‹ Episodes miraculeuxChapitre 28 sur 48 · AI · texte numérisé non relu

AI

plongea dans la Piscine, il but à la Source miraculeuse : mais la guérison demandée ne descendit point du Ciel.

— Allons ! se dit-il, ne nous décourageons pas. Une SI courte insistance est loin de suffire : il faut frapper plusieurs coups à la porte, pour qu'elle s'ouvre à qui veut entrer. Faisons une neuvame. La neuvaine s'achève. Nulle amélioration. La foi du Chanoine ne défaille point, ni son espérance non plus.

— Je vais faire une neuvaine de semaines. Le voilà donc à Lourdes pour soixante-trois jours. Au soixante-quatrième, se trouvant absolument dans le même état, il va passer un certain temps à Pau, cherchant dans la douceur du climat quelque allégement momentané. Mais il se reprochait en lui-même cette fuite de Lourdes comme une faiblesse et un manque de confiance. Il avait, du reste, dans le fond de son cœur, je ne sais quel indéfectible pressentiment que la très sainte Vierge, à une date proche ou lointaine, finirait par céder à ses instances et exaucer sa prière.

Dans cette pensée, il ne tarde point à revenir à la Grotte bénie, f et à s'installer en ville, dans un domicile moins provisoire. Il com- N; menée dès lors h y prendre racine.

Lui malade, il se constitue garde-malade. Et les pèlerins qui ^3 ont fait à Lourdes un séjour un peu prolongé à l'époque dont nous

^^ parlons se souviennent assurément d'y avoir remarqué un prêtre

Int encore jeune, à longue barbe blonde, au regard vif et doux, au

"^ visage distingué, à la taille haute et grêle, au corps amaigri, aux

t<7??ff^y^ JV.

épaules étroites et quelque peu voûtées par la souffrance. Ce prêtre conduisait des aveugles, donnait le bras à des infirmes, amenait à la Piscine des estrojDiés, employait à consoler les afllioés le souffle de sa voix éteinte. C'était l'abbé Martignon.

— Si cette fois-ci la sainte Vierge ne m'exauce pas, disait-il en souriant, je suis résolu à faire une neuvaine d'années et puis ^^^ encore une neuvaine de siècles ; mais après s#^J cela, je m'arrête...

Il eut la joie de voir guérir miraculeuse ment plusieurs des malades dont il s'était fait le guide et le soutien ; mais lui-même, bien qu'il éprouvât parfois quelque léger soulagement, ne reçut point le don surnaturel de la guérison totale qu'il implorait.

Finit-il alors par avoir le sentiment de quelque résistance secrète de la Vierge h accorder la grâce qu il sollicitait? Nous ne savons; mais il nous sembla alors que, si sa foi était toujours la même et si sa charité allait s'accroissant, la vertu d'espérance tournait peu à peu, chez lui, à la vertu de résignation, ou, pour mieux dire, qu'il ajournait son espérance. Heureux de demeurer en ce coin de

la terre ,

où la Reine du Ciel avait posé ses pieds; se contentant de respirer cette atmosphère sacrée et d'aller, chaque jour, prier devant la Grotte sainte, il n'entreprit donc point cette neuvaine d'années et de siècles dont il avait parlé en souriant. Il nous disait :

— Je reste là, à la disposition de Notre- Dame de Lourdes. Elle m'exaucera quand elle voudra. Je suis comme qnehju'un qui est assis dans une antichambre et qui attend son audience. Mon tour viendra.

âi''i

. iM-

cf^

J'aurai mon heure ou ma minute, et je ne la laisserai point échapper. Il attendit cette , minute et cette heure pendant trois ans.

Or, après ces trois années, il eut l'inspiration intérieure de

frapper encore à la céleste porte.

Dans le courant de 1877, il forma la résolution de faire, en septembre, une noiweWe Ne in> aine de façon à la terminer à la Fête de Notre-Dame des Sept-Douleurs.

11 n'avait nullement remarqué du reste que, cette Fête étant mobile, le premier jour de cette Neuvaine coïnciderait, cette année-ci, avec la Nativité de la très sainte Vierge, et que sa prière irait ainsi, en quelque sorte, de la naissance de Marie au dernier soupir de Jésus, du berceau de la Mère au tombeau du Fils ^*.

