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physique avait touche aussi le fond du cœur, et François Macary était transformé. L incrédule, le jureur, l'homme des imprécations retentissantes, se leva, le dimanclie suivant, du milieu de l'assistance fidèle, et alla, entouré de tous les siens, recevoir h la sainte table le Dieu qu'il avait si longtemps blasphémé.
Des larmes tombaient de ses yeux, et la même joie attendrie se traduisait sur tous les visages. S'il y a plus d'allégresse au ciel pour un pécheur qui se convertit que pour cent justes qui persévèrent, cette félicité du Père céleste fait éo-alement tressaillir ici-bas le cœur de tous ses enfants : le peuple de la cathédrale Saint-Alain était en fête.
Le bruit de cet événement se répandit bien vite dans la ville de Lavaur et dans la contrée environnante, et produisit partout une grande émotion.
Macary alla faire visite à ses trois médecins. Nulle stupeur ne peut égaler celle dont ils furent saisis en le voyant guéri. La maladie était notoirement incurable; elle remontait à trente années; jamais aucun traité de Médecine n'avait relaté un semblable fait... et pourtant Macary était là sous leurs yeux, n'ayant plus ni ulcères ni varices. Une IDuissance, inconnue à la Science et supérieure à la Nature, avait tout enlevé. De ces nombreux et énormes paquets variqueux, de ces sortes de loupes monstrueuses qui donnaient aux deux jambes un
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aspect difFormc, *-^ «^ v^.
il ne restait rien, sinon à la jambe droite une seule nodosité, — la plus petite, — aplatie, diminuée, réduite à une
proportion normale et sans nul engorgement. Le » -^ç^X-' v^ mal tout entier avait été enlevé, et ces traces légères de ^ l'état antérieur ne demeuraient que pour rendre témoignage de T'infirmité passée. Ainsi le lit desséché d'un torrent atteste à tous les regards l'antique passage des eaux. — Décidément, décidément, s'écriait le docteur Ségur après rexamen le plus minutieux, je ne puis apercevoir que quelques traces de ces énormes varices.
— Oui, vraiment, reprenait le docteur Rossignol, examinant à son tour, les accidents ont disparu tout à coup ! Et, de ces nodosités énormes, voilà qu'il ne reste que celle-ci, si sensiblement diminuée.
— Et dans laquelle // n' existe pas nicme V ombre d engorgement! taisait observer avec stupéfaction le docteur Bernet.
Ce qui est surtout frappant, c'est que les paquets variqueux ont entièrement disparu, et qu'à leur place la palpation fait percevoir des cordons petits, durs, vides de sang et roulant sous les doigts. A chaque jambe, la veine sapliène a actuellement sa direc- • tion et son volume normal... Or Macary, nous le savons, était atteint d'une iw^nmAé perpétuelle. Tous les médecins sont d'accord en effet sur ce point, (pic les varices abandonnées à elles-mcmes sont incurables ; fjii elles ne guérissent point par les mojjens palliatifs, et encore moins spontanément ; qu'elles vont sa/is cesse en s' aggravant. . . Et voici cependant que cette cure radicale s'est produite dans l'espace d'une nuit, et sous la seule influence de l'application de compresses indjibées d'eau de Lourdes ! — Ce cas de guérison spontanée me paraît d'au- ^ tant plus surprenant, déclara le docteur Ségur, que les annales de la Science ne mentionnent
aucun f lit de cette nature. *'!'=ï^^*^>^'^^^''
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coucliiant le docteur Bcrnct : nul auteur ne cite en effet une observation semblable ou analogue, et la Science est impuissante à expliquer une telle guérison. Ainsi, certains détails du fait affirmé par Macary ne seraient-ils pas prouvés par des témoignages authentiques pris en dehors de lui, il n'en resterait pas moins pour nous un fait des plus extraordinaires, et, tranchons le mot, un fait surnaturel.
N Tel fut le verdict textuel que prononcèrent l'un après l'autre, au nom de la science humaine, les trois éminents médecins dont nous citons les noms. C'est dans leurs déclarations écrites que nous venons de copier littéralement toutes ces expressions, si positives et si formelles. A la fin du volume (Note 16), nous reproduisons in extenso, comme pièces justificatives, ces trois certificats des membres de la Faculté, avec leurs signatures revêtues de la légalisation du Maire et du Sous-Préfet.
Les adversaires du Surnaturel demandent des preuves authentiques et des certificats émanant des hommes de science. En voilà.
Deux mois après, le 18 septembre, Macary portait en ex-voto h la Grotte de Lourdes ses appareils compresseurs, témoins muets de ses anciens maux divinement guéris.
On peut les y voir encore aujourd'hui; mais peu à peu les intempéries des saisons détériorent et détruisent ces touchantes reliques qui rappellent
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aux visiteurs le souvenir d'un miracle de Dieu '^.
