‹ Epigraphie romaine du Poitou & de la SaintongeChapitre 48 sur 190 · INSCRIPTION CELTIQUE DU VIEUX-POITIERS · texte numérisé non relu

INSCRIPTION CELTIQUE DU VIEUX-POITIERS

Uinscription celtique que nous allons étudier se lit au Vieux- Poitiers (1), près de Cenon, sur un grand bloc de pierre, — menhir ou peulven, — planté verticalement dans le sol. Dom Fonteneau, de Beaumesnil, Bourignon^ Siauve, delà Massardière, de Crazannes, Pictet, l'abbé Auber^ M. Ledain et beaucoup d'autres savants encore l'ont publiée à diverses reprises.

Une des plus anciennes copies est la suivante :

RATN BRI VATIOM (VeéA liés)

FRONTV • TARBEI /7/N° S/// {Net T liés)

lEVRV

Elle est contenue dans le manuscrit qui passe -pour faire suite au travail de dom Fonteneau (2).

(1) Nous ne savons pas au jusle pour quelles causes les ruines que nous avons eu roccasion de citer à diverses reprises déjà, portent ce nom de Vieux- Poitiers, ({ue rien ne justifie, mais nous connaissons une autre appellation, tout aussi fausse, nous autorisant à dire sans doute qu'il faut attribuer celle-là comme celle-ci à quelque ignorante cumparaison des habitants du pays. Il existe dans le département de l'Aveyron, sur les aiides plateaux des Causses, des énormes étendues de rochers aux formes parfois les plus fanlasti([nes, que les montagnards des régions voisines ne connaissent (pin sous le nom de Monlpeliier-le-Vieux. Pour ces montagnards , tous ces eutatisements de rochers, qui leur donnaient l'image d'une immense cité disparue, devaient nécessairement recevoir le nom de la seule grande ville moderne que quelques-uns d'entre eux connaissaient.

Il a dû en être incontestablement de même pour les ruines du Vieux-Poitiers, Beaucoup plus étendues jadis (pie de nos jours, ces ruines étaient mieux comparables à quelque importante ville, et la capitale du Poitou devait nécessairement venir la première à l'esprit des riverains du Clain.

(2) Le même recueil contient encore deux dessins à la plume, très inexacts, représentant une élévation du menhir.

On lit au-dessous :

« Nonis Septembris annos mdgglxxxvi.

(( Cette pierre qui couvre des ossemens, monument de la piété et de la force des Gaulois, consacj'ée à un éternel repos ayant été renversée, M.M. (s?c) Charles d'Appellevoisin, marquis de la Roche-du-Maine, l'a relevée le 5 septembre 1786. »

Et plus bas :

(( Cette pierre, qui serait au Vieux-Poitiers, a 16 pieds de haut, 4 pieds 8 pouces de long dans sa base, et 1 pied 9 pouces dans sa plus faible épaisseur. »

Les copies postérieures qui se distinguent par quelque caractère particulier sont ainsi conçues :

(( R^TIN... BRIVAIOM FROMVN. TAREE... No

lEVRV

« Rœtino Brivato defuncto, militi, frumentario (1), Tarbellino, Jeuru (posuit monumentum) .

« A la mémoire de Relinus Brivatus, soldat, munitionnaire des vivres, originaire de Tarbes, Jeuru a fait élever ce monument. »

(BOURIGNON

« RATN •••• BRIVATOM FRONT V

TARBEZIANO TEURU )>

(Cochon, préfet de la Vienne.)

(( RATN BRIVATIOM FRONT V . TARBELI ... NO

Avec les trois interprétations suivantes :

DIS MANIBVS REQVIETORIVM AETERNVM BRIVATIO FRONTV TARBELINO lEVRV

(1) Bourignon a commis une erreur certaine en lisant, comme l'a fait plus lard de Grazannes, frumenlarius au lieu de Fronlu. Le& frumenlarii, qui se trouvaient presque tous k Rome, n'étaient autres que des sergents de ville tirant leur nom

REQVIETORIVM AETERNVM BRIVATIO . M FRONTV TARBELTNO lEVRV .

REQVIETORIVM AETERNVM BRIVATIO MILITI FRONTVARIO TARBELINO lEVRV.

