EPITAPHE DE JULIUS ALBUS
« [Fragment] trouvé à Aulnay, Aunedonacum,Qxil'èh^d, et transporté au musée de Saintes.
« Ce débris a 92 cent, de hauteur ; il en a 60 dans sa plus grande largeur. Ses lettres varient de longueur à chaque ligne; elles ont 9 cent, â la première ; â la deuxième et à la troisième, 7; enfin 13 à la dernière :
(1) (( Lucius ALBIMIus ... anNO XXVll STIpendiorum VII hic Situs Est.
(( Il est évident que l'E de la première ligne est mis pour F, filias ; IT doit être la hn de vixYV ou de dcccssli: ; AENATIS est certainement pour AETATIS. » (Alidiat.)
Notre copie (voir pi. xl) :
T^^^ ALBIMIE {sic)
LEa II>LAENATIS ANNU • XXVIISTniI H S E
(1) Ce cliché nous a été communiqué par M. Audiat.
La pierre est en trois fragments et les deux fragments de gauche ont été tout récemment découverts, par M. Audiat, lors de la translation des antiquités de la ville de Saintes dans le nouveau local qui leur est affecté.
Ainsi que l'a reconnu M. Audiat, la première ligne est très réellement terminée par un E , mais il n'est pas absolument certain que cette lettre ait existé de tout temps. Quoi qu'il en soit le texte doit incontestablement se lire :
[D[iis) m{anibus) et m{emoriae) C{aii)?] Iul{ii) Albi, mil{itis) leg[ionis) seciindae, cenluria Laemitis, anno[rum) XXVII, stiijpendiorum) VIL H[ic) s{itus) e[st).
Aux dieux mânes et à la mémoire du soldat Caius Julius Albus, de la deuxième légion, centurie de Laenas. Il mourut à l'âge de 27 ans après 7 ans de services et repose en ce lieu.-
Comme son collègue Autius, le soldat Albus était entré au service â l'âge de vingt ans. On sait qu'il n'était possible de servir, dans l'armée romaine, qu'à partir de dix-huit ans, â moins que l'on ne fût fils de soldat, auquel cas la limite d'âge se trouvait abaissée de deux ans. Le temps à passer sous les drapeaux étant de vingt ans pour les légionnaires , on voit facilement que le soldat Albus n'avait pas été congédié, ou n'avait pu l'être que par anticipation, lorsqu'il mourut.
Non moins que pour les deux inscriptions précédentes , il serait intéressant de connaître quelles peuvent être les causes qui amenèrent à Aulnay le soldat Julius Albus, et peut-être aussi le corps dont il faisait partie.
Il y eut plusieurs légions romaines qui portèrent le numéro II :
« Ce furent, dit M. AUmer, la légion II Augusta, créée par Auguste et qui se trouvait à sa mort dans la Germanie supérieure; l'empereur Claude la transféra de là en Bretagne, où elle était encore vers le milieu du m'' siècle; — la légion UAdJutrix, formée à la hâte de soldats de marine par Néron, dissoute et réformée par Galba, puis définitivement constituée par Vespasien et mise d'abord en Bretagne, ensuite et à demeure en Pannonie; — la légion II Trajana, créée et préposée à la garde de VEgy^te par Trajan; — la légion II Parthica de Septime Sévère, mise quelque temps en Orient, puis cantonnée en Italie, près de Rome,» — et nous pourrions ajouter encore â cette liste la légion II Italica créée par Néron.
La légion dont il est ici question ne peut avoir été que la II Augusta. Strasbourg (1)^ Arles, Bourgoin, Genève, Uzès et
(l) Brambach, Inscript, rhénan., n° 1892.
Narbonne ont donné des inscriptions funéraires qui la rappelaient (1).
Bibliographie: Audiat, p. 46. — E. E[spérandieu], Revue poil, et saint., t. IV, 1887-88, p. 320. — Audiat, Revue de Saintonge et d'Aunis, 1888, p. 118. — Audiat, Catalogue, t. viii, p. 43, nM2, — AUmer, Revue épig., 11° 48, 1888, p. 343. — Em. Espérandieu, Bull. Ant. 0., 1888, p. 445.
EPITAPHE DE JUSTINIUS PATERNUS.
Inscription perdue de Saintes.
(( Sur le mur intérieur du jardin [de l'hôpital général à Saintes] :
ET-M • IVSTIN 1 • PATER NI • VETE RANI • L • P RI • MINE • AVG • POT ENTINA COIV • —
POSVIT » (BOURIGNON.)
Il nous parait possible de lire :
D[iis) 7n{a)iibus) et m[emoriae) lustini[i) Paterni, veterani l[cgionis) pri{niae) Mine[rvi(ie) Aug(ustae).
Poteitlina co{ii)ju[gi) posait.
Aux dieux mânes et ci la mémoire de Jusiinius Paternus, vétéran de la légion pi-emière Minervia Augusla. Poteiilina a fait élever [ce monument] à son mari.
Ainsi que l'a fait remarquer Bourignon , le cognomen Paternus, qu'il n'est pas rare de rencontrer dans les inscriptions romaines, se lit sur un certain nombre de monuments trouvés dans le midi de la France et plus particulièrement à Nimes, Périgueux et Lectoure (2). Une inscription de Poitiers le fournit aussi.
(1) C.I. L , t. XII, nos 677^ 2355, 2601, 2929 el 4354.
(2) Le tome xii du Corpus en fournit 67 exemples.
Le cognomen Potcntina s'est déjà rencontré à Carpentras (1) et Narbonne (2) ; celui de Potentinus se lit sur une inscription de Grenoble (3). La forme Patenta est enfin donnée par une inscription d'Afrique (4).
M. Audiat a reproduit la copie de Bourignon. Il lit, à la 2® ligne, le nominatif cotijax qui peut d'ailleurs tout aussi bien convenir que le datif conjiigi.
La légion I Minervia fut créée par Domitien. Elle tint garnison a Bonn, dans la Germanie inférieure, et dut comprendre certains contingents de vétérans tirés de la Germanie inférieure^ de la Belgique, et de la haute Italie (5).
D'autres légions portèrent aussi le n° I. Ce furent les suivantes :
La legio prima Adjutrix, créée par Galba;
La legio prima Germanica? créée par Auguste et licenciée par Vespasien ;
La legio prima Italica, créée par Néron ;
Et la legio prima Parthica, créée par Septime Sévère.
Une épitaphe de Valence (6) mentionne un autre vétéran de \di légion prima Minervia ; une inscription de Fréjus (7) nous fait connaître , en outre , que cette légion — dont Arles , Tarascon, Vienne et Narbonne nous ont encore fourni le nom par des inscriptions funéraires (8) — portait les surnoms de Pia Fidelis.
Bibliographie : Bourignon, p. 39. — Chaudruc de Crazannes, p. 161. — Audiat, p. 50.