‹ Épigraphie romaine du Poitou [et] de la SaintongeChapitre 107 sur 217 · RUTILIUS · texte numérisé non relu

RUTILIUS

« On sent que je veux parler du marbre intéressant déposé à la cathédrale, et sur lequel Duradier, Lebeuf et Bourignon se sont efforcés en vain d'appeler les regards des individus qui le possèdent sans en connaître le prix, et qui paraissent •fouler aux pieds un monument qui, chez un autre peuple, serait l'ornement le plus précieux d'un musée national (1). »

Mabillon parait s'être occupé le premier du texte de Varenilla :

<i Hujus loci occasione visum est, dit--il â propos du temple Saint-Jean, quoddam operae pretium hue afierre antiquam veterum Gallorum nostrorum inscriptionem. Angustoriti-Pictonum nuperrime elïossam, et cathedralis ecclesiae interiori muro nunc

(1) Il paraii que la pierre tumulaire de Varenilla servait alors de banc; Siauve dit de « marchepied ».

insertam, in qua miiltae ejusmodi inversae litterae insculptae siint. Haec inscriptio facta est in bonorem cujusdam praenobilis heroinae Gallae, scilicet Cluarenillae, Cluarenni consulis filiae, cjuae sive ob eruditionem, sive ob praeclarum aliquod facinus, statuani et monimentum publiciim promeruit. Hanc inscriptionem praecedenti superaddendam existimavi ad renovandam istius heroinae memoriam, excitandamque sagacitatem litteratorum, maxime clarissimorum Regiae inscriptionum et nmnismatum Academiae sociorum, qui forte celeberrimae quondam feminae obliteratam memoriam ab interitu revocabimt. Saltem hoc pignus erit meae in ilhistrissimos et chirissimos socios observantiae, quorum academicis exercitationibus^ honorifîco quidem, sed gratuito omnino favore interesse mihi datuni est. »

Sa lecture est ainsi conçue (Voir pi. v bis) :

« Cluarenillae, Cluareni consalis Jiliae, civitas Pictonum

fanas, locurn, stataam, moninientam pablicum. Marcus Cen-

sor Pavius, legionum Augasii primas praetor, provinciae

Aquitaniae consal designatus, maritus, honore contentas

suàqae causa poneriduni curavit. »

Après Mabillon vint dom Martenne, qui se borna à reproduire, à peu de chose près, ce qu'avait déjà dit son prédécesseur. Piganiol de la Force n'arriva qu'en troisième lieu.

(( Les antiquaires, disait-il, remarquent [dans l'église cathédrale] un ancien marbre blanc long de six à sept pieds , d'un pied et demi ou environ au quarré, et sur lequel est une inscription que l'on peut lire dans le supplément de la Diplomatique de Mabillon. Ce marbre fut tiré, il y a quelques années, de l'église de Saint-Jean que la plupart des antiquaires croyent avoir été un temple d'idoles. »

Pendant les divers séjours qu'il fit à Poitiers, de Beaumesnil ne manqua pas non plus de dessiner la célèbre épitaphe.

Une première copie, qu'il prit en 1742, était la suivante :

(( CL • VARENILLAE • CL • VARENI • COS • FLAE

CIVITAS • PICTONM FVNVS • LOCViM • SXVAM •

M0NMENT-PVBLIC-M'C5NS0a-PA^LVS-LEGA/G-IR-PRq^-c

VNCAOVTAN- COS- DESIG- MRTVS HONOBl COiNENVSS^AaC

[P^ND-CV^yVIT »

On lisait au-dessous :

(( Bloc de marbre blanc, dans l'église de Saint-Pierre, métropole de Poitiers, placée contre la muraille en manière de pierre

sépulchrale, et élevée sur d'autres, dans l'aile de la droite du chœur. Cette pierre a 7 pieds 2 pouces (1(^ long et 21 pouces de large, du côté des caractères, 12 pouces 2 lignes d'épaisseur. Les caractères de la première ligne passent 4 pouces, ceux de la seconde quelque peu plus de trois, ceux de la troisième 2 pouces, et à la dernière 1 pouce s(s/c) 5 lignes. On y voit 2 trous de crampons qui i)assent .5 pouces. Elle paraît avoir fait partie de frise d'entablement, de porte ou portique, peut-être d'arc triomphal. Des gens prétendent que le dernier mot de la première ligne n'est pas entier, pour moi je trouve que c'est FILIAE. Je crois aussi que le commencement de la dernière est ceci : VINC, et qu'au mot suivant la seconde lettre est un Q au lieu d'un O tel qu'il parait, ce qui doit faire AQUITAN, et qu'il manque un point après l'N entre AQUITAN et COS. Je pense encor que cette pierre pourrait venir de l'aqueduc précédent. Voici, je crois, comme il faudrait lire cette inscription quant aux abréviations et lettres indicales : CLARIA VARENILLIAE, CLARIUS VARENILLIUS. >>

Trente-cinq ans après, le même antiquaire prit une nouvelle copie qu'il a donnée comme « plus fidèle ». Il est vrai que quelqij^es erreurs de la copie précédente ont été corrigées, la quatrième ligne, en particulier, est à peu près fidèlement transcrite, mais par contre, le nom même de Varenilla n'est plus aussi correctement reproduit.