« 1 — Aux dieux mânes. Monument de repos éternel consacré à Brivatius Frontu de Dax par Jeuru.

« 2 — Jeuru a consacré ce monument d'un éternel repos à M. Brivatius Frontu natif de Dax.

« 3 — Jeuru a consacré ce monument d'un éternel repos à Brivatius, soldat velite, originaire de Dax. )> (Siauve.)

« RATN BRIVATIOM

FRONTV. TARBEL///No;5

(De la Massardière.) (V. pl. xv le fac-similé de cette copie.)

« RATNOB . . . RIATIOM FROMV ... TARBELL ... NO

lEVRV

« Ratino Brivatio milîti fromentario (pour frumentario) legionis quinque, Tarhellino Jeuru.

« A Ratinus Brivatius, soldat frumentaire de la 5^ légion, Tarbellien ou natif du pays des Tarbelliens, monument élevé par Jeuru. »

(de Crazannes. — Lecture empruntée à Bottin.)

(( Ce texte doit se lire :

« Propugnaculum pontilium Frontu Tarbelsonios fecit.

« Pontilium étant le génitif pluriel de l'adjectif potitilis; Frontu (pour Fronto) Tarbelsonios (à la voix de taureau) aurait dès lors fait construire un ouvrage défensif en avant d'un pont supposé près de là, sur le Clain. »

(PiGTET.)

de la ration (frumenlum) qui leur était accordée ; il n'en existait j>as dans l'armée, et il faut bien se garder de les confondre avec les agents administratifs, dispensalores a frumenlo, qui étaient chargés de l'approvisionnement des légions.

« RATN BRIVATIOM FRONTV TAREE ISONIOS

(Ledain. Epigraph. rom.)

Pour M. Pictet, le terme leuvii n'avait pas d'autre signification que fecit. A l'appui de cette hypothèse ce savant citait une inscription gallo-romaine qui venait d'être découverte dans la Creuse, près de Marsac.

Elle était ainsi conçue :

SACER PEROCO lEVRV DVORI CO V . S . L . M . (1)

Et il la lisait :

« Sacer Peroco (gaulois romanisé) fecit poriicum, v[otum) s[olvil) l{ibens) m(erito) (2) ».

L'abbé Auber (3) et de Longuemar (4) ont plus tard traduit de même ce mot gaulois; mais M. Mowat ne l'a pas compris ainsi. Pour ce savant on ne peut attribuer à leurtt que le sens de consecravit. Cette hypothèse est d'ailleurs émise avec d'autant plus de force que ce mot se trouve gravé à la pointe sur une patère votive en bronze trouvée à Couchey , près de Dijon (5), où il ne peut exprimer évidemment que Tidée d'une consécration.

(1) Bull, des Ant. de Fr., 1865, p. 115. — Congrès arch. de Guéret, 1865, p. 478. — Revue archéoL, 1866, p. 214.

(2) Revue archéoL, 1866, pp. 136 et 214; 1867, p. 397.

(3) Mélanges de poésie, d'histoire, d'archéologie et de littérature. Poitiers, \n-S°, t. III, p, 241 .

(4) Bull, des Ant- de l'O., t, vn, p. 303. Antérieurement à cette date, de Longuemar avait parlé du menhir du Vieux-Poitiers dans un roman historique (?) dont les gravures n'ont aucune valeur. Dans cet ouvrage, (jui a pour litre : Chroniques et légendes populaires du Poitou, des Gaulois à Van iOOO, se trouve un grossier dessin du menhir et la copie suivante du texte celtique :

RATN • D • BRIVATIo • M • FRONTV TARBELLINo

Le dessin a été reproduit par M. de Gliergé dans la 2^ édition de son Guide du voyageur à Poitiers. Le monument est ({ualifié de « menhir grossier, couvert d'une inscription latine tracée parla main du peuple vainqueui- [les Romains], et léguée

aux sphinx de l'avenir. » On n'est pas plus emphatique et peut-être plus

inexact!

(5) Journal V Univers, n^du 14 juin 1853. — Mowat, Notice épigr. etc,, p. 110.

