‹ Episodes. Sites et sonnetsChapitre 34 sur 34 · SONNETS · texte numérisé non relu

SONNETS

Des quatre coins égaux d'un marbre en pyramide Où quelque Destin grave en la Nuit s'est retrait Le noir tombeau fait face à toute la forêt Dont un aspect en chaque pan se consolide,

Et dans la pureté de la pierre sans ride Voici que, spéculaire et féroce, apparaît. Avec les arbres hauts et le ciel, ce qui est L'horreur que le Vivant a fuie en l'ombre aride.

Les Monstres, les Tueurs et les Hippocentaures, Acharnés contre lui d'aurores en aurores, Assaillent d'ongles le bloc qui les mire, mornes ;

Les thyrses et les faulx éclatent ! les sabots Heurtent l'intacte pierre où se rompent les cornes D'un Satyre et du Bouc ennemis des tombeaux.

L'herbe est douce le long du fleuve, l'herbe est pâle Sur la grève déserte où chante le flot doux Que rasent des oiseaux et moirent des remous Entre des îles dont la berge en l'eau dévale.

Il séjourne en lagune une onde fluviale

Parmi l'or qu'au couchant semblent les sables roux

Ne suis-je pas tombé jadis sur les genoux

Et n'est-ce pas mon sang dont la tache s'étale.

Le soleil expiré pourpre l'eau taciturne ;

Le vent souffle parmi les roseaux; de quelle urne

Filtre en mes doigts la poudre où triomphe le Temps

Le soir s'endort en du silence que déchire Flèche ou vent? un frisson perfide que j'entends Et quelque Archer cruel debout dans l'ombre rire.

L'or clair de vos cheveux est la moisson stérile, Vos yeux mentent l'azur de leur limpidité, Et l'Espoir a péri comme un couchant d'Eté Où pleure un floral sang de roses qu'on mutile

Yeux de source et chevelure fluviatile.

Bouche d'enfant qui rit de toute la gaité ! Et tout ce qui fut précieux d'avoir été, Et les bouquets d'Août sur les sables de File...

Le soir est violet sur la forêt bleuie

Où votre voix jadis à chanter fut ouïe

Parmi l'aurore en fleurs et les oiseaux joyeux,

Et pourquoi veniez-vous ainsi devers les plaines Avec en votre chevelure et par vos yeux La promesse des ors féconds et des fontaines ?

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Les lourds couchants d'Eté succombent fleur à fleur. Et vers le fleuve grave et lent comme une année Choit l'ombre sans oiseaux de la forêt fanée, Et la lune est à peine un masque de pâleur.

Le vieil espoir d'aimer s'efface fleur à fleur, Et nous voici déjà plus tristes d'une année, Ombres lasses d'aUer par la forêt fanée Où l'un à l'autre fut un songe de pâleur.

Pour avoir vu TEté mourir et comme lui Lourds du regret des soirs où notre amour a lui En prestiges de fleurs, d'étoiles et de fleuves

Nous voilà, miroirs d'un même songe pâli,

Emporter le regret d'être les âmes veuves

Que rend douces l'une à l'autre le double Oubli.

De quelque antique terre où naissent de tes pas Les fleurs mystérieuses que ta robe ploie Il grimpe à tes seins nus des chimères de soie Dont la griffe au pli raye un ancien lampas.

L'éclat de tes cheveux est d'un or qui n'est pas ! L'augure d'un destin somptueux y flamboie, Et dans tes yeux menace l'éclat de ta joie Un présage contradictoire de trépas.

Toi de la terre née et d'où naissent les fleurs, L'aurore à qui tu ris est une face en pleurs, 0 rubis d'où s'ensanglantent tes pierreries !

Et la chimère prise h ta robe qu'elle orne Montera quelque soir vers tes lèvres fleuries Y mordre ton destin offert à sa dent morne.

Le flot des lourds cheveux est comme un fleuve noir Sous un ciel sans étoile et sans nuit de Chaldée, Et le berger qui rôde seul parmi le soir Ignore à quel destin sa détresse est gardée.

La chair triste qui fuit l'étreinte et le miroir Semble avoir peur d'offrir, stérile et dénudée, Son mensonge à des yeux avides de la voir Et tremble d'être nue aux mains qui l'ont fardée.