« Un chanoine de Saint-Pierre, raconte de Beaumesnil, m'a dit, en 1770, qu'il avait vu quelque part que c'était ce Varenillius qui avait fait construire l'acqueduc (appelé arcs de Parigny) et que [la pierre qui porte l'inscription] était un reste du monument funèbre élevé à sa fille. Un autre chanoine embéguiné d'Anglomanie voulait me persuader que c'était un ouvrage des Anglais, mais que personne ne pouvait le lire. Il semblait dire cela de la meilleure foi du monde, ce qui ne témoignait pas peu l'étendue de son ignorance en fait d'antiquité (1). . .. Comme on a broyé des couleurs â l'huile sui* cette inscription, elle est fort effacée et dégradée, ces couleurs ayant rempli non seulement la gravure des caractères, mais encore les petits creux accidentels ; ce qui devient des figures étrangères aux vraies lettres. »

Dreux-Duradier, en 1750, Allard, quelques années plus tard, firent à leur tour paraître des dessins et des lectures, un peu moins mauvais peut-être que ceux de leurs prédécesseurs. Le premier donnait aussi quelques renseignements, qu'il a bien

(t) L'abbé Gil)aull (?) a annoté de Beaumesnil el défendu ce chanoine. '< Beaumesnil, dit-il, est très injiiste el se ressent encore du métier qu'il faisait quand il vint à Poitiers. » Nous avons déjà dit (jue cet antiquaire était comédien-

soin de dire « sine die et sine consiile », sur le transfert dont la pierre avait été l'objet :

«... Des personnes de 80 à 82 ans, dit-il, m'ont assuré que le transport avait été fait pendant l'épiscopat de M. de la Roche- Posajj évoque de Poitiers ; la cause [de ce] transport était l'embarras que ce marbre, de six pieds de long, faisait dans la petite église de Poitiers (1). 11 fut d'abord mis sous une arcade de la clôture du chœur de la cathédrale, ce qui a pu faire dire à Mabillon : iiiteriori muro niuic inseriam. »

« Après un examen fait sur les lieux, de l'inscription même et de la ponctuation, j'ai cru, dit encore Duradier, qu'on devait la lire de la manière qui suit : Claadiolae VareniUac Claadii Varcni coiihuUs Jlliae civitas Pictotuun faims, locum, statucun, Dioiianienlani [jablicLUii Mœsta caravit, erexit iiuucupaDit. Soranas Pavias Legalus AikjusIi, proprœtor proviiiciae Aquitatiiae consid desirjnalus MarUas, honore contentai sud pecutiiâ poiiciidiun curavit. »

Il est â peine besoin de faire remarquer qu'une telle lecture ne saurait en aucimc façon convenir. Malullon avait fait de Varenilla (( une gauloise dont le savoir, ou quelque action brillante, lui avaient acquis l'estime des Poitevins » ; Drcux-Duradier, trom|)é surtout par le diminutif Claudiola, qu'il lisait on ne sait, trop pourquoi, prétendait que la lille de Varénus devait être morte très jeune'. Au point de vue de l'exactitude, les deux opinions se valaient.

En décrivant le temple Saint-Jean, Tliibaudeau ne pouvait manquer de parler de l'épitaphe célèbre qui en fut extraite :

« Au milieu de cet édifice, dit-il, étoit un autel à la Romaine [Claudia Varenilla], d'un marbre un peu brun, de cinq à six pieds en quarré, c'étoit sur cet autel qu'étoit placée (sic) la statue et l'urne qui contenoit les cendres de la personne â qui ce mausolée étoit consacré.

« L'inscription étoit sur une des pièces de marbre de cet autel, de longueur d'environ six pieds, c'est le seul morceau qui se soit conservé. Un ajoute que le bloc de marbre embarassant beaucoui) cette petite église, M. de la Roche Posay, évèciue de Poitiers, le lit i)orter, il y a environ cent ans, dans l'église cathédrale qui est â proximité. On y voit encore ce marbre près de la sacristie, et on y lit cette inscription en caractères romains parfaitement formés avec beaucoup d'abréviations. Les dernières lignes ont été un peu effacées :

« Claad'ue Varenilla^ Cljtudii Varctii considis Fdiœ Ciuitas Pictonutii /anus, locain, slataani, nionaincniani publicurn,

(1) Le lemplu Saiiil-Jean.

mœsia curami, erexit, mincupavit, Soranns Pavius, Legatus Angusti (1), Proprœtor Provinciœ Aqailnnicœ, Consul des ig luttas, Ma/'iUis Iloiioi'c conteiUus^ suà p'cunia, poncndiim caravit. »

C'était i)eut-étre aller fort vite en besogne que de préciser ainsi jusqu'à la faron dont l'inscription do Varenilla se trouvait ]>lacée dans le temple, et il est assurément très regrettable, — puisqu'il s'agissait de certains faits qui remontaient à près de cent ans, — que Thibaudeau se soit abstenu de citer les auteurs sur lesquels il s'était appuyé. S'il l'eût fait, il nous eût dit sans doute qu'il ne connaissait que le passage suivant, que nous emprunterons nous-méme au Journal du curé Bobinet :

(( 1703. — Dans le mois de juillet en vue d'ajuster l'église de Saint-Jean, la plus ancienne paroisse de Poitiers, un prêtre nommé M. Grignon, de Bretagne, qui avait demeuré quelque tems â l'hôpital général^ faisant le missionnaire, voulant signaler son zèle par la réparation du pavé et quelques endrois de cette église, fit démolir un ancien monument qui étoit entre quatre piliers au milieu de l'église, qu'on croioit être le lieu où on ég(5^geoit les victimes lorsqu'elle étoit le temple des faux dieux; ce qui en faisoit voir l'antiquité et devoit pour ce sujet être conservé, selon le sentiment.des plus judicieux » (2).

Dans le dernier volume de son ouvrage, Thibaudeau revient encore sur l'inscription de Varenilla, qu'il publie cette fois avec un fac-similé, en l'accompagnant de la lettre suivante :

« ... Vous écrivez cette inscription en lettres italiques, ignorez-vous. Monsieur, que ce n'est pas dans ce caractère que l'on écrit les inscriptions, et que cette manière décèle un écrivain peu versé dans l'antiquité. Voici, Monsieur, cette inscription telle qu'on la lit sur le marbre qui est â l'Eglise cathédrale de Poitiers. J'ai pris le soin de la faire graver, daignez y jetter fs/cj les yeux i et vous vous convaincrez qu'il n'y a pas monuinentumpublicum, main ïnoninientum publiée, qu'on n'y lit pas mœsia caravit, erexit nuncapavit Sora/ias pavius, mais Marcus Censorinas pavius, qu'on ne doit pas lire legatus Augusti proprœtor, mais legionis Augustœ prœjectus prœses etc. Voyez le nouveau traité de Dipp. par les religieux bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, édition de 1755, pp. 646 et 647. ^) M**% Poitevin (3).