Pourquoi donc Marie n'avait-elle pas exaucé immédiatement les vœux et les prières de l'abbé Martignon? pourquoi n'avaitelle pas rendu la santé, les forces et la voix à celui qui l'aimait si filialement et qui parlait si bien d'elle? Il devait y avoir quelque raison cachée. Nous est-il permis de la soupçonner et de nous pencher sur le cœur de notre Mère pour lui demander ce secret.

Guéri, ce prêtre eût quitté les abords de la Grotte et repris, en quelque ville de l'Algérie, l'exercice du saint ministère. Malade, il restait à Lourdes et remplissait son admirable office de miséricorde, édifiant infiniment plus par la grande prédication de l'exemple, qu'il n'eût jamais pu le cj;/^ faire par ses discours, quelque éloquentes que &V.

fussent ses lèvres.

Nous nous imaginons donc que, si la Vierge -"'-'j?

n'accordait point tout d'abord la guérison implorée, c'est qu'elle n'enten- *

.'^Vyï

-•ii

tïp^^

dait jîoint donner si vite son congé a un pareil serviteur. Dieu n'y perdait rien, ce nous semble, et le serviteur n'y perdait rien non plus. Quand le Seigneur refuse à nos prières ou nous fait attendre telle ou telle grâce temporelle, c'est qu'en place de la monnaie de cuivre que nous implorons il nous prépare la monnaie d'or et le centuple, soit en ce monde, soit au delà.

Une nouvelle mission n'avait pas tardé d'ailleurs à s'imposer au zèle et à l'ardente charité de l'abbé Martionon. Et elle découlait tout naturellement de cette fonction qu'il s'était assignée à lui-même de consolei les afflioés.

Dès le commencement de son séjour à Lourdes, il avait rencontré un homme plus endolori que les malades et plus éprouvé que les affligés ordinaires : et à celui-là aussi il avait prêté son appui. Mêlé à révénement religieux le plus considérable de notre époque, l'homme dont nous parlons avait eu en sa vie l'honneur inouï de recevoir un message du Ciel et d'accomplir, malgré tous les obstacles, les ordres divins. Mais la Vierge, lui préparant sans doute une place plus haute, avait dit : « Je lui montrerai combien il faut qu'il souffre pour mon amour. » Et les peines les plus inattendues étaient venues alors torturer cet héroïque cœur.

Par un étrange et saisissant contraste, il était a la fois sur le Calvaire et sur le Thabor. Tandis >'^^/' qu'en toute terre chrétienne on célébrait son nom, tandis qu il était béni de sa grande famille paroissiale, dont il fut toujours le Père et le Patriarche bien-aimé, il avait d'autre part (surtout depuis quelques années) l'amère douleur d'éire méconnu, délaissé et sourdement persécuté dans ce ^ qu'il avait de plus cher, dans son zèle pour les intérêts de son peuple et pour la maison du Seigneur. Comme le Cyrénéen, c'était 1 homme portant la Croix; et ses robustes épaules étaient déchirées et ensanglantées par le fardeau sacré. Autour de son supplice, comme autour de celui du Maître, plusieurs hochaient la tête et

mk-

NOTRE DAME DE LOURDES

lîuirmuraient : « Puisqu'il a étt l'instrumeut de Marie, qu'elle délivre et lui vicnue en aide. »

A l'époque des Apparitions de la Mère de Dieu à la Grotte de Lourdes, voilà bientôt vingt ans, il avait demandé à la Vierge de faire fleurir des roses en la saison des neiges. Mais Notre-Dame de Lourdes, qui devait, en ce même lieu, oj^érer tant de miracles, avait refusé celui-là. Au prêtre qu'elle avait choisi, elle avait répondu par le mot austère de « Pénitence ». — Les roses ne sont point pour le froid hiver de ce monde. C'est pour l'éternel printemps, c'est après le trépas que Marie les réserve à ses élus, à ses serviviteurs, à ses amis. L'illustre abbé Pe^-ramale, legrand curé de Lourdes, le prêtre de l'Immaculée-Conception, avait donc été condamné à souffrir.

Il le comprenait lui-même, et nous ne pouvons ré sister au désir de citer ici ses propres pensées sur les dispositions de la Providence, dans l'ordre de la douleur. Une personne pieuse, dont il dirigeait la conscience et qui notait ses moindres conseils avec un soin religieux, a bien voulu nous confier un recueil des avis et instructions qu'il lui faisait entendre au Saint-Tribunal.

