien de bien nouveau sous le soleil, viendrait d'ailleurs â l'appui de l'attribution que nous avons proposée.

Sur le fond de ce vase, est encore un dessin au trait, reproduisant d'une façon grossière l'image d'un mulet chargé. Une cassure en a fait disparaître toute une partie, (voir pl. liv).

Bibliographie : A. Richard, BulL. Ant. 0., 1889, (sous presse).

Musée des Antiquaires de l'Ouest.

« Ces graffiti sont inscrits à la pointe, après la cuisson, autour du col d'un beau vase en terre rouge, découvert à Poitiers, rue

de l'Industrie, par M. Bonsergent, et conservé au musée des Antiquaires de l'Ouest... Malheureusement on n'en a pu retrouver qu'une faible partie.

« Le premier fragment de l'inscription qui est le plus petit, semble se rattacher au second, ce qui donne la lecture suivante : IVIRGIN KREA....

« On ne saurait affirmer si le troisième fragment, qui est le plus grand, et fait deviner la forme du vase doit suivre ou précéder les deux autres. On ne pourrait pas dire davantage à

quelle distance ils se trouvaient les uns à Tégard des autres, car ils ne se raccordent pas quoique appartenant au même vase. »

(Ledain, Epigr. rom.)

M. Ledain, qui est tenté de traduire : Ilaire le Poitevin, attribue ce vase au iv^ siècle.

Benjamin Fillon en avait publié le fac-similé que voici qu'il livrait « à la sagacité des hommes compétents :

Knri pic

Nous avons reçu communication récemment des gravures sur bois qui devaient accompagner un travail dont la mort de Bonsergent avait seule empêché la publication.

Nous les reproduisons plus haut, mais nous renonçons k les . interpréter.

Bibliographie : B. Fillon. \Ari de lèvre, p. 17. — Ledain, Epigr. rom., p. 80 (et dans iï/em. Ant. 0., p. 221).

Musée des Antiquaires de l'Ouest.

« On m'a aussi parlé d'une inscription tumulaire [sur

brique], exhumée de terre entre Briouxet Saint-Jean-d'Angély, inscription dont je n'ai pas le texte. Mais le monument le plus curieux de cette espèce que renferme le Poitou, est l'inscription suivante, tracée à la pointe avant la cuisson, de la collection de M. F. Bonsergent. [ Voir à la p. 358] :

(( Elle a été trouvée l\ Poitiers, à côté d'un petit groupe sculpté en ])iei're de Charente, représentant un homme et une femme assis l'un près de l'autre, qui fait maintenant partie du musée archéologique de cette ville. M. Jules Quicheratl'a publiée dans le Bulletin de la Société des Antiquaires de France, 1863, p. 138, et la croit, en raison des caractères employés, antérieure au règne d'Adrien. Dans ce cas, il n'y aurait aucune corrélation entre elle et le groupe, qui est d'une époque beaucoup plus basse. » (B. Fillon.)

Société nationale des Antiquaires de France. Séance du 5 mars 1873. — n M. le commandant Mowat lit la note suivante sur un graffito conservé à Poitiers dans la collection de M. Bonsergent.

(( Dans la séance du 3 juin 1863 (1), M. Quichcrat mit sous les yeux de la Société des Antiquaires de France la photographie d'une inscription qui venait d'être découverte à Poitiers et qui appartient aujourd'hui à M. Bonsergent. L'inscription a été tracée à la pointe, et avant la cuisson, sur une brique cassée en deux morceaux^ lesquels se raccordent exactement entre eux malgré cet accident

(( A défaut d'une épreuve photographique, j'ai dû me contenter de prendre pour base de mon travail le fac-similé publié par M. Benjamin Fillon, à la page 24 de son livre VA?H de tei^re chez les Poitevins :

(( ^inscription, dont le dernier mot est suivi de l'image d'un phallus, se compose de trois lignes que M. Quicherat lit ainsi :

(( Le monument [sur lequel se trouve gravé ce texte] appar- (( tient à M. Bonsergent, bibliothécaire de Poitiers. C'est une « brique, cassée en deux morceaux, sur laquelle ont été tracées (( à la pointe, avant la cuisson, et d'une écriture mélangée de « capitales et de cursives, les trois lignes que voici :

ATECIRITVS ITEVTICAE SALVTEM LOCILLES IN CVNNO

(l) Bull. Ant. F., 1863, p. 137.