(1) « Cel empereur mourut l'an 14 de Jésus-Christ, » — I.a fausse attribution «le Thibauileau a eu naturellement pour effet de lui faire dater l'inscription du règne d'Auguste !

(2) Bobinet, p. 1422.

(3) Cette lettre semblerait émaner d'AUard de la Resuière.

Après Thibaudeau, Siaiive — qui n'avait peut-être pas vu l'épitaplie de Varenilla — paraît s'être surtout inspiré de ce qu'en avait déjà dit Bourignon. Sa lecture est ainsi conçue :

(( Claudiae Varenillae, Claudii Vareni consulis filiae, civitas Pictonum fiuius, locum, statuant, monitnentum publicum. Marcus Censorinus Pavais, legatus Augusti, propraeses provinciae Aquitanlae, consul designatus, niaritus, honore contentus, suâ pecunià ponendum curavit. »

Enfin, quelques années plus tard, Dufour qui, s'il ne les ignorait pas, ne semble pas avoir tenu grand compte des travaux de ses devanciers , publiait encore un fac-similé de la « pierre sépulcrale de Cluarenille » et commettait à son tour quelques grosses erreurs :

« Cette inscription, disait-il, se compose de quatre lignes dont les caractères sont successivement inégaux. Les lettres de la première ont trois pouces une ligne de hauteur, celles de la seconde deux pouces huit lignes, celles de la troisième deux pouces deux lignes et celles de la quatrième, un pouce huit lignes. En voici l'explication :

« Cluarenillae Cluareni consulis filiae civitas Pictonum funus, locum, statuam, monimentum publicum, Marcus Censor Pavius legatus Augusti , propraeses provinciae Aquitanicae , consul designatus, maritus , honori contentas, sua pecunia ponendum curavit. »

Dufour entrait ensuite dans de longues considérations pour établir que le temple Saint-Jean n'était pas autre chose que le tombeau même de Varenilla. Comme ces considérations n'ont aucun rapport avec l'épigraphie, nous nous dis])enserons de les reproduire, comme aussi nous ne donnerons pas sur ce même sujet toutes les opinions, plus ou moins contradictoires, (ju'ont fait paraître à différentes époques beaucoup d'autres auteurs qui se sont occupés de l'inscription de Varenilla.

Nous ne passerons pas toutefois sous silence une très imprudente affirmation de Dufour qui, sans tenir aucun compte de la forme même des caractères, et sans s'arrêter aux points séparatifs qu'il était pourtant bien facile de distinguer sur la pierre^ proclamait d'une « façon incontestable » que « les noms de Cluarenilla et de Cluarenus n'étaient pas romains, mais wisigoths et que le mot consul ne pouvait recevoir d'autre interprétation que celle de comte. »

Millin, qui avait vu l'inscription de Varenilla lors de son passage à Poitiers, la décrivait ainsi dans ses Voyages :

(( Cette vaste église^ — il s'agit de la cathédrale, — renfer-

moit autrefois un riche trésor et plusieurs tombeaux. Il n'y a plus aujourd'hui qu'un seul monument, c'est un bloc de marbre qui est près do hi sacristie ; rinscri[)tion qu'on y lit est presque effacée parce que ce bloc sert de banc, et que les enfants montent dessus pour mieux voir les cérémonies qui se font dans le chœur, et qu'ils frottent les lettres avec leurs pieds. »

Le texte qu'il reproduisait contenait il est vrai cinq lignes, soit une de trop, mais les différents mots avaient été parfaitement lus et il les avait transcrits avec une exactitude que les auteurs suivants ne surent pas toujours observer. L'interprétation qu'il proposait était bonne, néanmoins elle ne fut que partiellement acceptée plus tard par Mangon de la Lande qui crut devoir s'en tenir encore à la lecture propraeses et faire de Varenus « un préfet proconsul de la cité des Pictons. »

« L'édifice actuellement connu sous la dénomination de temple Saint-Jean, à Poitiers, était originairement, dit-il, et avant les constructions qui le défigurent, un tombeau romain élevé à la mémoire de Varenilla, fille du proconsul Varenus, préfet de la cité fies Pictons, et épouse de Marcus Censor Pavius, lieutenant de l'empereur et consul désigné. »

Grille de Beuzelin ayant combattu cette opinion généralement admise alors (1), que le temple Saint-Jean était le monument funéraire de Varenilla, et ayant osé dire, d'abord que l'édifice était trop grand « pour qu'il fût possible de le considérer comme une cetla o^ ensuite « qu'aucun détail de construction ne présentait les véritables caractères de l'architecture antique » , Mangon de la Lande engagea avec lui une longue polémique, et publia pour la seconde fois l'inscription funéraire qui nous occupe. Sa copie était ainsi disposée :

(( ClA.UDL« VaRENILL/E ClAUDII VaRENI CONSULIS FILI^, CiVITAS PiCTOMUM (2) FUNUS, LOCUM, StATUAM, MONUMENTUM PVBLICUM (vOVIT); MaRCUS CENSOR PaVIUS LEGA- TUS AUGUSTI,

Pro PiL\ESEs Provinclî: Aqvitanic.^, consul DESIGNATUS, MARITUS, Honore contentus, sua pecunia ponendum curavit ».

Faisant alors remonter à la fois l'inscription et le temple

(1) Dibons pourtant que l'abbé Lebeuf « croyait que le temple avait toujours été une église dans le massif de laquelle on avait fait entrer quelques restes d'architecture païenne » ; dora Fonteneau : qu'il fallait voir en ce temple la première église cathédrale de Poitiers, transformée en baptistère après l'érection, dans le voisinage, d'une nouvelle et plus vaste église ; et Siauve: que le monument, toujours consacré au culte, ne remontait pas au-delà du iv» ou du v* siècle.

(2) Mauvaise lecture pour Pictonvm.

au III® siècle, il arrivait à cette conclusion, qu'une telle concordance « rendait sa conviction de plus en plus profonde et le faisait persister dans l'opinion que le temple Saint-Jean, à Poitiers, avait été originairement le tombeau de Varenilla» (1).