Voici du reste le texte gaulois qui se lit sur cette patère :

DOIROS SEGOMARI lEVRV. ALISANV.

M. Mowat l'interprète :

« Doiros, fils (ou affranchi) de Segomaros a consacré ? [cet objet) à AHsanus. »

Une autre inscription, découverte à Alise-Sainte-Reine, contient aussi le même mot (1) :

MARTIALIS DANNOTl^i lEVRV. VCVETE . SOSN CELICNON . ETIC GOBEDRI . DVGIIoNIsIo •VCVETIN .

IN ////// ALISIIA

On en connaît enfin deux autres exemples. Le premier est celui d'une inscription votive aujourd'hui perdue. Elle existait au moyen âge, près de Nevers (2).

ANDE CAMV LOSTOVTI SSICNOS

Le deuxième a été trouvé près de Beaune. Il est fourni par l'inscription suivante que tous les celtologues connaissent certainement (3).

ICCAVOS . OP PIANICNOS . lEV RV . BRIGINDONI

CANTALON .

M. Emile Taillebois, dans le Bulletin de la Société de Borda (4), revendique l'expression Tarbelinos pour la ville de

(1) Bull, mon., t. vu, p. 25.

(2) Dicl. arch. de la Gaule, t. i, inscript, gaul. n" 6.

(3) Ibid., no 4.

(4) Dax, 1884. pp. 11 et suiv.

Dax et donne sur le monument lui-même quelques détails qu'il n'est pas sans intérêt de reproduire ici :

(( Cette pierre brute, de forme pyramidale, dit-il , a 3 mètres 900 millimètres de hauteur sur 1 m. 679 millim. de largeur à la base. Vers son extrémité, qui se termine en pointe tronquée, elle n'a que 45 centim. de largeur, sur 8 centim. d'épaisseur. Cette épaisseur, qui va croissant vers la base, est de 60 centim. à son plus grand renflement.

<( L'inscription est gravée en caractères rustiques sur la face nord et vers le milieu du menhir. »

Puis après avoir successivement reproduit les lectures de Bourignon, de Siauve, de de la Massardière (1), de Bottin, — qui « considère ce menhir comme un monument celtique sur lequel rinscription a été placée plus tard, mais cependant avant Dioclétien, car ce fut ce prince qui abolit les frumentaires », — de de la Fouchardière et de Cardin, — toutes deux reproduites par de Longuemar (2), qui modifia plus tard sa première opinion (3), — M. Taillebois cite enfin la lecture de l'abbé Auber (4) et s'exprime ainsi :

« Je n'ai pas à prendre parti pour l'une ou l'autre, d'autant plus qu'aucune ne me satisfait complètement; la dernière [celle de de Longuemar], qui me tenterait le plus à cause de l'explication rationnelle clu mot lEVRV, me paraît manquer de clarté.

(( Mais si je renonce à discuter le sens de l'inscription, je tiens du moins à relever l'erreur commise par MM. de Longuemar, Pictet, Bourignon, et par plusieurs autres savants, qui consiste à traduire Tarbelinos ou Tarbelsontos par « un homme originaire de Tarbes », tandis que ce mot signifie « Tarbellien », c'est-à-dire de la cité ^Aquae Tarbellicae {Dax) (5).

(( C'est donc à un citoyen de Dax et non de Tarbes , que se rapporte cette inscription. Il ne saurait y avoir le moindre doute à cet égard, le nom de 7'a^6^?/Z^ n'ayant jamais appartenu qu'au peuple de Dax, tandis que Tarbes, qui s'appelait à l'époque romaine Castrum Bigorrense et civitas Turba, était l'une des villes, non des Tarbelli, mais bien des Bigerriones, Bigerri ou Begerri^ et ce n'est qu'au xn® siècle qu'elle reçut les nom de Tarba et Tarma qui, suivant M. Longnon, ne sont pas l'équivalent de Turba, »

(1) Esquisses archéol. sur le Vieux -Poitiers, {Mém. des Antiq. de l'O,, t. m, 1837, p. 103.)

(2) BuU. des Ant. de l'O., vii^ série, t. vu, 1855, pp. 303 et suiv.

(3) Epigraphie du Haut-Poitou, p. 155.

