VICTORIA NOSTRA
La forme de ces lettres rapprochée du millésime parait étrange. Qu'on ne s*en étonne pas trop. Ces mots sont la reproduction d'une inscription en lettres gothiques qui a disparu, et qu'on eut soin de copier avant qu'elle devînt tout à fait illisible. Ce fait explique comment M. Rainguet, à la page 293 de ses Eêudes hùloriques, a pu citer une seconde inscription semblable avec ce commencement de millésime, 13.., qu'on lui a dit avoir été vue parmi les décombres.
Victoria nostra est-il une allusion à quelque fait de guerre en 1489 ? N'est-ce pas plutôt le verset 4 du chapitre V de la première épître de saint Jean ? ILec est Victoria QU^ viNCrr MUNDUM FmES NOSTRA. Cette victoire par laquelle le monde e$t vaincu, c'est notre foi !
La foi y était bien. Elle ne suffisait pas toujours. Ainsi, à Saint-Simon de Bordes, paroisse qui doit son nom à saint Sigismond, roi de Bourgogne, et à un ancien fief, un modeste campanile contient une cloche de 64 centimètres de diamètre et d'un poids d'environ 325 kilogrammes. L'inscription est en lettres onciales fleuries de trois centimètres de longueur.
t LAN M VC VII NOVS FVMES F PAR LA PAROYS DE VILLESAVIER ET A FORSE DE BOVRSILLER CHA PEYGNE SANCTA MARIA ORA PRO NOBIS
Entre le c et le v il y a une lettre fruste, peutêtre x, ce qui donnerait la date de 1517. Van (547, nous fûmes faite par la paroisse de Villexavier et à force de bonrsiller. Ce qui
suit, Cha deygne (1), ne peut être lu. J'y vois chaque dmier. Il est touchant d'entendre la cloche raconter qu'elle fut faite « à force de boursiller denier par denier. » Mais un mot qui a droit de -surprendre, c'est le nom de YilkxaxMr à Saint-Simon. Après tout, la paroisse qui s'appelle Saint- Simon et qui est dédiée au martyr saint Sigismond est bien sous le vocable des saints Philippe et Jacques. Cependant, il faut croire que c'est réellement la cloche de Villexavier qui a été, dans les révolutions qui ont bouleversé hommes et choses, transportée à Saint-Simon de Bordes. Le même fait se remarque à Saint-Fort sur Gironde, qui possède la cloche d'Ârthenac achetée du district de Pons où elle avait été transportée pendant la Révolution pour être livrée à la monnaie; à Saint-Pallais de Phiolin, qui a celle de Fléac; à OrignoUes, qiû garde celle de Saint-Aigulin, et ailleurs.
Ce mélancolique souvenir d'indigence a son pendant dans l'inscription de l'ancien presbytère de La Glisse, à dix kilomètres de Saintes, sur la route de Marennes.
C'est grand' piHi quand argent fauU i genM qui VQuhifnt volontiers.
Cette phrase vient sans doute de l'église. Oa av^it commencé à rebâtir l'église au xv* siècle ; l'abside seule a été faîte, et encore n'a jamais été achevée. On dut s'ar-
(1) 11 y a dpiAS le centra de la France, Berry, Boarbonnais, une expression semblable : Fatre wm chou à cha pstn, c*est -à-dire peu à peu.
rèter là. N'est-ce pas grand' pitié, en effet, que de voir des gens animés d'excellentes intentions, forcés de s'arrêter « faulte d'argent, b conune dit Panurge.
Au-dessons de l'inscription une pierre porte le millésime de 1771.
A la margelle du puits de Tancien château de Moutendre :