En 1844, Camille Bonnard, ne pouvant choisir un plus mauvais modèle, faisait pass'er clans son ouvrage la lecture et la traduction données au commencement de ce siècle par Dufour.

«... Il existe dans la cathédrale [de Poitiers], disait-il, une table de marbre qui fut enlevée du temple Saint-Jean vers le commencement du siècle dernier, et c'est l'inscription qui y est gravée qui sert de fondement à cette hypothèse [faisant considérer le monument lui-même] comme un édifice, élevé par ordre du Sénat de la cité des Poitevins , en l'honneur de CL VARENILLA ou de VARENILLA, femme du légat Marcus Censor Pavius. »

De Longuemar prit au contraire la lecture de Mangon de la Lande. C'est celle qu'il a donnée en différents endroits :

« Ce monument précieux, dit-il, prouve l'importance de la cité des Pictons, à la fois siège du proconsul et du gouverneur de la grande province d'Aquitaine, l'une des trois principales de la Gaule, lui-même consul désigné et l'un des grands dignitaires de l'empire romain : importance annoncée déjà par l'inscription de Sabinus, prouvant c|ue cette grande cité était le siège d'un collège d'aruspices. »

Orelli fit entrer l'inscription de Varenilla dans la collection de ses Exempta. Sa copie était la suivante :

CL • VARENILLAE * CL * VARENI COS * FILIAE

CIVITAS PICTONVM FVNVS * LOCVM * STATVAM

MONIMENTVM PVBLICVM ' M ' CENSOR * PAVIVS LEG ' AVG ' PR * PR " PRO

VINC • AQVITAN * COS " DESIG * MARITVS HONOR

• E CONTENTVS SVA ' PEC ' PONEND * CVRAVIT

C'était, â peu de chose près, celle qui avait été donnée par Millin , et nous l'avons retrouvée textuellement dans la Géographie de la Gaule, de Desjardins. Nous avons déjà dit qu'elle serait assez exacte si la division de la dernière ligne était mieux observée.

Tout récemment enfin, M. Ledain a publié une bonne copie de la même inscription , dans son Epigraphie romaine du Poitou. L'interprétation qu'il propose est ainsi conçue :

(1) UuR thèse analogue vient il'êlre reprise par M. Leilain, dans son Epigraphie romaine du Poilou. Elle avait été déjà soutenue par notre confrère dans le Bull. des Ant. de l'O., t. xiii, p. 296.

« Claudîae Varenillae Claudii Varent consulis filiae civitas Picto nain J anus ^ locuni, stalaani nionimentam pahlicam Marcas Censorius Pavais Lecjalus Augusti proprœtove pvomnciœ Aqaitaniae consul desirjnalas, tnaritus, lionore contentas, sua pecunia ponendo curavit. »

Nous avons vu que la pierre, après avoir été retirée du temple Saint-Jean, était longtemps restée dans la cathédrale de Poitiers. Elle est aujourd'hui au musée des Antiquaires de l'Ouest (1), et la correspondance de l'abbé Gibault contient un certain nombre de lettres, adressées au préfet de la Vienne en 1823, dans le but, vainement poursuivi, de faire rendre par un libraire, qui les avait achetés, certains blocs de marbre ayant fait partie, disait-on, du tombeau de Varenilla.

M. Alfred Barbier a récemment publié cette correspondance dans les Bulletins des Antiquaires de l'Ouest (S). Notre savant confrère a émis aussi cette opinion que le temple Saint-Jean ne pouvait qu'avoir été le tombeau de la célèbre gallo-romaine. Dans la revendication de ces blocs de marbre primitivement situés près du temple Saint-Jean lui-même, M. Barbier reconnaît « un fait matériel » la confirmant.

Le débat depuis longtemps engagé sur la véritable destination comme aussi sur la date de la construction de l'édifice « qui est une des antiquités les plus attractives de Poitiers », n'est donc pas ainsi sur le point d'être clos. Pour notre compte, sans vouloir préjuger en rien d'une question qu'il est assurément fort difficile de trancher comme il conviendrait, nous ne croyons pas que ce monument puisse avoir servi de tombeau. Varenilla était une romaine du haut Empire, tous les auteurs l'ont au moins reconnu, et le temple Saint-Jean n'a certainement pas été bâti avant la fin du cinquième siècle de notre ère (3).

Sans doute quelques auteurs moins exclusifs que Mangon de la Lande, — et M. Ledain a été de ceux-là, — ont bien voulu reconnaître que le tombeau primitif ne pouvait avoir été le temple Saint-Jean tel qu'il est, mais bien plutôt un monument « dégagé de toutes les additions, remaniements ou reconstructions, surtout des parties supérieures, dont il a dû être l'objet depuis des siècles pour être transformé en baptistère ou en paroisse » (4); ce ne sont lâ^ malgré tout, que des hypothèses plus ou moins

(1) Le procès-verbal qui constate cette translation a été imprimé dans Bull. Ant, 0., i""» série, 1835, p. 157, et réimpression, 1861, p. 497.

(2) Bull. Ant. 0.. 1888, pp. 508 à 521.

(3) Voir, à ce sujet, l'opinion qui se trouve exprimée par Mérimée dans: Le temple Sainl-Jean de Poitiers, 1845. in-folio, p. 4. (Ouvrage faisant partie de la coll. des Mon. hisl. de la jFrance publiée par les soins du ministère des beaux-arts.)

(4) Epigr. rom., p. 17.

fondées. Il faudrait, pour qu'il en fût autrement, que certaine's parties du tem])le lui-même fussent au moins reconnues comme ayant appartenu sans conteste à quelque monument de la haute époque gallo-romaine, et cette reconnaissance n'a pas été faite que nous sachions.

On a pu supposer aussi avec Thibaudeau, — mais sans plus de preuves que lui, — que le mausolée de Varenilla était encore debout au milieu du temple Saint-Jean lorsque Mgr de la Roche-Posay fit transporter rinscription dans la cathédrale. Il faudrait alors admettre que la. longanimité des chrétiens a été bien grande pendant plus de treize siècles, ])our qu'ils aient pu supporter dans un de leurs temples la présence d'un monument qui leur rappelait sans cesse une adoratrice des anciens dieux.

