TRES PROVIN
CIAE GALLIAE
«A Lucias Lentidius Ccnso/'i/ms, Poitevin, élevé â tons les Iionnears pcwnii les sie/is , curateur des Bituriges Vivisciens, inquisiteur; les trois provinces de la Gaule.
<( Il a fallu que ce grand dignitaire ait rendu d'éminents
services â l'Etat et â ses concitoyens, pour que les trois provinces de la Gaule se soient réunies afin d'élever un monument à sa mémoire.
« La présence de cette inscription ;i Lj'on ])ourrait faire penser que Lentulius y est mort; mais elle n'a point les caractères qui indiquent une épitaphe funéraire. Il nous semble plus naturel de la considérer comme un hommage public de reconnaissance qui pouvait être adressé â un homme de bien , même pendant sa vie. et il semble qu'il ait été honoré sur plusieurs points de la Gaule, et surtout â Lugdunmn, qui en était devenu la capitale
(( Ce cippe, de grande dimension et d'un poids de plus de 4000 kilogrammes, doit être rangé au nombre de ceux qui présentent la meilleure conservation. Il est décoré d'une base et d'un couronnement en saillie ornés de moulures. Sa hauteur est de 2 m. 10 centimètres.
(( Ce beau monument épigraphique a été conduit dans la cour du palais des Arts, et occupera bientôt une place d'élite sous nos portiques. » {Revue des provinces de l'Ouest.)
Une meilleure copie et un très exact fac-similé de ce texte ont été donnés par Aug. Bernard. La copie est ainsi conçue (voir pi. xxvii) :
- LLENTVLIO CENSORINO PICÏAVO
OMNIBVS • HO
NORIBVS • APVD
SVOS- FVNCTO
CVRATORI • BIT
ViVISCORVM
INQVISITORI TRES • PROVIN CIAE • GALLIAE »
On doit la lire :
L[ucio) Lcnlulio Censoriuo, Pklavo, omnibus honoribus apud suos funcio, curatori Biturigam Viviscorum, inqidsi.lori, très provinciae GaUiae.
A Lucius Lentulius Censorinus, du pays des Pictaves, revêtu de tous les lionneui-s paiiiii les siens, curateur des Bituriges Vivisques [les liordelatx], iM(|uisiteur [de l'association des trois Gaules]. [Statue décrétée par les] trois provinces de la Gaule (1;.
C'est k tort que Aug. Bernard a pu croire qu'il s'agissait ici « d'une espèce de patronage exercé par Censorinus auprès du collège des prêtres du confluent, et non pas d'une fonction impliquant résidence chez les Bituriges Vivisques ».
Les curalores cioitaium, dont les attributions sont aujourd'hui parfaitement connues, étaient chargés de surveiller la gestion des finances des cités. A l'origine ces fonctions étaient exclusivement remplies par des sénateurs ; plus tard les chevaliers furent admis â y participer, et finalement, à partir de Septime Sévère, tous les curateurs des cités n'eurent plu§ que le rang de chevalier. Un même curateur avait selon toute apparence plusieurs cités sous sa tutelle ; tout aussi vraisemblablement, il leur était étranger de nationalité. Il ne paraît pas que C^/i6'o/7/i «s ait été sénateur romain ; il a dû être curateur des Vivisques probablement à l'époque où les curalores civitatum avaient le rang de chevalier. L'inscription qui lui est relative pourrait être de la sorte à peu près datée.
En même temps que le prêtre annuel, les délégués à l'autel des trois Gaules, — qui devaient avoir parcouru chez eux toute la série des honneurs municipaux, — nommaient un inquisitor, un allector et un judex arcae, c'est-à-dire^ un contrôleur, un receveur et un juge de la caisse de l'association.
A la fin de l'année, si ces trois fonctionnaires s'étaient acquittés de leur mission à la satisfaction générale, les honneurs d'une statue leur étaient accordés comme au prêtre, et c'est probablement de cette façon que Lentulius Censorinus aura eu sa statue près du célèbre autel.
Mais ce personnage n'a pas dû mourir à Lyon, comme on l'a dit, ou, du moins, ce n'est pas la dédicace que nous avons fait connaître c|ui peut servir de preuve pour l'établir. Lyon, d'ailleurs, n'avait rien à faire avec le pagus celtique où l'autel se trouvait bâti.
Bibliographie : Marlin-Daussigny, n° 815 de son Registre d'entrée. — [Comarmond], Courrier de Lyon , n" du 1" septembre 1855. — Montfalcon, Suppl. à Spon, 1857, p. 367. — [Comarmond?], Revue des provinces de l Ouest , t. m, Nantes, in-8°, p. 98. — Aug. Bernard,
(l) « Le monnmeiiL a 2 m, 05 de haut,, 0 m. 70 de larg. dans la porlion qui a reçu l'inscription. Quant à l'épaisseur, elle est difficile à déterminer, parce que la partie postérieure a été mutilée. Il est probable que le monument était carré. »
(Aug. Bernard).
ouvrage cité, p. 92 et pi. ix, n° 5. — Beauchet-Filleau, Bull. Ant. O., 1867, p. 446 (reproduction partielle sans comment, de l'article de Comarmond). — Ledain, Epigr, rom., p. 48, et dans Mèm. ant. 0., 1886, p. 188). — [Dissardj, Catalogue sommaire des musées de Lyon, Lyon, 1887, in-8°, p. 109, n-' 113. — Mimer et Dissard, Musée de Lyon, Inscript, antiques. Lyon, 1889, in-8", t. ii, p. 96. — Cuq, De quelques inscriptions relatives à l'administration de Dioctétien, 1880, p. 11. — De la Ménardière, Le culte chez les Piclons, dans Mém. Ant. O., 1880, p. 38, (tirage à part, p. 22) (1).