(4) Bull, des Ant. de l'O., vjie série, t. vu, 1855, p. 321.

(5) La cité de Dax est appelée Aquée Terebellicae par la Table de Peutinger.

M. Ledain ne propose pas de signification nouvelle et se borne à reproduire, en les accompagnant de quelques commentaires, les interprétations de Monin et de Pictet. Il exprime cependant ainsi ses préférences :

(V Malgré les incertitudes de lecture et d'interprétation, on pourrait considérer le menhir du Vieux-Poitiers comme un monument funéraire élevé à l'époque romaine, pendant laquelle, on le sait, la langue celtique demeura en vigueur. »

Nous avons enfin réservé pour les placer ici deux interprétations qui laissent une trop large part à la fantaisie^ et sur lesquelles nous ne nous arrêterons pas, mais que nous tenons à citer quand même, car elles montrent bien toutes les divergences de vues que peut faire naître l'inscription celtique du Vieux-Poitiers.

La première est due à M. de la Foucliardière :

(( Cette inscription jusqu'à ce jour inexpliquée

RATN BRIVATIoM FRoNTU TARBELNO lEVRV

pourrait être interprétée ainsi qu'il suit :

« Durât natus Brivatio mortuus frontu tarbellino Jeuru.

« A Durât, né dans cette Briva (1), mort à la tête des Tarbelliens. Jeuru.

(( Ou bien :

a Duratnus Brivatio mortuus froniu tarbellino^ Jeuru.

« Duratius, mort dans cette Briva, à la tête des Tarbelliens. Jeuru (2).

La deuxième, plus bizarre encore, est due à un journaliste de la Presse, M. Mathieu:

(( ... L'inscription du menhir de Poitiers (sic), dit cet écrivain, est exactement transcrite en lettres modernes dans l'ouvrage de Cambry sur les monuments keltiques, page 223. Elle est évidemment antérieure à l'introduction du christianisme, et probablement même à la naturalisation des divinités romaines dans les Gaules. Nous pensons qu'elle se rapporte à une défaite du lieutenant de César, C. Caninius , implicitement avouée au VIII® livre des Commentaires, ch. xxvi.

(1) Dans la pensée de M. de la Fouchardière, Briva [Limonum] serait l'ancienne appellation du Vieux-Poitiers.

(2) Bull, des Ant. de l'O., 1880, p. 125.

RATN BRINTION FROT- V TARBEINO lEVRV

(( En séparant, pour la traduction, les mots qui sont accolés^ nous aurons (1) :

RAT N BRINTI ON FROT- V

Souvenir-en de la bataille-notre sacrifié ici

TAR BEIN 0 lEVRV

un taureau roux à Jevru

« Nous savons qu'en Egypte et en Perse les taureaux roux étaient sacrifiés au soleil, à cause de leur couleur qui rappelait celle de l'astre (2). »

M. Paul Joanne , dans les Guides de la collection Hachette, s'exprime enfin de la sorte :

« Tout près du Vieux-Poitiers s'élève un menhir haut de 2 m. 66 (3), et portant Tinscription suivante en langue gauloise :

RATN BRIVATIOM FRONTV TARBEILINIOS lEVRV

(( Ainsi interprétée :

« TarbelUnus a élevé près du pont ce monument à Frontus. »

Du long exposé qui précède il est bien facile de conclure que le dernier mot n'a pas été dit sur l'inscription celtique du Vieux-Poitiers. En attendant c|ue quelque savant vienne nous fixer d'une façon définitive sur le sens qu'il convient de lui attribuer, nous ne saurions mieux faire que de reproduire ici (( rimpression personnelle » d'un celtologue dont la parole est très justement écoutée.

« Sur la lecture, nous a écrit M. Ernault, professeur à la faculté des lettres de Poitiers , il ne me paraît y avoir qu'une difficulté relative au second mot de la deuxième ligne :

RATIN BRIVATIOM (/ et N liés) FRONTV TARBELS...NIOS

lEVRV

« Ratin Brivatiom Frontu Tarbc.nios ieuru.

(1) Nous supprimons pour chaque terme les renvois aux mots gallo- francs, bretons ou germains sur lesquels l'auteur s'appuie pour établir son interprétation.