Dans ce qu'il enseignait ainsi aux autres, il nous a été aisé K de reconnaître ce qu'il se répétait chaque jour à lui-même. Or voici comment il parlait :

« Souffrons avec force et cou-

--^^ii

Lv> ,<=^

« rage, et même avec joie, afin d'assurer notre ^ (( élection, comme dit saint Paul!. ..Oui ! quand l'àme a « été fidèle et qu'il voit alors, ce grand Dieu qui sonde les « reins et les cœurs, qu'il peut compter sur cette àme et « qu'elle ne l'abandonnera pas, voici qu'après l'avoir visi- « tée par des grâces qui sont l'avant-coureur des plus rudes « épreuves, il se cache et l'abandonne à sa personnelle faiblesse «et à sa misère, aux ennuis, aux désolations, aux opprobies, « quelquefois aux médisances, aux mépris, aux calomnies. « Que cette àme sache souffrir, se taire; Dieu est là : il ne « la perd point de vue, et elle lui est bien chère.

«Vainement cependant elle l'appelle, elle le cherche, elle « soupire vers cet unique époux qui est seul son amour et sa «joie. Il paraît sourd et muet. Il veut qu'on soit en quête de « lui et qu'on le poursuive ; et, au moment où vous semblez « le tenir, il fuit!... C'est ainsi qu'il fiut avec vous, n'est-ce « pas? Mais un jour, comme un enfant caché derrière une « porte et se faisant chercher par ceux qu'il aime, il vous « ouvrira le Ciel en riant, tout heureux de vous avoir « contraint à acquérir des mérites, que vous auriez laissé K perdre s'ils eussent été à votre choix.

« Quand Dieu a vu qu'une àme est fidèle et généreuse, « il a toujours les yeux sur elle, car il la réserve pour le « Ciel et il compte en faire une des plus belles pierres (( de cette éternelle Cité. Aussi, pour la tailler, emploie- « t-il le ciseau et le marteau. Et, malgré ses cris, il « la soumet aux plus cruels brisements. Si elle lui « reste fidèle au milieu de toutes ces afflictions, « pourla récompenser il les redouble; et si elle « se montre toujours cons-

i^ij

<}.^ép2

PJ

ÏWJ

rr.

■sr

« tante et généreuse, il fait ptacr « sur elle d'autres peines phis grandes « encore. Si enfin elle ne l'abandonne pas, si « elle est prête à tout accepter, que fera-t-il jDOur « lui témoigner qu'il est content et satisfait? — Il lui « enverra de ces tortures, intolérables parfois, qu'il ne « donne qu'aux cœurs héroïques ; et c'est là sa mcdleure « récompense. Il la traite comme son fils Jésuç,, car il la « regarde comme son véritable enfant; et il l'aime trop pour (( ne pas la combler de tout ce qu'il y a de plus précieux « sur la terre : les souffrances, les humiliations, les afflictions. « Mais dans ce chaos de peines, cette âme s'unit à Dieu pour « l'éternité. Que doit faire cette pauvre âme affligée, désolée, « torturée? Se souvenir que Dieu l'aime et ne pas en douter « un instant, volontairement. »

Tel était l'homme, tel était le prêtre dont M. l'abbé Martignon a^alt été, depuis quelques années, le consolateur filial et l'ami de toutes les heures.

Un autre ecclésiastique le secondait dans cette œuvre si noble. Celui-là, uni au grand curé des Apparitions depuis les jours de l'enfance, se nommait l'abbé Lafont et était aumônier de l'hospice dé Tarbes. C'était un homme de Dieu plein de courage, d'ardeur et de foi, prêt à tous les dévouements, inébranlablement fidèle. On avait voulu un jour le détacher du curé de Lourdes : « Vous vous ferez des ennemis puissants, » lui avait-on dit. « — Moi ! abandonner Peyramale, et le trahir quand on le persécute? Jamais! » Sa vie s'écoulait humble et simple, il s'était voué à Jésus-Christ dans la personne des malades et des pauvres : Christo in pauperibus. Mgr Peyramale, l'abbé Lafont, l'abbé Martignon, étaient trois amis selon Dieu.