Cet amour qui fut un orgueil à se sourire Est mort et le vieux songe élargi pour empire D'un pays de bleus paons, de fleurs et de forêts 1

Un mutuel frisson traverse nos paniques A qui l'allongement de l'ombre des cyprès Signale l'eau d'oubli des Lethés fatidiques.

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Les violons chantent derrière le décor Où la vigne en treillis grimpe à quelque terrasse, Et la fille du roi regarde ce qui passe, Accoudée au balustre en son corsage d'or.

Les violons déjà chantent un pleur d'accord, La musique déjà plus lointaine s'efface Dans l'assourdissement de la forêt vorace Et vers l'occident clair un écho vibre encor î

Et deux amours se sont croisés. Le rêve et l'âme

Du baladin errant et de la pâle Dame

Se sont joints, et chacun de cette heure a gardé,

Elle la louange que le passant a dite,

Et lui, sur sa perruque et sur son front fardé,

Le signe rayonnant d'une Etoile insolite.

C'est pour aller vers toi, Dormeuse séculaire Qui gis là mieux qu'au fond des antres souterrains Que j'ai sanglé de cuir mes jambes et mes reins Et que l'âpre soleil a hâlé ma peau claire.

L'obstacle des forêts a tordu sa colère^ L'écume m'a caché les horizons marins, Le val d'em^bûches gras du sang des pèlerins Hâta mes pas recrus que la peur accélère !

C'était si loin et par delà les soirs si loin !

Le château de mystère où dormait le doux soin

Qui fit ma vie errante, hélas! et vagabonde

Que dans la nuit, tombé sans forces, à genoux Je pleurais à ouïr dans la forêt profonde Buter les sabots vifs des cerfs cornus et roux.

L'orgueil, l'amour, l'or triste et la vieille Chimère Qui traverse la nuit comme un oiseau perdu Ont torturé ton cœur et tenté ta misère 0 Mendiant à qui quelque trésor est dû.

La gloire du couchant fut ta pourpre éphémère^ Tu te songeas royal selon cet attribut Et tes mains ont puisé la gemme imaginaire A l'eau de toute source où ta lèvre avait bu.

Lucifer et Vesper ont lui sur ta tête,

Et tu connus l'aurore où chante l'alouette

Et l'ombre ample et profonde où pleurent les hiboux ;

Et tu sais, Vagabond, sage d'antiques preuves,

S'il vaut mieux préférer pour vivre loin des fous

Les dieux velus des bois aux dioux barbus des fleuves •

Vers la mer, de la plaine en fleurs où rit l'Aurore En un éveil de joie et de clarté subite, Vers la Mer, où la flotte au port s'ancre et s'abrite Sous les riches pennons que sa mâture arbore !

Vers la mer, du bord d'ombre où la nuit couve encore En une obscurité de taillis qui palpite Vers la Mer, où la vague au choc des rocs s'irrite D'écume épanouie et de rage sonore !

Vers la plaine, la mer et le ciel enflammé, Hommage guttural à l'honneur du vieux Mai Vainqueur de la saison mauvaise et des mois mornes,

Un Satyre à mi-corps sortant de la forêt Dont le feuillage enguirlanda ses torses cornes Sonne en sa conque à l'aube claire qui parait.

La Tisiphone d'or sur un socle d'airain Darde ses yeux de gemme et rit d'un mauvais rire En l'ombre de la chambre où la rose et la myrrhe Se mêlent à l'odeur d'un plumage marin.

Le lit de peau de grèbe est blanc comme un terrain - Où s'argente de lune une mousse et la cire Est morte du flambeau que haussait un Satyre Figuré nu rieur en sa barbe de crin.

Le mur ouvre sa vitre qu'un émail cloisonne Sur la Nuit glaciale d'astres dont frissonne L'amant de ton délice en tes bras prélassé !

Un pas dans la hêtraie a marché sur les faines ; Prends garde ! hier l'Enfant roux que ton geste a chassé Aiguisait son couteau sur le grès des fontaines.

Au nocturne cristal d'un lac morne tu mires Ton destin d'être là sous tes lourds cheveux d'or Que frôlent les oiseaux du souffle d'un essor Et tes ailes de plume ont des frissons de lyres.

Au val triste et lacustre où le pas des Satyres Inculque son empreinte au sable qu'elle mord Reste-t-il aux glaciers adamantins encor L'écho de fêlure qu'y sonnaient les clairs rires.