(2) Journal la Presse, du 2 septembre 1874.

(3) Ce nombre n'est pas tout à fait exact.

(( Sur la construction grammaticale il ne peut pas non plus y avoir de doute :

(( Frontu^ sujet;

(( Tarhe.. Jiios^ qualifie le sujet;

(( ieuru^ verbe ;

(( ratin^ complément direct ;

« Brivatiom^ complément du régime direct.

« Autres détails certains :

(( Froiita^ nom propre, c'est la prononciation gauloise du latin Fronto. (Cf. Mém. de la Soc. de linguistique de Paris (1886), t. VI, p. 150.)

« Tarhe. .Jiios est un patronymique : « Fils de Tarhe. ..nios » . Il n'y a donc qu'un intérêt secondaire à compléter définitivement sa lecture. (Sur les patronymiques gaulois en ios, cf. M. L. Stokes, Revue celtique, v, 120, 121.)

« ieuru == a fait ;

(( 7'atin, accusatif d'un nom commun, r^atis. (( Brivatiom, génitif pluriel de Brioatis, dont le sens propre est (( habitant (près) d\m pont » .

(( Reste â déterminer le sens de ratin. C'est là le 23oint central du débat. Je crois qu'on a eu raison d'identifier ce mot avec l'irlandais raith-n, acc. à^raith^ forteresse ronde, qu'habitaient les rois d'Irlande. (Cf. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, n, 90, 91; i, 180.) (( On montre encore... sur la « montagne de Tara l'emplacement de la forteresse ou rath de « Loégairé. C'est une enceinte circulaire formée de deux rangs (( de fossés concentriques avec rejet de terre en dedans. » Windisch, Irische Texte, i, (Leipzig, 1880) p. 732, cite de ce mot irlandais les définitions suivantes : a résidence surrounded hy an earthen rampart ; et a circular earilien fort. Pictet, Nouvel Essai, 43, traduit raith « une station fortifiée par un retranchement circulaire et contenant une habitation. »

(( L'explication de Monin. « en faveur des Brivates » n'est pas insoutenable, parce que l'irlandais jxcth veut dire a gr<àce »; mais il y a des difficultés à cause de Vi et surtout à cause de cet emploi de l'accusatif absolu^ comme en grec x«/3tv.

(( Mais ce qu'elle a de bon, à mon avis, c'est qu'elle fait de Brivatiom un ethnique. Ce mot peut désigner les habitants d'une localité d'importance très minime ; mais il me paraît malaisé d'en faire im adjectif pris substantivement dans le sens vague de pontiliwn.

(( Je serais donc disposé à modifier ainsi la traduction de M. Stokes {Celtic declension, édition, Gœttingen, 1886, p. 67,

propugnaculum pontilium Fvonto , Tarheisoni filius , fecit — Rev. celt.y v, 119) :

« Castellum Brivatium {=po7itis acco(arum), Fronto Tarbe...ni fllius fecit. »

Les quelques lignes que nous venons de citer contiennent peut-être le mot de l'énigme qui semble posée par l'inscription celtique du Vieux-Poitiers. Cependant la savante interprétation de M. Ernault nous paraît surtout subordonnée à l'exacte signification du verbe ieuru. Il se peut que ce mot ne corresponde pas au l'àim fecit. En lui attachant une idée votive analogue à la formule v(otum) s(olvit) l(ibens) ni(erîto), nous avons vu que M. Mowat donnait à l'appui de sa thèse de trop bonnes raisons pour qu'il n'y ait pas lieu d'en tenir compte. Ratin ne correspondrait vraisemblablement plus alors au mot Castellum^ mais désignerait quelque divinité. Toutefois , nous ne croyons pas devoir entrer plus avant dans le débat qui se trouve engagé, car il ne nous appartient certainement pas de le clore, et nous ne pouvons que remercier très sincèrement M. Ernault de la communication qu'il a bien voulu nous adresser.

Le nombre des inscriptions celtiques que l'on connaît n'est pas très grand. Le Dictionnaire archéologique^ édité avec tout le soin que l'on sait par la commission de la topographie des Gaules, n'en contenait que dix. Ce sont les suivantes :

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