« Le dernier mot de la dernière ligne est suivi de l'image (( d'im phallus. La lettre qui termine le premier mot de la même (( ligne est douteuse. On ne voit distinctement qu'une haste u recourbée surmontée d'un crochet à gauche. Quoi qu'il en soit, (( le sens indique locilles ou locilleô, et ce mot donne un grand (( intérêt à l'inscription. Locillare pour locellare est un verbe « formé sur locellas, dont on n'a pas encore trouvé d'exemple (( dans les textes.

« Comme locellus ou plutôt locillus a passé dans le français « sous les formes luisel ou luiseau^ on doit pouvoir trouver dans (( les patois quelque mot qui en dérive aussi. »

« Tels sont les propres termes du procès-verbal que je reproduis pour mettre immédiatement au courant de la question les personnes qui désirent en prendre connaissance.

« Voici maintenant comment, de mon côté, je lis l'inscription :

u ATEVRITVS HEVTICAE SALVTEM HOC ILLEI IN CVNNO »

Et M. Mowat, après avoir donné les raisons, d'ailleurs très concluantes , qui militent en faveur de cette lecture, continue :

(( Eutycha est la forme féminine de Eutychus, nom d'esclave, qui , dans la nomenclature latine, équivaut à Félix, à Fortitjiatus, et qui devait être excessivement répandu, car je ne l'ai pas compté moins de quarante-six fois dans le seul Index de Griiter; mais une particularité que je dois mentionner, c'est que, malgré mes recherches, je n'ai trouvé ni dans Griiter, ni dans Muratori, le féminin Eutycha^ bien que la forme grecque Eutiche et le dérivé EiUychia ou Euticia y figurent plusieurs fois. A Lyon^ on lit sur un cippe funéraire Eatichia (1); à Grues, en Vendée, on a découvert une coupe en verre portant sur le pourtour Eutuchia en lettres moulées

(( La femme qu'Ateuritus appelle Heutica , et à qui il adresse son salut amoureux, était, suivant toute apparence, sa maîtresse, domina, ou, plus vraisemblablement encore, quelque courtisane de grande notoriété à Poitiers. Cette formule de salut est très fréquente sur les inscriptions cursives de Pompeï. On s'en convaincra en ouvrait au hasard le tome iv du Corpus inscription, latinarum :

N° 1346. — Virgida Maecenati salutem.

N° 1398. — Jucundus Sinurini salutem.

(l) A. de Boissieu, Inscript, ant. de Lyon, p. 511.

N° 1684. — Victoriac suae salutcm Zozimus Victoriae sainte fn.

(( Il reste â examiner la troisième ligne de notre grqffîto. M. Quiclierat suppose qu'il a existé un verbe ^oc/Zte/'e formé sur locellus; la publication du vocabulaire érotique pompéien qui termine le recueil d'où j'ai extrait les inscriptions précédentes, n'est point venu justifier cette conjecture, et certes , si lociUare avait jamais existé, c'est dans un pareil recueil qu'on serait en droit de le rencontrer, Or, il n'en est rien; heureusement on peut se passer d'une hypothèse qui vient ainsi de perdre ses plus favorables chances de confirmation. La première lettre de la 3® ligne n'est point un L; voyez plutôt les 5^ et 6^ lettres de cette même ligne, ainsi que le L de salutem; cette première lettre est un H, tout comme l'initiale du mot HEVTICAE â la ligne précédente. Le surplus se lit dès lors sans difficulté en quatre mots : HOC ILLEI IN CVNNO, proposition exclamative et elliptique qui équivaut à Utinam hoc ilU in cimno introeat! (ou immitam). La 8® lettre de cette ligne, que les premiers commentateurs ont prise avec doute pour un S ou pour un T, est en réalité un I, et forme ainsi la désinence d'un datif archaïque en e/, devenue plus tard i dans la latinité classique.