II n'entre point clans notre dessein de faire connaître ici sous le poids de quelles douleurs succomba le vénérable jarètre, dont M<^r Langénieux a dit autrefois, lui écrivant h lui-même : « Que Notre-Dame de Lourdes se l'était

choisi pour Confident, pour Témoin et pour Apôtre des mervedles de son Apparition^^. »

Rappelons seulement que, lorsque fut achevée et enrichie de tous les dons de l'univers la Basilique de la Grotte, qui doit être le point d'arrivée des processions demandées par la Vierge, le curé Peyramale entreprit de construire l'Eglise paroissiale, qui doit en être le point de départ.

Il mourut à la peine, sans avoir pu compléter son œuvre.

Et cette mort, il l'avait plus d'une fois annoncée comme une sorte de nécessité, comme un sacrifice suprême dans l'intérêt de la maison de Dieu.

L'église inachcAée s'était arrêtée à la hauteur des voûtes... Des secours sur lesquels il ", devait compter lui avaient (ait ^-^ ^ défaut: des

hostilités étonnantes avaient entravé ses efforts.

— Je ne pénétrerai point dans la terre promise, et je nela verrai que de loin, disait-il quelquefois. Il faut que je meure pour parer à la ruine. Quand je ne serai plus ici, toutes difficultés finiront par s'aplanir. Mon corps sera le levain.

Ma mort payera tout. Il faut que je meure pour parer à la ruine.

Paroles mélancoliques qui faisaient monter des larmes à ses propres yeux, et aux yeux de ceux qui l'aimaient.

Nous avons eu la douloureuse consolation d'assister à son départ de Ji terre, et nous aurons à raconter, dans rliistoire de sa vie, comment Dieu avait choisi la >À'^/^t)i/^ bienheureuse fête de la ^'^^ Nativité de la Vierge jjour ^i x' ^ ouvrir à son serviteur les parvis de l'éternité.

Au jour de la Nativité, l'incomparable Vierge, que l'Office de l'Immaculée Conception nous montre présente aux conseils du Très-Haut, avait paru, toute rayonnante d'innocence et de oloirc, parmi les ombres de ce monde pour entrer dans l'autre patrie.

Autour du lit de Mgr Peyramale, étaient groupes son frère, sa parenté, ses vicaires, ses amis, tous ceux de son peuple qui avaient pu pénétier dans la chambre de l'Homme de Dieu.

Parmi cette famille en pleurs, l'intime ami des deinicres années, l'abbé Martignon, était là, tout buse de douleur et ne pensant guère à lui-même, ni à sa maladie, ni h sa guérison, ayant presque oublié sa Neiiçaine à Notre-Dame des Sept- Douleurs, neuvaine qui se trouvait justement, par une rencontre étrange, devoir commencer en cette même journée...

l^sSwfï-^^' Donc, après une longue agonie, !y ' \ Mgr Peyramale venait de rendre à

^^h-^W^^^ la terre son dernier soupir et à Dieu )n âme immortelle.

.>^«:::si

L'ann fidèle , "^ '

le bon chanoine de la cajDitale Africaine, se sentit seul ici-bas, non qu'il n'eût encore un Père en la personne de son vénérable et bien-aimé Archevêque d'Alger, Mgr Lavigerie, mais était-il sûr de jamais le revoir, et n'était-il pas trop malade pour entreprendre la traversée?... ^

En cette heure de tristesse etd'abandonnement, il porta le regard de son esprit vers les invisibles régions dans lesquelles était désormais le Serviteur de Marie. Et, en tournant son cœur vers la Consolatrice des affligés, il se rappela la Neuvaine projetée et promise, et il se souvint que ce jour-là, 8 septembre, fête de la Nativité, en était précisément le premier jour.

Que se passa-t-il en son âme? Agenouillé contre la couche mortuaire, tenant en ses mains les mains inanimées du Curé de Lourdes, il resta un instant prosterné et silencieux.

Puis il se releva et dit à jjlusieurs de ceux qui étaient là, aux vicaires de la paroisse, à celui qui écrit ces lignes, à quelques autres :

— Je viens de faire la première prière de ma Neuvaine à Notre- Dame des Sept-Douleurs et ma demande de guéri son, auprès de cette sainte dépouille. Et je conjure Notre-Dame de Lourdes de permettre (jue, en son nom à Elle, et le fieiwiènie jour, notre ami me transmette lui-même la rcpoJise.

