C. 1. L., III
(4) Bull. mon., xlvii, 1881, p. 121.
(5) Recueil d'anliquilés, m, p. 377 et pi. cm, ii'^ 5. — Buliot de Kersers, Epig. du Cher, p. 113, et Congres de Châleauroux, 1873, p. 191,
publié (1), M. Paul Monceaux fait observer avec juste raison que « sur les dédicaces ;i Mercure de ré[)() que gallo-romaine on (( ajoutait d'ordinaire au nom du dieu quekiue épithète cpii précisait sa personnalité ». Parfois ce qualificatif était un simple surnom géographique comme Arvernas (2) mais parfois aussi l'épithète dont on se servait était un nom celtique dont il n'est pas toujours bien facile de comprendi-e le sens. Le qualificatif Acis/ncrius est de ce nombre. M. Paul Monceaux lui donne comme élément fondamental la racine SMER qui se retrouve encore dans Rosmerta (nom de la divinité féminine qui accompagne Mercure sur certains monuments figurés de la Gaule), dans le nom propre SnierUdilaiias, (largo comme S nie/'), qui se lit sur une inscri])tioii de Worms (3), et finalement dans celui d'une femme galate , z^j-eproiiûpcc (gi'ande comme Smer (4).
Pour M. Monceaux, l'identité d'un dieu Smer avec un dieu Lt/g, qui précéda le dieu Mercure en Gaule, parait absolument certaine, et il l'établit par des déductions que nous regrettons de ne pouvoir transcrire (5). Or, ce dieu Lug, comme l'Hermès grec, comme aussi le Mercure romain, avait des personnifications nombreuses. L'une d'elles est le crépuscule qui chasse l'ombre. Lug était par suite un dieu bienfaisant que la mythologie gauloise opposait peut-être à la Triade malfaisante des dieux TeutatèSj Esus et Taranus (G) en qui s'incarnait Cernunnos. Son nom, en irlandais, signifie « guerrier », et c'est surtout dans la mythologie irlandaise que la puissance de ce dieu nous apparaît.
A Torigine, « le monde, a dit M. d'Arbois de Jubain ville (7),
(1) Le grand temple du Puy-de-Dôme, le Mercure gaulois el l'histoire des Arver}ies, 3« article, dans la Revue historique, janvier- février 1888 (l. xxxvi), p. 5.
(2) Itiscription de Horii (Hollande) ; Cf. R. Mowat, Notice épigrayhique, etc., pp. 5 et 14.
(3) Brainbach, Corpus inscript, rhénan., n° 891.
(4) Avant M. Paul Monceaux, M. d'Arbois de Jubainville avait traduit Smertulitanus et Zmertomnra par k large « et « grande » comme « Smertus » ou « S)nertos » synonyme suppose lï.'idsmerius Dans le Bulletin critique, u" du 15 oct. 188i, M. E. Eruault a fait très judicieusement observer que « tous les dérivés de la racine Smer ne sont pas nécessairement des appellations mythiques. C'est ce que prouve, entre autres, le nom du peuple breton 2p-£/5T«£, dans Plolémée ». j— Cf. également R. Mowat, dans Revue arch., t. xlii, 1881, p. 379.
(5) En Espagne et en Suisse, ou trouve mêlés ensemble des ex-voto à Mercure elàLug. [G. I. L. t. Il, n"^ 2818 et 2819.)
(6) Ce dernier nom, que la plupart des manuscrits de Lucain donnent sous la forme Taranis , doit être sûrement écrit Taranus. (Cf. R. Mowat, inscript. d'Orgon, dans Bull. Ant. F. 1887, p. 60.)
(7) Le cycle mythologique irlandais el la mythologie celtique, Paris, 1884, in-S», t. n, p. 203.
est gouverné d'abord par le dieu lunaire, au visage de vache ou de taureau ; son nom même, Buâr-Ainech, signifie « à figure de vache » ; il a pour com])agnons les démons â a tète de chèvre ». « Il a trois fils, Balar, dieu de la mort et de la nuit, Bress et Tethra, qui agissent de concert et doivent être considérés comme des formes nouvelles , des doublets de Buàr- Ainech (1). La guerre s'engage ; et Lug, le chef des puissances bienfaisantes, tue Balar d'un coup de pierre. »
Ajoutons qu'à la suite de ses exploits, Lug se consacre tout entier â la mission pacifique pour laquelle il semble avoir été plus particulièrement créé (2).
En Gaule comme en Irlande, Lug devient le protecteur de la paix, des métiers, des arts et du commerce. Il n'est plus extraordinaire dès lors de voir donner à Mercure un qualificatif celtique dérivé du nom du dieu Smer. Quelque exclusives qu'on puisse les concevoir, il est incontestable que les idées religieuses romaines ne se substituèrent pas entièrement à la théogonie gauloise. Les noms eux-mêmes des anciens dieux ne disparurent certainement pas , et de même que nous avons vu le dieu Ceniunnos se transformer selon toute apparence en Jupiter Cernenus, de même il est possible d'admettre que le dieu Smer, identique au dieu Lug , devint sous la période romaine le MercLirias Adsmerfus que nous font connaître certains monuments (3).