L'épitaphe de Varenilla devait se trouver dans le temple Saint-Jean comme elle se trouva plus tard dans la cathédrale, c'est-à-dire d'une façon tout à fait accidentelle. Elle y était entrée, soit parce qu'elle avait pu sembler intéressante à quelques personnes^ soit, ce qui nous paraît beaucoup plus vrîlisemblable, parce que la pierre qui la portait avait été placée dans quelque construction, — celle-là même peut-être qui fut démolie en 1703, — ou avait i^eru quekpio autre destination qui la rendait plus ou moins utile (1). Il ne faut pas oublier d'ailleurs, que s'il eût simplement existé sur l'emplacement même du temple, le monument de Varenilla se fût trouvé de la sorte construit contrairement aux usages romains, qui ne permettaient de placer les tombeaux qu'au-delà de l'enceinte des villes (2).

Quoi qu'il en soit, — et pour nous en tenir à ce qui précède,

(1) Rappelons à ce sujet, que l'abbé Tixier, — qui devait avoir ses raisons pour cela sans doute, — écrivait il y a déjà quelques années : « Pendant longtemps, le baptistère [du temple Saint-Jean à Poitiers], fut considéré comme la tombe de Clara (sic) Varenilla, épouse de (^ensor Pavius, gouverneur de la province aquitanique. Cette confusion provient d'une inscription trouvée dans le monument, mais qu'on y avait simplement déposée... » [Les monuments historiques du centre de la France à l'exposition de Limoges, dans Bull, de la Société archéologique et ' historique du Limousin, t. xxxv, p. 61).

(2) Depuis quelques années, le temple Saint Jean s^rt d'annexé au musée lapidaire de la Société des Antiquaires de l'Ouest. C'est là qwe le R. P. Camille de la Croix a fait disposer, en mettant en œuvre tons ses magnifiques talents de conservateur, les sarcophages mérovingiens qu'il a recueillis, avec un soin jaloux, sur toute l'étendue du département de la Vienne.

En 1789, le temple Saint- Jean était encore affecté au culte, mais l'oflîce ne s'y célébrait plus qu'une fois jiar an. Vendu i.omme bien national, le monument devint une fonderie de cloches, reçut ensuite un fourneau de soupe écononiiiiue et fut finalement transformé en magasin pour la fabrique de Saint-Pierre. Il avait cette dernière destination, lorsqu'il fut acquis en 1834, avec le secours de l'Etat, par la Société des Antiquaires de l'Ouest, qui en fit tout aussitôt le lieu de dépôt des collections qu'elle s'occupait à former. Avec les frais d'installation du musée (1830), la dépense qui fut faite s'éleva à 7,032 francs.

— voici la copie que nous avons prise nous-même de l'inscription qui nous intéresse avant tout :

CLVAREN I LL/\E-CLVAREN lOS'JlÀE CÎVITASPlcTONMrN/NVS LDCS/MSATVW\- MOM MîfPVBkE'M C3^saû PNjVZlEC/VC PRPR?v«>:

La pierre a 2 m. 35 de long sur 0 m. 58 de large. Les caractères, pour la plupart très eft'acés, ont 0 m. 08 â la première ligne, 0 m. 07 â la seconde, 0 m. 055 à la troisième, et 0 m. 045 à la dernière. Outre que les ligatures sont très nombreuses, plusieurs voyelles sont accentuées.

Nous lisons ce texte :

Cl{audiae] Varenillae , Cl{audii) Vareni co{n)s'ulis) filiae , civitas Pictonum funus^ locum, staluam, moiiimenl{;um) publics {dal.) M{arcus) Censor{ius) Paulus , leg[alus) Aug{usli) pr[o)pr[aetore) provinciiae) Aqullan[icae), co{ii)s{ul) desig[nalus) , maritus, honore contentus^ sua pec{unia) ponend{um) curavit.

A Claudia Varenilla, fille du consul Claudius Varenus, la cité des Pictons donne des funérailles, un emplacement, une statue et un tombeau. Marcus Censorius Paulus, son mari, légat impérial propréteur de la province d'Aquitaine, consul désigné, satisfait de l'honneur (fait à sa femme), a pris à sa charge toutes les dépenses qui ont été faites.

Depuis Mabillon jusqu'à M. Ledain, presque tous les commentateurs de cette épitapbe, ont cru devoir lire : Marcus Censor, ou Censorinus, Pavius (1).

Nous ne croyons pas que cette interprétation soit exacte; car Censor et Censorinus ne sont pas des genti lices mais des cognoniina. Tandis que le tome xiidu Corpus des inscriptions latines, par exemple, fournit trois fois la forme Censorius dans la liste de ses nomina virorum (2), nous ne voyons pas figurer une seule fois dans cette liste les noms de Censor ou de Censorinus qui, par contre, sont donnés, l'un cinq et l'autre dix fois dans la table des cognomina (3).

(1) Parmi les savants français, Desjardins et M. Ledain ont seuls fait exception à cette règle. Desjanlins en lisant : Censorinus Paulus et M. Ledain ; Censorius Pavius.

(2) G. J. L., t. XII, nos 3021 et 5888.

(3) Ibid., n"» 3102, 3338, 780, 1075, 2219, etc.

S'il le fallait, nous pourrions citer encore d'autres exemples empruntés aux différents tomes du Corpus; nous nou!?en tiendrons a ceux-là seuls qui nous sont fournis par les inscriptions de la Narbonaise, parce qu'il nous paraît inutile d'insister plus longtemps sur une lecture C(ui nous semble beaucoup plus certaine (jue toute autre (1).

Paoius ne pourrait être au contraire qu'un gentilice, ])ienque nous ne sachions pas qu'on ait jamais rencontré ce nom sur d'autres monuments que celui de Poitiers.

Il est assurément hors de doute qu'on lit très distinctement PAVIVS sur l'épitaphe de Varenilla ; en résulte-t-il que c'est bien là le cognomen qu'il convient d'assigner à Marcas Censoriiisf Pour notre part nous ne le pensons pas. Sans nous écarter des suppositions permises, nous pourrions avancer que le lapicide a pu se tromper , nous préférons dire que la Ijarre horizontale de l'L a plus vraisemblablement disparu (2).