Puis il ajouta :

— Le choix que Dieu a fait du 8 septembre, pour appeler à lui le Curé des Apparitions, m'autorise suffisamment à associer son souvenir à mon humble supplique.

On demanda ii l'abbé Martiq-non quelle inscription il lallait graver sur le tombeau du serviteur de Marie : il répondit ;i travers ses larmes :

Le Maître avait quitté la terre. Quel sera le sort des deux discipl-es, des deux amis, des deux prêtres demeurés ici-bas dans la vallée des larmes? L'un et l'autre regardaient le ciel. Quid statis, aspicientes in cœlum çiri GalileiP

Le soir même des obsèques de Mgr Peyramale et après y avoir assisté tout en larmes, son vieil ami, M. l'abbé Lafont, vint nous voir et nous dit :

— Il n'y est plus, qu'allons-nous devenir? Or le lendemain, M. l'abbéLafont, rentré à Tarbes où ilestuumônier de l'hospice, se trouva présent à un vaste incendie, celui de la maison dite du Petit Couvent, rue Saint-Louis. Il s'élança pour sauver des enfants et mettre à l'abri le Saint- Sacrement.

Atteint par la chute d'un pan de mur en flammes, il tomba mort. Il était allé rejoindre dans le sein de Dieu celui qu'il pleurait la veille.

Ainsi, entrant dans la vie éternelle par un acte sublime de dévouement, le premier ami de Mgr Peyramale, l'ami des anciens jours, était parti de ce monde, immédiatement après le Serviteur de Marie. '^

En même temps qu'une immense douleur, une immense espérance était descendue dans 1 âme du Prêtre malade auprès de la couche funèbre du Serviteur de Marie. Assurément, la pensée de guérir n'allégeait en rien son affliction, car nulle considération personnelle ne pouvait atténuer le chagrin qu'il avait de la perte de son ami. Mais, en se voyant seul désormais, il lui était doux de songer que son protecteur était au Ciel, et que ce serait sans doute h son intervention qu il devrait, après la sainte Vierge et après Dieu, la grâce qu'il sollicitait depuis si longtemps.

11 lui semblait qu'avec un tel intercesseur la sainte Vierge, au nciwièîue jour, allait se mettre en quelque sorte à la disposition de sa prière. Il écrivit même à Paris au R. P. Picard, de l'Assomption, pour lui faire part de son espoir ou plutôt de sa certitude.

Déjà il s'entretenait de ce qu'il ferait une fois guéri, et comment il s'emploierait encore à l'œuvre inachevée du curé Pejramale. Au milieu de son deuil et de ses larmes, il goûtait par avance les douceurs de sa santé rétablie, de ses forces revenues et de sa voix recouvrée.

Il priait avec ferveur. Des amis s'unissaient à lui. Et ainsi l'on arriva au samedi 15 septembre. C'était la veille de Xotre- DamedesSept-Douleurs; c'était laveille dufieui'ièmejour.

Ce samedi-là, dans la matinée, il reçut un télégramme lui annonçant le départ de M. et Mme Guerrier pour Lourdes, et lui

demandant le service de vouloir *^

sSïir-J;

bien les attendre à la oare avec *^'

une voiture...

M. et Mme Guerrier lui étaient entièrement inconnus. Une lettre de M. le curé de Saint-Gobain, que la poste avait apportée vingt-quatre heures avant la dépèche, lui avait appris seulement que depuis plusieurs années Mme Guerrier était atteinte d'une maladie très grave, et qu'elle partait pour aller à Lourdes, implorer une guérison en laquelle elle avait une foi absolue. On recommandait instamment à M. l'abbé Martignon cette dame et son mari, qui se rendaient pour la première fois dans la cité de la sainte Vierge.

Le Chanoine n'eut garde de refuser cet office de charité et s'achemina vers la gare, pour s'y trouver au train de trois heures.

Laissons-le, durant quelques instants, penché sur son Bréviaire et lisant son Office dans la salle d'attente; et faisons connaître au lecteur par quelle série de circonstances M. et Mme Guerrier arrivaient à Lourdes ce jour-là.

Page 1