Rome avait tout intérêt d'ailleurs à adapter, en quelque sorte, sa mythologie â celle des peuples qu'elle avait soumis. Dans tous les temps comme dans tous les pays, ce sont surtout les idées religieuses trop exclusives qui ont arrêté les progrès des grands conquérants.
Dans son Epigraphie romaine, M. Ledain a publié la double lecture donnée par M. Mowat de l'inscription votive qui se
(1) « Buâr-Ainecli esl le dieu Cernunnos des Gaulois, le Jupiter Cernenus des inscriplions, le Tarvos Trigarunus de l'autel de Ciuiiy et le Dis Pater de Césr.r .» Paul Monceaux loc cit., p. 3. — L'assimil ilion dii dieu Cernunnos avec Jupiter Cernenus apparlieiil à M Mowat (Cf. Remarques sur les inscript. anl. dr Paris, 1883, in-S», p. 30). M. Mowat a diMnontré également ((u'il ne fallait pas lire Tarvos Trigaranus, mais turvos tri garamis (nu taureau et trois grues), sur l'autel du musée de Cluuy. Il n'y a donc pas lieu de voir là quelque nouvelle incarnalioa gauloise de Jupiter.
(?) Ije nom du dieu Lug, qu'il esl bien facile de reconnaître dans les dénominations anciennes des villes île I^yon {Lug-dunum) , de Laon {[.ug-dunuia clavalmn), de Saint Bertrand de (^ommmga?, {lAig-dun}nn rnnvenarum) . et de bien d'autres lieux , se retrouve peut-être aussi dans Lusignan (Vienne), Luxé (Charente), et Ligngé (Deux-Sèvres).
(3) Nous émettrons ici, sans la soutenir, l'hypoilièse (jui consisterait à faire de Mercurius Adsmerius la corruption consacrée par l'usage de la locution Mercurius et Smerius.
trouve gravée sur le vase découvert à Poitiers. Cette inscription a été citée aussi par M. d'Arbois de Jubainville, qui en attribue par erreur la provenance aux fouilles de Sanxay. La lecture de ce savant est en tous points conforme â celle de M. Bertrand.
Pour notre compte, adoptant plus particulièrement la seconde interprétation de M. Mowat, nous croyons qu'il faut lire et traduire :
Dco Me[r)curio Adsmerio , l(ulius) Veiiixxani{us) viotum) s{olvit) l[ibens) m{erito).
Au dieu Mercure-Adsmerius. Julius Venixxamus avec reconnaissance en accomplissement d'un vœu.
Les procès-verbaux de V Association fi'ançaise pour l'avancement des sciences (1), contiennent une communication de M. l'abbé Hardel sur une inscription gallo-romaine ainsi conçue, découverte à Vineuil, près de Blois :
AIGA
ATESMERT L • VAA • S • F
Nous ne nous portons certainement pas garant de l'authenticité de ce texte « dont le souvenir, dit M. l'abbé Hardeb n'aurait « pu parvenir jusqu'à nous sans son insertion au Bulletin des Sociétés savantes de 1875 », — et qui en tout cas a été sûrement mal transcrit, — mais si son existence était certaine, il nous paraîtrait possible de voir i\ la deuxième ligne le mot Atestnerius (?) qui serait a rapprocher de la forme gauloise Adsmerius donnée par le vase votif de Poitiers (2).
Bibliographie : Journal de l'Ouest, n° du 18 février 1880, — Bull, mon. 1880, pp. 186 et 297.— Journal Officiel, n" du 4 avril 1880, p. 3848. — J. Quicherat, Bull. Ant. F. 1880^ pp.' 104, 116 et 141. — Revue archéolog. 1880, p. 96. — De la Ménardière, Le culte chez les Pictons d'après les inscriptions gallo-romaines , (ap. Mém. Ant. O.), tirage à part, Poitiers 1881, in-8°. — Bull. mon. 1881, p. 120.— Journal des Savants, mars 1881, p. 140. — Répertoire des travaux historiques, année 1881, pp. 391 et 517. — Bull, mon., 1882, p. 263. — Revue des Sociétés savantes, 7® série, t. iv, p. 98. — [J. Berthelé], Exposition des Beaux- Arts, arts rétrospectifs, catalogue, Niort, 1882, in-12, p. 15. — Bull. Ant.' F., 1882, p. 310. — DArbois de Jubainville, Le cycle mythologique irlandais, Paris, 1884, in-8° (t. ii, du
(1) 15e session, année 1886, l^e partie, p. 288.