Les lettres de l'épitaphe de Varenilla n'ont pas été gravées très profondément; plusieurs d'entre elles se devinent phitôt qu'elles ne se lisent, et les barres horizontales des diverses lettres, en particulier , ont dû présenter une ténuité telle que les frottements, dont la pierre a été Tobjet pendant très longtemps, les ont fait disparaître plus d'une fois. C'est ainsi qu'on ne distingue plus, par exemple, la barre médiane de l'F du mot funus , celle de l'A du mot Pavius lui-même, celle de l'H du mot honore, et que pour bien d'autres encore on ne remarque plus que des traces imperceptibles.

Nous croyons donc qu'il est préférable de s'en tenir au cognomen connu de Paulus plutôt que d'accepter une forme nouvelle trop peu certaine pour qu'on n'ait pas à la discuter (3).

(1) M. Fallu de Lesserl a signalé un consul Gensor, qui paraît avoir vécu au me siècle de noire ère, et exercé ses fonctions avec un autre consul appelé Lppidus. Cette remar(]ue n'infirme en rien ce (jue nous venons de dire, car Cinsor et Lepidus ne sont pas des gentdices, mais des cogiioinin'i.

Le fragment d'inscription (pii fait connaître ces consuls a été découvert à Lancaster. En voici la leclurs :

« (ob) balineuin rrfeduin id basilicam veluslale conlabsam a solo reslilu-

lam. i'(iuikr aUe Scbussianx .. -sub Oclavio Siibhxo viro darissimo pr3Bsidc noslro, curdnU'. Flavio Aininaiisio prœfriio ('(jiiitnin. Dalum dedicalum XI Kalnxdas seplcmbris, Otrnsore 11 vi cpido II consuUbus. )i {G. I . L. , l, vu, n» 287. — Voira ce sujet: Fallu de Lessert, Bull. Ant. 0., 1888. p-. 452.)

(2) Pour appuyer la lecture Paulus et l'existence d'un L sur la pierre, au dernier siècle, nous pourrions en appeler au témoignage de Beaumesnil et renvoyer à la première copie de l'inscription, qui fut prise par lui en 1742, si le témoignage du comédien-antiquaire n'était pas de ceux qu'on n'invoque pas.

(3) On pourrait nous objecter que la lettre L du mot PAVLVS se fut ainsi trouvée très ra|)prochée de la lettre qui suit, et que sa barre inférieure eût même pu l'atteindre, nous répondrions à cela qu'il en est ainsi pour le mol LOCVM, dont on ne songe pourtant pas à discuter la lecture.

Il se pourrait même d'ailleurs que le cognomen Paulus fût très réellement exprimé sur la i)ierre. Il serait en effet fort possible, pour ne pas dire davantage, que Vaccolade qui se voit au-dessous du mot PA VIVS , — et dont le sommet se trouve à la base de l'I , — n'ait été placée là que pour indiquer, d'une façon très fantaisiste, nous en convenons, les deux barres horizontales d'un L doublé : (i). Dans ce cas, on devrait lire Paullus avec d'autant plus de certitude que les exemples de cette forme ne manc{uent pas.

Par cela même que la cité des Piétons a célébré les funérailles de la femme du gouverneur d'Aquitaine, dont il est ici question, M. Beaussire, reproduisant une conférence de Beulé, en a conclu, dans un mémoire plein d'intérêt, que Poitiers était la résidence de ce personnage, et par suite la capitale de la province; nous croyons encore que de nouvelles preuves ne seraient pas inutiles pour l'établir. En second lieu, de ce fait que le nom de Cl. Varenus, consul désigné, ne figure pas dans les fastes consulaires , le même auteur en conclut que le père de Varenilla n'entra pas en charge , « ce qui se produisait assez souvent sous les empereurs par suite des substitutions de consuls », ou ne fut que le premier magistrat de sa cité. « Dans tous les cas, dit-il, c'est â tort que M. de la Lande rattache Varenus au Poitou par le titre de proconsul, et qu'il en fait à ce titre le représentant de l'empereur en Aquitaine. L'abréviation Cos. ne désigne jamais que les consuls. Et lors même que Varenus aurait porté le titre de proconsul, il n'en aurait rempli les fonctions que dans une province impériale comme l'Aquitaine.

« Enfin s'il est permis de supposer qu'il a résidé â Poitiers avec son gendre et sa fille, et même qu'il appartenait par sa naissance au pays des Piétons, ce n'est là cependant qu'une simple conjecture dénuée de toute preuve. De ce que le propréteur d'Aquitaine avait épousé sa fille, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'il ait lui-même commandé dans cette province, ni même qu'il y soit jamais venu. Le seul fait acquis à l'histoire c'est la présence, et probablement la résidence à Poitiers, d'un gouverneur d'Aquitaine du nom de Pavius. »

Mangon de Lande avait fait de ce gouverneur un « administrateur de l'empereur Gallien »; M. Beaussire, moins atBrmatif, n'a pas cru devoir se prononcer, mais il n'en a pas moins daté son inscription du ni^ siècle, en s'appuyant pour cela sur « les renversements et les enlacements de lettres qui , dit-il , ne deviennent fréquents qu'après les Antonins ». Tel était aussi l'avis de de Longuemar ; mais sans méconnaître tout ce c[u'une semblable opinion peut avoir de fondé , nous ferons remarquer que les « enlacements de lettres » — les ligatures, dirions-nous ,

— ne commencèrent pas seulement au troisième siècle ; on les rencontre sur les monuments dès l'époque d'Auguste^ et leur présence sur l'inscription de Poitiers ne peut pas donc être jugée suffisante, pour permettre une attribution.