Sous leurs lèvres ta chair a rougi comme un fruit, Tes yeux plus doux que les étoiles de la Nuit Souriaient aux voleurs des plumes de tes ailes ;

Et ton âme divine a saigné dans le soir Où tu songes à l'injure des mains cruelles Debout au fond du val où le lac morne est noir.

Mieux que la maison, l'âtre et la vieille servante Qui prépare la coupe amère et le pain noir Il aime par les bois errer seul et se voir Le jumeau qui lui rit en la source vivante.

Vivre et mourir d'après que son ombre mouvante Le devance ou le suit selon l'aube ou le soir ! Ce qui de lui semblait un autre au clair miroir Il l'exalte en héros mystérieux qu'il hante.

Ce frère fabuleux d'être tel qu'il se songe

Pâme aux mousses sous un or de baie ou d'oronge

Ses bras nus enfiévrés de vertes émeraudes.

Vers l'heure où doit venir à travers son sommeil Mourir en un baiser le cri de lèvres chaudes Des Amantes à l'ongle pur de son orteil.

Hausse la coupe d'or comme brandit un glaive Le bras guerrier vêtu d'hermines et de fer Et parmi le soir mystérieux et désert Offre au vent la cendre de ce qui fut ton rêve.

La brise en confondra la poussière à la grève Car l'âme est cinéraire à l'égal de la chair Et mêle à l'amertume immense de la Mer Cette amertume où tout se résout et s'achève ;

Et dans la coupe ainsi sacrée et vide enfin Verse le flot pourpré de quelque antique vin Plus savoureux d'avoir mûri auprès des tombes,

Un hydromel d'un or ruisselant et vermeil

Qui rie en file de pierreries au soleil

Où viendront boire, en vols éperdus, les colombes!

L'antique Mort aux pas légers d'adolescente La robe d'hyacinthe et la fleur et la faulx Et les parures de roses et de métaux, Trésors de l'antre noir, du ciel et de la sente

Le visage parmi l'aurore florescente Est pâle comme la lune au-dessus des flots ; Ses pas mystérieux ont des douceurs d'échos Et sa venue est le retour de quelque absente.

L'herbe épaisse est la mer viride où nous sombrons, L'herbe longue se greffe aux cheveux de nos fronts, Les cailloux mêleront nos os à leur poussière.

Et voici qu'apparaît de l'ombre, indifférente A meurtrir ce Destin doux à sa meurtrière. L'antique Mort aux pieds hardis de conquérante.

La Porte s'ouvre d'or et d'airain, mon Espoir, Entreras-tu parmi ceux-là qu'un doute ronge Dans la maison de ton Destin où se prolonge L'intérieur écho provoqué du heurtoir.

Dans la dernière salle, au mur, est le miroir Où se verra ta face ainsi qu'elle se songe ! Selon ton âme véridique ou ton mensonge Ta vie à jamais telle ira jusqu'à son soir.

La porte s'ouvre, entre ou recule, c'est le seuil De la douce douleur ou du sonore orgueil Et nul n'a repassé le vestibule sombre.

Pour, au nom de la cendre et du laurier amer, Dire du haut du porche à ceux qu'en tente l'ombre Si le masque d'or pâle a des lèvres de chair.

XYII

Lourds de mémoires magnifiques et rieuses Les soirs à toute gloire ont plus beaux survécu, 0 visages passés au miroir de l'écu, 0 mélancoliques faces et furieuses !

L'Amazone a heurté du sein l'orbe de fer

Où s'exalte à se voir au métal son sourire...

Mêle pour le tombeau le basalte au porphyre

Sous les grands soirs mornes qui montent de la Mer.

La Gloire n'a pas plus de nom que l'Onde ou l'Ombre Et le vent et la pluie en rongent le décombre Sans que rien au passant n'y rappelle un Destin

Altier ou triste encor selon qu'en son écume La Mer vaste en apporte où le bruit s'est éteint L'héroïque rumeur ou la grave amertume !

C'est la même tristesse encore et la même âme. ... 2

Prélude 3

Des Deux Grappes H

Lux 19

La Galère 25

Le Yoleur d'abeilles 31

Ariane 37

Le Verger 43

Les Mains 55

Sponsalia 61

La Vaine Vendange 67

Le Jardin d'Armide 71

Paroles dans la Nuit 77

La Grotte 83

Jouvence 89

Cendres. 99

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