(2) M. l'abbé Hardel croit que « il'après la forme des lettres, les abréviations et les noms , cette inscription appartient au règne de Domilien ». Il l'interprète ainsi: « AIGA satis mérita L. vitw a7i7iis animam suam flavit. »... Tout commentaire serait superflu I
— ris —
cours de littérature celtique), p. ;j8-2. — Ernault, Bull, ait., 1884, (n" 20), p. 407. — Revue poitev. et saint., t. i, 1884-85, p. 56. — R. Mowat, Notice èpirir. etc., p. 114. — Ledain, Epigr. rom., p. 10 (et dans Mém. Ant. O., 1886, p. 150). — P. Monceaux, Pevue historique, t. XXXVI (18881, p. 5. — Revue poitev. et saint, t. m, 1886-87, p. 278 et t. IV, 1». 348. — G. de la Croix, Teynples et puits de Mercure, pi. III, dans Mém. Anl. 0., 1887 (sous presse, 15 mai 1888).
Fûts de colonnes avec inscriptions.
Un fût de colonne, retiré du puits de Mercure avec le vase votif c[ue nous venons de citer, présente l'inscription suivante gravée au trait, à la manière des graffiti.
Notre copie, (voir pi. xxvi, fîg. c) :
, MIIR
CURIOS (phallus)
Il ne faut certainement pas attacher à ce texte plus d'importanco qu'il n'en mérite en réalité. Il n'est dû vraisemblablement cju'â cjuelque désœuvré qui n'apportait aucune intention votive à sa rédaction, mais il confirme ce que nous savons déjà, c'està-dire qu'il existait un temple de Mercure sur la hauteur de la Roche à Poitiers.
Le nom du dieu qui était adoré dans un temple voisin ne pouvait en eiïet que venir naturellement à l'esprit du lapicide improvisé dont l'œuvre est parvenue jusqu'à nous.
Un autre fût, analogue au précédent, porte la lettre M^ initiale peut-être du mot Mercurius.
Nous donnons encore le fac-similé de ces deux colonnes d'après les dessins du R. P. Camille de la Croix. {\o\v pi. xxvi, fig. a et 6. )
Bibliographie: Journal officiel, n" du 4 avril 1880, p. 3848. — Revue des Sociclés savantes, 1880, p. 224. — Revoie poil, et saint, t. m, 1886-87, p. 278. — Ernault, Bull, crit., 1884, (n° 20), p. 406. — C. de la Croix, Temples et puits de Mercure, pi. m, dans Mém. Ant. 0., 1887, (sous presse, 15 mai 1888).
Fragment.
Le R. P. Camille de la Croix a découvert encore, parmi les débris qu'il a retirés du puits de Mercure, un petit fragment de pierre qui parait avoir fait partie d'un autel votif.
Il ne porte que les trois lettres (voir pi. ix bis) :
////SME ///// qu'il est peut-être possiible de lire : .... Mercurio ? Ad]sme[7Ho ?....
Les caractères, de très bonne époque, devaient avoir 0"" 05 de haut.
Ce fragment n'est pas cité par M. Ledain dans son Epigraphie romaine du Poitou.
Le culte officiel de Mercure — et avec lui celui des autres divinités romaines entrées dans le système religieux des Gaulois — ne semble guère avoir dépassé la fin du troisième siècle. i( Cunctasque aedes, quae antiquitus Jahricatae fuerant^ a' fundamentis subvertit », a dit Grégoire de Tours en parlant du fameux chef alaman dont les hordes barbares se répandirent sur notre pays vers l'an 240(1). Alors fut brù.lé le célèbre temple du Mercure arverne, et cette œuvre de destruction était à peine consommée, que les missionnaii^es de la religion nouvelle, venus de l'est, comme les Alamans, firent édifier des basiliques chrétiennes sur les emplacements mêmes des anciens temples.
« Mais, dit M. Paul Monceaux (2), le vieux culte gaulois de Lug-Mercure se défendit longtemps [particulièrement en Auvergne]. On continua jusqu'à une très basse époque à fabriquer des statuettes de Matrae (3); Grégoire de Tours parle d'un culte païen qui subsistait à Brioude [à l'époque où il écrivait] (4) », et le même auteur cite encore « un certain Victorinus, esclave du prêtre de Mercure, qui se convertit et fut martyrisé (5) » .
Il faut reconnaître d'ailleurs que le culte des divinités païennes n'est Jamais à ce point disparu qu'il ne soit plus possible d'en retrouver la trace de nos jours dans l'esprit du peuple. Il s'y montre tantôt sous la forme de légendes plus ou moins héroïques, tantôt sous celle des plus grossières superstitions.
Bibliographie: Ernault, Bull, crli., 1884 (n° 20), p. 40G. — Revue poil, et saint., t. m, 188()-87, p. 278. — C. de la Croix, Temples et pu,its de Mercure, pi. m, dans Mém. Ant. 0. 1887, (sous presse, 15 mai 1888).
(1) Grégoire de Tours, i, 30.
(2) Rev. hisl., t. xxxvi, 1888, p. 275.
(3) Birch, Hislory ofancienl pollery, t. ii, p. 264.
(4) Grég. (le Tours, Miracul., u, 1 : « Instante persecutione ad Drivalensuin vicum, in quo fatiatici erroris naeniae colebanlur ».
(5) Grég. de Tours, Uist. franc, i, 331.