ILLEI n'est pas sans précédent (1) Ce signe incontestable

d'archaïsme donne un grand prix à notre graffito, indépendamment du contexte, dont il serait d'ailleurs difficile de citer beaucoup d'autres exemples en Gaule, malgré la réputation que l'on est convenu de faire â nos ancêtres en créant â leur intention le mot gauloiserie. Le phallus qui sert d'illu'stration à la 3^ ligne^ ne laisse aucun doute sur la nature du souhait d'Ateuritus. Avant de terminer, je crois devoir insister sur la frappante analogie qui existe entre l'inscription de Poitiers et les épigraphes de Pompeï. La similitude de style , ainsi que l'identité d'écriture, sont aussi complètes que possible; ce rapprochement présente plus qu'un simple intérêt de curiosité, il est très important en ce qu'il nous fournit un critérium assuré pour fixer l'âge d'un grand nombre de gallo-romains

Cependant il convient de tenir compte d'une particularité qui permet d'abaisser notablement l'évaluation [de la date qu'il convient d'assigner â la brique d'Ateuritus].

(( M. de Longpérier a établi que les formes archaïques du langage et de l'écriture se sont maintenues dans les parties éloignées de l'empire longtemps après qu'elles étaient tombées en désuétude â Rome et en Italie. Cette judicieuse observation me paraît pouvoir être raisonnablement appliquée au graffito de

(1) Cf. 0. I. L., t. I, no 1194.

Poitiers, que je daterais en conséquence du milieu ou même de la fin du if- siècle de notre ère... »

Le nom propre Ateuritus est comparable au nom gaulois AùTKciToç cité par Polybe, i, 17. M. Mowat reconnaît dans ce mot 1(3 thème abrupt auquel il donne la signification de vénérable ou iVancien. Il rapporte à ce même thème le nom Ateara qui se lit très distinctement sur certains deniers gaulois.

Aterissa, Alto, Attusius^ Atturitus ^ Ateula, Attila, etc., sont des noms gaulois qui paraissent avoir la même origine : Aùe/'ds (1). Atiuritas s'est déjà rencontré sur une inscription de Bordeaux (2). Il en est de même de la forme féminine Alerta pour Ateurita (3).

M. Ledain s'est surtout inspiré , dans son Epigraphie rotnaiiie da Poitou, du très intéressant commentaire que nous avons reproduit :

(( Ateciritus

Iteuticae Salutem

locilles in cunno,

(( Cette inscription obscène^ dit-il, est tracée à la pointe, avant la cuisson, sur une brique i'omaine découverte par M. Bonsergent, k Poitiers, rue de l'Industrie, et conservée au musée des Antiquaires de l'Ouest. Elle est suivie de la représentation du phallus. Les caractères cursifs dont elle se compose ont fait penser par M. Quicherat qu'elle était antérieure au règne d'Adrien. [UArt de terre chez les Poitevins, par B. Fillon, p. 24.) M. Mowat en a donné une lecture différente qui semble préférable

(( Heutica serait donc le nom d'une courtisane célèbre au siècle. {Bull, des Ant. de France, 1873, p. 84). »

En ce qui nous concerne, la seule objection que nous nous permettrons de faire â ce qui précède c'est que rien ne nous semble moins prouvé que la célébrité de la courtisane (?) Heutica.

Ce n'est pas parce qu'un nom féminin figure dans des conditions particulières sur une brique, qu'il faut en conclure que la personne qui le portait était d'une notoriété peu enviable. II suffisait qu'elle fut connue d'Ateuritus, et la brique qui nous a conservé son nom ne nous parait dès lors être autre chose qu'une déclaration dont la crudité, trop expressive, dépasse vraiment toutes les bornes.

(2) C. JuUian, Inscripl. rom. de Bordeaux, t. i, p. 304.

(3) Ibid., p. 261.

Bibliographie: J. Quicherat, Bull. Ant. F., 1863, p. 137. — B. Fillon, p. 24. - R. Mowal. Bull. Ant. F., 1873, p. 84. — Ledain. Epi'jr. rom., p. 81, (et dans Mém, Ant. 0,, 1886, p. 222),

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