A Lourdes , à romljrc de ces Roches Massabielle sanctifiées par la présence de Celle qui l'avait si miraculeusement secouru et sauvé, les émotions de Macary furent grandes. Il les a lui-même exprimées dans une lettre que nous avons sous les veux.
« — Je tombai à genoux, a-t-il écrit, et pen- (î dant dix minutes au moins mon cœur fut telle ment pénétré, que, voulant prier, je ne pus articuler aucune parole. Mais enfin un torrent de larmes me dégagea, et il me fut possible de trouver des mots et d'adresser un acte de remerciement à cette tendre Mère qu'il me semblait voir en réalité. De ma vie, Monsieur, je n'oublierai ce moment. Ah ! si nos libres penseurs pouvaient goûter un peu de ce bonheur que l'on éprouve en de tels instants, comme ils reconnaîtraient bien vite la différence qu'il y a entre notre foi et leurs doctrines ! »
De telles paroles font deviner que le changement moral de cet homme n'avait pas été moindre que son changement physique. Sa vie s'écoula dès ce jour entre le travail, puisqu il avait retrouvé sa force, et la prière, puisqu'il avait retrouvé sa loi.
De même qu'avait été renversé le persécuteur Saul sur le chemin de Damas, de même avait été transformé par la grâce de Dieu le blasphémateur Macary.
Sans doute, son allégresse d'être délivré de son infirmité était
vive; mais nous pouvons dire, après l'avoir vu et entendu, qu'elle n'était rien auj)rès de sou jjoiilieur d être redevenu chrétien.
L'Evangile a parlé de la joie du Bon Pasteur recueillant sa brebis ])erdue, mais il ne nous a rien dit de l'attendrissement plein d'ivresse de
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la brebis elle-même doucement rapportée au ber- Ciiil, de l'Enfant prodigue embrassé par son Pèie, du pécheur réconcilié avec son Dieu. Cet attendrissement, cette joie filiale, cette intime et inénarrable félicité, l'excellent François Macary les goûtait dans leur plénitude.
Son ;»me était désormais une âme d'apôtre. 11 eût voulu convertir la terre entière, et faire participer tous les membres de la grande famille humaine à la connaissance et à l'amour de la souveraine Vérité.
A partir de sa guérison, il ne cessa de rendre h Dieu son action de grâces, et aux hommes un témoignage public de la faveur céleste dont il avait été l'objet. Chaque soir, après le labeur du jour, il allait passer une heure seul à l'église, devant le Saint-Sacrement, A quiconque venait le voir, il racontait son histoire. A cpiiconque lui écrivait, il répondait scrupuleusement par un exposé net, succinct et vivant, de ce grand événement de son existence.
Si par hasard il lisait dans quelque journal une attaque contre les Miracles, ce brave ouvrier quittait le rabot et prenait la plume pour adresser au rédacteur la relation circonstanciée de ce qui lui était advenu h lui-même.
Plusieurs des lettres qu'il écrivait airsi nous ont été communiquées, et nous y avons largement puisé, essayant de transporter dans notre propre récit la saveur fruste de cotte parole droite et franche. L'une d'elles se termine ainsi :
«... Depuis ce moment, je n'ai plus à mes jambes que des bas comme tout le monde; je n'ai plus revu
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■, 4>sg^ la moindre enflure, ni ressenti la moindre dou-
> )}l^':- leur; pourtant je travaille tous les jours depuis
cinq heures du matin jusqu'à sept heures du soir.
« Voilà le détail exact de la merveille que Notre-Dame de
Lourdes a bien voulu opérer sur moi, et que je vous livre
sous la foi du serment, vous priant de la proclamer partout
^c où bon vous semblera. Heureux si jamais j'apprenais de vous
que ma lettre a pu ramener quelque incrédule dans la bonne voie !
Pour moi qui ne priais jamais, je vous certifie que je répare le temps
perdu, et que je ne cesserai de remercier le bon Dieu et la sainte Vierge
de m'avoir choisi pour servir de preuve à leur gloire, de preuve à leur
bonté. — Adieu. Veuillez vous rappeler de moi dans vos prières et me croire
en Jésus-Christ, votre frère : François Macary. »
L'année suivante, le 24 juin, une procession d'environ un millier de chrétiens, hommes et femmes, laïques et prêtres, suivait, en chantant des canti([ues, ^^ la route qui conduit à la Grotte de Lourdes. Ces Pèle &\ y^ rins se souvenaient que la Vierge Marie invo-
avait jadis délivré soudainement leur cité: une première fois , de la peste, au quatorzième siècle; une seconde fois, de l'invasion ennemie, au seizième siècle ; — et une magniflque Bannière armoriée, qui tenait