Pour M. Pallu de Lessert, au contraire, le marbre de Varenilla « porte tous les caractères d'une inscription du premier siècle ». (( On sait, d'autre part, ajoute-t-il, qu'une des anomalies les plus curieuses qu'il présente est le R renversé qui termine le mot CENSOH. On sait aussi que l'empereur Claude, grand philologue dans son temps, avait imaginé d'ajouter trois lettres à l'alphal^et ; deux de ces lettres, dites claudiennes, sont connues, et au lieu de les représenter par des signes nouveaux , l'empereur eut recours à la lettre rendant le son le plus voisin, qu'il renversait. Inutile de dire que les érudits ont de tout temps disserté pour savoir quelle était la troisième lettre claudienne. » Et M. Pallu de Lessert signale un savant du xvi^ siècle, Vertranius Maurus, qui, dans un commentaire sur Tacite , prétend que Claude distingua deux espèces d'R, l'un au son dur, l'autre au son plus doux. Notre érudit confrère reconnaît toutefois que cette thèse n'a jamais été soutenue autrement que par Vertranius Maurus, et il ajoute que s'il la rappelle , c'est moins parce qu'il a l'intention de la reprendre que parce qu'il est possible d'établir un certain rapprochement entre la thèse ellemême et les indications qui sont fournies d'autre part par l'inscription de Varenilla.

L'emploi des accents que nous trouvons ici est assez curieux à remarquer, mais ne nous permet pas de fixer plus exactement pour cela la date qu'il convient d'assigner à l'épitaphe.

Les apices furent en usage à Rome depuis le règne d'Auguste jusqu'à la fin de celui de Trajan, et se maintinrent en province pendant tout le troisième siècle. A un autre point de vue , nous pourrions en dire presque tout autant des lettres inversées, non pas cette fois parce qu'on s'en est trop longtemps ou trop fréquemment servi, mais au contraire parce qu'on n'en connaît pas d'autre exemple.

Quant à la possibilité de voir quelque lettre claudienne dans la lettre finale du mot censor, nous pouvons bien dire que nous ne l'avions mémo pas envisagée. Pour l'accepter comme pour la combattre, il nous eût au moins fallu connaître quelles étaient les preuves sur lesquelles Vertranius Maurus s'appuyait, il y a trois cents ans, pour établir la distinction qu'a citée M. de Lessert.

Tout ce que nous croyons devoir dire, c'est que l'inscription

(1) Bull Ant. 0.. )886, p. 10.

de Varenilla ne présente pas plus les caractères des inscriptions du commencement du premier siècle de notre ère, qu'elle ne dénote un monument de l'époque des Anton ins. A notre avis, elle doit être, ou à peu près, contemporaine de Trajan, et d'ailleurs, â l'appui de cette hypothèse, nous ne saurions citer d'autorité plus grande que celle de Borghesi.

De \^it a dit en parlant de l'inscription de Poitiers : « M. Censorias PaaUus (sic), cos. saffectiis,Jbv lasse sub Traiano imp., ut arguit Borgliesi infastis suis nonclàm editis (1). »

Borghesi avait-il vu l'épitaphe de Varenilla? Ne la connaissait-il que par les estampages ou les dessins qu'on avait pu lui transmettre f Nous l'ignorons, mais ce n'était assurément pas sans de très fortes présomptions qu'il avait ainsi fixé dans ses Fastes la date approximative du consulat de Censorius.

Quant à la formule honore contentas nous avons à peine besoin de faire remarquer qu'on la rencontrait assez fréquemment sur les monuments publics. Il n'était pas rare, on le sait, que les familles ou les particuliers se montrassent ainsi satisfaits de l'honneur qui leur était fait par Vordo de leur ville, et prissent à leur charge, en raison même de leur situation spéciale de fortune, certains frais considérables que les deniers publics n'eussent pu facilement supporter.

Les provinces de l'empereur, qu'elles fussent prétoriennes ou consulaires, — et l'Aquitaine était comptée parmi les premières, — étaient gouvernées par des légats qui prenaient le titre de legatas Augasti pro praetore... « légat impérial propréteur... », tandis que les gouverneurs des provinces du Sénat, eussent-ils été préteurs, ou même consuls, prenaient le titre de proconsul (2).

Un fragment d'inscription découvert au Rasteau, près de Vaison, dans le département de la Drôme (3), mentionne un autre légat propréteur d'Aquitaine que M. Mowat, et, avec lui, M. Hirschfeld, croient avoir été le légat L. Duvius Avitus dont il est question dans les Annales de Tacite (4).

(1) Onomasticon, t. n. p. 209.

La mention : « M. Censorius Paulus, fartasse sub Traiano.. », se trouve aussi, sans aucune autre explication, à la p. 114 des Fasti consulares dressés par la Commission de publication des œuvres de Borghesi, d'après les manuscrits de ce savant, et imprimés à un très petit nombre d'exemplaires pour le seul usage des membres de la Commission.

Sauf cinq ou six exemplaires, toute l'édition fut brûlée dans l'incendie de la bibliothèque du Louvre. L'exemplaire que nous connaissons appartient à M. Mowat. Léon Rénier en possédait un autre qui s'est vendu 60 francs il y a quelques mois.

(2) AUmer, t. i, p. 251.

(3) G. I. ,, t. XII, n» 1354.

(4) Ch. xui. g 54.

Deux autres inscriptions , Tune de Lyon et de l'époque d'Hadrien (1), l'autre d'Afrique et vraisemblablement datée du milieu du second siècle de notre ère (2), sont ainsi conçues :

/////C ALFIDÏO N///////////////////////

GALLO PACcùmo //////////////// quaestori ?

