APRES LA PLUIE
Une tiède pluie est tombée
Sur les bois, les prés et les champs:
Et chaque plante s'est courbée Sous des gerbes de diamants.
La nature si languissante,
A puisé la vie et l'amour
Dans cette rosée abondante,
La voilà jeune, souriante,
Comme à son premier jour!
Je ne sens que chaleur et vie,
Et ne vois que sérénité
Feuilles, fleurs, splendeur infinie!
Quelle radieuse clarté!
Pourquoi la terre réjouie Eclate-t-elle en chants joyeux ?
Pourquoi mon âme ravie Entrevoit-elle, heure bénie!
Comme un reflet des cieux ?
Ah! c'est que dans cette largesse, La nature a, pour un moment, Senti renaître sa jeunesse
Et son suave enchantement!
C'est que pour elle s’est levée L'aurore de ses plus beaux jours; Qu'elle s'est enfin abreuvée
À cette source retrouvée
Des premières amours!
O bain, dont l'onde immaculée Coule sur le front abattu
De la nature désolée,
Que tu possèdes de vertu!
Sous ton eau, que le ciel mesure—
Baptême tout de pureté —
S'efface la triste souillure Et la terre se transfigure,
Recouvre sa virginité!
Aujourd'hui, mon Dieu, je te prie
Et pour la nature et pour moi,
Quand la verdure s’est flétrie,
Ainsi que mon cœur, loin de toi,
Fais tomber les tièdes ondées
De ton céleste réservoir;
Et que les sources débordées,
Et les campagnes fécondées, Tout parle de joie et d'espoir.
Parfois, mon Dieu, la sècheressse Hélas! est bien grande en mon cœur; Car tout meurt sous ce vent qui blesse:
Vertus et rêves de bonheur!
Verse sur la plaine embrasée
Tes dons, plus précieux que l'or;
Donne à la fleur pluie et rosée
Et que, de ta grâce arrosée,
Mon âme aussi fleurisse encor!
0 Es Mass