LES MAINS BELLES ET JUSTES
Attestant la blancheur native des chairs mates Les mains, les douces mains qui n'ont jamais filé, Hors des manches sortaient le blanc charme annelé De bagues, de leurs doigts, tresseurs des longues nattes.
0 Mains, vous cueillerez au bord des fleuves calmes Les grands lis de la rive et les roseaux du bord, Et sur le mont voisin vous choisirez encor La paix des oliviers et la gloire des palmes ;
0 Mains, vous puiserez à la berge des fleuves Pour laver sur les fronts l'originel méfait Le trésor baptismal de l'eau sainte qui fait S'agenouiller le lin pieux des robes neuves ;
0 Mains de chair suave où la lenteur des gestes Fait descendre le sang au bout des doigts rosés, Vous ferez sur les fronts las où vous vous posez Neiger le bon repos de vos fraîcheurs célestes!
Et les Poètes, ceints de pourpres écarlates. Où saigne avec le soir leur songe mutilé Vous baiseront, ô Mains, pour n'avoir pas filé Le lin des vils labeurs et des tâches ingrates :
Car aux lèvres l'émail des carmins efficaces
Avive leur contour sinueux et fardé.
Et la bouche de la Femme n'a rien gardé
De sa fraîcheur de chair rose de sangs vivaces,
Et les yeux ont requis le bistre des cernures. Et la joue a rougi d'un factice incarnat. Et des feux de saphyrs qu'une main égrena Scintillent en l'amas fauve des chevelures,
Et les doux seins, appas impérieux des lèvres,
Première puberté des torses ingénus,
Cachent frileusement leurs charmes advenus
Sous les joyaux trop lourds que vendent les orfèvres,
Et le ventre poli qui s'étoile d'un signe,
Où frise le secret des laines de toisons,
Les hanches et les seins bombent sous les prisons
Des tissus palpitants dont le rêve s'indigne;
Les robes d'or rigide où remuant d'écaillés, La soie aux plis nombreux, variés et chantants, Et l'émail éraillé des satins miroitants, Et la moire ridée en ondes et les failles
Qui façonnent la grâce étrange et plus hautaine Imposent au Désir leur stérile roideur.
Et d'un mensonge encor irritant son ardeur Voilent des nudités qui la feraient sereine.
Et, seules, attestant la blancheur des chairs mates. Les seules mains, les mains qui n'ont jamais fdé, Sortent mystiquement le blanc charme annelé De bagues de leurs doigts, tresseurs des longues nattes.
Mains douces! qui cueillez sur la berge des fleuves Les grands lis de la rive et les roseaux du bord, Et simples! qui puisez le baptismal trésor Equivalent à tout le lin des robes neuves.
Mains justes! arrachez le voile qui dérobe A nos yeux le secret des purs nus triomphaux, Dénouez la ceinture et brisez les joyaux, Déchirez la tunique et lacérez la robe
Et dans le bain sacré des ondes baptismales, Lavez les fards impurs dont se fardent les chairs, Et que le Fleuve chaste emporte en ses flots clairs Tout l'incarnat dissous des roseurs anormales.