PROVINC MACEDONIAE /////////////////////

curatoRi viAE tibvrtin valer leg leg ////// legato

PROVINC CRETE ET CYRENARVM LEG atig . pVO pr. pVOVinC

AQVITANIG VII viR EPVLON soDALi ncidrianali I 1 1 1 1 1

CIVITAS LEMOVIC /////Il

Q • CAECILIO • Q • F • ARN * MAR CELLO DENTILIANO "X VIRO STLI TIB • IVDIC • TRIB * MIL " LEG * //CL * PIAE ' FID "

quaest ' provinc ' afric • aed • cvr • candi

DATO • DIVI • HADRIANI " PR ' CANDIDATO EIVSDEM • LEG • PROVINC ' CRETAE * CY RENAR • LEG * PROVINC ' HISPAN * PROCOS PROVINC • CRETAE * CYRENAR ' LEG ' LEG * XII • FVLMINATAE * LEG " AVG ' PR ' PR ' PRO VINCIAE • GALLIAE ' AQVITANICAE

coLoniae patrono

THIBIV CENSES " AERE * CONLATO

Elles nous fournissent les noms de deux autres propréteurs d'Aquitaine: l'une, celui de Gallas Paccianus qui ne parait pas avoir été prêtre de Rome et d'Auguste â l'autel de Lyon, contrairement à ce c{u'a pu croire Auguste Bernard, l'autre, celui de Q. Caccilias DerUitianus (3), qui fut le ])atron d'une ville d'Afrique. Nous les avons citées, parce qu'elles nous montrent surtout (|uelle était l'importance des diverses fonctions qu'il était nécessaire d'avoir remplies pour recevoir la légation d'une province impériale.

Dans ces deux inscriptions, les diverses dignités sont énumé-

(1) Aug. Bernard, e temple d'Auguste, p. 73.

(2) Bull, arch., t. iv, 1880, p. G7. — Eplirm. épig., l. vu, p, G4. n° 206.

(3| Q. Gnecxlius Marcellus Dcnlilianus fut consul suffecte en l'an de Rome 920 (167 de.I.-C.).

rces dans l'ordre direct , c'est-â-dire en commençant par la fonction la plus basse pour aniver û la plus importante de toutes, celle-là même dont le personnage était revêtu lorsque le monument fut gravé. Prenons la seconde, nous voyons que Q. Caecilius DentUianus a été successivement :

Decemvir stiUlibus judicandis, (un an) ;

Tribun mililaire d'une légion de Dalmatie, (un an) ;

Questeur de la province d'Afrique, (un an et au moins à 25 ans d'âge)i

Edile curule candidat d'Hadrien, (un an) ;

Préteur candidat d'Hadrien, (un an et au moins à 30 ans d'âge) ;

Légat (du proconsul) de la province de Crète et de Cyrènaïque, (un an) ;

Légat (du gouverneur) de la province impériale consulaire d'Espagne, (de un à trois ans) ;

Proconsul de la province sénatoriale 'prétorienne de Crète et de Cyrènaïque, (un an) ;

Légat d'une légion stationnée en Syrie, (un an) ;

Légat propréteur de la province impériale prétorienne d'Aquitaine, (trois ans) ;

Et nous pourrions ajouter :

Consul suffecte en l'année 167.

La légation d'Aquitaine formait donc, en quelque sorte, le couronnement d'une carrière sénatoriale bien remplie, et quoique l'inscription de Poitiers ne nous renseigne pas à ce sujet, il y a tout lieu de supposer que Marcus Censorius Paulus ne l'avait reçue qu'après avoir préalablement occupé la majeure partie des fonctions que nous venons d'énumérer.

Différents auteurs ont écrit que le consul Varentis ou Varenias devait être d'origine piétonne. Nous n'éprouvons aucune difficulté à partager leur opinion^ — d'autant plus qu'elle nous permet d'expliquer plus facilement la présence à Poitiers du tombeau de Varenilla, — mais nous ne saurions les suivre lors qu'ils prétendeiit aussi que ce même consul pourrait être l'un des descendants du centurion célèbre dont le courage a été vanté par César (1), car de la possibilité des faits, nous ne manquerions pas de tomber aussitôt dans le domaine de la fantaisie.

Bibliographie : Mabillon, De re diplomatica, Suppl. addim.,\}. 113. — Dom Durand et Dom Martenne, Voyage liltér. de deux religieux bénédictins, 1717, ['"' partie, pp. 8 et 9. — Piganiol de la Force, Nouvelle description de la France, Paris, 1722, in-S", t. v, p. 96. — Belley, Acad. t. XIX, p. 704. — De Beaumesnil, Rec. manusc, pp. 25 et 42. — Dreux du Radier, t. lxviii, p. 433 ; et Mercure, janv. 1751. — Dom

(1) Gomment., 1. v. ch. 44.

— nh —

Fonteneau a, pp. 348 et suiv. — Abbé Lebeuf, p. 398, et Dissert, et éclaircissements sur Vhisl. de Fr., Paris, 1739, in-8°, p. 335. — Tassin, Diplom., t. I,, pi. XXX. — Muratori, p. 409, i, — Bimard in Doni, Siippl. ad Murât., p. 491. — Dulaure, Descript. t. iv, p. 102. — Thibaiideau, t. i, p. 10 ; t. v, p. xxviii et t. vu, p. 85. — Bourignon a, p. 24. — Thibaudeau, (édil. de 1839, Niort, in-8°), t. i, p. 7 et Noies, p. 439. — Siauve, pp. 182 et suiv. et pi. X, XI et XII. — Dufour, p. 308 et pi. II. — Millin, t. iv, p. 713 et pi. LXXIX. — Mangon de la Lande, Mem. Ant. O., 1. 1, pp. 39 et 194; t. ii, p. 49. — Grille de Beuzelin, Mem. Ant. F. t. xiii, 1837, pp. 421 et suiv. — Mangon de la Lande, Mem. Ant. F., t. xiv, 1838, p. 54. — Orelli, t. i, n° 189. — Bull, mon., 1843, p. 580. — Camille Bonnard, Panorama de l'Ouest, Niort, 1844, in-4'', p. 109. — De Longuemar, Chroniques et légendes populaires du Poitou, Poitiers, 1851, in-8'', p. 163. — Beaussire, pp. 338 et suiv. — Desjardins, édit. in-f°. Paris, 1869, p. 37, et édit. in-8'', t. m, p. 253. — De Longuemar, p. 146. — Ane. Cal. P. p. 50. — Ledain b, p. 6. — Bibiiot. de Poitiers, Inscript, et monum. (fac-similé qui paraît emprunté à Mabillon. — Une autre copie semblable, mais datée de 1817, porte comme titre : Monument de l'église cathédrale). — Ledain, Epigr. rom., p. 16 (et dans Mèm. Ant. O., 1886, p. 157).

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